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Chaque histoire compte vraiment : Un projet intergénérationnel entre de jeunes écrivains et des témoins d’époque

Ce qui compte vraiment est un projet intergénérationnel qui œuvre à la connexion entre de jeunes lycéens et des personnes âgées, à travers la transformation des souvenirs collectés en biographies écrites. Au fil de rencontres avec des résidents d’Ehpad, des élèves rassemblent, des informations, des anecdotes, des données leur permettant de transformer le récit nostalgique en « livre de vie ».

L’expérience permet aux élèves qui l’ont intégrée de devenir de jeunes écrivains chargés de mission, en toute fidélité par rapport aux propos recueillis. Elle permet aux personnes âgées d’assurer, dans la convivialité, la transmission de leur vécu et des particularités subjectives de leur époque.

A l’origine de ce projet, une idée d’Anne-Dauphine Julliand, présidente de l’association, celle de connecter les générations à travers le récit fait par les aînés aux jeunes.

Les témoignages de vie s’écoutent, se réécoutent, se retranscrivent et se transforment en livres offerts aux concernés et à leurs familles.

Les élèves qui poursuivent cette expérience sont formés (avant de l’entamer) autour de trois axes : formation à la rencontre, formation au public, formation à l’écriture. Ils sont accompagnés ensuite, d’une manière régulière, par des membres de l’association qui répondent à leurs questions et assurent le suivi de leur avancement lors de la phase rédaction.

L’association prend le relais, quand la rédaction est finalisée, pour assurer la relecture, la correction et l’édition. Une cérémonie couronne la démarche et permet de clore l’expérience entre les binômes et leurs familles.

L’expérience Ce qui compte vraiment a été menée dans cinq régions de France où 23 lycées et 26 maisons de retraite se sont mobilisés autour de 245 récits de vie. Elle est menée également dans d’autres pays (Mexique, Autriche, Portugal, Jordanie) et a rassemblé 220000 participants lors de 90 événements.

 

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Salammbô, une collaboration internationale autour de l’œuvre de Flaubert

« Salammbô », est un roman de Flaubert publié en 1862, dans lequel le lecteur retrouve un décor carthaginois et où se mêlent l’allusion à l’épopée et le récit des passions. C’est cette même ambiance qui s’est retrouvée lors d’expositions à Rouen et à Marseille et où le public peut, désormais, immerger en Tunisie, au musée du Bardo. Présentation de l’exposition « Salammbô, de Flaubert à Carthage ».

https://mbarouen.fr/fr/expositions/salammbo-de-flaubert-a-carthage-tunis

Une exposition dédiée à l’œuvre de Gustave Flaubert, « Salammbô », s’est tenu du 24 septembre 2024 au 12 janvier 2025, au Musée national du Bardo, à Tunis. Cet événement est réalisé grâce à une collaboration entre la Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie, le Musée des Beaux-Arts de Rouen, le Musée des civilisations de l’Europe et de la méditerranée (Mucem) à Marseille, l’Institut National du Patrimoine de Tunisie, l’Agence tunisienne de Mise en Valeur du Patrimoine et de Promotion Culturelle et l’Institut français de Tunisie.

https://mbarouen.fr/fr/expositions/salammbo-de-flaubert-a-carthage-tunis

L’exposition rend hommage à l’auteur, à son œuvre et à la culture qui y est décrite. Elle étaye, œuvres et lectures à l’appui, l’impact de cette création romanesque sur le plan culturel. On y parcourt cinquante chefs-d’œuvre tunisiens et des prêts d’objets de collections françaises (venant des univers de la littérature, de la peinture, de la sculpture, de la photographie, des arts de la scène, du cinéma, et de l’archéologie). Les éléments constituant l’exposition viennent de collections tunisiennes et françaises appartenant à des préteurs privés mais aussi à des musées comme le musée national du Bardo, le musée de Carthage, les musées de la métropole Rouen Normandie, le musée de la Bibliothèque patrimoniale Villon, le musée d’Orsay, le musée de la Bibliothèque nationale de France et le musée de la Ville de Marseille.

https://mbarouen.fr/fr/expositions/salammbo-de-flaubert-a-carthage-tunis

Avant de s’installer en Tunisie, dans le pays qui en a inspiré l’œuvre éponyme, cette exposition a eu lieu au Musée des Beaux-Arts de Rouen en 2021, à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Gustave Flaubert et au Mucem, à Marseille, en 2022, et elle a accueilli plus de 75 000 visiteurs.

Trois commissaires ont été chargés de cette exposition. Il s’agit de : Sylvain Amic (Conservateur général du patrimoine, président de l’Établissement public du musée d’Orsay et du musée de l’Orangerie – Valéry Giscard d’Estaing), Imed Ben Jerbania (Maître de recherche, Institut National du Patrimoine) et Myriame Morel-Deledalle (Conservatrice en chef du patrimoine, Mucem).

https://mbarouen.fr/fr/expositions/salammbo-de-flaubert-a-carthage-tunis

Sont prévues en marge de l’exposition et en hors-les-murs, des activités culturelles comme des lectures musicales, des ateliers créatifs, un atelier d’écriture, une expérience en réalité virtuelle, une conférence, ainsi que des rencontres professionnelles et scientifiques.

