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L’égalité Femmes-Hommes- Les détails d’une stratégie francophone

 L’OIF a rendu public, en février 2025, un rapport détaillant les actions et les perspectives de la Stratégie de la Francophonie pour la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes, des droits et de l’autonomisation des femmes et des filles. En voici les détails.

L’OIF a mis en place, en 2018, lors du Sommet d’Erevan en Arménie, une stratégie (Stratégie EFH) visant la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes. Les actions sont menées sur des territoires aux divers schémas sociaux et géographiques et permettent de lancer des initiatives, de créer des synergies et de fédérer en faveur du changement.

Le rapport publié par l’OIF est un bilan d’étape revenant sur l’impact de différentes actions et présentant cette thématique comme une urgence en faveur du soutien aux femmes et aux filles en vue de la préservation de leurs droits et de l’amélioration de leurs situations sociale, économique et psychologique.

Dans ce rapport relatif aux actions menées dans ce sens, l’OIF parcourt les jalons posés en faveur des droits des femmes et des filles, de leur éducation et de leur la formation, de leur autonomisation économique, de leur leadership et de leur participation dans la vie politique, économique, sociale et culturelle.

 

Le rapport revient sur des actions devenues emblématiques, outre celles tenues en marge de la Commission de la condition des femmes des Nations unies à New York, et sous l’égide de l’Union africaine, comme :

  • La 3ème conférence sur la masculinité positive
  • Le Fonds « La Francophonie avec Elles », lancé en 2020, ayant déjà soutenu plus de 286 projets dans 30 pays, touchant près de 80 000 femmes.
  • Le Réseau francophone pour l’égalité femmes-hommes (RF-EFH), qui procède à des actions qui renforcent les organisations de la société civile (OSC), par le biais du coaching de leurs leaders et membres et « la création d’espaces consacrés au renforcement des liens ou à la mise en œuvre de réalisations conjointes ».
  • Le consortium international d’établissements a été initié avec ONU Femmes en vue de la création de ressources éducatives de qualité en langue française sur l’égalité femmes-hommes (mises à disposition en mars 2023).
  • Un programme de certification a été mis en place en collaboration avec l’Université Senghor. Son objectif est d’accompagner les décideurs politiques pour que l’égalité femmes-hommes soient intégrées dans les stratégies des politiques publiques nationales.
  • Un programme de renforcement des capacités a permis d’aider à la conception et au pilotage de politiques publiques intégrant l’égalité femmes-hommes. En ont bénéficié, en 2023 et 2024, près de 80 cadres et responsables des ministères, des instances décentralisées et parlementaires de 21 pays.

Le rapport revient dans un premier temps sur « l’engagement accru de la Francophonie, qui se manifeste par l’adoption d’un corpus normatif progressiste et inclusif, particulièrement attentif aux droits des femmes ». Les bases de ce corpus sont : le Cadre stratégique de la Francophonie 2023-2030, la programmation de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) pour 2024-2027 et l’approche par projet de l’OIF.

Dans un deuxième temps, le rapport aborde la mise en œuvre des actions de la Francophonie, autour des cinq axes d’intervention inhérentes à la Stratégie EFH, les résultats (quantitatifs et qualitatifs) obtenus. Y sont mises en avant les initiatives collaboratives avec des entités telles qu’ONU Femmes et le Réseau francophone pour l’égalité femmes-hommes, ainsi que d’autres réseaux institutionnels.

 

LES ENJEUX DE L’INEGALITE ET L’ENGAGEMENT DE LA FRANCOPHONIE :

L’espace francophone recèle une diversité culturelle porteuse de richesses mais également d’héritages sociaux affectant la notion d’égalité de genre. Le rapport détaille, dans ce contexte, des situations qui persistent malgré les avancées législatives et discriminent les femmes comme :

  • La participation des femmes au marché du travail avec des écarts de 20 % en moyenne par rapport aux hommes
  • L’autonomisation économique des femmes mise en difficulté car seulement 55 % des femmes en âge de travailler participent à la force de travail (76 % des hommes, selon les données de la Banque mondiale).
  • Les violences basées sur le genre persistent, avec des taux alarmants de violences domestiques et sexuelles. Environ 35 % des femmes dans l’espace francophone ont subi des violences physiques et/ou sexuelles au cours de leur vie, selon un rapport d’ONU Femmes.
  • L’accès à l’éducation fait partie des situations handicapant les perspectives économiques et sociales des femmes. Dans les pays francophones d’Afrique subsaharienne, près de 24 % des filles ne sont pas scolarisées.
  • L’impact des traditions culturelles (comme les mariages précoces et les rôles domestiques) affecte le quotidien des filles (déscolarisation) et limite leur avenir.
  • Les inégalités au niveau scolaire accentuent l’inégalité : le manque d’infrastructures éducatives, les violences sexistes et sexuelles en milieu scolaire, les obstacles financiers et le manque de sensibilisation sur l’importance de l’éducation des filles.
  • L’accès à la scolarisation connait des différences visibles au niveau de l’espace francophone. En Afrique subsaharienne, ce défi concerne les filles et les jeunes femmes lors de l’achèvement de leurs études secondaires et supérieures.

CINQ AXES D’ACTION :

Cinq axes ont été abordés, dans le rapport, pour définir la démarche en faveur de la promotion de l’égalité femmes hommes :

Axe 1 : PROMOUVOIR LES DROITS DES FEMMES ET DES FILLES VULNÉRABLES, ET LUTTER CONTRE TOUTE FORME DE DISCRIMINATION ET DE VIOLENCE 

  • PROMOUVOIR L’ACCÈS AUX DROITS PAR LA DÉLIVRANCE D’UN ACTE D’ÉTAT CIVIL :

Le rapport place l’inscription des jeunes filles à l’état civil comme un impératif que les autorités locales et les leaders d’opinion doivent soutenir pour garantir l’accès à des droits fondamentaux (le droit à l’éducation, le droit à un travail régulier, les droits politiques, la liberté de circulation ou encore la liberté d’accès à la propriété). « L’objectif est crucial : permettre aux filles de jouir des mêmes droits que les garçons à travers le bénéfice du droit à l’identité », justifie le rapport.

