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Iamque non umbratis fallaciis res agebatur, sed qua palatium est extra muros, armatis omne circumdedit. ingressusque obscuro iam die, ablatis regiis indumentis Caesarem tunica texit

Prix Ivoire pour la littérature africaine francophone : Azza Filali lauréate 2024

 

Le Prix Ivoire pour la littérature africaine d’expression francophone 2024 a été décerné à la romancière tunisienne Azza Filali pour son roman Malentendues, publié en 2023 aux éditions Elyzad.

Le jury a salué, dans cette œuvre, son engagement vis-à-vis des femmes à travers la description de leurs situations et des sociétés dans lesquelles elles essaient d’évoluer. Il présente l’œuvre primée comme « un hymne à la femme, une excellente mise en miroir des vies fragiles des femmes engagées tout entières dans une quadrature du cercle partout dans le monde. Les plus évoluées d’entre les femmes pensent être hors du lot alors même qu’elles ne font que perpétuer, dans l’épine des songes, le lourd tribut dû à une société construite sans leur avis. »

En effet, Malentendues dresse, en 344 pages, le portrait d’une avocate tunisienne et celui des femmes rurales qu’elle rencontre dans le cadre d’une mission professionnelle. Emna, personnage central parcourt, tout au long du roman, des territoires conservateurs dans le but d’évaluer le degré de civisme et d’autonomie des femmes.

Par ailleurs, lors de cette 16ème édition présidée par la romancière et dramaturge Werewere Liking-Gnépo, une mention spéciale a été accordée à la Gabonaise Charline Effah pour « Les Femmes de Bidibidi », paru aux éditions Emmanuel Colas, en 2023.

Outre les deux ouvrages primés, figuraient dans la liste concourant pour le Prix Ivoire, trois autres finalistes : « Zakoa » de Hary Rabary, « Âmes tembée » de Marie-George Thébia et « Le Violon » d’Adrien de Gary Victor. Ces cinq œuvres ont été retenues parmi 76 ouvrages provenant de seize pays.

Rappelons que le Prix Ivoire pour la Littérature Africaine d’Expression Francophone a été créé en 2008 par l’association de droit ivoirien, Akwaba Culture. Il est placé sous le parrainage du ministère de la Culture et de la Francophonie de Côte d’Ivoire, de l’ambassade de France à Abidjan, de la Librairie de France Groupe.

Marine, si la place le permet :

Encadré :

Azza Filali est romancière, philosophe et médecin. Elle a publié une douzaine d’ouvrages : romans, nouvelles, essais et a reçu plusieurs distinctions dont le Comar d’or en 2024 (pour le même roman primé par le Prix Ivoire) et en 2012 (pour son roman Ouatann, publié échez Elyzad). Le Prix Comar est un prix tunisien qui récompense, depuis 1997, les œuvres littéraires écrites en langue arabe et en langue française.

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9 novembre 1944 : Parcours initiatique du personnage et début d’un parcours littéraire pour l’autrice

9 novembre 1944, l’intitulé de ce roman est une date et le choix n’est pas anodin. Cela installe le décor et l’intrigue dans un cadre spatio-temporel marqué par la guerre et ses répercussions sociales et morales.

Le récit suit le parcours d’un jeune soldat allemand et dresse le portrait psychologique en mutation du personnage. Au fil de ses expériences, des conflits qu’elles engendrent et des voies qu’elles lui font prendre, le héros, Christoph mène un quotidien ressemblant à un parcours initiatique.

Juliette Pelletier dresse une trame dramatique jalonnée de faits historiques et de pérégrinations émotionnelles. Elle esquisse les traits essentiels des relations humaines lors d’une période historique difficile. Les valeurs sont explorées d’une manière contextualisée et l’introspection amène à une réflexion sur le devoir, l’amitié, le courage, l’ambition et d’autres notions dont l’importance est intemporelle mais la perception et l’usage peuvent différer selon les époques.

9 novembre 1944 est un ouvrage où l’imaginaire a pour base un socle historique et des faits réels et où le développement suit le quotidien d’un personnage qui évolue psychologiquement au rythme des épreuves.

Juliette Pelletier est une lycéenne pour qui ce roman est un premier pas dans le monde de la littérature.

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FOCUS | CULTURE | Arabie Saoudite : Viviers créatifs et rayonnement national et international

L’Arabie Saoudite se prépare pour l’échéance de 2030, date à laquelle le royaume accueillera l’Exposition universelle et entend marquer une transition importante dans son histoire. Dans ce pays où les moins de trente ans représentent près de 70% de la population, plusieurs projets et actions se mettent en place en faveur d’ouvertures culturelles et d’opportunités créatives au profit de cette tranche et de tous ceux que la culture intéresse. Cela donne lieu à des projets innovants, des partenariats en nombre et une volonté stratégique disposant de budgets conséquents. L’Arabie Saoudite dépense des millions pour réaliser ces objectifs ambitieux : ouvrir 200 musées et organiser 400 événements annuels d’ici 2030. Voici une sélection- très loin d’être exhaustive- d’événements récents, en cours et à venir.

Parfums d’Orient, une exposition hommage aux senteurs d’Arabie

C’est un voyage olfactif au fil des œuvres et des expériences que promet l’exposition Parfums d’Orient qui a pris place au Musée national de Riyad en Arabie Saoudite. Après l’institut du Monde arabe qui en est l’instigateur, cet événement a voyagé en Orient, lieu éponyme, dont les senteurs sont mises en valeur à travers près de 200 œuvres.

Entre fragrances florales et épicées, vestiges historiques en lien avec le thème ou portraits photographiques, cette exposition parcourt les preuves de l’ancrage historique de l’usage du parfum et de sa production dans les terres d’Orient.

Le visiteur découvre de lui-même les odeurs mises en avant tout au long de son parcours. Appuyant sur un bouton, il est invité à sentir les effluves de roses, de fleurs d’Oranger ou d’ambre.

Parcourant un cycle olfactif, il découvre l’évolution des senteurs au fur et à mesure des ajouts d’éléments parfumés à la base de safran ou de oud et explore l’illustration de l’importance de rituels en lien avec le parfum. Différentes cultures sont évoquées à travers des photos, des productions visuelles et manuelles, des accessoires inhérents à l’art de se parfumer.

Dans un des pavillons, des vendeurs de parfums et d’encens (qui occupent des pans entiers de commerces traditionnels) prennent la parole à travers des extraits de documentaires. Dans un autre, les hommes de la province saoudienne Jizan démontrent la symbolique des accessoires floraux dont l’usage est, chez eux, conjugué au masculin. Dans un autre espace, le visiteur découvre des réalisations à base de jasmin sambac qui reflètent un savoir-faire ancestral maniant les fleurs en vue de l’utilisation festive de leurs beautés et de leurs senteurs.

A travers cette exposition qui se produit en Arabie saoudite, sont mises en valeurs des traditions locales et des artistes s’intéressant au thème à l’honneur. C’est le cas de Reem Al-Nasser la Saoudienne qui met en avant un aspect culturel de la région du sud du pays dont elle est originaire. En effet, à Abou Arich les fleurs font partie de l’histoire et des rituels où, du jasmin d’Arabie, on fait des tenues et des accessoires pour femmes.

Illustrations de l’attachement à la manière d’être et de la symbolique de l’hospitalité, les senteurs s’hument et se font l’incarnation d’un pan social et historique des cultures d’Orient. Cette exposition qui s’est tenue en premier à l’Institut du Monde arabe à Paris voyage et fait vivre au visiteur ses pérégrinations olfactives et culturelles.

Parfums d’Orient se tient au Musée nationale d’Arabie saoudite à Riyad du 21 mai 2024 au 14 septembre 2024.

Ateliers d’écriture, l’art de dynamiser le monde de l’édition

La Commission de la littérature, de l’Edition et de la Traduction est un élément majeur de la scène culturelle en Arabie Saoudite. C’est un organe acteur dans la promotion, la régulation et la dynamique de production de livres.

Parmi les actions réalisées par cette commission, des ateliers créatifs en faveur des passionnés d’écriture. En mai, à Riyad, trois thèmes ont rassemblé des dizaines de personnes autour des sujets suivants : littérature jeunesse, littérature de voyage et traduction de contenus philosophiques. L’objectif était d’encourager ceux que l’écriture attire et de leur offrir un accompagnement qui favorise l’élan créatif.

La commission vise aussi à stimuler le secteur de l’édition en lançant des partenariats, des concours et des réflexions autour du monde du livre et de fonctionner comme un vivier stratégique pour le domaine dans lequel elle agit.

C’est cette même commission qui organise tous les ans la Foire du Livre, un événement qui connait une envergure et un essor croissants, avec un nombre d’exposants en hausse et une ouverture à l’échelle internationale.  Lors de la dernière édition à Riyad, deux pavillons internationaux avaient été consacrés à la Chine et à la France (le pavillon français a enregistré la participation de 80 éditeurs).

La commission crée ainsi une communauté d’auteurs aux côtés de ceux qui ont déjà eu accès au monde de l’édition et veille à la mise en place d’un écosystème dans le monde de l’édition fonctionnant comme une passerelle créative et culturelle.

Des agoras en nombre… quand le savoir rassemble

La scène culturelle saoudienne s’enrichie par l’ouverture de nouveaux lieux dédiés à la culture. Parmi ces projets, figure la Maison de la Culture dans la ville de Dammam qui est dirigée par la Saoudienne Najla Al Otaibi. Ce projet a été initié par la Commission des bibliothèques, organe institutionnel pour qui la modernisation sociétale est un des premiers objectifs. Cela se concrétise par des projets de réhabilitation et de création d’espaces dédiés à l’apprentissage, à l’innovation et aux loisirs didactiques. Deux espaces ont été lancés, 6 autres accueilleront le public bientôt et le lancement de 153 autres maisons de la Culture est planifiée pour les années à venir.

