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En photo- Meurt-on pour sa patrie, un jour?

Douze sécuritaires sont morts dans l’attaque terroriste de Ben Guerdane. Douze noms que la Tunisie ancrera dans son Histoire, comme y ont été ancrés, avant eux, des milliers d’autres. Des noms que la patrie garde, en sa mémoire collective, comme un ensemble, une entité globale, nommée sacrifice. La patrie se construit, nourrit ses valeurs, confirme sa valeur, de cette notion faite de noms, de larmes et de sang.

En ces temps difficiles, le don de soi devient une valeur commune, faisant oublier à tout un chacun qu’il est un et ancrant, en lui, la conviction qu’il est partie d’un tout nommé patrie. Plus qu’un pays donc, ce bout de terre, pour qui des Tunisiens se donnent. Plus qu’un pays, ce pan de culture, pour qui des mères pleurent mais font des youyous, aussi, en signe d’adieu à leurs enfants morts pour que nous vivions.

Les valeurs humaines se gomment ainsi au profit de celles nationales. Les slogans patriotiques prennent forme et transcendent toute autre norme morale. « Mon pays est plus important que mes enfants », a lancé hier, dignement, un père de famille ayant perdu sa fille de 12 ans dans les attentats de Ben Guerdane.

Cette générosité dépasse toutes les campagnes de communication, elle dépasse toute forme de sensibilisation, elle dépasse tous les discours politiques. Cette générosité est le sens même de l’épreuve, celle qui vous fait mesurer votre ancrage dans vos racines, celle qui vous rappelle vos racines, celle qui vous donne la chair de poule en écoutant l’hymne national scandé aux portes d’un hôpital régional par où sortiront les corps sans vie de ceux qui ont fait des leurs une offrande à cette patrie.

Douze noms de plus et plus encore dans la liste des sacrifices que nous payons, que paieront des familles, des mères, des pères, des enfants. Pupilles de la Nation que ces Tunisiens éplorés par une perte nommée sacrifice! « Le sacrifice de soi est le sens de la vertu », écrivait Aristote.

La vertu devient, en cette Tunisie nouvelle, ce sacrifice commun. Elle est cette générosité devenue norme qui nous dit que nous ne sommes pas des habitants mais des citoyens, que le pays est avant tout patrie, que, pour lui, on peut mourir ou voir mourir ses enfants et brandir un bras levé et revanchard vers un avenir qui peine à sourire. Cette générosité-vertu nous sort de l’anecdote et nous fait entrer dans l’Histoire. L’Histoire inclusive faite de noms et de sang, de générosité et de dons, de cris et de youyous et de nobles valeurs.

Alors meurt-on un jour, pour sa patrie ? Non ! Tant qu’elle vivra par nous.

Paix aux âmes de :

Sofiène Ben Ahmed

Mehdi Chemlali

Abdesselem Saâfi

Mohamed Afif

ABdelkerim Jeri

Boulaares Erradaoui

Ramzi Zrelli

Mohamed Yassine Soltani

Abdelati Abdelkebir

Hassine Mansouri

Abdelbassete Meraii

Ghaith Guetif

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Ben Guerdane- Trois buzz et 36 terroristes tués

Le 7 mars 2016, la Tunisie a vécu au rythme d’une attaque terroriste ayant visé Ben Guerdane. 36 terroristes tués, sept arrêtés et 18 martyrs entre civils et sécuritaires. Tout au long de la journée, ce qui était, au départ, perçu comme un attentat « ordinaire », s’est avéré être « un acte sans précédent », comme l’a désigné le président de la République Béji Caïd Essebsi. Le bilan s’est, en effet, révélé être lourd en pertes humaines, vers la fin de la journée. Un couvre-feu a été décrété à Ben Guerdane et d’autres décisions ont suivi. Auront accompagné les commentaires de l’actualité dense, un bal télévisé et radiophonique d’experts sécuritaires… et trois buzz, au moins.

 

La réplique de Beji Caïd Essebsi : « Une attaque sans précédent » mais « qu’on attendait », c’est ainsi que le président de la République a commenté les affrontements de Ben Guerdane. Ce qui sonnait en arabe comme une antiphrase était une description plutôt fidèle d’événements aussi prévisibles qu’inédits, aussi envisagés que complexes. Des sécuritaires visés et des civils aussi. La situation tunisienne, géographiquement et économiquement, est un terreau fertile pour un terrorisme qui s’est exporté, dans un premier temps, et qui fait un retour aux sources, dans un deuxième. Le contexte d’instabilité chez le voisin libyen n’a fait que rendre plus fragiles les frontières tunisiennes. Armes en tous genres font ainsi la traversée régulièrement, d’après plusieurs observateurs. Muraille de sable et barrières électrifiées n’y pourront rien probablement, tant cela a atteint le stade de phénomène difficile à endiguer. Nous sommes conscients de ce qui nous est arrivé, lucides quant à ce qui nous arrive et clairvoyants par rapport à ce qui nous arrivera. Nous n’en demeurons pas moins au stade de réplique, là où on devrait être à celui de l’anticipation, au niveau de la réaction, là où c’est l’action qui est requise, nous sommes dans la défense au lieu d’être dans l’attaque. Une marge de retard, en somme, malgré laquelle toute perte humaine est relative au vu des autres vies épargnées.

 

Le selfie militaire : Depuis la matinée du 7 mars, des photos de corps de terroristes ont commencé à circuler sur la toile. Partagées d’abord par des pages Facebook de la région de Ben Guerdane puis par celles officieuses des forces sécuritaires. Les clichés ont été partagés par nombre d’internautes, comme pour dire la revanche sur l’ennemi. C’est dans ce même contexte qu’a été perçu le selfie de quatre jeunes militaires, grimaçant devant des corps de terroristes. La photo a été partagée, mais aussi critiquée. D’abord, deux journalistes d’Al Jazeera, puis le journal français Libération ont pointé le caractère « anormal » de pareille prise. Des internautes, en masse, ont répondu à l’attaque par la contre-attaque : point de droits de l’Homme pour ceux qui tuent des hommes, point de décence avec ceux qui ont eu l’indécence de viser leurs concitoyens, point de scrupules avec ceux qui n’en ont pas eu à endeuiller des familles de Tunisiens pour une cause qui n’en est pas une. De l’autre côté de l’argumentaire, on pointe l’inconscience de sécuritaires jeunes banalisant des événements sanglants lourds en conséquences pour un pays encore instable. Une guerre 2.0, chopée à coup de Candy, aux allures de shooting de petites stars et à l’allure de jeux vidéo pour un pays qui a du mal à s’habituer au mal qui le frappe.

 

Et les partis au pouvoir ont décidé…. Une marche. On l’attendait leur conférence de presse annoncée à la fin de l’après-midi. D’autres fractions politiques ont publié des communiqués, les partis au pouvoir, eux, ont choisi de rassembler les médias pour une annonce. Ils annonceront leur décision d’organiser une marche pour dire non au terrorisme. Programme sympathique pour après-midi ensoleillé : se dégourdir les jambes, scander, au même moment, des slogans comme on les aime. A bas le terrorisme ! A bas l’islamisme politique ! A bas Ennahdha ! Ah non ! Pareil slogan ne convient plus ! Ennahdha est, désormais, au pouvoir, au même titre que les démocrates qui avaient fait de la sécurité nationale un slogan électoral. Après nous avoir fait marcher, rien de mieux qu’une marche pour nous faire oublier, le temps d’une mascarade dont ce n’est pas le moment, que le chemin reste long pour que ce pays recouvre sa stabilité et pour que gagne enfin le patriote sur le marginal qui restera comme tel.