  • PRÉVENIR ET LUTTER CONTRE TOUTES LES FORMES DE VIOLENCES :

La Francophonie œuvre à la création d’un environnement sécurisant et respectueux pour les filles et les femmes. Comme exemples d’actions dans ce cadre :

  • Une présence aux côtés de l’Union africaine, à la campagne mondiale de l’ONU contre les violences faites aux femmes et aux filles, dans le cadre des 16 jours d’activisme du 25 au 10 décembre 2023
  • L’OIF soutenait la participation du secteur académique à la 3ème Conférence sur la masculinité positive organisée par l’Union africaine, les 27 au 28 novembre 2023, autour du thème : « Accélérer l’engagement autour de la convention de l’Union africaine sur la fin des violences contre les femmes et les filles ». 
  • LUTTER CONTRE LES STÉRÉOTYPES :

L’OIF mène des actions visant à lutter les discriminations envers les femmes et se basant sur la déconstruction des stéréotypes. « La Francophonie compte aujourd’hui 140 millions de femmes. À l’horizon 2050, elles seront 350 millions ». Les défendre passe, comme l’indique le rapport par la lutte contre les stéréotypes de genre « qui constituent les causes profondes de l’exclusion des femmes des domaines économiques, politiques et sociaux ».

Encadré : Une des actions emblématiques de la Francophonie a été la coproduction d’un cours en ligne ouvert et massif (CLOM) sur l’EFH avec l’appui technique de l’Université Senghor à Alexandrie, le premier de ce type à l’échelle de la Francophonie (sensibilisation de 5 124 personnes provenant de 94 pays aux enjeux de l’égalité femmes-hommes).

Le sport est également un moyen de déconstruction des stéréotypes de genre. Une intégration transversale des enjeux de genre a été intégrée par le Comité international des Jeux de la Francophonie (CIJF) dans le cadre de l’organisation des Jeux de la Francophonie de 2023 à Kinshasa.

Axe 2 : ASSURER UNE ÉDUCATION ET UNE FORMATION ET VALORISER LA PARTICIPATION DES FEMMES À L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET À LA RECHERCHE

  • ASSURER UN ACCÈS ÉQUITABLE À L’ÉDUCATION ET À LA FORMATION POUR TOUTES LES FEMMES ET LES FILLES :
  • Le programme IFADEM (L’Initiative francophone pour la formation à distance des maîtres) fait partie des projets majeurs dans ce cadre. Il a généré « un livret pour sensibiliser et former les enseignants et les directeurs d’école aux pratiques favorables à l’égalité entre filles et garçons, visant à créer un environnement scolaire plus inclusif et à encourager les jeunes filles à poursuivre leurs études et à s’orienter vers des filières traditionnellement masculines ».
  • La CONFEMEN a mené des actions en faveur de la participation des femmes à la recherche, et notamment aux filières scientifiques. La 60ème Session ministérielle de CONFEMEN, tenue du 22 au 26 avril 2024 à Abidjan, a permis d’approfondir la question de l’orientation des jeunes, notamment les filles, vers les filières scientifiques et technologiques, mais également de leur formation et leur employabilité.
  • L’OIF a déployé des activités en partenariat avec l’Institut africain des sciences mathématiques (AIMS) « portant sur l’amélioration de l’accès et la participation des femmes aux domaines d’études techniques émergents tels que ceux liés aux sciences, aux technologies, à l’ingénierie et aux mathématiques (STIM) ».
  • RENFORCER LA QUALITÉ DE L’ÉDUCATION ET DE LA FORMATION POUR LES FEMMES ET LES FILLES :

L’éducation inclusive et équitable passe par les actions menées au profit des enseignants et par la mise en place de ressources adaptées.

  • Le portail RELIEFH : une plateforme de partage de ressources éducatives mise à la disposition des enseignant(e)s et du personnel d’encadrement. « 216 ressources ont été publiées en 2023 et 2024, une nette augmentation comparée aux 48 ressources publiées entre 2019 et 2022 ».
  • Un consortium international d’établissements souhaitant s’engager dans une démarche de promotion de l’EFH (initié par l’AUF aux côtés d’ONU Femmes). Les travaux de ce consortium achevés en mars 2023 ont abouti à la production d’outils pratiques comprenant plus de 200 ressources documentaires multimédias francophones et gratuites sur la thématique de la promotion de l’EFH.
  • Le Réseau des centres régionaux francophones (CREF) et la Mobilité des enseignantes et enseignants de français ont élaboré un kit pédagogique « Vivre ensemble en bande… dessinée »
  • La mise en place d’une norme « Éducation-Égalité » pour des manuels scolaires sensibles à l’égalité femmes-hommes (développée par l’OIF en partenariat avec le Réseau Normalisation et Francophonie).

Axe 3 : FAVORISER L’AUTONOMISATION ÉCONOMIQUE DES FEMMES ET DES FILLES DANS LA PERSPECTIVE D’UN DÉVELOPPEMENT DURABLE ET D’UNE CROISSANCE INCLUSIVE

  • UN SOUTIEN RENFORCÉ ENVERS LES FEMMES ACTRICES DE LEUR AUTONOMIE :

« C’est dans cet esprit, et en réponse à la crise de la covid 19, que le Conseil permanent de la Francophonie, sur proposition de la Secrétaire générale de la Francophonie, a institué le 9 juillet 2020 le Fonds « La Francophonie avec Elles » (FAE). Conçu initialement pour une période de quatre années, ce Fonds a été pérennisé en 2023 pour renforcer l’autonomie financière et sociale des femmes ».

  • ŒUVRER POUR L’ÉGALITÉ DANS LES DOMAINES OÙ LES FEMMES DEMEURENT SOUS-REPRÉSENTÉES :

L’OIF a placé le numérique comme une priorité transversale dans ses projets au profit de l’égalité femmes hommes. Comme exemples ces deux projets :

  • Un atelier de réseautage pour femmes entrepreneuses francophones en Tunisie, en novembre 2023 a été initié par l’OIF, avec pour objectif : « renforcer leurs compétences entrepreneuriales et d’encourager la collaboration entre elles ».
  • Le projet D-CLIC valorise l’accès des filles et des femmes à la formation au numérique. « En 2023-2024, huit pays ont bénéficié du projet D-CLIC (Burkina Faso, République démocratique du Congo, Djibouti, Madagascar, Mali, Mauritanie, Sénégal et Tchad) ».
  • SOUTENIR L’ENGAGEMENT DES FEMMES POUR L’ENVIRONNEMENT :
  • L’Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD) a mené des formations au profit des jeunes femmes francophones afin de soutenir leurs projets dans des secteurs comme les TIC, l’eau, l’énergie, la construction, la foresterie, l’agriculture, l’industrie, la gestion des déchets, la mobilité urbaine, la finance durable et les biotechnologies.
  • Trois appels à projets ont été lancés en 2024, en Afrique centrale, afin de soutenir les initiatives environnementales dans les pays du bassin du Congo. L’objectif de ces appels est de soutenir les femmes porteuses de « solutions éco-innovantes mais aussi de promouvoir des projets climato-économiques intégrés ».
  • Une première formation dans le cadre de la phase 3 du FEDACAM a permis à une vingtaine de femmes maires, au Cameroun, de bénéficier d’une première formation « Genre et énergie », le 7 novembre 2023.
  • L’OIF apporte, également, « un soutien financier et technique aux associations et ONG œuvrant pour les droits des femmes à travers le Réseau francophone pour l’égalité femmes hommes ».