L’ouverture de lieux de lecture et de documentation et la réhabilitation de l’existant dans ce secteur vise à mobiliser l’élan créatif et faciliter l’accès à la culture. C’est le cas également de Amakan, un lieu conçu comme un rendez-vous avec la parole et ceux qu’elle intéresse. Des rencontres avec des personnalités actives dans plusieurs secteurs sont prévues à la manière de tables rondes dans la décontraction et la convivialité. C’est le cas également des « Discours des Librairies », des événements qui mettent le partage de différentes expertises au centre des débats publics.

Cette même approche de partage et de diffusion de la connaissance se retrouve également dans le cadre d’un événement de grande envergure : Le Congrès de la philosophie, une occasion d’échanges et partage de savoirs autour de penseurs et d’idées. Autre lieu dynamisant le secteur culturel : L’Art pur Foundation, une réalisation fédératrice qui joue le rôle de catalyseur d’énergies au profit de la conscience culturelle et artistique. Plusieurs actions sont menées par ce réseau pour promouvoir et encourager les artistes à travers des expositions et des ateliers.

Un parcours jusqu’à 2030 jalonné de projets éditoriaux et créatifs, voilà ce qui se dresse comme élément principal au niveau de la scène culturelle saoudienne.  Stimuler les esprits créatifs et les accompagner est au centre des missions de différents organes mis en place stratégiquement et bénéficiant des budgets nécessaires à leur efficacité.

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Passerelles | Rencontres littéraires | Shaikha Ali : Une Saoudienne passionnée d’expériences littéraires 

Shaikha travaille dans le secteur de la chimie dont elle est diplômée. Elle passe toutefois une bonne partie de son temps à vivre des expériences en lien avec sa passion pour le domaine littéraire. Ateliers d’écriture, foires du livre, expériences immersives et création de contenu digital… tout ce qui la rapproche du monde du livre l’enthousiasme et laisse présager d’une expérience créative imminente.   

Quel est le secret de votre attachement au domaine de la littérature ? 

Pour moi, la littérature guérit de tous les niveaux. Elle peut parfois expliquer ce que nous ne pouvons pas dire avec des mots. Les œuvres littéraires m’aident à me connaître et sont une fenêtre sur la connaissance d’autres cultures.

Vous n’avez pas fait de cette passion votre métier. Pourquoi ? 

Mon domaine de travail est complètement différent, et en contraste avec le parcours de la littérature. Je travaille dans le domaine de la fabrication de matières radioactives et je suis titulaire d’une maîtrise en chimie analytique, mais la littérature m’intéresse depuis le début de mes études, et je voulais devenir journaliste, mais le destin a fait de cet intérêt pour les livres une de mes principales occupations.

Vous avez participé à plusieurs ateliers d’écriture. Est-ce dans le but d’écrire un livre ?  

Cela est possible et beaucoup de mes amis proches s’y attendent. J’ai envie d’écrire et j’ai aussi envie d’apprendre à produire un contenu de qualité.

Dans vos écrits à venir, de quels sujets parleriez-vous ? 

Bien sûr, le premier choix est la littérature de voyage. J’ai un penchant pour ce style d’écriture car c’est un domaine littéraire pluriel qui se mélange également à d’autres comme les mémoires, l’autobiographie et les romans.

Dans le domaine de l’écriture et de la culture, quelles sont les réalisations saoudiennes dont vous êtes heureux et fière ?  

La création du ministère de la Culture a été l’une des meilleures réalisations dans mon pays. C’est un vaste organisme qui regroupe une Commission dédiée à la littéraire, à l’édition et à la traduction, une commission des bibliothèques, une commission du cinéma et une autre dédiée à la mode. Cela garantit une grande diversité culturelle et également des contributions avec un rayonnement national et international.

Quelles sont les occasions qui vous ont rapprochée du monde des livres et que vous considérez comme vos meilleures expériences ?

Mes meilleurs moments passés dans ce bel univers, je les ai vécus en allant à des salons du livre dans divers pays. Je garde en mémoire, notamment, l’expérience de la Foire internationale du livre de Sharjah aux Emirats Arabes Unis et celle de la Foire internationale du livre du Caire qui présente une occasion exceptionnelle en matière d’acquisition d’ouvrages et de rencontre avec ses écrivains préférés.

Parmi mes meilleures expériences figure aussi le programme de formation « Sois toi-même », lors duquel j’ai suivi un atelier de littérature de voyage.

J’ai pris part également à un marathon international de lecture au sein de l’organisme culturel « Ithra » et ce à la ville saoudienne Dhahran. Je rappelle d’ailleurs que les lieux qui abritent ce haut-lieu de la culture bâtiment ont été conçus par la défunte et très renommée architecte Zaha Hadid.

Et des moments exceptionnels, j’ai prévu d’en créer bientôt en suivant un atelier empreint d’introspection. Il s’agira d’un atelier intitulé « Shadow Writing », une nouveauté que j’aimerais découvrir et qui mettront en lumière des parties de moi en prélude d’un travail d’écriture reflétant qui je suis profondément.

À quels événements ou expositions espérez-vous assister un jour ?

La Foire internationale du livre de Tunis et la Foire internationale du livre de Mascate figurent en tête de liste de mes projets pour l’année prochaine.

J’envisage également de visiter les Foires internationales du livre de Londres et de Paris.

Si vous pouviez présenter en quelques mots la femme saoudienne instruite, que diriez-vous ?

Je crois profondément en la solidité des racines et de l’ancrage culturel. Ce sont des fondations qui reposent sur des bases solides. Chaque femme a désormais une petite responsabilité dans l’apprentissage et l’éducation de la génération actuelle et des prochaines générations afin qu’elles soient le meilleur exemple et bénéficient des expériences de celles qui les ont précédées dans le monde. A nous d’apprendre à ceux qui nous succéderont que l’avenir est plein d’expériences à transformer en belles opportunités.

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Interview | Poètes francophones : CHEHEM WATTA

Vous avez écrit une vingtaine d’œuvres. Qu’est-ce qui vous inspire ?

Beaucoup de choses. Au tout début, l’arrachement très jeune à mon espace nomade (provoqué par la scolarisation) fut le moteur de mon inspiration. L’évolution de mon pays, de la Corne d’Afrique et de l’Afrique en général et leurs multiples défis ont continué à m’interpeller sans cesse. Mes origines d’enfant de pasteurs nomades, issu d’un pays qui affronte son destin courageusement, sont des sources d’inspiration et d’encouragement pour écrire !

Vivre et travailler dans mon pays adossé à l’Afrique, ouvert sur l’Océan Indien et face à l’Arabie constitue une richesse et une opportunité formidables qui ne peuvent que me pousser dans les bras de l’écriture. Malgré les difficultés,  nous sommes toujours-là, debout et dignes, sur la Route du Monde ! Nous les Djiboutiens, nous ne nous sentons pas seuls au Monde : nous avons beaucoup de choses à dire, à écrire par nous-mêmes, à partager, à échanger, à dénoncer, à améliorer, etc.

Il n’y a pas que cela ! Il y a ces violences aveugles et déshumanisantes, ces guerres et conflits avec ces lots de famine et de privation, ces sécheresses récurrentes qui ravagent et déracinent la vie des milliers de femmes, d’enfants et de vieillards, qui jettent notre jeunesse sur des routes dangereuses vers des destins et des pays qu’ils croient meilleurs ; des violences contre les femmes par exemple sont autant de situations qui m’interpellent. Bien-sûr il y a cet immense réservoir de l’imaginaire nomade, la beauté des paysages sublimes de nos savanes où l’Homme a commencé à marcher ; les couchers du soleil qui flamboient à l’horizon … Oui, pour les nomades, l’horizon est la demeure des Hommes libres ! Pour un poète tout cela constitue une source d’inspiration, s’il sait écouter la respiration du monde…

Que visez-vous à travers vos écrits ?

Je n’ai pas beaucoup de prétentions. Écrire pour moi, c’est avant tout partager. Écrire est un acte individuel qui permet l’émancipation ainsi que l’ouverture sur l’Autre, sur le vaste monde ! L’écriture est un formidable moyen pour sortir de l’isolement et en même temps, instaurer un dialogue avec soi-même, un cheminement dans le silence et la solitude. Quelques fois, c’est une parole portée pour partager notre façon de voir, de penser notre propre cheminement, notre diversité culturelle et de faire résonner notre voix singulière parmi tant d’autres voix.

Nous avons dans cette Corne d’Afrique la POÉSIE – genre majeur- qui permet aux « bergers-poètes » de faire rayonner un mode de vie (certes en grande difficulté) dont les racines sont des valeurs de solidarité, de liberté, de courage, d’hospitalité et de résilience. Cette poésie est un patrimoine inestimable qu’il nous faut faire fructifier, pour mieux vivre dans un monde en transformation.

Au profit de quelle (s) problématique(s) sociale (s) et humaine (s) souhaiteriez-vous réitérer et maintenir votre engagement ?

Refuser les violences générées par la migration humaine et celles contre les femmes ; s’engager contre le rabaissement de notre dignité humaine (l’esclavage moderne) ; refuser le déclassement qui s’opère contre l’Afrique qui reste toujours dépréciée par le modèle socio-culturel, économique et politique dominant. Par exemple, lorsqu’on parle d’un pays d’Afrique, on a toujours cette formule incroyable : « c’est un des pays les plus pauvres au monde », comme si nous étions condamnés à rester pauvres ou affamés, comme s’il s’agit d’une « identité » portée comme un stigmate par tant de peuples d’Afrique et d’Asie.

