Au Théâtre du Châtelet, du 15 avril au 3 mai, Top Hat s’affiche, plumes et paillettes au service du renouveau artistique et des adaptations spectaculaires. La mise en scène de Kathleen Marshall est, en effet, une relecture minutieuse et étoffée du classique hollywoodien de 1935, connu en France sous le titre Le Danseur du dessus.
Dans Top Hat, trois axes majeurs enchantent le spectateur pendant près de 2 h 40 : l’intrigue, la musique et la danse, qui s’associent avec élégance et cohérence.
L’intrigue tient de la romance sur fond de comédie des erreurs et avance au rythme des quiproquos. Jerry, danseur américain à succès invité à Londres, tombe amoureux de la belle Dale Tremont après l’avoir empêchée de dormir à grands coups de claquettes. Elle le croit marié à sa meilleure amie ; la méprise vient contrarier l’idylle. Dale, partagée entre attirance et devoir imaginaire, évolue dans la tourmente des héroïnes de comédies classiques, dans un lyrisme délicat et nuancé. Le héros, quant à lui, entouré d’adjuvants dévoués, avance avec détermination vers l’objet de son désir. Le dénouement est presque attendu. Qu’importe : l’essentiel est ailleurs.
La musique est celle d’Irving Berlin, figure tutélaire de Broadway, associé au panthéon de ceux qui ont bâti son empire. Il signe notamment l’inoubliable « Cheek to Cheek », sommet de grâce popularisé à l’écran par Fred Astaire et Ginger Rogers.
La chorégraphie est signée Kathleen Marshall, qui assure également la mise en scène, sur un livret de Matthew White et Howard Jacques (2011). Elle fait ainsi de Top Hat un écrin pour des numéros qui s’enchaînent avec fluidité. Dans des décors Art déco, la chorégraphie redonne aux claquettes une place centrale et affirmée. Alternance de duos étincelants, d’ensembles chorégraphiés et d’un superbe ballet final : le spectacle s’inscrit pleinement dans sa dimension de divertissement sophistiqué.
La version scénique, plus ample que le film (2 h 40 contre 1 h 40), permet d’étoffer les personnages et d’élargir la partition en puisant dans le riche répertoire de Berlin. La mise en scène relève ainsi le défi d’une adaptation créative, dans une exploration actuelle menée sans dissonance.
Dans le rôle de Jerry, Phillip Attmore insuffle une énergie maîtrisée et précise, héritière d’une longue tradition du tap dance américain. La production rappelle ainsi que le musical moderne plonge ses racines dans le jazz et les claquettes, et dans un héritage artistique qui retrouve ici son ancrage et son appartenance culturelle.
Mais au-delà des filiations et des références, Top Hat demeure ce qu’il a toujours été : une célébration du mouvement, du rythme et de la finesse de l’art. Un monde où la grâce du geste sublime les pensées et les élans, où la musique enveloppe les événements de sa cadence. Top Hat devient alors un voyage dans la magie du spectacle.
L’exposition Lee Miller est présentée au Musée d’Art Moderne de Paris jusqu’au 2 août 2026. Cet hommage à la photographe est organisé grâce à l’initiative de la Tate Britain, avec le soutien de l’Art Institute of Chicago.
Lee Miller, un nom qui a marqué l’histoire de la photographie, mais plusieurs parcours et une identité multiple. Modèle, photographe, reporter de guerre, égérie féminine, figure féministe, Lee Miller a connu la photographie comme support commercial autant que comme espace artistique et humaniste.
Elle a été aux premières lignes du surréalisme photographique et a retranscrit, en images, une réalité plus profonde, immortalisant le furtif ou captant l’expression d’un regard ou la beauté d’une gestuelle. Elle a sublimé le réel en y apposant des touches qui l’étoffent et l’offrent à des lectures diverses, mais a su aussi le dénuder et le présenter dans ce qu’il a de plus brut.
Une collection en frise historique illustrée
Les œuvres de Miller ne se regardent pas, elles s’observent en frise historique dense, faite de marges rares et de paradoxes. L’artiste ne transpose pas seulement des émotions, elle en créée.
Son courage devient héroïque lorsqu’elle choisit d’être reporter de guerre accréditée par l’armée américaine, dans les décombres du conflit et les coulisses, peu documentées à l’époque, de l’après-nazisme. Elle capte des fragments de vérités historiques et d’atrocités humaines.
Elle a reproduit, tel un observateur à la loupe, des détails que l’Histoire ne raconte pas avec autant de précision. Ses photos font partie des archives visuelles d’exception d’un monde en ruines, moralement et matériellement.