Axe 4 : PROMOUVOIR LE « LEADERSHIP », RENFORCER L’ÉGAL ACCÈS ET LA PARTICIPATION DES FEMMES DANS LA PRISE DE DÉCISION

  • UN PLAIDOYER ACTIF :
  • Le 4ème Forum africain sur les femmes, la paix et la sécurité, s’est tenu à Addis-Abeba, en 2023, pour mettre en avant les actions menées pour l’inclusion des femmes dans les processus de paix.
  • Les débats ont été inclus dans l’agenda « Femmes, paix et sécurité », dans le cadre d’une session d’information organisée à New York, en 2023, pour les conseillers militaires et les experts en opération de paix des Missions permanentes francophones. « Cette initiative a mis en lumière les dispositifs d’accompagnement pour les femmes francophones souhaitant participer aux missions de paix, renforçant ainsi leur rôle stratégique et opérationnel dans la paix et la sécurité ».
  • RENFORCEMENT DES CAPACITÉS DES FEMMES :
  • L’OIF a mené, en 2023, des négociations internationales sur le climat, la biodiversité et la désertification dans le but de « renforcer les capacités de 250 négociatrices des pays francophones en matière de prise de décisions environnementales ».
  • Une formation en leadership féminin et gouvernance politique a été menée au profit de 105 femmes candidates aux élections municipales de septembre 2023 en Côte d’Ivoire. En 2024, ce sont 135 femmes à Madagascar qui ont été formées à la participation politique et sensibilisées à l’engagement dans les processus électoraux. D’autres formations ont été organisées au Tchad et au Gabon.
  • 200 diplomates et fonctionnaires cambodgiens ont été formés (en français), pour renforcer la participation des femmes dans la haute fonction publique et dans les processus décisionnels.

Axe 5 : L’ÉGALITÉ ENTRE LES FEMMES ET LES HOMMES SUR LE PLAN ORGANISATIONNEL

  • SUIVI-ÉVALUATION DE LA PROGRAMMATION

Un outil de suivi et de désagrégation des indicateurs par sexe et par âge, a été mis en place. Il permet de « documenter les changements qualitatifs induits par chaque projet auprès des bénéficiaires cibles, notamment les femmes et les jeunes ».

  • ADAPTATION BUDGÉTAIRE

L’OIF place la femme comme prioritaire, dans sa programmation 2024-2027. « Cela se traduit sur le plan budgétaire par l’allocation des ressources aux projets. Des efforts ont été produits pour une plus grande efficacité des moyens mis en œuvre », précise le rapport qui rappelle que « l’ambition et l’urgence d’accélérer le rythme pour l’atteinte de l’égalité femmes-hommes requièrent des ressources financières importantes afin de produire des effets tangibles ».

  • LA PARITÉ DANS LES SPHÈRES DÉCISIONNELLES DE LA FRANCOPHONIE

L’OIF met en pratique son credo au profit de l’égalité à travers une parité femmes-hommes dans les postes décisionnels. « En matière de gestion des ressources humaines, l’Organisation promeut l’égalité des droits, des responsabilités et des opportunités pour tous, indépendamment de l’âge. En 2023 et 2024, le service des ressources humaines a activement travaillé pour assurer cette égalité dans les trois volets fondamentaux : droits, responsabilités et opportunités. (…) À ce jour, sur les 34 recrutements réalisés par l’OIF en 2023, 18 femmes ont été recrutées, représentant 53 % du total, un ratio qui a progressé en 2024 avec 67 % de femmes embauchées ».

  • UNE POLITIQUE DE PRÉVENTION ET DE LUTTE CONTRE LE HARCÈLEMENT

Afin de concrétiser sa lutte contre le harcèlement, « l’OIF s’est inspiré des recommandations et des bonnes pratiques internationales et a adopté, en septembre 2023, une politique de prévention et de lutte contre toute forme de harcèlement, afin de promouvoir et de favoriser un environnement de travail harmonieux et sûr, exempt de toute forme de harcèlement ».

  • UNE STRATÉGIE DE COMMUNICATION SENSIBLE À L’ÉGALITÉ FEMMES-HOMMES

L’OIF recourt à une communication mettant en exergue l’égalité entre les femmes et les hommes. Comme exemples : « Les portraits et les entretiens publiés valorisent autant les femmes que les hommes. De même, l’OIF veille au respect de la parité dans la représentation graphique, écrite, vidéo ou dans les réseaux sociaux et s’applique à lutter contre les stéréotypes de genre. Le respect de la parité est étendu autant que possible aux prix et concours ».

Le rapport élabore également, une vision stratégique pour la consolidation des résultats atteints et la mise en place de perspectives évolutives.

En effet, le Cadre stratégique 2023- 2030 privilégie une « approche intégrée de l’égalité » et repose, à la fois, sur un plaidoyer spécifique et sur la multiplication des actions (sur le terrain et au moyen d’un process inclusif). Quant à la programmation de l’OIF 2024-2027, elle détaille les actions à venir à partir des besoins et des objectifs à atteindre. « Il s’agit d’assurer que les effets et les impacts des projets déployés sur le terrain permettent de réduire les inégalités entre les femmes et les hommes, et d’accélérer les transformations sociétales », précise le rapport.

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L’égalité femme-Homme dans l’espace francophone- Dix ans d’actions et des perspectives dressées

Le Réseau francophone pour l’égalité Femme-Homme (RF-EFH) a tenu sa 3ème Assemblée générale au siège de l’OIF à Paris, les 11 et 12 décembre 2024. Retour sur les points marquants de cette consécration couronnant dix ans d’action au profit des femmes dans l’espace francophone.

Lors de l’ouverture, Mme Caroline St-Hilaire, Administratrice de l’OIF, a appelé à appuyer les synergies et à « mobiliser toutes les énergies pour accélérer les progrès vers l’égalité, les efforts indispensables à la paix et à la prospérité dans l’espace francophone ». Ce rassemblement a aussi été l’occasion de saluer l’engagement des membres du Réseau et leurs efforts collectifs au profit du statut de la femme.

