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Francophonie et diplomatie : Des perspectives multidisciplinaires

 Parmi les activités de l’OIF, figure une série de rencontres en lien avec le domaine de la diplomatie. Ces événements, générant des réflexions et des perspectives dessinées au profit de cette représentation, s’articulent autour d’un champ d’action commun : la francophonie, élément actif dans la sphère diplomatique et internationale.

L’expertise francophone, une place centrale dans le contexte international

Pour photo https://www.francophonie.org/bruxelles-les-ambassadeurs-francophones-evoquent-le-renforcement-du-multilateralisme-et-des-3577

Une première réunion plénière a été tenue par le Groupe des ambassadeurs francophones de Bruxelles (GAF-B), le 24 janvier 2025, sous la présidence de l’ambassadrice de Roumanie, Andreea Păstârnac, et en présence du ministre des Affaires étrangères de Belgique, Bernard Quintin. Plusieurs sujets en lien avec la place internationale de la francophonie ont été abordés. Cet événement a dressé, en partie, la feuille de route du GAF-B.

Lors de cet événement, le rôle stratégique de la Francophonie face aux défis géopolitiques actuels a été mis en avant. Rappelant que les relations diplomatiques entre la Belgique et la Roumanie fêteront, en 2025, leur 145ème anniversaire, le ministre belge a insisté sur l’importance de renforcer le multilatéralisme pour garantir un ordre mondial stable, dans un contexte international de plus en plus incertain. Il a salué les résultats du XIXᵉ Sommet de la Francophonie, tenu à Villers-Cotterêts et Paris en octobre 2024, qui placent l’OIF comme un élément actif et pertinent dans les processus de sortie de crise. Parmi les réalisations saluées, figure la création de l’Observatoire Boutros Boutros-Ghali, qui agira dans les domaines de la paix et de la sécurité, en se basant sur l’expertise francophone.

Le ministre belge a, en outre, insisté sur la nécessité d’une coopération efficiente et développée entre l’Union européenne et l’OIF, s’appuyant sur les valeurs communes de ces deux structures. Dans ce contexte, ont été rappelées des initiatives importantes de l’UE, comme la Facilité européenne pour la paix (FEP) qui se définit pour objectif l’action au profit de la sécurité internationale et la prévention des conflits ainsi que la stratégie « Global Gateway » qui agit, en accord avec les objectifs de développement durable des Nations unies, au profit du développement d’infrastructures durables multisectorielles (numérique, de l’énergie et des transports).

Le caractère éthique de l’IA a, également, été placé parmi les impératifs en lien avec le contexte international dans lequel l’action francophone est importante et utile car pouvant faire, de cette technologie, un outil inclusif et plus accessible (en français). Dans son allocution, le ministre belge a insisté sur la place que la francophonie doit acquérir dans ce domaine en développement, dans le monde entier.

Parmi les sujets abordés, lors de cette plénière, figure le renforcement du partenariat avec le continent africain. En marge de cet aspect, le ministre belge a été interrogé par les ambassadeurs présents quant à la réévaluation des relations entre l’Union européenne et les États-Unis à la suite de l’investiture de Donald Trump. L’importance d’une autonomie stratégique pour l’Europe a fait partie des éléments de réponses.

OIF-ONU : « Le Français de la diplomatie » 

 

La Représentation de l’OIF auprès des Nations Unies à New York, a lancé, le 28 janvier 2025, en collaboration avec le Département de l’appui opérationnel des Nations Unies, un cours intitulé « Le français de la diplomatie ». Il s’agit d’un programme destiné aux diplomates et aux membres des missions diplomatiques des pays membres de l’OIF pour qui le Français n’est pas la langue officielle. Cette initiative fait partie du projet « Langue française, langue internationale ».

Il s’agit d’un projet qui répond à la demande de nombreux diplomates et qui envisage d’appuyer l’action de l’OIF au sein des Nations Unies. Il rejoint la volonté du Secrétariat des Nations Unies de promouvoir le multilinguisme, à tous les niveaux des institutions internationales, et renforce ainsi les liens entre les deux entités.

L’objectif principal de ce programme est de permettre à ses disciples de renforcer leurs capacités linguistiques en français, afin que cette langue s’intègre dans leurs échanges professionnels. Les cours se tiennent à la fois au siège des Nations Unies et à la Représentation de l’OIF à New York. Les participants pourront bénéficier d’un contenu adapté à leurs compétences et fourni par des enseignants des Nations Unies.

https://www.francophonie.org/le-francais-de-la-diplomatie-une-nouvelle-formation-proposee-new-york-3583

GAF: Une présence francophone dans la gouvernance numérique

Ancrer les valeurs francophones dans les grands enjeux de l’agenda onusien, est un des objectifs du Groupe des Ambassadeurs francophones (GAF) qui s’est réuni, également, le 15 janvier 2025.

Parmi les autres priorités de ce rassemblement, figure la négociation de la « résolution biennale de l’Assemblée générale sur la coopération ONU-OIF », dont l’adoption est prévue lors de la 79ᵉ session de l’Assemblée générale. Cet axe majeur de la mobilisation du Groupe sera appuyé par la France, hôte du 19e Sommet de la Francophonie.

Le GAF qui a renouvelé, lors de cette réunion, la présidence de M. l’Ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, Représentant permanent de la RDC auprès des Nations Unies agit au profit du multilinguisme et vise une représentation francophone dans l’architecture de gouvernance propre à certains domaines stratégiques. Le Groupe prévoit, en effet, de se placer comme acteur important dans les discussions sur la gouvernance du numérique et de l’intelligence artificielle.

Dans l’agenda du GAF, figure la 4ème conférence sur le financement du développement (FfD4), prévue du 30 juin au 3 juillet 2025. Le groupe joue un rôle essentiel dans le processus préparatoire de cet événement qui représente une occasion de repenser l’architecture financière internationale. Cette réflexion vise de mettre en place un cadre de financement plus équitable et mieux adapté aux besoins des pays en développement confrontés aux vulnérabilités.

Doté d’une plateforme des Conseillers militaires, de police et d’experts en opérations de paix, le GAF fait, par ailleurs, de la stabilité, une priorité et prévoit de se mobiliser au niveau des enjeux linguistiques et interculturels dans les opérations de maintien de la paix de l’ONU.

Par ailleurs, le GAF se concentrera sur la révision du Conseil des droits de l’Homme, confiée à l’Assemblée générale des Nations Unies, afin de défendre une vision francophone et renforcer les liens entre New York et Genève. Le Groupe francophone a appelé à la mise en place d’un multilinguisme au niveau des différents processus de l’ONU.

https://www.francophonie.org/le-groupe-des-ambassadeurs-francophones-de-new-york-discute-de-ses-priorites-pour-2025-3574

Rappelons que le contexte international a été marqué, dans ce cadre, par les échanges autour des priorités du Président de l’Assemblée générale des Nations Unies (pour la reprise de la 79ᵉ session), ainsi que par la définition des priorités du Secrétaire général de l’ONU pour 2025.

Des procédures en faveur du multilinguisme

https://www.francophonie.org/GAF-new-york-entretien-avec-president-assemblee-generale-ONU-3518

Sous la présidence de l’Ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, Représentant permanent de la RDC auprès des Nations Unies, le Groupe des Ambassadeurs francophones (GAF) a aussi tenu une réunion en présence de plus d’une trentaine de délégations, avec, pour invité, Philémon Yang, Président de la 79e session de l’Assemblée générale des Nations Unies dont le mandat est placé sous le thème « L’unité dans la diversité ».

Cette vision stratégique a fait l’objet d’un débat centré sur les défis liés à la réalisation complète du multilinguisme à l’ONU. Le travail significatif de l’OIF pour promouvoir la langue française a été salué et, a été rappelé, l’engagement commun des deux organisations (OIF et ONU) en faveur du multilinguisme. Parmi les appels à l’action lancés par les membres du Groupe francophone, la mise en place de solutions pour lutter contre l’unilinguisme (y compris lors des réunions informelles de l’Assemblée générale).