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Prix Ivoire pour la littérature africaine francophone : Azza Filali lauréate 2024

 

Le Prix Ivoire pour la littérature africaine d’expression francophone 2024 a été décerné à la romancière tunisienne Azza Filali pour son roman Malentendues, publié en 2023 aux éditions Elyzad.

Le jury a salué, dans cette œuvre, son engagement vis-à-vis des femmes à travers la description de leurs situations et des sociétés dans lesquelles elles essaient d’évoluer. Il présente l’œuvre primée comme « un hymne à la femme, une excellente mise en miroir des vies fragiles des femmes engagées tout entières dans une quadrature du cercle partout dans le monde. Les plus évoluées d’entre les femmes pensent être hors du lot alors même qu’elles ne font que perpétuer, dans l’épine des songes, le lourd tribut dû à une société construite sans leur avis. »

En effet, Malentendues dresse, en 344 pages, le portrait d’une avocate tunisienne et celui des femmes rurales qu’elle rencontre dans le cadre d’une mission professionnelle. Emna, personnage central parcourt, tout au long du roman, des territoires conservateurs dans le but d’évaluer le degré de civisme et d’autonomie des femmes.

Par ailleurs, lors de cette 16ème édition présidée par la romancière et dramaturge Werewere Liking-Gnépo, une mention spéciale a été accordée à la Gabonaise Charline Effah pour « Les Femmes de Bidibidi », paru aux éditions Emmanuel Colas, en 2023.

Outre les deux ouvrages primés, figuraient dans la liste concourant pour le Prix Ivoire, trois autres finalistes : « Zakoa » de Hary Rabary, « Âmes tembée » de Marie-George Thébia et « Le Violon » d’Adrien de Gary Victor. Ces cinq œuvres ont été retenues parmi 76 ouvrages provenant de seize pays.

Rappelons que le Prix Ivoire pour la Littérature Africaine d’Expression Francophone a été créé en 2008 par l’association de droit ivoirien, Akwaba Culture. Il est placé sous le parrainage du ministère de la Culture et de la Francophonie de Côte d’Ivoire, de l’ambassade de France à Abidjan, de la Librairie de France Groupe.

Marine, si la place le permet :

Encadré :

Azza Filali est romancière, philosophe et médecin. Elle a publié une douzaine d’ouvrages : romans, nouvelles, essais et a reçu plusieurs distinctions dont le Comar d’or en 2024 (pour le même roman primé par le Prix Ivoire) et en 2012 (pour son roman Ouatann, publié échez Elyzad). Le Prix Comar est un prix tunisien qui récompense, depuis 1997, les œuvres littéraires écrites en langue arabe et en langue française.

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Passerelles | Rencontres littéraires | Shaikha Ali : Une Saoudienne passionnée d’expériences littéraires 

Shaikha travaille dans le secteur de la chimie dont elle est diplômée. Elle passe toutefois une bonne partie de son temps à vivre des expériences en lien avec sa passion pour le domaine littéraire. Ateliers d’écriture, foires du livre, expériences immersives et création de contenu digital… tout ce qui la rapproche du monde du livre l’enthousiasme et laisse présager d’une expérience créative imminente.   

Quel est le secret de votre attachement au domaine de la littérature ? 

Pour moi, la littérature guérit de tous les niveaux. Elle peut parfois expliquer ce que nous ne pouvons pas dire avec des mots. Les œuvres littéraires m’aident à me connaître et sont une fenêtre sur la connaissance d’autres cultures.

Vous n’avez pas fait de cette passion votre métier. Pourquoi ? 

Mon domaine de travail est complètement différent, et en contraste avec le parcours de la littérature. Je travaille dans le domaine de la fabrication de matières radioactives et je suis titulaire d’une maîtrise en chimie analytique, mais la littérature m’intéresse depuis le début de mes études, et je voulais devenir journaliste, mais le destin a fait de cet intérêt pour les livres une de mes principales occupations.

Vous avez participé à plusieurs ateliers d’écriture. Est-ce dans le but d’écrire un livre ?  

Cela est possible et beaucoup de mes amis proches s’y attendent. J’ai envie d’écrire et j’ai aussi envie d’apprendre à produire un contenu de qualité.

Dans vos écrits à venir, de quels sujets parleriez-vous ? 

Bien sûr, le premier choix est la littérature de voyage. J’ai un penchant pour ce style d’écriture car c’est un domaine littéraire pluriel qui se mélange également à d’autres comme les mémoires, l’autobiographie et les romans.

Dans le domaine de l’écriture et de la culture, quelles sont les réalisations saoudiennes dont vous êtes heureux et fière ?  

La création du ministère de la Culture a été l’une des meilleures réalisations dans mon pays. C’est un vaste organisme qui regroupe une Commission dédiée à la littéraire, à l’édition et à la traduction, une commission des bibliothèques, une commission du cinéma et une autre dédiée à la mode. Cela garantit une grande diversité culturelle et également des contributions avec un rayonnement national et international.

Quelles sont les occasions qui vous ont rapprochée du monde des livres et que vous considérez comme vos meilleures expériences ?

