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Diplomate, un métier à risque

La diplomatie dans les pays à risque n’est pas aisée à définir. C’est que l’information n’est pas clairement établie pour que puisse y accéder celui qui la cherche. Contrairement à d’autres pays où des consignes évidentes sont disponibles sur les sites internet des ministères des Affaires étrangères pour que soit préservée la sécurité de leurs ressortissants, le ministère des Affaires étrangères tunisien, ne publie pas une liste de ces pays où un Tunisien risquerait sa vie et où une représentation diplomatique serait menacée pour la sécurité de ses membres.

« Nous traitons au cas par cas et publions des communiqués diffusés sur la page Facebook du ministère dès que le besoin s’en ressent », nous expliquera Mokhtar Chaouachi, porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Pourtant, dans certains pays où la stabilité est mise en péril, des missions diplomatiques tunisiennes continuent à travailler, à assurer le relais auprès des Tunisiens y résidant et à représenter la Tunisie auprès du pays d’accueil. En Irak, en Libye ou en Syrie, dans une occurrence quelques peu différente, nos diplomates et autres agents d’ambassades travaillent dans des conditions difficiles sous une menace constante rendue plus perceptible depuis l’enlèvement d’un employé local et du premier secrétaire de l’ambassade de Tunisie en Libye.

L’enlèvement de Laâroussi Gantassi et de Mohamed ben Cheikh a rendu plus concret le danger qu’encourent nos diplomates dans certains pays en proie à l’instabilité politique. Cette expérience vécue sous un mode traumatisant par les concernés, l’est visiblement tout autant pour l’ambassadeur lui-même. Ridha Boukadi a, en effet, déclaré quelques temps après la libération des otages tunisiens, qu’il ne voulait plus revenir à son poste parce qu’il craignait pour sa vie. Celui qui avait directement négocié avec les islamistes ayant enlevé ses subordonnés a, désormais, peur d’en être la cible. L’ambassade tunisienne en Libye, là où vivent des milliers de Tunisiens, restera sans ambassadeur. La mission diplomatique a été rapatriée et l’ambassade fermée. Le personnel consulaire à Benghazi et à Tripoli assurera, jusqu’à nouvel ordre, le strict minimum en matière de services proposés aux Tunisiens de Libye. « La Libye est un pays important pour la Tunisie où résident plusieurs Tunisiens avec qui l’échange économique est très important. Nous sommes très attentifs à la situation sécuritaire dans ce pays et nous veillerons à ce que notre ambassade rouvre ses portes dès que le calme y sera retrouvé », nous précise M. Chaouachi.

Quant à l’Iraq, autre pays où la vie n’est pas aussi tranquille qu’on pourrait l’espérer, la Tunisie y avait bon espoir. Notre office de l’Aviation civile et des Aéroports ainsi que la compagnie aérienne nationale avaient contribué à l’ouverture d’un bureau à Erbil afin d’assurer un regain d’intérêt des voyageurs vers l’une et l’autre destination. Les derniers événements politiques et sécuritaires ont achevé cet espoir de collaboration jugé précaire, pour certains observateurs. La liaison aérienne entre les deux pays après un vol inaugural qui ne présageait pour beaucoup rien d’intéressant a été suspendue jusqu’à nouvel ordre. Quant à nos diplomates, ils ont quitté ce pays depuis un moment déjà. N’est resté sur place qu’un agent consulaire pour répondre aux demandes des 250 Tunisiens installés en Iraq.

Pour ce qui est de la Syrie, Moncef Marzouki a résolu le problème, au cas où problème il y aurait eu. Le président de la République a, en effet, ordonné la fermeture de notre ambassade à la suite de ce qu’il percevait alors comme une dictature exercée sur le peuple syrien par son président. En décidant d’une manière aussi catégorique qu’impromptue de rompre officiellement avec le système Al Assad, M. Marzouki a laissé dans l’embarras des citoyens tunisiens habitant la Syrie et ayant forcément besoin, en temps normal, de services consulaires « ordinaires » et en temps de guerre, du soutien censé être indéfectible de leur pays à travers ceux qui le représentent. Un bureau a, toutefois, été ouvert récemment en Syrie. Il est géré par une équipe partie, depuis quelques semaines, gérer les besoins restés en suspens de Tunisiens habitant le pays.