Monsieur Philémon Yang a annoncé la création d’un groupe de travail dédié au multilinguisme, au sein du Bureau de la présidence de l’Assemblée générale, comptant, dans ce cadre, sur l’expertise du Groupe francophone.

Le « Pacte pour l’Avenir », adopté en septembre 2024 par les États membres de l’ONU pour revitaliser la coopération internationale a été réévalué par les personnes présentes. Les délégations francophones ont mis l’accent sur le rôle complémentaire des États membres et de l’ONU dans ce processus avec un focus sur les actions concrètes et l’engagement de tous les acteurs.

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Les élections tunisiennes à l’ère du Big Data: Laboratoire démocratique 2.0?

Internet a changé nos vies. Qui d’entre nous ne l’a pas constaté? Internet a changé nos démocraties voilà un constat que nous commençons à peine à faire.

Ceux qui ont utilisé les moyens technologiques à des fins électorales l’ont, eux, compris avant les autres.

En Tunisie et alors que le premier tour des élections présidentielles vient de s’achever, il demeure de nombreuses interrogations quant aux résultats. En vue des législatives imminentes, il est intéressant de réfléchir à des réponses en lien avec un contexte international ayant connu l’influence du big data dans les enjeux décisionnels.

A regarder de près la scène politique tunisienne, l’on se rend compte de l’émergence d’une nouvelle classe politique, une catégorie nouvelle, peu connue. Cette nouvelle catégorie de « politiciens » est étonnante par l’inadéquation entre son action politique minimaliste et les résultats des urnes en sa faveur, déconcertante par son absence sur le terrain et par sa présence en tête des sondages, inquiétante par le décalage entre l’opacité de son mode opératoire et la clarté qu’impose l’exercice politique aux yeux de citoyens composant avec un passé politique révoltant.

Les présidentielles qui se sont tenues le 15 septembre 2019, en Tunisie, ont vu la montée de deux phénomènes considérés, jusque-là, dans le cadre de l’adversité, comme des épiphénomènes. En l’absence d’un parti les soutenant, sans structure ni hiérarchie, ni ramification régionale, en l’absence d’un passé politique ou d’actions militantes, sans engagement aucun à une cause précise, ces deux candidates étaient, aux yeux du commun  des Tunisiens, face à des figures politiques connues et des structures partisanes ayant pignon sur rue, les erreurs des sondages les donnant, depuis plus de six mois, pour favoris.

Certes Nabil Karoui (ayant obtenu 15,6% des voix) a misé sur l’action sociale (son association de bienfaisance) et la propagande médiatique( à travers sa chaîne de télévision) pour gagner en popularité, mais il n’est pas parti de rien en termes d’image. Il a juste fallu amplifier sa renommée d’une manière stratégique et apposer à l’étiquette des affaires celle de l’engagement social au profit de la classe démunie. Un ciblage artisanal, en somme, mais qui tient compte d’une nouvelle donne:

Le clivage en Tunisie n’est plus idéologique, mais social, il ne se rattache plus aux idées, mais au quotidien, à la subsistance.

Pourtant, en Tunisie, de nombreux partis, hommes politiques et leaders d’opinion continuent aujourd’hui à évoquer une opposition progressistes/ islamistes. Cela est très loin de la réalité et ceux qui ne l’ont pas compris se sont vus pénalisé lors des dernières élections. La cartographie politique a changé et le clivage aussi. L’on peut même pousser la réflexion: la différenciation des tendances politiques gauche droite est amenée, elle aussi, à être revue, compte tenu du désir de renouveau insufflé par les urnes dans de nombreux pays.

Pour revenir au contexte tunisien, baignant en plein anachronisme, lesdits progressistes s’étaient avancés vers la date fatidique du 15 septembre, en s’entretuant et se sont vus au final dépassés de loin ( avec 18,4%)par un enseignant universitaire à peine connu pour ses interventions de spécialiste en Droit constitutionnel dans le cadre du journal télévisé de la chaîne nationale. Elément de renommée: sa voix monocorde et son intonation très particulière. Sans programme politique clair, sans présence outre-mesure sur le terrain, sans présence médiatique, sans discours politique transcendant, sans vision globale pour l’avenir de la gestion du pays,  Kais Said a remporté le premier tour, loin devant ses concurrents.

Kais Said est un réel phénomène, un cas d’école, le contre-exemple pour l’archaïsme politique, peut-être le prototype pour « la politique de l’avenir ».

On peut réussir sans grosse machine (apparente), sans capacités humaines (visibles), sans grandes tournées électorales (réelles), sans serrer des mains et taper sur les épaules. Kais Said est un OVNI politique, un OPNI , il est la preuve que la légitimité et la renommée ne vont pas forcément de pair et que les modes de fonctionnement de l’action politique classique peuvent s’avérer inefficaces.

Les législatives verront probablement la montée d’un autre OPNI, Ich Tounsi, mouvement qui se différencie, substantiellement, des partis et qui semble gagner du terrain, avec l’assurance de celui qui maîtrise les données menant au résultat escompté.

Alors que la date du 2ème tour avance à grands pas vers une opinion publique encore déconcertée, l’accointance de certaines parties politiques avec des entreprises étrangères fait polémique. Ont en effet, fait surface, des documents attestant d’une collaboration entre les candidats Karoui et l’initiatrice du projet Ich Tounsi et le parti Ennahdha avec des sociétés américaines opérant dans le secteur du marketing de l’image et du lobbying. Le savoir-faire étranger en matière de marketing électoral ne serait donc pas si lointain des candidats à la présidentielle…

Les parties n’ayant pas eu recours à pareils services n’ont peut-être pas échoué par manque de compétence mais pour non équité dans la pratique de la chose politique.

Pratiques politiques classiques face aux pratiques innovantes, l’archaïque face au 2.0…

Le monde a connu des victoires politiques surprenantes bien avant la Tunisie. Cela avait fait l’actualité lorsque des affaires d’utilisation de données avaient été dévoilées au grand jour. Le big data, les données collectées, ont rendu plus facile l’accès aux citoyens internautes. Potentiels électeurs sont désormais identifiés, le discours vers eux est plus direct, mieux ciblé, quasi personnalisé. En plein dans le mille, et c’est bien plus efficace qu’une tournée préélectorale dans le marché du village. Il suffit de taper sur Google Cambridge Analytica, de scruter les changements politiques dans le monde… On remarquer la montée souvent inattendue de forces nouvelles, dudit antisystème.

On remarquera que l’antisystème ne s’oppose clairement plus au système dans son essence, mais essentiellement à sa conception et à son mode d’action.

L’action politique efficiente a-t-elle connu une grande mutation? Ceci n’est pas de l’ordre du complotisme, ni de la spéculation. De nombreuses sociétés de par le monde proposent aujourd’hui leur service, à celui qui veut l’acheter, pour faire gagner des électeurs comme on fait gagner à une entreprise des clients. Marketing politique innovant ou détournement de la démocratie? Cela est incontestablement une menace pour les pays concernés quand les candidats aux scrutins y ayant recours ne sont pas les meilleurs décideurs de demain. Trump, phénomène politique, en exemple. Le Brexit en cas pratique. L’Inde en spécimen de taille. Les victoires surprenantes et les opinions publiques à la ramasse, en résultat.

La Tunisie sera-t-elle, quant à elle, le premier laboratoire arabe de la démocratie 2.0?

 

 

Karoui en tête des sondages: Un cadeau pour Youssef Chahed

Le sondage Sigma du mois de juin a désarçonné. Et pour cause, plus de 50% des voix semblent favoriser des candidats contestés par l’opinion publique: Abir Moussi, pour son parcours idéologique certes constant mais présentant un peu trop d’accointances avec le régime Ben Ali. Le juriste Kais Saïd, pour l’aspect infondé de sa présence sur la scène politique. L’homme d’affaires Nabil Karoui, pour son action de propagande télévisée pré-électorale.

Si on s’en tient aux arguments de ladite opinion publique qui s’élève contre ce sondage, aux élections à venir, la Tunisie tanguera entre la passéiste, l’usurpateur et le machiavélique.