Mais nos cultures et traditions doivent être questionnées et combattues lorsqu’elles justifient et continuent à pratiquer par exemple les mutilations génitales féminines et discriminent nos femmes – c’est ce que je dénonce entre autres dans mon livre ‘ Les corps sales’. J’ai écrit aussi un texte qui s’intitule « La femme qui brûle » (dans le recueil ‘Sur les Soleils de Houroud’) qui dénonce les mariages arrangés ou encore un regard illisible porté sur nos femmes. Pour refuser ces situations sociales et culturelles intolérables, beaucoup de nos jeunes filles se sont immolées par le feu. Non seulement elles mettent le feu à leurs corps mais « brûlent » ainsi ces règles sociales et culturelles « illisibles » sur la femme et son corps.

Il y a aussi la transformation drastique du mode de vie des pasteurs nomades, venant gonfler nos bidonvilles, de nos enfants jetés dans une misère sociale et culturelle intolérable dans un milieu urbain qui dérègle nos modes de vie pourtant tournés vers la solidarité, l’entraide et le partage. Ces mutations sociales abruptes peuvent être dangereuses, transforment nos identités, nous mettant à la merci de la mondialisation qui broie tout sur son passage (voir le recueil de nouvelles ‘Amours nomades’). La migration massive de la jeunesse africaine vers l’Europe reste un problème majeur car, sur ces routes qu’elle emprunte, ce sont des Africains eux-mêmes qui les humilient, les déshumanisent en les vendant comme « des pièces détachées » de l’Humanité.

Vous avez obtenu plusieurs prix dont un récompensant l’ensemble de votre œuvre. Comment vivez-vous cette reconnaissance officielle ?

C’est une bonne chose. Cette récompense me donne envie de continuer à partager mon expérience littéraire.  A travers moi, c’est mon pays qui est reconnu.

Comment définiriez-vous l’œuvre nomade autrement que par l’adjectif qu’on y associe ?

Elle puise ses racines dans l’identité des pasteurs nomades. Elle tire son essence aussi bien dans un espace géographique (par exemple le désert, la savane, etc.) que dans l’imaginaire de ce mode de vie qui se caractérise par la liberté de mouvement et l’ouverture sur le monde : source d’introspection, de dialogue avec soi-même, propice au jaillissement poétique. Mon premier recueil de poésie ‘Pèlerin d’errance’ évoque la recherche de l’eau comme une sorte de pèlerinage qui s’organise autour de « sœur-eau ».

D’autres recueils comme ‘Cahier de brouillon des poèmes du désert’ et ‘Testament du désert’ célèbrent la terre et les paysages, la marche et le silence où l’on peut puiser l’inspiration poétique à l’écoute de l’oralité. Dans ce dernier recueil, je tente de dépasser la métaphore du monde perdu et d’accepter le dérèglement des horizons nomades. Il faut dire que dans la marche qu’a expérimentée aussi le poète Arthur Rimbaud, dans ces contrées de la Corne d’Afrique, après son renoncement poétique, (voir ‘Rimbaud l’Africain, diseur de silence’) l’espace s’enfle, le temps s’allonge, le silence s’épaissit comme pour nous permettre d’accéder à une autre langue, essentiellement poétique. Mais la poésie pour nous, descendants des pasteurs nomades, ne peut servir de refuge, il faut constamment la renouveler, puisant dans nos mémoires souvent déchiquetées. Alors, il nous faudra écrire encore et encore ce chaos et instaurer des jonctions avec des peintres. C’est ce que je tente avec, entre autres, Patrick Singh dans ‘Furigraphies des mirages’ : mirages qui deviennent un territoire de poème et de peinture.

Vous avez présidé l’Association des Écrivains djiboutiens à son lancement en 1996 et ce pendant quatre ans. Quel état des lieux faites-vous, plusieurs années après, de la scène littéraire à Djibouti ?

Nous avons créé dans les années 90 un « groupe de liaison de la promotion de la littérature » d’expression française. Il regroupait des Français comme des Djiboutiens amoureux de la littérature.

Ainsi sont apparus sur la scène de la littérature des auteurs toujours présents aujourd’hui tels que Idriss Youssouf Elmi, Omar Youssouf Ali, Abdi Ismail Abdi (écrivain formidable que nous avons perdu très tôt), Choukri Osman Guedi, Aicha Mohamed Robleh, Abdi Mohamed Farah pour ne citer que ceux-là. Il faut préciser que notre grand écrivain Abdourhaman Waberi qui rayonnait à partir de la France et dont les publications avaient un grand écho dans notre pays a participé aux manifestations littéraires.

C’est dans l’effervescence des manifestations « Lire en fête » ou « Fête du livre » et la continuité de ce « Groupe de Liaison » que nous avons créé la première Association des Écrivains Djiboutiens qui regroupaient l’ensemble des écrivains ainsi que les amoureux de la littérature. On peut dire que cette association dispose d’un bilan positif car cette scène littéraire n’a fait que s’agrandir avec des jeunes écrivains qui, aujourd’hui, assurent la relève de manière dynamique et assumée.

La mise en place de l’Université de Djibouti fut bénéfique à l’essor de la littérature djiboutienne car c’est avec l’apport des chercheurs et de nouveaux auteurs talentueux que cette association s’est renouvelée, avec à sa tête, le docteur Moussa Souleiman. Il y a deux ans de cela, elle s’est donc reconstituée, participant activement à des manifestations nationales de grande envergure comme la « fête de la lecture » organisée par le Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation professionnelle et « le Salon du Livre Djiboutien » du Ministère de la Jeunesse et de la Culture dont le Commissaire Général de deux éditions (2023 et 2024) n’est tout autre que le conteur djiboutien : Omar Youssouf Ali.

Ce qui change la donne pour la littérature djiboutienne est la présence des maisons d’édition djiboutiennes qui offrent des possibilités d’édition sur place tels que « Le Francolin » et « Discorama », auxquelles s’ajoute une nouvelle maison d’édition « Deeqsan » fondée par le grand écrivain djiboutien : Idriss Youssouf Elmi. Cette maison d’édition a la particularité d’éditer des livres en trois langues : Français, Somali et Afar. Il s’agit d’une offre qui change fondamentalement la donne, car sur le marché du livre les langues nationales et la traduction des œuvres font une entrée remarquable.

Votre biographie est diversifiée. On y retrouve de la poésie, du théâtre, du récit, des nouvelles et bientôt un roman… De quel genre vous sentez-vous plus proche ?

La poésie est mon genre préféré. Il faut dire que la spécificité remarquable de la littérature djiboutienne est la place de la poésie dans l’écriture de chaque auteur(e). Si tous n’écrivent pas la poésie, leurs écrits respirent la poésie ! Cela reflète l’importance de l’espace et de l’imaginaire nomades qu’elle véhicule, avec une liberté de parole et un ton qui lui sont singuliers.

Dans mes derniers livres publiés par l’excellente maison d’édition « Dumerchez » la poésie que j’écris chemine dorénavant avec un compagnon de choix : la peinture. C’est une voie fructueuse pour entretisser des liens forts avec des peintres tels que Patrick Singh, Thierry Laval et Selome Muleta.

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Fiche pédagogie : un récit à dominante descriptive

En retournant chez lui, François aperçoit depuis l’extérieur une dame inconnue au comportement étrange, qui semble chercher quelqu’un. La visiteuse explique à Madame Seurel et à son fils les raisons de sa présence chez eux, dissipant progressivement le mystère initial.

Dans le bourg, il n’y eut plus alors de vivant que le café Daniel, où j’entendais sourdement monter puis s’apaiser les discussions des buveurs. Et, frôlant le mur bas de la grande cour qui isolait notre maison du village, j’arrivai, un peu anxieux de mon retard, à la petite grille.

Elle était entr’ouverte et je vis aussitôt qu’il se passait quelque chose d’insolite.

En effet, à la porte de la salle à manger – la plus rapprochée des cinq portes vitrées qui donnaient sur la cour – une femme aux cheveux gris, penchée, cherchait à voir au travers des rideaux. Elle était petite, coiffée d’une capote de velours noir à l’ancienne mode. Elle avait un visage maigre et fin, mais ravagé par l’inquiétude ; et je ne sais quelle appréhension, à sa vue, m’arrêta sur la première marche, devant la grille.

« Où est-il passé ? mon Dieu ! disait-elle à mi-voix. Il était avec moi tout à l’heure. Il a déjà fait le tour de la maison. Il s’est peut-être sauvé… »

Et, entre chaque phrase, elle frappait au carreau trois petits coups à peine perceptibles.

Personne ne venait ouvrir à la visiteuse inconnue. Millie, sans doute, avait reçu le chapeau de La Gare, et sans rien entendre, au fond de la chambre rouge, devant un lit semé de vieux rubans et de plumes défrisées, elle cousait, décousait, rebâtissait sa médiocre coiffure… En effet, lorsque j’eus pénétré dans la salle à manger, immédiatement suivi de la visiteuse, ma mère apparut tenant à deux mains sur sa tête des fils de laiton, des rubans et des plumes, qui n’étaient pas encore parfaitement équilibrés… Elle me sourit, de ses yeux bleus fatigués d’avoir travaillé à la chute du jour, et s’écria :

« Regarde ! Je t’attendais pour te montrer… »

Mais, apercevant cette femme assise dans le grand fauteuil, au fond de la salle, elle s’arrêta, déconcertée. Bien vite, elle enleva sa coiffure, et, durant toute la scène qui suivit, elle la tint contre sa poitrine, renversée comme un nid dans son bras droit replié.

La femme à la capote, qui gardait, entre ses genoux, un parapluie et un sac de cuir, avait commencé de s’expliquer, en balançant légèrement la tête et en faisant claquer sa langue comme une femme en visite. Elle avait repris tout son aplomb. Elle eut même, dès qu’elle parla de son fils, un air supérieur et mystérieux qui nous intrigua.