 

Crédit photo: Tunivisions (Montage Makrem Kasraoui)

 

 

Le cinéma en zone aride

Une salle de cinéma très particulière pour une projection qui l’est tout autant ! Les habitants de la zone rurale de Ghardeya (Beni Khiar) ont pu profiter d’un cinéma de proximité venant à eux, dans leur univers et malgré l’absence d’infrastructures adéquates.

Elèves, parents, jeunes et moins jeunes ont assisté à la projection sous serre. Les pieds dans la terre et les yeux rivés sur un écran de fortune, ils sont des dizaines à avoir vécu cette parenthèse culturelle dans une zone qui en connaît l’aridité au quotidien. De l’éphémère qui fait surgir, d’un cadre prosaïque, la magie artistique ! De la culture, viendra le salut de la Nation. Heureusement que des jeunes initiateurs et que des passionnés désintéressés en soient convaincus !

Belaïd, cet assassinat qui nous tue encore

 

6 février d’un certain hiver tunisien. Chokri Belaïd meurt en bas de chez lui, tué par des balles dont l’origine demeure inconnue. Le leader de gauche ne se gênait pas de dire ce qui gênait, il n’hésitait pas à citer l’islamisme politique comme la source des maux tunisiens, il n’avait pas peur de citer les noms des leaders les plus extrémistes et de les désigner comme les  manipulateurs d’une Tunisie qui se radicalise. Il n’a pas eu peur de dire que des volontés étrangères à la Tunisie constituaient les marionnettistes d’un pays qui peinait à trouver la voie, même après avoir chassé la dictature.  Pour tout cela et plus probablement, l’avocat, le père de famille, le Tunisien Chokri Belaïd a été tué, froidement, de bon matin, en plein Tunis. Un crime envers la Tunisie, ses hommes, sa Femme, ses enfants, son avenir que l’on voyait alors radieux au lendemain d’une révolution contre l’oppression. L’oppression est encore là, 3 ans après. Elle serre les cœurs à chaque fois que revient l’image de celui qui est mort pour l’avenir de ce pays ; un avenir sans lui, pour nous et pour nos enfants. Cette lourdeur sur nos cœurs et  ce poids sur nos consciences persistera, tant que persisteront les questions et qu’aucune réponse officielle n’aura convaincu.

 

Mort pour incompatibilité idéologique 

« Lorsqu’il prenait la parole, il accaparait regard, ouïe et attention », se remémorent ses anciens camarades. « Ses qualités d’orateur, sa capacité d’analyser le présent et sa lecture visionnaire de l’avenir politique tunisien font de lui  un politicien hors pair», regrettent les observateurs qui l’ont connu plus tard.  Chokri Belaïd est mort pour incompatibilité idéologique avec ceux qui se voulaient , ainsi que leur pensée, locomotives pour la Tunisie qui se cherche. Un tel leader dérangeait. Son charisme, son point de vue, sa capacité de convaincre et son intrépidité à le faire ne pouvaient qu’augurer du mal qui l’a atteint.

Dans le climat de tension de l’époque, dans le cadre de la vindicte verbale et de la violence sous-jacente aux débats officiels, beaucoup avaient peur pour les hommes peu nombreux de la trempe de Chokri Belaïd. A cette époque-là, « laïc » était devenu une insulte, « rationnel » associé à l’apostasie, « francophone » sonnait comme ennemi de la Nation, « maçonniste » comme ennemi de l’Islam. Le tout faisait une étiquette légitimant l’assassinat au nom d’une idéologie aussi bête qu’abrutissante. Même après sa mort, beaucoup disaient de Belaïd qu’il était un non-musulman comme pour minimiser l’impact de son assassinat ou en légitimer la raison. Ceux-là sont l’emblème morbide d’une Tunisie en proie à l’obscurantisme.

Un assassinat transition politique

La mise à mort de Chokri Belaïd a eu lieu dans un contexte politique très particulier. Mort lors d’une transition dont il a lui-même été une. En 2013, plusieurs mois après la victoire des islamistes en Tunisie et plusieurs mois après le laxisme à l’égard des islamistes radicaux, la Tunisie commençait à prendre une voie qui dérangeait certains militants qui craignaient pour l’avenir du pays. La mort de Chokri Belaïd, la contestation qu’elle a suscitée, dès le soir du meurtre, et le mouvement général que cela a provoqué auprès des dirigeants ont engendré un changement politique qui a marqué la Tunisie post-révolution. Mise à mal du gouvernement de Hamadi Jebali, dissolution de celui-ci, l’instauration d’un gouvernement de technocrates et l’organisation d’élections dans des délais brefs, voilà la suite de l’événement.

La mort de Chokri Belaïd associée à l’assassinat de Mohamed Brahmi, autre leader de gauche – survenu cinq mois après – fera prendre à la Tunisie un tournent important dans le cadre de son Histoire. Un Front de Salut national (composé du Front populaire et d’autres partis de l’opposition), manifestations au Bardo, demande de dissolution de l’Assemblée nationale constituante, arrêt de travail de celle-ci, Dialogue national, puis feuille de route et nouvelle voie ouverte à la Tunisie. Démission de l’islamiste Ali Laârayedh alors chef du gouvernement, arrivée de Mehdi Jomâa, ratification de la Constitution et tenue d’élections législatives et présidentielle.

Mort de l’homme, naissance d’une icône

Cette double perte pour les partis de gauche a permis au Front populaire de gagner en crédibilité et en sympathie. Ceci sera prouvé lors des échéances électorales suivantes. Toutefois cette proximité avec les Tunisiens n’aura pas été suffisante, sur le moyen terme, pour faire arriver les figures de gauche aux postes de décision, faute de leadership adéquat ou résultat de choix n’ayant pas convaincu d’une manière étendue. La mort de Belaïd comme celle de Brahmi après elle, a, toutefois, fait comprendre aux Tunisiens que l’accès à la démocratie peut être sanglant et que la notion de sacrifice, jusque-là perçue par le prisme de l’Histoire, est le propre de toute citoyenneté accomplie.

« Chokri Belaïd est vivant » scandaient des Tunisiens partis au cimetière d’El Jellaz, hommes et femmes, le 8  janvier 2013. Chokri Belaïd n’est plus. Sa moustache et son grain de beauté ont fait de lui le Guevara tunisien. Chokri Belaïd n’est plus parmi nous, mais pour nous il demeurera un emblème. Celui de l’avenir d’une Tunisie qui doit résister encore et toujours. Une Tunisie qui doit rester vigilante, à toute épreuve, pour que ne soit pas détourné son parcours.

Chokri Belaïd est devenu la figure de cette Tunisie qui se veut moderne malgré la violence et la menace persistante. L’homme est mort mais l’icône qu’il est devenu restera longtemps vivante et marquera, d’une manière indélébile,  l’Histoire de ce pays. Mort pour ses prises de position, mort pour ses idées, mort pour la Tunisie. Chokri Belaïd est vivant dans ceux qui l’ont connu et aimé et ceux qui ne l’ont connu que de loin et qui le regrettent encore. En eux tous demeurent deux postulats incompatibles certes mais très représentatifs du paradoxe illustrant la Tunisie et sa politique actuelle : « Chokri vivant ! » mais « Qui a tué Belaïd ? ».  Un regret sonnant comme une revanche portée désormais par des millions de Tunisiens et, en l’absence d’un commanditaire désigné, un triste mystère encore non élucidé.