Mes meilleurs moments passés dans ce bel univers, je les ai vécus en allant à des salons du livre dans divers pays. Je garde en mémoire, notamment, l’expérience de la Foire internationale du livre de Sharjah aux Emirats Arabes Unis et celle de la Foire internationale du livre du Caire qui présente une occasion exceptionnelle en matière d’acquisition d’ouvrages et de rencontre avec ses écrivains préférés.

Parmi mes meilleures expériences figure aussi le programme de formation « Sois toi-même », lors duquel j’ai suivi un atelier de littérature de voyage.

J’ai pris part également à un marathon international de lecture au sein de l’organisme culturel « Ithra » et ce à la ville saoudienne Dhahran. Je rappelle d’ailleurs que les lieux qui abritent ce haut-lieu de la culture bâtiment ont été conçus par la défunte et très renommée architecte Zaha Hadid.

Et des moments exceptionnels, j’ai prévu d’en créer bientôt en suivant un atelier empreint d’introspection. Il s’agira d’un atelier intitulé « Shadow Writing », une nouveauté que j’aimerais découvrir et qui mettront en lumière des parties de moi en prélude d’un travail d’écriture reflétant qui je suis profondément.

À quels événements ou expositions espérez-vous assister un jour ?

La Foire internationale du livre de Tunis et la Foire internationale du livre de Mascate figurent en tête de liste de mes projets pour l’année prochaine.

J’envisage également de visiter les Foires internationales du livre de Londres et de Paris.

Si vous pouviez présenter en quelques mots la femme saoudienne instruite, que diriez-vous ?

Je crois profondément en la solidité des racines et de l’ancrage culturel. Ce sont des fondations qui reposent sur des bases solides. Chaque femme a désormais une petite responsabilité dans l’apprentissage et l’éducation de la génération actuelle et des prochaines générations afin qu’elles soient le meilleur exemple et bénéficient des expériences de celles qui les ont précédées dans le monde. A nous d’apprendre à ceux qui nous succéderont que l’avenir est plein d’expériences à transformer en belles opportunités.

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Interview | Poètes francophones : CHEHEM WATTA

Vous avez écrit une vingtaine d’œuvres. Qu’est-ce qui vous inspire ?

Beaucoup de choses. Au tout début, l’arrachement très jeune à mon espace nomade (provoqué par la scolarisation) fut le moteur de mon inspiration. L’évolution de mon pays, de la Corne d’Afrique et de l’Afrique en général et leurs multiples défis ont continué à m’interpeller sans cesse. Mes origines d’enfant de pasteurs nomades, issu d’un pays qui affronte son destin courageusement, sont des sources d’inspiration et d’encouragement pour écrire !

Vivre et travailler dans mon pays adossé à l’Afrique, ouvert sur l’Océan Indien et face à l’Arabie constitue une richesse et une opportunité formidables qui ne peuvent que me pousser dans les bras de l’écriture. Malgré les difficultés,  nous sommes toujours-là, debout et dignes, sur la Route du Monde ! Nous les Djiboutiens, nous ne nous sentons pas seuls au Monde : nous avons beaucoup de choses à dire, à écrire par nous-mêmes, à partager, à échanger, à dénoncer, à améliorer, etc.

Il n’y a pas que cela ! Il y a ces violences aveugles et déshumanisantes, ces guerres et conflits avec ces lots de famine et de privation, ces sécheresses récurrentes qui ravagent et déracinent la vie des milliers de femmes, d’enfants et de vieillards, qui jettent notre jeunesse sur des routes dangereuses vers des destins et des pays qu’ils croient meilleurs ; des violences contre les femmes par exemple sont autant de situations qui m’interpellent. Bien-sûr il y a cet immense réservoir de l’imaginaire nomade, la beauté des paysages sublimes de nos savanes où l’Homme a commencé à marcher ; les couchers du soleil qui flamboient à l’horizon … Oui, pour les nomades, l’horizon est la demeure des Hommes libres ! Pour un poète tout cela constitue une source d’inspiration, s’il sait écouter la respiration du monde…

Que visez-vous à travers vos écrits ?

Je n’ai pas beaucoup de prétentions. Écrire pour moi, c’est avant tout partager. Écrire est un acte individuel qui permet l’émancipation ainsi que l’ouverture sur l’Autre, sur le vaste monde ! L’écriture est un formidable moyen pour sortir de l’isolement et en même temps, instaurer un dialogue avec soi-même, un cheminement dans le silence et la solitude. Quelques fois, c’est une parole portée pour partager notre façon de voir, de penser notre propre cheminement, notre diversité culturelle et de faire résonner notre voix singulière parmi tant d’autres voix.

Nous avons dans cette Corne d’Afrique la POÉSIE – genre majeur- qui permet aux « bergers-poètes » de faire rayonner un mode de vie (certes en grande difficulté) dont les racines sont des valeurs de solidarité, de liberté, de courage, d’hospitalité et de résilience. Cette poésie est un patrimoine inestimable qu’il nous faut faire fructifier, pour mieux vivre dans un monde en transformation.

Au profit de quelle (s) problématique(s) sociale (s) et humaine (s) souhaiteriez-vous réitérer et maintenir votre engagement ?