« Quand en Ukraine, il y a eu les récents bouleversements politiques, nous avons travaillé d’arrache-pied, à travers notre bureau basé en Russie, pour que la colonie tunisienne, en majorité étudiante, puisse être en sécurité », indique M. Chaouachi. Le ministère des Affaires étrangères agit de même dès qu’un risque se présente dans un pays où des Tunisiens résideraient. « Que le risque soit d’ordre sécuritaire et quelque peu envisageable ou qu’il s’agisse de catastrophes naturelles que l’on ne peut anticiper, nous faisons de notre mieux pour agir à temps et autant que possible se peut pour garantir la sécurité des Tunisiens à travers le monde, c’est notre rôle ! », explique notre interlocuteur.

Dans les quatre coins du monde, des Tunisiens assurent pour leurs concitoyens qui ont fait le choix de l’immigration des services en apparence futiles. Ils assurent pour la Tunisie un service utile, consistant à représenter la Tunisie quelle que soit les conditions de vie et de travail. Diplomate s’avère ainsi être, dans certaines conditions, un métier à risque loin de l’idée que l’on peut avoir de ce métier d’un genre différent. C’est une des raisons pour lesquelles le ministère entend proposer pour les composantes de ce corps de métier et surtout celles nouvellement affectées, des formations en matière de sécurité et de défense. Un séminaire a eu lieu, à cet effet, la semaine dernière afin de sensibiliser les diplomates aux dangers qu’ils encourent et aux manières de s’y opposer. Quant à la sécurité au quotidien, elle est, dans certains cas, assurée par des agents détachés du ministère de l’Intérieur, en nombre peu important, relèveront certains observateurs avisés alertés notamment par le manque d’efficacité de pareille procédure quand il y a eu des kidnappings en Libye.

Outre cette période difficile marquée par la montée du terrorisme, la Tunisie connaît une crise au sein même de sa diplomatie. Notre pays qui définit sa politique étrangère comme basée sur la volonté de « renforcer les conditions d’entente, de tolérance et de solidarité entre les Etats et les peuples » n’a pas de litiges particuliers, en matière de relations internationales. Il a, cependant, des litiges internes qui paralysent, depuis des mois, le mouvement prévu dans le cadre du corps diplomatique.

Diplomate, ne doit pas être perçu non plus comme un métier facile par les diplomates étrangers vivant et travaillant en Tunisie. Suite aux nombreux actes terroristes secouant la Tunisie depuis trois ans, certaines missions diplomatiques étrangères ont revu à la baisse leurs effectifs, d’autres ont mis en place des systèmes de communication avec leurs ressortissants afin de les avertir des potentiels dangers, toutes ou presque n’hésitent pas à alerter les leurs dès qu’un malheur se présente, leur déconseillant, ainsi, de se rendre là où l’horreur a frappé ou risquerait de le faire. Pour des diplomates qui enchaînent les cocktails avec notre élite et les rencontres avec nos politiciens, un pays à risque, notre pays en devient aussi un.

Diplomatie tunisienne, un mal-être qui s’aggrave

S’il est un ministère qui a pâti après la révolution d’une mauvaise image liée, essentiellement, à l’intrusion du politique dans le diplomatique, c’est le ministère des Affaires étrangères. La nomination à sa tête de Rafik Abdesselem, gendre du leader islamiste Rached Ghannouchi, puis ses déboires judiciaires, ont marqué un passage de la diplomatie rigoureuse à une diplomatie contestable et contestée. Les intrusions de Moncef Marzouki n’ont fait qu’accentuer le trait d’une politique étrangère, étrangère aux codes en vigueur.

La diplomatie tunisienne a commencé à connaître ses premiers déboires, aux lendemains des élections, lorsque le temps était venu pour partager le gâteau et en distribuer les parts. Par complaisance, par proximité idéologique ou appartenance partisane apparente ou camouflée, les postes au sein des représentations diplomatiques ont été distribués. Les plus attrayants ont été partagés entre les membres de la Troïka au pouvoir.

Ces nominations politiques ont suscité de nombreux remous et, pourtant, rien ne semble changer. C’est qu’un bras de fer s’est opéré, depuis peu, entre les deux présidences, celle du gouvernement et celle de la République. La première ayant promis de faire en sorte que cela soit révisé au plus vite et la deuxième s’entêtant pour que tout cela soit maintenu en l’état. Entre les deux, Mongi Hamdi, ministre des Affaires étrangères doit jouer, péniblement, aux intermédiaires. Moncef Marzouki refuse, selon des sources diplomatiques, que soient révisées les nominations politiques parmi nos représentations consulaires. En attendant, la préparation d’un mouvement prévu avant la rentrée reste en suspens, « otage de l’entêtement présidentiel », nous dit-on au ministère.