911-essay.com

Tunisie- Génération chômage

 

 Ils sont nombreux à relater un quotidien difficile, à raconter, à des citadins atterrés devant leurs écrans, leurs journées de désuétude, à dessiner, en noir et blanc, l’image de dizaines d’heures écoulées dans la langueur, dans des cafés bondés du matin au soir, autour d’une boisson qu’ils divisent par six et d’un paquet de cigarettes à partager. Les jeunes de Kasserine, de Thala, de Feriana et de tant d’autres villes enfouies dans les tréfonds tunisiens de la négligence et de l’injustice. Samedi 16 janvier, Ridha Yahiaoui proteste contre le retrait de son nom de la liste des jeunes pouvant intégrer un poste dans le secteur public. Il grimpe à un poteau et meurt électrocuté. Son quartier, se soulève, puis sa ville, puis les villes limitrophes puis toute la Tunisie. Trois jours de revendications, de chaos, de décisions, de tergiversations. Retour sur une semaine pendant laquelle la Tunisie a failli tomber dans le vide.

Aux origines du mouvement :

1300 arrestations, des dégâts matériels, des mesures discutables, deux discours politiques controversés  et un couvre-feu. Le malaise dure encore, malgré le calme recouvré et l’équilibre précaire n’augure pas d’un retour au calme dans la durée. Tout a commencé après une manifestation en soutien à la famille de Ridha Yahiaoui, mort accidentellement certes, mais sur fond d’injustice et d’amertume. Ce jeune de 28 ans est devenu l’emblème d’un manque d’équité et d’une absence de transparence dans le cadre d’un processus de discrimination positive devenu la porte ouverte à des manipulations multiples.

Sept noms auraient été retirés de cette liste. Une manifestation est organisée par l’Union des Chômeurs (UDC) et l’Union Générale des Etudiants de Tunisie. Manifestation à la suite de laquelle, le premier délégué régional de Kasserine a été limogé. « Cette liste a été modifiée et trafiquée sans consultation du délégué ni du député qui était chargé du suivi de l’affaire », avait déclaré  Salem Ayari, secrétaire général de l’UDC. L’enquête est en cours, comme tant d’autres, au centre de polémiques occasionnelles et oubliée, aussitôt l’opinion publique a le dos tourné.

Mais lorsque Kasserine se soulève, c’est l’esprit révolutionnaire qui foisonne et qui investit d’autres villes. C’est ainsi que cela se passe en Tunisie depuis des décennies, en janvier précisément. L’Histoire est un éternel recommencement, les contestations aussi, visiblement. Le lundi 18 janvier, ça gronde, jusque l’avenue Bourguiba en plein Tunis. Des manifestations dans plusieurs autres villes, des slogans hostiles au pouvoir, des pneus brulés, des routes barrées puis la déroute. Ca dégénère et les revendications prennent un aspect violent. Du gaz lacrymogène est utilisé pour disperser les protestataires et les forces de l’ordre sont appelées au plus haut degré de retenue. Le ministère de l’Intérieur appelle à la vigilance et met en garde quant au risque d’infiltration pouvant faire sombrer les manifestations pacifiques dans le vandalisme. Durant la dispersion d’une manifestation à Feriana, un jeune policier meurt après que son véhicule se soit renversé. Il aurait succombé à ses blessures à la suite d’un jet de pierres qui l’a ciblé après son accident, selon d’autres thèses.

Le 21 janvier, des mesures sont annoncées pour calmer les tensions.  On décide, en bloc : le recrutement de 5000 chômeurs dans le cadre des divers programmes de l’emploi, la régularisation de la situation de 1410 personnes,  le financement de 500 projets par la Banque tunisienne de solidarité, la transformation de toutes les terres collectives dans la région en terres privées, la création de 9 chantiers pour l’amélioration de la qualité des routes et des ponts, la construction de 1000 logements sociaux et l’aménagement de 1000 lots en 2016…

Ces décisions prises à la suite d’une réunion extraordinaire présidée par le ministre des Finances ont été annoncées par Khaled Chouket. Le lendemain, Slim Chaker annonce que le nouveau porte-parole du gouvernement a fait erreur sur le nombre de postes à créer. La colère collective reprend donc sous forme d’exaspération par rapport aux politiques, à leurs hésitations et à leur gestion de la crise.

La violence gagne du terrain. A la cité Ettadhamone, quartier populaire de Tunis, et dans plusieurs autres villes, des actes de vol et de vandalisme succèdent aux revendications pacifistes, les sièges de certains gouvernorats sont pris d’assaut et des routes sont barrées par des protestataires et par des braqueurs. Les établissements publics passent sous la sécurité de l’armée. Un couvre-feu est alors instauré, à partir du vendredi 22 janvier, « au vu des atteintes contre les propriétés publiques et privées et de ce que la poursuite de ces actes représente comme danger pour la sécurité de la patrie et des citoyens ». De 20 heures  à 5 heures du matin, dans un premier temps, il sera allégé, ensuite à deux reprises (de 22heures à 5 heures du matin, puis de minuit à 5 heures du matin).

Où sont passés les politiques ?

La cascade d’événements a mis sur le devant de la scène une classe politique consciente certes de l’ampleur du malaise latent dans les zones défavorisées de la Tunisie, mais n’ayant pas envisagé une sorite de crise quand la crise leur éclatera en plein visage. Lorsque la tension a atteint son apogée, le chef du gouvernement, Habib Essid, était à Davos, absorbé par l’économie mondiale. Avec lui en Suisse, une délégation importante composée notamment de Yassine Brahim, ministre du Développement. Quant au ministre de l’Emploi, on le saura parti à Londres assister à un dîner-débat organisé par l’Atuge, association de Tunisiens des Grandes écoles. Chiheb Bouden, ministre de l’Enseignement supérieur l’y accompagnait.

Compte tenu de la tournure que prenaient les événements, Habib Essid, a décidé d’écourter son escapade suisse. Toutefois, son nom a été remarqué par certains observateurs dans le planning du lendemain de François Hollande. Le chef du gouvernement et une partie des siens iront donc à Paris, déjeuner puis signer un accord de conversion de créances en projets de développement à hauteur de 60 millions d’euros (133,7 millions de dinars) et un plan de soutien de 2,2 milliards de dinars (d’un milliard d’euros) sur les cinq prochaines années. Il ne reviendra pas les mains vides ! La réaction de Habib Essid était très attendue, à la suite d’événements qui prenaient une tournure inquiétante et au malaise suscité par l’hésitation au niveau des décisions annoncées. Le chef du gouvernement évoquera le tout, lors d’un entretien accordé à France 24. Il réagira, dès son retour en Tunisie, à travers un discours télévisé très critiqué, les qualités d’orateur du chef du gouvernement étant connues pour leur aspect très primaire.

