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Fiche pédagogie : un récit à dominante descriptive

En retournant chez lui, François aperçoit depuis l’extérieur une dame inconnue au comportement étrange, qui semble chercher quelqu’un. La visiteuse explique à Madame Seurel et à son fils les raisons de sa présence chez eux, dissipant progressivement le mystère initial.

Dans le bourg, il n’y eut plus alors de vivant que le café Daniel, où j’entendais sourdement monter puis s’apaiser les discussions des buveurs. Et, frôlant le mur bas de la grande cour qui isolait notre maison du village, j’arrivai, un peu anxieux de mon retard, à la petite grille.

Elle était entr’ouverte et je vis aussitôt qu’il se passait quelque chose d’insolite.

En effet, à la porte de la salle à manger – la plus rapprochée des cinq portes vitrées qui donnaient sur la cour – une femme aux cheveux gris, penchée, cherchait à voir au travers des rideaux. Elle était petite, coiffée d’une capote de velours noir à l’ancienne mode. Elle avait un visage maigre et fin, mais ravagé par l’inquiétude ; et je ne sais quelle appréhension, à sa vue, m’arrêta sur la première marche, devant la grille.

« Où est-il passé ? mon Dieu ! disait-elle à mi-voix. Il était avec moi tout à l’heure. Il a déjà fait le tour de la maison. Il s’est peut-être sauvé… »

Et, entre chaque phrase, elle frappait au carreau trois petits coups à peine perceptibles.

Personne ne venait ouvrir à la visiteuse inconnue. Millie, sans doute, avait reçu le chapeau de La Gare, et sans rien entendre, au fond de la chambre rouge, devant un lit semé de vieux rubans et de plumes défrisées, elle cousait, décousait, rebâtissait sa médiocre coiffure… En effet, lorsque j’eus pénétré dans la salle à manger, immédiatement suivi de la visiteuse, ma mère apparut tenant à deux mains sur sa tête des fils de laiton, des rubans et des plumes, qui n’étaient pas encore parfaitement équilibrés… Elle me sourit, de ses yeux bleus fatigués d’avoir travaillé à la chute du jour, et s’écria :

« Regarde ! Je t’attendais pour te montrer… »

Mais, apercevant cette femme assise dans le grand fauteuil, au fond de la salle, elle s’arrêta, déconcertée. Bien vite, elle enleva sa coiffure, et, durant toute la scène qui suivit, elle la tint contre sa poitrine, renversée comme un nid dans son bras droit replié.

La femme à la capote, qui gardait, entre ses genoux, un parapluie et un sac de cuir, avait commencé de s’expliquer, en balançant légèrement la tête et en faisant claquer sa langue comme une femme en visite. Elle avait repris tout son aplomb. Elle eut même, dès qu’elle parla de son fils, un air supérieur et mystérieux qui nous intrigua.

Ils étaient venus tous les deux, en voiture, de La Ferté-d’Angillon, à quatorze kilomètres de Sainte-Agathe. Veuve – et fort riche, à ce qu’elle nous fit comprendre – elle avait perdu le cadet de ses deux enfants, Antoine, qui était mort un soir au retour de l’école, pour s’être baigné avec son frère dans un étang malsain. Elle avait décidé de mettre l’aîné, Augustin, en pension chez nous pour qu’il pût suivre le Cours Supérieur.

Et aussitôt elle fit l’éloge de ce pensionnaire qu’elle nous amenait. Je ne reconnaissais plus la femme aux cheveux gris, que j’avais vue courbée devant la porte, une minute auparavant, avec cet air suppliant et hagard de poule qui aurait perdu l’oiseau sauvage de sa couvée.

Ce qu’elle contait de son fils avec admiration était fort surprenant : il aimait à lui faire plaisir, et parfois il suivait le bord de la rivière, jambes nues, pendant des kilomètres, pour lui rapporter des œufs de poules d’eau, de canards sauvages, perdus dans les ajoncs… Il tendait aussi des nasses… L’autre nuit, il avait découvert dans le bois une faisane prise au collet…

Moi qui n’osais plus rentrer à la maison quand j’avais un accroc à ma blouse, je regardais Millie avec étonnement.

Alain Fournier, Le Grand Meaulnes, chapitre premier ‘‘Le pensionnaire’’ 

L’auteur

Alain-Fournier est le pseudonyme d’Henri-Alban Fournier, écrivain français né en 1886 dans le Cher. Fils d’instituteurs, il vit une enfance paisible en Berry, puis suit des études à Paris. En 1905, sa rencontre avec Yvonne de Quiévrecourt, qui inspirera son célèbre et unique roman Le Grand Meaulnes, bouleverse sa vie. Malheureusement, Yvonne est déjà mariée. Après des années de service militaire et divers emplois, il fait publier le roman en 1913. Par la suite, il est mobilisé pendant la Première Guerre mondiale et décède au combat en 1914. Ses restes seront retrouvés en 1991 et inhumés dans un cimetière militaire.

L’œuvre

Le Grand Meaulnes, roman unique d’Alain Fournier, retrace les aventures d’un adolescent, le personnage éponyme[1] de l’œuvre, rapportées par son camarade de classe et ami, François. 

Commentaire

François rapporte l’effet de surprise que l’intrusion imprévue de madame Meaulnes dans la maison produit aussi bien chez lui que chez Millie et fait le portrait de la visiteuse inconnue. Ainsi, nous relevons des éléments relatifs à ce discours comme l’imparfait de description « était », « cherchait », « avait » ; l’abondance d’adjectifs qualificatifs, notamment à travers le portrait de madame Meaulnes, ainsi que la métaphore « avec cet air suppliant et hagard de poule qui aurait perdu l’oiseau sauvage de sa couvée. »

  • La « femme à la capote » à travers le point de vue du narrateur

Le portrait de la « femme à la capote », axé autour de ses caractéristiques tant physiques qu’émotionnelles, est composé de deux étapes contradictoires, voire opposées : La première étape correspond au moment où François la surprend, affolée, inquiète, en train de chercher quelqu’un dont elle n’évoque pas le prénom. La deuxième, en revanche, coïncide avec le moment où madame Meaulnes commence à parler de son propre fils : son attitude aussi bien que ses manières changent complètement, comme par magie.

Nous relevons un champ lexical qui suggère ou évoque explicitement l’humilité « une femme aux cheveux gris, penchée », au « visage maigre et fin, mais ravagé par l’inquiétude », vêtue « à l’ancienne mode » ; « visiteuse inconnue ». L’attitude de la vieille dame suscite une certaine compassion chez François, qui hésite à l’aborder. Le discours direct, alternant les modalités interrogative et exclamative, montre toute l’inquiétude de la dame « Où est-il passé ? mon Dieu ! disait-elle à mi-voix »

Dans la deuxième partie du texte, à la grande surprise de François et de sa mère, madame Meaulnes se montre plutôt confiante, voire fière. En parlant de son fils, elle change de ton et de manière.

L’hésitation et la confusion du début cèdent la place à la confiance : « Elle avait repris tout son aplomb », « un air supérieur et mystérieux qui nous intrigua », « elle fit l’éloge de ce pensionnaire », « Ce qu’elle contait de son fils avec admiration était fort surprenant », « je regardais Millie avec étonnement. »

A mesure que cette assurance augmente, la stupéfaction de François et de sa mère grandit. La négation « Je ne reconnaissais plus la dame aux cheveux gris » montre l’effet de point ce changement d’attitude était curieux aux yeux des hôtes.  La métaphore initiale comparant madame Meaulnes à une « poule qui aurait perdu l’oiseau sauvage de sa couvée » accentue cet écart entre le portrait de départ et celui actuel.

2- Le portrait d’Augustin Meaulnes, par sa mère

Après avoir dévoilé les raisons de sa présence chez les Seurel, Madame Meaulnes brosse de son fils Augustin un portrait à la fois surprenant et touchant. En effet, le jeune adolescent est dépeint comme un héros doublé d’un fils affectueux et attentionné. Le discours rapporté renferme une accumulation d’actions coutumières (imparfait d’habitude), que Meaulnes entreprenait en grand aventurier.

Ce portrait valorisant, voire idéalisé annonce l’arrivée d’un personnage exceptionnel dont la présence changera totalement la vie de François.

Conclusion :

Cet extrait du début du Grand Meaulnes est focalisé sur le personnage de la visiteuse, qui passe de l’inquiétude à la fierté et à l’admiration pour son fils. Il précède l’entrée en scène du personnage principal. Il. En effet, avant même de faire son apparition dans le récit, Augustin s’annonce comme un personnage exceptionnel, intrépide, qui n’hésite pas à affronter le danger. Le portrait que sa mère fait de lui devant Millie et François suscite la curiosité et l’étonnement de ce dernier qui se compare indirectement à lui « Moi qui n’osais plus rentrer à la maison quand j’avais un accroc à ma blouse, je regardais Millie avec étonnement. »

[1] C’est-à-dire le personnage dont le nom correspond au titre de l’œuvre, Meaulnes en l’occurrence.