Ils étaient venus tous les deux, en voiture, de La Ferté-d’Angillon, à quatorze kilomètres de Sainte-Agathe. Veuve – et fort riche, à ce qu’elle nous fit comprendre – elle avait perdu le cadet de ses deux enfants, Antoine, qui était mort un soir au retour de l’école, pour s’être baigné avec son frère dans un étang malsain. Elle avait décidé de mettre l’aîné, Augustin, en pension chez nous pour qu’il pût suivre le Cours Supérieur.

Et aussitôt elle fit l’éloge de ce pensionnaire qu’elle nous amenait. Je ne reconnaissais plus la femme aux cheveux gris, que j’avais vue courbée devant la porte, une minute auparavant, avec cet air suppliant et hagard de poule qui aurait perdu l’oiseau sauvage de sa couvée.

Ce qu’elle contait de son fils avec admiration était fort surprenant : il aimait à lui faire plaisir, et parfois il suivait le bord de la rivière, jambes nues, pendant des kilomètres, pour lui rapporter des œufs de poules d’eau, de canards sauvages, perdus dans les ajoncs… Il tendait aussi des nasses… L’autre nuit, il avait découvert dans le bois une faisane prise au collet…

Moi qui n’osais plus rentrer à la maison quand j’avais un accroc à ma blouse, je regardais Millie avec étonnement.

Alain Fournier, Le Grand Meaulnes, chapitre premier ‘‘Le pensionnaire’’ 

L’auteur

Alain-Fournier est le pseudonyme d’Henri-Alban Fournier, écrivain français né en 1886 dans le Cher. Fils d’instituteurs, il vit une enfance paisible en Berry, puis suit des études à Paris. En 1905, sa rencontre avec Yvonne de Quiévrecourt, qui inspirera son célèbre et unique roman Le Grand Meaulnes, bouleverse sa vie. Malheureusement, Yvonne est déjà mariée. Après des années de service militaire et divers emplois, il fait publier le roman en 1913. Par la suite, il est mobilisé pendant la Première Guerre mondiale et décède au combat en 1914. Ses restes seront retrouvés en 1991 et inhumés dans un cimetière militaire.

L’œuvre

Le Grand Meaulnes, roman unique d’Alain Fournier, retrace les aventures d’un adolescent, le personnage éponyme[1] de l’œuvre, rapportées par son camarade de classe et ami, François. 

Commentaire

François rapporte l’effet de surprise que l’intrusion imprévue de madame Meaulnes dans la maison produit aussi bien chez lui que chez Millie et fait le portrait de la visiteuse inconnue. Ainsi, nous relevons des éléments relatifs à ce discours comme l’imparfait de description « était », « cherchait », « avait » ; l’abondance d’adjectifs qualificatifs, notamment à travers le portrait de madame Meaulnes, ainsi que la métaphore « avec cet air suppliant et hagard de poule qui aurait perdu l’oiseau sauvage de sa couvée. »

  • La « femme à la capote » à travers le point de vue du narrateur

Le portrait de la « femme à la capote », axé autour de ses caractéristiques tant physiques qu’émotionnelles, est composé de deux étapes contradictoires, voire opposées : La première étape correspond au moment où François la surprend, affolée, inquiète, en train de chercher quelqu’un dont elle n’évoque pas le prénom. La deuxième, en revanche, coïncide avec le moment où madame Meaulnes commence à parler de son propre fils : son attitude aussi bien que ses manières changent complètement, comme par magie.

Nous relevons un champ lexical qui suggère ou évoque explicitement l’humilité « une femme aux cheveux gris, penchée », au « visage maigre et fin, mais ravagé par l’inquiétude », vêtue « à l’ancienne mode » ; « visiteuse inconnue ». L’attitude de la vieille dame suscite une certaine compassion chez François, qui hésite à l’aborder. Le discours direct, alternant les modalités interrogative et exclamative, montre toute l’inquiétude de la dame « Où est-il passé ? mon Dieu ! disait-elle à mi-voix »

Dans la deuxième partie du texte, à la grande surprise de François et de sa mère, madame Meaulnes se montre plutôt confiante, voire fière. En parlant de son fils, elle change de ton et de manière.

L’hésitation et la confusion du début cèdent la place à la confiance : « Elle avait repris tout son aplomb », « un air supérieur et mystérieux qui nous intrigua », « elle fit l’éloge de ce pensionnaire », « Ce qu’elle contait de son fils avec admiration était fort surprenant », « je regardais Millie avec étonnement. »

A mesure que cette assurance augmente, la stupéfaction de François et de sa mère grandit. La négation « Je ne reconnaissais plus la dame aux cheveux gris » montre l’effet de point ce changement d’attitude était curieux aux yeux des hôtes.  La métaphore initiale comparant madame Meaulnes à une « poule qui aurait perdu l’oiseau sauvage de sa couvée » accentue cet écart entre le portrait de départ et celui actuel.

2- Le portrait d’Augustin Meaulnes, par sa mère

Après avoir dévoilé les raisons de sa présence chez les Seurel, Madame Meaulnes brosse de son fils Augustin un portrait à la fois surprenant et touchant. En effet, le jeune adolescent est dépeint comme un héros doublé d’un fils affectueux et attentionné. Le discours rapporté renferme une accumulation d’actions coutumières (imparfait d’habitude), que Meaulnes entreprenait en grand aventurier.

Ce portrait valorisant, voire idéalisé annonce l’arrivée d’un personnage exceptionnel dont la présence changera totalement la vie de François.

Conclusion :

Cet extrait du début du Grand Meaulnes est focalisé sur le personnage de la visiteuse, qui passe de l’inquiétude à la fierté et à l’admiration pour son fils. Il précède l’entrée en scène du personnage principal. Il. En effet, avant même de faire son apparition dans le récit, Augustin s’annonce comme un personnage exceptionnel, intrépide, qui n’hésite pas à affronter le danger. Le portrait que sa mère fait de lui devant Millie et François suscite la curiosité et l’étonnement de ce dernier qui se compare indirectement à lui « Moi qui n’osais plus rentrer à la maison quand j’avais un accroc à ma blouse, je regardais Millie avec étonnement. »

[1] C’est-à-dire le personnage dont le nom correspond au titre de l’œuvre, Meaulnes en l’occurrence.

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Une Intelligence artificielle éthique : Les actions de l’UNESCO

L’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture a mis en place un cadre normatif universel pour l’utilisation de l’Intelligence artificielle d’une manière éthique.  Un partenariat avec la Commission Européenne a été conclu dans ce cadre et un budget de 4 millions d’euros est alloué à l’application de ces dites recommandations. Le respect de la condition éthique est au centre de nombreuses initiatives menées par l’UNESCO.

Compte tenu de l’utilité qu’elle présente dans différents secteurs y compris la culture et l’éducation, l’intérêt pour l’intelligence artificielle ne cesse de croître.  Après une première édition ayant eu lieu en décembre 2022 en République Tchèque, se tient le Deuxième Forum mondial sur l’éthique de l’Intelligence artificielle en Slovénie en février 2024. Ceci s’intègre dans le cadre des efforts menés, depuis plusieurs années, par l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture (UNESCO) en faveur du développement de cette technologie dans tous les pays membres.

L’éthique comme socle commun

La condition éthique est un élément autour duquel plusieurs efforts sont menés dans l’objectif d’organiser l’usage de cette technologie polyvalente. L’essor que connait celle-ci et l’aspect diversifié et souvent expérimental peuvent instaurer une utilisation anarchique dépassant les normes éthiques. D’où l’intérêt de la mise en place d’un cadre réglementaire délimitant l’exploitation de l’AI et la faisant répondre à un cadre éthique.

Selon ces recommandations, profiter des avantages majeurs et appliquer cette utilisation à plusieurs secteurs d’activité se fera ainsi au moyen de garde-fous moraux se basant sur des valeurs comme la protection des droits de l’Homme et de la dignité, la transparence et l’équité.

L’initiative de l’UNESCO permet de mettre en place un instrument normatif mondial à la disposition de ses 193 Etats membres. A travers les recommandations qui le composent, les décideurs politiques disposent d’un support pratique pour transformer en actions, les principes fondamentaux en matière de gouvernance des données, environnement et écosystèmes, éducation et recherche, santé et bien-être social.

Ce cadre normatif repose sur quatre valeurs : respecter les droits de l’Hommes et la dignité humaine, vivre dans des sociétés pacifiques justes et indépendantes, assurer la diversité et l’inclusion et veiller à l’existence d’un environnement et des écosystèmes qui prospèrent.

Cette conception se veut dynamique afin de présenter des politiques évolutives au rythme des avancées technologiques, des mutations qu’elles imposent et des conséquences qui en résultent.

Les dix recommandations

Cette approche s’articule autour de dix principes fondamentaux :

  • Les principes de proportionnalité et innocuité : utilisation pour des buts légitimes en tenant compte des risques liés à l’utilisation.
  • La sûreté et la sécurité : Les acteurs de l’IA doivent garantir une utilisation sans préjudices liés à la sûreté ni vulnérabilité liée aux attaques et aux failles dans la sécurité.
  • Le droit au respect de la vie privée et protection des données : Des cadres de protection des données et des mécanismes de gouvernance appropriés doivent être mis en place dans les systèmes d’IA.
  • La gouvernance et la collaboration multipartites et adaptatives : L’utilisation des données doit se faire dans le respect du droit international et de la souveraineté nationale. Il est, dans ce cadre, recommandé, de faire en sorte que la gouvernance de l’IA s’opère d’une manière inclusive au moyen de la participation des différentes parties prenantes.
  • La responsabilité et la redevabilité : Il est préconisé que les systèmes d’IA soient vérifiables et traçables par le biais de mécanismes de surveillance et d’évaluation d’impact.
  • La transparence et l’explicabilité : Ces deux éléments doivent être adaptés au contexte pour trouver un équilibre approprié dans le cadre de l’utilisation.
  • La surveillance et les décisions humaines : Des personnes physiques ou des entités juridiques doivent porter les responsabilités physiques et juridiques lors de tous les stades du cycle de vie des systèmes d’IA.
  • La durabilité : Les technologies de l’IA devront être évaluées continuellement pour répondre aux objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies.
  • La sensibilisation et l’éducation : Il est important de garantir au public la compréhension du fonctionnement de cette technologie au moyen d’un engagement civique favorisant l’acquisition des compétences numériques, la formation à l’éthique de l’IA et l’éducation aux médias.
  • L’équité et la non-discrimination : Promouvoir la justice sociale, garantir l’équité, lutter contre les discriminations et veiller à l’inclusivité tels doivent être les engagements des acteurs de l’IA afin que les bénéfices liés à cette technologie soient accessibles à tous.

