Cent ans après sa création, No, No, Nanette se rejoue sur scène, en France, avec la même légèreté colorée des Années folles. Imaginée par Vincent Youmans, avec des paroles d’Irving Caesar et d’Otto Harbach, la comédie musicale voit le jour à Chicago en 1924 avant de triompher en 1925 à Broadway et à Londres. C’est en 1926 puis en 1971 qu’elle a été présentée à Paris. De sa partition jazzy sont issus des standards musicaux comme I Want to Be Happy et Tea for Two.
Sous des airs loufoques, l’œuvre observe une société étriquée dans ses conventions mais mue par un désir d’émancipation. Entre arrangements financiers hasardeux, amours contrariées et soif de liberté, les personnages évoluent dans un clair-obscur qui dessine une satire des hypocrisies sociales.
La relecture faite par Les Frivolités Parisiennes habille le tout d’une modernité visuelle assumée. Le mouvement, le rythme et la couleur occupent une place centrale dans la mise en scène d’Emily Wilson et Jos Houben. La version française signée Christophe Mirambeau adapte livret et chansons, tout en conservant les deux airs emblématiques dans leur écrin d’origine. Fox-trot et charleston cadencent ce voyage dans le temps porté par l’énergie orchestrale.
Dans une mécanique de comédie de boulevard, la comédie musicale explore les travers d’une société oscillant entre codification et discrètes révoltes : le riche Jimmy Smith, qui aime tant dépenser, se retrouve en fâcheuse posture à cause des trois jeunes femmes qu’il entretient clandestinement, tandis que sa nièce et fille adoptive Nanette veut profiter de la vie avant de s’engager avec un jeune avocat.
Au-delà du personnage central, No, No, Nanette met en scène le parcours de plusieurs figures et en dresse un portrait humain, léger et constamment satirique. L’exception est toutefois faite pour le personnage de Pauline, la servante (interprétée par Marie-Élisabeth Cornet), autour de laquelle se clôt la comédie musicale, dans l’émotion. On en vient à se demander qui est réellement l’héroïne.
Cette adaptation d’une comédie musicale américaine centenaire propose un voyage dans l’histoire des mœurs et de la musique, et réaffirme l’idée que le divertissement peut conjuguer légèreté et exigence musicale avec précision.