Archives pour la catégorie Culture

Calder, à la Fondation Louis Vuitton : l’art de la légèreté

Taillage minutieux dans le métal, le travail de Alexander Calder investit majestueusement la Fondation Louis Vuitton. L’exposition met en espace cette pensée du mouvement, en jouant sur la circulation du regard et la perception changeante des formes.

Les 300 œuvres rassemblées retracent le parcours diversifié de l’artiste et l’évolution de ses choix artistiques. L’ensemble permet de traverser plusieurs décennies de création, des années 1920 aux années 1970, en suivant la progression d’un langage plastique fondé sur l’équilibre, la légèreté et la tension du mouvement.

L’œuvre de Calder est un art en suspension. Mobile léger en apesanteur dans un univers qu’il investit délicatement et à qui il offre des ombrages subtils et changeants.

Dès les premiers mobiles, Calder impose une écriture singulière du mouvement. Les créations sont loin d’être statiques : elles s’imposent non pas par leur poids mais par le décalage entre l’envergure et la constitution. La sculpture devient ici tension entre équilibre et déséquilibre, entre volume et légèreté, où l’air lui-même devient matériau.

Finesse des composantes et prouesse technique d’assemblage : chaque œuvre renvoie à une image réelle dont elle allège le mimétisme. Le geste artistique ne cherche pas la reproduction mais la suggestion, comme si la forme se détachait progressivement du monde visible pour devenir rythme.

 

Le dernier cèdre du Liban: Histoire d’un héritage compliqué

Le dernier cèdre du Liban, une pièce d’Aïda Asgharzadeh mise en scène par Nikola Carton, portée notamment par Magali Genoud, Maëlis Adalle et Azeddine Benamara, est présentée par STAM PROD en coréalisation avec le Théâtre de l’Œuvre.

Deux vies se déroulent sur scène dans une discontinuité touchante. Dans deux cadres spatio-temporels dressés en trame de fond, mère et fille s’affrontent symboliquement entre reproches et explications indirectes.

La pièce éclaire le spectateur sur des conjonctures sociales et politiques qui impactent les trajectoires de deux femmes, à deux époques différentes.

Eva est une jeune pensionnaire, très en colère, du Centre d’Éducation Fermé pour mineurs de Mont-de-Marsan, abandonnée à la naissance. Convoquée chez le notaire, elle reçoit son héritage : des dizaines de microcassettes et un dictaphone. Elle y découvre la voix de sa mère, elle qui ne connaît rien de ses parents.

Au fil des heures d’écoute, elle apprend des détails saisissants et parcourt l’Histoire à travers l’évocation de la guerre du Liban, du discours d’Yasser Arafat à l’ONU, de la chute du mur de Berlin…

Eva découvre le parcours professionnel et personnel d’une reporter de guerre qui n’a pas su être mère.
La question de l’appartenance traverse toute la pièce dans une douleur contenue, faite de sanglots étouffés et de colère maîtrisée au rythme des enregistrements écoutés.
La voix de la mère surgit comme un espace suspendu, venu d’un ailleurs tout aussi chaotique.

Les émotions restent contenues mais profondément bouleversantes dans leur lutte avec la dignité. Deux vies s’affrontent, s’expliquent et s’apaisent au fils des récits.

Rêve(s) de Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi: L’onirique ou le cauchemar du réel

La pièce Rêve(s) pensée par Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi (en Scénario et dramaturgie), et produite par Familia Productions, s’impose comme une expérience théâtrale d’une rare intensité. Plus qu’une comédie noire, Rêve(s) est une descente de 120 minutes — au sens propre comme au figuré — dans les strates obscures de l’âme humaine et dans les contradictions qui l’habitent.

Screenshot

La pièce met en scène le trivial, pour mieux révéler l’horreur. Celle qui ne surgit pas toujours dans le fracas, mais s’installe dans les interstices du quotidien. Celle avec laquelle on cohabite sans le savoir, parce qu’elle est enfouie, reléguée au sous-sol de nos consciences. L’espace souterrain qui sert de décor, nommé d’une manière volontairement prosaïque, devient alors une métaphore puissante : un lieu d’enfouissement, de relégation, où l’on dissimule ce que l’on ne veut pas voir — et parfois ceux que l’on ne veut pas reconnaître comme semblables.

Rêve interroge frontalement le racisme et, au-delà, la mécanique de la déshumanisation. À partir du moment où l’autre est désigné comme différent, il devient possible de le réduire, de le nier, de lui faire mal — jusqu’à l’extrême — sans que la conscience ne s’en offusque vraiment. La pièce montre comment cette banalisation s’opère, insidieusement et témoigne des contradictions les plus discrètes et les plus abjectes. Elle met le spectateur face à une question dérangeante : jusqu’où sommes-nous capables d’aller lorsque l’autre cesse, dans notre regard, d’être notre égal ?

La prouesse des acteurs dote cette réflexion d’une grande puissance. Jalila Baccar livre, en effet, une performance vertigineuse. Elle oscille entre deux personnages, deux âges, deux expériences de vie. Mais plus encore, elle navigue entre deux rapports au monde, deux manières d’être en relation. Cette oscillation constante trouble les repères et souligne la porosité des identités. Nous ne sommes pas faits d’un seul bloc : nous sommes des contradictions.

