Archives pour la catégorie Politique

Francophonie et diplomatie : Des perspectives multidisciplinaires

 Parmi les activités de l’OIF, figure une série de rencontres en lien avec le domaine de la diplomatie. Ces événements, générant des réflexions et des perspectives dessinées au profit de cette représentation, s’articulent autour d’un champ d’action commun : la francophonie, élément actif dans la sphère diplomatique et internationale.

L’expertise francophone, une place centrale dans le contexte international

Pour photo https://www.francophonie.org/bruxelles-les-ambassadeurs-francophones-evoquent-le-renforcement-du-multilateralisme-et-des-3577

Une première réunion plénière a été tenue par le Groupe des ambassadeurs francophones de Bruxelles (GAF-B), le 24 janvier 2025, sous la présidence de l’ambassadrice de Roumanie, Andreea Păstârnac, et en présence du ministre des Affaires étrangères de Belgique, Bernard Quintin. Plusieurs sujets en lien avec la place internationale de la francophonie ont été abordés. Cet événement a dressé, en partie, la feuille de route du GAF-B.

Lors de cet événement, le rôle stratégique de la Francophonie face aux défis géopolitiques actuels a été mis en avant. Rappelant que les relations diplomatiques entre la Belgique et la Roumanie fêteront, en 2025, leur 145ème anniversaire, le ministre belge a insisté sur l’importance de renforcer le multilatéralisme pour garantir un ordre mondial stable, dans un contexte international de plus en plus incertain. Il a salué les résultats du XIXᵉ Sommet de la Francophonie, tenu à Villers-Cotterêts et Paris en octobre 2024, qui placent l’OIF comme un élément actif et pertinent dans les processus de sortie de crise. Parmi les réalisations saluées, figure la création de l’Observatoire Boutros Boutros-Ghali, qui agira dans les domaines de la paix et de la sécurité, en se basant sur l’expertise francophone.

Le ministre belge a, en outre, insisté sur la nécessité d’une coopération efficiente et développée entre l’Union européenne et l’OIF, s’appuyant sur les valeurs communes de ces deux structures. Dans ce contexte, ont été rappelées des initiatives importantes de l’UE, comme la Facilité européenne pour la paix (FEP) qui se définit pour objectif l’action au profit de la sécurité internationale et la prévention des conflits ainsi que la stratégie « Global Gateway » qui agit, en accord avec les objectifs de développement durable des Nations unies, au profit du développement d’infrastructures durables multisectorielles (numérique, de l’énergie et des transports).

Le caractère éthique de l’IA a, également, été placé parmi les impératifs en lien avec le contexte international dans lequel l’action francophone est importante et utile car pouvant faire, de cette technologie, un outil inclusif et plus accessible (en français). Dans son allocution, le ministre belge a insisté sur la place que la francophonie doit acquérir dans ce domaine en développement, dans le monde entier.

Parmi les sujets abordés, lors de cette plénière, figure le renforcement du partenariat avec le continent africain. En marge de cet aspect, le ministre belge a été interrogé par les ambassadeurs présents quant à la réévaluation des relations entre l’Union européenne et les États-Unis à la suite de l’investiture de Donald Trump. L’importance d’une autonomie stratégique pour l’Europe a fait partie des éléments de réponses.

OIF-ONU : « Le Français de la diplomatie » 

 

La Représentation de l’OIF auprès des Nations Unies à New York, a lancé, le 28 janvier 2025, en collaboration avec le Département de l’appui opérationnel des Nations Unies, un cours intitulé « Le français de la diplomatie ». Il s’agit d’un programme destiné aux diplomates et aux membres des missions diplomatiques des pays membres de l’OIF pour qui le Français n’est pas la langue officielle. Cette initiative fait partie du projet « Langue française, langue internationale ».

Il s’agit d’un projet qui répond à la demande de nombreux diplomates et qui envisage d’appuyer l’action de l’OIF au sein des Nations Unies. Il rejoint la volonté du Secrétariat des Nations Unies de promouvoir le multilinguisme, à tous les niveaux des institutions internationales, et renforce ainsi les liens entre les deux entités.

L’objectif principal de ce programme est de permettre à ses disciples de renforcer leurs capacités linguistiques en français, afin que cette langue s’intègre dans leurs échanges professionnels. Les cours se tiennent à la fois au siège des Nations Unies et à la Représentation de l’OIF à New York. Les participants pourront bénéficier d’un contenu adapté à leurs compétences et fourni par des enseignants des Nations Unies.

https://www.francophonie.org/le-francais-de-la-diplomatie-une-nouvelle-formation-proposee-new-york-3583

GAF: Une présence francophone dans la gouvernance numérique

Ancrer les valeurs francophones dans les grands enjeux de l’agenda onusien, est un des objectifs du Groupe des Ambassadeurs francophones (GAF) qui s’est réuni, également, le 15 janvier 2025.

Parmi les autres priorités de ce rassemblement, figure la négociation de la « résolution biennale de l’Assemblée générale sur la coopération ONU-OIF », dont l’adoption est prévue lors de la 79ᵉ session de l’Assemblée générale. Cet axe majeur de la mobilisation du Groupe sera appuyé par la France, hôte du 19e Sommet de la Francophonie.

Le GAF qui a renouvelé, lors de cette réunion, la présidence de M. l’Ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, Représentant permanent de la RDC auprès des Nations Unies agit au profit du multilinguisme et vise une représentation francophone dans l’architecture de gouvernance propre à certains domaines stratégiques. Le Groupe prévoit, en effet, de se placer comme acteur important dans les discussions sur la gouvernance du numérique et de l’intelligence artificielle.

Dans l’agenda du GAF, figure la 4ème conférence sur le financement du développement (FfD4), prévue du 30 juin au 3 juillet 2025. Le groupe joue un rôle essentiel dans le processus préparatoire de cet événement qui représente une occasion de repenser l’architecture financière internationale. Cette réflexion vise de mettre en place un cadre de financement plus équitable et mieux adapté aux besoins des pays en développement confrontés aux vulnérabilités.

Doté d’une plateforme des Conseillers militaires, de police et d’experts en opérations de paix, le GAF fait, par ailleurs, de la stabilité, une priorité et prévoit de se mobiliser au niveau des enjeux linguistiques et interculturels dans les opérations de maintien de la paix de l’ONU.

Par ailleurs, le GAF se concentrera sur la révision du Conseil des droits de l’Homme, confiée à l’Assemblée générale des Nations Unies, afin de défendre une vision francophone et renforcer les liens entre New York et Genève. Le Groupe francophone a appelé à la mise en place d’un multilinguisme au niveau des différents processus de l’ONU.

https://www.francophonie.org/le-groupe-des-ambassadeurs-francophones-de-new-york-discute-de-ses-priorites-pour-2025-3574

Rappelons que le contexte international a été marqué, dans ce cadre, par les échanges autour des priorités du Président de l’Assemblée générale des Nations Unies (pour la reprise de la 79ᵉ session), ainsi que par la définition des priorités du Secrétaire général de l’ONU pour 2025.

Des procédures en faveur du multilinguisme

https://www.francophonie.org/GAF-new-york-entretien-avec-president-assemblee-generale-ONU-3518

Sous la présidence de l’Ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, Représentant permanent de la RDC auprès des Nations Unies, le Groupe des Ambassadeurs francophones (GAF) a aussi tenu une réunion en présence de plus d’une trentaine de délégations, avec, pour invité, Philémon Yang, Président de la 79e session de l’Assemblée générale des Nations Unies dont le mandat est placé sous le thème « L’unité dans la diversité ».

Cette vision stratégique a fait l’objet d’un débat centré sur les défis liés à la réalisation complète du multilinguisme à l’ONU. Le travail significatif de l’OIF pour promouvoir la langue française a été salué et, a été rappelé, l’engagement commun des deux organisations (OIF et ONU) en faveur du multilinguisme. Parmi les appels à l’action lancés par les membres du Groupe francophone, la mise en place de solutions pour lutter contre l’unilinguisme (y compris lors des réunions informelles de l’Assemblée générale).

Monsieur Philémon Yang a annoncé la création d’un groupe de travail dédié au multilinguisme, au sein du Bureau de la présidence de l’Assemblée générale, comptant, dans ce cadre, sur l’expertise du Groupe francophone.

Le « Pacte pour l’Avenir », adopté en septembre 2024 par les États membres de l’ONU pour revitaliser la coopération internationale a été réévalué par les personnes présentes. Les délégations francophones ont mis l’accent sur le rôle complémentaire des États membres et de l’ONU dans ce processus avec un focus sur les actions concrètes et l’engagement de tous les acteurs.

Télécharger PDF

Les élections tunisiennes à l’ère du Big Data: Laboratoire démocratique 2.0?

Internet a changé nos vies. Qui d’entre nous ne l’a pas constaté? Internet a changé nos démocraties voilà un constat que nous commençons à peine à faire.

Ceux qui ont utilisé les moyens technologiques à des fins électorales l’ont, eux, compris avant les autres.

En Tunisie et alors que le premier tour des élections présidentielles vient de s’achever, il demeure de nombreuses interrogations quant aux résultats. En vue des législatives imminentes, il est intéressant de réfléchir à des réponses en lien avec un contexte international ayant connu l’influence du big data dans les enjeux décisionnels.

A regarder de près la scène politique tunisienne, l’on se rend compte de l’émergence d’une nouvelle classe politique, une catégorie nouvelle, peu connue. Cette nouvelle catégorie de « politiciens » est étonnante par l’inadéquation entre son action politique minimaliste et les résultats des urnes en sa faveur, déconcertante par son absence sur le terrain et par sa présence en tête des sondages, inquiétante par le décalage entre l’opacité de son mode opératoire et la clarté qu’impose l’exercice politique aux yeux de citoyens composant avec un passé politique révoltant.