Un bilan des initiatives réalisées en dix ans a été rappelé et les présents ont adopté les principaux aspects des actions à venir (dans la période 2024-2026). Des formations par thèmes et des campagnes de plaidoyer permettront de vulgariser certaines notions, de sensibiliser les sociétés ciblées et d’élaborer des partenariats utiles et impactants.

Encadré :

A l’issue de cette Assemblée générale :

  • Mme Marie Lydia Toto Raharimalala, représentante de FAWE Madagascar, a été élue Coordinatrice du réseau. Elle partagera sa responsabilité avec quatre nouveaux membres de la coordination.
  • RF-EFH a intégré sept nouvelles organisations appuyant ainsi la base collaborative du réseau.
  • Un manifeste intitulé « Pour une Égalité Femmes-Hommes ambitieuse et en action » a été adopté par les membres « réaffirmant leur engagement à intensifier les démarches concrètes pour promouvoir l’égalité ».

Le Réseau francophone pour l’égalité Femme-Homme est composé de soixante organisations présentes dans la société civile et servant de lieux d’échanges, d’actions et de plaidoyers dans l’espace francophone. Il se consacré à plusieurs problématiques féminines comme : « l’éducation des filles, la lutte contre les violences basées sur le genre, l’autonomisation économique, le leadership féminin en politique et le développement durable ».

Gras Parmi les objectifs du Réseau francophone pour l’égalité Femme-Homme, la participation à l’installation d’un « espace francophone plus juste et équitable, où l’égalité femmes-hommes demeure une priorité pleinement reconnue, garantie et effective ».

Ce rassemblement ambitionne, également, de mettre en place des outils de suivi et d’évaluation pour mesurer l’évolution en matière d’égalité dans l’espace francophone.

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Interview- Aziz Mebark (AfricInvest): L’optimisme au profit de l’Afrique

Le Tunisien Aziz Mebarek est un des acteurs du private equity, depuis plus de 25 ans. Il est à  la tête d’AfricInvest, un fonds transcontinental qui génère de la croissance pour le continent africain et pour ceux qui s’y intéressent. Interview 

Pouvez-vous nous présenter l’activité d AfricInvest et son mode de fonctionnement?

Nous sommes un investisseur en capital opérant sur le continent africain en private equity,  c’est-à-dire en intervention dans le capital d’entreprises privées non cotées. Nous renforçons les fonds propres des entreprises privées sur le continent pour essayer d’accélérer leur croissance. Nous intervenons, essentiellement, dans des entreprises qui sont bien placées dans leurs pays, pour en faire des acteurs régionaux panafricains ou même des acteurs qui vont au delà des frontières de l’Afrique. C’est le coeur de notre stratégie: investissement en capital pour faire, des entreprises partenaires, des leaders régionaux. En accompagnant, nous n’achetons pas d’entreprises mais nous reprenons une part minoritaire du capital. Quant à nos critères, nous regardons surtout la viabilité des plans de développement, l’état du marché, les ressources humaines qui vont devoir mettre cela en oeuvre…

Opérer dans des places économiques différentes nécessite une connaissance de la réalité des marchés et une forte capacité d’anticipation. Comment avez-vous développé cette expertise ?

Nous nous inscrivons dans le cadre d’une connaissance fine des secteurs dans lesquels nous intervenons afin d’y apporter une valeur ajoutée. Nous n’allons donc pas vers des secteurs dans lesquels nous n’avons pas de connaissances.

Nous n’avons, par exemple, pas investi dans les mines ou les industries extractives, non pas parce qu’elles sont inintéressantes mais parce que nous n’avons pas l’expertise nécessaire. Les choses se font donc par itérations successives . Notre croissance a toujours été une croissance organique. Nous avons toujours pris notre temps pour aller vers des segments nouveaux et vers des pays nouveaux, pour avoir du personnel local susceptible de s’ arrimer à un attelage qui grandit.

Qu’est ce qui vous a ramené vers l’Afrique?

Nous avons commencé notre activité dans des environnements que nous connaissions, c’est-à-dire l’Afrique du nord à travers la Tunisie, l’Algérie, le Maroc. Notre développement s’est fait de manière concentrique par rapport à ce que nous connaissions le plus. Ensuite, nous avons agrandi le cercle car être local, lie fatalement, nos capacités de grandir à nos frontières. En anticipant les besoins des entreprises de notre portefeuille implantées dans nos géographies historiques, nous sommes allés vers d’autres pays. En nous y installant, de nouveaux besoins se sont révélés et  nous sommes devenus locaux dans ces géographies nouvelles. Ce développement s’est opéré sur les 25 dernières années, au moyen d’une certaine anticipation, de l’analyse des évolutions et en se donnant les moyens de mettre en place une stratégie gagnante.

A votre actif 25 ans d’expérience dans le domaine du capital-investissement, quels ont été les marqueurs importants de l’évolution du marché des affaires en Afrique?

Le point le plus important, c’est la gouvernance qui s’est nettement améliorée. Il y a aussi l’émergence d’un secteur privé, l’écosystème qui entoure le monde des entreprises, notamment la logistique: les dessertes maritimes et aériennes… L’infrastructure primaire s’est améliorée et il y a plus de zones industrielles, plus d’infrastructures au niveau électrique… Nous disposons aussi de plus de ressources humaines de qualité.

Je pense qu’aujourd’hui, l’Afrique est encore un continent en devenir mais, au cours des vingt dernières années, il y a eu une remontée de talents exceptionnels dans les différents pays. En Tunisie par exemple, on continue à se plaindre de l’éducation mais, réellement, on continue à trouver des personnes d’un talent exceptionnel dans tous les domaines.

C’est ce qui permet à des activités comme les nôtres d’émerger et, à plus d’entreprises, de naître et d’exister. Ce qui ne s’est, en revanche pas fait dans les vingt dernières années (mais il y a un mouvement qui va désormais dans ce sens) c’est la progression de l’entrepreneuriat. Nous commençons, en effet, à entrevoir l’émergence d’un certain nombre de hubs entrepreneuriaux en Afrique notamment anglophone (le Cap a été précurseur, Nairobi, Lagos, le Caire… d’autres pays comme la Tunisie, le Maroc, le Sénégal sont en train d’émerger). Ce mouvement est à encourager et ce sont les politiques publiques qui doivent continuer à pousser dans ce sens. Nous essayons, quant à nous, d’apporter notre contribution à  cet écosystème entrepreneurial par des actions à but non lucratif, et en mettant en place des instruments qui peuvent accompagner les startups émergentes.

Vous êtes un acteur de l’économie internationale mais la Tunisie reste au centre de vos activités. Pourquoi ce choix?