Refuser les violences générées par la migration humaine et celles contre les femmes ; s’engager contre le rabaissement de notre dignité humaine (l’esclavage moderne) ; refuser le déclassement qui s’opère contre l’Afrique qui reste toujours dépréciée par le modèle socio-culturel, économique et politique dominant. Par exemple, lorsqu’on parle d’un pays d’Afrique, on a toujours cette formule incroyable : « c’est un des pays les plus pauvres au monde », comme si nous étions condamnés à rester pauvres ou affamés, comme s’il s’agit d’une « identité » portée comme un stigmate par tant de peuples d’Afrique et d’Asie.

Mais nos cultures et traditions doivent être questionnées et combattues lorsqu’elles justifient et continuent à pratiquer par exemple les mutilations génitales féminines et discriminent nos femmes – c’est ce que je dénonce entre autres dans mon livre ‘ Les corps sales’. J’ai écrit aussi un texte qui s’intitule « La femme qui brûle » (dans le recueil ‘Sur les Soleils de Houroud’) qui dénonce les mariages arrangés ou encore un regard illisible porté sur nos femmes. Pour refuser ces situations sociales et culturelles intolérables, beaucoup de nos jeunes filles se sont immolées par le feu. Non seulement elles mettent le feu à leurs corps mais « brûlent » ainsi ces règles sociales et culturelles « illisibles » sur la femme et son corps.

Il y a aussi la transformation drastique du mode de vie des pasteurs nomades, venant gonfler nos bidonvilles, de nos enfants jetés dans une misère sociale et culturelle intolérable dans un milieu urbain qui dérègle nos modes de vie pourtant tournés vers la solidarité, l’entraide et le partage. Ces mutations sociales abruptes peuvent être dangereuses, transforment nos identités, nous mettant à la merci de la mondialisation qui broie tout sur son passage (voir le recueil de nouvelles ‘Amours nomades’). La migration massive de la jeunesse africaine vers l’Europe reste un problème majeur car, sur ces routes qu’elle emprunte, ce sont des Africains eux-mêmes qui les humilient, les déshumanisent en les vendant comme « des pièces détachées » de l’Humanité.

Vous avez obtenu plusieurs prix dont un récompensant l’ensemble de votre œuvre. Comment vivez-vous cette reconnaissance officielle ?

C’est une bonne chose. Cette récompense me donne envie de continuer à partager mon expérience littéraire.  A travers moi, c’est mon pays qui est reconnu.

Comment définiriez-vous l’œuvre nomade autrement que par l’adjectif qu’on y associe ?

Elle puise ses racines dans l’identité des pasteurs nomades. Elle tire son essence aussi bien dans un espace géographique (par exemple le désert, la savane, etc.) que dans l’imaginaire de ce mode de vie qui se caractérise par la liberté de mouvement et l’ouverture sur le monde : source d’introspection, de dialogue avec soi-même, propice au jaillissement poétique. Mon premier recueil de poésie ‘Pèlerin d’errance’ évoque la recherche de l’eau comme une sorte de pèlerinage qui s’organise autour de « sœur-eau ».

D’autres recueils comme ‘Cahier de brouillon des poèmes du désert’ et ‘Testament du désert’ célèbrent la terre et les paysages, la marche et le silence où l’on peut puiser l’inspiration poétique à l’écoute de l’oralité. Dans ce dernier recueil, je tente de dépasser la métaphore du monde perdu et d’accepter le dérèglement des horizons nomades. Il faut dire que dans la marche qu’a expérimentée aussi le poète Arthur Rimbaud, dans ces contrées de la Corne d’Afrique, après son renoncement poétique, (voir ‘Rimbaud l’Africain, diseur de silence’) l’espace s’enfle, le temps s’allonge, le silence s’épaissit comme pour nous permettre d’accéder à une autre langue, essentiellement poétique. Mais la poésie pour nous, descendants des pasteurs nomades, ne peut servir de refuge, il faut constamment la renouveler, puisant dans nos mémoires souvent déchiquetées. Alors, il nous faudra écrire encore et encore ce chaos et instaurer des jonctions avec des peintres. C’est ce que je tente avec, entre autres, Patrick Singh dans ‘Furigraphies des mirages’ : mirages qui deviennent un territoire de poème et de peinture.

Vous avez présidé l’Association des Écrivains djiboutiens à son lancement en 1996 et ce pendant quatre ans. Quel état des lieux faites-vous, plusieurs années après, de la scène littéraire à Djibouti ?

Nous avons créé dans les années 90 un « groupe de liaison de la promotion de la littérature » d’expression française. Il regroupait des Français comme des Djiboutiens amoureux de la littérature.

Ainsi sont apparus sur la scène de la littérature des auteurs toujours présents aujourd’hui tels que Idriss Youssouf Elmi, Omar Youssouf Ali, Abdi Ismail Abdi (écrivain formidable que nous avons perdu très tôt), Choukri Osman Guedi, Aicha Mohamed Robleh, Abdi Mohamed Farah pour ne citer que ceux-là. Il faut préciser que notre grand écrivain Abdourhaman Waberi qui rayonnait à partir de la France et dont les publications avaient un grand écho dans notre pays a participé aux manifestations littéraires.