Le regard des soldats allemands captifs, ce qui reste des déportés, les trains de l’horreur les corps meurtris… Des dizaines de photos des camps libérés sont envoyées à Vogue, avec cette mention : « Je veux que vous croyiez que c’est vrai ». Elle donne ainsi à voir l’indicible.
Optant pour l’originalité des prismes, Miller propose du sordide une lecture très personnelle. Elle voit la maison de Hitler en feu; elle en fait de ce moment un témoignage historique.
Dans une autre prise, elle montrer l’intime, en théâtralise l’approche et propose des photos dans la baignoire du dictateur. Dans cette salle de bain, Miller est à la fois modèle et photographe, dans une dualité artistique aux côtés de son ami David E. Scherman.
Des rencontres
Le parcours de Lee Miller est jalonné de rencontres qui composent une véritable scène artistique et littéraire. Elle ne s’accapare pas le premier rôle : elle met en lumière ceux qu’elle photographie dans une proximité rare.
On y voit Charlie Chaplin, tête illuminée comme portant un lustre ; Magritte avec son chien ; Colette dont le regard est captivée par une boule magique, qui se détourne de la feuille mais n’en lâche pas la plume, Jean Cocteau en figure sculpturale devant un mur annoté et dessiné…
Joseph Cornell, la tête en bateau à voile, devient figure surréelle sous l’objectif de Miller. Jean Dubuffet et Georges Limbour, adoptent une posture presque enfantine, les mains posées sur une fenêtre. Picasso apparaît dans des moments plus intimes, notamment avec Antony Penrose, le fils de Miller…
Quant à Man Ray, il occupe une place à part. Il fut son premier maître, celui qui l’a initiée au surréalisme et à la photographie. Il la consacre comme modèle, capte d’elle la grâce, l’illustre presque picturalement dans la Dormeuse et la met sous cloche de verre à ses côtés. Il participe à la construire dans cet univers artistique où elle finit par affirmer sa propre voix.
Un parcours de voyages
Le regard de la photographe s’est aussi nourri de voyages dans plusieurs pays, comme la Roumanie, la Pologne… On y voit des costumes d’époque, des regards hagards, des vies marquées par la dureté du temps.
L’album de voyage est plus poétique à Londres, plus tragique à Saint-Malo, plus symbolique en Alsace, dépaysant en Egypte. Ce pays devient un ancrage important. Elle y épouse l’homme d’affaire égyptien Aziz Eloui Bey, et reste attentive au quotidien d’une population moins nantie. Elle photographie la pénibilité des métiers, la beauté fragile du paysage, la vétusté du quotidien, mais aussi une grandeur discrète (d’une pyramide, elle ne montre que l’ombre se posant sur la ville). De ses déplacements dans les villes égyptiennes, ressortent des clichés chargés de symboliques pris à Siwa, à Ain Sokhna, Wadi Natrun, Sohag, Assiout… Le regard n’est pas celui d’un voyageur conventionnel mais d’une exploratrice curieuse de profondeurs et d’authenticités.
Miller fait partie des femmes qui ont marqué leur époque, et plus encore. Elle accompagne son temps avec un regard vif et généreux. Voir une exposition consacrée à Lee Miller, c’est parcourir autrement des pans entiers du XXème siècle.Du mannequinat au journalisme photo, du surréalisme à la guerre, du glamour au sordide, elle traverse les mondes sans jamais perdre sa singularité. Elle a documenté l’Histoire et, derrière son objectif, s’y est imposée comme une figure majeure de son art.
« C’était bien avant le mouvement de libération des femmes et je me sentais comme une brigade à moi toute seule »
Ce qui compte vraiment est un projet intergénérationnel qui œuvre à la connexion entre de jeunes lycéens et des personnes âgées, à travers la transformation des souvenirs collectés en biographies écrites. Au fil de rencontres avec des résidents d’Ehpad, des élèves rassemblent, des informations, des anecdotes, des données leur permettant de transformer le récit nostalgique en « livre de vie ».
L’expérience permet aux élèves qui l’ont intégrée de devenir de jeunes écrivains chargés de mission, en toute fidélité par rapport aux propos recueillis. Elle permet aux personnes âgées d’assurer, dans la convivialité, la transmission de leur vécu et des particularités subjectives de leur époque.
A l’origine de ce projet, une idée d’Anne-Dauphine Julliand, présidente de l’association, celle de connecter les générations à travers le récit fait par les aînés aux jeunes.
Les témoignages de vie s’écoutent, se réécoutent, se retranscrivent et se transforment en livres offerts aux concernés et à leurs familles.