C’est d’abord un choix de coeur. Mais, c’est aussi là que tout a démarré. La Tunisie  fait partie de la géographie que nous avons jugée pertinente pour nous. C’est un pays à gros potentiel qui est passé par une courbe en J prononcée et qui peut avoir un avenir brillant. Donc oui, la Tunisie fait partie de notre zone d’intervention et le continuera.

Vous représentez l’économie africaine auprès des acteurs majeurs de l’économie européenne. Quelles spécificités mettez-vous en avant? Lesquelles auriez-vous préféré ne pas occulter… ou ne pas avoir à avouer?

J’interagis avec plusieurs acteurs économiques africains et européens qui commencent à s’intéresser, de manière sérieuse, au continent africain. Ce que j’essaie de faire pour être honnête avec moi-même et avec les autres, c’est d’être factuel. Je n’ai jamais survendu les environnements dans lesquels j’opère. En revanche, j’ai toujours considéré, selon ce que j’espère être une analyse objective, que le continent africain est très prometteur et qu’il a un très fort potentiel. Quand je fais une analyse, je ne mens jamais par omission.  Toutefois, je suis de nature optimiste et je pense que nos actions à tous ont un grand apport, quand elles se conjuguent. On peut ainsi capitaliser sur ce qui est positif. Mais il y a toujours des points négatifs à ne pas occulter.

Qu’est-ce qui est donc perfectible, à votre sens?         

Le continent doit rattraper son retard, en matière d’infrastructure. Les choses s’améliorent mais cela reste insuffisant, en ce qui concerne la  santé et l’éducation. C’est également le cas pour la gouvernance. On peut voir ça comme un élément négatif ou comme un potentiel à saisir. Par contre, si on veut appréhender les défis, il faut les prendre de manière organisée, pays par pays, car ce ne sont pas des questions  à considérer d’un point de vue global.

Toutefois, s’il fallait trouver un point commun entre nos différentes problématiques, je pense que ce sera le brain drain des nos concitoyens qui quittent leurs pays, parce qu’ils n’ont plus beaucoup d’espoir. C’est un des sujets par rapport auxquels on ne peut pas démissionner. Même si on considère qu’on est en situation d’échec aujourd’hui, on ne doit pas abandonner nos enfants et les générations qui arrivent et les laisser en rade. En ce qui me concerne, c’est ma principale préoccupation aujourd’hui: faire en sorte que nos jeunes se projettent dans leurs pays, y vivent tout en étant ouverts au monde et regardent l’avenir avec optimisme.

En Tunisie, nous connaissons la problématique des diplômés qui n’arrivent pas à trouver un emploi, ce qui crée l’exode des cerveaux. A côté de cela, nous voyons que la Tunisie peut être une plateforme extraordinaire pour un ensemble de métiers et faire en sorte que ces différentes personnes qui sont chassées par les cabinets internationaux  puissent  être intégrées dans des aventures entrepreneuriales dans leurs pays et peuvent, à partir de leurs pays, conquérir le monde. J’en suis absolument convaincu. Comment y parvenir, c’est autre chose. Ce n’est pas facile mais je pense qu’il y a tous les ingrédients pour que ce que nous considérons comme des difficultés devienne des opportunités.

AfricInvest dispose de 10 bureaux dont 7 en Afrique. Quelle est la stratégie derrière ce développement international?

Nous sommes à Paris, Nairobi,  Tunis, Casablanca,  Alger, le  Caire, le  Lagos et Abidjan pour couvrir les différentes régions qui entourent ces pays. Bientôt, nous démarrons nos activités en Afrique du Sud.

Nous cherchons à avoir une couverture panafricaine, à partir de hubs qui nous permettent de rayonner sur les sous-région qui entourent les pays en question. A Abidjan, nous sommes bien positionnés pour intervenir dans la zone UEMOA et en Afrique centrale . A partir du Nigeria, nous travaillons au Ghana, au Liberia… Nous avons, aujourd’hui, un maillage relativement fin qui nous permet d’avoir une couverture pertinente du continent. Nous avons déployé nos fonds dans plus de 25 pays d’Afrique. En ayant mis en en place cette stratégie de proximité et d’acteur local dans ces différentes géographies, nous avons créé un maillage qui nous permet de baser nos investissements sur une connaissance fine des environnements dans lesquels nous intervenons. AfricInvest grandit donc de manière cohérente en apportant une connaissance fine des nouvelles géographies ou des nouveaux secteurs d’activité dans lesquels nous opérons. Pour ce faire, il faut progresser, développer, évaluer pour corriger et continuer ainsi à se développer. Ce n’est pas une stratégie mais c’est la mise en oeuvre d’une stratégie: être panafricain.

Comment envisagez-vous l’avenir d’AfricInvest?

Je pense que nous avons aujourd’hui une présence panafricaine pertinente et solide, mais nous ne sommes pas positionnés sur l’ensemble de la chaîne des valeurs des investissements. Nous envisageons de démarrer, en 2019, une initiative de venture, c’est à dire de nous rapprocher des porteurs de projets à contenu technologique. Nous pourrons ainsi investir dans un segment dans lequel nous n’étions pas présents, parce qu’il était très difficile de lever des fonds s’intéressant à ce secteur. Nous avons fait beaucoup de travail pédagogique pour amener de grands bailleurs de fonds à nous accompagner sur cette initiative. Nous avons, depuis deux ans, lancé une équipe qui a travaillé d’arrache-pied pour monter une structure qui j’espère verra le jour en 2019. Ca c’est un objectif immédiat, mais je suis, par rapport à l’avenir proche, relativement serein.

Par ailleurs, nous avons démarré une initiative de présence en France et quand je vois ce que nous avons fait durant les deux dernières années, depuis cette implantation, je pense que ça a été pertinent et que nous allons continuer sur cette voie. Nous avons été les premiers à prendre ce positionnement en faisant le lien entre différents continents et l’Afrique et ce segment sera suivi, je l’espère, par d’autres collègues, parce que c’est un segment qui mériterait d’être renforcé.

Dans les ventures, d’ailleurs, il y a des liens très étroits entre plusieurs géographies en Afrique et la Silicon Valley et j’espère qu’on arrivera aussi à intéresser la Silicon Valley au segment venture en Afrique du nord (qui reste un peu francophone). A l’avenir, nous continuerons à être un acteur panafricain, mais en élargissant les horizons et en faisant en sorte d’intéresser d’autres géographies à ce qui se passe sur le continent. On s’inscrit dans cette dynamique et on est un acteur parmi tant d’autres dans cette démarche. 