Face à elle, Jamal Madani incarne un personnage révélateur. À la manière d’un papier carbone, sa présence fait apparaître et dévoile. Dès qu’il entre en scène, les masques tombent. Les autres personnages se révèlent dans une pluralité émotionnelle et caractérielle saisissante. On est au-delà de la simple duplicité de l’être : Rêve(s) donne à voir la multitude de soi contenue en une seule personne. Les personnages ne sont ni tout à fait coupables, ni tout à fait innocents ; ils sont traversés par des forces contradictoires, par des failles, par des violences héritées ou intériorisées.

La mise en tension permanente entre banalité du décor et extrême des actes crée un malaise fécond. Le spectateur est pris à témoin, presque complice malgré lui. Il ne peut se réfugier dans une distance confortable : ce qui se joue sur scène est une potentialité humaine universelle.

En choisissant d’intituler la pièce Rêve(s), les auteurs introduisent une ironie troublante. Car ce qui se déploie sous nos yeux tient davantage du cauchemar éveillé. Rêve(s) nous rappelle, avec lucidité, que l’horreur peut aussi habiter nos sous-sols intérieurs — et qu’il nous appartient d’en ouvrir la porte et d’affronter la vérité.

 

Matisse au Grand Palais: L’exaltation ultime

L’exposition Matisse réunit au Grand Palais, du 24 mars au 26 juillet 2026, plus de 300 œuvres de l’artiste et met à l’honneur la période 1941-1954, les dernières années de sa vie. Une séquence décisive, marquée par une liberté créatrice renouvelée.

Peintures, dessins, gouaches découpées, livres illustrés, textiles et vitraux retracent l’ampleur de ses choix artistiques et la cohérence d’un parcours toujours en mouvement. Après avoir exploré le pointillisme, le fauvisme et l’abstraction, Matisse enrichit son univers de nouvelles techniques et affirme, dans ces années tardives, une dimension résolument pluridisciplinaire.

À près de 80 ans, l’artiste réinvente son art. Avec la gouache découpée, il inaugure un langage d’une audace et d’une simplicité saisissantes : la couleur, découpée puis assemblée, devient matière et architecture de l’espace.

Parmi les pièces exposées, certaines planches de Jazz — initialement envisagé sous le titre Le Cirque — révèlent son attention au mouvement et au rythme des corps. Cette énergie ludique dialogue avec de grandes compositions comme Acanthes, L’Escargot ou Mémoire d’Océanie, où la découpe atteint une ampleur monumentale et une intensité chromatique magistrale.

Le parcours met également en lumière les jalons essentiels de cette période : la série des Intérieurs de Vence, les Thèmes et variations, les dessins à l’encre et au pinceau, les panneaux monumentaux de La Gerbe, ainsi que les grandes figures en gouaches découpées — La Tristesse du roi, Zulma, La Danseuse créole et les célèbres Nus bleus.

Motifs floraux et végétaux, acrobates, baigneuses composent un monde libre et lumineux. Cette exposition offre ainsi l’occasion rare de voir l’âme de Matisse rassemblée en un même lieu, dans l’élan vibrant de ses dernières années.

Ubūr de Souffle collectif: Quand Zar et Gnawa se rencontrent

À la Fondation Cartier pour l’art contemporain, la plateforme de production et de création, Souffle collectif, a inauguré du 26 au 28 mars 2026 une lecture inédite des patrimoines culturels et musicaux : celle d’en présenter la richesse en les associant. La rencontre entre le Zar égyptien et les traditions Gnawa a donné au spectacle Ubūr une densité presque rituelle.

Plus qu’un face-à-face, la représentation, pensée par Julien Colardelle, directeur artistique et initiateur de Souffle Collectif, s’inscrit dans un espace de circulation des héritages, où les traditions ne sont pas figées en archives mais activées comme des forces vivantes dont la rencontre déploie la puissance.

Incantations dans deux dialectes qui se croisent rarement, rythmes aux histoires et aux caractéristiques très distinctes : Zar et Gnawa s’unissent harmonieusement et créent l’émotion. Les musicalités se complètent, et les artisans de ces mémoires sonores font cohabiter leurs mondes le temps d’une représentation.

Le Zar s’enracine ici dans la présence de l’ensemble Mazaher, au Caire, l’une des dernières formations à perpétuer ce rituel de possession et de guérison en Égypte. Héritières d’une tradition transmise par les femmes, ses interprètes portent une mémoire musicale ancienne, issue des circulations entre Afrique de l’Est et vallée du Nil. Le Zar y survit comme un langage de transe, fait de répétitions, d’incantations et de rythmes destinés à dialoguer avec l’invisible.

Le Zar arrive d’abord comme une tension. Une montée lente. Quelque chose de contenu, traversé par l’invisible, où le corps devient réceptacle autant que déclencheur, où la prière se fait chant et invite l’esprit comme le corps à entrer en transe.

En face, ou plutôt avec, les Gnawa apportent une autre pulsation. Plus rythmée, plus tellurique, mais tout aussi tournée vers une introspection cultuelle. Le guembri trace une ligne musicale continue, tandis que la voix de Hind Ennaira habite l’espace. En chœur, la puissance s’en trouve décuplée. Les sonorités portées par Mehdi Chaïb ajoutent une densité supplémentaire à un exercice de style habité par la grandeur de la tradition.

À cette architecture sonore s’ajoute le travail de Nancy Mounir, compositrice égyptienne, dont la présence agit comme un point de liaison entre les strates musicales, entre mémoire et réécriture contemporaine des héritages.