Les élèves qui poursuivent cette expérience sont formés (avant de l’entamer) autour de trois axes : formation à la rencontre, formation au public, formation à l’écriture. Ils sont accompagnés ensuite, d’une manière régulière, par des membres de l’association qui répondent à leurs questions et assurent le suivi de leur avancement lors de la phase rédaction.
L’association prend le relais, quand la rédaction est finalisée, pour assurer la relecture, la correction et l’édition. Une cérémonie couronne la démarche et permet de clore l’expérience entre les binômes et leurs familles.
L’expérience Ce qui compte vraiment a été menée dans cinq régions de France où 23 lycées et 26 maisons de retraite se sont mobilisés autour de 245 récits de vie. Elle est menée également dans d’autres pays (Mexique, Autriche, Portugal, Jordanie) et a rassemblé 220000 participants lors de 90 événements.
Le théâtre immersif revient sur la scène comme une forme d’expression artistique qui connait un grand engouement. Alliant le jeu d’acteurs et l’expérience participative du spectateur, c’est un modèle qui se vit d’une manière active et promet un théâtre différent. Voici une sélection de trois productions différentes mais ayant pour points communs : l’interactivité et le cadre scénique insolite.
Norma
L’aventure commence, dès que l’on achète ses places pour cette production du collectif Big Drama. On découvre alors les lieux où les faits se dérouleront et on reçoit une invitation personnelle pour des obsèques d’un genre nouveau. Arrivé sur les lieux indiqués, à peine remis de la surprise que ce choix provoque, on se retrouve au centre du drame « familial », assis autour d’une table fouillant dans les archives de la défunte (avec ceux qui ont payé pour la formule des initiés). Les obsèques se poursuivent à un autre étage, au milieu du public qui se mêle dans la convivialité aux acteurs. Et puis débutent les préparatifs de la cérémonie et l’on découvre les personnages à travers leurs souvenirs, leurs échanges et leurs apartés. On les accompagne dans leurs sphères privées et le hasard mène les spectateurs, par groupe, dans l’espace privé de chacun. A ceux qui en manifestent la volonté, sont attribués des rôles lors du déroulé des obsèques. Entre humour et tournures dramatiques en lien avec les orphelins recueillis et élevés par la défunte, la musique et le chant donnent à la représentation son cachet de comédie musicale. Dans Norma, le mélange de genres est bien calibré et le spectateur vit, à travers leur agencement, une immersion au niveau des actions et des émotions.
Norma s’est vu décerner le Prix de la Scénographie lors de la cérémonie des Trophées de la Comédie musicale 2024. Big Drama n’en est pas à son premier essai. La troupe a plusieurs titres à son actif dont des pièces immersives transformées en format digital et de nombreuses réalisations privées réalisées sur demande. Le slogan de cette compagnie spécialisée dans la conception et la production de spectacles immersifs est : « Entrez dans l’histoire ».
Le Cabaret Rive gauche
Les Sculpteurs de rêves sont des créateurs d’univers où se mêlent théâtralité et immersion. Trois de leurs créations se produisent en même temps dans différents lieux en France. La compagnie dispose d’un portfolio de plus de vingt productions. Parmi celles aux tonalités historiques figure le Cabaret rive gauche qui se produit au sous-sol du Musée Maillol à Paris.
Plongé dans un cadre temporel propre aux années cinquante, le spectateur vit une soirée dans un lieu de divertissement de l’époque. Il y côtoie Prévert, Boris Vian, et vit les débuts sur scène de la chanteuse Barbara.
Plus qu’un spectateur assis sur le siège correspondant à la catégorie pour laquelle il a payé, il est, ici, un des clients des lieux et dispose même de quoi payer sa consommation selon la logique de l’époque. A chaque spectateur est remise, à l’entrée, une note indiquant son nouveau profil. Il se retrouve alors dans la peau d’une personnalité de l’époque disposant des détails qui lui permettent d’interagir avec la troupe et les autres spectateurs.
Danse, musique et allusions diverses au contexte culturel des années cinquante font partie du voyage dans le temps que propose cette pièce.
L’aventure de ce regroupement créatif a commencé en 2013 quand des jeunes de 15 ans, passionnés de théâtre et de jeux décident de tenter l’expérience de rassembler cent personnes autour d’une création conçue comme un grand jeu de rôles. Ce rêve, une fois réalisé, aboutit à une expérience entrepreneuriale qui a évolué pendant 10 ans vers une formule complète incluant l’encadrement des comédiens et la création d’œuvres originales pour le grand public et à la demande.