Vous faites partie des acteurs économiques importants du continent mais on sait peu de choses sur vous. Pourquoi ce choix de la discrétion?

Ce qui est utile, c’est ce que nous sommes en train de faire. C’est ma philosophie: être utile et apporter une réelle contribution. Ce qui importe, c’est l’action.

Tunisie : Le commerce illicite grève la croissance

Publié dans New African

Le secteur informel représente 35 % du PIB de la Tunisie. Il s’agit d’un manque à gagner important qui met à mal l’économie et impacte négativement son attractivité. Les réponses politiques se font attendre.

La Tunisie se situe à la 53place du classement réalisé par l’Alliance transnationale pour la lutte contre le commerce illicite (TRACIT), classement répertoriant les pays selon l’indice évaluant la capacité de 84 pays à se prémunir du commerce illicite.

Elle fait partie, à ce titre, des pays où l’informel occupe une proportion importante. Il ressort aussi de la même étude que 1,1 million de personnes en Tunisie auraient une activité professionnelle qui échapperait au contrôle de l’État et qu’en Tunisie, 30 % des produits de consommation proviennent de l’informel.

Essor du trafic frontalier

Par exemple, la contrebande du tabac représente 38 % des dépenses annuelles en cigarettes en Tunisie. La perte, d’un point de vue fiscal, avoisinerait 177 millions de dollars par an.

Aux origines de l’informel, figurent des raisons macroéconomiques spécifiques. Ainsi, la morosité économique a empêché de générer une activité attractive, susceptible d’englober les réseaux commerciaux, lesquels demeurent à la marge du formel. Les réformes, dans ce cadre, sont jugées insuffisantes.

Pour Robert Blotevogel, représentant du FMI en Tunisie, « la priorité est d’assurer que la situation macroéconomique reste stable. Ceci permettra d’attaquer les problèmes plus structurels afin de rendre le modèle tunisien plus inclusif pour ceux qui, pour le moment, n’ont pas réussi à s’insérer dans le système ». Et de préciser son rôle : « Notre expertise n’est pas de mettre en place des outils coercitifs contre l’informel, nous travaillons pour que le formel marche mieux. »

À cet effort partagé par les autres partenaires de la Tunisie, s’ajoute la lutte contre la corruption. Celle-ci est un moyen utilisé pour contourner les transactions commerciales classiques, les procédures administratives, les taxations, le contrôle douanier… Selon un sondage, 65 % des Tunisiens estiment que ce fléau est en augmentation.

En mai 2017, Youssef Chahed, a déclaré la guerre à la corruption et en a fait le moyen de lutte choisi pour contrer l’informel. Une volonté politique qui aurait permis d’identifier les barons de ce secteur et de procéder à des arrestations clés.

Or, « dans les pays où la perception de la corruption est importante, il est difficile de générer une croissance qui touche toute la population. Dans cette approche, le FMI s’est donné l’objectif d’aider la Tunisie à mettre en place les institutions qui aident le gouvernement à combattre la corruption. C’est notre plaidoyer depuis des années », commente le représentant du FMI en Tunisie.

La Tunisie, pays en transition politique depuis la révolution, et la Libye, pays instable depuis la chute de Kadhafi, entretiennent une relation commerciale des plus ambiguës ; les postes frontaliers de Ras Djedir et de Dhehiba Wazen sont les points de passage de la plupart des transactions illégales. Un phénomène d’échanges illicites renforcé par les grandes différences de prix entre pays limitrophes. Le plus souvent, les subventions de l’État créent un écart entre les prix qui favorisent ces trafics transfrontaliers.

L’État réagit

C’est le cas du carburant libyen qui bénéficie de subventions, lesquels en font un produit demandé en Tunisie, compte tenu de son bas prix. En effet, selon la Banque mondiale, le carburant importé de Libye représente 17 % de la consommation des Tunisiens. Du côté libyen, on affirme que le carburant libyen couvre 40 % des besoins tunisiens et que la perte que les achats hors marché occasionnent pour la Libye avoisine le milliard de dollars.

Dans l’échange informel de produits subventionnés, les États concernés perdent doublement : en payant pour des subventions qui ne profitent pas à ceux auxquels elles se destinent et en perdant ce qui devait leur revenir en taxes.

L’informel prolifère en Tunisie, en l’absence d’accords de voisinage relatifs aux tarifs de certains produits. Une collaboration plus accrue sur le plan commercial avec la Libye et l’Algérie serait susceptible, d’après les experts, de dynamiser les échanges formels et de réduire le marché parallèle.

Depuis mai 2017, le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, a déclaré la guerre à la corruption et en a fait le moyen de lutte choisi pour contrer l’informel.

Une volonté politique qui aurait permis d’identifier les barons de ce secteur et de procéder à des arrestations clés. D’après des sources douanières, cette politique aurait permis de générer un bénéfice de plus de 1 milliard de dinars pour les caisses de l’État. Une somme provenant des amendes et des saisies gérées par la douane tunisienne.

Toutefois, la société civile continue de critiquer la timidité de la volonté politique et la fragilité de la capacité de contrôle. L’effort étant concentré, d’un côté, sur les enjeux politiques et de l’autre, sur l’aspect sécuritaire, la situation ne peut que profiter à la prolifération du commerce illicite, en l’absence de démarches multisectorielles et interministérielles bien étudiées.

Tunisie : Le commerce illicite grève la croissance

Femmes, bonne fête quand même!

Tu te lèves le matin, tu regardes la date sur ton téléphone: 8 mars, jour de fête dans le monde entier. Sur les réseaux sociaux les fleurs envahissent l’écran. Les voeux te submergent. Tu n’as pourtant rien fait, à part être ce que la nature a décidé pour toi. Fête des femmes du monde. Pourtant dans ce monde, tous les jours c’est ta fête!

Au diable l’euphorie du jour, quand tu te rappelles que tu es en retard pour la démarrer ta vie de femme. Tu t’habilles; tu ne te coiffes pas, car le temps manque. Le temps manque toujours à ta journée de femme active. Hyperactive, tu dois l’être à défaut d’être dépassée par les événements. Ces événements qui vont toujours trop vite qui t’ont faite épouse, puis mère, qui t’avait faite fille de, qui t’ont donné, par le hasard des rencontres, des passions et qui t’ont inculqué, comme une fatalité indispensable à ton épanouissement, l’ambition.