C’est dans l’effervescence des manifestations « Lire en fête » ou « Fête du livre » et la continuité de ce « Groupe de Liaison » que nous avons créé la première Association des Écrivains Djiboutiens qui regroupaient l’ensemble des écrivains ainsi que les amoureux de la littérature. On peut dire que cette association dispose d’un bilan positif car cette scène littéraire n’a fait que s’agrandir avec des jeunes écrivains qui, aujourd’hui, assurent la relève de manière dynamique et assumée.

La mise en place de l’Université de Djibouti fut bénéfique à l’essor de la littérature djiboutienne car c’est avec l’apport des chercheurs et de nouveaux auteurs talentueux que cette association s’est renouvelée, avec à sa tête, le docteur Moussa Souleiman. Il y a deux ans de cela, elle s’est donc reconstituée, participant activement à des manifestations nationales de grande envergure comme la « fête de la lecture » organisée par le Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation professionnelle et « le Salon du Livre Djiboutien » du Ministère de la Jeunesse et de la Culture dont le Commissaire Général de deux éditions (2023 et 2024) n’est tout autre que le conteur djiboutien : Omar Youssouf Ali.

Ce qui change la donne pour la littérature djiboutienne est la présence des maisons d’édition djiboutiennes qui offrent des possibilités d’édition sur place tels que « Le Francolin » et « Discorama », auxquelles s’ajoute une nouvelle maison d’édition « Deeqsan » fondée par le grand écrivain djiboutien : Idriss Youssouf Elmi. Cette maison d’édition a la particularité d’éditer des livres en trois langues : Français, Somali et Afar. Il s’agit d’une offre qui change fondamentalement la donne, car sur le marché du livre les langues nationales et la traduction des œuvres font une entrée remarquable.

Votre biographie est diversifiée. On y retrouve de la poésie, du théâtre, du récit, des nouvelles et bientôt un roman… De quel genre vous sentez-vous plus proche ?

La poésie est mon genre préféré. Il faut dire que la spécificité remarquable de la littérature djiboutienne est la place de la poésie dans l’écriture de chaque auteur(e). Si tous n’écrivent pas la poésie, leurs écrits respirent la poésie ! Cela reflète l’importance de l’espace et de l’imaginaire nomades qu’elle véhicule, avec une liberté de parole et un ton qui lui sont singuliers.

Dans mes derniers livres publiés par l’excellente maison d’édition « Dumerchez » la poésie que j’écris chemine dorénavant avec un compagnon de choix : la peinture. C’est une voie fructueuse pour entretisser des liens forts avec des peintres tels que Patrick Singh, Thierry Laval et Selome Muleta.

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A lire: Quand le livre insuffle des valeurs

Conversations féminines : Un livre pour arracher sa place

Conversations féminines est un livre de Zoubida Fall édité chez Saaraba et réalisé à partir des podcasts dans lesquels elle avait pour invitées des Sénégalaises de tous bords.

L’auteure présente 17 profils féminins à travers les entretiens qu’elle a menés avec elles. On retrouve dans cette sélection : l’économiste Thiaba Camara Sy, la chercheuse Coumba Touré, la cinéaste Fatou Kandé Sengor, la styliste Oumou Sy, la journaliste Diatou cissé, l’animatrice radio et productrice Maïmouna Dembellé, la militante féministe Marie-Angélique Savané, l’auteure Fatima Faye, l’étudiante et jeune Ndeye Dieumb Tall, l’ancienne secrétaire générale de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest Fatimatou Zahra Diop, l’historienne et militante Penda Mbow, la sociologue Marema Touré Thiam, l’universitaire Marame Gueye, l’actrice Marie-Madeleine Diallo et la sociologue Fatou Sow.

Chaque profil a ses spécificités mais pourrait, à travers les valeurs qu’il reflète, être impactant pour d’autres femmes.

Tel est l’objectif de l’auteure qui a choisi comme sous-titre à son ouvrage : « Des places assignées à celles arrachées ».

A travers les récits des parcours souvent laborieux de ces femmes, la productrice de podcasts a fait un livre inspirant pour de nombreuses femmes que la société conditionne dans des rôles qu’elles souhaitent dépasser.

« Je suis nostalgique d’un temps que je ne connaîtrai jamais… Et c’est la genèse même de Conversations Féminines, podcast où j’ai voulu transmettre ce que d’autres femmes comme moi ont à dire au delà de ce qu’elles montrent, et présenter de « nouveaux » modèles féminins aux générations de femmes actuelles et futures », écrit Zoubida Fall .

Mettant en avant la persévérance, la résilience et le pouvoir de l’ambition, ce livre dresse un portrait commun aux femmes que l’on y retrouve faisant de la volonté une clé de réussite pouvant faire bouger les visions sociales les plus immuables.

Veiller sur Elle : Un Goncourt pour couronner le talent de Jean-Baptiste Andrea

Veiller sur elle de Jean-Baptiste Andrea publié aux Editions L’Iconoclaste a obtenu le Prix Goncourt 2023.

Dans ce roman, l’auteur dresse une trame romanesque ayant pour jalons les grands événements du XXème siècle dont le fascisme. Dans une Italie qui connaît son épisode historique le plus marquant, deux âmes se rencontrent d’une manière inattendue mais sublime.

Mimo, personnage pauvre ayant de l’or entre les mains : la sculpture et Viola Orsini, héritière d’une famille aisée. L’un est un nain qui apprend son métier et aiguise son talent aux côtés d’un oncle qui le maltraite et l’autre est une aristocrate dotée d’une ambition dépassant le confort de son statut.