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Une Intelligence artificielle éthique : Les actions de l’UNESCO

L’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture a mis en place un cadre normatif universel pour l’utilisation de l’Intelligence artificielle d’une manière éthique.  Un partenariat avec la Commission Européenne a été conclu dans ce cadre et un budget de 4 millions d’euros est alloué à l’application de ces dites recommandations. Le respect de la condition éthique est au centre de nombreuses initiatives menées par l’UNESCO.

Compte tenu de l’utilité qu’elle présente dans différents secteurs y compris la culture et l’éducation, l’intérêt pour l’intelligence artificielle ne cesse de croître.  Après une première édition ayant eu lieu en décembre 2022 en République Tchèque, se tient le Deuxième Forum mondial sur l’éthique de l’Intelligence artificielle en Slovénie en février 2024. Ceci s’intègre dans le cadre des efforts menés, depuis plusieurs années, par l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture (UNESCO) en faveur du développement de cette technologie dans tous les pays membres.

L’éthique comme socle commun

La condition éthique est un élément autour duquel plusieurs efforts sont menés dans l’objectif d’organiser l’usage de cette technologie polyvalente. L’essor que connait celle-ci et l’aspect diversifié et souvent expérimental peuvent instaurer une utilisation anarchique dépassant les normes éthiques. D’où l’intérêt de la mise en place d’un cadre réglementaire délimitant l’exploitation de l’AI et la faisant répondre à un cadre éthique.

Selon ces recommandations, profiter des avantages majeurs et appliquer cette utilisation à plusieurs secteurs d’activité se fera ainsi au moyen de garde-fous moraux se basant sur des valeurs comme la protection des droits de l’Homme et de la dignité, la transparence et l’équité.

L’initiative de l’UNESCO permet de mettre en place un instrument normatif mondial à la disposition de ses 193 Etats membres. A travers les recommandations qui le composent, les décideurs politiques disposent d’un support pratique pour transformer en actions, les principes fondamentaux en matière de gouvernance des données, environnement et écosystèmes, éducation et recherche, santé et bien-être social.

Ce cadre normatif repose sur quatre valeurs : respecter les droits de l’Hommes et la dignité humaine, vivre dans des sociétés pacifiques justes et indépendantes, assurer la diversité et l’inclusion et veiller à l’existence d’un environnement et des écosystèmes qui prospèrent.

Cette conception se veut dynamique afin de présenter des politiques évolutives au rythme des avancées technologiques, des mutations qu’elles imposent et des conséquences qui en résultent.

Les dix recommandations

Cette approche s’articule autour de dix principes fondamentaux :

  • Les principes de proportionnalité et innocuité : utilisation pour des buts légitimes en tenant compte des risques liés à l’utilisation.
  • La sûreté et la sécurité : Les acteurs de l’IA doivent garantir une utilisation sans préjudices liés à la sûreté ni vulnérabilité liée aux attaques et aux failles dans la sécurité.
  • Le droit au respect de la vie privée et protection des données : Des cadres de protection des données et des mécanismes de gouvernance appropriés doivent être mis en place dans les systèmes d’IA.
  • La gouvernance et la collaboration multipartites et adaptatives : L’utilisation des données doit se faire dans le respect du droit international et de la souveraineté nationale. Il est, dans ce cadre, recommandé, de faire en sorte que la gouvernance de l’IA s’opère d’une manière inclusive au moyen de la participation des différentes parties prenantes.
  • La responsabilité et la redevabilité : Il est préconisé que les systèmes d’IA soient vérifiables et traçables par le biais de mécanismes de surveillance et d’évaluation d’impact.
  • La transparence et l’explicabilité : Ces deux éléments doivent être adaptés au contexte pour trouver un équilibre approprié dans le cadre de l’utilisation.
  • La surveillance et les décisions humaines : Des personnes physiques ou des entités juridiques doivent porter les responsabilités physiques et juridiques lors de tous les stades du cycle de vie des systèmes d’IA.
  • La durabilité : Les technologies de l’IA devront être évaluées continuellement pour répondre aux objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies.
  • La sensibilisation et l’éducation : Il est important de garantir au public la compréhension du fonctionnement de cette technologie au moyen d’un engagement civique favorisant l’acquisition des compétences numériques, la formation à l’éthique de l’IA et l’éducation aux médias.
  • L’équité et la non-discrimination : Promouvoir la justice sociale, garantir l’équité, lutter contre les discriminations et veiller à l’inclusivité tels doivent être les engagements des acteurs de l’IA afin que les bénéfices liés à cette technologie soient accessibles à tous.

Un process au profit de tous

L’UNESCO définit en faveur des Etats membres onze domaines d’actions stratégiques dans le cadre desquels la prise en compte des valeurs précitées est essentielle : Economie et emploi, santé et bien-être social, évaluation de l’impact étique, gouvernance, politique des données, développement et coopération internationale, environnement et écosystème, genre, culture, éducation et recherche, communication et information.

Afin de faire en sorte que les potentialités que présente l’AI en matière d’éducation soient à la portée du plus grand nombre d’utilisateurs, l’UNESCO s’est engagée à aider les Etats membres dans ce sens. Ce support s’opère dans le cadre de l’agenda Education 2030 qui repose sur 17 objectifs de développement durable.

Deux méthodes pratiques ont été mises en place pour garantir la mise en œuvre effective de la recommandation :

  • Méthode d’évaluation de l’état de préparation : C’est un process dont les résultats aideront à placer les états membres sur une échelle de préparation à une mise en œuvre éthique et responsable de l’IA. Les résultats auxquels aboutira ce process permettront à l’UNESCO d’adapter les mesures de renforcement mises à la disposition des différents pays.

 

  • L’évaluation de l’impact éthique : Ce processus s’adresse aux équipes de projet d’IA pour qu’en collaboration avec les pays concernés, ils puissent évaluer les impacts des systèmes IA et envisager les préventions utiles.

 

Parmi les recommandations de l’UNESCO figure l’impératif d’assurer « l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et de promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie ». Cela permet d’asseoir une utilisation équitable de l’IA en faisant de ce progrès technologique un moyen pour annihiler les inégalités en matière d’accès à la connaissance. Inclusion et équité sont les priorités de cette vision se définissant comme humaniste et visant une pratique innovante en matière d’enseignement et d’apprentissage.

Les lignes directrices de cette approche ont été détaillées en marge du Consensus de Beijing (document final de la Conférence internationale sur l’intelligence artificielle), dans le cadre d’une publication intitulée « AI et éducation ; Guide pour les décideurs politiques ».

Une série d’initiatives 

Par ailleurs, l’UNESCO a mis en place une plateforme collaborative (Women4Ethical AI) qui se définit comme un réseau de femmes pour une IA éthique. Le but de cette démarche est d’aider les gouvernements et les entreprises à atteindre l’égalité des genres dans la conception et dans le déploiement de cette technologie. Dix-sept expertes en IA mettront en place un référentiel de bonnes pratiques. Cette plateforme se basera sur le développement d’algorithmes non discriminatoires et œuvrera à l’accessibilité de la technologie à des filles, des femmes et des groupes dits sous-représentés. Les dix-sept femmes en charge de cette plateforme viennent de domaines professionnels différents : enseignement supérieur, société civile, secteur privé, organismes de régulation.

En outre, l’UNESCO a lancé une initiative de collaboration entre ses services spécialisés et des entreprises opérant dans le domaine de l’IA en Amérique latine. Il s’agit du Conseil ibéro-américain des entreprises pour l’éthique de l’IA, un cercle constitué comme un lieu d’échange d’expériences et d’exploration de pistes de collaboration. Au centre de ces objectifs : les pratiques éthiques au sein de cette industrie. Ce rassemblement actuellement présidé par Microsoft et Telefonica mettra en œuvre des moyens techniques afin de concevoir et diffuser un outil d’évaluation de l’impact éthique de l’IA. Il entend aussi participer à la mise en place de réglementations régionales dites intelligentes et ce pour favoriser l’implémentation d’un environnement compétitif en matière de technologie mais aussi en matière de responsabilité et d’éthique.

L’UNESCO et la Commission européenne ont signé un accord pour accélérer la mise en œuvre des recommandations en faveur de l’utilisation éthique de l’IA. Ce cadre normatif sera ainsi appliqué dans les pays membres. Trente ont déjà commencé à légiférer sur la base de ces recommandations pour que l’intelligence artificielle respecte les libertés et bénéficie à tous.