Vive les mariés
Cette production théâtrale emmène le spectateur dans une expérience immersive festive : un mariage au déroulé mouvementé. Le spectateur est ici un invité du clan de la famille de la mariée ou de celle du mari. Il prend place à table, une fois accueilli par l’organisatrice du mariage et informé, par elle, de son lien de parenté avec le couple à l’honneur.
En allant voir Vive les mariés, on vit pleinement le jeu d’acteurs dans un cadre insolite : un restaurant parisien. Tout en profitant du menu, le spectateur assiste à des rebondissements, à la manière de Feydeau, et les actions se succèdent comme des révélations éclairant les « convives » sur leurs voisins de table.
Inspiré d’Un fil à la patte, ce vaudeville revisité est une occasion de profiter doublement du jeu d’interprétation en appréciant celui des comédiens et en explorant les potentialités du sien. Le spectateur peut être amené à réaliser des missions d’animation et de transitions. Son implication est rendue plus agréable grâce aux comédiens et à leurs capacités d’improvisation.
Une fois que « le rideau » est tombé, les comédiens reviennent dans la salle, débarrassés de leurs costumes festifs et la soirée se poursuit sur le même ton agréable et convivial, non pas avec les mariés et leurs proches mais avec de jeunes acteurs de talent.
Big immersive production est une famille créative qui a choisi l’originalité comme créneau. Leur production Aubergames, conçue comme un concept mêlant sports, jeu et théâtralité, avaient accueilli le public, en 2023, dans un parc à Aubervilliers investi comme un cadre olympien.
Haila Alkhalaf est la présidente du pôle de la traduction au sein de l’Autorité de la Littérature, de l’Edition et de la Traduction, organe exécutif du ministère de la Culture en Arabie Saoudite. Docteure en Littérature anglaise, elle a cumulé les expériences dans le cadre de l’enseignement supérieur et du conseil institutionnel dans son champ d’expertise. Elle a publié plusieurs études en lien avec le secteur littéraire et a représenté, officiellement, son pays lors d’événements culturels internationaux. Haila Alkhalaf occupe, aujourd’hui, un poste-clé et impactant dans le cadre d’une stratégie globale visant à développer le secteur de la traduction et à multiplier les projets en faveur d’une production littéraire multilingue.
Qu’est-ce qui vous relie aux domaines dans lesquels vous travaillez (édition, livres et traduction) ?
L’intérêt et la passion pour le livre ont pris naissance en moi depuis longtemps. La lecture constituait un porte ouverte me faisant découvrir des mondes différents de mon quotidien. Une simple phrase bien énoncée avait la capacité de jalonner ma pensée et j’étais en admiration devant ce grand pouvoir. C’est cette passion qui a défini mon parcours et, dans le cadre de mes études supérieures, j’ai choisi de me spécialiser dans la littérature. J’ai été attirée par l’alchimie qui s’opérait, dans ce cursus, entre la traduction, les études littéraires et les langues.
Au fil de mes parcours académique et professionnel, j’ai pris conscience de l’importance de la traduction dans l’élaboration de la littérature. Traduire, c’est bâtir un pont entre les cultures et les civilisations. Nous y gagnons sur les plans intellectuel et cognitif. Traduire, c’est aussi partager avec le monde l’essence de notre héritage et de notre patrimoine en les rendant accessibles au-delà des frontières linguistiques. Dans le domaine de la littérature, la traduction rend possible la diffusion de la créativité, l’échange de créations littéraires et le partage d’idées, quelles que soient les langues et les cultures des productions initiales. Les écrivains peuvent ainsi atteindre un public mondial et les lecteurs peuvent explorer des univers littéraires multiples.
Aujourd’hui, en présidant le secteur de la traduction au sein de l’Autorité de la Littérature, de l’Edition et de la Traduction, je suis remplie d’enthousiasme et de fierté en participant aux efforts et à l’impact de la traduction. Cet art permet de transférer les trésors littéraires de notre culture arabe au-delà des frontières linguistiques, et de nous faire parvenir diverses créations littéraires représentant les cultures internationales. En favorisant les opportunités de développement du secteur de la traduction (de et vers l’arabe), notre objectif est d’enrichir le contenu arabophone avec des œuvres de qualité et à valeur ajoutée.
Comment la commission œuvre-t-elle à la promotion de la traduction et pourquoi ?