Des passions antagonistes prennent naissance tout au long du roman et consacrent le côté fantastique des rencontres attractives.

Jean-Baptiste Andréa n’en est pas à sa première consécration. Ses livres ont obtenu plusieurs prix dont : le Prix Fémina des lycéens et le Prix des lycéens Folio pour « Ma reine », le Prix des lecteurs Privat pour « Cent millions d’années et un jour », le Grand Prix RTL-Lire et le Prix Etonnants voyageurs pour « Des diables et des saints » …

L’auteur primé est aussi scénariste et réalisateur récompensé plusieurs fois pour Dead End, film dont il est le scénariste et le coréalisateur.

Makasi : Les aventures d’un héros prometteur

Les aventures de Makasi : Un petit enfant peureux est un livre pour enfants écrit par Trycia Nyota Van Den Berg. L’auteure est économiste de formation. Elle est experte en intelligence stratégique et travaille dans le secteur diplomatique. Un univers bien loin de celui du livre vers lequel elle s’est orientée par passion pour l’écrit et par intérêt pour l’éducation.

Dans ce livre, elle a choisi de mettre en lumière la peur chez l’enfant, les blocages qu’elle génère et le bien que l’on récolte une fois celle-ci dépassée. Elle a choisi pour son héros un prénom signifiant fort et courageux, par antagonisme avec son état d’esprit initial.

En effet, le petit garçon semble, selon les situations décrites, ne pas avoir confiance en lui-même et avoir des peurs, en apparence, insurmontables. C’est en décidant d’aller à la découverte de la savane, qu’il affronte les objets de ses peurs et découvre la manière de les gérer au contact des personnages qu’il y rencontre. Un parcours initiatique s’opère dans ce livre. Il est le résultat de partages d’expériences et de travail sur soi.

Trycia Nyota Van Den Berg expose, à travers ce récit, une notion qu’elle a développée dans le cadre de son programme de coaching en neurosciences motivationnelles : le Yohali, cet art d’être soi et de savoir percevoir le monde.

L’aventure de Makasi existe également en version audio avec des incrustations musicales. C’est un ouvrage qui a été réalisé comme un projet familial : illustré par l’auteure, coécrit avec le fils, composé musicalement par le conjoint.

Compte tenu de l’engouement que connaît ce livre, l’idée d’autres aventures de Makasi fait partie des projets de Trycia Nyota Van Den Berg.

Eva, capitaine, un récit pour inspirer la détermination

Capitaine Eva championne d’Afrique est un récit de courage et de persévérance au féminin. Son auteure Marie-Alix de Putter y relate les aventures d’une fille passionnée de football et dont le talent la fait accéder au poste de capitaine de son équipe.

Confrontée à l’échec et aux doutes, celle-ci vit une remise en question. La tournure psychologique de ce récit met l’accent sur l’importance de qualités comme la persévérance et de valeurs comme la confiance en soi à développer pour réussir et pour dépasser les obstacles y compris ceux qui naissent en soi.

Cette aventure est le deuxième opus d’un focus porté sur un personnage atypique par ses choix. Eva va, en effet, à l’encontre du conventionnel et quand sa détermination à le faire est mise à mal, ses réactions deviennent une leçon pour d’autres filles qui, comme elle, sont confrontées au poids de la convention et des blocages psychologiques qu’elle génère.

L’auteure est une écrivaine et conférencière franco-camerounaise. Elle a publié d’autres ouvrages pour jeune public mettant en avant des profils africains et féminins. Elle est également investie dans des projets de nature sociale et psychologique (société civile et santé mentale).

La narration est accompagnée d’illustrations réalisées par Samuel Koffi, designer, illustrateur et directeur artistique diplômé de l’Ecole des beaux-arts d’Abidjan.

Capitaine Eva est conçu comme un récit d’aventures « qui rappelle que chaque cœur, quel que soit son genre et son âge, peut battre au rythme des rêves réalisables malgré les « malgré », d’après son auteure ».

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Aimé Césaire : « À ma mère » L’hommage originel

Biographie

Le poète Aimé Césaire est né le 26 juin 1913 en Martinique d’un père fonctionnaire et d’une mère couturière.

Durant ses études à Paris au lycée Louis-Le-Grand, il a fait la rencontre de Léopold Senghor, le grand poète et homme politique sénégalais. Il a découvert, également, à travers ses rencontres estudiantines, ce que plusieurs de ses compatriotes de culture vivent comme de l’oppression culturelle visant à l’assimilation.

C’est dans ce contexte que se sont développées les idées fondatrices de la négritude, dont il est devenu l’un des chefs de file.

Également engagé en politique, Césaire a été député puis maire de Fort-de-France. Il a aussi été président du Conseil régional de la Martinique.

Aimé Césaire est à la fois poète, dramaturge et essayiste. Il a à son actif des dizaines d’œuvres, dont : 10 recueils de poèmes, 4 pièces de théâtre, 5 essais.