Dans ce dialogue, rien ne s’affronte. Tout se superpose. Souffle collectif dépasse ici l’idée même de fusion en proposant une cohabitation de deux manières d’occuper le corps et de dire le sacré en musique. Le spectacle fait vibrer les différences et parvient à en accorder les élans.

Une architecture exigeante mais d’une grande humilité met en scène ces savoir-faire et sublime les mémoires dans un passage entre mondes. Dans l’espace de la Fondation, tout cela prend une ampleur particulière. Un public au plus près des artistes, une scénographie circulaire autour d’un tapis rond et rougeoyant, tissé à la main à Ouarzazate par d’habiles artisanes marocaines. Le public n’est pas seulement témoin, il devient cercle de résonance.

Et quand tout s’arrête, il reste une impression particulière. Celle d’avoir traversé une puissance qui dépasse le spectacle lui-même : deux vents contraires qui, le temps d’un instant, se sont accordés.

 

No, no, Nanette: Un musical centenaire revisité

Cent ans après sa création, No, No, Nanette se rejoue sur scène, en France, avec la même légèreté colorée des Années folles. Imaginée par Vincent Youmans, avec des paroles d’Irving Caesar et d’Otto Harbach, la comédie musicale voit le jour à Chicago en 1924 avant de triompher en 1925 à Broadway et à Londres. C’est en 1926 puis en 1971 qu’elle a été présentée à Paris. De sa partition jazzy sont issus des standards musicaux comme I Want to Be Happy et Tea for Two.

Sous des airs loufoques, l’œuvre observe une société étriquée dans ses conventions mais mue par un désir d’émancipation. Entre arrangements financiers hasardeux, amours contrariées et soif de liberté, les personnages évoluent dans un clair-obscur qui dessine une satire des hypocrisies sociales.

La relecture faite par Les Frivolités Parisiennes habille le tout d’une modernité visuelle assumée. Le mouvement, le rythme et la couleur occupent une place centrale dans la mise en scène d’Emily Wilson et Jos Houben. La version française signée Christophe Mirambeau adapte livret et chansons, tout en conservant les deux airs emblématiques dans leur écrin d’origine. Fox-trot et charleston cadencent ce voyage dans le temps porté par l’énergie orchestrale.

Dans une mécanique de comédie de boulevard, la comédie musicale explore les travers d’une société oscillant entre codification et discrètes révoltes : le riche Jimmy Smith, qui aime tant dépenser, se retrouve en fâcheuse posture à cause des trois jeunes femmes qu’il entretient clandestinement, tandis que sa nièce et fille adoptive Nanette veut profiter de la vie avant de s’engager avec un jeune avocat.

Au-delà du personnage central, No, No, Nanette met en scène le parcours de plusieurs figures et en dresse un portrait humain, léger et constamment satirique. L’exception est toutefois faite pour le personnage de Pauline, la servante (interprétée par Marie-Élisabeth Cornet), autour de laquelle se clôt la comédie musicale, dans l’émotion. On en vient à se demander qui est réellement l’héroïne.

Cette adaptation d’une comédie musicale américaine centenaire propose un voyage dans l’histoire des mœurs et de la musique, et réaffirme l’idée que le divertissement peut conjuguer légèreté et exigence musicale avec précision.

Au théâtre du Châtelet, Top Hat, un voyage dans la magie de Broadway

Au Théâtre du Châtelet, du 15 avril au 3 mai, Top Hat s’affiche, plumes et paillettes au service du renouveau artistique et des adaptations spectaculaires. La mise en scène de Kathleen Marshall est, en effet, une relecture minutieuse et étoffée du classique hollywoodien de 1935, connu en France sous le titre Le Danseur du dessus.

 

Dans Top Hat, trois axes majeurs enchantent le spectateur pendant près de 2 h 40 : l’intrigue, la musique et la danse, qui s’associent avec élégance et cohérence.

L’intrigue tient de la romance sur fond de comédie des erreurs et avance au rythme des quiproquos. Jerry, danseur américain à succès invité à Londres, tombe amoureux de la belle Dale Tremont après l’avoir empêchée de dormir à grands coups de claquettes. Elle le croit marié à sa meilleure amie ; la méprise vient contrarier l’idylle. Dale, partagée entre attirance et devoir imaginaire, évolue dans la tourmente des héroïnes de comédies classiques, dans un lyrisme délicat et nuancé. Le héros, quant à lui, entouré d’adjuvants dévoués, avance avec détermination vers l’objet de son désir. Le dénouement est presque attendu. Qu’importe : l’essentiel est ailleurs.

 

La musique est celle d’Irving Berlin, figure tutélaire de Broadway, associé au panthéon de ceux qui ont bâti son empire. Il signe notamment l’inoubliable « Cheek to Cheek », sommet de grâce popularisé à l’écran par Fred Astaire et Ginger Rogers.

 

La chorégraphie est signée Kathleen Marshall, qui assure également la mise en scène, sur un livret de Matthew White et Howard Jacques (2011). Elle fait ainsi de Top Hat un écrin pour des numéros qui s’enchaînent avec fluidité. Dans des décors Art déco, la chorégraphie redonne aux claquettes une place centrale et affirmée. Alternance de duos étincelants, d’ensembles chorégraphiés et d’un superbe ballet final : le spectacle s’inscrit pleinement dans sa dimension de divertissement sophistiqué.

 

La version scénique, plus ample que le film (2 h 40 contre 1 h 40), permet d’étoffer les personnages et d’élargir la partition en puisant dans le riche répertoire de Berlin. La mise en scène relève ainsi le défi d’une adaptation créative, dans une exploration actuelle menée sans dissonance.