L’Autorité pour la Littérature, l’Edition et la Traduction œuvre à la promotion des domaines de la traduction à travers plusieurs initiatives et projets qui répondent aux aspirations culturelles dans le cadre de la Vision 2030 du Royaume d’Arabie saoudite (Vision 2030 est un plan de développement mis en place par le gouvernement saoudien, ndlr). La commission concentre ses efforts sur l’accès des traducteurs à une qualification selon les normes et pratiques internationales. Nous y aspirons à accompagner une dynamique de traduction professionnelle. Nous avons travaillé sur la création d’un observatoire pour documenter la pratique de la traduction dans le monde arabe. Cette initiative a été lancée sous l’égide de l’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et les sciences (ALECSO) et avec le soutien de la Commission pour la Littérature, l’Edition et la Traduction, pour soutenir le processus de traduction et pour coordonner et unifier les efforts investis dans ce domaine. Cette institution s’est défini pour rôle de collecter et de présenter des données exactes et des statistiques récentes en lien avec le secteur de la traduction. Elle recourt à une approche innovante du traitement des données (se basant sur les dernières technologies) et fournit aux pays arabes une référence numérique avec le plus haut niveau de transparence et de crédibilité. Ce qui en résulte permet de refléter la véritable image de la scène culturelle du monde arabe.
En outre, nous organisons, depuis 2021, le Forum international de la traduction, l’un des plus grands événements du secteur, à l’échelle régionale et mondiale. La troisième édition est prévue en novembre de cette année. Ce forum consacre les derniers développements dans le secteur de la traduction et constitue une opportunité de communication entre les traducteurs, les experts et les personnes intéressées par le domaine. Peuvent y prendre part, les traducteurs professionnels et débutants, les universitaires et les décideurs dans le domaine de la traduction. Il est conçu comme un événement central concrétisant le développement de l’industrie de la traduction au Royaume et dans la région.
L’initiative « Traduis ! », lancée également en 2021, vise à enrichir le contenu arabe et les connaissances qui lui sont inhérentes à travers la promotion des échanges culturels (aux niveaux arabe et international). Les maisons d’édition locales bénéficient, dans ce cadre, de subventions couvrant les coûts des droits d’auteur et des travaux de traduction. Sont également, soutenues les traductions de revues académiques, de magazines et d’articles culturels.
Nous proposons, par ailleurs, des programmes de formation, comme le programme d’accompagnement qui se base sur la formation et l’appui prodigués par des experts dans l’industrie de la traduction.
Parmi nos programmes spécifiques, le cycle de formation intensive à l’interprétation de conférences qui vise à faire qualifier une génération prometteuse d’interprètes saoudiens et qui correspond aux besoins du marché de l’emploi dans ce domaine. Le programme se concentre sur les aspects pratiques de la formation et se déroule sous la supervision d’experts en interprétation. Ce parcours permet de doter les participants des compétences et des techniques nécessaires pour interpréter lors de conférences et d’événements internationaux.
Ce programme est organisé en partenariat avec des agences de traduction internationales bien établies. Cette collaboration garantit aux stagiaires de recevoir une formation du plus haut niveau, conformément aux normes internationales dans le domaine de l’interprétation. Telle est la stratégie globale : améliorer les capacités des cadres saoudiens dans le domaine de la traduction et accroître leur compétitivité sur le marché du travail.
Quels sont vos objectifs dans le cadre de vos missions ?
Dans le cadre de notre mission dans le secteur de la traduction, nous nous efforçons d’atteindre des objectifs multiples et interconnectés qui renforcent la position de l’Arabie saoudite dans le paysage mondial de la culture et de la connaissance, avec le soutien et l’appui continus de Son Altesse le Prince Badr bin Abdullah bin Mohammed bin Farhan Al Saud, ministre de la Culture.
Nous accordons une attention particulière au développement des compétences des traducteurs et à leurs perspectives professionnelles. Nous œuvrons aussi à l’amélioration de la qualité de la traduction, afin de rehausser le niveau des services fournis dans ce cadre.
Développer un écosystème compétitif et durable fait partie de nos missions et ce pour soutenir et encourager la traduction que cela se concerne les projets à but non lucratif ou le secteur privé.
Nous aspirons à consolider le rôle de premier plan de l’Arabie saoudite sur la scène culturelle et à en faire un pont pour l’échange de savoirs. Notre objectif est de renforcer les fondements de la culture de la traduction pour faire de l’Arabie saoudite la première référence arabe dans tous ces domaines, renforçant ainsi sa position de leader en matière de culture et de savoir, dans la région et dans le monde.
De quelles réalisations êtes-vous le plus fière ?