À ma mère

Ma mère ne s’opposait à rien
Elle était accueil
Elle était comme la lune
Qui accueille la lumière du soleil…

Ma mère souriait à la vie
Je l’ai vue sourire…
Elle apprenait avec patience à se faire à tout :
Elle tâchait de se tirer des misères
Que lui réservait l’existence…

Elle communiait aux joies.
Elle avait appris de sa mère, ma grand-mère,
Que la vie est un don,
Un don que l’on reçoit
Un don qu’il faut entretenir,
Un don qu’il faut communiquer…

Elle ne travaillait pas pour s’enrichir
Elle travaillait pour vivre…
Vivre pour elle, c’était marcher avec mon père.
Elle faisait tout pour se montrer digne de son mari…

Elle entreprenait tout
Pour se montrer digne de ses enfants…
Quand il s’agissait de rendre heureux
Elle ne calculait pas

Aimé Césaire, poète antillais 1913-2008

Dans ce poème, Césaire fait l’éloge de sa mère. Il la décrit et relate le parcours de sa vie, il l’évoque à travers ses croyances, son héritage culturel et le souvenir qu’il a gardé d’elle. Le titre choisi fait de ce poème une lettre conçue comme un hommage à la figure maternelle.

La mère, l’incarnation de la perfection

Le poème s’ouvre sur une phrase négative : « Ma mère ne s’opposait à rien ». Le poète choisit de présenter sa mère en ne se contentant pas de ses qualités et de ses actions mais en faisant part de ce qu’elle n’est pas et de ce qu’elle ne fait pas.

Deux autres phrases négatives sont utilisées : « Elle ne travaillait pas pour s’enrichir », « Elle ne calculait pas ». Tout au long des vers suivants, le poète opte pour un style argumentatif et procède à la description de sa mère et de la conception qu’elle a de la vie.

Pour cela, plusieurs figures de style sont employées. La métaphore : « Elle était accueil ». La comparaison : « Elle était comme la lune / Qui accueille la lumière du soleil… » Et l’emphase, présente à travers le recours à « tout » : « Elle apprenait avec patience à se faire à tout », « Elle faisait tout pour se montrer digne de son mari », « Elle entreprenait tout ».

Le poète recourt à des images donnant à sa mère un aspect surnaturel. Il l’assimile à un astre et la dote de caractère presque divin : « Elle était accueil ». Il alterne entre l’éloge de l’exceptionnel qu’elle porte en elle et sa manière de la percevoir au quotidien. L’affirmation « Je l’ai vue sourire » intervient à la deuxième strophe comme une preuve de l’image métaphorique qui la précède : « Ma mère souriait à la vie ».

Selon le poète, sa mère entreprenait un rapport spirituel avec la vie et ce qu’elle présente de plaisant : « Elle communiait aux joies ». Il explique l’origine de ce savoir-faire exceptionnel : l’héritage maternel. Cette capacité à entrer en communion avec le bonheur a été inculquée à la mère par sa mère à elle, comme un don exceptionnel qui se transmet d’une génération à une autre et dont l’essence est : concevoir la vie comme un don, « Un don que l’on reçoit / Un don qu’il faut entretenir, / Un don qu’il faut communiquer… ». L’existence en devient, selon cette conception familiale, un privilège qui ne se vit pas dans la passivité, mais qui s’apprécie à travers le soin qu’on y accorde et le plaisir qu’on a à le partager.

La mère, image du sacrifice et de la résilience

Outre son caractère exceptionnel, la mère du poète est décrite à travers sa capacité à dépasser les problèmes et sa manière d’appréhender son quotidien et ses relations avec sa famille.

En effet, cette mère ferait preuve de résilience face aux difficultés :

« Elle apprenait avec patience à se faire à tout : / Elle tâchait de se tirer des misères / Que lui réservait l’existence… »

Elle est également proche de sa famille et consacre son quotidien à l’entretien de sa relation avec les membres qui la composent : « Vivre pour elle, c’était marcher avec mon père. »

Toutefois, le poète relève que sa mère était fascinée par son mari et que, malgré toutes ses qualités, elle manifestait à l’égard de celui-ci une forte admiration la poussant à faire « tout pour se montrer digne » de lui et de ses enfants.

Cette manière d’appréhender sa propre existence illustre certes le dévouement de cette mère pour sa famille, mais dénote, comme le marque le poète à deux reprises, d’un sens presque excessif du sacrifice de soi.

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Ces prodiges maghrébins d’une littérature fantaisie

La littérature du Maghreb a ses piliers, mais elle repose aussi sur une nouvelle génération au talent qui, ouvrage après ouvrage, s’impose. Cette nouvelle garde d’une production francophone ancrée dans un contexte géographique et culturel particuliers, innove en styles et en thématiques. Certains ont choisi un champ d’action peu exploré par leurs prédécesseurs : le fantastique, un style innovant pour un lectorat autant en mouvance que l’imaginaire de ses auteurs. Voici une sélection de jeunes écrivains d’Algérie, du Maroc et de Tunisie qui sont une partie intégrante de l’avenir de cette littérature d’Afrique du nord qui se renouvelle.

El Mehdi El Kourti : Ce jeune marocain né en 85 s’est spécialisé dans le polar ésotérique. Un style nouveau qui a valu à l’auteur passionné d’histoire et de cryptographie son titre de « Dan Brow n» marocain.

