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Festival de Namur : le Fonds Image de la francophonie au service du cinéma

Le Festival du Film francophone de Namur s’est tenu du 30 septembre au 7 octobre 2022. Y ont été primés deux films soutenus par le Fonds Image de la Francophonie : Sous les figuies d’Erige Sehiri qui a obtenu le « Bayard d’or » et Ashkal de Youssef Chebbi qui a obtenu une mention spéciale du jury.

Le film d’Erige Sehiri « Sous les figues » a obtenu le « Bayard d’or » au Festival du Film francophone de Namur dans le cadre de sa 37ème édition. Cette production récipiendaire de la plus haute distinction du festival a été soutenue par le Fonds Image de la Francophonie.

Les actions de ce film se déroulent lors de la récolte des figues. Un cadre spatio-temporel (en été/ dans les champs) propice aux rencontres et à la convivialité mais non dénué d’allusions à l’effort et à l’épuisement.

Dans ce film, Erige Sehiri livre un regard sur une jeunesse en manque de moyens et d’opportunités, à travers un exemple tunisien aisément transposable dans des sociétés autres. Malgré la présence de ses personnages dans un cadre spatial unique (mais à ciel ouvert), l’on retrouve dans ce film l’universalisme des sentiments et un regard critique et averti porté sur le monde, sa géopolitique, sa complexité, ses vicissitudes…

Le récit est peuplé d’antagonismes : grandeur d’âme et « petites vies », horizons vastes et perspectives limitées, cadre figé et pensées en mouvement… Ce film est, de ce fait, le récit de la non-aliénation, de la non-résignation, de la recherche de la splendeur dans le quotidien. Un réalisme social en transparaît et donne une note romanesque au traitement du prosaïque.

La cinéaste a fait le choix de mettre sur le devant de la scène le combat de femmes et d’hommes évoluant dans des espaces reclus. Elle a aussi fait le choix de faire incarner cette vision par des acteurs non professionnels. Cela ne fait qu’accentuer le prisme réaliste prôné par Erige Sehiri.

Ashkal est un film du réalisateur tunisien Youssef Chebbi. Les actions de ce film se déroulent dans le Tunis moderne, parmi les grandes bâtisses et les chantiers. Puisant dans les codes du polar, le rythme effréné et le suspense soutenu, le cinéaste instaure, dans son film, une atmosphère particulière. Il y fait évoluer deux détectives à la recherche de la vérité, au milieu d’un brasier humain où se consument les efforts de la classe ouvrière.

Le cinéaste dresse le portrait d’une Tunisie postrévolutionnaire dénotant avec l’image folklorique qu’en dépeignent plusieurs productions cinématographiques. Le climat y est maussade, loin des archétypes méditerranéens. Le décor est fait de béton et les personnages sont comme happés par la grandeur des bâtiments entre lesquels ils évoluent.

Cherchant la vérité au milieu du chaos urbain, les protagonistes évoluent dans un climat menaçant. La trame narrative s’ouvrant ainsi à des sujets moins anecdotiques comme l’instabilité politique et les soubresauts sociaux qui lui sont corollaires. Le fait divers n’est, dans ce film, qu’un prétexte pour aller plus loin dans l’analyse sociale et l’étude psychologique.

Passionné d’arts plastiques et notamment de photographie argentique, Youssef Chebbi a offert, à travers ce film, une technicité particulière faisant de chaque plan une nouvelle capture de la ville et de la vie qu’y mènent ses personnages. Les tons monochromes appuient les choix dramaturgiques et invitent à une lecture particulière des faits. Le réalisateur a, par ailleurs, fait le choix de donner un des premiers rôles à une danseuse, Fatma Oussaifi, dont c’était la première expérience au cinéma. Ses choix cinématographiques ont été épaulés par l’effort d’une équipe technique défiant les conditions réelles et les moyens limités pour aboutir à la vision artistique recherchée.

Le Festival du Film francophone de Namur est un rendez-vous annuel des cinéastes qui incarne la diversité francophone et se présente comme un rassemblement annuel au service de la Francophonie. Y étaient en compétition 22 longs métrages et 25 courts métrages qui ont été évalués par deux jurys : le jury Longs métrages ayant décerné les prix pour la Compétition Officielle et le jury Émile Cantillon, ayant décerné les prix de la Compétition 1ère Œuvre.

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Les cinémas d’afrique – Un panorama de paradoxe et de créativité

Il convient, dès l’entame, de préciser qu’il n’y a pas un cinéma africain mais des Cinémas d’Afrique, tant le continent est multiple, tant son 7e art est divers.

De cette pluralité, nous avons essayé de transmettre l’essentiel, histoire de donner aux talents du continent la place qui leur revient de droit dans le paysage cinématographique international.

Oui ! Sur la scène mondiale, le cinéma africain n’est pas un figurant à la présence honorifique. Pour preuve, les dernières sélections et les récents succès à des festivals tels que la Mostra de Venise ou Cannes.

Dieudonné Hamadi, Maïmouna Doucouré, Kaouther Ben Hania, Philippe Lacôte, Ismaël El Iraki… sont les exemples d’un foisonnement cinématographique qui a su s’imposer et qui a su aussi arracher sa place sur les podiums du monde.

Les cinéastes d’Afrique tiennent aussi la vedette dans le cadre de festivals africains.

Ces rendez-vous contribuent à créer une meilleure dynamique filmique. Ils permettent des échanges d’expertises panafricains.

Ils sont aussi l’occasion, pour les publics locaux, de renouer avec le cinéma, en l’absence de réseaux de distribution en nombre. Et c’est là, en effet, une problématique ancrant une disparité en termes de moyens entre les cinéastes du continent.

Les cinéastes africains, du Nord au Sud, ont, en revanche, un point commun : des difficultés économiques qui impactent, inévitablement, la production et la diffusion.

Heureusement que derrière ces forces vives, il y a des financements et des expertises qui poussent vers le renouveau du secteur, et des savoir-faire qui se partagent dans le cadre de collaborations et décuplent les potentialités.

Les cinémas d’Afrique, c’est plus de cinquante ans de tentatives et d’affirmations, d’Ousmane Sembène et Tahar Cheriaa, à la génération nouvelle de cinéastes qui s’imposent. Les moyens ont changé, les techniques ont évolué, le produit se perfectionne, mais la passion reste intacte, pour qu’aux yeux du monde, l’Afrique brille sur grand écran. Action !

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Le cinéma en zone aride

Une salle de cinéma très particulière pour une projection qui l’est tout autant ! Les habitants de la zone rurale de Ghardeya (Beni Khiar) ont pu profiter d’un cinéma de proximité venant à eux, dans leur univers et malgré l’absence d’infrastructures adéquates.

Elèves, parents, jeunes et moins jeunes ont assisté à la projection sous serre. Les pieds dans la terre et les yeux rivés sur un écran de fortune, ils sont des dizaines à avoir vécu cette parenthèse culturelle dans une zone qui en connaît l’aridité au quotidien. De l’éphémère qui fait surgir, d’un cadre prosaïque, la magie artistique ! De la culture, viendra le salut de la Nation. Heureusement que des jeunes initiateurs et que des passionnés désintéressés en soient convaincus !