Quant au président de la République Béji Caïd Essebsi, il s’adressera, le vendredi 22 janvier, aux Tunisiens dans une intervention brève. « Je connais les noms de ceux qui ont mis de l’huile sur le feu », «  des Tunisiens exagèrent ce qui se passe à travers leur discours dans des médias étrangers », « les journalistes faussent l’image de ce qui se passe ». Le président de la République n’a pas convaincu. Il a même exaspéré par la note intrusive et par la tonalité menaçante d’une partie de son intervention. Bien après et lors de sa visite au Bahrain, Béji Caïd Essebsi déclarera à la presse de son pays hôte que « les individus impliqués dans les derniers mouvements sociaux violents appartiennent à l’extrême Gauche», ajoutant que celle-ci est aussi dangereuse que l’extrémisme religieux. Le président de la République s’attirera ainsi la foudre de la Gauche tunisienne.

En matière de discours, pendant la phase difficile qu’a connue la Tunisie, Rached Ghannouchi, s’est, également, fait remarquer. Quelque peu nerveux, il s’adressera aux Tunisiens, le 22 janvier, soit très peu après l’intervention du président de la République, sur un ton paternaliste, dans un discours imagé et avec des solutions plus morales que factuelles. Le temps est tout de même à l’union, entre les modernistes et les islamistes en duo au pouvoir.

Un autre politicien s’est fait remarquer lors de ces journées, il s’agit de Moncef Marzouki, ancien président de la République, chef d’un nouveau mouvement populaire, se proposant comme alternative politique. Moncef Marzouki criera l’échec des gouvernants actuels et appellera à la mise en place d’un gouvernement d’Union nationale. Outre les reproches faits au parti au pouvoir et à ses hommes, Marzouki s’attaquera aux Emirats Arabes Unis, y voyant la source du mal que vit la Tunisie et l’origine des problèmes que connaît également le Monde arabe.

Le soir même, le ministère des Affaires étrangères réagit virulemment et d’une manière inédite à ces propos. Il dénonce fermement ce qui représente une menace aux liens de fraternité entre les deux pays et se démarque de la politique de division dans laquelle on a voulu l’immiscer. « Les Emirats ont joué un grand rôle auprès de la Tunisie et nous comptons tisser des liens encore plus forts avec ce pays frère », a insisté le MAE tunisien.

Après la crise Nidaa, la crise gouvernement :

La crise à Nidaa avait amenuisé la Tunisie et épuisé ceux qui suivent de près l’actualité politique. Entre des dirigeants qui s’attaquent les uns les autres publiquement et l’image d’un parti au pouvoir qui se disloque, la guerre du leadership et des egos inassouvis a fini par diviser le grand parti des « modernistes » en fractions. Une guerre intestine aussi basse que laide à laquelle ont succédé un remanient ministériel qui s’est fait attendre et un air de déjà vu ne présageant de rien de bon.

Certains postes accordés ont suscité beaucoup de remous. D’autres ministres maintenus en place quoique n’ayant pas donné satisfaction continuent d’être le centre de débats légitimes mais non écoutés. La répartition partisane des portefeuilles semble avoir été faite, pour certains ministères, sur la base de la loyauté à Nidaa et de la position prise dans le cadre du conflit qui le secoue. Salma Elloumi, ministre du Tourisme, a ainsi été maintenue en place. Youssef Chahed a été nommé ministre des Affaires locales. La première avait été nommée, en novembre 2015,  gestionnaire provisoire de Nidaa. Le second avait été chargé de présider le groupe des 13 qui a tenté de résoudre les conflits de Nidaa. La première semble avoir atteint ses limites d’action dans le cadre d’un contexte de crise pour un secteur vital pour la Tunisie. Le deuxième a un ministère sans local, ni personnel, ni même un numéro de fax, a noté un activiste de la société civile il y a quelques jours.

Les négociations autour de la composition du gouvernement dans sa version revue, la lenteur dans l’agencement du remaniement et la déception que l’aspect partisan flagrant a suscité auprès des Tunisiens ont rendu imperceptible l’effet positif que pouvait receler un changement de têtes en période de crise. La conjoncture impliquait pourtant un semblant de nouveauté pouvant amener de l’espoir et générer de la patience pour des citoyens aux quotidiens difficiles et acceptant de moins en moins le manque d’équité à leur égard.

Crise ! La Tunisie est pourtant en crise ! Son économie, sa société, sa politique, son discours…  Le pays a besoin d’une gestion autre, d’une communication efficiente et d’une action régénératrice qui se fait attendre. Discours défaillants, décisions anachroniques, mesures politiques manquant de pragmatisme économique. Le plan quinquennal présenté à l’ARP, le 28 janvier, par un chef de gouvernement aux capacités oratoires critiquables, en est l’incarnation première. En Tunisie, on évoque déjà un départ imminent de Habib Essid et on cite plusieurs noms comme potentiels remplaçants à la Kasbah où siège la présidence du gouvernement.

Quant aux revendications, elles se sont estompées. Derrière ce calme provisoire, l’attente de ce qui va advenir et non la satisfaction par rapport à l’annonce de l’action promise. Dans les villages tunisiens en léthargie chronique, les terrasses de café ne désemplissent toujours pas. Autour d’une boisson partagée et d’un paquet de cigarettes commun, la jeunesse ternie par la dureté de la vie foisonne de révolte. La réconciliation de la génération chômage avec le pouvoir et ses représentants n’est pas pour demain…

 

Inès Oueslati

 

 

 

Interview- Inès Oueslati: Aucun gouvernement n’a les moyens de faire face à la crise

Les Tunisiens sortent de nouveau dans la rue 5 ans après la révolution. Qu’est-ce qui ne va pas ?

Cela fait cinq ans, en effet, que le Tunisien sait qu’il évolue dans le provisoire. Cinq ans de transition, trois présidents de la République, 5 chefs de gouvernement, des ministres par dizaines et autant de promesses électorales non tenues. Les lendemains meilleurs que les politiciens n’ont cessé de faire miroiter ont fini par ne plus séduire, voire par exaspérer.

Les Tunisiens, que la crise économique a éprouvés, ont atteint leur seuil de patience, comme les politiciens les plus appréciés avant ont épuisé leur capital sympathie.

Ajoutons à cela un malaise politique engendré par les derniers soubresauts nidaïens (de Nidaa Tounes, parti du président Essebsi, ndlr) qui ont malmené l’opinion publique dans le cadre d’une querelle partisane anachronique avec les préoccupations des citoyens. Non seulement Nidaa au pouvoir s’est montré inapte à résoudre les problèmes auxquels il avait promis de mettre fin, mais il s’est, en plus, affaibli en rendant publics ses propres problèmes. Autant de désenchantement ne pouvait être qu’un terrain favorable aux revendications et un terreau intéressant pour toute forme de manipulation.

Le gouvernement a-t-il réellement les moyens de faire face à cette grogne sociale ?

Aucun gouvernement n’a les moyens de faire face à cette grogne sociale. Les discours politiques ont beau le maquiller, les chiffres le disent explicitement : la Tunisie est en crise. Nous avons 15% de chômeurs. Notre taux d’inflation a atteint 4,7%. Le déficit budgétaire de l’Etat sera de l’ordre de 3,8% du PIB en 2016. Le taux de la dette publique atteindra 53,4% du PIB d’ici la fin de l’année. Contenter les chômeurs en créant des emplois ne peut même pas être possible sur le moyen terme.