Les présidentielles qui se sont tenues le 15 septembre 2019, en Tunisie, ont vu la montée de deux phénomènes considérés, jusque-là, dans le cadre de l’adversité, comme des épiphénomènes. En l’absence d’un parti les soutenant, sans structure ni hiérarchie, ni ramification régionale, en l’absence d’un passé politique ou d’actions militantes, sans engagement aucun à une cause précise, ces deux candidates étaient, aux yeux du commun  des Tunisiens, face à des figures politiques connues et des structures partisanes ayant pignon sur rue, les erreurs des sondages les donnant, depuis plus de six mois, pour favoris.

Certes Nabil Karoui (ayant obtenu 15,6% des voix) a misé sur l’action sociale (son association de bienfaisance) et la propagande médiatique( à travers sa chaîne de télévision) pour gagner en popularité, mais il n’est pas parti de rien en termes d’image. Il a juste fallu amplifier sa renommée d’une manière stratégique et apposer à l’étiquette des affaires celle de l’engagement social au profit de la classe démunie. Un ciblage artisanal, en somme, mais qui tient compte d’une nouvelle donne:

Le clivage en Tunisie n’est plus idéologique, mais social, il ne se rattache plus aux idées, mais au quotidien, à la subsistance.

Pourtant, en Tunisie, de nombreux partis, hommes politiques et leaders d’opinion continuent aujourd’hui à évoquer une opposition progressistes/ islamistes. Cela est très loin de la réalité et ceux qui ne l’ont pas compris se sont vus pénalisé lors des dernières élections. La cartographie politique a changé et le clivage aussi. L’on peut même pousser la réflexion: la différenciation des tendances politiques gauche droite est amenée, elle aussi, à être revue, compte tenu du désir de renouveau insufflé par les urnes dans de nombreux pays.

Pour revenir au contexte tunisien, baignant en plein anachronisme, lesdits progressistes s’étaient avancés vers la date fatidique du 15 septembre, en s’entretuant et se sont vus au final dépassés de loin ( avec 18,4%)par un enseignant universitaire à peine connu pour ses interventions de spécialiste en Droit constitutionnel dans le cadre du journal télévisé de la chaîne nationale. Elément de renommée: sa voix monocorde et son intonation très particulière. Sans programme politique clair, sans présence outre-mesure sur le terrain, sans présence médiatique, sans discours politique transcendant, sans vision globale pour l’avenir de la gestion du pays,  Kais Said a remporté le premier tour, loin devant ses concurrents.

Kais Said est un réel phénomène, un cas d’école, le contre-exemple pour l’archaïsme politique, peut-être le prototype pour « la politique de l’avenir ».

On peut réussir sans grosse machine (apparente), sans capacités humaines (visibles), sans grandes tournées électorales (réelles), sans serrer des mains et taper sur les épaules. Kais Said est un OVNI politique, un OPNI , il est la preuve que la légitimité et la renommée ne vont pas forcément de pair et que les modes de fonctionnement de l’action politique classique peuvent s’avérer inefficaces.

Les législatives verront probablement la montée d’un autre OPNI, Ich Tounsi, mouvement qui se différencie, substantiellement, des partis et qui semble gagner du terrain, avec l’assurance de celui qui maîtrise les données menant au résultat escompté.

Alors que la date du 2ème tour avance à grands pas vers une opinion publique encore déconcertée, l’accointance de certaines parties politiques avec des entreprises étrangères fait polémique. Ont en effet, fait surface, des documents attestant d’une collaboration entre les candidats Karoui et l’initiatrice du projet Ich Tounsi et le parti Ennahdha avec des sociétés américaines opérant dans le secteur du marketing de l’image et du lobbying. Le savoir-faire étranger en matière de marketing électoral ne serait donc pas si lointain des candidats à la présidentielle…

Les parties n’ayant pas eu recours à pareils services n’ont peut-être pas échoué par manque de compétence mais pour non équité dans la pratique de la chose politique.

Pratiques politiques classiques face aux pratiques innovantes, l’archaïque face au 2.0…

Le monde a connu des victoires politiques surprenantes bien avant la Tunisie. Cela avait fait l’actualité lorsque des affaires d’utilisation de données avaient été dévoilées au grand jour. Le big data, les données collectées, ont rendu plus facile l’accès aux citoyens internautes. Potentiels électeurs sont désormais identifiés, le discours vers eux est plus direct, mieux ciblé, quasi personnalisé. En plein dans le mille, et c’est bien plus efficace qu’une tournée préélectorale dans le marché du village. Il suffit de taper sur Google Cambridge Analytica, de scruter les changements politiques dans le monde… On remarquer la montée souvent inattendue de forces nouvelles, dudit antisystème.

On remarquera que l’antisystème ne s’oppose clairement plus au système dans son essence, mais essentiellement à sa conception et à son mode d’action.

L’action politique efficiente a-t-elle connu une grande mutation? Ceci n’est pas de l’ordre du complotisme, ni de la spéculation. De nombreuses sociétés de par le monde proposent aujourd’hui leur service, à celui qui veut l’acheter, pour faire gagner des électeurs comme on fait gagner à une entreprise des clients. Marketing politique innovant ou détournement de la démocratie? Cela est incontestablement une menace pour les pays concernés quand les candidats aux scrutins y ayant recours ne sont pas les meilleurs décideurs de demain. Trump, phénomène politique, en exemple. Le Brexit en cas pratique. L’Inde en spécimen de taille. Les victoires surprenantes et les opinions publiques à la ramasse, en résultat.

La Tunisie sera-t-elle, quant à elle, le premier laboratoire arabe de la démocratie 2.0?

 

 

Aminata Diop, ambassadrice de l’afrique créative

Installée entre et Paris et Marseille, la Sénégalaise Aminata Diop-Johnson fonde, en 2017, l’Agence culturelle africaine (ACA). Consciente que l’Afrique n’occupe pas, au sein des manifestations culturelles, une place à la hauteur de ses talents, elle décide de travailler à offrir plus de visibilité aux artistes africains.

Pourquoi vous être investie en faveur de la culture d’Afrique et plus particulièrement du cinéma africain ?

Aminata Diop-Johnson : Je dis souvent que je suis devenue entrepreneuse par hasard et que je me suis découvert une âme d’entrepreneuse. Tout a commencé par une belle rencontre en 2010 avec une femme formidable, Bénédicte de Capèle, directrice de l’ADIAC (Agence d’information de l’Afrique centrale) et qui m’a demandé de les accompagner dans leur volonté de promouvoir les auteurs de l’Afrique centrale. C’est ainsi que nous avons créé ensemble l’espace Livres et Auteurs du Bassin du Congo et que nous avons donné de la visibilité à la littérature africaine, de 2010 à 2016, au Salon du Livre de Paris. C’est ensuite en 2017 que j’ai décidé de fédérer plusieurs pays africains autour d’un même projet et au sein d’un même espace en créant le Pavillon des Lettres d’Afrique.

Par ailleurs, parce que l’Afrique est riche dans sa diversité culturelle, l’ACA répond également à la demande de sa jeunesse en élargissant son champ d’action aux autres industries culturelles et créatives, dont le cinéma. Je dois reconnaître que j’ai eu une chance extraordinaire qu’un film sénégalais Atlantique de Mati Diop (film accompagné par l’OIF) fasse partie de la sélection officielle du Festival de Cannes l’année où j’ai décidé de lancer avec le soutien de TV5Monde, un Pavillon Africain porté par le Sénégal à Cannes.

Cela a permis au Pavillon d’avoir une grande visibilité en 2019, et de reconduire sa présence en 2020 sous une forme numérique.

Que pensez-vous de la présence du cinéma africain à l’international, notamment dans les festivals ?

S’il n’y a pas beaucoup de films dans les festivals de cinéma internationaux, c’est parce qu’il y a un problème de financements. Les cinéastes africains n’ont pas les plateformes et les structures adéquates (du type Unifrance, Wallonie Bruxelles image, German films, etc.) pour fédérer des professionnels sur des festivals internationaux et leur permettre de lever des fonds pour faire des films de portée internationale. L’un des objectifs de l’ACA est d’offrir aux professionnels africains un lieu de rencontres où ils peuvent travailler sur le financement des films, la recherche de partenariats et de coproductions. C’est aussi un lieu où les gouvernements peuvent présenter leurs initiatives en faveur du cinéma.

Le Programme TCA (Talentueuses Caméras d’Afrique) lancé en 2019 par l’ACA dans le cadre du Festival de Cannes, permet par exemple aux cinéastes sélectionnés de bénéficier d’un programme de rencontres spécifiques et d’ateliers de formation avec des experts.

Nous les accompagnons ainsi sur la promotion et la compréhension des mécanismes du cinéma et de la coproduction. Grâce aux sélections 2019 et 2020, douze projets francophones et anglophones ont été valorisés.

Vous êtes en contact avec de nombreux cinéastes du continent. Quels sont les requêtes et les souhaits qui reviennent le plus souvent ?

Ce qui revient souvent ce sont les difficultés qu’ont les cinéastes pour se faire financer. Nous avons, d’ailleurs, récemment travaillé sur le sujet à travers deux panels : l’un avec le Centre national du cinéma (CNC) intitulé « Nouvelles opportunités de financement pour les réalisateurs et producteurs des pays ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique) » et l’autre en partenariat avec SENTOO, qui concerne la promotion des coproductions Sud-Sud.

L’autre écueil qui revient, c’est l’accès à la formation dans les domaines de l’écriture de scénario, de la production et de la réalisation.