Malgré des défaillances de taille, aucune sanction n’atteindra ces ambassadeurs. Adel Fekih avait tout de même commis un impair pour lequel des mesures devaient être prises. A cause d’une négligence de sa part, son supérieur hiérarchique, Mongi Hamdi, ministre des Affaires étrangères a été mal accueilli en France, malgré son statut et le passeport diplomatique qu’il a présenté. Celui qu’on sait proche d’Ettakattol a, semble-t-il, bénéficié du soutien de Mustapha Ben Jaâfar, secrétaire général du parti et président de l’ANC. L’incident est passé sous silence, sans que les autorités françaises ne réagissent. Cela n’a pas été le cas du ministre marocain des Affaires étrangères ayant eu le même traitement de la part des autorités françaises et qui a, lui, bénéficié d’excuses officielles de la France.

Quant aux erreurs de l’ambassadeur de Tunisie en Libye, réputé proche d’Ennahdha, ce sont deux Tunisiens kidnappés par des milices libyennes qui en paient le prix. Selon nos sources au sein du ministère des Affaires étrangères, celui-ci n’a cessé d’être rassurant quant à la sécurité de ses subordonnés. Prétendant, à chaque fois, avoir la situation sous contrôle, ledit ambassadeur avait pourtant affecté des membres du personnel de sécurité détachés du ministère de l’Intérieur à d’autres tâches. Un premier kidnapping a touché le personnel de l’ambassade : le 21 mars 2014, c’est Ahmed Ben Cheikh, employé local qui sera enlevé par des ravisseurs. Ces mêmes ravisseurs  enlèveront aussi Laâroussi Gantassi, diplomate et second de l’ambassade tunisienne en Libye, le 17 avril 2014. Malgré les négociations, les deux otages tunisiens ne sont, jusqu’à ce jour, pas libérés. Mais l’ambassadeur tunisien dit encore avoir, à travers ses contacts sur place, de quoi agir en faveur d’une libération qui peine à venir.

La situation actuelle en Libye, et le semblant de guerre en devenir qui s’y amorce n’a pas arrangé les choses. A Benghazi, comme ailleurs, la sécurité demeure nulle, et nos diplomates sur place sont on ne peut plus exposés, sans un effort particulier pour que soit garantie leur sécurité.

Selon certains observateurs, les personnes nommées à la direction de représentations diplomatiques tunisiennes doivent être rappelées avant les élections. Chafik Sarsar, a relevé ce point, lors de sa rencontre en date du 20 mai 2014 avec Mongi Hamdi, ministre des Affaires étrangères. Le maintien de telles personnes en poste met, selon le président de l’ISIE, en péril le déroulement des élections à l’étranger. Doit-on mettre en péril l’avenir politique du pays par complaisance partisane? Telle est la question qu’on se pose au ministère des Affaires étrangères, un ministère où des compétences sont acculées à attendre que soient rappelés ceux qu’ils voient comme des intrus dans la diplomatie, un domaine où l’on doit gravir les échelons, en y gagnant en compétence, pour mériter des postes à la tête des ambassades.

Outre les nominations politiques que Moncef Marzouki refuserait de réviser, il en est d’autres que celui-ci voudrait imposer. Suscitent donc une polémique des noms comme Khaled Ben Mbarek, proche du CPR, et proposé par le président de la République (dont il a été le conseiller), pour le poste d’ambassadeur à Berne ou encore Abderrazek Kilani, réputé proche d’Ennhahda et nommé depuis 2013, ambassadeur représentant permanent de la Tunisie auprès de l’Office des Nations unies à Genève, ou encore celui de Mohamed Hnid, qui passerait de conseiller de Moncef Marzouki au poste d’ambassadeur de la Tunisie à l’Unesco.
Dernièrement, c’est le nom de Adnane Mansar, actuel conseiller à la présidence de la république, qui aurait été proposé « avec insistance » au poste de secrétaire général de l’Union du Maghreb arabe (UMA), en remplacement de Habib Ben Yahia. Mais les partenaires de la Tunisie rejetteraient cette proposition. « La Tunisie est en train de perdre des postes diplomatiques à cause du mauvais choix des candidats », nous avoue, sur un ton amer, un diplomate.