Topo alarmant, incontestablement! Mais…

Pareil sondage ne peut se lire sans une approche comparative. Pas seulement par rapport à des expériences électorales étrangères mais aussi par rapport à la propre expérience tunisienne, aussi limitée soit-elle.

Revenons à l’élection de 2014, à quelques mois avant celle-ci, au sondage Sigma de J- 6 mois. Celui-ci donnait, pour gagnant, Mehdi Jomaa, avec plus de 30% avant Beji Caid Essebsi qui arrivait 2ème des intentions de vote avec 6% en moins. Nous savons tous que, 6 mois plus tard et quelques manoeuvres politiques ensuite, la tendance s’est inversée au profit de l’actuel président de la République.

En France, six mois avant l’élection d’Emmanuel Macron (avec plus de 66% de voix, au 2ème tour et 24 au premier), les sondages donnaient, pour gagnant, François Fillion, avec plus de 30% pour l’un contre près de 13% pour l’autre.

En 2016, aux Etats-Unis, les sondages avaient donné, pour gagnante, Hillay Clinton contre le fortement contesté Trump. La suite, nous la connaissons tous.

Que de renversements de tendances!

Ceci ne peut que nous rappeler  que les sondages ont cet avantage de changer la réalité du terrain qu’ils sont censés, en amont, représenter. Plus ils choquent, plus ils sont susceptibles de contrecarrer  leurs propres prémonitions.

Déboussolés, bon nombre de  Tunisiens ont découvert, ce 12 juin 2019, une nouvelle cartographie politique et ne se sont pas reconnus dans la direction vers laquelle tire la majorité.

Quelle est donc cette majorité locomotive de l’avenir de la Tunisie et vers quel avenir traîne-t-elle le pays? Selon ce que semble révéler le sondage précité, « il s’agit de votants issus des régions reculées du pays et de personnes ayant un niveau d’instruction limité ». Stigmatisant? oui, surement!

Toutefois, cela démontre les conséquences du décalage existant entre le discours politique et ceux pour lesquels il se prédestine, entre l’action politique centralisée et les frustrations d’une grande frange de la population pas si spectatrice qu’elle ne le parait.

Cela semble avoir échappé à certains politiciens, mais cela n’a pas échappé à quelqu’un comme Nabil Karoui.

Idéologie versus cartographie socio-économique:

Lors des précédentes élections, c’est dans la dichotomie idéologique que l’on a puisé un fonds électoral gagné par crainte et non par conviction. Soucieux tantôt d’écarter les islamistes et tantôt d’éloigner, de la sphère décisionnelle, l’état d’esprit de Marzouki, les Tunisiens ont été nombreux à voter BCE et Nidaa.

A ce stade, l’argument idéologique semble être passé de date et de l’eau a coulé sous les ponts, réhabilitant certains des proscrits d’hier. En l’absence de réels programmes politiques et de vraies solutions et face à un Tunisien à bout de souffle et en attente d’une sortie de crise imminente, elles sont nombreuses les figures politiques qui peinent à trouver un nouveau fonds de commerce idéologique à présenter comme appât.

Cela Nabil Karoui l’a, indéniablement, compris. Son interlocuteur: Le « zaweli », ce pauvre Tunisien martyrisé dont on chante les louanges avant chaque échéance électorale et à chaque fois que flanche la côte de popularité des décideurs. La crise économique a fait de ce zaweli une icône représentant une multitude de personnes issues de la classe défavorisée qui suffoque et de celle moyenne qui peine à émerger. C’est à lui et rien qu’à lui que l’ambitieux homme d’affaires s’est adressé, des mois durant.  Ca en fait des votants!

Pour transmettre son message, Nabil Karoui n’a pas envahi les plateaux, lui et ses acolytes, n’a pas rempli des salles lors de rencontres et de congrès, n’a même pas lancé de parti -encore… Un canal a suffi: la chaîne de télévision dont il est le fondateur.

Fin avril, la Haute Autorité indépendante de la Communication audiovisuelle ( Haica) somme Karoui d’arrêter la diffusion de sa chaîne. Celui-ci crie au scandale, victime, selon ses dires, d’un complot contre lui, contre ses projets…  contre les zwewla dont il fera, depuis ce jour, partie intégrante. Le statut de la victime tombait à pic et il convient bien au « père des zwewla de Tunisie » qui, des mois durant a procédé à des distributions de denrées alimentaires, de repas chauds et de nécessaires de survie.

Et le gagnant est…

Il serait, à ce stade, biaisé de dire que celui-ci ne peut pas se présenter aux élections et la manoeuvre visant la mise en place d’une loi sur mesure pour l’en écarter ne sied pas à la Tunisie démocrate à laquelle tout un pays aspire.

Il conviendrait mieux d’étudier les choix dont on s’offusque, car il n’y a de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre et il n’y a de plus désespéré que les votes sanctions que le vote par dépit. C’est le vide politique qui est à l’origine des choix électoraux les plus inattendus et la nature n’aimant pas le vide,  celui-ci ne profite qu’aux choix « contre nature ».

Dans ce contexte interloqué, le grand gagnant serait Youssef Chahed, à qui on aura présenté, ce 12 juin, son argument de campagne majeur: être le candidat de l’anti-usurpation, le candidat du critiqué mais rassurant « establishment »… un peu comme BCE avait choisi l’argument faisant de lui l’alternative des anti-islamistes. Joli coup de com’ pour lequel BCE doit beaucoup aux conseils de Nabil Karoui…

Quant au favori des sondages, en as de la communication, il n’a surement pas encore dévoilé toutes ses cartes.

 

 

Interview de Omar El Behi, ministre du Commerce (Tunisie)

La Tunisie intègre le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa). Pour le ministre du Commerce, Omar El Behi, la multiplication d’accords bilatéraux permettra à ses entreprises d’exporter leur savoir-faire et de participer à l’essor de pays à fort potentiel.

Pourquoi la Tunisie a-t-elle rejoint, en juillet 2018, le Comesa ? 

Nous sommes ravis d’avoir intégré ce consortium important qui regroupe 21 pays ; la Tunisie étant le 20e pays et, le 21e, la Somalie. L’espace regroupe plus de 500 millions d’habitants, donc plus de 500 millions de consommateurs avec une croissance moyenne importante et avec un potentiel de croissance future important.

La Tunisie, dans sa politique générale de développement, entend diversifier ses échanges. Actuellement, le principal partenaire économique de la Tunisie est l’Union européenne, qui représente plus de 69 % de nos exportations. Pour diversifier nos exportations, nous avons choisi de nous orienter vers le marché africain. Aujourd’hui, l’Afrique subsaharienne représente moins de 1 % de nos exportations ! C’est pour cela que le potentiel est énorme avec ces pays, que ce soit dans le cadre du Comesa qu’auprès des pays de la Cedeao.

La Tunisie présente une bonne productivité par rapport à ses partenaires. Ce qui prouve que les échanges et l’ouverture économique vers l’Afrique ne vont pas se dérouler au détriment du pays. Nous en sommes convaincus.

Au niveau du Comesa, ce qui est important aussi, c’est que nous concevons nos rapports dans un esprit gagnant-gagnant, dans l’intérêt de chacun. Il ne s’agit pas de destinations pour exporter nos marchandises, mais nous y voyons plutôt un moyen pour construire des relations bilatérales. Nous pouvons exporter, mais aussi importer, favoriser des échanges culturels, des échanges économiques, des échanges de propriété intellectuelle, dans la Santé, l’industrie agroalimentaire…

Dans le cadre de la diversification de ses relations diplomatiques, de ses relations commerciales, la Tunisie veut être plus présente dans ces régions. Et nous voyons qu’elle est bien acceptée, tandis que d’autres demandes ont été refusées !

Pourtant, la Tunisie est-elle assez compétitive pour aborder les marchés africains ? 

Oui, nous avons une assez bonne connaissance de ces marchés. Par rapport au potentiel de croissance de ces pays, il faut réfléchir à l’avenir. D’un point de vue agricole, par exemple, ces pays regorgent de ressources mal exploitées ; nous pouvons développer ensemble une production agricole et agroalimentaire beaucoup plus importante grâce au savoir-faire des industriels tunisiens.