Beaucoup de jeunes professionnels n’ont pas accès à des ateliers de formation. Mais je tiens à saluer le travail d’incubateurs tels que Ouaga Film Lab ou Up Courts-Métrages et Forum Média Centre au Sénégal. On assiste aussi aujourd’hui à l’éclosion de nouvelles initiatives comme SENTOO, un programme de coopération Sud-Sud dédié à la coproduction entre les pays d’Afrique subsaharienne et les pays d’Afrique du Nord.

Au niveau institutionnel, est-on suffisamment conscient de l’importance de la représentativité artistique pour le rayonnement du continent ?

À l’instar de « Livres et Auteurs du Bassin du Congo » qui a été porté par le Congo, le Pavillon des Lettres d’Afrique a été porté par la Côte d’Ivoire, et le Pavillon des Cinémas d’Afrique par le Sénégal.

L’implication de ces 3 pays et la présence d’autres nations à leurs côtés démontrent que les gouvernements africains ont conscience aujourd’hui que la culture est un vecteur important de développement économique. Encore une fois, l’impact médiatique mondial de la sélection du film de Mati Diop à Cannes montre l’importance de la culture et, en l’occurrence, du cinéma pour le rayonnement d’un pays.

Quel est votre prochain challenge en matière de cinéma africain ?

Notre expérience du Marché du film en ligne a été formidable et riche d’enseignements cela nous a permis de faire participer des personnes qu’on n’aurait jamais eues en présentiel. Nous avons réuni, notamment, des intervenants et des participants des cinq régions géographiques de l’Afrique que nous aurions eu du mal à rassembler pour des raisons de visas et de budget.

Nous travaillons avec nos partenaires à la création d’une formule hybride de notre Pavillon pour maintenir une version numérique.

L’idée étant de continuer à informer un maximum de professionnels et d’offrir aux institutions la meilleure plateforme de promotion possible. Nous souhaitons poursuivre notre collaboration avec les grands festivals internationaux tels que Berlin, Venise, Toronto, Locarno, sans oublier les festivals francophones comme Angoulême, Namur, Annecy, etc. Et cela va de soi, les grands rendez- vous africains comme le Fespaco, Écrans Noirs, Recidak et Dakar Court.

Citation :

« Parce que l’Afrique est riche dans sa diversité, l’Agence culturelle africaine répond à la demande de sa jeunesse en élargissant son champ d’action aux autres industries culturelles et créatives, dont le cinéma »

 

« Le Programme TCA (Talentueuses Caméras d’Afrique) lancé en 2019 par l’ACA dans le cadre du Festival de Cannes, permet aux cinéastes sélectionnés de bénéficier d’un programme de rencontres spécifiques et d’ateliers de formation »

Télécharger PDF

Karoui en tête des sondages: Un cadeau pour Youssef Chahed

Le sondage Sigma du mois de juin a désarçonné. Et pour cause, plus de 50% des voix semblent favoriser des candidats contestés par l’opinion publique: Abir Moussi, pour son parcours idéologique certes constant mais présentant un peu trop d’accointances avec le régime Ben Ali. Le juriste Kais Saïd, pour l’aspect infondé de sa présence sur la scène politique. L’homme d’affaires Nabil Karoui, pour son action de propagande télévisée pré-électorale.

Si on s’en tient aux arguments de ladite opinion publique qui s’élève contre ce sondage, aux élections à venir, la Tunisie tanguera entre la passéiste, l’usurpateur et le machiavélique.

Topo alarmant, incontestablement! Mais…

Pareil sondage ne peut se lire sans une approche comparative. Pas seulement par rapport à des expériences électorales étrangères mais aussi par rapport à la propre expérience tunisienne, aussi limitée soit-elle.

Revenons à l’élection de 2014, à quelques mois avant celle-ci, au sondage Sigma de J- 6 mois. Celui-ci donnait, pour gagnant, Mehdi Jomaa, avec plus de 30% avant Beji Caid Essebsi qui arrivait 2ème des intentions de vote avec 6% en moins. Nous savons tous que, 6 mois plus tard et quelques manoeuvres politiques ensuite, la tendance s’est inversée au profit de l’actuel président de la République.

En France, six mois avant l’élection d’Emmanuel Macron (avec plus de 66% de voix, au 2ème tour et 24 au premier), les sondages donnaient, pour gagnant, François Fillion, avec plus de 30% pour l’un contre près de 13% pour l’autre.

En 2016, aux Etats-Unis, les sondages avaient donné, pour gagnante, Hillay Clinton contre le fortement contesté Trump. La suite, nous la connaissons tous.

Que de renversements de tendances!

Ceci ne peut que nous rappeler  que les sondages ont cet avantage de changer la réalité du terrain qu’ils sont censés, en amont, représenter. Plus ils choquent, plus ils sont susceptibles de contrecarrer  leurs propres prémonitions.

Déboussolés, bon nombre de  Tunisiens ont découvert, ce 12 juin 2019, une nouvelle cartographie politique et ne se sont pas reconnus dans la direction vers laquelle tire la majorité.

Quelle est donc cette majorité locomotive de l’avenir de la Tunisie et vers quel avenir traîne-t-elle le pays? Selon ce que semble révéler le sondage précité, « il s’agit de votants issus des régions reculées du pays et de personnes ayant un niveau d’instruction limité ». Stigmatisant? oui, surement!

Toutefois, cela démontre les conséquences du décalage existant entre le discours politique et ceux pour lesquels il se prédestine, entre l’action politique centralisée et les frustrations d’une grande frange de la population pas si spectatrice qu’elle ne le parait.

Cela semble avoir échappé à certains politiciens, mais cela n’a pas échappé à quelqu’un comme Nabil Karoui.

Idéologie versus cartographie socio-économique:

Lors des précédentes élections, c’est dans la dichotomie idéologique que l’on a puisé un fonds électoral gagné par crainte et non par conviction. Soucieux tantôt d’écarter les islamistes et tantôt d’éloigner, de la sphère décisionnelle, l’état d’esprit de Marzouki, les Tunisiens ont été nombreux à voter BCE et Nidaa.

A ce stade, l’argument idéologique semble être passé de date et de l’eau a coulé sous les ponts, réhabilitant certains des proscrits d’hier. En l’absence de réels programmes politiques et de vraies solutions et face à un Tunisien à bout de souffle et en attente d’une sortie de crise imminente, elles sont nombreuses les figures politiques qui peinent à trouver un nouveau fonds de commerce idéologique à présenter comme appât.

Cela Nabil Karoui l’a, indéniablement, compris. Son interlocuteur: Le « zaweli », ce pauvre Tunisien martyrisé dont on chante les louanges avant chaque échéance électorale et à chaque fois que flanche la côte de popularité des décideurs. La crise économique a fait de ce zaweli une icône représentant une multitude de personnes issues de la classe défavorisée qui suffoque et de celle moyenne qui peine à émerger. C’est à lui et rien qu’à lui que l’ambitieux homme d’affaires s’est adressé, des mois durant.  Ca en fait des votants!

Pour transmettre son message, Nabil Karoui n’a pas envahi les plateaux, lui et ses acolytes, n’a pas rempli des salles lors de rencontres et de congrès, n’a même pas lancé de parti -encore… Un canal a suffi: la chaîne de télévision dont il est le fondateur.

Fin avril, la Haute Autorité indépendante de la Communication audiovisuelle ( Haica) somme Karoui d’arrêter la diffusion de sa chaîne. Celui-ci crie au scandale, victime, selon ses dires, d’un complot contre lui, contre ses projets…  contre les zwewla dont il fera, depuis ce jour, partie intégrante. Le statut de la victime tombait à pic et il convient bien au « père des zwewla de Tunisie » qui, des mois durant a procédé à des distributions de denrées alimentaires, de repas chauds et de nécessaires de survie.

Et le gagnant est…

Il serait, à ce stade, biaisé de dire que celui-ci ne peut pas se présenter aux élections et la manoeuvre visant la mise en place d’une loi sur mesure pour l’en écarter ne sied pas à la Tunisie démocrate à laquelle tout un pays aspire.

Il conviendrait mieux d’étudier les choix dont on s’offusque, car il n’y a de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre et il n’y a de plus désespéré que les votes sanctions que le vote par dépit. C’est le vide politique qui est à l’origine des choix électoraux les plus inattendus et la nature n’aimant pas le vide,  celui-ci ne profite qu’aux choix « contre nature ».

Dans ce contexte interloqué, le grand gagnant serait Youssef Chahed, à qui on aura présenté, ce 12 juin, son argument de campagne majeur: être le candidat de l’anti-usurpation, le candidat du critiqué mais rassurant « establishment »… un peu comme BCE avait choisi l’argument faisant de lui l’alternative des anti-islamistes. Joli coup de com’ pour lequel BCE doit beaucoup aux conseils de Nabil Karoui…

Quant au favori des sondages, en as de la communication, il n’a surement pas encore dévoilé toutes ses cartes.

 

 

Interview de Omar El Behi, ministre du Commerce (Tunisie)

La Tunisie intègre le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa). Pour le ministre du Commerce, Omar El Behi, la multiplication d’accords bilatéraux permettra à ses entreprises d’exporter leur savoir-faire et de participer à l’essor de pays à fort potentiel.

Pourquoi la Tunisie a-t-elle rejoint, en juillet 2018, le Comesa ? 

Nous sommes ravis d’avoir intégré ce consortium important qui regroupe 21 pays ; la Tunisie étant le 20e pays et, le 21e, la Somalie. L’espace regroupe plus de 500 millions d’habitants, donc plus de 500 millions de consommateurs avec une croissance moyenne importante et avec un potentiel de croissance future important.

La Tunisie, dans sa politique générale de développement, entend diversifier ses échanges. Actuellement, le principal partenaire économique de la Tunisie est l’Union européenne, qui représente plus de 69 % de nos exportations. Pour diversifier nos exportations, nous avons choisi de nous orienter vers le marché africain. Aujourd’hui, l’Afrique subsaharienne représente moins de 1 % de nos exportations ! C’est pour cela que le potentiel est énorme avec ces pays, que ce soit dans le cadre du Comesa qu’auprès des pays de la Cedeao.