Les relations étrangères tunisiennes pâtissent également d’impairs commis par la présidence de la République et prenant la forme de déclarations non pesées et de décisions impulsives. La fermeture de l’ambassade tunisienne en Syrie et l’isolement qui en a résulté pour une colonie tunisienne délaissée par son pays en est un exemple. Le prouve, également, la déclaration faite en Algérie par Moncef Marzouki. En attestent l’intrusion de celui-ci dans les affaires égyptiennes et le rappel de l’ambassadeur égyptien (suite à l’appel de Moncef Marzouki à la libération du leader islamiste, Mohamed Morsi). Le confirme la décision de rappel de l’ambassadeur des Emirats arabe Unis en Tunisie, le 27 septembre 2013 (suite aux mêmes propos prononcés lors de la 68 ème session de l’Assemblée générale des Nations Unies). Les dernières positions déclarées quant au soutien exprimé par Moncef Marzouki « au peuple libyen contre toutes les agressions orientées vers ses institutions », exprimée à Nouri Bousahmein, président du congrès national général libyen, a déplu à beaucoup, de part son manque de tact quant aux incidents libyens, incidents graves et aux débouchées encore incertaines. Un des premiers à avoir réagi est le ministre des Affaires étrangères Mongi Hamdi. Celui-ci a relevé, d’une manière diplomatique, l’écart à la norme opéré par un président de la République qui a omis que la Tunisie doit suivre « la position de la neutralité positive ». «La diplomatie tunisienne ne tentera pas d’intervenir dans les affaires internes du voisin libyen », a-t-il ajouté.

« La Tunisie a toujours eu des principes, en ce qui concerne le volet diplomatique. Elle ne s’en écartera point », a déclaré le ministre des Affaires étrangères à la presse récemment. Il a, cependant, omis que la diplomatie tunisienne est, désormais, un des terrains où s’exercent les caprices des nouveaux gouvernants. Objet de convoitises de part les hauts postes qui, à travers elle,  s’acquièrent, la diplomatie tunisienne peine, depuis la révolution, à reprendre son souffle. C’est Mehdi Jomâa, qui après son investiture, a entamé une démarche reconstructive pour que soit revu positivement, par plusieurs pays, le partenaire Tunisie. La diplomatie, dans sa forme « bicéphale », est ainsi tiraillée entre deux présidences. Un bras de fer qui se joue entre Moncef Marzouki et Mehdi Jomâa et qui délivrera peut-être notre politique étrangère du poids des mauvaises pratiques.

Diplomatie boiteuse et citoyens en danger

Six jours que le premier secrétaire de l’ambassade tunisienne en Libye, Laâroussi Gantassi, est kidnappé, 35 jours que l’agent de la même ambassade, Mohamed Ben Cheikh, l’est aussi. Sur la toile et côté citoyens internautes, il y a eu plus d’engouement pour le décès de l’écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez que pour le sort des deux Tunisiens aux mains de ravisseurs, à ce moment-là, inconnus. C’est qu’en apparence, l’intérêt de la blogosphère tunisienne semble porter davantage sur la littérature, sur l’écrit et ceux qui s’y sont illustrés. Une déduction qui s’avère fausse à voir la réaction du même network à la mort, un jour après, de Habib Boulaâres, écrivain de qualité dans une Tunisie visiblement très sélective.

Qu’importe ! L’intérêt posthume des Tunisiens ne rendra pas au pays ses créateurs décédés et ne saura rendre à la littérature tunisienne une gloire qu’elle a toujours peiné à avoir, même sur le plan local. L’intérêt aux Tunisiens kidnappés est, en revanche, susceptible de les ramener vivants car la mobilisation populaire peut, dans de tels cas, fonctionner comme un moyen de pression sur les ravisseurs. Oui, l’intérêt des Tunisiens s’est porté, depuis la nuit du dimanche 20 avril, sur le dossier des kidnappés, mais la manière était biaisée et pervertie. La vidéo, diffusée par les ravisseurs sur la toile a fait le buzz en Tunisie. Mais un buzz imprégné de voyeurisme et d’inconscience.

Ce qui était escompté par la diffusion de ladite vidéo a été atteint. Le partage a dû permettre de faire parvenir le message au président tunisien Moncef Marzouki, supplié par le kidnappé Mohamed Ben Cheikh, d’agir pour sa libération. Peut-être voulait-on qu’une pression populaire s’exerce sur le président, à travers des Tunisiens qui seraient touchés par les larmes du père de famille kidnappé ? C’était sans compter sur la mémoire courte du tunisien dont l’engouement n’a duré que le temps d’un partage sur Facebook. C’était sans compter sur un Moncef Marzouki habitué, désormais à la pression, aux larmes, aux supplications, aux morts et aux funérailles.

Peut-être pouvait-on compter sur notre diplomatie ? Certes celle-ci a été frappée de plein fouet par les déboires de son chef par le passé, Rafik Abdessalem, gendre du leader islamiste Rached Ghannouchi. Mais l’arrivée d’un Mongi Hamdi à sa tête récemment avait rassuré l’opinion publique, comme cela a été le cas pour d’autres ministères passés aux commandes des technocrates. C’était sans compter sur un savoir-faire, visiblement, en déperdition. « Diplomatie », un terme chargé de sens, connotant à la fois la noblesse d’un corps de métier et l’habileté dans la gestion des affaires difficiles. Le kidnapping de deux Tunisiens travaillant dans une représentation diplomatique tunisienne est une affaire difficile.