Afin d’accompagner les pays à faibles revenus dans le cadre de leurs législations nationales en faveur d’une utilisation éthique de l’IA, un budget de 4 millions d’euros a été alloué. De nombreuses initiatives bénéficieront de financements dans ce cadre. Parmi elles, le projet « Experts en éthique de l’IA sans frontières ». La vocation de ce regroupement est de fournir un appui et des conseils à la demande et de façon adaptée aux politiques publiques pour que les institutions des Etats membres puissent appliquer l’ensemble des recommandations.

Pour que cette pratique puisse être généralisée et pour qu’elle puisse être évolutive, l’UNESCO projette d’organiser un forum mondial pour réunir de manière annuelle les acteurs du domaine de l’IA.

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YASMINA KHADRA « LES VERTUEUX »

A propos de l’auteur :

Yasmina Khadra est un écrivain algérien ayant à son actif près de 20 ouvrages.  Cet ancien militaire (commandant de l’armée algérienne à la retraite) a préféré utiliser plusieurs pseudonymes afin d’échapper à la censure militaire. Il a utilisé celui de Yasmina Khadra pour son premier roman édité en France, Morituri, en 1997 et a fait le choix d’adopter ce pseudonyme composé des deux prénoms de son épouse et d’en faire son nom de plume officiel. L’auteur explique ce choix comme suit : « Mon épouse m’a soutenu et m’a permis de surmonter toutes les épreuves qui ont jalonné ma vie. En portant ses prénoms comme des lauriers, c’est ma façon de lui rester redevable. Sans elle, j’aurais abandonné. C’est elle qui m’a donné le courage de transgresser les interdits. Lorsque je lui ai parlé de la censure militaire, elle s’est portée volontaire pour signer à ma place mes contrats d’édition et m’a dit cette phrase qui restera biblique pour moi : “Tu m’as donné ton nom pour la vie. Je te donne le mien pour la postérité” »

Par ailleurs, il est à noter, que choisir un pseudonyme féminin constitue, dans le milieu d’origine de l’auteur, un acte surprenant et subversif, perçu comme une manière de déclarer, à la femme, son respect et son engagement envers ses causes.

C’est en 2001, l’année lors de laquelle il s’installe en France avec sa famille, que l’auteur choisit de dévoiler sa vraie identité à travers son roman autobiographique L’Ecrivain (signé donc Mohammed Moulessehoul).

Son oeuvre

Khadra a publié une série de romans ( qui se compose de quatre titres : Morituri, Double blanc, L’automne et La Part du mort ) qui mettait en scène la société algérienne et la sphère du pouvoir et qui lui a valu une renommée internationale. On y retrouve un commissaire qui enquête sur des affaires délicates et qui dévoile les affres du fanatisme qui rongeait l’Algérie.

Dans un autre corpus romanesque, Khadra aborde les rapports Orient/ Occident. Dans Les hirondelles de Kaboul, L’Attentat et Les Sirènes de Baghdad, les faits transportent le lecteur en Afghanistan, en Israël et en Irak et dresse. On trouve, dans ces romans, en trame de fond, le rapport à l’altérité culturelle, idéologique et politique.

Khadra a écrit en 2015, La Dernière nuit du Raïs, dont le narrateur est l’ancien président Libyen Kadhafi. Il y fait cohabiter le réalisme et la fiction et choisit un prisme particulier pour le retour sur les faits politiques ayant marqué l’histoire contemporaine.

En 2016, il a publié Dieu n’habite pas la Havane, sujet à des controverses de la part des critiques littéraires.

Les livres de Yasmina Khadra ont permis de faire rayonner la littérature francophone dans de nombreux pays et ont atteint un lectorat international, grâce aux traductions en plus de cinquante langues. Ils ont été adaptés, au cinéma, au théâtre, en bandes dessinées et même en chorégraphies.

Outre ses productions littéraires, Khadra a été co-scénariste pour le cinéma avec le film La Route d’Istanbul du cinéaste Rachid Bouchareb. Il a été directeur d’une collection au sein d’une maison d’édition spécialisée dans le Polar « Après la lune ».

Il a dirigé pendant six ans le Centre culturel algérien à Paris.

En 2011, l’Institut de France lui a accordé, sur proposition de l’Académie française, le Prix de littérature Henri-Gal pour l’ensemble de son œuvre. Lui ont également été décernés des Prix dans plusieurs pays comme : Prix Baobab de littérature en Côte d’Ivoire (2021), Le Grand Prix des Belles-lettres au Cameroun (2018), le Prix Dérochères au Canada (2010), le Prix de la Société des gens de lettres aux Etats-Unis….

Yasmina Khadra a été nommé au Grade de Chevalier de la Légion d’honneur en 2008, officier de l’Ordre des Arts et des Lettres par le ministère de la culture en France.

A propos de l’œuvre : Les Vertueux

Yasmina Khadra revient, dans ce roman publié en 2022, sur un pan marquant de l’Histoire algérienne de l’entre-deux-guerres, à travers le récit de son personnage, Yacine, ayant été aux combats lors de la première Guerre mondiale et pour qui le retour au pays s’annonce bouleversant. Sur fond de faits historiques revisités à travers la psyché de son personnage, l’auteur réexplore des valeurs humaines comme l’amour de son prochain, l’amour de son pays, le pardon et des notions comme le destin ou la fatalité. Il retrace un parcours historique jalonné d’événements marquants et déclare, à ce propos : « Je mets la fiction au service d’une possible réalité ».

Le contexte romanesque :

Yacine, est berger au sud de l’Algérie. Sa vie change quand il est appelé par le Caïd à passer un pacte avec lui : aller faire la guerre au nom du fils du dignitaire et recevoir en échange une ferme et une protection pour sa famille. Après le récit des combats de 1914, s’opère un retour inattendu au pays. Le soldat découvre qu’il a été dupé et se retrouve confronté à des épreuves majeures. Une épopée intérieure qui donne lieu à des réflexions et un cheminement vers la sagesse.

Extrait 1 :

« Le soir se coucha sur la plaine, furtif comme un voleur. Autour de moi, taupes effarouchées, mes camarades se terraient. Ils pensaient avoir connu le pire avec la tempête de la traversée et s’apercevaient que la furie des hommes était nettement plus terrifiante que celle des éléments.

Je guettai un crissement dans le ciel, ou bien une explosion. Rien. L’ennemi se retranchait derrière ses lignes et faisait celui qui n’était pas là. De notre côté, les officiers attendaient qu’une estafette leur apportât les instructions de la hiérarchie. En vain. Qu’attendaient-ils vraiment ? De ramener de nouveau l’enfer du ciel sur terre ?

Devant moi, agonisait une plaine qui aurait inspiré mille poètes et mille amours précoces. Les oiseaux se taisaient au creux des peupliers. Bientôt notre sang tracerait des ruisseaux dans l’empreinte de nos pas et nous disparaîtrions en même temps que nos cris. C’était absurde. Plus je découvrais en accéléré les réalités complexes du monde moderne, moins j’étais sûr de vouloir écarter mes œillères. Je n’arrêtais pas de traverser le miroir, dans les deux sens. Tout allait trop vite pour moi ; la moindre découverte me prenait au dépourvu. Là-bas, dans mon douar, le monde était si petit que j’aurais pu le contenir dans le creux de ma main. Je ne risquais pas de me perdre. Toutes les questions étaient réglées. On ne se les posait pas puisqu’on avait la réponse : on ne rattrape pas la comète. Chacun assumait son malheur et attendait du ciel autre chose qu’un obus. Mais ici, au milieu de l’immense gâchis défigurant la plaine, j’étais complètement perdu.

Nous n’avons pas fermé l’œil de la nuit. Aux aguets. Les nerfs tendus. Le souffle coupé. Les oreilles susceptibles. Le moindre bruit nous raidissait. De temps à autre, des fusées éclairantes illuminaient la plaine. Elles descendaient doucement en dispersant sur le sol une multitude d’hallucinations. Certains d’entre nous croyaient déceler des silhouettes et ouvraient le feu. Pas un cri. Pas une riposte ; un vent vétilleux errait au milieu des cratères, exacerbant notre nervosité. »

Les vertueux, Mialet-Barrault Editeurs, 2022, pages 86 et 87.

Dans cet extrait, le narrateur des Vertueux opère une réflexion sur l’expérience du combat. On y retrouve sa vision et celle que semblent avoir ses « camarades » des champs de bataille. La subjectivité de ce prisme se traduit, d’emblée, par des figures de style comme la comparaison expliquant le rapport à la temporalité : « le soir (…) furtif comme un voleur », la métaphore évoquant la peur des camarades assimilés à « des taupes effarouchées » ou encore la métaphore filée accentuant cette idée de terreur : « mes camarades se terraient. ».