Le pays ne supportera plus les décisions de rafistolage. Une réforme structurelle s’impose et une révision du modèle économique tunisien sera bénéfique. Quant à la crédibilité politique que certains manifestants pointent à coups de slogan, il faudra y répondre par une prise de conscience générale qui ramènera vers les postes de décisions et de réflexions des compétences et non des personnes nommées par complaisance partisane.

Y a-t-il un risque de débordements politiques ?

Le dernier remaniement ministériel n’a pas eu le temps de faire ses preuves et est déjà en très mauvaise posture. Le terrorisme est à l’état de latence. Les revendications populaires sont récupérées par des casseurs.

A cause des actes de violence et de vandalisme, un couvre-feu a été décrété. Certaines décisions annoncées par le gouvernement en faveur des villes concernées par le développement régional se sont avérées être fausses (le porte-parole aurait fait une erreur en énonçant la création de 5000 postes d’emploi à Kasserine, selon le ministre des Finances). Balbutiement, hésitation, faux pas et mauvaise communication. Nous sommes au bord du précipice, accrochés, encore, à l’espoir de voir venir enfin un signal positif de la part de nos dirigeants actuels.

En l’absence d’alternatives et dans l’impossibilité de dresser des perspectives autres — démocratiquement, du moins —, la Tunisie ne peut que retenir son souffle, appeler tous ses enfants au calme et à la patience, et espérer que le lendemain meilleur ne se fasse pas trop attendre. 

Propos recueillis par Ali Boukhlef

 

Pour lire l’interview publié dans le journal algérien Al Watan du 24 janvier 2016

Les bras cassés et les laissés-pour-compte

Le suicide d’un jeune chômeur de Kasserine a alimenté, depuis le 16 janvier 2016, la grogne populaire et ravivé ce qui restait de dignité, dans un pays où les valeurs au nom desquelles le peuple s’est soulevé sont devenues de vains slogans politiques. Parce que son nom a été ôté d’une liste pouvant le faire parvenir à un poste dans le secteur public, Ridha Yahiaoui a été électrocuté, alors qu’il tentait de se suicider, en pleine rue, dans sa ville qui, depuis 5 ans, n’a connu que les promesses non tenus et n’a vu défiler que la figuration politique. Depuis, sa région et celles limitrophes ont entamé des actions de protestation pour dire leur colère et pour faire passer le message à ceux qui nous gouvernent.

Et c’est à nos gouvernants de savoir décrypter ce cri qui leur parvient de l’intérieur de la Tunisie. Eux qui avaient échoué à anticiper par l’action et par la communication, ils ne doivent pas rater le coche, maintenant qu’il s’agit de réaction.  C’est justement sous la pression que nos politiciens doivent trouver la manière adéquate pour calmer ce pan non négligeable du peuple qui se soulève. Non négligeable, non pas par le nombre, mais par rapport au passif de cette région qui a joué le rôle de précurseur en matière de protestations. Manière adéquate, car ce qui a été entrepris n’a pas donné satisfaction et que cela ne relève pas uniquement du bilan appréciatif voire subjectif, mais chiffré et pragmatique.

De 12 % en 2010, le chômage est passé à 15,3 % fin 2015. Pourtant, c’est de révolution économique qu’il s’agissait, il y a cinq ans, quand au nom de la dignité les Tunisiens ont réclamé le changement et l’ont enclenché. Le politique, on lui en voulait, essentiellement, pour son échec cuisant dans le cadre de la gestion équitable entre les régions et de celle encore plus foireuse de la communication de crise qui, au lieu d’écouter, réprime. Le politique n’était, alors, qu’un alibi pour dire un mal plus enraciné et aussi pénalisant au quotidien qu’un changement de président ou de système de gouvernance.

Les slogans révolutionnaires ont été récupérés politiquement pour construire des slogans électoraux dissonants. La révolution a été vidée de son sens et popularisée par l’approche commémorative  « novembriste ». La politique a échappé à ceux qui en ont été, un certain janvier 2011, les principaux marionnettistes.  Ont ainsi été oubliées les principales revendications et nous avons dévié de l’essentiel vers l’idéologie. Un débat stérile a gavé et continue à gaver une opinion publique désormais blasée par les polémiques centrées sur la laïcité, l’apostasie et le fanatisme caché et assumé.

Nous voilà perdus sur un chemin difficile, au milieu d’une foule qui nous observe et du danger qui nous guette. Nous avançons sans feuille de route, sans plan, sans réflexion, sans stratégie ou presque hormis celles ne prenant comme ultime destination que les ambitions égocentrées de bandes politiciennes organisées en partis. Ceux-là n’ont, incontestablement, pas encore remarqué que les promesses sans suites, c’est dépassé de mode, dans un pays qui a lancé la mode des résolutions populaires et de l’action citoyenne aboutie.

Le pragmatisme citoyen dépasse celui du politique. Et quand le peuple attend le concret, alors que ses dirigeants sont encore en mode logorrhées le pragmatisme devient force et toute force non canalisée prend un aspect anarchique. Anarchique peut donc paraître la déception démocratique qui se fait holà à l’adresse d’une Tunisie qui oublie ses enfants et de politiciens qui, de l’Histoire, n’ont pas retenu de leçon. La violence ne se cautionne pas, mais doit être comprise pour qu’une réponse efficiente soit donnée.

Plusieurs décisions ont été annoncées, ce soir du 20 janvier 2016, alors que le pays connait encore des embrasements aux foyers multiples. Elles seront annoncées, après un conseil ministériel silencieux présidé par le ministre des Finances qui remplaçait, en tête de table, Habib Essid parti à Davos s’occuper d’économie mondiale. 5000 chômeurs seront recrutés, 1400  personnes seront embauchées selon le mécanisme 16, des terrains communs seront transformés en terrains de propriété foncière privée durant les deux prochains mois, 1000 logements sociaux seront construits, 500 petits  projets allant jusqu’à 6 millions de dinars seront mis en place, des médecins spécialistes seront en poste dans la région, l’infrastructure améliorée et une commission d’investigation concernant les cas de corruption sera mise en place. L’utopie à l’état politique : de Kasserine on fera un paradis sur terre. Politique chimérique et réveil apocalyptique pour une jeunesse que le désoeuvrement a ternie. Une jeunesse qui a mal, face à ses propres rêves d’un sursaut politique régénérateur pour une Tunisie autre que les plus influents oublient. Entre eux et ceux qu’ils pensaient avoir choisis pour les représenter, il y a un monde, le monde des laissés-pour-compte. Et face à eux, nous sommes tous en échec!

Tunisie- Révolution, 5 ans, oui mais…

Révolution, cinq ans après, l’euphorie immédiate à ce qui a changé la Tunisie politiquement et socialement est passée. Eteinte à force de désenchantements, on la rallume, lors de cérémonies et de marches, le 14 janvier de chaque année. Récupérée politiquement, la date du soubresaut tunisien qui continue de secouer le pays se célèbre certes, mais sur un mode sceptique. Qu’a-t-on changé ? Vers où allons-nous ? Révolution, oui, mais…

             – Enfin une démocratie ! Nous avons un président élu, des députés qui nous représentent. Nous avons une Constitution toute neuve, tellement neuve qu’elle aurait presque besoin d’être rôdée. Nous sommes en démocratie mais nous n’avons pas encore commencé à relire autrement nos lois et à les mettre à jour. En cinq ans, beaucoup d’incohérences ont été constatées, à cause de l’inconstitutionnalité de notre cadre législatif. Un système à dépoussiérer pour que cessent les injustices au nom de lois anachroniques.