 

Dans le rôle de Jerry, Phillip Attmore insuffle une énergie maîtrisée et précise, héritière d’une longue tradition du tap dance américain. La production rappelle ainsi que le musical moderne plonge ses racines dans le jazz et les claquettes, et dans un héritage artistique qui retrouve ici son ancrage et son appartenance culturelle.

 

Mais au-delà des filiations et des références, Top Hat demeure ce qu’il a toujours été : une célébration du mouvement, du rythme et de la finesse de l’art. Un monde où la grâce du geste sublime les pensées et les élans, où la musique enveloppe les événements de sa cadence. Top Hat devient alors un voyage dans la magie du spectacle.

 

Lee Miller, derrière l’objectif et dans l’Histoire  

 

L’exposition Lee Miller est présentée au Musée d’Art Moderne de Paris jusqu’au 2 août 2026. Cet hommage à la photographe est organisé grâce à l’initiative de la Tate Britain, avec le soutien de l’Art Institute of Chicago.

Lee Miller, un nom qui a marqué l’histoire de la photographie, mais plusieurs parcours et une identité multiple. Modèle, photographe, reporter de guerre, égérie féminine, figure féministe, Lee Miller a connu la photographie comme support commercial autant que comme espace artistique et humaniste.

Elle a été aux premières lignes du surréalisme photographique et a retranscrit, en images, une réalité plus profonde, immortalisant le furtif ou captant l’expression d’un regard ou la beauté d’une gestuelle. Elle a sublimé le réel en y apposant des touches qui l’étoffent et l’offrent à des lectures diverses, mais a su aussi le dénuder et le présenter dans ce qu’il a de plus brut.

Une collection en frise historique illustrée

Les œuvres de Miller ne se regardent pas, elles s’observent en frise historique dense, faite de marges rares et de paradoxes. L’artiste ne transpose pas seulement des émotions, elle en créée.

Son courage devient héroïque lorsqu’elle choisit d’être reporter de guerre accréditée par l’armée américaine, dans les décombres du conflit et les coulisses, peu documentées à l’époque, de l’après-nazisme. Elle capte des fragments de vérités historiques et d’atrocités humaines.

Elle a reproduit, tel un observateur à la loupe, des détails que l’Histoire ne raconte pas avec autant de précision. Ses photos font partie des archives visuelles d’exception d’un monde en ruines, moralement et matériellement.

Le regard des soldats allemands captifs, ce qui reste des déportés, les trains de l’horreur les corps meurtris… Des dizaines de photos des camps libérés sont envoyées à Vogue, avec cette mention : « Je veux que vous croyiez que c’est vrai ». Elle donne ainsi à voir l’indicible.

Optant pour l’originalité des prismes, Miller propose du sordide une lecture très personnelle. Elle voit la maison de Hitler en feu; elle en fait de ce moment un témoignage historique.

Dans une autre prise, elle montrer l’intime, en théâtralise l’approche et propose des photos dans la baignoire du dictateur. Dans cette salle de bain, Miller est à la fois modèle et photographe, dans une dualité artistique aux côtés de son ami David E. Scherman.

Des rencontres

Le parcours de Lee Miller est jalonné de rencontres qui composent une véritable scène artistique et littéraire. Elle ne s’accapare pas le premier rôle : elle met en lumière ceux qu’elle photographie dans une proximité rare.

On y voit Charlie Chaplin, tête illuminée comme portant un lustre ; Magritte avec son chien ; Colette dont le regard est captivée par une boule magique, qui se détourne de la feuille mais n’en lâche pas la plume, Jean Cocteau en figure sculpturale devant un mur annoté et dessiné…

Joseph Cornell, la tête en bateau à voile, devient figure surréelle sous l’objectif de Miller. Jean Dubuffet et Georges Limbour, adoptent une posture presque enfantine, les mains posées sur une fenêtre. Picasso apparaît dans des moments plus intimes, notamment avec Antony Penrose, le fils de Miller…

Quant à Man Ray, il occupe une place à part. Il fut son premier maître, celui qui l’a initiée au surréalisme et à la photographie. Il la consacre comme modèle, capte d’elle la grâce, l’illustre presque picturalement dans la Dormeuse et la met sous cloche de verre à ses côtés. Il participe à la construire dans cet univers artistique où elle finit par affirmer sa propre voix.

Un parcours de voyages

Le regard de la photographe s’est aussi nourri de voyages dans plusieurs pays, comme la Roumanie, la Pologne… On y voit des costumes d’époque, des regards hagards, des vies marquées par la dureté du temps.

L’album de voyage est plus poétique à Londres, plus tragique à Saint-Malo, plus symbolique en Alsace, dépaysant en Egypte. Ce pays devient un ancrage important.  Elle y épouse l’homme d’affaire égyptien Aziz Eloui Bey,  et reste attentive au quotidien d’une population moins nantie. Elle photographie la pénibilité des métiers, la beauté fragile du paysage, la vétusté du quotidien, mais aussi une grandeur discrète (d’une pyramide, elle ne montre que l’ombre se posant sur la ville). De ses déplacements dans les villes égyptiennes, ressortent des clichés chargés de symboliques pris à Siwa, à Ain Sokhna, Wadi Natrun, Sohag, Assiout… Le regard n’est pas celui d’un voyageur conventionnel mais d’une exploratrice curieuse de profondeurs et d’authenticités.