Qu’exporte la Tunisie en direction de ce continent ? 

Trop peu, nous venons de le voir. Une fois que les relations commerciales seront améliorées, le secteur privé prendra la suite. Les acteurs du secteur privé se montrent ravis de cet accord avec le Comesa et entendent aller de l’avant. Nous attendons, de notre côté, l’accord définitif de l’Assemblée nationale à laquelle le projet de loi a été présenté, comme c’est le cas pour tous les accords multilatéraux. Je pense que, dans quelques mois, il entrera en vigueur.

Dans ces pays partenaires, au niveau agricole et agroalimentaire, nous pouvons participer à beaucoup d’investissements. La Tunisie a des groupes importants dans ce domaine qui sont déjà présents en Afrique de l’Ouest et qui veulent investir encore en Afrique. Ce qui pourrait être intéressant,

c’est de faire des investissements en Tunisie qui peuvent être tripartites avec des pays de l’Union européenne ou des pays du Golfe qui peuvent venir investir en Tunisie et exporter vers les pays du Comesa. Cela peut être utile, notamment, en relation avec les pays anglophones avec lesquels la Tunisie n’a pas beaucoup d’échanges.

Que comptez-vous faire pour pousser les Tunisiens à mieux connaître les subtilités du marché et surtout pour accompagner ce mouvement en se diversifiant vers « ces Afriques » (anglophone, lusophone, etc.) ? 

Deux représentations diplomatiques nouvelles vont s’installer en Tunisie. Le Cepex (le Centre de promotion des exportations) ouvre, quant à lui, deux bureaux de liaison dans deux pays d’Afrique, au Nigeria et en Côte d’Ivoire. Ils seront mis à disposition de nos chefs d’entreprise.

D’autre part, nous voulons encourager les missions itinérantes réalisées avec le secteur privé vers ces pays. Nous venons de conduire une mission à Addis-Abeba avec des hommes d’affaires tunisiens. Nous pensons faire la même chose avec d’autres groupes à destination du Kenya, du Rwanda, de la RD Congo. Je vous rappelle que STEG International a installé tout le circuit d’exploitation de l’électricité au Rwanda ! La société tunisienne a apporté son savoir-faire et y a gagné de la reconnaissance. Nous pouvons développer davantage ces relations avec des groupes de cette envergure ou avec des bureaux d’études tunisiens comme Africinvest, Comete Engineering et d’autres groupes.

La Tunisie a des atouts dans l’univers du numérique, dans l’enseignement, dans les soins médicaux. Intégrez-vous ces facteurs dans votre conquête des marchés africains ? 

Je n’aime pas trop le mot conquête, parce que, pour nous, il s’agit de partenariat gagnant-gagnant ! Autrement, oui, nous évaluons les possibilités selon ces atouts. En avril 2018, s’est tenu à Tunis le Forum économique africain. Nous en organiserons une deuxième édition, en juin 2019, et nous voudrions développer notre stratégie autour de ces cinq piliers : le secteur agroalimentaire, la Santé, l’industrie pharmaceutique, les TIC, et l’enseignement supérieur. Nous avons un potentiel de croissance important.

La Tunisie subit une crise financière. Comment affrontez-vous cette situation intérieure tout en ayant l’ambition de vous investir ailleurs ? Ne prenez-vous pas le risque d’une dispersion de moyens et d’énergie ? 

En matière de compétitivité, nous avons, récemment, réalisé une étude de laquelle il ressort que la Tunisie a une bonne productivité par rapport à ses partenaires. Ce qui prouve que les échanges et l’ouverture économique vers l’Afrique ne vont pas se dérouler au détriment de la Tunisie. Nous en sommes convaincus. La situation économique du pays est difficile, mais, par rapport aux années précédentes, nous constatons une amélioration. Le rythme de croissance, au deuxième trimestre 2018, ressortait à 2,8 %. En 2017, le PIB a augmenté de 1,9 %, contre 1 % en 2016.

Certes, cette amélioration se double d’obstacles, face au déficit de la balance commerciale, celui du Trésor. Concernant le déficit budgétaire aussi, nous avons des difficultés mais la situation s’améliore ; il était à 6 %, nous terminons l’année à 4,9 % et nous voulons aller vers 3,9 en 2019.

Avec les réformes engagées – parfois douloureuses –, la loi de Finances 2018 a ramené le déficit budgétaire sous les 5 %. Nous ne pouvions pas continuer avec des taux supérieurs ! Nous entendons revenir vers les 3 % en 2020. Quand nous aurons réduit le déficit budgétaire, nous pourrons diminuer l’endettement et sortir du cercle vicieux de la dette.

De même, il est important pour nous de diminuer le déficit de la balance commerciale. La Tunisie exporte par an l’équivalent de 13 milliards d’euros et importe, à peu près, pour 19 milliards, soit un taux de couverture de l’ordre de 67 %. Les secteurs productifs de l’économie tunisienne sont l’industrie mécanique et électrique avec plus de 40 % des exportations (c’est donc un secteur sur lequel nous misons par rapport à nos échanges africains), mais nous comptons aussi sur le secteur agroalimentaire et celui du textile.

Pour se faire une place en Afrique, la Tunisie, a besoin de chefs d’entreprises capables de comprendre le marché et de lui proposer des produits qui font la différence. Comment la Tunisie travaille sur cette dimension ? 

Beaucoup de groupes s’installent, en ce moment, en Afrique de l’Ouest. Nous restons en contact avec la Cedeao. Nous ne pouvons pas y adhérer, puisqu’il faut être un pays limitrophe avec un pays déjà membre, mais nous finalisons un accord commercial préférentiel. Par rapport à l’encouragement de l’État, au niveau du ministère du Commerce et du Cepex, nous disposons d’un fonds qui s’appelle le Foprodex, ainsi qu’un autre fonds de promotion des exportations, qui avaient un budget de 20 millions de dinars en 2017. Ils s’élèvent à 40 millions de dinars en 2018 et passeront à 80 millions de dinars (23,9 millions d’euros), en 2019. Ils servent à la promotion des exportations.

Nous avons, au niveau de ces fonds, augmenté les investissements vers la destination Afrique. Ils prenaient des engagements à hauteur de 30 % dans le transport maritime, ils passent à 50 % si la destination est en Afrique. Cette stratégie permet de dynamiser l’export, d’appuyer la participation à des foires, la promotion d’un produit… Nous offrons un bonus pour les entreprises qui se tournent vers les marchés africains. Le secteur privé est déjà présent dans ces marchés, mais nous pouvons aussi améliorer l’accompagnement.

On parle beaucoup de la Tunisie hub vers l’Afrique. Quels efforts en matière de transports envisagez-vous ? 

En 2017, nous avons ouvert une ligne vers Cotonou, mais vous avez raison, il faut intensifier nos efforts dans le transport. Nous espérons beaucoup de l’amélioration de la situation de Tunisair ; la compagnie bénéficiera, dès 2019, d’un nouveau mode d’acquisition des avions.

Interview de Omar El Behi, ministre du Commerce (Tunisie)

Tunisie- Chahed et Hafedh Caïd Essebsi: le Combat de coqs

Publié dans New African

Une nouvelle fois, la Tunisie traverse une crise politique, de nature à affecter sa stabilité et à entraver les échéances électorales à venir. Les querelles entre les dirigeants de Nidâa Tounès ne font qu’envenimer la situation.

Fait rare et significatif : Le ministre tunisien de la Défense est sorti de son silence, après l’enterrement de deux militaires morts la veille suite à une attaque terroriste. Abdelkrim Zebidi a critiqué l’attitude des hommes politiques et mis en garde contre des querelles dont l’impact sera, selon ses dires, la vindicte populaire.