Les soldats dépassés

Le narrateur recourt à la comparaison pour commenter la capacité humaine à produire le mal. Celle-ci dépasserait la force de la nature ( « la furie des hommes était nettement plus terrifiante que celle des éléments »). Face à ce déchaînement de violence, les soldats se retrouvent désemparés. Ce sentiment est décrit à travers l’opposition entre l’aspect prosaïque du mot « estafette » et l’aspect révérencieux et formel des « instructions de la hiérarchie » que les amis du narrateur semblent guetter (« les officiers attendaient qu’une estafette leur apportât les instructions de la hiérarchie »).

Afin de mimer, par les mots, le désespoir auquel les troupes sont confrontées, le narrateur utilise des phrases courtes (« En vain. », « Rien. », « C’était absurde. », « Pas un cri. ») sonnant comme un acte de désespoir face aux combats. Le choix des formules interrogatives (questions oratoires) dans cette phrase et dans celle qui la précède (« Qu’attendaient-ils vraiment ?») démontre l’absurdité des attentes des soldats et, par ricochet, l’absurdité de leur combat.

La puissance fatale

Le narrateur opte, dans certains passages de cet extrait, pour une tonalité poétique dénotant le décalage entre ses pensées et la réalité qu’il a à affronter, avec ses camarades. On retrouve, ainsi, le lexique de la nature et du romantisme dans la personnification du champ de bataille décrit comme une plaine qui « agonisait » et qui est assimilée à une muse inspiratrice de poésie et de sentiments amoureux (« Devant moi, agonisait une plaine qui aurait inspiré mille poètes et mille amours précoces. »). Le champ lexical de la nature est, également, présent à travers l’emploi de mots comme : « les oiseaux », « des peupliers ».

Cet usage se poursuit mais d’une manière plus tragique avec l’évocation du « sang » qui coulerait comme « un ruisseau » et des soldats qui disparaitraient « en même temps que leurs cris », une expression de simultanéité dotant, la mort dans la souffrance, d’une extrême théâtralité.

Succède à l’affirmation du sentiment de perdition du narrateur, une série de dualités (composées d’un groupe nominal et d’un adjectif) et de parallélismes : « Les nerfs tendus. Le souffle coupé. Les oreilles susceptibles. ». Décrivant ainsi l’état d’esprit des soldats dont il fait partie, le narrateur donne aux fusées que les troupes aperçoivent, un pouvoir surnaturel (elles sont « éclairantes », illuminatrices et capables de « disperser sur le sol une multitude d’hallucinations »). Il détaille ensuite cette notion de délire lié à l’expérience du combat ; un combat faisant perdre aux soldats tout discernement.

La candeur assumée

Revenant sur le décalage entre sa vision du monde et la réalité qu’il affronte dans cette nouvelle vie qui s’impose à lui, le narrateur affirme sa détermination de garder « ses œillères ». Il admet sa volonté de maintenir le prisme à travers lequel il perçoit la vie, même si cela est candide et biaisé. Ce décalage est accentué par l’opposition, au sein de la même phrase, entre deux extrêmes : « plus » et « moins » (« Plus je découvrais en accéléré les réalités complexes du monde moderne, moins j’étais sûr de vouloir écarter mes œillères »). Des allusions à la temporalité permettent de marquer la manière dont le narrateur perçoit son expérience du combat (« en accéléré », « tout allait trop vite »). Par ailleurs, l’expression « traverser le miroir, dans les deux sens » est comme utilisée au sens propre et au sens figuré, marquant ainsi le fait de passer d’un côté à l’autre, mais aussi de franchir le temps et les époques.

Dans ce passage, le narrateur explore son mal-être et en cherche l’origine. Il la trouve dans ce gap qui sépare l’immense champ de bataille et son petit monde, désigné par l’adverbe « là-bas », et par la formule marquant la tendre possession « mon douar ». De sa terre originelle, le narrateur fait une description exagérée, celle d’un objet qui tiendrait au « creux d’une main », d’un microcosme où nul ne se perd, où il n’y a pas de place aux questions et où il n’y a que des évidences (« Toutes les questions étaient réglées. On ne se les posait pas puisqu’on avait la réponse »).

A la manière de Voltaire, l’auteur brosse un portrait mental de son personnage rappelant celui de Candide. Cette intertextualité est d’autant plus marquée que l’auteur donne écho à une de ses propres citations que l’on retrouve dans son roman Ce que le jour doit à la nuit : « Un jour, sans doute, on pourrait rattraper une comète, mais qui vient à laisser filer la vraie chance de sa vie, toutes les gloires de la terre ne sauraient l’en consoler »). A cette affirmation sentencieuse, le narrateur des Vertueux répond « on ne rattrape pas la comète ».

Malgré ces affirmations, le narrateur avoue son égarement face à cette tragédie dont l’ampleur dépasse la résignation et le fatalisme qui lui est inhérent (« Chacun assumait son malheur et attendait du ciel autre chose qu’un obus. Mais ici, au milieu de l’immense gâchis défigurant la plaine, j’étais complètement perdu »).

En bonus lecture :

Extrait 2 :

« – Je n’arrive pas à croire que c’est terminé, me confia-t-il. Chaque matin, au réveil, je me pince. Dans mes sommeils, je suis en guerre toutes les nuits, puis j’ouvre les yeux et je me dis, comment t’as fait pour t’en être sorti, Sid ? C’est bien toi, Sid, tu ne serais pas en train de rêver ?

– Tu crois qu’il y aura d’autres guerres de notre vivant ?

– C’est dans la nature humaine. Chaque génération réclame sa part de la tragédie, disait un vieux savant de chez nous. Rien ne s’achève, en vrai. On pense que c’est derrière soi, puis on réalise qu’on est revenus à la case départ pour repartir de plus belle pour de nouvelles déconfitures.

Il leva les yeux sur la côte que l’on devinait à peine au loin.

– Adieu, la France. On te dit belle, mais on n’a eu droit qu’au mal qui te défigurait. Quand tu auras retrouvé tes couleurs, je reviendrai, je te le promets. J’irai voir la Tour Eiffel et manger dans tes brasseries. Je lèverai mon verre aux morts et aux vivants et je me soûlerai jusqu’à prendre un cochon pour un éléphant rose. Puis j’irai trouver Appoline pour lui prouver que je suis un homme de parole, que son Turco ne lui a pas menti.

– Les Turcos, dis-je, la gorge serrée. Tu penses que l’on se souviendra de nous ?

– Certains, sans doute, d’autres pas, et ceux-là seront nombreux.

– Nous nous sommes battus avec la même bravoure, tirailleurs, zouaves, Sénégalais, Français, Indiens, tous comme des frères, pour l’honneur et la liberté.

– Tout le monde le sait, Hamza.

– Alors pourquoi ne se souviendrait-on pas de nous autres ?

– Parce que c’est comme ça. Si nous avons été égaux dans le martyre, l’Histoire ne retiendra que les héros qui l’arrangent. »

Les vertueux, Mialet-Barrault Editeurs, 2022, pages 144 et 145.

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Karim Kattan, Le Palais des deux collines : Quand le temps suspend son vol

PRÉSENTATION DE L’AUTEUR

QUI EST KARIM KATTAN ?

Karim Kattan est un écrivain palestinien né à Jérusalem. Docteur en Littérature comparée, il écrit en anglais et en français. Son premier recueil de nouvelles qui s’intitule Préliminaire pour un verger futur a été finaliste du Prix Boccace de la nouvelle en 2018. Son premier roman Le Palais des deux collines paru aux Editions Elyzad a remporté le Prix des Cinq continents en 2021. Les écrits de Kattan ont, par ailleurs, été présentés dans de nombreux événements artistiques dont la Biennale de Venise, et le Forum de la Berlinade (Berlin).

L’ŒUVRE EN RÉSUMÉ

Le héros de ce roman est Faysal, un Palestinien trentenaire vivant en Europe. Il revient dans sa terre natale Jabalayn (les deux collines) suite à un faire-part de décès qu’il reçoit. Un retour aux sources qui fait ressurgir les secrets du passé. Les faits se déroulent dans un palais de la haute bourgeoisie chrétienne de Palestine habité par les âmes des ancêtres de Faysal. Les réminiscences du passé sont également représentées par le discours qui se tient, souvent en décalage, entre le héros et sa grand-mère. Sont confrontées, dans le cadre de cette rencontre-découverte deux manières de penser et deux conceptions de l’histoire. Se retrouvent au centre de ce récit, trois générations de Palestiniens et plusieurs prismes oscillant entre précision réaliste et originalité fantastique.