            – Enfin la pluralité ! Nous avons des partis par dizaines, nous qui n’en avions qu’un, prépondérant, écrasant, omniscient. Nos partis fertiles en paroles et en promesses se sont toutefois écrasés au premier tournant électoral. Notre pluralité est stérilité de propositions, de débats, de changements. Que sont devenus, Al Joumhouri, le Front populaire ou Ettakattol ? Seuls en restent des slogans quasi commerciaux, des logos traduisant leurs déchéances et un brin de chauvinisme de ceux qui s’y sont trop mouillé la chemise pour avouer, tel un mea culpa, leurs erreurs de parcours. Plus de cent partis et une scène politique sans consistance efficace.

            – Enfin écouté l’appel à la dignité ! Ceux qui ont crié, au nom de la dignité, leur colère ont eu gain de cause. Enfin, pas tout à fait. Et pour cause, un taux de croissance inapte à résorber le chômage. Et un taux de chômage trop élevés pour voir se réaliser les rêves d’une jeunesse qui peine à s’épanouir. Rester digne en étant dans le besoin, rester digne en devant tendre la main pour vivre, un exercice difficile auquel s’adonnent, à contrecœur, beaucoup de Tunisiens. Rester digne face à l’indigne inégalité sociale, ce mal qui s’amplifie, plus on s’éloigne des grandes villes. Cinq ans après, le développement régional est encore au stade de notion abstraite que les discours politiques ont vidée de toute substance.

            – Enfin nos différences assumées ! Fini le temps où on devait se cacher pour faire ses prières et ranger, dans les tiroirs de fond, ses lectures d’extrême-gauche. Nous vivons plus aisément nos différences. Toutefois, uniformisés,avant,au nom d’une politique refusant la différence, nous sommes,aujourd’hui, divisés mais au nom de l’idéologie. Laïque, islamiste, salafiste, moderniste, obscurantiste… Autant d’adjectifs traduisant l’appartenance idéologique et devenant insultes, dans certains contextes. Prétextes à une dichotomie, dans le cadre d’une société dont les contours se redessinent, des fois, dans une intolérance pouvant se muer en violence.

             – Enfin la liberté d’expression! Des journalistes aux plumes libres, des orateurs aux langues déliées, des esprits déchargés du poids de la censure et de l’autocensure. La vie est belle et tout le monde veille au grain. Toutefois, une forme de pression persiste et l’impact du politique via ses lobbies et ses figures fortes se maintient en place mais autrement. Des procès contre des journalistes, il y en a eu, malgré la marge de liberté acquise et exploitée au quotidien. Un bras de fer régulier entre l’oppression latente et la soif de liberté.

Cinq ans de révolution et des réserves résumées à cinq polyvalences. Nous n’en demeurons pas moins chanceux de pouvoir vivre pareille transition, un regard soulagé tourné vers le passé et un autre un peu plus inquiet scrutant l’avenir.  « Sois le changement que tu veux pour le monde » disait Gandhi. Soyons celui apte à redresser cette Tunisie que cinq ans de changement n’ont pas permis encore de revoir fleurir entièrement.

 

Nidaa Tounes, une catachrèse et un regret

Nidaa, il n’en reste qu’une catachrèse faisant survivre, au-delà du parti parti en poussière, un nom apposé comme un appel dans le vide. L’appel en écho d’un parti qui n’est plus ressemblant au projet politique initial pour qui plus d’un million d’électeurs ont voté. Nidaa n’est plus. Il n’est plus, aux yeux de beaucoup de ceux qui l’ont vu naître. Pourtant, Nidaa n’est pas arrivé au pouvoir seulement par la force de persuasion de ses dirigeants, mais surtout par la mobilisation de plusieurs Tunisiens qui ont pratiqué un propagandisme gratuit, au nom de la patrie et de la duplication du modèle bourguibien. Ceux-là avaient vu le parti de Béji Caïd Essebsi comme l’unique alternative pouvant réanimer le pays après le règne de la Troïka.

Nidaa qui s’offrait alors comme la solution n’aura, toutefois, pas permis à la Tunisie de sortir de la crise, car en crise lui-même. Il a incarné le parti démocrate par essence pour qui il fallait voter utilement, si dudit camp on se disait, mais s’est avéré être une pure imposture en termes de gestion et de structuration. Nidaa qui déçoit au niveau de l’application démocratique à l’échelle de sa propre organisation peut-il encore avoir la confiance de ceux qui l’ont propulsé ? Le parti au pouvoir a perdu, après ce weekend mouvementé, plusieurs élus, plusieurs dirigeants et plusieurs personnes de sa base électorale et de ses fidèles porte-voix.

Nidaa Tounes on le pensait fendillé, le voilà qui s’effrite complètement. Parti aux identités multiples, il se décompose, comme éreinté par l’exercice du pouvoir. De deux camps pro Hafedh Caïd Sebsi et pro Mohsen Marzouk, la scission du parti au pouvoir devient une véritable cassure mettant en péril l’avenir de ce parti, dans sa conception première. La guerre des egos a été l’ultime épreuve pour le parti de Beji Caïd Essebsi. Une fois arrivé au pouvoir, le parti qu’on pensait être le plus fort du pays s’avère être un cheval de Troie ayant juste permis à certains d’atteindre les hautes sphères de l’exécutif. Et une fois parvenus, les desseins ont changé, le but n’étant plus le pouvoir sur l’échelle nationale mais à l’intérieur même du parti, le meilleur propulseur pour les étapes à venir.

Et pour les étapes à venir il faudra composer avec un Nidaa dirigé par le fils du président de la République, un directeur exécutif aux compétences politiques fortement mises en doute. Un « fils de » qui n’a pas fait profil bas pour dissiper les conflits qu’a suscités son ascension mais qui a tenu tête pour parvenir au sommet de Nidaa. Hafedh Caïd Essebsi a été appuyé par ceux qui se sont ralliés à sa tendance et par son propre père. Le fondateur du parti a, en effet, joué son rôle de père faisant fi des restrictions que son poste de président de la République imposait. Un président de tous les Tunisiens redevenant, le temps d’un congrès, porteur d’un message partisan explicite et d’un autre tacite : je suis proche de Nidaa encore, je suis du côté de mon propre fils et je cautionne sa démarche.

Le congrès national venait résoudre les problèmes d’un parti qui s’offre, depuis des semaines, en spectacle. Le temps d’un weekend, les retrouvailles des Nidaïstes ont fini par les séparer définitivement. Des démissions en nombre et ceux qui avaient eu des doutes quant à la plausibilité de leur départ, ont été réconfortés dans leur position. Un congrès qui a exclu quelques-unes des composantes importantes du parti et un parti avec une nouvelle structure mise en place sans élections. Consensuellement, dira-t-on, c’est consensuellement que Hafedh Caïd Essebsi sera nommé au sommet d’un Nidaa en ruine.