La Tunisie présente une bonne productivité par rapport à ses partenaires. Ce qui prouve que les échanges et l’ouverture économique vers l’Afrique ne vont pas se dérouler au détriment du pays. Nous en sommes convaincus.

Au niveau du Comesa, ce qui est important aussi, c’est que nous concevons nos rapports dans un esprit gagnant-gagnant, dans l’intérêt de chacun. Il ne s’agit pas de destinations pour exporter nos marchandises, mais nous y voyons plutôt un moyen pour construire des relations bilatérales. Nous pouvons exporter, mais aussi importer, favoriser des échanges culturels, des échanges économiques, des échanges de propriété intellectuelle, dans la Santé, l’industrie agroalimentaire…

Dans le cadre de la diversification de ses relations diplomatiques, de ses relations commerciales, la Tunisie veut être plus présente dans ces régions. Et nous voyons qu’elle est bien acceptée, tandis que d’autres demandes ont été refusées !

Pourtant, la Tunisie est-elle assez compétitive pour aborder les marchés africains ? 

Oui, nous avons une assez bonne connaissance de ces marchés. Par rapport au potentiel de croissance de ces pays, il faut réfléchir à l’avenir. D’un point de vue agricole, par exemple, ces pays regorgent de ressources mal exploitées ; nous pouvons développer ensemble une production agricole et agroalimentaire beaucoup plus importante grâce au savoir-faire des industriels tunisiens.

Qu’exporte la Tunisie en direction de ce continent ? 

Trop peu, nous venons de le voir. Une fois que les relations commerciales seront améliorées, le secteur privé prendra la suite. Les acteurs du secteur privé se montrent ravis de cet accord avec le Comesa et entendent aller de l’avant. Nous attendons, de notre côté, l’accord définitif de l’Assemblée nationale à laquelle le projet de loi a été présenté, comme c’est le cas pour tous les accords multilatéraux. Je pense que, dans quelques mois, il entrera en vigueur.

Dans ces pays partenaires, au niveau agricole et agroalimentaire, nous pouvons participer à beaucoup d’investissements. La Tunisie a des groupes importants dans ce domaine qui sont déjà présents en Afrique de l’Ouest et qui veulent investir encore en Afrique. Ce qui pourrait être intéressant,

c’est de faire des investissements en Tunisie qui peuvent être tripartites avec des pays de l’Union européenne ou des pays du Golfe qui peuvent venir investir en Tunisie et exporter vers les pays du Comesa. Cela peut être utile, notamment, en relation avec les pays anglophones avec lesquels la Tunisie n’a pas beaucoup d’échanges.

Que comptez-vous faire pour pousser les Tunisiens à mieux connaître les subtilités du marché et surtout pour accompagner ce mouvement en se diversifiant vers « ces Afriques » (anglophone, lusophone, etc.) ? 

Deux représentations diplomatiques nouvelles vont s’installer en Tunisie. Le Cepex (le Centre de promotion des exportations) ouvre, quant à lui, deux bureaux de liaison dans deux pays d’Afrique, au Nigeria et en Côte d’Ivoire. Ils seront mis à disposition de nos chefs d’entreprise.

D’autre part, nous voulons encourager les missions itinérantes réalisées avec le secteur privé vers ces pays. Nous venons de conduire une mission à Addis-Abeba avec des hommes d’affaires tunisiens. Nous pensons faire la même chose avec d’autres groupes à destination du Kenya, du Rwanda, de la RD Congo. Je vous rappelle que STEG International a installé tout le circuit d’exploitation de l’électricité au Rwanda ! La société tunisienne a apporté son savoir-faire et y a gagné de la reconnaissance. Nous pouvons développer davantage ces relations avec des groupes de cette envergure ou avec des bureaux d’études tunisiens comme Africinvest, Comete Engineering et d’autres groupes.

La Tunisie a des atouts dans l’univers du numérique, dans l’enseignement, dans les soins médicaux. Intégrez-vous ces facteurs dans votre conquête des marchés africains ? 

Je n’aime pas trop le mot conquête, parce que, pour nous, il s’agit de partenariat gagnant-gagnant ! Autrement, oui, nous évaluons les possibilités selon ces atouts. En avril 2018, s’est tenu à Tunis le Forum économique africain. Nous en organiserons une deuxième édition, en juin 2019, et nous voudrions développer notre stratégie autour de ces cinq piliers : le secteur agroalimentaire, la Santé, l’industrie pharmaceutique, les TIC, et l’enseignement supérieur. Nous avons un potentiel de croissance important.

La Tunisie subit une crise financière. Comment affrontez-vous cette situation intérieure tout en ayant l’ambition de vous investir ailleurs ? Ne prenez-vous pas le risque d’une dispersion de moyens et d’énergie ? 

En matière de compétitivité, nous avons, récemment, réalisé une étude de laquelle il ressort que la Tunisie a une bonne productivité par rapport à ses partenaires. Ce qui prouve que les échanges et l’ouverture économique vers l’Afrique ne vont pas se dérouler au détriment de la Tunisie. Nous en sommes convaincus. La situation économique du pays est difficile, mais, par rapport aux années précédentes, nous constatons une amélioration. Le rythme de croissance, au deuxième trimestre 2018, ressortait à 2,8 %. En 2017, le PIB a augmenté de 1,9 %, contre 1 % en 2016.

Certes, cette amélioration se double d’obstacles, face au déficit de la balance commerciale, celui du Trésor. Concernant le déficit budgétaire aussi, nous avons des difficultés mais la situation s’améliore ; il était à 6 %, nous terminons l’année à 4,9 % et nous voulons aller vers 3,9 en 2019.

Avec les réformes engagées – parfois douloureuses –, la loi de Finances 2018 a ramené le déficit budgétaire sous les 5 %. Nous ne pouvions pas continuer avec des taux supérieurs ! Nous entendons revenir vers les 3 % en 2020. Quand nous aurons réduit le déficit budgétaire, nous pourrons diminuer l’endettement et sortir du cercle vicieux de la dette.

De même, il est important pour nous de diminuer le déficit de la balance commerciale. La Tunisie exporte par an l’équivalent de 13 milliards d’euros et importe, à peu près, pour 19 milliards, soit un taux de couverture de l’ordre de 67 %. Les secteurs productifs de l’économie tunisienne sont l’industrie mécanique et électrique avec plus de 40 % des exportations (c’est donc un secteur sur lequel nous misons par rapport à nos échanges africains), mais nous comptons aussi sur le secteur agroalimentaire et celui du textile.

Pour se faire une place en Afrique, la Tunisie, a besoin de chefs d’entreprises capables de comprendre le marché et de lui proposer des produits qui font la différence. Comment la Tunisie travaille sur cette dimension ? 

Beaucoup de groupes s’installent, en ce moment, en Afrique de l’Ouest. Nous restons en contact avec la Cedeao. Nous ne pouvons pas y adhérer, puisqu’il faut être un pays limitrophe avec un pays déjà membre, mais nous finalisons un accord commercial préférentiel. Par rapport à l’encouragement de l’État, au niveau du ministère du Commerce et du Cepex, nous disposons d’un fonds qui s’appelle le Foprodex, ainsi qu’un autre fonds de promotion des exportations, qui avaient un budget de 20 millions de dinars en 2017. Ils s’élèvent à 40 millions de dinars en 2018 et passeront à 80 millions de dinars (23,9 millions d’euros), en 2019. Ils servent à la promotion des exportations.

Nous avons, au niveau de ces fonds, augmenté les investissements vers la destination Afrique. Ils prenaient des engagements à hauteur de 30 % dans le transport maritime, ils passent à 50 % si la destination est en Afrique. Cette stratégie permet de dynamiser l’export, d’appuyer la participation à des foires, la promotion d’un produit… Nous offrons un bonus pour les entreprises qui se tournent vers les marchés africains. Le secteur privé est déjà présent dans ces marchés, mais nous pouvons aussi améliorer l’accompagnement.

On parle beaucoup de la Tunisie hub vers l’Afrique. Quels efforts en matière de transports envisagez-vous ? 

En 2017, nous avons ouvert une ligne vers Cotonou, mais vous avez raison, il faut intensifier nos efforts dans le transport. Nous espérons beaucoup de l’amélioration de la situation de Tunisair ; la compagnie bénéficiera, dès 2019, d’un nouveau mode d’acquisition des avions.

Interview de Omar El Behi, ministre du Commerce (Tunisie)

Tunisie- Chahed et Hafedh Caïd Essebsi: le Combat de coqs

Publié dans New African

Une nouvelle fois, la Tunisie traverse une crise politique, de nature à affecter sa stabilité et à entraver les échéances électorales à venir. Les querelles entre les dirigeants de Nidâa Tounès ne font qu’envenimer la situation.

Fait rare et significatif : Le ministre tunisien de la Défense est sorti de son silence, après l’enterrement de deux militaires morts la veille suite à une attaque terroriste. Abdelkrim Zebidi a critiqué l’attitude des hommes politiques et mis en garde contre des querelles dont l’impact sera, selon ses dires, la vindicte populaire.

Béji Caïd Essebsi a lancé, au cours d’un entretien télévisé, des messages à l’adresse du chef du gouvernement, l’exhortant à aller devant le Parlement afin de solliciter sa confiance, au moyen d’un vote qui débouchera sur une confirmation de celui-ci à la Kasbah ou sur son départ. Selon le président de la République, le départ de Youssef Chahed ne fera pas de mal à la Tunisie, tout comme celui de son fils, Hafedh Caïd Essebsi, aujourd’hui à la tête d’un parti au pouvoir bien mal en point.