Un process au profit de tous

L’UNESCO définit en faveur des Etats membres onze domaines d’actions stratégiques dans le cadre desquels la prise en compte des valeurs précitées est essentielle : Economie et emploi, santé et bien-être social, évaluation de l’impact étique, gouvernance, politique des données, développement et coopération internationale, environnement et écosystème, genre, culture, éducation et recherche, communication et information.

Afin de faire en sorte que les potentialités que présente l’AI en matière d’éducation soient à la portée du plus grand nombre d’utilisateurs, l’UNESCO s’est engagée à aider les Etats membres dans ce sens. Ce support s’opère dans le cadre de l’agenda Education 2030 qui repose sur 17 objectifs de développement durable.

Deux méthodes pratiques ont été mises en place pour garantir la mise en œuvre effective de la recommandation :

  • Méthode d’évaluation de l’état de préparation : C’est un process dont les résultats aideront à placer les états membres sur une échelle de préparation à une mise en œuvre éthique et responsable de l’IA. Les résultats auxquels aboutira ce process permettront à l’UNESCO d’adapter les mesures de renforcement mises à la disposition des différents pays.

 

  • L’évaluation de l’impact éthique : Ce processus s’adresse aux équipes de projet d’IA pour qu’en collaboration avec les pays concernés, ils puissent évaluer les impacts des systèmes IA et envisager les préventions utiles.

 

Parmi les recommandations de l’UNESCO figure l’impératif d’assurer « l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et de promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie ». Cela permet d’asseoir une utilisation équitable de l’IA en faisant de ce progrès technologique un moyen pour annihiler les inégalités en matière d’accès à la connaissance. Inclusion et équité sont les priorités de cette vision se définissant comme humaniste et visant une pratique innovante en matière d’enseignement et d’apprentissage.

Les lignes directrices de cette approche ont été détaillées en marge du Consensus de Beijing (document final de la Conférence internationale sur l’intelligence artificielle), dans le cadre d’une publication intitulée « AI et éducation ; Guide pour les décideurs politiques ».

Une série d’initiatives 

Par ailleurs, l’UNESCO a mis en place une plateforme collaborative (Women4Ethical AI) qui se définit comme un réseau de femmes pour une IA éthique. Le but de cette démarche est d’aider les gouvernements et les entreprises à atteindre l’égalité des genres dans la conception et dans le déploiement de cette technologie. Dix-sept expertes en IA mettront en place un référentiel de bonnes pratiques. Cette plateforme se basera sur le développement d’algorithmes non discriminatoires et œuvrera à l’accessibilité de la technologie à des filles, des femmes et des groupes dits sous-représentés. Les dix-sept femmes en charge de cette plateforme viennent de domaines professionnels différents : enseignement supérieur, société civile, secteur privé, organismes de régulation.

En outre, l’UNESCO a lancé une initiative de collaboration entre ses services spécialisés et des entreprises opérant dans le domaine de l’IA en Amérique latine. Il s’agit du Conseil ibéro-américain des entreprises pour l’éthique de l’IA, un cercle constitué comme un lieu d’échange d’expériences et d’exploration de pistes de collaboration. Au centre de ces objectifs : les pratiques éthiques au sein de cette industrie. Ce rassemblement actuellement présidé par Microsoft et Telefonica mettra en œuvre des moyens techniques afin de concevoir et diffuser un outil d’évaluation de l’impact éthique de l’IA. Il entend aussi participer à la mise en place de réglementations régionales dites intelligentes et ce pour favoriser l’implémentation d’un environnement compétitif en matière de technologie mais aussi en matière de responsabilité et d’éthique.

L’UNESCO et la Commission européenne ont signé un accord pour accélérer la mise en œuvre des recommandations en faveur de l’utilisation éthique de l’IA. Ce cadre normatif sera ainsi appliqué dans les pays membres. Trente ont déjà commencé à légiférer sur la base de ces recommandations pour que l’intelligence artificielle respecte les libertés et bénéficie à tous.

Afin d’accompagner les pays à faibles revenus dans le cadre de leurs législations nationales en faveur d’une utilisation éthique de l’IA, un budget de 4 millions d’euros a été alloué. De nombreuses initiatives bénéficieront de financements dans ce cadre. Parmi elles, le projet « Experts en éthique de l’IA sans frontières ». La vocation de ce regroupement est de fournir un appui et des conseils à la demande et de façon adaptée aux politiques publiques pour que les institutions des Etats membres puissent appliquer l’ensemble des recommandations.

Pour que cette pratique puisse être généralisée et pour qu’elle puisse être évolutive, l’UNESCO projette d’organiser un forum mondial pour réunir de manière annuelle les acteurs du domaine de l’IA.

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LE PODCAST : Trois exemples au féminin

Le podcast, format journalistique en vogue, connait un grand essor et s’adapte aux différents domaines qui attirent l’intérêt des auditeurs. Du nord au sud, il connait une large expansion en matière de sujets abordés et un intérêt croissant de la part du public.

Topologie d’un média numérique

Proche du contenu radiophonique mais avec une adaptation au monde digital et à ses poncifs, le podcast était adopté en 2019 par 274 millions de personnes, 464 millions en 2023 et enregistre une prévision pour 2024 à plus de 504 millions d’auditeurs (Source : Statista).

Il existe, selon des études récentes du marché, 2,4 millions de podcasts produits et 66 millions d’épisodes. Un chiff re qui était bien en-deçà de cela en 2021 avec 600 mille productions. Parmi les pays où ce genre prospère, on retrouve l’Amérique du Nord, l’Amérique latine et l’Europe de l’Ouest. En France, ils sont 17,6 millions d’utilisateurs à adopter ce média avec une hausse de 17% par année. Les sujets les plus suivis sont la culture, la société, les sciences et les actualités.

Présents sur le marché en Afrique depuis plusieurs années, ce média numérique a enregistré une augmentation rapide entre 2017 et 2023, selon une étude menée par Africa Podfest. Cet essor est dû à l’évolution de l’utilisation de smartphones et à la connectivité expansive à internet. Les plus grands marchés du continent sont l’Afrique du Sud, le Nigéria et le Kenya.

Ces productions qui font partie intégrante du paysage médiatique ajoutent de la valeur aux contenus créés. Elles sont soutenues financièrement mais également par les créateurs eux-mêmes à travers des rassemblements réguliers et un eff ort de la communauté active dans ce secteur. Cette alternative aux médias classiques revêt un aspect informatif, éducatif et divertissant et s’impose désormais comme un média infl uent.

Essor du média alternatif

En Afrique du Nord, le format n’est pas encore très présent et son modèle économique n’est pas encore bien établi. En Tunisie, il existe une soixantaine de podcasteurs.

Parmi la communauté des podcasteurs, on retrouve Raouia Khedher. Dans ses podcasts intitulés « Khedma ndhifa », cette animatrice radio met en avant des métiers et des savoir-faire à travers des profils professionnels qui les représentent.

Elle a fondé un festival dédié aux podcasts pour que soient mieux connues du public ces nouvelles productions audio. Cet événement a permis d’en rassembler quelques-uns autour d’une initiative fédératrice qui a permis de lancer le débat autour des difficultés entravant l’évolution de ce créneau mais aussi de mettre en lumières les eff orts menés pour susciter l’intérêt du public. Au programme de cet événement, ateliers, conférences, séances de networking et une volonté de faire émerger, aux yeux du grand public, un média alternatif et méritant.

Pami les podcasteuses tunisiennes, on retrouve, également, Nawel Bizid, animatrice télé et chroniqueuse radio qui a lancé un podcast dans lequel elle aborde des sujets souvent jugés tabous dans son pays. Dans une ambiance intimiste et face à des invités à la parole libérée, elle mène des interviews dans lesquels elle place la santé mentale au centre des échanges.

Ce choix a été fait sur la base d’une expérience personnelle pour celle qui est passée par une dépression aigüe et qui a connu le mal-être de certains jeunes de son âge dans une Tunisie postrévolutionnaire et après l’épreuve Covid. Au fur et à mesure des épisodes, Nawel parle et fait parler ses invités de deuil, de sexualité, de dépressions…

Un des derniers nés des podcasts tunisiens est Nawart, une série de podcasts et vidéos dans lesquels Zeineb Melki échange avec des personnalités actives dans différents secteurs dans le cadre d’une immersion au cœur d’expériences humaines inspirantes. Les rencontres sont jalonnées par les interventions de l’intervieweuse à travers des questions à connotation psychologique et existentielle. L’intitulé choisi (formule d’accueil signifi ant la présence lumineuse et radieuse) et la ligne éditoriale dénotent la bienveillance. Cette production est imprégnée de la touche de Zeineb Melki, personnalité médiatique tunisienne qui, au fur et à mesure de ses expériences professionnelles, s’est imposée avec un style propre à elle. Animatrice radio et télévision, elle s’est fait connaître à travers son approche bienveillante et orientée vers des productions qualitatives et innovantes.