Allant dans le sens du consensus, Nidaa offrira la vedette, lors de son congrès, à Rached Ghannouchi, celui qu’il s’était promis de combattre au nom de l’utilité du vote. Le leader islamiste a été accueilli chaleureusement. Acclamé par ceux que l’habitude d’applaudir ne laisse plus réfléchir quand il faut taper des mains et quand il faut battre des pieds. Applaudi, Rached Ghannouchi, qui se faisait traiter, à chaque manifestation des Nidaïstes, d’assassin. Applaudi, Rached Ghannouchi, et sa métaphore des deux ailes. La Tunisie, le dirigeant d’Ennahdha la représente comme un oiseau dont Nidaa est une aile et son parti islamiste l’autre. Dualité nécessaire pour que le pays prenne son envol ou bipolarité politique faisant s’envoler les rêves d’un camp démocrate que l’on voulait fort ? Nidaa Tounes, je l’ai enterré, a conclu aujourd’hui Bochra Bel Haj Hamida. Constat amer pour un pays en proie à l’hypocrisie politique et l’avidité du pouvoir, un mal amnésique qui frappe ceux qui parviennent et dont la contagion atteint ceux qui les entoure. Nidaa Tounes, une catachrèse,  un nom désormais sans substance et un choix électoral au goût de regret.

 

 

 

 

Essid- Remaniement en trompe-l’oeil

Le remaniement ministériel annoncé par Habib Essid depuis le mois de novembre a été, enfin, annoncé, mercredi 6 janvier 2016. Du changement dans le gouvernement, surtout à la tête des ministères régaliens, suppression des secrétariats d’Etat, des départs, des arrivées et des remplacements. Du sang neuf dans la sphère de l’exécutif. Enfin !  La Tunisie en avait besoin. Le terrorisme passé par là, il y a un mois environ, et la crise politique qui a scindé le parti au pouvoir imposaient qu’il y ait du nouveau…  même avec de l’ancien.

Toutefois, le gouvernement Essid, dans sa version remaniée est, depuis l’annonce, au centre de polémiques multiples. A chaque ministre son lot de réserves, à chaque réserve son lot d’a priori. Nidaa, Ugtt, opinion publique ont opposé leur veto par rapport à un gouvernement loin de s’imposer à l’unanimité. Refus général du remaniement pour absence de stratégie visible ou refus opposé à telle ou telle arrivée de ministre ou tel ou tel départ d’un autre. La copie remise ne plait pas à tous. Compte-t-on la revoir ? On attendra, à coup sûr, de voir si l’avis de la foule aura imprégné suffisamment les élus de l’ARP pour qu’une volte-face, même partielle, s’opère.

Prévisible, en effet ! Prévisible qu’un parcours rapide de la tendance générale sur les réseaux sociaux fasse avancer des réserves à certains députés. « Halte au sionisme, la case Tel Aviv dérange pour untel », « Son prédécesseur était finalement devenu bon ministre », pour un autre, « Un escroc à la tête d’un ministère, que nenni ! »… Et plus encore, si absence d’affinité. Et l’affinité manquera inévitablement, pour des raisons idéologiques et surtout partisanes, dans le cadre d’un potentiel gouvernement ouvertement politique.

Souvenons-nous du vote de confiance au gouvernement Jomâa en janvier 2014 et l’accueil réservé à la première version du gouvernement Essid, début 2015. Les élus ça peut se montrer féroces ; aussi féroces que les internautes. Essid devrait se méfier ! Néanmoins, nos chers représentants partent dans cette confrontation avec un sérieux manquement. Leur séance plénière est anticonstitutionnelle, d’après un spécialiste de renom.

Le constitutionnaliste Kais Saïed a, en effet, révélé que le règlement intérieur de l’ARP est tout bonnement en contradiction avec la Constitution. Oui, rien que cela ! La bénédiction de l’ARP, le gouvernement remanié n’en avait guère besoin. Une étape inutile, en somme, car seule la mise en place d’un gouvernement nécessite un vote de confiance, l’ajout et le changement  ne le nécessitent point. On apprendra, également, à la suite de cette lecture critique, que Habib Essid devait annoncer d’abord le remaniement lors d’un Conseil des ministres avant de s’empresser de le faire devant les caméras. On saura aussi qu’il n’avait pas, d’un point de vue constitutionnel, à faire disparaitre les secrétariats d’Etat.

Un élu sortant nouvellement porte-parole du gouvernement commentera les remarques de Kaïs Saied comme suit : va pour l’inconstitutionnalité ; il s’agit du premier usage que nous faisons de la Constitution, n’est-ce pas normal qu’on y décèle des lacunes ? Non, Monsieur Chouket, désolée, normal, ça ne l’est pas ! Service après-vente des Constitutions, à l’aide ! Ca grince à l’ARP.

Le gouvernement récemment reformé ira donc, pour rien, chercher la bénédiction de l’ARP et subir les foudres de quelques-uns de ses locataires, lundi 11 janvier 2016. Les ministres pourront ensuite prendre place dans leurs bureaux respectifs. Il leur faudra après se montrer, se faire connaitre et s’imposer. Mais avant cela, tels des bleus, il leur faudra découvrir, étudier, apprendre, se documenter… avant d’affronter une opinion publique aux aguets et un contexte aussi difficile que menaçant.

A la trappe, ceux qui maitrisaient enfin leur portefeuille ! C’est comme cela que ça se passe quand on ne cherche qu’à satisfaire le public au lieu de se concentrer sur l’essentiel. La performance des uns et des autres importe peu, le temps qu’un nouveau ministre mettra pour maîtriser enfin ses troupes et son dossier, on l’oublie. L’essentiel c’est le show ! Et le peuple aime le spectaculaire ! Ca émoustille les plus sceptiques et rend fanfarons les plus endoctrinés au nom de la démocratie naissante.

Une des composantes du spectaculaire est d’essayer de plaire. Et c’est assurément la raison principale de ce remue-ménage stratégique. Réconforter le public et conforter les partis au pouvoir dans leurs positions de force, voilà qui est fait. Cherchait-on l’efficience ? Visait-on à améliorer les performances du gouvernement par ces temps difficiles. Ca viendra, accessoirement. Ce n’est pas plus mal qu’en cours de route, l’image de Habib Essid reluise, que son capital sympathie pas très élevé ne soit pas définitivement entamé, que la politique entière du pays soit dans un nouvel élan mieux perçue de tous, le temps d’un renouveau.

Et puis le ménage de l’hiver s’était bien fait attendre. A tel point qu’on pensait la crise à Nidaa plus importante qu’une promesse d’un imminent changement. Et puis il est arrivé, le remaniement, au moment où le parti au pouvoir a complètement implosé, en deux… que dis-je, trois… que dis-je, quatre parties. Bien tombée l’annonce du remaniement, pile le jour où Mohsen Marzouk a annoncé la création de son parti. Il s’appelle comment déjà, son parti ? Oublié ! Voilà ! Ca a aussi servi à cela l’annonce anticipée d’un remaniement trop lent,  trop empressé et finalement anticonstitutionnel.

 

 

 

Interview – Inès Oueslati : La liberté ne se gagne pas par la peur

Inès Oueslati est rédactrice en chef de la radio tunisienne ExpressFM. Un après l’attaque de Charlie Hebdo, elle revient pour Courrier international sur les conditions d’exercice du métier de journaliste dans son pays.