Béji Caïd Essebsi a lancé, au cours d’un entretien télévisé, des messages à l’adresse du chef du gouvernement, l’exhortant à aller devant le Parlement afin de solliciter sa confiance, au moyen d’un vote qui débouchera sur une confirmation de celui-ci à la Kasbah ou sur son départ. Selon le président de la République, le départ de Youssef Chahed ne fera pas de mal à la Tunisie, tout comme celui de son fils, Hafedh Caïd Essebsi, aujourd’hui à la tête d’un parti au pouvoir bien mal en point.

Les problèmes partisans gagnent l’Assemblée

Nidaa Tounès dont le chef du gouvernement est lui-même issu vit, au rythme des crises successives qui l’agitent, un affaiblissement croissant. La querelle entre son directeur exécutif, Hafedh Caïd Essebsi, et son ancien dirigeant, Youssef Chahed, semble avoir atteint son paroxysme.

En mai, lors d’une intervention télévisée, le chef du gouvernement avait critiqué le fils du président de la République l’accusant d’être à l’origine du malaise du parti et des problèmes politiques tunisiens. Depuis, les dissensions ne font que s’accentuer entre les deux hommes et la demande de limogeage de Youssef Chahed est revenue à plusieurs reprises. Le 13 septembre 2018, le comité poli- tique de Nidaa Tounès a envoyé un questionnaire à Chahed.

Avec l’affaiblissement de Nidaa Tounès, c’est bien évidemment le mouvement Ennahdha qui devient ainsi le parti dominant, à l’approche des prochaines échéances électorales.

Deux jours plus tard et faute de réponse de la part de celui-ci, la même partie décide de geler son adhésion à son parti d’origine. Parmi les questions posées à Chahed et les accusations qui lui sont lancées, sa potentielle implication dans les nom-breuses démissions enregistrées par le bloc parlementaire de Nidaa Tounès.

La rentrée parlementaire est marquée par la naissance d’une nouvelle force dépassant, en nombre, le bloc autour de Nidaa Tounès : 47 contre 39 députés. Et les démissions et probables nouvelles adhésions au bloc que l’on attribue offi – cieusement à Youssef Chahed ne feront qu’accentuer l’écart.

Ce bloc émergeant traduit la volonté qu’aurait Chahed de se maintenir en poste. Ce dernier s’est abstenu de lancer un remaniement attendu et d’asseoir, ainsi, sa légitimité remise en cause, d’une certaine manière, par les Caïd Essebsi père et fils. « À la fi n de la quatrième session parlementaire et au début de la session actuelle, il a été constaté que les votes importants ne se faisaient pas sur la base de ce pour quoi on votait, mais dans l’optique de ce qui pourrait être assimilé à un test du positionnement politique, une manière de vérifier le consensus, de vérifier ce qu’obtiendrait Chahed, s’il allait devant l’Assemblée pour un vote de confiance », commente Chaïma Bouhlel, consultante politique.

Cette instrumentalisation de l’Assemblée des Représentants du peuple entraverait donc le rôle premier de législateur, au profit d’un rôle politique. « Désormais, au lieu de représenter le peuple, l’Assemblée devient un lieu de com-bat politique, par procuration », poursuit Bouhlel.

Ennahdha se positionne

La faiblesse du bloc de Nidaa Tounès représente, pour de nombreux observateurs, la faiblesse du parti au pouvoir et la mise à mal du président de la République. Alors qu’il avait 86 députés en 2014, le parti se fait dépasser par le bloc que composent ses démissionnaires.

Parmi les griefs que lancent ceux-ci à la direction de leur ancien parti, la mauvaise gestion et la querelle publique Hafedh-Chahed. Un appel à la dissolution de l’Assemblée a même été lancé par un des dirigeants du parti, Faouzi Elloumi, pour qui la composition au niveau des blocs parlementaires n’a plus rien à voir avec ce qui était voulu par les votes des Tunisiens.

Une mise en garde dans le même sens a été formulée par des dirigeants d’Ennahdha qui, dans une lettre adres- sée à leur leader Rached Ghannouchi, ont exprimé leurs craintes par rapport aux dysfonctionnements qui résulteraient d’une crise politique dont les répercussions ont atteint l’Assemblée.

Le mouvement Ennahdha a pris position très vite sur le conflit entre Nidaa et son ancien dirigeant à la présidence du gouvernement. C’est à travers son Majlès Choura, sorte de conclave des sages, que le parti islamique a manifesté son soutien à Youssef Chahed, un soutien conditionné mais utile à celui-ci compte tenu de la position de premier bloc parlementaire d’Ennahdha.

La condition au soutien étant le renoncement du chef du gouvernement à la présidentielle de 2019. Cet appui accordé à Chahed est à l’origine du divorce entre les deux « cheikhs », en l’occurrence Béji Caïd Essebsi et Rached Ghannouchi. Cette séparation a été annoncée par le président de la République lors de sa dernière intervention télévisée. Une séparation qu’ont niée des dirigeants d’Ennahdha, qui voient la déclaration du chef de l’État comme une énième manoeuvre politique.

Réunie les 6 et 7 octobre 2018, la Choura d’Ennahdha a insisté sur l’attachement de ses structures au consensus et à une bonne relation avec le président de la République, pour la stabilité du pays et la réussite des prochaines élections. Avec l’affaiblissement de Nidaa Tounès, c’est bien évidemment le mouvement Ennahdha qui devient ainsi le parti dominant, à l’approche des pro-chaines échéances électorales.

Un président politiquement aff aibli

Toutefois, « quand on observe l’éparpillement qu’a connu Nidaa Tounès, on constate qu’il n’y a plus un parti qui peut concurrencer Ennahdha. Les hésitations dont ce mouvement fait preuve quant à la querelle politique pourraient s’expliquer par le fait que celui-ci ne souhaite pas se retrouver dans la position du gagnant, seul », en tant que maître du jeu, interprète Chaïma Bouhlel.

Il n’en reste pas moins que le blocage perdure. Le président de la République est isolé, affaibli par la position de son parti, par l’image négative que lui inflige la présence politique de son fils et par sa non-puissance face à son filleul d’hier, un chef de gouvernement qui a décidé de lui tenir tête et qui semble gagner son bras de fer contre lui.

Quant à Youssef Chahed, même s’il n’a pas un appui assuré d’Ennahdha, il a pu bénéficier de sa part d’un facteur primordial pour gagner une bataille qui se jouera, forcément, à l’Assemblée des Représentants du peuple ; le temps de se préparer à d’autres échéances.

Nidaa redevient la deuxième force parlementaire

Le 14 octobre 2018, le parti Union Patriotique Libre (UPL) qui dispose d’un bloc parlementaire de 16 députés a annoncé son retrait du bloc de la Coalition nationale et sa fusion avec le parti Nidaa. Hasard du calendrier, le président de l’UPL, Slim Riahi, apprendra le lendemain que la chambre spécialisée dans les affaires de chèques sans provision, près du Tribunal de Première Instance de Tunis, a décidé d’abandonner les poursuites engagées contre lui.

L’arrivée à Nidaa de Slim Riahi, qui devient secrétaire général, est perçue comme un moyen pour Hafedh et Béji Caïd Essebsi de remporter leur bras de fer contre Youssef Chahed. Avec un bloc parlementaire qui revient à la deuxième position au moyen de la récente fusion, Nidaa relègue au troisième rang le bloc de la Coalition nationale, bloc considéré comme proche du chef du gouvernement.

La guerre des votes de confiance semble bel et bien entamée. Le « mercato » parlementaire n’en prendra que plus de valeur. C’est, en effet, à sa lumière que le président de la République décidera ou non de recourir à l’article 99 qui dispose que celui-ci peut demander aux Représentant du Peuple de procéder à un vote de confiance au gouvernement.

Tunisie : Combat de coqs

Municipales en Tunisie- 5 raisons pour ne pas s’abstenir

A quelques heures des élections municipales, nombreux sont les Tunisiens qui se disent déterminés à ne pas aller voter ou qui hésitent encore entre le choix, le non-choix et l’indifférence. Cette fébrilité d’avant-vote prend racine dans un contexte de désenchantement ressenti par bon nombre d’entre nous face à la progression des choses, une progression plutôt stagnante entraînée par une classe politique qui a généré autant de déceptions que les promesses qu’elle avait faites. Les promesses électorales n’engageant que ceux qui y ont cru, nombreux sont ceux ne voulant donc pas s’y laisser prendre deux fois.