Les problèmes partisans gagnent l’Assemblée

Nidaa Tounès dont le chef du gouvernement est lui-même issu vit, au rythme des crises successives qui l’agitent, un affaiblissement croissant. La querelle entre son directeur exécutif, Hafedh Caïd Essebsi, et son ancien dirigeant, Youssef Chahed, semble avoir atteint son paroxysme.

En mai, lors d’une intervention télévisée, le chef du gouvernement avait critiqué le fils du président de la République l’accusant d’être à l’origine du malaise du parti et des problèmes politiques tunisiens. Depuis, les dissensions ne font que s’accentuer entre les deux hommes et la demande de limogeage de Youssef Chahed est revenue à plusieurs reprises. Le 13 septembre 2018, le comité poli- tique de Nidaa Tounès a envoyé un questionnaire à Chahed.

Avec l’affaiblissement de Nidaa Tounès, c’est bien évidemment le mouvement Ennahdha qui devient ainsi le parti dominant, à l’approche des prochaines échéances électorales.

Deux jours plus tard et faute de réponse de la part de celui-ci, la même partie décide de geler son adhésion à son parti d’origine. Parmi les questions posées à Chahed et les accusations qui lui sont lancées, sa potentielle implication dans les nom-breuses démissions enregistrées par le bloc parlementaire de Nidaa Tounès.

La rentrée parlementaire est marquée par la naissance d’une nouvelle force dépassant, en nombre, le bloc autour de Nidaa Tounès : 47 contre 39 députés. Et les démissions et probables nouvelles adhésions au bloc que l’on attribue offi – cieusement à Youssef Chahed ne feront qu’accentuer l’écart.

Ce bloc émergeant traduit la volonté qu’aurait Chahed de se maintenir en poste. Ce dernier s’est abstenu de lancer un remaniement attendu et d’asseoir, ainsi, sa légitimité remise en cause, d’une certaine manière, par les Caïd Essebsi père et fils. « À la fi n de la quatrième session parlementaire et au début de la session actuelle, il a été constaté que les votes importants ne se faisaient pas sur la base de ce pour quoi on votait, mais dans l’optique de ce qui pourrait être assimilé à un test du positionnement politique, une manière de vérifier le consensus, de vérifier ce qu’obtiendrait Chahed, s’il allait devant l’Assemblée pour un vote de confiance », commente Chaïma Bouhlel, consultante politique.

Cette instrumentalisation de l’Assemblée des Représentants du peuple entraverait donc le rôle premier de législateur, au profit d’un rôle politique. « Désormais, au lieu de représenter le peuple, l’Assemblée devient un lieu de com-bat politique, par procuration », poursuit Bouhlel.

Ennahdha se positionne

La faiblesse du bloc de Nidaa Tounès représente, pour de nombreux observateurs, la faiblesse du parti au pouvoir et la mise à mal du président de la République. Alors qu’il avait 86 députés en 2014, le parti se fait dépasser par le bloc que composent ses démissionnaires.

Parmi les griefs que lancent ceux-ci à la direction de leur ancien parti, la mauvaise gestion et la querelle publique Hafedh-Chahed. Un appel à la dissolution de l’Assemblée a même été lancé par un des dirigeants du parti, Faouzi Elloumi, pour qui la composition au niveau des blocs parlementaires n’a plus rien à voir avec ce qui était voulu par les votes des Tunisiens.

Une mise en garde dans le même sens a été formulée par des dirigeants d’Ennahdha qui, dans une lettre adres- sée à leur leader Rached Ghannouchi, ont exprimé leurs craintes par rapport aux dysfonctionnements qui résulteraient d’une crise politique dont les répercussions ont atteint l’Assemblée.

Le mouvement Ennahdha a pris position très vite sur le conflit entre Nidaa et son ancien dirigeant à la présidence du gouvernement. C’est à travers son Majlès Choura, sorte de conclave des sages, que le parti islamique a manifesté son soutien à Youssef Chahed, un soutien conditionné mais utile à celui-ci compte tenu de la position de premier bloc parlementaire d’Ennahdha.

La condition au soutien étant le renoncement du chef du gouvernement à la présidentielle de 2019. Cet appui accordé à Chahed est à l’origine du divorce entre les deux « cheikhs », en l’occurrence Béji Caïd Essebsi et Rached Ghannouchi. Cette séparation a été annoncée par le président de la République lors de sa dernière intervention télévisée. Une séparation qu’ont niée des dirigeants d’Ennahdha, qui voient la déclaration du chef de l’État comme une énième manoeuvre politique.

Réunie les 6 et 7 octobre 2018, la Choura d’Ennahdha a insisté sur l’attachement de ses structures au consensus et à une bonne relation avec le président de la République, pour la stabilité du pays et la réussite des prochaines élections. Avec l’affaiblissement de Nidaa Tounès, c’est bien évidemment le mouvement Ennahdha qui devient ainsi le parti dominant, à l’approche des pro-chaines échéances électorales.

Un président politiquement aff aibli

Toutefois, « quand on observe l’éparpillement qu’a connu Nidaa Tounès, on constate qu’il n’y a plus un parti qui peut concurrencer Ennahdha. Les hésitations dont ce mouvement fait preuve quant à la querelle politique pourraient s’expliquer par le fait que celui-ci ne souhaite pas se retrouver dans la position du gagnant, seul », en tant que maître du jeu, interprète Chaïma Bouhlel.

Il n’en reste pas moins que le blocage perdure. Le président de la République est isolé, affaibli par la position de son parti, par l’image négative que lui inflige la présence politique de son fils et par sa non-puissance face à son filleul d’hier, un chef de gouvernement qui a décidé de lui tenir tête et qui semble gagner son bras de fer contre lui.

Quant à Youssef Chahed, même s’il n’a pas un appui assuré d’Ennahdha, il a pu bénéficier de sa part d’un facteur primordial pour gagner une bataille qui se jouera, forcément, à l’Assemblée des Représentants du peuple ; le temps de se préparer à d’autres échéances.

Nidaa redevient la deuxième force parlementaire

Le 14 octobre 2018, le parti Union Patriotique Libre (UPL) qui dispose d’un bloc parlementaire de 16 députés a annoncé son retrait du bloc de la Coalition nationale et sa fusion avec le parti Nidaa. Hasard du calendrier, le président de l’UPL, Slim Riahi, apprendra le lendemain que la chambre spécialisée dans les affaires de chèques sans provision, près du Tribunal de Première Instance de Tunis, a décidé d’abandonner les poursuites engagées contre lui.

L’arrivée à Nidaa de Slim Riahi, qui devient secrétaire général, est perçue comme un moyen pour Hafedh et Béji Caïd Essebsi de remporter leur bras de fer contre Youssef Chahed. Avec un bloc parlementaire qui revient à la deuxième position au moyen de la récente fusion, Nidaa relègue au troisième rang le bloc de la Coalition nationale, bloc considéré comme proche du chef du gouvernement.

La guerre des votes de confiance semble bel et bien entamée. Le « mercato » parlementaire n’en prendra que plus de valeur. C’est, en effet, à sa lumière que le président de la République décidera ou non de recourir à l’article 99 qui dispose que celui-ci peut demander aux Représentant du Peuple de procéder à un vote de confiance au gouvernement.

Tunisie : Combat de coqs

Interview- « La Caisse des dépôts: Un modèle neuf pour l’Afrique » Boutheina Ben Yaghlane

 Publié dans African Banker

La Caisse des dépôts et consignation est l’une des rares institutions de Tunisie à afficher un résultat positif, avec un bilan total de 6,423 milliards de dinars et un résultat net de près de 55 millions de dinars fin 2017. Entretien avec sa directrice générale.

La CDC est une forme hybride par rapport à ses prédécesseurs française et marocaine. Quelle en est la spécificité ?

La Caisse des dépôts et consignation (CDC) tunisienne est une structure récente qui a été créée, après la révolution, en 2011, dans l’objectif de faire fructifier l’épargne et de favoriser l’investissement de long terme. Elle a bénéficié du soutien de la CDC française et de son homologue marocaine, lors de sa constitution. Nous avons ainsi doté l’institution de ses structures de gouvernance et mis en oeuvre de sa doctrine d’investissement qui régit ses principes d’intervention.

Notre Caisse a mis en oeuvre, très rapidement, un nouveau modèle de capital investissement, pour des projets directs où nous sommes actionnaires, en appui à l’initiative publique, comme en appui à l’initiative privée. Enfin, nous n’avons pas les mêmes ressources que les autres caisses : elles proviennent essentiellement de l’épargne postale, ou bien les consignations qui se trouvent dans le Trésor public. Nous avons également d’autres lignes de financement.

L’exemple tunisien peut-il, aujourd’hui, devenir un modèle ?

Nous aidons souvent des caisses en création, dans le cadre du forum des Caisses de dépôts qui se réunit tous les deux ans. Aujourd’hui, le Niger fait appel à nous, le Burkina Faso aussi. En octobre 2017, le chef du gouvernement burkinabé a demandé, lors de sa visite en Tunisie, un rendez-vous avec moi pour discuter du modèle de sa Caisse de dépôts. La Côte d’Ivoire, également, fait appel à nous. Nous avons reçu, en mai 2018, le directeur général de la CDC du Gabon, qui nous a exprimé son intérêt pour le volet private equity, et notamment l’appui aux PME que son établissement ne pratique pas encore.

L’appui aux PME est une activité essentielle pour notre Caisse et sert d’exemple pour les nouvelles structures d’Afrique. Lesquelles souhaitent tirer les leçons de la Caisse tunisienne qui est récente, plutôt que d’aller voir un modèle plus ancien et qui ne leur ressemble pas.

Quelle est l’offre de la CDC ?