L’EXTRAIT 1

« Ne te méprends pas sur ma situation. Ça va. Ça va bien. La solitude m’est douce. Le temps a épaissi, est devenu tactile et sonore, a pris la forme d’une grosse couette dans laquelle je m’enroule. Parfois, je peux même le goûter. Ça a un goût de fontaines, le temps. C’est vrai que je perds la notion des semaines et des mois. En contrepartie, les journées s’incarnent chacune dans leur singularité, deviennent des compagnonnes de route. En bas de la colline, le village est arrêté. Nous ne sommes pas bien reliés au reste du pays par les routes : c’est un long et cahoteux trajet en voiture, à travers les montagnes, pour parvenir à Jabalayn. Tous les jours, Nawal vient m’annoncer que les colons encerclent la ville au loin avec leurs jeeps. Des vautours prêts à descendre sur nous. Je m’assieds sur la terrasse, chaque jour, et je regarde ce pays en déflagration ; l’horizon est vaporeux, comme un songe dont je peine à m’extraire. J’ai du mal à garder les yeux ouverts. Il est bon de vivre dans cette demi-lumière. » Le Palais des deux collines, Karim Kattan, Les Editions Elyzad, Page 33

LE CADRE TEMPOREL :

Cet extrait du roman instaure un cadre temporel particulier, à la fois évasif et quasi tangible. Pour représenter la temporalité dans laquelle s’inscrivent les faits qu’il rapporte, le narrateur utilise des métaphores. À travers ces images, il donne au temps une dimension étrange mais réconfortante. Il le décrit à travers des adjectifs comme « tactile », « sonore » et des verbes comme « a épaissi ». Le bien-être qu’il constitue est assimilé à une « grosse couette » et son goût est comparé à celui de l’eau d’une fontaine. Le temps est décrit, ensuite, comme un compagnon de route, aux allures aussi multiples que les journées qui le composent. On sait que chacune d’elles est différente mais on apprend également qu’elles recèlent une forme de répétitivité telle une habitude réconfortante : « tous les jours », « chaque jour ».

LE CADRE SPATIAL :

De nombreux détails font référence au lieu décrit dans cette séquence. Il s’agit d’un village qui se trouve en bas d’une colline. En parlant de ce lieu, le narrateur utilise le pronom personne nous, en référence à la communauté qui l’habite et dont il se sent partie intégrante. Ces lieux sont isolés du reste du pays, faute d’infrastructure routière. Ce qui en fait un lieu suspendu, où tout s’est « arrêté » selon les propos du narrateur. Ce lieu se nomme Jabalayn, ce qui veut dire « les deux collines » en arabe littéraire. On y parvient via un chemin « à travers les montagnes », décrit comme « long et cahoteux ». La vue que le narrateur a sur ce lieu, à partir de  sa terrasse, ressemble à une vision onirique tant « l’horizon » qu’il en aperçoit est « vaporeux ». Cette indication sur le cadre spatial ne fait qu’accentuer la nature singulière de la perception du temps.

L’EXTRAIT 2

« J’ai atterri dans un pays d’Europe et je ne suis plus jamais rentré. Il n’y avait pas grand-chose à faire ici. Ils étaient morts. J’étais l’heureux et unique héritier de tous les biens de mes oncles et tantes. Des terrains partout en Palestine, que j’ai rapidement fait vendre. Pour le palais, j’ai embauché l’avocat d’un village du coin, qui s’occupait chaque année de m’appeler pour me dire que, c’est bon, Monsieur Faysal, personne ne squatte le palais, je vous souhaite une belle année. […] Mais qui serait assez fou pour venir squatter à Jabalayn, je te le demande.

Avec l’argent des terrains (mais qui sont ces gens assez cons pour acheter en Cisjordanie ? Les pauvres, j’ai presque l’impression de les avoir arnaqués : les forces armées ont tout pris depuis), j’ai vécu bien confortablement dans ton pays. […] Mais je suis allé trop loin, attends, je dois revenir. Où en étais-je ? Oui, mon arrivée ici. Quand je suis entré au village, il n’avait pas changé d’un iota, comme si le temps s’était suspendu. Le flux s’était arrêté, les fleuves immobilisés, les fleurs stupéfiée, l’air lui même figé en un instant éternel. Les pierres massives des maisons chatoyaient de blanc au soleil d’hiver. Les murs mêmes lézardés, étaient transis, piégés dans un printemps que je n’avais jamais connu, dans des saisons énigmatiques. Alors que nous longions le domaine de Joséphine, désormais un désert, j’ai demandé au taxi de s’arrêter. « Tu vas à la maison hantée là-haut ? » s’est enquis le chauffeur qui ressemblait vaguement à un Jihad édenté. Je lui ai répondu, oui, c’est la maison de ma famille. Surpris, il a murmuré « Dieu nous préserve » en se signant. J’ai tiré de ma sacoche le faire-part : m’étais-je trompé de date, de lieu ? Avais-je rêvé Rita ? Mais c’était bien écrit là, sous mes yeux, la veillée pour tante Rita ce dimanche. »

Le Palais des deux collines, Karim Kattan, Les Editions Elyzad, Pages 80 à 84.

LE CADRE SPATIAL :

De nombreux détails font référence au lieu décrit dans cette séquence. Il s’agit d’un village qui se trouve en bas d’une colline. En parlant de ce lieu, le narrateur utilise le pronom personne nous, en référence à la communauté qui l’habite et dont il se sent partie intégrante. Ces lieux sont isolés du reste du pays, faute d’infrastructure routière. Ce qui en fait un lieu suspendu, où tout s’est « arrêté » selon les propos du narrateur. Ce lieu se nomme Jabalayn, ce qui veut dire « les deux collines » en arabe littéraire. On y parvient via un chemin « à travers les montagnes », décrit comme « long et cahoteux ». La vue que le narrateur a sur ce lieu, à partir de sa terrasse, ressemble à une vision onirique tant « l’horizon » qu’il en aperçoit est « vaporeux ». Cette indication sur le cadre spatial ne fait qu’accentuer la nature singulière de la perception du temps.

LE NARRATEUR :

Dans cet extrait, nous sommes en présence d’un narrateur qui relate des faits passés. On y retrouve le pronom personnel « je » et l’on apprend à travers les échanges qui sont rapportés qu’il s’appelle Faysal. Celui-ci raconte un pan de sa vie à une personne dont l’identité n’est pas explicite, mais dont on connait l’origine européenne. À travers ce qui est raconté, l’on apprend que Faysal est Palestinien et qu’il est parti vivre en Europe. Il a laissé derrière lui un patrimoine familial et une histoire personnelle remplie de souvenirs. Sa vie loin de ses terres est une vie aisée, facilitée financièrement par l’argent qu’a rapporté son héritage. On constate toutefois, que malgré la mort de ses « oncles et tantes », la vente de ses terres et le voyage entrepris, la rupture avec son origine n’est pas définitive.

LE RÉCIT :

Le narrateur raconte son retour sur sa terre natale et aborde, dans ce cadre son départ par le passé. Des précisions sur les raisons de ce retour sont données à la fin de l’extrait. L’on apprend que celui-ci fait suite à un décès : celui de Rita, la tante du héros. En fait preuve un faire part que le narrateur a entre les mains et où est marquée la date de la veillée funéraire. C’est la raison pour laquelle Faysal revient sur des lieux décrits comme « hantés » qu’il aperçoit de loin et qui s’avèrent être sa propriété familiale. Ce lieu se situe dans un village que le narrateur retrouve avec émotion et étonnement. Dans ce cadre spatial, le temps semble s’être arrêté. Afin d’accentuer cet effet, le narrateur recourt à des vocables connotant l’immobilisme comme « suspendu », « arrêté », « immobilisés », « figé », « éternel ».

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Contes africains, le patrimoine oral

NIVEAU : B2/C1

OBJECTIFS :

  • DÉCOUVRIR UN GENRE LITTÉRAIRE : LE CONTE
  • REPÉRER LES CARACTÉRISTIQUES DU CONTE
  • IDENTIFIER LES VISÉES DU CONTE.

PRÉSENTATION DE L’OUVRAGE

Contes africains est un ouvrage réalisé à partir du travail de recherche et de collecte réalisé par les bibliothécaires de l’association « Des livres pour tous ». Ce collectif initié par l’auteure Marguerite Abouet a également procédé à la création d’un fonds sonore de contes, en collaboration avec l’association « Making waves ». On retrouve, dans ce livre, vingt contes provenant de différents pays de l’ouest africain. Les thématiques évoquées sont en lien avec des valeurs importantes et les récits se concluent par des morales.

POURQUOI LE CONTE ?

Le conte est un genre littéraire qui repose beaucoup sur l’oralité. Dans certaines cultures, notamment celles africaines, il a une place importante dans la littérature et occupe un rôle central dans les traditions.

Chaque communauté a son propre fonds culturel d’histoires et de références. Dans certaines cultures, la connaissance de contes permet de briller, de gagner en sagesse, d’être respecté dans le groupe. L’ensemble de ces récits constitue le patrimoine historique souvent transmis d’une génération à l’autre par le biais de l’oralité.