Pourtant les enjeux sont différents  et chaque vote compte. Voilà pourquoi il faut aller voter dimanche 6 mai:

Parce que Ennahdha s’est mis en mode haut débit: Rached Ghannouchi l’a annoncé dans un rassemblement populaire dans lequel il a exhorté les présents à voter pour son parti: Du wifi pour tous en Tunisie!… Ah non, pas pour tous! Juste pour les régions où Ennahdha sera gagnante. Ghannouchi annonce, sans gêne, pouvoir réaliser cette promesse grâce au « ministre nahdhaoui » (l’expression est bien de lui) des TIC. Etant au gouvernement, Maarouf n’est-il pas au service de tout le pays? Non, sur ce dossier il serait visiblement juste au service d’Ennahdha. La promesse de Rached Ghannouchi en dit long sur la guerre de communication dans laquelle le parti de ce dernier bat à plates coutures ses alliés et concurrents. Pour se démarquer des crédules et pour faire le contrepoids par rapport aux conquis d’avance, si l’on a des penchants autres que pour le populisme- fut-il des plus rusés- , c’est le moment de l’exprimer, bulletin à l’appui!

Parce que la guerre digitale se remet en marche: La manipulation des masses se fait désormais sur les réseaux sociaux et ne se réduit pas au simple travail de terrain. C’est dans la sphère du virtuel que l’on oriente, influe et se permet les propagandes les plus nauséabondes. En cette avant-élections, les pages achetées se réactivent, les vendus de la veille se remettent en fonction. Un air d’appel au vote utile avec une impression de déjà vu. Tout est bon, sur la voie des élections, pour achalander les passants et aguicher les  mémoires courtes. Le choix de la sanction par rapport à ceux qui ont déçu se dit, pour être effectif. Autrement, il correspond à une place cédée à ceux que l’on voulait priver de sa voix.

Parce qu’il y a des personnes honnêtes à encourager: Plusieurs listes indépendantes sont la preuve de l’engagement de nombreux Tunisiens qui ont envie de faire partie intégrante du changement dans leurs quartiers et dans leurs régions, pour la Tunisie. Ceux-là ont choisi d’affronter les puissantes machines des partis et se sont aventurés à les concurrencer et à conquérir les électeurs, avec nettement moins de moyens. Nous avons tous- ou presque-, un nom qui nous est bien connu , sur une de ces listes. Parce qu’il y a de bonnes volontés dans plusieurs de ces initiatives, ne pas manquer le 6 mai est un retour d’égard: c’est une manière de répondre à ces promesses de disponibilité pour la collectivité par une disponibilité de durée très courte, moins contraignante, mais ô combien symbolique.

Parce que dans certaines municipalités importantes le vote est déterminant: La mobilisation est requise. Il n’en découle pas que des choix spécifiques aux zones concernées, mais des enjeux politiques importants. La municipalité de Tunis, à titre d’exemple, serait une bonne clé de démarcation pour Ennahdha qui a choisi d’y faire représenter une femme, Souad Abderrahim. L’on commence à lire des titres vantant les mérites de pareil choix. Certains pensent, en revanche, que, si celui-ci aboutit, ce serait un fait marquant mais ce serait surtout un palier capital de franchi, pour ceux qui ont choisi la politique des étapes. Parce que l’on doit être conscient des conséquences politiques, il ne faut pas sous-estimer la capacité de changement de trajectoire dont est pourvu chaque bulletin glissé dans l’urne.

Parce que la citoyenneté est un devoir et que le silence est un manquement au devoir: Pour que la Tunisie puisse en arriver là, démocratiquement, il y en a qui ont payé de leur vie notre accès à nos droits. Le vote est un de ces droits acquis dans la douleur, il est, de ce fait, un devoir immanquable. La démocratie, en Tunisie, est sur sa lancée, mais a besoin de notre implication à tous, du moins lors des grandes échéances. La démocratie se mérite et notre vote-action est une manière de l’entretenir.

Qui n’a pas vu les paysages de désolation qui jonchent nos rues et ruelles? Qui ne s’est pas aperçu de la décrépitude dans laquelle sombrent nos quartiers? Qui n’a pas envie de croire en un changement vers le meilleur? Si l’on devait y croire un seul jour, ce serait celui-ci: le 6 mai! Nos voix sont déterminantes, les taire est une lâcheté. Choisissons la citoyenneté active!

 

Belaid 5 ans après

Il y a 5 ans, mourait l’homme et naissait un symbole. 5 ans en lesquels nous avons tissé notre propre rapport avec l’Histoire. Nous avons, d’une manière plus inclusive, vécu notre appartenance à notre pays. En a résulté une relation autre avec la patrie, une relation nouvelle pour la génération qui vivait les fêtes nationales comme de simples jours fériés.
Nous avons vu de grands hommes connaître l’immortalité des icônes, nous avons vécu leurs sacrifices, connu, grâce à eux, les grandes émotions qui en découlent. 


En cette période transitoire qui se poursuit, l’édifice national continue de se construire. Nos martyrs contemporains en sont la pierre angulaire. Quelle chance pour nous autres d’être à la fois dans le présent et dans l’Histoire. De grands hommes ont rendu cela possible. Notre rôle à nous est de traduire notre redevabilité en devoir de mémoire… Pour que rien ne soit oublié!

Quand Jebali et Gibran nous font réfléchir en dehors de la bulle

Le Fou de Gibran, le Fou de Jebali, les deux oeuvres se superposent dans une forme de complétude, trois soirées durant, à El Teatro de Tunis (12, 13 et 14 avril). Cette pièce qui a été jouée sur plusieurs scènes étrangères depuis 2001 (et qui en est, après des représentations en 2008, à sa troisième vie de scène) a fait revivre un texte chargé de sens et de symboliques.

Quatre acteurs (et danseurs), un décor minimaliste, des prouesses technologiques, une projection, un sous-titrage en anglais et en français et une musique épousant le tout et donnant une atmosphère particulière.

Le temps est celui de l’infinie perception qu’en a l’être. Le lieu est les tréfonds de cet être, sa conscience, son inconscient, sa réflexion et sa perception de l’altérité et par elle.

Drôle de voyage qu’entreprend Jebali et qu’illustre un jeu d’acteur représentant, par les mouvements du corps, l’intonation de la voix et par la parole, les pérégrinations d’un esprit « fou ».

Fou pour avoir perdu ses masques et découvert le soleil. La raison est ainsi dite et la suite détaille les sentiments profonds de celui qui vit pleinement l’évolution de ses sentiments. Sa tristesse et ses joies, sa peur et sa satisfaction, sa sociabilité et son isolement, la pièce en est l’incarnation et les personnages l’audacieuse interprétation.

« Vous avez votre idéologie et j’ai la mienne », la sagesse de ce Fou s’illustre par nombre de divergences donnant sa particularité à cet être innommable. Son décalage au groupe, son anticonformisme idéologique est ce grain de folie qui a germé et qui éclot sur scène et prend voix.

Des corps en transe illustrent ce désarroi assumé, cette différence portée comme une anomalie bénéfique. A bas la vision binaire des choses et des êtres, à bas le manichéisme et ses valeurs pas si dichotomiques, à bas les stéréotypes et les clichés, le regard galvaudé et le monde du « Tous comme moi! ». Prométhéen comme projet de ré-appréhension de l’univers et de l’humain. Le feu arrivant sur scène plus d’une fois, est cette lueur mythologique dérobée aux dieux et portée par l’homme pour mieux l’éclairer, comme les voix lisant le texte de Gibran éclairent le spectateur.

La différence, le Fou de Gibran la cultive dans le texte et Jebali l’accueille dans un monde restreint comme l’intériorité de l’être, grand comme l’Humanité. Un microcosme obsessionnel rappelant Jung et ses théories de persona, la multitude du soi et le besoin d’être unique dans un monde prônant l’unicité du conformisme aux codes « communs ».