La Caisse est actionnaire dans 18 projets directs et notre grande spécificité tient dans le travail en private equity. La Caisse est souscripteur dans treize fonds qui ont pu financer plus d’une centaine de PME. Nous avons une ligne de financement provenant de la Banque mondiale, clôturée le 31 juillet 2018, dont une quinzaine de PME ont pu bénéficier. Nous avons une ligne budgétaire qui provient du budget de l’État pour les SICAR régionales ; elle passe via la CDC, ce qui permet de financer des PME dans les régions. L’autre grande activité de la Caisse est la dynamisation des marchés financiers, via des emprunts obligataires, via les placements, via le marché boursier.

Est-ce un choix de rester discrets sur votre activité ?

Nous ne sommes pas particulièrement discrets ! Les acteurs financiers nous connaissent. Ils viennent nous voir tous les jours. Le grand public nous connaît moins, parce que nous n’avons pas de relation directe avec lui. Nous travaillons avec des promoteurs dont le montant d’investissement doit dépasser les 25 millions de dinars et nous comptons très peu de sociétés ou de promoteurs de cette taille.

L’argent de la CDC n’attire-t-il pas certains « rapaces » ? Comment s’en prévenir ?

La Caisse n’est pas une banque, pas une institution de crédit, la contribution se noue avec des fonds propres (on entre dans le capital en tant qu’actionnaires), la participation est minoritaire et on se suffit à 20 % de l’investissement (avec une possibilité d’aller jusqu’à 40 %, si le projet est à l’initiative par la CDC). Nous entrons dans des projets économiquement rentables, nous privilégions les projets dans les régions, avec, comme principe, d’exercer un levier et d’aller où les autres ne vont pas. Nous agissons avec une vision claire, des stratégies, une doctrine, des normes et des règles de gestion prudentielles. Chaque projet proposé à la CDC doit passer par plusieurs contrôles. Le processus décisionnel permet l’étude en profondeur, à plusieurs étapes et nous veillons à ce que ce processus soit respecté.

De nombreuses entreprises publiques nécessitent un sauvetage urgent. La CDC tient-elle compte de ce contexte particulier ?

Plusieurs discussions vont dans ce sens-là, et cela a commencé quand j’étais secrétaire d’État auprès du ministre des Finances. Dans le plan de sauvetage des entreprises publiques, nous avons discuté de la possibilité de créer un fonds où la CDC contribue en grande partie. Mais cette initiative est encore en discussion avec les acteurs sociaux. Si nous sommes sollicités sur des projets concernant des entreprises publiques qui présentent un business plan pouvant être rentable à long terme, nous ne pourrons être qu’intéressés. Mais la question de l’implication directe de la CDC ne s’est pas posée.

Vous êtes partie prenante dans la création d’un fonds de fonds qui servira à financer et accompagner les start-up tunisiennes. Quelle particularité a la CDC dans ce secteur où plusieurs intervenants sont déjà bien positionnés ?

Le positionnement de la CDC entre dans le cadre de la « Stratégie nationale des start-up et de l’innovation » qui se base sur plusieurs piliers, dont le pilier financement pour lequel la CDC est mandatée par le ministère des Technologies. Nous constituons un fonds des fonds de 100 millions de dollars, dans lequel la CDC ramènera au maximum 20 % pour pouvoir lever les autres fonds. L’un des axes de notre stratégie est de soutenir l’État dans les transitions majeures, à savoir les transitions énergétique et numérique. Dans ce cadre, nous soutenons l’innovation, le numérique et le digital.

Vous avez fait l’objet de plusieurs critiques lors de votre nomination à ce poste délicat et convoité. Deux ans après, arrivez-vous à rester à l’abri des pressions et tiraillements politiques ?

Cela fait plus que deux ans et demi que je suis en poste, avez-vous entendu parler de démissions au sein de la CDC ? Je ne pense pas ! L’institution a une certaine autonomie qui lui permet de refuser des projets. Même s’ils viennent des ministères, des partis, de personnes qui ont du pouvoir… Nous avons la capacité de dire non ! Nous ne prenons pas les projets d’un point de vue complaisance ou rapprochement. Les ressources dont nous disposons sont des ressources sacrées, c’est l’épargne du citoyen. Nous n’avons, de ce fait, pas droit à l’erreur. Nous veillons aux deniers de l’État et nous veillons à ce que ces ressources soient placées dans des investissements rentables pour l’économie, même s’il y a pression. Nous avons, d’ailleurs, refusé, à plusieurs reprises, des projets, car nous avons vu qu’ils n’étaient pas rentables.

Vous êtes la femme au portefeuille d’or, dans un milieu où il y a très peu de femmes. Comment vivez-vous cette grande responsabilité ?

C’est un poste à responsabilité. Nous sommes fiers d’être la seule Caisse, à l’échelle internationale, à être présidée par une femme. Notre directrice générale adjointe est aussi une femme. Lorsqu’on est professionnel, peu importe qu’on soit homme ou femme. L’essentiel c’est d’assumer la responsabilité, d’être professionnel, d’être correct et de travailler en toute transparence. Je suis très contente de diriger une institution comme la CDC, qui se compose d’une quarantaine de personnes avec une grande expertise. Beaucoup de travail est fait… mais nous ne faisons pas beaucoup de bruit.

Boutheïna Ben Yaghlane, DG de la Caisse des dépôts (Tunisie)

Publié sur Le Monde: « En Tunisie, l’espoir d’une régénération de la classe politique »

La Tunisie sort d’une phase électorale importante sur les plans local et national. Les premières élections municipales d’après révolution, tenues le 6 mai, sont un reflet de sa situation actuelle et un signal pour l’avenir de sa démocratie. Une lecture des chiffres annoncés dans la soirée du 9 mai par l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) permet de décrypter les dernières mutations de la scène sociopolitique tunisienne et ses perspectives d’évolution.

Le taux le plus bas de votants est celui de la cité Ettadhamen, quartier pauvre de la capitale. Avec 18,46 %, le fief de ceux qui se disent mal aimés lance un signal fort aux décideurs. La classe défavorisée, celle qui a crié halte aux injustices sociales après la révolution, celle à qui on avait promis monts et merveilles lors des élections précédentes est en perte de confiance par rapport à la chose politique.

Un désintérêt massif

La raison est certes égocentrée mais en dit long sur le fossé qui se creuse en Tunisie entre les différentes classes sociales. Avec un taux d’inflation à 7,7 % (en avril 2018), une infrastructure vieillissante et le manque de moyens locaux, certains quartiers se ghettoïsent, tant par une dégradation des conditions de vie que par un sentiment de marginalisation croissante des habitants. Démissionnaires du parcours démocratique qui se dresse à chaque étape électorale, les indifférents d’aujourd’hui peuvent être les rebelles de demain.

Avec près de 65 % d’abstentionnistes, les municipales tunisiennes ont été marquées par un désintérêt massif. Pour de nombreux observateurs, ce pourcentage est à l’image de ceux que connaissent d’autres pays à l’ancrage démocratique plus affirmé. C’est la fragilité du modèle démocratique tunisien qui fait pourtant dire à ce chiffre des signaux plus alarmants.

L’engouement du Tunisien pour la chose publique s’est estompé. Ceux qui ont renoncé à exercer leur citoyenneté ont exprimé une volte-face par rapport à la politique, faisant au passage l’amalgame entre une situation politique globale et un scrutin aux enjeux locaux. Pour cause, une frilosité par rapport aux partis en place, rendus responsables des maux sociaux et du statu quo économique. Dans cette démocratie encore jeune, l’esprit citoyen maintenu en alerte est l’un des principaux garants du futur.

Avec 28,64 % des voix, Ennahda récolte près de 516 000 voix. Nidaa Tounès fait, quant à lui, 21 % et 375 000 voix environ. Moins d’un million de voix pour les deux partis les plus forts. Ceux-là avaient fait environ un million de voix chacun, lors des dernières législatives. Quoique chaque enjeu électoral recèle ses propres spécificités, la différence est édifiante. Ereinté par l’exercice du pouvoir et ses querelles internes, Nidaa Tounès, le parti au pouvoir, perd en popularité et en crédibilité.

Une discrimination positive

Quant au parti islamiste Ennahda, son électorat de 2014 a exprimé sa déception par rapport aux promesses du passé. Passée la curiosité de voir émerger un parti prônant des valeurs morales autres dans une Tunisie affaiblie par les mauvaises pratiques, passés la victimisation et le discours religieux habillant celui politique, l’engouement pour Ennahda a connu une baisse remarquable, malgré sa position en tête des partis lors de ces municipales. Les crises de leadership de Nidaa Tounès et la crise identitaire d’Ennahda ont affaibli les deux partis dits forts de la Tunisie. Le constat n’est pas plus glorieux pour la coalition de partis dite Union civile qui fait 6,8 %. La désaffection du Tunisien pour les partis était déjà perceptible. Avec les élections, elle atteint un taux qui doit alermer les décideurs.

Depuis l’annonce des résultats, la Tunisie est prise au piège de débats annexes, reflets d’une pensée pour le moins rétrograde. « Une femme maire à Tunis, cela n’est pas de nos coutumes », a exprimé un des dirigeants de Nidaa Tounès, désavoué ensuite par Hafedh Caïd Essebsi, numéro 1 dudit parti. « Le maire de Tunis doit être tunisien de souche », selon une autre théorie avancée par un des intellectuels de la place. Dans la guerre des oppositions et des coalitions pour les postes de maires, on croyait tout permis. Cela dépasse ce à quoi l’on s’attendait en matière de qualité de débat.

Toutefois, dans ce topo très mitigé se dressent, comme un signe d’espoir, des éléments positifs. Parmi eux, l’engagement des femmes et des jeunes et leur présence sur le champ des batailles à venir. 47 % des membres des conseils municipaux à venir sont des femmes et 37 % de ces nouveaux représentants locaux ont moins de 35 ans. Fruits d’une discrimination positive, ces chiffres pourraient finir par instaurer, à force de pratiques démocratiques, de nouvelles habitudes.