Ces contes sont un moyen d’aborder des thématiques en lien avec la nature humaine et d’évoquer des sujets comme : le courage, la justice, la jalousie, la solidarité…

Souvent imagés, les contes font appel à l’humain, à l’animal et même au végétal pour illustrer les propos. Ils s’appuient sur l’allégorie et l’humour pour représenter les idées et aboutir à des leçons.

LES CARACTÉRISTIQUES DU CONTE

Le conte est un court récit de faits anecdotiques. Il puise dans l’imaginaire, le merveilleux et le surnaturel, des actions susceptibles de s’agencer dans le cadre d’une intrigue à dimension émotionnelle et aboutissant à une leçon édifiante et instructrice.

Le conte, en tant que genre littéraire, se base sur quatre éléments majeurs :

  • L’univers imaginaire : Il s’agit d’allusions relevant du merveilleux et en inadéquation avec la réalité (exemple : un tambour qui permet de défier la famine, quand on tape dessus). Le conte recourt ainsi à un référentiel propice au rêve et à l’évasion. Cette caractéristique permet de concrétiser la fonction divertissante du conte.
  • Les personnages : On retrouve dans le conte des personnages disposant de capacités surhumaines et qui accompagnent le parcours de personnages plus ordinaires (exemple : Un chien et une tortue qui échangent avec une femme âgée). Ce choix permet d’ancrer le récit dans sa dimension imaginaire.
  • Un flou au niveau des indicateurs spatiotemporels : Dans la trame narrative du conte, il y a très peu de place au réalisme, d’où le choix de relater les faits sans indications précises aux lieux et aux temps dans lesquels se déroule le conte (Exemple : Un village). Cela permet de faciliter l’identification du lecteur et de donner aux propos une dimension universelle.
  • Un conte, une leçon : Les contes évoquent souvent des caractères ou des valeurs. Ils ont une visée didactique, atteinte par le biais de l’allégorie. Chaque conte recèle un but moral lui donnant une valeur humaine intemporelle.

EXTRAIT DE CONTES AFRICAINS :

La Jalousie de la tortue (Un conte du Nigeria), Pages 71 et 72

Dans un village, vivaient Ijapa la tortue et Adjà le chien. Ces deux amis étaient les seuls animaux qui cohabitaient avec les hommes, les femmes et les enfants.

Un jour, alors qu’ils se baladaient, ils croisèrent Yawa, la femme la plus âgée du village. Elle portait sur son dos un fagot de bois très lourd et avait du mal à marcher. Adjà le chien la salua :

— Bonjour, grand-mère !

— Bonjour, mon enfant !

Pris de pitié, Adjà le chien proposa à son amie Ijapa la tortue d’aider la vieille dame à porter son fagot jusqu’à chez elle. Ijapa lui répondit :

— Tu m’as bien regardée. Tu m’imagines, moi Ijapa, jolie comme je suis, en train de porter sur mon dos un gros fagot pour raccompagner une vieille femme aussi lente. Non, je ne peux pas perdre mon temps ! Je suis désolée.

Puis, elle donna dos au chien.

Choqué par la réaction de son amie, le chien répliqua :

— Ijapa, tu t’entends parler ? Tu sais très bien que la tradition nous demande d’être respectueux envers les personnes âgées.

[…]

C’est ainsi qu’Adjà le chien aida seul la vieille femme à porter son fagot.

La vieille dame fut touchée du comportement du chien :

— Merci beaucoup, mon enfant. […]

Elle fit entrer Adjà le chien chez elle

— Voici trois tambours. Choisis celui qui te plaît le plus et apporte-le-moi.

Adjà le chien s’exécuta. Il opta pour le petit tambour qu’il remit à Yawa.

Elle aima le fait qu’il ait choisi le plus petit tambour, puis l’encouragea à rester humble toute sa vie. Elle ajouta :

— À chaque fois, je dis bien à chaque fois que tu auras faim, bats simplement le tambour. Ce sera comme un signe que tu m’enverras automatiquement, la nourriture apparaîtra.

Adjà le chien s’inclina, la remercia plusieurs fois, et rentra paisiblement chez lui.

Un jour arriva, où la nourriture vint à manquer. Alors que les provisions des villageois s’étaient épuisées, Adjà le chien, lui, ne manquait de rien. Il suivait scrupuleusement les indications de la vielle Yawa et mangeait chaque jour à sa faim…

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Zinelabidine benaïssa, l’art de l’érudition accessible

 

Il était linguiste, spécialiste de grammaire historique et a tenté d’insuffler sa passion pour la langue française à des milliers d’étudiants tout au long de sa carrière à la Faculté des Lettres de la Manouba, à l’Université de Tunis I, en Tunisie. Cet éminent universitaire est décédé le 15 janvier. Retour sur le parcours d’un érudit pédagogue et passionné. Zinelabidine Benaïssa était, également, auteur de plusieurs ouvrages destinés au jeune public.

Dans ses contes et nouvelles, il a mis à l’honneur la nature, à travers la faune et la flore tunisiennes. Cet alchimiste des mots a en effet choisi comme cadre, pour l’ensemble de ses œuvres, la Tunisie, à travers plusieurs villes et paysages représentatifs de ce qu’il connaît de son pays, de ce qu’il y aime et de ce qu’il souhaite en faire aimer. Ce fervent défenseur de l’environnement a fondé l’association « Les amis du Belvédère » par le biais de laquelle sont menées de nombreuses actions en faveur de la protection de ce grand parc du centre de Tunis. C’était un passionné des espèces végétales et animales en voie d’extinction et un amoureux d’ornithologie.

Dans ses contes et nouvelles tels que : L’Île, le fils du vent, Zina et la loutre, Sloughi et la panthère, Ulysse et les délices de Djerba, Les mystères du Belvédère ou encore Les pigeons de l’Impasse Catherine, il est question de péripéties se déroulant dans une nature savamment décrite, relatées dans un style foisonnant et maîtrisé.

Personnalité connue pour ses qualités communicatives et son art de l’érudition accessible, il a réalisé, produit un contenu audio et vidéo ludique et didactique à travers lequel des notions complexes en lien avec la linguistique ont été abordées. Zinelabidine Benaïssa a œuvré, des années durant, au profit de la langue française, étudiant la pérégrination des sociolectes, analysant les interférences linguistiques, expliquant la « filiation » entre les vocables. Une vie consacrée aux mots et une passion vécue dans la générosité du partage et dans la bienveillante pédagogie.

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FICHE PÉDAGOGIQUE – Birago diop, la voix de la poésie

NIVEAU : B2/C1
OBJECTIFS POÈME 1

  • Relever le champ lexical de la nature ; déceler les marques de la personni­fication ; relever les caractéristiques de l’évocation de la mort ; leitmotiv et importance de la répétition ; locuteur/allocutaire : message : qui parle à qui ? pour dire quoi ? ; étudier la forme du poème ; reconnaître les figures de style
  • LEXIQUE
  • Champ lexical : ensemble de mots se rapportant au même thème
  • Personnification : attribuer des propriétés humaines à un animal ou à un objet
  • Leitmotiv : phrase ou expression qui revient à plusieurs reprises dans un texte
  • Métonymie : désigner un concept au moyen d’un autre qui lui est rattaché par un lien logique (cause à effet, par exemple)

OBJECTIFS POÈME 2

Repérer des indications aidant à comprendre le texte, en l’occurrence ce qui se rattache à la sagesse ; étudier les temps utilisés et justifier l’usage de ceux-ci ; observer l’aspect répétitif et essayer de comprendre ce qu’il rapporte au texte ; reconnaître trois figures de style

PRÉSENTATION DE L’AUTEUR

Qui est Birago Diop ?

Birago Diop est un conteur et poète sénégalais né en 1906 et mort en 1989. Diop a fait connaître, à l’écrit et en français, de nombreux contes appartenant au patrimoine oral d’Afrique. Vétérinaire de formation, il a également embrassé une carrière diplomatique et a été nommé par le président Léopold Sédar Senghor ambassadeur du Sénégal en Tunisie.

Diop est l’un des auteurs de la négritude, courant littéraire et politique né après la Première Guerre mondiale et qui a rassemblé des écrivains francophones noirs. Ce courant fortement lié à l’anticolonialisme a permis la mise en avant des valeurs d’Afrique. 

PRÉSENTATION DU RECUEIL

Leurres et Lueurs est un recueil de Birago Diop publié en 1960 par Présence africaine.

Ce recueil associe l’attachement du poète à la tradition orale africaine et sa passion pour la langue française. 

ÉTUDE DE TEXTES

POÈME 1 : « SOUFFLES »

  • Relever le champ lexical de la nature

Le poète évoque, dans ce texte, les quatre éléments de la nature. Il cite, en effet, le feu, l’eau, le vent et la terre. Il choisit, même, de les écrire à la manière des noms propres, avec une majuscule en début de mot.