Miller fait partie des femmes qui ont marqué leur époque, et plus encore. Elle accompagne son temps avec un regard vif et généreux. Voir une exposition consacrée à Lee Miller, c’est parcourir autrement des pans entiers du XXème siècle.Du mannequinat au journalisme photo, du surréalisme à la guerre, du glamour au sordide, elle traverse les mondes sans jamais perdre sa singularité. Elle a documenté l’Histoire et, derrière son objectif, s’y est imposée comme une figure majeure de son art.

« C’était bien avant le mouvement de libération des femmes et je me sentais comme une brigade à moi toute seule »

Chaque histoire compte vraiment : Un projet intergénérationnel entre de jeunes écrivains et des témoins d’époque

Ce qui compte vraiment est un projet intergénérationnel qui œuvre à la connexion entre de jeunes lycéens et des personnes âgées, à travers la transformation des souvenirs collectés en biographies écrites. Au fil de rencontres avec des résidents d’Ehpad, des élèves rassemblent, des informations, des anecdotes, des données leur permettant de transformer le récit nostalgique en « livre de vie ».

L’expérience permet aux élèves qui l’ont intégrée de devenir de jeunes écrivains chargés de mission, en toute fidélité par rapport aux propos recueillis. Elle permet aux personnes âgées d’assurer, dans la convivialité, la transmission de leur vécu et des particularités subjectives de leur époque.

A l’origine de ce projet, une idée d’Anne-Dauphine Julliand, présidente de l’association, celle de connecter les générations à travers le récit fait par les aînés aux jeunes.

Les témoignages de vie s’écoutent, se réécoutent, se retranscrivent et se transforment en livres offerts aux concernés et à leurs familles.

Les élèves qui poursuivent cette expérience sont formés (avant de l’entamer) autour de trois axes : formation à la rencontre, formation au public, formation à l’écriture. Ils sont accompagnés ensuite, d’une manière régulière, par des membres de l’association qui répondent à leurs questions et assurent le suivi de leur avancement lors de la phase rédaction.

L’association prend le relais, quand la rédaction est finalisée, pour assurer la relecture, la correction et l’édition. Une cérémonie couronne la démarche et permet de clore l’expérience entre les binômes et leurs familles.

L’expérience Ce qui compte vraiment a été menée dans cinq régions de France où 23 lycées et 26 maisons de retraite se sont mobilisés autour de 245 récits de vie. Elle est menée également dans d’autres pays (Mexique, Autriche, Portugal, Jordanie) et a rassemblé 220000 participants lors de 90 événements.

 

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Le théâtre immersif : Des cadres insolites et des découvertes participatives

Le théâtre immersif revient sur la scène comme une forme d’expression artistique qui connait un grand engouement. Alliant le jeu d’acteurs et l’expérience participative du spectateur, c’est un modèle qui se vit d’une manière active et promet un théâtre différent. Voici une sélection de trois productions différentes mais ayant pour points communs : l’interactivité et le cadre scénique insolite.

Norma

L’aventure commence, dès que l’on achète ses places pour cette production du collectif Big Drama. On découvre alors les lieux où les faits se dérouleront et on reçoit une invitation personnelle pour des obsèques d’un genre nouveau. Arrivé sur les lieux indiqués, à peine remis de la surprise que ce choix provoque, on se retrouve au centre du drame « familial », assis autour d’une table fouillant dans les archives de la défunte (avec ceux qui ont payé pour la formule des initiés). Les obsèques se poursuivent à un autre étage, au milieu du public qui se mêle dans la convivialité aux acteurs. Et puis débutent les préparatifs de la cérémonie et l’on découvre les personnages à travers leurs souvenirs, leurs échanges et leurs apartés. On les accompagne dans leurs sphères privées et le hasard mène les spectateurs, par groupe, dans l’espace privé de chacun. A ceux qui en manifestent la volonté, sont attribués des rôles lors du déroulé des obsèques. Entre humour et tournures dramatiques en lien avec les orphelins recueillis et élevés par la défunte, la musique et le chant donnent à la représentation son cachet de comédie musicale. Dans Norma, le mélange de genres est bien calibré et le spectateur vit, à travers leur agencement, une immersion au niveau des actions et des émotions.

Norma s’est vu décerner le Prix de la Scénographie lors de la cérémonie des Trophées de la Comédie musicale 2024. Big Drama n’en est pas à son premier essai. La troupe a plusieurs titres à son actif dont des pièces immersives transformées en format digital et de nombreuses réalisations privées réalisées sur demande. Le slogan de cette compagnie spécialisée dans la conception et la production de spectacles immersifs est : « Entrez dans l’histoire ».

Le Cabaret Rive gauche

Les Sculpteurs de rêves sont des créateurs d’univers où se mêlent théâtralité et immersion. Trois de leurs créations se produisent en même temps dans différents lieux en France. La compagnie dispose d’un portfolio de plus de vingt productions. Parmi celles aux tonalités historiques figure le Cabaret rive gauche qui se produit au sous-sol du Musée Maillol à Paris.

Plongé dans un cadre temporel propre aux années cinquante, le spectateur vit une soirée dans un lieu de divertissement de l’époque. Il y côtoie Prévert, Boris Vian, et vit les débuts sur scène de la chanteuse Barbara.

Plus qu’un spectateur assis sur le siège correspondant à la catégorie pour laquelle il a payé, il est, ici, un des clients des lieux et dispose même de quoi payer sa consommation selon la logique de l’époque. A chaque spectateur est remise, à l’entrée, une note indiquant son nouveau profil. Il se retrouve alors dans la peau d’une personnalité de l’époque disposant des détails qui lui permettent d’interagir avec la troupe et les autres spectateurs.