Compte tenu de la diversité de ce que nous avons accompli en peu de temps, il est difficile d’identifier une seule réalisation dont nous serions le plus fiers. L’ampleur de nos réalisations reflète notre engagement profond à l’égard de nos objectifs culturels et des aspirations que recèle la Vision 2030. Au moyen de chaque initiative et de chaque projet, nous menons une étape importante dans le renforcement de la position du Royaume comme référence culturelle mondiale pour la créativité et la connaissance. Cependant, si je devais mettre en évidence quelques réalisations qui illustrent notre ambition et notre impact, je commencerais par les résultats remarquables de l’initiative Tarjum :
Nous avons accordé plus de 1 800 bourses de traduction de livres.
Nous avons accordé plus de 93 subventions pour des magazines et périodiques culturels, et plus de 930 subventions pour des articles culturels.
Nous avons engagé plus de 1000 traducteurs de 40 pays.
Nous avons soutenu la traduction de 293 livres saoudiens dans 13 langues différentes.
L’initiative a contribué, de manière significative, à atteindre l’arène internationale, en garantissant les droits de traduction pour plus de 150 livres primés (y compris des lauréats du prix Nobel de littérature, tels que « L’essor du livre arabe » de Beatrice Gruendler, qui a été traduit en arabe). Ce projet a également encouragé la publication de traductions et soutenu les traducteurs saoudiens ( le traducteur Ibrahim Al-Freih a remporté la troisième place lors de la neuvième édition du prix Sheikh Hamad au Qatar pour la traduction et l’entente internationale. En outre, le livre « Half Crazy » du Dr Shaimaa Al-Sharif a été traduit en espagnol et a remporté le prix international Ibn Arabi de littérature arabe. Toutes ces réalisations constituent une étape historique dans les littératures saoudienne et arabe et représentent un indicateur de la créativité et de l’innovation dans la littérature contemporaine assurant l’amélioration du statut de la traduction sur la scène littéraire internationale.
Le lancement de l’Observatoire arabe de la traduction en partenariat avec l’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et la science (ALECSO) en octobre 2022 représente un bond en avant dans la réalisation de nos objectifs. L’Observatoire est non seulement la première entité régionale de l’ALECSO dans le Royaume et les États du Golfe depuis sa création il y a cinquante-trois ans, mais aussi le premier organisme de ce type au niveau mondial à fournir une plateforme étoffée et une base de données bibliographique numérique. Ce projet illustre les efforts conjoints des pays arabes pour faire progresser le secteur de la traduction.
En outre, l’une de nos réalisations les plus récentes est le lancement, le dix septembre, de la Chaire de traduction des cultures à l’UNESCO, en partenariat avec le Centre du Roi Fayçal pour la Recherche et les Etudes islamiques. Cette initiative renforcera le rôle de l’Arabie saoudite en tant que hub mondial de recherche scientifique dans le domaine de la traduction et des échanges culturels. La Chaire vise à répondre au besoin croissant de recherche interdisciplinaire dans les sciences humaines et sociales, en facilitant la collaboration entre les chercheurs en traductologie, en études culturelles, en patrimoine immatériel, en sciences humaines et en technologies modernes aux niveaux local, régional et international. Ce cercle de réflexion ouvre ainsi de nouveaux horizons pour l’échange culturel et le partage de connaissances.
Toutes ces réalisations, et bien d’autres encore, confirment notre ferme engagement à atteindre nos objectifs culturels et reflètent notre aspiration à renforcer la position de notre pays, sur la scène culturelle mondiale, dans le domaine de la traduction.
Parmi les activités de l’OIF, figure une série de rencontres en lien avec le domaine de la diplomatie. Ces événements, générant des réflexions et des perspectives dessinées au profit de cette représentation, s’articulent autour d’un champ d’action commun : la francophonie, élément actif dans la sphère diplomatique et internationale.
L’expertise francophone, une place centrale dans le contexte international
Pour photo https://www.francophonie.org/bruxelles-les-ambassadeurs-francophones-evoquent-le-renforcement-du-multilateralisme-et-des-3577
Une première réunion plénière a été tenue par le Groupe des ambassadeurs francophones de Bruxelles (GAF-B), le 24 janvier 2025, sous la présidence de l’ambassadrice de Roumanie, Andreea Păstârnac, et en présence du ministre des Affaires étrangères de Belgique, Bernard Quintin. Plusieurs sujets en lien avec la place internationale de la francophonie ont été abordés. Cet événement a dressé, en partie, la feuille de route du GAF-B.