Pour elle « le podcast Nawart est bien plus qu’un simple projet audio : c’est une invitation à plonger au cœur des récits qui méritent d’être entendus, car, en chacun de nous, réside une multitude d’expériences et d’histoires extraordinaires ».

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A lire: Quand le livre insuffle des valeurs

Conversations féminines : Un livre pour arracher sa place

Conversations féminines est un livre de Zoubida Fall édité chez Saaraba et réalisé à partir des podcasts dans lesquels elle avait pour invitées des Sénégalaises de tous bords.

L’auteure présente 17 profils féminins à travers les entretiens qu’elle a menés avec elles. On retrouve dans cette sélection : l’économiste Thiaba Camara Sy, la chercheuse Coumba Touré, la cinéaste Fatou Kandé Sengor, la styliste Oumou Sy, la journaliste Diatou cissé, l’animatrice radio et productrice Maïmouna Dembellé, la militante féministe Marie-Angélique Savané, l’auteure Fatima Faye, l’étudiante et jeune Ndeye Dieumb Tall, l’ancienne secrétaire générale de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest Fatimatou Zahra Diop, l’historienne et militante Penda Mbow, la sociologue Marema Touré Thiam, l’universitaire Marame Gueye, l’actrice Marie-Madeleine Diallo et la sociologue Fatou Sow.

Chaque profil a ses spécificités mais pourrait, à travers les valeurs qu’il reflète, être impactant pour d’autres femmes.

Tel est l’objectif de l’auteure qui a choisi comme sous-titre à son ouvrage : « Des places assignées à celles arrachées ».

A travers les récits des parcours souvent laborieux de ces femmes, la productrice de podcasts a fait un livre inspirant pour de nombreuses femmes que la société conditionne dans des rôles qu’elles souhaitent dépasser.

« Je suis nostalgique d’un temps que je ne connaîtrai jamais… Et c’est la genèse même de Conversations Féminines, podcast où j’ai voulu transmettre ce que d’autres femmes comme moi ont à dire au delà de ce qu’elles montrent, et présenter de « nouveaux » modèles féminins aux générations de femmes actuelles et futures », écrit Zoubida Fall .

Mettant en avant la persévérance, la résilience et le pouvoir de l’ambition, ce livre dresse un portrait commun aux femmes que l’on y retrouve faisant de la volonté une clé de réussite pouvant faire bouger les visions sociales les plus immuables.

Veiller sur Elle : Un Goncourt pour couronner le talent de Jean-Baptiste Andrea

Veiller sur elle de Jean-Baptiste Andrea publié aux Editions L’Iconoclaste a obtenu le Prix Goncourt 2023.

Dans ce roman, l’auteur dresse une trame romanesque ayant pour jalons les grands événements du XXème siècle dont le fascisme. Dans une Italie qui connaît son épisode historique le plus marquant, deux âmes se rencontrent d’une manière inattendue mais sublime.

Mimo, personnage pauvre ayant de l’or entre les mains : la sculpture et Viola Orsini, héritière d’une famille aisée. L’un est un nain qui apprend son métier et aiguise son talent aux côtés d’un oncle qui le maltraite et l’autre est une aristocrate dotée d’une ambition dépassant le confort de son statut.

Des passions antagonistes prennent naissance tout au long du roman et consacrent le côté fantastique des rencontres attractives.

Jean-Baptiste Andréa n’en est pas à sa première consécration. Ses livres ont obtenu plusieurs prix dont : le Prix Fémina des lycéens et le Prix des lycéens Folio pour « Ma reine », le Prix des lecteurs Privat pour « Cent millions d’années et un jour », le Grand Prix RTL-Lire et le Prix Etonnants voyageurs pour « Des diables et des saints » …

L’auteur primé est aussi scénariste et réalisateur récompensé plusieurs fois pour Dead End, film dont il est le scénariste et le coréalisateur.

Makasi : Les aventures d’un héros prometteur

Les aventures de Makasi : Un petit enfant peureux est un livre pour enfants écrit par Trycia Nyota Van Den Berg. L’auteure est économiste de formation. Elle est experte en intelligence stratégique et travaille dans le secteur diplomatique. Un univers bien loin de celui du livre vers lequel elle s’est orientée par passion pour l’écrit et par intérêt pour l’éducation.

Dans ce livre, elle a choisi de mettre en lumière la peur chez l’enfant, les blocages qu’elle génère et le bien que l’on récolte une fois celle-ci dépassée. Elle a choisi pour son héros un prénom signifiant fort et courageux, par antagonisme avec son état d’esprit initial.

En effet, le petit garçon semble, selon les situations décrites, ne pas avoir confiance en lui-même et avoir des peurs, en apparence, insurmontables. C’est en décidant d’aller à la découverte de la savane, qu’il affronte les objets de ses peurs et découvre la manière de les gérer au contact des personnages qu’il y rencontre. Un parcours initiatique s’opère dans ce livre. Il est le résultat de partages d’expériences et de travail sur soi.

Trycia Nyota Van Den Berg expose, à travers ce récit, une notion qu’elle a développée dans le cadre de son programme de coaching en neurosciences motivationnelles : le Yohali, cet art d’être soi et de savoir percevoir le monde.

L’aventure de Makasi existe également en version audio avec des incrustations musicales. C’est un ouvrage qui a été réalisé comme un projet familial : illustré par l’auteure, coécrit avec le fils, composé musicalement par le conjoint.

Compte tenu de l’engouement que connaît ce livre, l’idée d’autres aventures de Makasi fait partie des projets de Trycia Nyota Van Den Berg.

Eva, capitaine, un récit pour inspirer la détermination

Capitaine Eva championne d’Afrique est un récit de courage et de persévérance au féminin. Son auteure Marie-Alix de Putter y relate les aventures d’une fille passionnée de football et dont le talent la fait accéder au poste de capitaine de son équipe.

Confrontée à l’échec et aux doutes, celle-ci vit une remise en question. La tournure psychologique de ce récit met l’accent sur l’importance de qualités comme la persévérance et de valeurs comme la confiance en soi à développer pour réussir et pour dépasser les obstacles y compris ceux qui naissent en soi.

Cette aventure est le deuxième opus d’un focus porté sur un personnage atypique par ses choix. Eva va, en effet, à l’encontre du conventionnel et quand sa détermination à le faire est mise à mal, ses réactions deviennent une leçon pour d’autres filles qui, comme elle, sont confrontées au poids de la convention et des blocages psychologiques qu’elle génère.

L’auteure est une écrivaine et conférencière franco-camerounaise. Elle a publié d’autres ouvrages pour jeune public mettant en avant des profils africains et féminins. Elle est également investie dans des projets de nature sociale et psychologique (société civile et santé mentale).

La narration est accompagnée d’illustrations réalisées par Samuel Koffi, designer, illustrateur et directeur artistique diplômé de l’Ecole des beaux-arts d’Abidjan.

Capitaine Eva est conçu comme un récit d’aventures « qui rappelle que chaque cœur, quel que soit son genre et son âge, peut battre au rythme des rêves réalisables malgré les « malgré », d’après son auteure ».

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Aimé Césaire : « À ma mère » L’hommage originel

Biographie

Le poète Aimé Césaire est né le 26 juin 1913 en Martinique d’un père fonctionnaire et d’une mère couturière.

Durant ses études à Paris au lycée Louis-Le-Grand, il a fait la rencontre de Léopold Senghor, le grand poète et homme politique sénégalais. Il a découvert, également, à travers ses rencontres estudiantines, ce que plusieurs de ses compatriotes de culture vivent comme de l’oppression culturelle visant à l’assimilation.

C’est dans ce contexte que se sont développées les idées fondatrices de la négritude, dont il est devenu l’un des chefs de file.

Également engagé en politique, Césaire a été député puis maire de Fort-de-France. Il a aussi été président du Conseil régional de la Martinique.

Aimé Césaire est à la fois poète, dramaturge et essayiste. Il a à son actif des dizaines d’œuvres, dont : 10 recueils de poèmes, 4 pièces de théâtre, 5 essais.

À ma mère

Ma mère ne s’opposait à rien
Elle était accueil
Elle était comme la lune
Qui accueille la lumière du soleil…

Ma mère souriait à la vie
Je l’ai vue sourire…
Elle apprenait avec patience à se faire à tout :
Elle tâchait de se tirer des misères
Que lui réservait l’existence…

Elle communiait aux joies.
Elle avait appris de sa mère, ma grand-mère,
Que la vie est un don,
Un don que l’on reçoit
Un don qu’il faut entretenir,
Un don qu’il faut communiquer…

Elle ne travaillait pas pour s’enrichir
Elle travaillait pour vivre…
Vivre pour elle, c’était marcher avec mon père.
Elle faisait tout pour se montrer digne de son mari…

Elle entreprenait tout
Pour se montrer digne de ses enfants…
Quand il s’agissait de rendre heureux
Elle ne calculait pas

Aimé Césaire, poète antillais 1913-2008

Dans ce poème, Césaire fait l’éloge de sa mère. Il la décrit et relate le parcours de sa vie, il l’évoque à travers ses croyances, son héritage culturel et le souvenir qu’il a gardé d’elle. Le titre choisi fait de ce poème une lettre conçue comme un hommage à la figure maternelle.

La mère, l’incarnation de la perfection

Le poème s’ouvre sur une phrase négative : « Ma mère ne s’opposait à rien ». Le poète choisit de présenter sa mère en ne se contentant pas de ses qualités et de ses actions mais en faisant part de ce qu’elle n’est pas et de ce qu’elle ne fait pas.

Deux autres phrases négatives sont utilisées : « Elle ne travaillait pas pour s’enrichir », « Elle ne calculait pas ». Tout au long des vers suivants, le poète opte pour un style argumentatif et procède à la description de sa mère et de la conception qu’elle a de la vie.