Danse, musique et allusions diverses au contexte culturel des années cinquante font partie du voyage dans le temps que propose cette pièce.

L’aventure de ce regroupement créatif a commencé en 2013 quand des jeunes de 15 ans, passionnés de théâtre et de jeux décident de tenter l’expérience de rassembler cent personnes autour d’une création conçue comme un grand jeu de rôles. Ce rêve, une fois réalisé, aboutit à une expérience entrepreneuriale qui a évolué pendant 10 ans vers une formule complète incluant l’encadrement des comédiens et la création d’œuvres originales pour le grand public et à la demande.

Vive les mariés

Cette production théâtrale emmène le spectateur dans une expérience immersive festive : un mariage au déroulé mouvementé. Le spectateur est ici un invité du clan de la famille de la mariée ou de celle du mari. Il prend place à table, une fois accueilli par l’organisatrice du mariage et informé, par elle, de son lien de parenté avec le couple à l’honneur.

En allant voir Vive les mariés, on vit pleinement le jeu d’acteurs dans un cadre insolite : un restaurant parisien. Tout en profitant du menu, le spectateur assiste à des rebondissements, à la manière de Feydeau, et les actions se succèdent comme des révélations éclairant les « convives » sur leurs voisins de table.

Inspiré d’Un fil à la patte, ce vaudeville revisité est une occasion de profiter doublement du jeu d’interprétation en appréciant celui des comédiens et en explorant les potentialités du sien. Le spectateur peut être amené à réaliser des missions d’animation et de transitions. Son implication est rendue plus agréable grâce aux comédiens et à leurs capacités d’improvisation.

Une fois que « le rideau » est tombé, les comédiens reviennent dans la salle, débarrassés de leurs costumes festifs et la soirée se poursuit sur le même ton agréable et convivial, non pas avec les mariés et leurs proches mais avec de jeunes acteurs de talent.

Big immersive production est une famille créative qui a choisi l’originalité comme créneau. Leur production Aubergames, conçue comme un concept mêlant sports, jeu et théâtralité, avaient accueilli le public, en 2023, dans un parc à Aubervilliers investi comme un cadre olympien.

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Interview- Haila Alkhalaf, la Saoudienne qui fait de la traduction un moyen de rayonnement culturel

 Haila Alkhalaf est la présidente du pôle de la traduction au sein de l’Autorité de la Littérature, de l’Edition et de la Traduction, organe exécutif du ministère de la Culture en Arabie Saoudite. Docteure en Littérature anglaise, elle a cumulé les expériences dans le cadre de l’enseignement supérieur et du conseil institutionnel dans son champ d’expertise. Elle a publié plusieurs études en lien avec le secteur littéraire et a représenté, officiellement, son pays lors d’événements culturels internationaux. Haila Alkhalaf occupe, aujourd’hui, un poste-clé et impactant dans le cadre d’une stratégie globale visant à développer le secteur de la traduction et à multiplier les projets en faveur d’une production littéraire multilingue.

 Qu’est-ce qui vous relie aux domaines dans lesquels vous travaillez (édition, livres et traduction) ?

L’intérêt et la passion pour le livre ont pris naissance en moi depuis longtemps. La lecture constituait un porte ouverte me faisant découvrir des mondes différents de mon quotidien. Une simple phrase bien énoncée avait la capacité de jalonner ma pensée et j’étais en admiration devant ce grand pouvoir. C’est cette passion qui a défini mon parcours et, dans le cadre de mes études supérieures, j’ai choisi de me spécialiser dans la littérature. J’ai été attirée par l’alchimie qui s’opérait, dans ce cursus, entre la traduction, les études littéraires et les langues.

Au fil de mes parcours académique et professionnel, j’ai pris conscience de l’importance de la traduction dans l’élaboration de la littérature. Traduire, c’est bâtir un pont entre les cultures et les civilisations. Nous y gagnons sur les plans intellectuel et cognitif. Traduire, c’est aussi partager avec le monde l’essence de notre héritage et de notre patrimoine en les rendant accessibles au-delà des frontières linguistiques. Dans le domaine de la littérature, la traduction rend possible la diffusion de la créativité, l’échange de créations littéraires et le partage d’idées, quelles que soient les langues et les cultures des productions initiales. Les écrivains peuvent ainsi atteindre un public mondial et les lecteurs peuvent explorer des univers littéraires multiples.

Aujourd’hui, en présidant le secteur de la traduction au sein de l’Autorité de la Littérature, de l’Edition et de la Traduction, je suis remplie d’enthousiasme et de fierté en participant aux efforts et à l’impact de la traduction. Cet art permet de transférer les trésors littéraires de notre culture arabe au-delà des frontières linguistiques, et de nous faire parvenir diverses créations littéraires représentant les cultures internationales.  En favorisant les opportunités de développement du secteur de la traduction (de et vers l’arabe), notre objectif est d’enrichir le contenu arabophone avec des œuvres de qualité et à valeur ajoutée.

Comment la commission œuvre-t-elle à la promotion de la traduction et pourquoi ?