C’est cela la sagesse du Fou. Une pièce poussant à réfléchir en dehors de la bulle.

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Nagdh n’est plus martyr ou la débâcle du système

Monsieur le Président,

Nous avions appris, le 18 octobre 2012, que le débat des idées (ou plutôt son absence) se faisait suppléer par les coups, que l’intolérance pouvait finir en meurtre et que la différence d’idées pouvait être un motif de violence et d’assassinat. Nous avons appris, hier 14 novembre 2016, que lyncher une personne jusqu’à la voir mourir sous les coups ne pouvait donner lieu qu’à un non-lieu.

Nagdh, vous connaissez ce nom, Monsieur le Président. Vous l’aviez tant de fois répété, lors de votre campagne électorale. Son lynchage a été évoqué beaucoup de fois par les leaders de votre parti. Et même si Nidaa aujourd’hui n’est presque plus, le souvenir de ces répliques parfaitement politiques ne peut que résonner amèrement dans les oreilles de ceux qui avaient cru, non pas en votre parti seulement, mais en un idéal politique où la justice seule pouvait régir les différences transformées en différends mortels.

Vous disiez, il y a de cela quatre ans, quand vous étiez de l’autre côté de la force qu’est le pouvoir, que Lotfi Nagdh a été assassiné, à ceux qui évoquaient la thèse de la mort par crise cardiaque, vous criiez qu’il s’agissait de mensonges et de calomnies. Aujourd’hui que vous êtes au pouvoir, ce faible de tous les politiciens, comment pouvez-vous admettre qu’un non-lieu soit prononcé quand vous disiez, il n’y a pas si longtemps que cela, qu’il y a mort d’homme? Peut-être êtes-vous, comme nous, ce matin, dégoûté par ce à quoi a abouti le système, vous qui êtes dedans, désormais.

La justice est indépendante. Oui, cela est vrai et qui d’entre nous ne le souhaiterait pas. La justice a dit son dernier mot après plusieurs reports. Mais comment compteriez-vous expliquer aux petits Nagdh que, devant un pupitre vous ayez enflammé la scène politique en encensant de prétendus coupables, vos ennemis politiques de l’époque en l’occurrence, et qu’aujourd’hui, des hauteurs de Carthage, vous puissiez accepter la fatalité d’une justice injuste au regard de ceux qui ont cru en vous et de beaucoup d’autres.

Comment expliquera votre parti à cette veuve dont il a fait une égérie de campagne que le mot martyr ne collera plus à celui de son défunt époux. Ce non -lieu est censé l’en priver, du point de vue de la justice. Et si les autres dossiers similaires en cours se soldaient avec la même amertume, comment l’expliqueriez-vous à Majdouline et aux veuves Belaid et Brahmi, celles que vous avez saluées, honorées, fait monter sur le podium le jour de votre victoire, un peu comme une revanche au regard de vos détracteurs, un peu comme une promesse à l’égard de ceux qui attendent encore que justice soit faite après des assassinats vécus comme des deuils nationaux?

Monsieur le Président,

Cela ne doit pas être facile de se voir acculer à l’impuissance quant à la justice, quand, à l’injustice, celle-ci aboutit. Cela est aussi dur que ne l’est ce sentiment de dépit pour ceux qui voient aujourd’hui, avec du recul, que l’instrumentalisation politique des deuils des autres ne peut faire que des désabusés. Et quand ceux-là sont des petits orphelins, une veuve, des frères et soeurs, des parents et amis de personnes que la mort a frappées, par préméditation ou par accident, l’on ne peut que se refuser à l’acceptation.

A nos martyrs d’après révolution, la mort a épargné la désolation de voir que des parties ont fait de leur sang des slogans politiques. La survie de leur souvenir, quels que soient les verdicts, nous rappelle, nous autres concitoyens, que la reconnaissance de la patrie à ses hommes, quand elle se monnaie en voix électorales, pervertit leur souvenir et tâche de sang les victoires qui en résultent.

Monsieur le Président,

L’injustice des hommes peut s’oublier avec le temps, celle de la justice ne peut que remuer le couteau dans la plaie et faire saigner des coeurs blessés face au désolant spectacle d’une patrie se débattant encore, des années après, contre le spectre du passé. Quelle justice transitionnelle peut-elle réparer des maux passés quand le mal se poursuit et affecte tout un pays?

En visionnant de nouveau, ce matin, votre discours de l’époque, cravate noire et regard fermé, parlant du premier martyr de votre parti, l’on ne peut que réaliser ce que les consensus contre-nature sont douloureux des fois et ce que le sentiment de dépit peut être national (si l’on excepte ceux qui narguent veuve et orphelins en affichant, sur photo, leur bonheur face à ce verdict).

L’on ne veut pas au final, Monsieur le Président, comme ceux-là nous ont nargués, vous narguer à notre tour, nous ne voulons pas que des personnes soient jugées d’une manière injuste, si crime il n’y a pas eu, mais nous ne voulons pas non plus que des innocents voient leur père mourir deux fois pour avoir cru en un parti qui a été le vôtre le temps d’un accès au pouvoir, cela les tuera de voir que les desseins politiques ont chargé la mort de leur père d’une utilité à usage unique et en a fait, au final, un dossier poussiéreux classé parmi les dossiers de ceux que le destin, ce coupable d’office, frappe et que la justice et les hommes assassinent une deuxième fois.

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Attentat de Nice: Il est temps de s’unir et de passer à l’action

L’horreur a frappé à Nice, dans la nuit du 14 juillet. Un soir de fête qui a tourné au drame. Près de 80 personnes décédées et plusieurs dizaines de blessés. Une solidarité internationale a été exprimée.

Du côté tunisien, les réseaux sociaux se sont enflammés à l’annonce de la catastrophe. Les officiels ont pris position dès le lendemain du drame et les avis quoique convergents ont concordé autour d’une empathie transcendante.

Il faut dire que les Tunisiens sont concernés à plus d’un égard. La terreur qu’a connue la France hier nous l’avions connue. La bêtise humaine nous avait été mortelle aussi lorsque le fanatisme religieux s’est muté en bête immonde et tueuse. Nous avons connu, ici, les affres de l’extrémisme.

Nous en souffrons, en latence, en étant presque prêts, continuellement, à accueillir les mauvaises nouvelles qui en résultent (de manière professionnelle pour ceux qui travaillent dans la sécurité, dans le domaine de la santé ou même dans le traitement de l’information).

Nous espérons tout aussi continuellement que cela ne se reproduise plus alors qu’une partie de nous-mêmes nous dit que cela ne cessera pas de sitôt. Pas tant que nous n’aurions traité que les symptômes et géré que le préventif.

Point de salut, foncièrement, tant que nous sommes dans la réaction et non dans l’action. Et le « nous » n’est cette fois pas que tunisien. Il est international.

L’hydre tueuse s’est étendue à travers les continents. Elle est omniprésente, partout, et se manifeste à chaque fois qu’une faille se dresse. Et les failles sont sans nombre; en attestent le changement de mode opératoire faisant utiliser bombes, armes à feu, camion… Le tout pour accomplir une mission dictée par une folie meurtrière autour d’un « certain » zèle.

Tant que Dieu n’a pas raisonné ses fous, l’homme peut-il agir? Il ne s’agit en effet plus de gérer à des échelles nationales le terrorisme et ses potentielles attaques, il ne s’agit plus de mettre des plans de protection, de leur donner des noms sophistiqués, de protéger ses frontières, d’installer des portiques de sécurité… Le terrorisme a une étendue virtuelle à l’échelle de la sphère virtuelle de son champ d’endoctrinement. Il est partout et n’a ni visage typique, ni couleur de peau, ni langue unique, ni origine.

Oui, lorsque les informations relatives à l’identité du tueur ont commencé à circuler, j’ai parcouru articles et dépêches du regard en espérant que le mot « Tunisien » n’y soit pas. J’avoue avoir espéré que mon pays évite les amalgames, que son nom cesse d’être mêlé à l’horreur que la majorité de mes compatriotes refusent. J’avoue avoir espéré voir une toute autre nationalité à la place du fatidique « tunisien ».