Retour sur terre! Réveiller les enfants. Fait! Les aider à s’habiller. Fait! Les faire petit déjeuner. Pas fait, il faut bien qu’ils te fassent la fête un peu. Courir vers la voiture. Réduire ses rêves de femme à un seul: arriver à l’heure pour l’école. Passer pour une mauvaise mère serait mal vu, en ce jour « bien spécial ». Pourtant, un homme à ta place ne serait pas traité de mauvais père. Soit! On a appris à faire avec…

Faire avec, telle est la démarche qui te réconcilie avec ce monde trop dur avec toi et avec cette société où tu dois faire la dure. C’est ainsi que tu dois être pour ne pas te faire aborder dans les rues de la ville. Avoir une tenue pour le centre ville justement. Pas trop découverte, pas serrée, assez « respectueuse ». Tu la mets systématiquement pour tes virées « dépaysantes » dans des rues qui te ressemblent de moins en moins, des rues des fois hostiles à la femme, car emplies d’une admiration un peu trop débordante. Respectueuse en vers qui en fait? Tu ne le sais même plus mais tu t’y plies par facilité. Ca t’évite, les regards « dénudants », les répliques vulgaires, les réflexions tordues et les compliments insultants car insistants.

Ta ville tu l’aimes, mais tu la détestes. Parce qu’il y a encore des cafés pour les hommes qui jonchent ses trottoirs. Parce qu’elle est matriarcale mais machiste. Parce qu’elle est le reflet de ta société. Et dans ta société, il y a encore des filles qui épousent leur violeur. Il y a des femmes battues qui se taisent de peur de se retrouver sans foyer. Il y a des épouses trahies qui gardent cela pour elle pour garder une stabilité, elles dont les finances sont en mode précarité.

Pourtant la femme dans ton pays est fêtée doublement. Deux dates qui sont, chaque année, l’occasion de rappeler le Code du Statut personnel, les avancées bourguibiennes en la matière, les prouesses de femmes particulières et la particularité bien tunisienne de la gent féminine.
Deux fêtes, un CSP- jadis avant-gardiste – et un énorme décalage entre le texte et la pratique. Entre la rue et la télé, entre les articles vantant tes mérites et des pratiques sociales les rabaissant.

Peut-on être femme en étant individualité? Le propre de la femme est la générosité, c’est ce que disent, du moins, certains stéréotypes. Il n’y a pas lieu d’être euphorique donc, tant que le topo est en clair obscur. Tant que la société n’a pas suivi le mouvement de ses textes et que des femmes pâtissent ça et là de questions de genre devant avoir cessé d’exister depuis longtemps.

Tu cesses tes pérégrinations lorsque ton fils te demande de baisser le son de la radio annonçant à coup de chansons spéciales et autres voeux lancés à tout va. « Maman, est-ce qu’il y a une fête de l’Homme? », « Non, mon fils et c’est quand il y en aura une, qu’il y aura quelque chose à fêter! ».

 

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Médecins contre journalistes: Ces métiers nobles que l’on malmène

Je me suis endormie hier au rythme des notifications de mes amis médecins dénigrant, sur leurs pages, des radios de la place. La guerre est annoncée et elle prend des proportions corporatistes. Sommes-nous, nous journalistes, en guerre contre les médecins? Il semblerait que oui.

C’est ce que laissent, du moins, augurer les messages d’indignation, les menaces de réaction et l’annonce d’une grève décrétée par nos blouses blanches pour la date du 8 février.

Soutenir ma corporation ou celle des autres? Est-ce une manière adéquate de se positionner par rapport au conflit du moment? Ma réponse je l’ai eue ce matin en sortant de chez moi. J’entamais ma journée de journaliste et, elle, finissait sa nuit de permanence.

Elle avait sa blouse blanche et son stetho. Elle portait les cernes d’une fatigue nocturne et avait l’air hagard des internes au lendemain d’une nuit de garde. Elle a dû sauver des vies, soigner des malades. Elle a dû être patiente envers des patients souvent impatients.

Elle a dû pâtir encore une fois du manque de moyens et de la violence qui sévit dans nos hôpitaux. Elle a dû constater encore une fois la pénibilité de ce métier qu’elle a choisi, un métier noble et dur à exercer, doublement pour ceux qui y débutent.

Les périples d’une interne mise en garde à vue après des articles évoquant la mise dans la morgue d’un bébé encore vivant (et sorti vivant également), ont rappelé le grand impact de nos deux métiers. Eux impactant sur la vie humaine de ceux plaçant, entre leurs mains, leur santé et nous, impactant sur l’opinion publique au moyen d’articles de presse en lesquels des lecteurs ont foi.

Qui a failli dans l’affaire? Probablement ceux qui défendent bec et ongles sans se dire que l’erreur est possible de l’un et de l’autre côté. Ceux qui ont fait de deux faits divers (cette affaire et celle d’un médecin en garde à vue à Gabès) une guerre de corporatisme. Ceux qui diabolisent et ceux qui dénigrent. L’erreur est partagée, elle est humaine et ne peut faire l’objet de généralisations arbitraires.

En erreur donc les médias qui n’ont pas vérifié le fond de l’affaire, qui se sont suffi de la déclaration du père endeuillé et qui ont occulté le fait qu’il s’agisse de prématurité sévère et que des heures après sa sortie de la morgue un nourrisson (même à la santé normale) ne pouvait être encore en vie.

En erreur également, ceux qui essayent de défendre la confrérie aux moyens de campagnes organisées sur les réseaux sociaux au lieu d’éclairer l’opinion publique.
En erreur, aussi l’opinion publique qui fait la loi alors qu’elle fait dans l’injustice et l’impartialité.
En erreur le système qui se base dessus pour réprimer.

En erreur la répression au nom de la loi tant que le coupable n’est pas désigné comme tel.
Car au delà des métiers de chacune des parties afférentes à cette affaire, réside un constat affolant: celui que tout citoyen peut se retrouver en prison, en étant juste suspect.

Résultat de l’affaire, deux médecins ont passé leur weekend en prison comme de vulgaires criminels, comme s’ils allaient se défiler de la justice, comme s’ils allaient esquiver à la loi ou quitter le pays.
C’est cela les gardes à vue, et elles sont encore plus injustes en temps d’état d’urgence.

Ces abus tolérés au nom de la loi ont affecté cette fois-ci un corps de métier qui se veut solidaire pour le meilleur et pour le pire. Ils affectent régulièrement des citoyens sans soutien.
Et si bataille, il y a, ce n’est incontestablement pas les-uns contre les autres mais ensemble contre un système que nous tous subissons.

Il ne s’agit donc pas de la médecine contre le journalisme, ni des médecins contre l’opinion publique, mais de deux médecins et de certains journaux, de deux citoyens en somme et d’un abus réglementé.