Lors de cet événement, le rôle stratégique de la Francophonie face aux défis géopolitiques actuels a été mis en avant. Rappelant que les relations diplomatiques entre la Belgique et la Roumanie fêteront, en 2025, leur 145ème anniversaire, le ministre belge a insisté sur l’importance de renforcer le multilatéralisme pour garantir un ordre mondial stable, dans un contexte international de plus en plus incertain. Il a salué les résultats du XIXᵉ Sommet de la Francophonie, tenu à Villers-Cotterêts et Paris en octobre 2024, qui placent l’OIF comme un élément actif et pertinent dans les processus de sortie de crise. Parmi les réalisations saluées, figure la création de l’Observatoire Boutros Boutros-Ghali, qui agira dans les domaines de la paix et de la sécurité, en se basant sur l’expertise francophone.
Le ministre belge a, en outre, insisté sur la nécessité d’une coopération efficiente et développée entre l’Union européenne et l’OIF, s’appuyant sur les valeurs communes de ces deux structures. Dans ce contexte, ont été rappelées des initiatives importantes de l’UE, comme la Facilité européenne pour la paix (FEP) qui se définit pour objectif l’action au profit de la sécurité internationale et la prévention des conflits ainsi que la stratégie « Global Gateway » qui agit, en accord avec les objectifs de développement durable des Nations unies, au profit du développement d’infrastructures durables multisectorielles (numérique, de l’énergie et des transports).
Le caractère éthique de l’IA a, également, été placé parmi les impératifs en lien avec le contexte international dans lequel l’action francophone est importante et utile car pouvant faire, de cette technologie, un outil inclusif et plus accessible (en français). Dans son allocution, le ministre belge a insisté sur la place que la francophonie doit acquérir dans ce domaine en développement, dans le monde entier.
Parmi les sujets abordés, lors de cette plénière, figure le renforcement du partenariat avec le continent africain. En marge de cet aspect, le ministre belge a été interrogé par les ambassadeurs présents quant à la réévaluation des relations entre l’Union européenne et les États-Unis à la suite de l’investiture de Donald Trump. L’importance d’une autonomie stratégique pour l’Europe a fait partie des éléments de réponses.
OIF-ONU : « Le Français de la diplomatie »
La Représentation de l’OIF auprès des Nations Unies à New York, a lancé, le 28 janvier 2025, en collaboration avec le Département de l’appui opérationnel des Nations Unies, un cours intitulé « Le français de la diplomatie ». Il s’agit d’un programme destiné aux diplomates et aux membres des missions diplomatiques des pays membres de l’OIF pour qui le Français n’est pas la langue officielle. Cette initiative fait partie du projet « Langue française, langue internationale ».
Il s’agit d’un projet qui répond à la demande de nombreux diplomates et qui envisage d’appuyer l’action de l’OIF au sein des Nations Unies. Il rejoint la volonté du Secrétariat des Nations Unies de promouvoir le multilinguisme, à tous les niveaux des institutions internationales, et renforce ainsi les liens entre les deux entités.
L’objectif principal de ce programme est de permettre à ses disciples de renforcer leurs capacités linguistiques en français, afin que cette langue s’intègre dans leurs échanges professionnels. Les cours se tiennent à la fois au siège des Nations Unies et à la Représentation de l’OIF à New York. Les participants pourront bénéficier d’un contenu adapté à leurs compétences et fourni par des enseignants des Nations Unies.
GAF: Une présence francophone dans la gouvernance numérique
Ancrer les valeurs francophones dans les grands enjeux de l’agenda onusien, est un des objectifs du Groupe des Ambassadeurs francophones (GAF) qui s’est réuni, également, le 15 janvier 2025.
Parmi les autres priorités de ce rassemblement, figure la négociation de la « résolution biennale de l’Assemblée générale sur la coopération ONU-OIF », dont l’adoption est prévue lors de la 79ᵉ session de l’Assemblée générale. Cet axe majeur de la mobilisation du Groupe sera appuyé par la France, hôte du 19e Sommet de la Francophonie.
Le GAF qui a renouvelé, lors de cette réunion, la présidence de M. l’Ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, Représentant permanent de la RDC auprès des Nations Unies agit au profit du multilinguisme et vise une représentation francophone dans l’architecture de gouvernance propre à certains domaines stratégiques. Le Groupe prévoit, en effet, de se placer comme acteur important dans les discussions sur la gouvernance du numérique et de l’intelligence artificielle.
Dans l’agenda du GAF, figure la 4ème conférence sur le financement du développement (FfD4), prévue du 30 juin au 3 juillet 2025. Le groupe joue un rôle essentiel dans le processus préparatoire de cet événement qui représente une occasion de repenser l’architecture financière internationale. Cette réflexion vise de mettre en place un cadre de financement plus équitable et mieux adapté aux besoins des pays en développement confrontés aux vulnérabilités.