L’Autorité pour la Littérature, l’Edition et la Traduction œuvre à la promotion des domaines de la traduction à travers plusieurs initiatives et projets qui répondent aux aspirations culturelles dans le cadre de la Vision 2030 du Royaume d’Arabie saoudite (Vision 2030 est un plan de développement mis en place par le gouvernement saoudien, ndlr). La commission concentre ses efforts sur l’accès des traducteurs à une qualification selon les normes et pratiques internationales. Nous y aspirons à accompagner une dynamique de traduction professionnelle. Nous avons travaillé sur la création d’un observatoire pour documenter la pratique de la traduction dans le monde arabe. Cette initiative a été lancée sous l’égide de l’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et les sciences (ALECSO) et avec le soutien de la Commission pour la Littérature, l’Edition et la Traduction, pour soutenir le processus de traduction et pour coordonner et unifier les efforts investis dans ce domaine. Cette institution s’est défini pour rôle de collecter et de présenter des données exactes et des statistiques récentes en lien avec le secteur de la traduction.  Elle recourt à une approche innovante du traitement des données (se basant sur les dernières technologies) et fournit aux pays arabes une référence numérique avec le plus haut niveau de transparence et de crédibilité. Ce qui en résulte permet de refléter la véritable image de la scène culturelle du monde arabe.

En outre, nous organisons, depuis 2021, le Forum international de la traduction, l’un des plus grands événements du secteur, à l’échelle régionale et mondiale. La troisième édition est prévue en novembre de cette année. Ce forum consacre les derniers développements dans le secteur de la traduction et constitue une opportunité de communication entre les traducteurs, les experts et les personnes intéressées par le domaine. Peuvent y prendre part, les traducteurs professionnels et débutants, les universitaires et les décideurs dans le domaine de la traduction. Il est conçu comme un événement central concrétisant le développement de l’industrie de la traduction au Royaume et dans la région.

L’initiative « Traduis ! », lancée également en 2021, vise à enrichir le contenu arabe et les connaissances qui lui sont inhérentes à travers la promotion des échanges culturels (aux niveaux arabe et international). Les maisons d’édition locales bénéficient, dans ce cadre, de subventions couvrant les coûts des droits d’auteur et des travaux de traduction. Sont également, soutenues les traductions de revues académiques, de magazines et d’articles culturels.

Nous proposons, par ailleurs, des programmes de formation, comme le programme d’accompagnement qui se base sur la formation et l’appui prodigués par des experts dans l’industrie de la traduction.

Parmi nos programmes spécifiques, le cycle de formation intensive à l’interprétation de conférences qui vise à faire qualifier une génération prometteuse d’interprètes saoudiens et qui correspond aux besoins du marché de l’emploi dans ce domaine. Le programme se concentre sur les aspects pratiques de la formation et se déroule sous la supervision d’experts en interprétation. Ce parcours permet de doter les participants des compétences et des techniques nécessaires pour interpréter lors de conférences et d’événements internationaux.

Ce programme est organisé en partenariat avec des agences de traduction internationales bien établies. Cette collaboration garantit aux stagiaires de recevoir une formation du plus haut niveau, conformément aux normes internationales dans le domaine de l’interprétation. Telle est la stratégie globale : améliorer les capacités des cadres saoudiens dans le domaine de la traduction et accroître leur compétitivité sur le marché du travail.

Quels sont vos objectifs dans le cadre de vos missions ?

Dans le cadre de notre mission dans le secteur de la traduction, nous nous efforçons d’atteindre des objectifs multiples et interconnectés qui renforcent la position de l’Arabie saoudite dans le paysage mondial de la culture et de la connaissance, avec le soutien et l’appui continus de Son Altesse le Prince Badr bin Abdullah bin Mohammed bin Farhan Al Saud, ministre de la Culture.

Nous accordons une attention particulière au développement des compétences des traducteurs et à leurs perspectives professionnelles. Nous œuvrons aussi à l’amélioration de la qualité de la traduction, afin de rehausser le niveau des services fournis dans ce cadre.

Développer un écosystème compétitif et durable fait partie de nos missions et ce pour soutenir et encourager la traduction que cela se concerne les projets à but non lucratif ou le secteur privé.

Nous aspirons à consolider le rôle de premier plan de l’Arabie saoudite sur la scène culturelle et à en faire un pont pour l’échange de savoirs. Notre objectif est de renforcer les fondements de la culture de la traduction pour faire de l’Arabie saoudite la première référence arabe dans tous ces domaines, renforçant ainsi sa position de leader en matière de culture et de savoir, dans la région et dans le monde.

De quelles réalisations êtes-vous le plus fière ?

Compte tenu de la diversité de ce que nous avons accompli en peu de temps, il est difficile d’identifier une seule réalisation dont nous serions le plus fiers. L’ampleur de nos réalisations reflète notre engagement profond à l’égard de nos objectifs culturels et des aspirations que recèle la Vision 2030. Au moyen de chaque initiative et de chaque projet, nous menons une étape importante dans le renforcement de la position du Royaume comme référence culturelle mondiale pour la créativité et la connaissance. Cependant, si je devais mettre en évidence quelques réalisations qui illustrent notre ambition et notre impact, je commencerais par les résultats remarquables de l’initiative Tarjum :

  • Nous avons accordé plus de 1 800 bourses de traduction de livres.
  • Nous avons accordé plus de 93 subventions pour des magazines et périodiques culturels, et plus de 930 subventions pour des articles culturels.
  • Nous avons engagé plus de 1000 traducteurs de 40 pays.
  • Nous avons soutenu la traduction de 293 livres saoudiens dans 13 langues différentes.