Autrement, de part et d’autre, il serait intéressant que l’on cesse de travailler dans des environnements hostiles, au nom de la noblesse des missions incombant à chacun de nos métiers et de l’utilité publique qui, sauf Exception, s’en dégage.

 

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Si ce message te parvient c’est qu’ils n’avaient pas tout faux ceux qui disaient que les grands ne meurent pas

6 avril 2000, on enterrait Bourguiba.
6 avril 2016, on enterre Sghaier Ouled Ahmed.

Si ce message te parvient c’est qu’ils n’avaient pas tout faux ceux qui disaient que les grands ne meurent pas, que les artistes ne meurent jamais, que les poètes étaient immortels.

Moi, cette femme et demie que tu as vantée, moi cette Tunisienne que tu as chantée, moi ce vers exceptionnel que tu as composé, te charge, en ce jour triste, pour nous, délivrant, pour toi, de transmettre ce message à un autre grand qui, le même jour que toi, avait repris racine dans cette terre de Tunisie.

Sghaïer, dis-lui qu’il a combattu seul pour la Tunisie et que nous combattons tous pour elle, désormais. Pour sa liberté conquise puis perdue, pour ces statuts promulgués et mis à mal, pour son entité que l’on souhaite garder indemne, malgré tous les changements.

Dis-lui Sghaïer, que nous avons changé. Qu’il y a 16 ans, nous étions quelques centaines, quand il fallait lui rendre un dernier hommage, et que nous sommes des milliers, aujourd’hui, à lui faire honneur. Dis-lui que nous avons dépassé ses défauts, réalisé l’ampleur de ses paroles, compris, quelques décennies après, ses discours, fait abstraction de ses tics et réalisé enfin qui il était et quel projet de société ce visionnaire nous avait préparé.

Avise-le que le marketing politique a fait de son nom des produits dérivés partisans, que la politique l’a réintégré, dans sa logique de réhabilitation intéressée, comme fonds de commerce. Même sa statue déplacée retrouvera le centre de Tunis, prochainement. Moyennant quelques milliers de dinars, cette générosité posthume fera des émules et les émules feront des fans du bourguibisme revisité.

Raconte-lui Sghaïer comment nous avons pris les choses en main et comment nous essayons de ne pas perdre cela de vue. C’est bien qu’il sache que nous avons connu enfin la démocratie et que nous nous tuons pour qu’elle ne nous lâche pas. Nous nous tuons, non par l’image mais en vrai ! Des Tunisiens meurent encore pour que ce pays recouvre la liberté et que le drapeau reste rouge et ne se noircit pas. Relate-lui nos martyrs, nos deuils, nos couvre-feux. Nos sit-in, nos manifestations, nos slogans. Dis-lui les épreuves et les leçons, les promesses, les trahisons et la détermination. Dis-lui le peuple uni et l’apprentissage de la différence, les erreurs commises, les fautes de parcours et le parcours qui n’en finit pas de nous épuiser.

Récite-lui un de tes textes, il saura que nous savons désormais apprécier le patriotisme, le vrai. Qu’il ne se confond plus avec l’hypocrisie, l’arrivisme politique et les éloges qui maquillaient en mauve le rouge et réduisait la patrie à un unique parti. Récite-lui la femme, les réussites, Nobel, Habiba et Hédi. Le cinéma, la culture, les prix… Dis-lui nos victoires et ne lui parle pas de nos prochains combats. On attendra de les avoir gagnés, pour lui en faire état.

Sghaïer, n’oublie pas de lui dire que nous sommes, aujourd’hui, 12 millions ou presque à aimer la poésie, à savourer plus que jamais ta poésie. A bénir tes images et à brandir ton image dans un Jellaz rempli. Un vers truffé de style, que cette terre de Tunisie où tu seras enterré, où il a été enterré. Cette terre fertile, vous en êtes le fruit et la graine. Nous enterrons des talents et il en poussera d’autres, différents à chaque fois mais tout aussi étonnants. Des talents qui feront que se perpétuent, par nous, le respect pour les grands et que soit revisité, à travers eux, le sens de la Nation.

Hommage à lui, le père renié puis adopté de nouveau, à toi Sghaïer, le vers, et à Adel, la voix (animateur radio enterré le même jour).

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Insolite- Le sauvetage d’une clé USB en France fait le buzz en Tunisie

 

Le récit fait par Salah Fikri, jeune marocain, installé à Paris d’une aventure qu’il a eue la nuit du mardi 2 décembre a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Le jeune en question a perdu une clé USB où se trouvaient des documents importants. Apprenant qu’un service existe et permet de récupérer un objet tombé dans les bouches d’égout, il demande de l’assistance aux spécialistes en question. Le jeune homme a décrit les étapes de l’intervention qui a eu lieu dans les 20 minutes suivant son appel, le service étant considéré comme une urgence. Au final, sa clé USB a été « sauvée » et les « sauveteurs »  lui ont indiqué que c’était gratuit car dispensé par un organisme public.

Rien d’insolite en somme pour ce service en place depuis plusieurs années. Pourtant, sur la blogosphère tunisienne l’anecdote racontée sous le mode de la reconnaissance a été reprise en masse avec beaucoup d’admiration. Les nombreux commentaires que les photos ont générés relèvent entre autre cette notion de service, ce professionnalisme et cette approche de l’intervention d’urgence alors qu’il s’agit d’objets là où, ailleurs, l’intervention d’urgence n’est que notion alors qu’il s’agit d’humains.

 

 

 

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Crédit photo Salah Fikri

L’aïd. Encore une occasion pour nos politiciens pour aller « se faire voir » à côté d’ enfants en détresse

Encore une occasion pour donner des cadeaux devant les flashs et pour faire dans la sensiblerie, le temps d’un épisode populiste très préparé.

Aucun respect pour ces enfants, pour leurs droits et pour le droit à l’image de mineurs.

Tout est bon pour parvenir: de la stratégie on fera de la spontanéité, de l’arrivisme on fera de la philanthropie et du plus faible un bon tremplin.

Modernistes qui prônent la liberté et qui s’ingénient pour que soit écrasée celle de l’Autre

Gavants ces modernistes qui prônent la liberté et qui s’ingénient pour que soit écrasée celle de l’Autre, qui, au nom de la tolérance, crient au scandale si, à l’étranger, on les stigmatisait et qui, dans leur propre pays, stigmatisent l’Autre, qui sont capables des mensonges les plus saugrenus pour ne pas avouer l’erreur quand, de leur camp, elle vient et qui semblent croire que leur surenchère pourrait duper l’Autre.

Modernistes ai-je dit ou une pâle copie de ceux qui, pendant 23 ans, avaient créé l’autre…