Pour cela, plusieurs figures de style sont employées. La métaphore : « Elle était accueil ». La comparaison : « Elle était comme la lune / Qui accueille la lumière du soleil… » Et l’emphase, présente à travers le recours à « tout » : « Elle apprenait avec patience à se faire à tout », « Elle faisait tout pour se montrer digne de son mari », « Elle entreprenait tout ».

Le poète recourt à des images donnant à sa mère un aspect surnaturel. Il l’assimile à un astre et la dote de caractère presque divin : « Elle était accueil ». Il alterne entre l’éloge de l’exceptionnel qu’elle porte en elle et sa manière de la percevoir au quotidien. L’affirmation « Je l’ai vue sourire » intervient à la deuxième strophe comme une preuve de l’image métaphorique qui la précède : « Ma mère souriait à la vie ».

Selon le poète, sa mère entreprenait un rapport spirituel avec la vie et ce qu’elle présente de plaisant : « Elle communiait aux joies ». Il explique l’origine de ce savoir-faire exceptionnel : l’héritage maternel. Cette capacité à entrer en communion avec le bonheur a été inculquée à la mère par sa mère à elle, comme un don exceptionnel qui se transmet d’une génération à une autre et dont l’essence est : concevoir la vie comme un don, « Un don que l’on reçoit / Un don qu’il faut entretenir, / Un don qu’il faut communiquer… ». L’existence en devient, selon cette conception familiale, un privilège qui ne se vit pas dans la passivité, mais qui s’apprécie à travers le soin qu’on y accorde et le plaisir qu’on a à le partager.

La mère, image du sacrifice et de la résilience

Outre son caractère exceptionnel, la mère du poète est décrite à travers sa capacité à dépasser les problèmes et sa manière d’appréhender son quotidien et ses relations avec sa famille.

En effet, cette mère ferait preuve de résilience face aux difficultés :

« Elle apprenait avec patience à se faire à tout : / Elle tâchait de se tirer des misères / Que lui réservait l’existence… »

Elle est également proche de sa famille et consacre son quotidien à l’entretien de sa relation avec les membres qui la composent : « Vivre pour elle, c’était marcher avec mon père. »

Toutefois, le poète relève que sa mère était fascinée par son mari et que, malgré toutes ses qualités, elle manifestait à l’égard de celui-ci une forte admiration la poussant à faire « tout pour se montrer digne » de lui et de ses enfants.

Cette manière d’appréhender sa propre existence illustre certes le dévouement de cette mère pour sa famille, mais dénote, comme le marque le poète à deux reprises, d’un sens presque excessif du sacrifice de soi.

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YASMINA KHADRA « LES VERTUEUX »

A propos de l’auteur :

Yasmina Khadra est un écrivain algérien ayant à son actif près de 20 ouvrages.  Cet ancien militaire (commandant de l’armée algérienne à la retraite) a préféré utiliser plusieurs pseudonymes afin d’échapper à la censure militaire. Il a utilisé celui de Yasmina Khadra pour son premier roman édité en France, Morituri, en 1997 et a fait le choix d’adopter ce pseudonyme composé des deux prénoms de son épouse et d’en faire son nom de plume officiel. L’auteur explique ce choix comme suit : « Mon épouse m’a soutenu et m’a permis de surmonter toutes les épreuves qui ont jalonné ma vie. En portant ses prénoms comme des lauriers, c’est ma façon de lui rester redevable. Sans elle, j’aurais abandonné. C’est elle qui m’a donné le courage de transgresser les interdits. Lorsque je lui ai parlé de la censure militaire, elle s’est portée volontaire pour signer à ma place mes contrats d’édition et m’a dit cette phrase qui restera biblique pour moi : “Tu m’as donné ton nom pour la vie. Je te donne le mien pour la postérité” »

Par ailleurs, il est à noter, que choisir un pseudonyme féminin constitue, dans le milieu d’origine de l’auteur, un acte surprenant et subversif, perçu comme une manière de déclarer, à la femme, son respect et son engagement envers ses causes.

C’est en 2001, l’année lors de laquelle il s’installe en France avec sa famille, que l’auteur choisit de dévoiler sa vraie identité à travers son roman autobiographique L’Ecrivain (signé donc Mohammed Moulessehoul).

Son oeuvre

Khadra a publié une série de romans ( qui se compose de quatre titres : Morituri, Double blanc, L’automne et La Part du mort ) qui mettait en scène la société algérienne et la sphère du pouvoir et qui lui a valu une renommée internationale. On y retrouve un commissaire qui enquête sur des affaires délicates et qui dévoile les affres du fanatisme qui rongeait l’Algérie.

Dans un autre corpus romanesque, Khadra aborde les rapports Orient/ Occident. Dans Les hirondelles de Kaboul, L’Attentat et Les Sirènes de Baghdad, les faits transportent le lecteur en Afghanistan, en Israël et en Irak et dresse. On trouve, dans ces romans, en trame de fond, le rapport à l’altérité culturelle, idéologique et politique.

Khadra a écrit en 2015, La Dernière nuit du Raïs, dont le narrateur est l’ancien président Libyen Kadhafi. Il y fait cohabiter le réalisme et la fiction et choisit un prisme particulier pour le retour sur les faits politiques ayant marqué l’histoire contemporaine.

En 2016, il a publié Dieu n’habite pas la Havane, sujet à des controverses de la part des critiques littéraires.

Les livres de Yasmina Khadra ont permis de faire rayonner la littérature francophone dans de nombreux pays et ont atteint un lectorat international, grâce aux traductions en plus de cinquante langues. Ils ont été adaptés, au cinéma, au théâtre, en bandes dessinées et même en chorégraphies.

Outre ses productions littéraires, Khadra a été co-scénariste pour le cinéma avec le film La Route d’Istanbul du cinéaste Rachid Bouchareb. Il a été directeur d’une collection au sein d’une maison d’édition spécialisée dans le Polar « Après la lune ».

Il a dirigé pendant six ans le Centre culturel algérien à Paris.

En 2011, l’Institut de France lui a accordé, sur proposition de l’Académie française, le Prix de littérature Henri-Gal pour l’ensemble de son œuvre. Lui ont également été décernés des Prix dans plusieurs pays comme : Prix Baobab de littérature en Côte d’Ivoire (2021), Le Grand Prix des Belles-lettres au Cameroun (2018), le Prix Dérochères au Canada (2010), le Prix de la Société des gens de lettres aux Etats-Unis….

Yasmina Khadra a été nommé au Grade de Chevalier de la Légion d’honneur en 2008, officier de l’Ordre des Arts et des Lettres par le ministère de la culture en France.

A propos de l’œuvre : Les Vertueux

Yasmina Khadra revient, dans ce roman publié en 2022, sur un pan marquant de l’Histoire algérienne de l’entre-deux-guerres, à travers le récit de son personnage, Yacine, ayant été aux combats lors de la première Guerre mondiale et pour qui le retour au pays s’annonce bouleversant. Sur fond de faits historiques revisités à travers la psyché de son personnage, l’auteur réexplore des valeurs humaines comme l’amour de son prochain, l’amour de son pays, le pardon et des notions comme le destin ou la fatalité. Il retrace un parcours historique jalonné d’événements marquants et déclare, à ce propos : « Je mets la fiction au service d’une possible réalité ».

Le contexte romanesque :

Yacine, est berger au sud de l’Algérie. Sa vie change quand il est appelé par le Caïd à passer un pacte avec lui : aller faire la guerre au nom du fils du dignitaire et recevoir en échange une ferme et une protection pour sa famille. Après le récit des combats de 1914, s’opère un retour inattendu au pays. Le soldat découvre qu’il a été dupé et se retrouve confronté à des épreuves majeures. Une épopée intérieure qui donne lieu à des réflexions et un cheminement vers la sagesse.

Extrait 1 :

« Le soir se coucha sur la plaine, furtif comme un voleur. Autour de moi, taupes effarouchées, mes camarades se terraient. Ils pensaient avoir connu le pire avec la tempête de la traversée et s’apercevaient que la furie des hommes était nettement plus terrifiante que celle des éléments.

Je guettai un crissement dans le ciel, ou bien une explosion. Rien. L’ennemi se retranchait derrière ses lignes et faisait celui qui n’était pas là. De notre côté, les officiers attendaient qu’une estafette leur apportât les instructions de la hiérarchie. En vain. Qu’attendaient-ils vraiment ? De ramener de nouveau l’enfer du ciel sur terre ?

Devant moi, agonisait une plaine qui aurait inspiré mille poètes et mille amours précoces. Les oiseaux se taisaient au creux des peupliers. Bientôt notre sang tracerait des ruisseaux dans l’empreinte de nos pas et nous disparaîtrions en même temps que nos cris. C’était absurde. Plus je découvrais en accéléré les réalités complexes du monde moderne, moins j’étais sûr de vouloir écarter mes œillères. Je n’arrêtais pas de traverser le miroir, dans les deux sens. Tout allait trop vite pour moi ; la moindre découverte me prenait au dépourvu. Là-bas, dans mon douar, le monde était si petit que j’aurais pu le contenir dans le creux de ma main. Je ne risquais pas de me perdre. Toutes les questions étaient réglées. On ne se les posait pas puisqu’on avait la réponse : on ne rattrape pas la comète. Chacun assumait son malheur et attendait du ciel autre chose qu’un obus. Mais ici, au milieu de l’immense gâchis défigurant la plaine, j’étais complètement perdu.

Nous n’avons pas fermé l’œil de la nuit. Aux aguets. Les nerfs tendus. Le souffle coupé. Les oreilles susceptibles. Le moindre bruit nous raidissait. De temps à autre, des fusées éclairantes illuminaient la plaine. Elles descendaient doucement en dispersant sur le sol une multitude d’hallucinations. Certains d’entre nous croyaient déceler des silhouettes et ouvraient le feu. Pas un cri. Pas une riposte ; un vent vétilleux errait au milieu des cratères, exacerbant notre nervosité. »

Les vertueux, Mialet-Barrault Editeurs, 2022, pages 86 et 87.