L’affaire est difficile, puisque la Libye notre voisine géographiquement, connaît depuis sa révolution un hiatus alarmant entre ses structures gouvernementales nouvellement mises en place et les milices et autres groupuscules y ayant proliféré. Les relations tuniso-libyennes sont sur un plan officiel calmes et maîtrisées. Officieusement, le terrorisme les a entachées. On évoque, à ce jour, la détention de deux libyens potentiellement impliqués dans les incidents d’Errouheya. Celle-ci serait la raison pour laquelle les ravisseurs ont opté pour le rapt des deux Tunisiens, comme moyen de réclamer la libération des leurs. Ils avaient donc, dans un premier temps, kidnappé Mohamed Ben Cheikh, qui s’est avéré être non pas un diplomate, mais un employé local au sein de l’ambassade tunisienne en Libye. Ils auraient, alors, selon des sources diplomatiques, décidé d’agir d’une manière plus virulente et donc plus remarquée, en ciblant le premier secrétaire de la même ambassade.

La Tunisie n’a pas été la seule à pâtir de tels agissements. Le meurtre de l’ambassadeur américain sur les territoires libyens, lynché par une foule en furie, en septembre 2012, est encore vif dans les pensées, tant ses retombées en termes stratégiques, ont été grandes. Il a été déterminant dans la politique libyenne et la politique des Etats-Unis vis-à-vis de celle-ci. L’ambassadeur de Jordanie avait à son tour été kidnappé, le 15 avril, soit quelques jours avant Laâroussi Gantassi. Le chef de la diplomatie jordanienne aurait été, selon Reuters, enlevé en réaction à l’emprisonnement à vie d’un libyen du nom de Mohamed Saïd Al-Doursi, condamné pour avoir tenté de faire exploser l’aéroport de Amman en 2004. Le 14 avril, c’est une employée locale de sécurité à l’ambassade des Etats-Unis à Tripoli qu’on a tenté de kidnapper. Celle-ci a pu échapper à ses ravisseurs, peu de temps après. En janvier, cinq diplomates égyptiens en fonction en Libye ont été détenus pendant deux jours par une milice libyenne dont le chef a été arrêté en Egypte.

C’est visiblement ainsi que se gèrent, désormais, les litiges libyens, depuis que le chaos a empreint la gestion du pays et de ses relations extérieures. Suite à la démission du premier ministre libyen Abdullah Al Thinni, la Libye avait annoncé, le 16 avril, que des mesures allaient être prises pour que soit renforcée la sécurité des diplomates étrangers en poste en Libye. Mais, la Tunisie, qu’avait-elle fait pour protéger les siens ? Pourquoi l’ambassadeur n’avait-il pas pris ses dispositions pour protéger ses employés ? Des sources diplomatiques nous informent que cela fait un moment que l’ambassadeur tunisien en Libye disait avoir la situation en main, à chaque fois que, de son ministère de tutelle, on lui posait la question quant aux risques encourus par les agents de notre représentation en Libye. Selon des sources diplomatiques, 12 agents de sécurité dépendant du ministère de l’Intérieur travaillent à l’ambassade tunisienne en Libye pour assurer la protection du personnel. Ces 12 agents ont, cependant, selon les mêmes sources, été affectés à des tâches administratives. La défaillance de l’ambassadeur de Tunisie en Libye est pointée du doigt. Son éventuel attachement au parti islamiste Ennahdha, l’est aussi. Le nom de Ridha Boukadi est en effet, parmi la liste des ambassadeurs au background partisan dont on voudrait se séparer.

La diplomatie tunisienne est un des secteurs qui ont été affectés par les nominations partisanes, les remous qu’elles ont suscités auprès de l’opinion publique et l’impression négative données aux pays étrangers quant à de telles pratiques. En témoignent, au vu de l’avancement des choses et de la gestion du premier cas de kidnapping puis du deuxième, le degré zéro de communication pratiquée et la gestion de crise adoptée par notre ministère des Affaires étrangères. De la part dudit ministère, les déclarations se suivent et se ressemblent. Dévoilant en partie l’avancement des négociations et la nature qu’elles prennent, on y annonce ouvertement que la Tunisie n’acceptera pas de chantage, elle sera, cependant, ô combien favorable à des changements, à plus d’un niveau !

Pensées aux Tunisiens malmenés de par le monde, sans soutien aucun ou presque.

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