On relève également l’usage d’autres mots appartenant au champ lexical de la nature, comme « buisson », « arbre », « bois », « rocher », « herbes », « forêt », « fleuve ».

À travers ce poème, la nature prend une place primordiale, au sein du texte et même dans la vie de l’homme. Elle est celle qu’on doit observer et écouter, et passe, en cela, avant les Êtres, qui d’après le poète, présentent moins d’intérêt.

Ce choix s’explique par le rapprochement que fait le poète entre la nature et les êtres morts qui finissent par l’habiter.

  • À quoi est associé ce champ lexical dans le texte. Pourquoi ?

Le lexique de la nature est associé à une action particulière, celle de produire des sonorités. Il est également associé à des verbes exprimant des sentiments et des actions. Les éléments de la nature sont ainsi personnifiés. Ils sont capables d’avoir une voix, des sentiments et de les exprimer.

Exemples : « La voix du feu », « la voix de l’eau », « le buisson en sanglot », « l’arbre qui frémit », « le bois qui gémit », « le rocher qui geint », « les herbes qui pleurent ». 

  • Relever les allusions à la mort

« Ceux qui sont morts ne sont jamais partis » / « Les morts ne sont pas sous la terre » / « Les morts ne sont pas morts » / « Le souffle des ancêtres […] qui ne sont pas morts » / « nos morts qui ne sont pas morts » / « Les morts qui ne sont pas partis » / « Les morts qui ne sont plus sous terre ».

  • Que remarque-t-on ?

On remarque l’usage de la forme négative, à chaque allusion faite à la mort.

Le poète entend ainsi répondre à une idée répandue en la niant. Il s’oppose à la vision commune de la mort en présentant une nouvelle manière de définir et d’appréhender la fin de la vie.

Derrière cette vérité nouvelle affirmée sous forme de négation, se cache une volonté d’honorer et de donner toute leur place aux ancêtres, évoqués dans le poème. La mort telle que décrite dans ce poème est une métonymie des ancêtres qui demeurent vivants par leurs souvenirs et leurs leçons de vie. 

  • Observer le leitmotiv

Une strophe se répète à trois reprises. Elle ouvre le poème et le clôt, partiellement.

Comme une sorte de cycle qui connaît un début, un déroulement et une fin, ce leitmotiv épouse le sens du poème et imite le mouvement cyclique de la vie humaine.

Si le poète a choisi de recourir à cette redondance, c’est pour insister sur ce qu’il y énonce.

En effet, Diop a décidé, dans cette strophe, de mettre côte à côte assertion et injonction. Il utilise un ton directif, une sorte d’ordre ou de conseil, puis énonce une idée présentée comme une vérité.

Exemples : « Écoute plus souvent… » / « La voix du feu s’entend »  « Écoute […] le buisson en sanglot » / « C’est le souffle des ancêtres »

Nous pouvons ainsi distinguer un message, un allocutaire et un énonciateur. 

  • Qui parle ? À qui s’adresse-t-il ?

Le message est, dans ce poème, un appel à une série d’actions, susceptibles de faire changer la perception des choses.

L’énonciateur est cette voix qui appelle à cohabiter différemment avec la nature, à être sensible aux choses et à l’écoute de leurs mouvements. Il donne un ordre et avance des vérités. Comme les ancêtres dont il appelle à perpétuer le souvenir, le locuteur est présenté comme la voix de la sagesse, à écouter pour une meilleure perception du monde.

L’allocutaire n’est pas défini. Il est tout homme capable d’écoute, d’attention et de sensibilité. Il est l’humanité dans sa globalité face à un phénomène concernant l’humanité entière : la mort et le rapport aux êtres partis.

  • Thème universel versus vision africaine

Le poète a choisi un thème universel concernant toute l’espèce humaine sans distinction aucune : la mort et la compréhension qui en est faite.

La notion de transmission de savoir est une continuelle leçon de vie, tel semble être pour le poète, le message à faire passer à tout humain sur terre.

Toutefois, Diop n’a pas manqué de faire cohabiter cet aspect universel avec une autre vision particulièrement africaine, mettant à l’honneur les ancêtres et leur apport, même au-delà de la mort.

C’est en cela que le poète s’inscrit dans le mouvement de la négritude dont il est un des auteurs majeurs. Ce mouvement rappelons-le, s’inscrit dans une volonté manifestée par de nombreux intellectuels d’Afrique, de se réunir autour des valeurs communes et de mettre en avant les caractéristiques du continent et les valeurs négro-africaines.

Cet attachement à l’africanité dans le fond s’accompagne dans la forme par un attachement à l’architecture de la poésie française.

  • Observez la forme de ce poème

Ce poème présente une forme irrégulière. Les strophes qui le composent ne présentent pas le même nombre de vers. Les vers quant à eux ne se composent pas du même nombre de syllabes.

Ce poème présente une musicalité marquée par les phrases courtes qui épousent la longueur du vers. Il rappelle en cela les chants africains.

Il y a, par endroits, une alternance entre les rimes masculines et les rimes féminines. Rappelons que les rimes féminines se terminent par un mot présentant à sa fin un « e » muet et les masculines par un mot finissant par une syllabe pleine.

Exemple : « partis » / « s’éclaire » – « s’épaissit » / « terre »

Nous retrouvons, dans ce poème, des rimes riches présentant 3 phonèmes en commun.

Exemple : « frémit » / « gémit » – « Êtres » / « Ancêtres »

Il y a d’autres rimes pauvres, c’est-à-dire présentant un seul phonème en commun.

Exemple : « souvent » / « s’entend » – « partis » / « s’épaissit »

Il y a d’autres rimes qui sont suffisantes, c’est-à-dire présentant deux phonèmes en commun.

Exemple : « coule » / « foule » – « sanglots » / « l’eau » 

  • Relevez 3 figures de style

L’anaphore, qui est une figure qui consiste à répéter un mot ou un groupe de mots en début de phrase afin d’insister sur un sens.

Exemple : « Ils sont dans l’Arbre qui frémit / Ils sont dans le Bois qui gémit / Ils sont dans l’Eau qui coule / Ils sont dans l’Eau qui dort / Ils sont dans la Case / ils sont dans la Foule »

Le chiasme qui est une figure de construction qui consiste à disposer les termes d’une manière symétrique (AB/BA)

Exemple : « La voix du feu s’entend, entends la voix de l’eau »

La métaphore qui est une figure d’analogie qui consiste à remplacer un terme ou une idée par un autre lui ressemblant sans recourir à un outil de comparaison.

Exemples : « Le buisson en sanglot » pour décrire le bruit de l’eau, le poète l’assimile à un sanglot. 

POÈME 1 : SOUFFLES

 

Écoute plus souvent

Les Choses que les Êtres

La Voix du Feu s’entend,

Entends la Voix de l’Eau.

Écoute dans le Vent

Le Buisson en sanglots :

C’est le Souffle des ancêtres.

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :

Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire

Et dans l’ombre qui s’épaissit.

Les Morts ne sont pas sous la Terre :

Ils sont dans l’Arbre qui frémit,

Ils sont dans le Bois qui gémit,

Ils sont dans l’Eau qui coule,

Ils sont dans l’Eau qui dort,

Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule :

Les Morts ne sont pas morts.

Écoute plus souvent

Les Choses que les Êtres

La Voix du Feu s’entend,

Entends la Voix de l’Eau.

Écoute dans le Vent

Le Buisson en sanglots :

C’est le Souffle des Ancêtres morts,

Qui ne sont pas partis

Qui ne sont pas sous la Terre

Qui ne sont pas morts.

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :

Ils sont dans le Sein de la Femme,

Ils sont dans l’Enfant qui vagit

Et dans le Tison qui s’enflamme.

Les Morts ne sont pas sous la Terre :

Ils sont dans le Feu qui s’éteint,

Ils sont dans les Herbes qui pleurent,

Ils sont dans le Rocher qui geint,

Ils sont dans la Forêt, ils sont dans la Demeure,

Les Morts ne sont pas morts.

Écoute plus souvent

Les Choses que les Êtres

La Voix du Feu s’entend,

Entends la Voix de l’Eau.

Écoute dans le Vent

Le Buisson en sanglots,

C’est le Souffle des Ancêtres.

Il redit chaque jour le Pacte,

Le grand Pacte qui lie,

Qui lie à la Loi notre Sort,

Aux Actes des Souffles plus forts

Le Sort de nos Morts qui ne sont pas morts,

Le lourd Pacte qui nous lie à la Vie.

La lourde Loi qui nous lie aux Actes

Des Souffles qui se meurent

Dans le lit et sur les rives du Fleuve,

Des Souffles qui se meuvent

Dans le Rocher qui geint et dans l’Herbe qui pleure.