Dans cet extrait, le narrateur des Vertueux opère une réflexion sur l’expérience du combat. On y retrouve sa vision et celle que semblent avoir ses « camarades » des champs de bataille. La subjectivité de ce prisme se traduit, d’emblée, par des figures de style comme la comparaison expliquant le rapport à la temporalité : « le soir (…) furtif comme un voleur », la métaphore évoquant la peur des camarades assimilés à « des taupes effarouchées » ou encore la métaphore filée accentuant cette idée de terreur : « mes camarades se terraient. ».

Les soldats dépassés

Le narrateur recourt à la comparaison pour commenter la capacité humaine à produire le mal. Celle-ci dépasserait la force de la nature ( « la furie des hommes était nettement plus terrifiante que celle des éléments »). Face à ce déchaînement de violence, les soldats se retrouvent désemparés. Ce sentiment est décrit à travers l’opposition entre l’aspect prosaïque du mot « estafette » et l’aspect révérencieux et formel des « instructions de la hiérarchie » que les amis du narrateur semblent guetter (« les officiers attendaient qu’une estafette leur apportât les instructions de la hiérarchie »).

Afin de mimer, par les mots, le désespoir auquel les troupes sont confrontées, le narrateur utilise des phrases courtes (« En vain. », « Rien. », « C’était absurde. », « Pas un cri. ») sonnant comme un acte de désespoir face aux combats. Le choix des formules interrogatives (questions oratoires) dans cette phrase et dans celle qui la précède (« Qu’attendaient-ils vraiment ?») démontre l’absurdité des attentes des soldats et, par ricochet, l’absurdité de leur combat.

La puissance fatale

Le narrateur opte, dans certains passages de cet extrait, pour une tonalité poétique dénotant le décalage entre ses pensées et la réalité qu’il a à affronter, avec ses camarades. On retrouve, ainsi, le lexique de la nature et du romantisme dans la personnification du champ de bataille décrit comme une plaine qui « agonisait » et qui est assimilée à une muse inspiratrice de poésie et de sentiments amoureux (« Devant moi, agonisait une plaine qui aurait inspiré mille poètes et mille amours précoces. »). Le champ lexical de la nature est, également, présent à travers l’emploi de mots comme : « les oiseaux », « des peupliers ».

Cet usage se poursuit mais d’une manière plus tragique avec l’évocation du « sang » qui coulerait comme « un ruisseau » et des soldats qui disparaitraient « en même temps que leurs cris », une expression de simultanéité dotant, la mort dans la souffrance, d’une extrême théâtralité.

Succède à l’affirmation du sentiment de perdition du narrateur, une série de dualités (composées d’un groupe nominal et d’un adjectif) et de parallélismes : « Les nerfs tendus. Le souffle coupé. Les oreilles susceptibles. ». Décrivant ainsi l’état d’esprit des soldats dont il fait partie, le narrateur donne aux fusées que les troupes aperçoivent, un pouvoir surnaturel (elles sont « éclairantes », illuminatrices et capables de « disperser sur le sol une multitude d’hallucinations »). Il détaille ensuite cette notion de délire lié à l’expérience du combat ; un combat faisant perdre aux soldats tout discernement.

La candeur assumée

Revenant sur le décalage entre sa vision du monde et la réalité qu’il affronte dans cette nouvelle vie qui s’impose à lui, le narrateur affirme sa détermination de garder « ses œillères ». Il admet sa volonté de maintenir le prisme à travers lequel il perçoit la vie, même si cela est candide et biaisé. Ce décalage est accentué par l’opposition, au sein de la même phrase, entre deux extrêmes : « plus » et « moins » (« Plus je découvrais en accéléré les réalités complexes du monde moderne, moins j’étais sûr de vouloir écarter mes œillères »). Des allusions à la temporalité permettent de marquer la manière dont le narrateur perçoit son expérience du combat (« en accéléré », « tout allait trop vite »). Par ailleurs, l’expression « traverser le miroir, dans les deux sens » est comme utilisée au sens propre et au sens figuré, marquant ainsi le fait de passer d’un côté à l’autre, mais aussi de franchir le temps et les époques.

Dans ce passage, le narrateur explore son mal-être et en cherche l’origine. Il la trouve dans ce gap qui sépare l’immense champ de bataille et son petit monde, désigné par l’adverbe « là-bas », et par la formule marquant la tendre possession « mon douar ». De sa terre originelle, le narrateur fait une description exagérée, celle d’un objet qui tiendrait au « creux d’une main », d’un microcosme où nul ne se perd, où il n’y a pas de place aux questions et où il n’y a que des évidences (« Toutes les questions étaient réglées. On ne se les posait pas puisqu’on avait la réponse »).

A la manière de Voltaire, l’auteur brosse un portrait mental de son personnage rappelant celui de Candide. Cette intertextualité est d’autant plus marquée que l’auteur donne écho à une de ses propres citations que l’on retrouve dans son roman Ce que le jour doit à la nuit : « Un jour, sans doute, on pourrait rattraper une comète, mais qui vient à laisser filer la vraie chance de sa vie, toutes les gloires de la terre ne sauraient l’en consoler »). A cette affirmation sentencieuse, le narrateur des Vertueux répond « on ne rattrape pas la comète ».

Malgré ces affirmations, le narrateur avoue son égarement face à cette tragédie dont l’ampleur dépasse la résignation et le fatalisme qui lui est inhérent (« Chacun assumait son malheur et attendait du ciel autre chose qu’un obus. Mais ici, au milieu de l’immense gâchis défigurant la plaine, j’étais complètement perdu »).

En bonus lecture :

Extrait 2 :

« – Je n’arrive pas à croire que c’est terminé, me confia-t-il. Chaque matin, au réveil, je me pince. Dans mes sommeils, je suis en guerre toutes les nuits, puis j’ouvre les yeux et je me dis, comment t’as fait pour t’en être sorti, Sid ? C’est bien toi, Sid, tu ne serais pas en train de rêver ?

– Tu crois qu’il y aura d’autres guerres de notre vivant ?

– C’est dans la nature humaine. Chaque génération réclame sa part de la tragédie, disait un vieux savant de chez nous. Rien ne s’achève, en vrai. On pense que c’est derrière soi, puis on réalise qu’on est revenus à la case départ pour repartir de plus belle pour de nouvelles déconfitures.

Il leva les yeux sur la côte que l’on devinait à peine au loin.

– Adieu, la France. On te dit belle, mais on n’a eu droit qu’au mal qui te défigurait. Quand tu auras retrouvé tes couleurs, je reviendrai, je te le promets. J’irai voir la Tour Eiffel et manger dans tes brasseries. Je lèverai mon verre aux morts et aux vivants et je me soûlerai jusqu’à prendre un cochon pour un éléphant rose. Puis j’irai trouver Appoline pour lui prouver que je suis un homme de parole, que son Turco ne lui a pas menti.

– Les Turcos, dis-je, la gorge serrée. Tu penses que l’on se souviendra de nous ?

– Certains, sans doute, d’autres pas, et ceux-là seront nombreux.

– Nous nous sommes battus avec la même bravoure, tirailleurs, zouaves, Sénégalais, Français, Indiens, tous comme des frères, pour l’honneur et la liberté.

– Tout le monde le sait, Hamza.

– Alors pourquoi ne se souviendrait-on pas de nous autres ?

– Parce que c’est comme ça. Si nous avons été égaux dans le martyre, l’Histoire ne retiendra que les héros qui l’arrangent. »

Les vertueux, Mialet-Barrault Editeurs, 2022, pages 144 et 145.

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Emna Ben Jemaa, lauréate du prix du meilleur pilote au projet Intajat Jadida

Emna Ben Jemaa a obtenu le prix du meilleur pilote pour son émission digitale « on échange ». Son pilote a été jugée par le jury comme étant « une proposition éditoriale très complète, déclinée et adaptée aux usages des plateformes avec une bonne stratégie 360. »

Qualifié de « très impressionnant », ce contenu vidéo a été réalisé sous l’égide de l’agence française de développement médias, CFI, dans le cadre du projet Intajat jadida (Nouvelles productions) auquel ont pris part 12 candidats créateurs de contenus de la région Mena. Il consiste en plusieurs formats de vidéos pensés et réalisés par la gagnante. Ceux -ci sont réfléchis d’une manière spécifique et selon les normes exigées pour l’efficience de la visibilité sur : YouTube (format long), Instagram, Tiktok et Facebook (trois formats courts). Un choix salué par le jury, lors de l’annonce des résultats : « Les différents formats proposés permettent d’exploiter chaque contenu pour chaque plateforme. Visuellement de très grande qualité avec une image propre, une charte graphique pertinente et une bonne utilisation du format vertical ».

La lauréate du prix du meilleur pilote a bénéficié, dans le cadre de ce projet, de près de 10 mois d’accompagnement sous forme d’encadrement continu par Philippe Couve et Julien Le Bot, deux mentors et experts en médias, et d’une semaine d’incubation par mois.

Dans l’émission « On échange » diffusée sur les réseaux sociaux de son média féminin Binetna, Emna Ben Jemaa aborde la question de la charge mentale et le partage des tâches dans le couple. Elle lance le débat sur la parité dans le quotidien familial, à travers son choix des prismes masculin et féminin. Sans prise de position et de manière légère à travers des questions/ réponses, elle pousse à la réflexion à propos de l’égalité de genres et invite à l’équité dans le cadre des structures familiales.

Grâce à l’expérience acquise au moyen de ce programme d’incubation et de mentorat, Emna Ben Jemaa ambitionne de développer le volet éditorial de son média féminin par un contenu vidéo captivant.

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