Votre métier a-t-il changé après les attentats du 7 janvier ? J’exerce mon métier de journaliste un peu comme on s’adonne à une passion : en ne le percevant que par l’élan créatif. Ce sont des attentats comme ceux du triste 7 janvier 2015 qui nous rappellent que l’on peut mourir pour ses idées, pour ses écrits, pour ses dessins. Ce sont aussi des faits pareils qui me rappellent, au quotidien, que la bataille pour les libertés ne se gagne pas par la peur, mais par la constance dans les idées et dans la manière de les exprimer.

Comment éviter l’autocensure ? C’est tentant car c’est un choix de facilité. Et les sources d’autocensure peuvent être multiples. Je pourrais par exemple éviter d’évoquer l’extrémisme et les radicaux qui vivent et tuent parmi nous. Je pourrais aussi éviter de critiquer les islamistes au pouvoir afin de ne pas être taxée de moderniste ennemie de l’islam. Je pourrais encore éviter de tacler le parti moderniste au pouvoir pour ne pas être taxée d’islamiste refoulée. Ou alors ne pas traiter les sujets épineux pour ne pas avoir affaire à la justice en cas de problème. Personnellement, je n’ai jamais choisi les voies les plus simples. Parce que la noblesse de notre métier se gagne en ces temps durs.

Comment échapper au piège des lois liberticides ? J’ai été journaliste dans un média électronique et je suis désormais free-lance et rédactrice en chef d’une radio. A chaque statut correspond une marge de liberté que j’explore chaque fois dans sa totalité. En cas d’abus, un décret-loi (115 – 116) régit les affaires des journalistes, un texte perfectible certes, mais qui reste un moyen de reconnaître qu’un journaliste n’est pas un criminel. Mon appartenance à un corps de métier puissant par ses structures (Syndicat national des journalistes tunisiens) et par ses composantes (solidarité entre les journalistes) est aussi une garantie contre les abus. J’ai par ailleurs la chance de ne pas avoir eu à plier ma plume pour la faire obéir au régime de Ben Ali. Je n’ai pas eu à la déplier, après la révolution, pour faire croire que je ne l’ai pas rangée sous le régime de Ben Ali. J’ai la chance d’exercer mon métier dans un contexte national propice à la liberté d’expression. Et face au contexte international difficile compte tenu de la montée du terrorisme, je suis de ceux qui croient que l’obscurantisme ne se combat que par la lumière.

Propos recueillis par Hoda Saliby

Rétrospectives 2015 – Les photos de l’année

 

 

 

 

Je suis Charlie, le nouveau slogan de la liberté d’expression

L’attaque de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, a fait 12 morts parmi l’équipe du journal satirique Charlie Hebdo. Une solidarité mondiale a suivi la mort de Cabu, Charb,Tignous, Honoré, Wolinski, Bernard Maris, Elsa Cayat, Mustapha Ouarrad… En signe de soutien à la liberté d’expression devant triompher de l’obscurantisme islamiste, des manifestations ont eu lieu dans de nombreux pays et le hashtag #jesuischarlie a fleuri, en ultime hommage, sur la toile mondiale.

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Raïf Badaoui, une torture qui continue

Le blogueur saoudien est en prison depuis 2012 pour apostasie. Condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans de prison, Raïf Badaoui a commencé à subir sa peine de flagellation, le 9 janvier 2015. Plusieurs militants, organismes internationaux, gouvernements ainsi que l’ONU ont protesté contre le supplice que continue à subir ce père de trois enfants.

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Shaïma Al- Sabbegh, la militante qui meurt debout

Militante égyptienne, Shaïma est morte, le 24 janvier 2015, d’une balle dans le dos lors d’une manifestation de célébration de la révolution de 2011 au Caire. Sa photo alors qu’elle quittait la vie, encore debout, dans les bras de son mari, est devenue l’icône d’une révolution qui dévore ses propres enfants.

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Séisme au Népal, Katmandou en deuil pendant 13 jours

Un séisme de magnitude 7.8 frappe le Népal, le 25 avril 2015. Il fait 8000 morts et 16000 blessés. Les répliques de ce tremblement de terre ressenti jusqu’à New Delhi ont fait des centaines de morts. Il a causé, par ailleurs, des avalanches sur le Mont Everest. Katmandou, en deuil, était au centre de l’attention et de la mobilisation internationales.

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Géorgie, un safari sur fond de catastrophe naturelle

Samedi 13 juin 2015, une coulée de boue inonde Tbilissi en Géorgie. Neuf morts, des familles évacuées et des milliers de personnes privées d’eau potable et d’électricité. Des animaux dont des lions, des tigres, des jaguars, des loups et des ours échappés du zoo ont semé la terreur dans les rues de la capitale géorgienne.

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La FIFA entachée

Scandale au sein de l’instance dirigeante du football. Sept responsables de la FIFA sont accusés de corruption et arrêtés à Zurich. Le 3 juin 2015 Sepp Blatter annonce sa démission et Michel Platini annonce, dans la foulée, son ambition de se porter candidat à la présidence de la FIFA. Coup de théâtre : dans le cadre d’une enquête sur un virement suspect, Blatter et Platini sont suspendus le 8 octobre 2015. Jugés coupables de « gestion déloyales » et de « conflits d’intérêts », les deux dirigeants sont suspendus de toute activité en relation avec le football pendant huit ans.

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L’accord de Vienne, le monde se réconcilie avec l’Iran

Il aura fallu 12 ans de négociations pour que les grandes puissances mondiales et l’Iran trouvent un compromis dans le cadre du programme nucléaire. Des négociations qui ont repris avec l’arrivée de Hassan Rohani en 2013 et qui ont abouti, dans un premier temps, à l’accord de principe de Genève le 24 novembre 2013. Le compromis finalisé le 14 juillet 2015 à Vienne repose sur trois axes principaux : la limitation du programme nucléaire de l’Iran pendant une décennie, la levée des sanctions internationales contre l’Iran et le renforcement des contrôles. Le but des puissances mondiales n’est donc plus d’empêcher le programme nucléaire iranien mais d’empêcher qu’il ne se fasse clandestinement.

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Aylan Kurdi, l’enfant symbole

La photo de son corps échoué sur une plage turque, le 2 septembre 2015, a fait le tour du monde. Aylan, trois ans, est devenu le symbole du drame que continuent à vivre des millions de migrants syriens.

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Crash de l’avion russe et l’escalade Poutine

Un avion de la compagnie russe Metrojet s’écrase au Sinaï en Egypte, samedi 31 octobre 2015 et fait 224 morts. Le 13 novembre 2015, Poutine admet que le drame du Sinaï est un acte terroriste. Les conséquences promises par le président russe contre les « criminel » ont été une escalade de menaces et de déclarations d’hostilité de la part de la Russie ayant pour point de repère les positions politiques par rapport à Bachar Al Assad.

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La marche des chaussures, recours à l’état d’urgence

La marche pour l’écologie à la veille de la COP 21 n’a pas pu avoir lieu. Pour cause, l’état d’urgence que connait la France depuis le 13 novembre 2015 suite aux fusillades et aux attaques-suicides qui ont fait 90 morts dans la salle du Bataclan où se déroulait un concert rock et sur les terrasses de cafés mitoyens. Le 29 novembre 2015, des militants de Avaaz, mouvement mondial de mobilisation citoyenne, organisent la marche des chaussures à la Place de la République. Des milliers de paires dont celles de personnes célèbres comme le pape François ou Ban Ki-moon.

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