Des Souffles qui demeurent

Dans l’Ombre qui s’éclaire et s’épaissit,

Dans l’Arbre qui frémit, dans le Bois qui gémit

Et dans l’Eau qui coule et dans l’Eau qui dort,

Des Souffles plus forts qui ont pris

Le Souffle des Morts qui ne sont pas morts,

Des Morts qui ne sont pas partis,

Des Morts qui ne sont plus sous la Terre.

Écoute plus souvent

Les Choses que les Êtres

La Voix du Feu s’entend,

Entends la Voix de l’Eau.

Écoute dans le Vent

Le Buisson en sanglots,

C’est le Souffle des Ancêtres. 

POÈME 2  : « SAGESSE » 

  • Relever ce qui se rattache à la sagesse dans le texte :

La sagesse dans ce poème semble être de vivre sans souvenir, sans désir et sans haine. Le regard tourné vers l’avenir avec pour impératif de soigner son coeur, d’oublier ses malheurs et de dépasser ses remords.

Tel est le credo du poète cherchant la sagesse et la sérénité. Celui-ci décrit un schéma initiatique qui le mènera vers la paix intérieure. Il utilise le futur simple pour décrire les étapes qu’il entend effectuer.

  • Pourquoi le futur ?

Le poète a choisi d’utiliser le futur simple pour évoquer le parcours menant à la sagesse. le futur est le temps du possible. L’action envisagée n’est pas décrite au conditionnel, mode qui en ferait une action irréelle.

Le futur de l’indicatif permet d’envisager l’avenir avec la certitude de parvenir à mettre en place son plan pour l’appréhender en faisant un travail sur soi, essentiellement.

Exemples : « retournerai », « ressemblerai », « rassemblerai », « jetterai », « dormirai ».

  • L’allusion au passé

Le poète fait allusion dans ce texte au passé, qui ne semble pas l’avoir épargné. Par opposition au futur qui marque son projet de nouveau départ, il évoque le passé comme un souvenir lourd de douleur et de blessures.

Le pronom possessif « vos » désigne ceux que l’auteur accable et rend responsables de ses douleurs passées.

Exemples : « Mon coeur qu’a meurtri chacun de vos gestes ».

Il recourt également à des mots tels que l’adverbe « jadis » et l’adjectif « vieillis », marquant une sorte d’opposition entre deux contextes temporels différents.

Le poète aspire à une nouvelle vie, « là-bas, au pays », un pays dont il semble éloigné et où il souhaite ramasser les morceaux cassés de lui-même et commencer une nouvelle vie.

  • Forme du poème

Le poème se compose de trois strophes. Chaque strophe se compose de cinq vers. Rappelons qu’une strophe de cinq vers s’appelle un quintil.

Les rimes de ce poème sont croisées (ABAB)

Exemple : « haine » / « Pays » – « haleines » / « vieillis »

Elles sont suffisantes, c’est-à-dire qu’elles présentent deux sons en commun : il y a reprise de deux mêmes phonèmes.

  • Répétition

Chaque strophe du poème s’ouvre et se termine par le même vers, ou presque. Ainsi, des trois répétitions, seule la dernière est identique. Les deux autres occurrences présentent un changement.

Exemples : « Sans souvenir, sans désirs et sans haine / Sans souvenirS, sans désirs et sans haine » / « Je rassemblerai les lambeaux qui restent » / « J’EN rassemblerai les lambeaux qui restent »

« Dans le murmure infini de l’aurore » / « Dans le murmure infini de l’aurore »

La répétition, outre l’insistance qu’elle permet de marquer, apporte une musicalité au poème, comme le permettrait un refrain dans une chanson. C’est aussi une manière de montrer le caractère obsessionnel de ce projet d’avenir loin des tracas du passé et de ses blessures, au sein du pays auquel on revient pour chercher l’apaisement.

  • Relevez 3 figures de style

L’allitération : il s’agit de la répétition d’une même consonne.

Exemples : « Sans souvenir, sans désirs, sans haine » : Le son [s] est ici répété quatre fois au niveau du premier vers. « Enterrer tous mes tourments » : le son [t] est ici répété trois fois au niveau du quatrième vers.

Anadiplose : il s’agit de la répétition du dernier mot d’une phrase ou d’un vers.

Exemple : « De ce que j’appelais jadis mon coeur / Mon coeur qu’a meurtri chacun de vos gestes »

L’anaphore : répétition d’un mot au début d’une phrase ou des membres d’une phrase.

Exemple : « Sans souvenir, sans désirs, sans haine » 

POÈME 2 : SAGESSE

Sans souvenir, sans désirs et sans haine

Je retournerai là-bas au pays,

Dans les grandes nuits, dans leur chaude haleine

Enterrer tous mes tourments vieillis.

Sans souvenirs, sans désirs et sans haine,

Je rassemblerai les lambeaux qui restent

De ce que j’appelais jadis mon coeur

Mon coeur qu’a meurtri chacun de vos gestes ;

Et si tout n’est pas mort de sa douleur

J’en rassemblerai les lambeaux qui restent.

Dans le murmure infini de l’aurore

Au gré de ses quatre Vents, alentour

Je jetterai tout ce qui me dévore,

Puis, sans rêves, je dormirai – toujours –

Dans le murmure infini de l’aurore.

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 Quand les enfants découvrent les arts africains

Les éditions Retz ont eu la bonne idée de proposer une déclinaison de leur manuel éducatif d’initiation aux arts plastiques Tout l’art du monde dans le cadre de la Saison Africa2020, mettant en avant des artistes du continent africain pour ainsi rapprocher le jeune public de leur univers créatif. Découverte. 

 Tout l’art du monde est un ensemble d’ouvrages des Édi­tions Retz qui propose, pour les élèves des trois sections de maternelle, une proximité inclusive avec la création artistique. Autour d’activités imaginées en lien avec des oeuvres diverses, ces outils pédagogiques mettent les élèves en situation d’immer­sion, à travers le décryptage, la lecture et la stimulation artistique guidée. C’est dans le cadre de la Saison Africa2020 qu’a été pensé l’opus de la collection consacrée aux arts d’Afrique, un ouvrage distribué gratuitement dans les écoles maternelles françaises et acces­sibles également en version numérique sur le site de l’éditeur. Il s’agit de situa­tions et de réflexions liées à sept projets d’arts plastiques de sept artistes africains contemporains. Différents ateliers sont proposés pour mettre à l’honneur les capacités créatives d’Afrique et les rendre accessibles au niveau scolaire. Cet ouvrage mène les élèves sur les pas de créateurs d’obédiences artistiques dif­férentes : photographie (Malick Sidibé), dessin (Julie Mehretu), peinture (Saïd Atek), sculpture (El Anatsui), perlage (Beya Gille Gacha), architec­ture (Bodys Isek Kingelez) et design (Vincent Niamien) sont ainsi proposés comme champs d’exploration.

Éducation au regard et travail langagier

Tout au long des trente-trois pages qui constituent cette édition spé­ciale, s’éveille la curiosité chez l’élève et se développe une ouverture culturelle sur le monde, africain en l’occurrence. Les apprenants sont ainsi accompagnés sur le chemin de la découverte et finissent par s’approprier l’univers artistique exploré, en devenant eux-mêmes créateurs. L’ap­port pédagogique des activités a été réfléchi et étudié, et les situations propo­sées ont été testées en classe. Guidé dans le cadre d’une pratique artistique inédite et spécifique, l’élève s’exerce à la lecture d’oeuvres et à l’appropriation du langage. Il dispose, dans ce parcours d’initiation, d’une palette d’artistes riche et d’oeuvres connues et moins connues d’époques et de techniques différentes. La spécificité africaine a été mise en avant afin d’accompagner, sur le volet de l’ac­cessibilité aux arts multiples du conti­nent, la Saison Africa2020. Ce projet panafricain et pluridisciplinaire est centré sur l’innovation dans les arts, les sciences et l’entrepreneuriat, en mettant l’accent sur l’éducation et la transmission des connaissances à la jeunesse. Ce manuel de Tout l’art du monde ne pouvait donc mieux valoriser l’universalité de l’art africain en le plaçant ainsi à portée des enfants.

EN SAVOIR PLUS

 

 

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Un collège de compétences-références en différents domaines devrait être constitué en Tunisie

Il aurait entre autres rôles de décorer ceux qui le méritent loin de toute intrusion de l’autorité, de la politique et des partis.

Collégialement pourra être étudiée la situation du pays dans des domaines que la politique délaisse ou n’a pas le pouvoir de juger.

Collégialement une feuille de route pourra être mise en place et son application pourra se faire avec l’aide de l’autorité et de la société civile.

Le pays a besoin de leadership et vu le gabarit des différents rivaux le leadership susceptible de nous sauver ne pourra pas être que politique.