Doté d’une plateforme des Conseillers militaires, de police et d’experts en opérations de paix, le GAF fait, par ailleurs, de la stabilité, une priorité et prévoit de se mobiliser au niveau des enjeux linguistiques et interculturels dans les opérations de maintien de la paix de l’ONU.
Par ailleurs, le GAF se concentrera sur la révision du Conseil des droits de l’Homme, confiée à l’Assemblée générale des Nations Unies, afin de défendre une vision francophone et renforcer les liens entre New York et Genève. Le Groupe francophone a appelé à la mise en place d’un multilinguisme au niveau des différents processus de l’ONU.
Rappelons que le contexte international a été marqué, dans ce cadre, par les échanges autour des priorités du Président de l’Assemblée générale des Nations Unies (pour la reprise de la 79ᵉ session), ainsi que par la définition des priorités du Secrétaire général de l’ONU pour 2025.
Sous la présidence de l’Ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, Représentant permanent de la RDC auprès des Nations Unies, le Groupe des Ambassadeurs francophones (GAF) a aussi tenu une réunion en présence de plus d’une trentaine de délégations, avec, pour invité, Philémon Yang, Président de la 79e session de l’Assemblée générale des Nations Unies dont le mandat est placé sous le thème « L’unité dans la diversité ».
Cette vision stratégique a fait l’objet d’un débat centré sur les défis liés à la réalisation complète du multilinguisme à l’ONU. Le travail significatif de l’OIF pour promouvoir la langue française a été salué et, a été rappelé, l’engagement commun des deux organisations (OIF et ONU) en faveur du multilinguisme. Parmi les appels à l’action lancés par les membres du Groupe francophone, la mise en place de solutions pour lutter contre l’unilinguisme (y compris lors des réunions informelles de l’Assemblée générale).
Monsieur Philémon Yang a annoncé la création d’un groupe de travail dédié au multilinguisme, au sein du Bureau de la présidence de l’Assemblée générale, comptant, dans ce cadre, sur l’expertise du Groupe francophone.
Le « Pacte pour l’Avenir », adopté en septembre 2024 par les États membres de l’ONU pour revitaliser la coopération internationale a été réévalué par les personnes présentes. Les délégations francophones ont mis l’accent sur le rôle complémentaire des États membres et de l’ONU dans ce processus avec un focus sur les actions concrètes et l’engagement de tous les acteurs.
Il convient, dès l’entame, de préciser qu’il n’y a pas un cinéma africain mais des Cinémas d’Afrique, tant le continent est multiple, tant son 7e art est divers.
De cette pluralité, nous avons essayé de transmettre l’essentiel, histoire de donner aux talents du continent la place qui leur revient de droit dans le paysage cinématographique international.
Oui ! Sur la scène mondiale, le cinéma africain n’est pas un figurant à la présence honorifique. Pour preuve, les dernières sélections et les récents succès à des festivals tels que la Mostra de Venise ou Cannes.
Dieudonné Hamadi, Maïmouna Doucouré, Kaouther Ben Hania, Philippe Lacôte, Ismaël El Iraki… sont les exemples d’un foisonnement cinématographique qui a su s’imposer et qui a su aussi arracher sa place sur les podiums du monde.
Les cinéastes d’Afrique tiennent aussi la vedette dans le cadre de festivals africains.
Ces rendez-vous contribuent à créer une meilleure dynamique filmique. Ils permettent des échanges d’expertises panafricains.
Ils sont aussi l’occasion, pour les publics locaux, de renouer avec le cinéma, en l’absence de réseaux de distribution en nombre. Et c’est là, en effet, une problématique ancrant une disparité en termes de moyens entre les cinéastes du continent.
Les cinéastes africains, du Nord au Sud, ont, en revanche, un point commun : des difficultés économiques qui impactent, inévitablement, la production et la diffusion.
Heureusement que derrière ces forces vives, il y a des financements et des expertises qui poussent vers le renouveau du secteur, et des savoir-faire qui se partagent dans le cadre de collaborations et décuplent les potentialités.
Les cinémas d’Afrique, c’est plus de cinquante ans de tentatives et d’affirmations, d’Ousmane Sembène et Tahar Cheriaa, à la génération nouvelle de cinéastes qui s’imposent. Les moyens ont changé, les techniques ont évolué, le produit se perfectionne, mais la passion reste intacte, pour qu’aux yeux du monde, l’Afrique brille sur grand écran. Action !