L’émergence de nouvelles têtes d’affiche est, à son tour, l’élément lumineux de ce scrutin. Avec 32,27 % des voix, les listes indépendantes cumulent un intérêt dépassant celui des grandes machines politiques. Ces indépendants sont le fruit d’une forte mobilisation citoyenne se voulant une alternative par rapport à la qualité de l’offre que représentent les partis. Ils forment l’image d’une classe politique capable de se régénérer et d’offrir à la Tunisie un avenir différent.

Pour consulter la source, cliquer ici 

Municipales en Tunisie- 5 raisons pour ne pas s’abstenir

A quelques heures des élections municipales, nombreux sont les Tunisiens qui se disent déterminés à ne pas aller voter ou qui hésitent encore entre le choix, le non-choix et l’indifférence. Cette fébrilité d’avant-vote prend racine dans un contexte de désenchantement ressenti par bon nombre d’entre nous face à la progression des choses, une progression plutôt stagnante entraînée par une classe politique qui a généré autant de déceptions que les promesses qu’elle avait faites. Les promesses électorales n’engageant que ceux qui y ont cru, nombreux sont ceux ne voulant donc pas s’y laisser prendre deux fois.

Pourtant les enjeux sont différents  et chaque vote compte. Voilà pourquoi il faut aller voter dimanche 6 mai:

Parce que Ennahdha s’est mis en mode haut débit: Rached Ghannouchi l’a annoncé dans un rassemblement populaire dans lequel il a exhorté les présents à voter pour son parti: Du wifi pour tous en Tunisie!… Ah non, pas pour tous! Juste pour les régions où Ennahdha sera gagnante. Ghannouchi annonce, sans gêne, pouvoir réaliser cette promesse grâce au « ministre nahdhaoui » (l’expression est bien de lui) des TIC. Etant au gouvernement, Maarouf n’est-il pas au service de tout le pays? Non, sur ce dossier il serait visiblement juste au service d’Ennahdha. La promesse de Rached Ghannouchi en dit long sur la guerre de communication dans laquelle le parti de ce dernier bat à plates coutures ses alliés et concurrents. Pour se démarquer des crédules et pour faire le contrepoids par rapport aux conquis d’avance, si l’on a des penchants autres que pour le populisme- fut-il des plus rusés- , c’est le moment de l’exprimer, bulletin à l’appui!

Parce que la guerre digitale se remet en marche: La manipulation des masses se fait désormais sur les réseaux sociaux et ne se réduit pas au simple travail de terrain. C’est dans la sphère du virtuel que l’on oriente, influe et se permet les propagandes les plus nauséabondes. En cette avant-élections, les pages achetées se réactivent, les vendus de la veille se remettent en fonction. Un air d’appel au vote utile avec une impression de déjà vu. Tout est bon, sur la voie des élections, pour achalander les passants et aguicher les  mémoires courtes. Le choix de la sanction par rapport à ceux qui ont déçu se dit, pour être effectif. Autrement, il correspond à une place cédée à ceux que l’on voulait priver de sa voix.

Parce qu’il y a des personnes honnêtes à encourager: Plusieurs listes indépendantes sont la preuve de l’engagement de nombreux Tunisiens qui ont envie de faire partie intégrante du changement dans leurs quartiers et dans leurs régions, pour la Tunisie. Ceux-là ont choisi d’affronter les puissantes machines des partis et se sont aventurés à les concurrencer et à conquérir les électeurs, avec nettement moins de moyens. Nous avons tous- ou presque-, un nom qui nous est bien connu , sur une de ces listes. Parce qu’il y a de bonnes volontés dans plusieurs de ces initiatives, ne pas manquer le 6 mai est un retour d’égard: c’est une manière de répondre à ces promesses de disponibilité pour la collectivité par une disponibilité de durée très courte, moins contraignante, mais ô combien symbolique.

Parce que dans certaines municipalités importantes le vote est déterminant: La mobilisation est requise. Il n’en découle pas que des choix spécifiques aux zones concernées, mais des enjeux politiques importants. La municipalité de Tunis, à titre d’exemple, serait une bonne clé de démarcation pour Ennahdha qui a choisi d’y faire représenter une femme, Souad Abderrahim. L’on commence à lire des titres vantant les mérites de pareil choix. Certains pensent, en revanche, que, si celui-ci aboutit, ce serait un fait marquant mais ce serait surtout un palier capital de franchi, pour ceux qui ont choisi la politique des étapes. Parce que l’on doit être conscient des conséquences politiques, il ne faut pas sous-estimer la capacité de changement de trajectoire dont est pourvu chaque bulletin glissé dans l’urne.

Parce que la citoyenneté est un devoir et que le silence est un manquement au devoir: Pour que la Tunisie puisse en arriver là, démocratiquement, il y en a qui ont payé de leur vie notre accès à nos droits. Le vote est un de ces droits acquis dans la douleur, il est, de ce fait, un devoir immanquable. La démocratie, en Tunisie, est sur sa lancée, mais a besoin de notre implication à tous, du moins lors des grandes échéances. La démocratie se mérite et notre vote-action est une manière de l’entretenir.

Qui n’a pas vu les paysages de désolation qui jonchent nos rues et ruelles? Qui ne s’est pas aperçu de la décrépitude dans laquelle sombrent nos quartiers? Qui n’a pas envie de croire en un changement vers le meilleur? Si l’on devait y croire un seul jour, ce serait celui-ci: le 6 mai! Nos voix sont déterminantes, les taire est une lâcheté. Choisissons la citoyenneté active!

 

Belaid 5 ans après

Il y a 5 ans, mourait l’homme et naissait un symbole. 5 ans en lesquels nous avons tissé notre propre rapport avec l’Histoire. Nous avons, d’une manière plus inclusive, vécu notre appartenance à notre pays. En a résulté une relation autre avec la patrie, une relation nouvelle pour la génération qui vivait les fêtes nationales comme de simples jours fériés.
Nous avons vu de grands hommes connaître l’immortalité des icônes, nous avons vécu leurs sacrifices, connu, grâce à eux, les grandes émotions qui en découlent. 


En cette période transitoire qui se poursuit, l’édifice national continue de se construire. Nos martyrs contemporains en sont la pierre angulaire. Quelle chance pour nous autres d’être à la fois dans le présent et dans l’Histoire. De grands hommes ont rendu cela possible. Notre rôle à nous est de traduire notre redevabilité en devoir de mémoire… Pour que rien ne soit oublié!

La Tunisie entre révolte sociale et promesses politiques

La Tunisie a vécu, la semaine dernière, plusieurs nuits d’émeutes, avec des protestations nocturnes qui ont touché différents gouvernorats.

Ces manifestations avaient pour objectif de dénoncer, d’une manière pacifique, la hausse des prix, mais ont été émaillées par des actes de vandalisme, des vols et de la violence.

A l’origine de la crise :

Tout a commencé avec un hashtag: #fechnestannew » (Qu’est-ce que nous attendons?) qui se voulait comme un appel à l’action lancé à l’ensemble des Tunisiens. Pour dénoncer la cherté de la vie, une mobilisation d’abord virtuelle ensuite sur le terrain a eu lieu.

Les éléments de la société civile qui composent ce mouvement ont bénéficié de l’appui de certain partis politiques, à l’instar du Front populaire, et d’autres parties hostiles à la Loi de Finances 2018 et aux diverses hausses en droits, taxes et impôts qui lui sont inhérents.

En effet, compte tenu des augmentation des droits de douane, du droit de consommation, de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), des répercussions sur les prix des produits de consommation et sur les services sont à attendre en Tunisie.

Est pointé du doigt le gouvernement, Youssef Chahed, jugé coupable quant au devenir des classes moyennes et pauvres, les plus touchées par les augmentations à envisager.

Demandant l’abrogation de la Loi de Finances et des dispositions visant à soutenir les classes pauvres, les acteurs du mouvement « Fech nestannew », clament que ce n’est pas au citoyen de payer les frais de la mauvaise gestion économique et de la faillite politique tunisiennes.

Du pacifisme au vandalisme:

Si l’idée de protester contre les augmentations des prix était du goût de nombreux Tunisiens, la tournure qu’ont prise les manifestations est loin de faire l’unanimité. Et pour cause, des vols, des braquages, des altercations musclées avec les forces de l’ordre et de nombreux dégâts matériels enregistrés.

Dans la nuit du lundi 8 janvier, un manifestant est mort à Tebourba, à une trentaine de kilomètres de Tunis. Victime d’une intervention en force de la police ou d’un problème de santé comme cela a été avancé par le ministère de l’Intérieur ensuite? Rien n’est clair! Le rapport d’autopsie n’ayant pas été révélé encore, aucune affirmation ne peut être avancée.

Par ailleurs un bilan avancé par le porte-parole du ministère de l’Intérieur fait état de 96 policiers blessés, 87 véhicules sécuritaires endommagés et de nombreux dégâts matériels ayant touché des postes de police, banques et divers commerces.

Autre fait majeur, deux synagogues ont été la cible d’attaques au Molotov, à Djerba. Cinq suspects ont été interpellés.

Selon la même source, près de 800 personnes ont été mises en garde à vue, depuis le déclenchement des heurts entre forces sécuritaires et jeunes, dans plusieurs régions du territoire tunisien.

Parmi les personnes arrêtées, un grand nombre ayant entre 15 et 20 ans; d’où le doute émis par certains par rapport à la nature dite spontanée des manifestations.

Certains casseurs auraient été payés. C’est ce qui ressort d’une enquête ayant abouti à l’arrestation du directeur d’une maison de Jeunes dans un village tunisien. Celui-ci aurait payé des personnes pour qu’elles rejoignent les manifestations et saccagent, à leurs passages, des biens privés et publics.