Anis Mezzaour : Auteur né en 96 en Algérie, Mezzaour est le premier écrivain à se spécialiser dans le style fantastique en Algérie. Sa trilogie romanesque publiée entre 11 ans et 20 ans lui a valu une renommée locale. Son style fluide et ses thématiques fantasques pourraient lui ouvrir les portes d’un succès à l’international.

Mohamed Harmel : Ce Tunisien né en 1982 a cette capacité de transporter ses lecteurs entre l’onirique et le réel, entre le tourbillon de l’imagination et les tourments du tréfonds. Avec une plume maniant, avec habileté, philosophie et fantasy, Harmel a su s’imposer dans le paysage culturel maghrébin comme l’un des jeunes les plus prometteurs de sa génération.

Les incontournables auteurs contemporains tunisiens

Publié dans Les Dépêches de Brazzaville

Parmi les littératures du Maghreb, il en est une qui se distingue par ses piliers contemporains : la littérature francophone de Tunisie. Inscrits dans l’histoire et dans le présent, ces écrivains font la littérature tunisienne. A travers eux, un pan de l’Afrique expose ses spécificités et ses problématiques, son savoir-faire qui se renouvelle et ses malaises qui se perpétuent.

Ali Bécheur

Il est essayiste, romancier et nouvelliste. Virtuose du mot et de l’idée il a publié d’une dizaine d’ouvrages. Becheur plonge ses lecteurs dans sa Tunisie aussi chère que volatile. Se côtoient dans ses ouvrages le mal-être culturel et le bien-être que nourrit le souvenir, parfois obsédant parfois catalyseur d’énergie. Ali Becheur magnifie la présence féminine – même quand celle-ci se fait absence. Sous sa plume le passé et ses figures, dont celle très emblématique du père, se réincarnent, défiant la mort et ressurgissant d’un passé qui, visiblement, ne meurt jamais et qui, entre les lignes de Ali Becheur, renaît.

Hélé Beji

Elle est romancière et penseuse. Ses ouvrages et sa réflexion sont marqués par les thèmes de la femme, de l’appartenance culturelle et de la colonisation. Et de colonisation, Hélé dresse un portrait pour le moins ordinaire. Le plus handicapant étant, selon sa réflexion, l’après décolonisation et l’emprise exercée par la politique ayant suivi l’indépendance sur les êtres et sur l’esprit : le parti unique, la dictature, l’absence de liberté d’expression… Autant de maux que les mots de Hélé Béji traitent, tantôt sur un mode fictionnel, tantôt avec le pragmatisme de la penseuse. La société arabe moderne avec ses problématiques sociales, politiques et culturelles se voit, par cette auteure, savamment étudiée, disséquée, sous la loupe de cette intellectuelle esthète, détentrice, depuis 2016, d’un Grand Prix de l’Académie française.

Fawzia Zouari

Le romanesque, cette écrivaine tunisienne le connait de près. C’est sa propre vie qui en est empreinte. Celle qui a grandi dans la Tunisie profonde, au milieu d’une fratrie de sept enfants, a défié le modeste destin qui lui était naturellement voué. A son actif, près d’une dizaine d’ouvrages et, depuis décembre 2016, le Prix des cinq continents de la Francophonie. Le monde de Zouari qui a fait carrière en France est fémininement peuplé de Maghrébines héroïnes qui ont, notamment, réussi en Occident. Une jolie mise en abyme aux allures autobiographiques.

Gilbert Naccache

Naccache n’est pas uniquement écrivain, il est aussi militant. C’est dans la difficulté de son parcours que l’écrivain puise la grandeur de son œuvre; dans sa vie qu’il relate, dans sa propre souffrance, dans ses espérances patriotiques. L’œuvre de Naccache, c’est sa vie qu’il revisite à travers les mots. Une vie tumultueuse d’opposant politique qui n’a pas encore baissé les armes.

Azza Filali

Cette romancière, essayiste et nouvelliste brode, sur le quotidien, fictions et personnages. Par l’alchimie de sa plume, le prosaïque s’en trouve transformé et la «Tunisianité» littérairement ré-explorée. Les problématiques auxquelles sont confrontés les personnages de Filali sont ceux de la Tunisie moderne. Philosophe et médecin, Azza Filali décompose sa société pour la recomposer à son rythme, à sa manière pour en dresser la plus fidèle des images et peut-être enfin la dompter.

 

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Ettaliani, un livre au goût des épopées modernes

Ettaliani, un livre au goût des épopées modernes, focalisé sur l’être et ses propres dédales, dressant, à partir des failles du personnage central, l’esquisse de toute une société et partant de l’anecdote pour reconstruire l’Histoire.

Mabkhout a été le psychanalyste d’une génération méconnue, l’historien explorant ce que les autres n’ont fait qu’effleurer, le documentaliste attentif aux détails et le faiseur de « Madeleines de Proust » bien tunisiennes.

Un roman pourvu de goûts et de senteurs, de harqous, de henna, d’encens et de souek.

Un livre multisensoriel, au goût d’une Tunisie qui mue, au toucher de satin, aux allures d’une dentelle fine qui caresse et qui transperce, un livre au parfum de Lella jneyna.

Le héros de Süskind est dépassé : ici, on a su captiver l’odeur et en présenter une quintessence foisonnante, de vie, de vécu et de nostalgie pragmatique.