L’initiative a contribué, de manière significative, à atteindre l’arène internationale, en garantissant les droits de traduction pour plus de 150 livres primés (y compris des lauréats du prix Nobel de littérature, tels que « L’essor du livre arabe » de Beatrice Gruendler, qui a été traduit en arabe). Ce projet a également encouragé la publication de traductions et soutenu les traducteurs saoudiens ( le traducteur Ibrahim Al-Freih a remporté la troisième place lors de la neuvième édition du prix Sheikh Hamad au Qatar pour la traduction et l’entente internationale. En outre, le livre « Half Crazy » du Dr Shaimaa Al-Sharif a été traduit en espagnol et a remporté le prix international Ibn Arabi de littérature arabe. Toutes ces réalisations constituent une étape historique dans les littératures saoudienne et arabe et représentent un indicateur de la créativité et de l’innovation dans la littérature contemporaine assurant l’amélioration du statut de la traduction sur la scène littéraire internationale.

Le lancement de l’Observatoire arabe de la traduction en partenariat avec l’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et la science (ALECSO) en octobre 2022 représente un bond en avant dans la réalisation de nos objectifs. L’Observatoire est non seulement la première entité régionale de l’ALECSO dans le Royaume et les États du Golfe depuis sa création il y a cinquante-trois ans, mais aussi le premier organisme de ce type au niveau mondial à fournir une plateforme étoffée et une base de données bibliographique numérique. Ce projet illustre les efforts conjoints des pays arabes pour faire progresser le secteur de la traduction.

En outre, l’une de nos réalisations les plus récentes est le lancement, le dix septembre, de la Chaire de traduction des cultures à l’UNESCO, en partenariat avec le Centre du Roi Fayçal pour la Recherche et les Etudes islamiques. Cette initiative renforcera le rôle de l’Arabie saoudite en tant que hub mondial de recherche scientifique dans le domaine de la traduction et des échanges culturels. La Chaire vise à répondre au besoin croissant de recherche interdisciplinaire dans les sciences humaines et sociales, en facilitant la collaboration entre les chercheurs en traductologie, en études culturelles, en patrimoine immatériel, en sciences humaines et en technologies modernes aux niveaux local, régional et international. Ce cercle de réflexion ouvre ainsi de nouveaux horizons pour l’échange culturel et le partage de connaissances.

Toutes ces réalisations, et bien d’autres encore, confirment notre ferme engagement à atteindre nos objectifs culturels et reflètent notre aspiration à renforcer la position de notre pays, sur la scène culturelle mondiale, dans le domaine de la traduction.

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Salammbô, une collaboration internationale autour de l’œuvre de Flaubert

« Salammbô », est un roman de Flaubert publié en 1862, dans lequel le lecteur retrouve un décor carthaginois et où se mêlent l’allusion à l’épopée et le récit des passions. C’est cette même ambiance qui s’est retrouvée lors d’expositions à Rouen et à Marseille et où le public peut, désormais, immerger en Tunisie, au musée du Bardo. Présentation de l’exposition « Salammbô, de Flaubert à Carthage ».

https://mbarouen.fr/fr/expositions/salammbo-de-flaubert-a-carthage-tunis

Une exposition dédiée à l’œuvre de Gustave Flaubert, « Salammbô », s’est tenu du 24 septembre 2024 au 12 janvier 2025, au Musée national du Bardo, à Tunis. Cet événement est réalisé grâce à une collaboration entre la Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie, le Musée des Beaux-Arts de Rouen, le Musée des civilisations de l’Europe et de la méditerranée (Mucem) à Marseille, l’Institut National du Patrimoine de Tunisie, l’Agence tunisienne de Mise en Valeur du Patrimoine et de Promotion Culturelle et l’Institut français de Tunisie.

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L’exposition rend hommage à l’auteur, à son œuvre et à la culture qui y est décrite. Elle étaye, œuvres et lectures à l’appui, l’impact de cette création romanesque sur le plan culturel. On y parcourt cinquante chefs-d’œuvre tunisiens et des prêts d’objets de collections françaises (venant des univers de la littérature, de la peinture, de la sculpture, de la photographie, des arts de la scène, du cinéma, et de l’archéologie). Les éléments constituant l’exposition viennent de collections tunisiennes et françaises appartenant à des préteurs privés mais aussi à des musées comme le musée national du Bardo, le musée de Carthage, les musées de la métropole Rouen Normandie, le musée de la Bibliothèque patrimoniale Villon, le musée d’Orsay, le musée de la Bibliothèque nationale de France et le musée de la Ville de Marseille.

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Avant de s’installer en Tunisie, dans le pays qui en a inspiré l’œuvre éponyme, cette exposition a eu lieu au Musée des Beaux-Arts de Rouen en 2021, à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Gustave Flaubert et au Mucem, à Marseille, en 2022, et elle a accueilli plus de 75 000 visiteurs.

Trois commissaires ont été chargés de cette exposition. Il s’agit de : Sylvain Amic (Conservateur général du patrimoine, président de l’Établissement public du musée d’Orsay et du musée de l’Orangerie – Valéry Giscard d’Estaing), Imed Ben Jerbania (Maître de recherche, Institut National du Patrimoine) et Myriame Morel-Deledalle (Conservatrice en chef du patrimoine, Mucem).

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Sont prévues en marge de l’exposition et en hors-les-murs, des activités culturelles comme des lectures musicales, des ateliers créatifs, un atelier d’écriture, une expérience en réalité virtuelle, une conférence, ainsi que des rencontres professionnelles et scientifiques.

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