La quête d’identification et d’appartenance a amené les plus paumés à ne se reconnaitre qu’en cette origine pseudo musulmane extrême, à vivre dans des pays dont ils renient les valeurs de tolérance et de fraternité et à instrumentaliser la liberté au profit de leurs desseins mortels.

Des sociologues devront se pencher sur cette question pour envisager un salut pour les descendants à venir de générations frustrées.

Car l’extrémisme se pratique à l’échelle familiale, s’entretient dans des lieux de culte, se développe sur les réseaux sociaux et s’inculque dès le jeune âge, un peu comme les maladies contagieuses dont les germes touchent le corps mais ne se manifestent qu’après coup.

Le terrorisme est devenu soluble dans l’air; il n’a pas de nationalité. Ses victimes, non plus.

Au nom du tragiquement vrai « ça n’arrive pas qu’aux autres », le massacre d’hier est un coup porté à l’humanité entière. Car derrière chaque mort, une histoire, une famille, des parents, des maris, des épouses, des enfants, des cousins, des amis, des collègues, des voisins, et des souvenirs entachés d’un sang innocent qui a coulé au nom d’une folie meurtrière prenant Dieu pour alibi.

L’heure est à la solidarité, oui, mais l’heure est aussi à l’union des forces pour combattre une gangrène devenue mondiale. Notre méfiance les uns des autres ne servira qu’à nous isoler tous et à nous rendre plus vulnérables en raison de la mobilité des personnes et des idées.

Les amalgames n’ont généré que l’exclusion (ou le sentiment d’en être victime, des fois), l’exclusion a généré la frustration et la frustration a généré l’horreur.

Il nous faut changer pour que se rompe le cercle vicieux. Il nous faut changer de réactions, changer celles-ci en actions internationales et faire de la solidarité virtuelle de nos peuples, des plus éclairés de nos peuples, une arme contre une bêtise dont le champ d’influence n’est pas défini géographiquement. Il nous faut tous, et ensemble, combattre cette bêtise sans foi que les lois les plus sévères ne pourront, seules, annihiler.

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Le Brexit et nous

L’on s’est réveillés, ce vendredi 24 juin, sur une nouvelle qui n’en finira pas de bouleverser le monde. Brexit, les eurosceptiques ont eu gain de cause. Les Britanniques ont dit leur mot et leur mot était des moins prévisibles, les sondages d’opinion ayant été très loin d’anticiper pareille tendance.

Frilosité internationale. Mais, en Tunisie, on se frotte les mains en pensant dinar.

C’est que notre monnaie en baisse vertigineuse depuis un certain temps y gagnerait. Elle y gagnerait non pas en s’appréciant davantage mais en se dépréciant moins. Les bourses ont, en effet, enregistré des baisses notables et l’Euro ne cesse de dégringoler.

Il y a incontestablement à gagner dans ce divorce européen. Nous pouvons ramasser quelques débris des pots cassés. Mais voulons-nous vraiment de cela ? La baisse qu’enregistra l’euro, le dollar ne la connaitra pas. Les gains ne sont donc pas si grands que ça pour s’extasier, convier les experts sur les plateaux et évoquer joyeusement l’impact positif du Brexit sur la Tunisie.

Car l’impact sur la Tunisie sera indirect, dans un premier temps. Mais, outre l’aspect monétaire, les accords conclus avec la Grande Bretagne seront probablement revus. Le pays du « leave » va devoir, en effet, revoir tous ses accords conclus sous l’égide de l’UE (selon l’accord d’association). Il devra renégocier ses traités commerciaux dont ceux conclus avec la Tunisie et d’autres pays africains. Il peut donc y avoir du changement, même si la Grande Bretagne n’est pas un partenaire de taille pour la Tunisie.

La crise qu’engendrera le Brexit aura un effet boomerang qui commence à se faire sentir, à quelques heures de l’annonce des résultats du vote. D’un point de vue géostratégique, le monde ne sera plus le même.

Le Royaume-Uni est en marche de connaître une mutation de taille, si le Brexit finit par le faire désintégrer. Du côté de l’Ecosse et de l’Irlande, on réclame, en effet, l’indépendance et le schisme risque de ne pas être qu’au niveau des choix. Du côté d’autres pays où les eurosceptiques sont amenés à dire leur mot également, le risque de désunion européenne est imminent et l’effet domino fortement envisagé.

L’Europe est en train de vivre un deuxième Sykes_Picot, sur ses terres cette fois-ci ; non pas selon la carte des intérêts mais selon celle du désintérêt pour un projet ne correspondant plus à une tendance sociologique générale. Ce repli sur soi se comprend au vu de la montée du nationalisme dans plusieurs pays d’Europe. Y ont été explorées les limites de la prospérité économique espérée et les affres des politiques d’austérité.

Dans pareil contexte, l’Allemagne sera en position de force politique et économique (la Bourse de Frankfurt pressentie pour suppléer celle de Londres qui risque de perdre toute attractivité). Quant au Royaume-Uni, il faudra qu’il se cherche un allié pour les jours difficiles qui l’attendent. Le camp américain, selon plusieurs observateurs, en sera le premier.

C’est ce que le peuple a décidé, c’est ce que la démocratie a voulu. Le monde ne fera qu’observer et subir.

En Tunisie, a-t-on envisagé pareil retournement de situation ? On le devrait, si ce n’est pas déjà fait. Nous devons appréhender de nouveau et au bon moment l’ami britannique. Le démarcher, négocier avec lui, en tant qu’entité nouvelle et non partie intégrante d’un tout, une entité qui risque de perdre son rôle de leader économique et celui de puissance parmi les puissances de la scène politique internationale.

Le contexte de récession générale impactera inévitablement des pays loin du contexte européen. Les soubresauts politiques et sociaux susceptibles d’en découler mettront à mal la stabilité d’un monde déjà déboussolé.

Il nous faudra deux ans pour observer ces mutations, le temps que la décision soit englobée et ses retombées entièrement cernées. Du côté tunisien, a-t-on réfléchi à l’impact de cette crise interne au sein de l’UE, s’est-on préparé pour négocier autrement nos accords, a-t-on pensé au contexte de crise générale et à la manière dont nous pouvions nous en mettre à l’abri ?

Une étude aurait été menée au niveau du ministère tunisien des Affaires étrangères, une étude globale, comme le ministère en fait souvent en pareilles circonstances et qui, on l’espère, ne finira pas au fond d’un tiroir rempli de documents similaires. Mais la communication entre les différents départements n’a jamais été notre fort.

Du côté des politiciens, la question ne se pose même pas. Nos hommes politiques ont du mal à envisager une stratégie à court terme pour gérer leurs problèmes internes. Ceux qui sont au pouvoir sont du mauvais côté de la force, pour la majorité. Celle qui tire vers le bas ou loin de l’essentiel.

Nous sommes dans un monde qui ne se vit plus sans stratégie. Pourvu que les décideurs le comprennent ! « Gouverner, c’est prévoir », écrivait le journaliste et politicien Emile de Girardin, message que n’auront compris, vraisemblablement, que ceux qui prévoient de nous gouverner.

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Journaliste de France 2 a interrogé le président Nazarbaïev sur l’affaire de corruption

Lors de la conference conjointe France kazakhstan, un journaliste de France 2 a interrogé le président Nazarbaïev sur l’affaire de corruption dans laquelle il est impliqué. Le président kazakh a répondu à la question embarrassante à côté d’un françois Hollande quelque peu gêné mais ne répliquant d’ aucune manière. Hier fait similaire chez nous. Le malheureux et détestable Mokdad a eu ce qu’il voulait: une heure de gloire parmi les siens, un buzz parmi ceux nombreux qui ne le supportent pas et la preuve que la liberté d’expression n’est belle à voir que chez les autres. La « leçon de journalisme » (on l apprlle ainsi ailleurs) devient sur nos terres audace excessive, goujaterie et synonyme d’incidents diplomatiques.