Vers une crise politique?

Dans ce contexte tendu, les signataires de l’Accord de Carthage qui a abouti à la mise en place du gouvernement actuel, jusque-là d’accord sur l’impératif de stabilité politique, commencent à diverger.

Selon le conseiller politique auprès du président de la République, Nidaa, le parti au pouvoir, a appelé ouvertement à un remaniement ministériel.

Le parti Al Jomhouri a annoncé, dans la même semaine, sa décision de boycotter les réunions du Pacte de Carthage. Le parti en question a déclaré ne plus vouloir collaborer avec des représentants de partis ayant généré la crise économique actuelle.

Machrou Tounes, le parti de l’ancien secrétaire général de Nidaa, a exprimé des réserves par rapport à son adhésion à l’Accord de Carthage.

Le parti Afek Tounes a, quant à lui, choisi de s’en retirer. S’en est suivi un conflit intérieur entre ses propres leaders dont certains font partie du gouvernement.

L’opposition à dos:

Lors d’une visite à la délégation d’EL Batan (Banlieue de Tunis), le chef du gouvernement a accusé le Front populaire de profiter des derniers événements.

Ces accusations ont été réfutées par le parti en question et jugées dangereuses car recelant une diabolisation dangereuse et non fondée.

Tel est également l’avis de Samia Abbou, membre du Courant démocrate, qui a mis en garde contre le danger de rendre coupables des partis de l’opposition qui cautionnent la campagne contre la hausse des prix et non les actes de violence.

Attaquant les politiques semeuses de fausses promesses, Moncef Marzouki, chef du parti Harak, a qualifié de nécessaires les manifestations qui secouent la Tunisie.

Certains partis de l’opposition à l’instar du Front populaire ont même appelé au départ du gouvernement et à l’organisation d’élections législatives anticipées.

Un risque d’instabilité politique pouvant affecter l’image de la Tunisie, comme cela est déjà le cas avec des manifestations dont la tournure prise a fait oublier la légitimité.

Communication officielle court-circuitée:

Dans cette crise, face-à-face entre la classe politique et une frange de citoyens mécontents, est pointée du doigt la presse étrangère.

C’est le président de la République lui-même qui a accusé celle-ci dans son discours à l’adresse des signataires de l’Accord de Carthage, lors de leur réunion du 13 janvier.

Selon Béji Caïd Essebsi, les médias étrangers n’ont fait qu’amplifier lesdits événements, exagérer les faits et salir l’image de la Tunisie.

Plus tôt dans la semaine, l’ONG Reporters sans Frontières dénonçait, dans un communiqué, la pression qu’auraient subie des journalistes couvrant les événements tunisiens.

Ainsi le correspondant du journal Libération, Mathieu Galtier, a dû se présenter au poste de police après une visite des forces de l’ordre à son domicile. Cela faisait suite à sa couverture la veille des manifestations nocturnes de Tebourba, non loin de la capitale.

Au journaliste français, les policiers auraient demandé le nom de ses « sources », afin de retrouver la trace des manifestants qu’il aurait interviewés.

Sur la blogosphère locale, on reproche à la couverture internationale des faits tunisiens, une forme d’exagération faisant l’amalgame entre casseurs et manifestants et forçant le trait des revendications sociales jusqu’à en faire un risque imminent pour la stabilité politique de la Tunisie.

Des mesures pour contenir:

Pour tenter de contenter la population lésée et de contenir le mouvement de rébellion, le ministre des Affaires sociales a annoncé, le 13 janvier, une série de mesures. Ont ainsi été décidées: l’augmentation des allocations sociales réservées aux familles nécessiteuses (celles-ci passent de 150 dinars à près de 200 dinars, selon le nombre d’enfants à charge), la gratuité des soins de santé pour les chômeurs, des dispositions pour faciliter l’accès aux crédits immobiliers au profit des personnes aux revenus non permanents.

Au lendemain de ces annonces, deux coups de com’ importants avec comme cible: les jeunes. Le président de la République inaugure un espace pour les jeunes à la cité Ettadhamen, quartier populaire de la capitale et le chef du gouvernement rencontre des jeunes dans un centre de formation de Tunis.

Au programme, des discours visant une réconciliation avec cette frange de la population à travers laquelle les mouvements de contestation ont commencé et à qui on promet une attention accrue en 2018.

De son côté, la centrale syndicale qui s’est plutôt rangée du côté du chef du gouvernement, s’est surtout montrée préoccupée de l’image qui se dégage des tentions sociales. Devant des centaines de manifestants réclamant « la chute de la loi de Finances 2018 », son secrétaire général a appelé au dialogue et à l’écoute.

Le soir même, les tensions ont éclaté de nouveau dans plusieurs quartiers de Tunisie…

 

Fin de la crise?

Fruit d’un hashtag, appel à l’action et à la rébellion, les manifestations nocturnes ont suscité une grande indignation de la part de nombreux Tunisiens.
Le ministère de l’Intérieur y a répliqué par un autre hashtag : #nedétruispastonpays.
La sphère de la mobilisation virtuelle est pourtant bien dépassée et le Tunisien qui a déjà essayé la contestation et gagné une bataille contre la dictature croit plus que jamais en le pouvoir subversif de la révolte populaire.
Les promesses lancées par le président de la République à l’adresse des jeunes, lors de la commémoration de la révolution du 14 janvier, sauront-elles calmer les tensions et apaiser les esprits?
La Tunisie attend peut-être davantage pour croire, de nouveau, en la démocratie qu’elle a réclamée et elle-même instaurée. Vivre en dignité, cela y demeure encore un rêve insaisissable pour de nombreux citoyens. Les prochaines étapes électorales seront l’occasion pour ces Tunisiens d’exprimer colère et désir de changement.

 

Publié sur Le Monde Afrique: La Tunisie à l’épreuve des tisons de la discorde

La Tunisie vit au rythme de tensions nocturnes. Protester contre une vie qui devient de plus en plus chère, a tourné aux émeutes. Les manifestations ont favorisé le chaos généré par des casseurs et ont abouti à des pillages et à diverses scènes de sauvagerie.

Le citoyen qui voulait lancer un time’s up n’y est pour rien. Ses propres contestations lui échappent pour profiter à des intrus. Son message de colère a été parasité par des affrontements qu’il n’a pas cherchés. De victime il devient coupable.

Pourtant, on lui avait expliqué, lui, qui fait ses premiers pas en démocratie que la dictature mise à bas, sa voix était plus audible, que ses gouvernants ont changé, qu’une oreille lui est tendue, lui le centre de la démocratie.

Tout a changé depuis, tout sauf ses gouvernants. Certes, les visages ont changé, mais un air de rupture persiste.

Un terrain inflammable:

Obnubilés par leurs partis, les dirigeants ne raisonnent qu’en enjeux électoraux, leurs discours bourrés de promesses ont cessé d’enchanter depuis longtemps, leurs paroles ne peuvent plus duper personne et leur incapacité à gérer des aléas se déroulant, désormais, d’une manière providentielle est sue de tous.

Il suffit de regarder les grands faits de la semaine pour visualiser ce décalage entre les deux composantes majeures de la démocratie: les citoyens et la classe politique. Les premiers crient à qui veut les entendre que l’inflation les a épuisés, que la loi de Finances dernièrement votée a fini par les abattre, eux, leur pouvoir d’achat et leurs rêves de dignité. La deuxième, sans classe aucune, est obnubilée par les affaires partisanes. On lit dans la presse que « de  nombreux ministres ont rallié le parti au pouvoir », Nidaa, parti sans pouvoir qui n’en a pas fini de lutter contre ses propres démons.

L’Etat est à l’épreuve des tisons de discorde. Que les contestations soient orchestrées ou spontanées, la classe politique doit composer avec. Car la gouvernance d’après-révolution a fait de la Tunisie un terrain inflammable, un feu parti spontanément ou d’une manière préméditée risque, en pareil contexte, de prendre. L’autarcie ne profitera qu’aux pyromanes.

Aucun message politique fort n’a été lancé: pas de discours de crise bienveillant pour calmer le mécontentement, pas de discours de crise intransigeant pour dire halte à ceux qui risquent d’amener le pays vers le chaos. Niet! Nous baignons dans le creux. Aux creux de la vague, tous! Gouvernants et gouvernés et de notre rupture, nous ferons notre perte.

La faillite d’un système:

Avons-nous compris la démocratie? Ni les-uns ni les autres ne l’ont fait visiblement. Ni ceux qui ne veulent pas attendre des élections pour agir positivement en faveur d’un changement, ni ceux qui n’ont rien fait pour revoir leur mode de gouvernance.

Dans cette Democracy land exemple, mais loin d’être exemplaire, un monde sépare les principaux protagonistes de la prospérité promise et d’une dignité, à défaut, compromise. L’expérience d’un président qui a la bosse de la politique et la jeunesse d’un chef de gouvernement loin d’y avoir roulé la sienne n’ont pas pu lutter contre la faillite d’un système qui s’est laissé gangréner par les partis et leurs aspirants au pouvoir.

Car peut-être qu’un discours maîtrisé aurait pu calmer, convaincre sans chercher à amadouer, contenir sans écraser. Il suffisait peut-être de communiquer, de gérer le discours de ministres à qui des portefeuilles ont été offerts rien qui pour leurs appartenances partisanes.

Aux mains des néophytes, après une nuit de contestations et de violences, la Tunisie a la gueule de bois. Ses gouvernants sont éméchés par le pouvoir, son peuple est enivré par des effluves démocratiques vaporeusement insaisissables. Y plane comme un relent d’inconnu et un air de révolte.

 

Pour consulter la source, cliquer ici.