Archives pour la catégorie Politique

Bras de fer État-Mafia…Trop tard?

Les arrestations en série qui ont eu lieu hier ont lancé dans le pays un vent d’euphorie générale et d’espoir quant à une action gouvernementale qui a tardé à venir. Combattre la corruption n’est pas chose aisée, compte tenu d’un contexte de fragilité générale et d’un risque élevé, cela ne pouvait donc pas être contenu sans calcul des dégâts.

Il a fallu attendre la sortie médiatique de Imed Trabelsi, neveu de l’épouse de l’ancien président déchu, en prison depuis la révolution et du grabuge à Tataouine (encore une fois) pour réagir.

Pourtant cela fait plusieurs années que Imed Trabelsi a « parlé », plusieurs années qu’il est en prison et qu’il a été écouté. Peu de têtes tombées depuis et trop d’inconnus ayant pris la grosse tête malgré les suspicions autour d’eux, de leur pouvoir et de leur fortune.

Ceux-là ont pu s’impliquer dans la politique, financer des partis, narguer le peuple publiquement sur plateau et infiltrer le pouvoir en Tunisie d’une manière indirecte. Il y en a même qui a tenté de devenir président de la République!

Ils ont étendu leurs tentacules et la pieuvre dont on pensait les Trabelsi être la tête en a eu plusieurs autres, affichant sans scrupules ni crainte, leur arrogance.

Combattre la corruption en devenait plus difficile. Une instance dédiée à cette lutte ne suffisait plus pour combattre l’hydre ravageuse. Le pouvoir de la dénonciation, l’impact de l’action personnelle devenant multiple, les spots télévisés, le désarroi d’un président de l’INLUCC désabusé et éprouvé n’y pouvaient rien. La corruption a gangréné le système et a gagné en vigueur.

Elle a été (comme l’appel de l’extrémisme religieux) une voie entrainant dans sa frénésie occulte des faibles que n’importe quelle force attire, même contre l’Etat, celui de son propre pays.

Et l’Etat voyait sans agir. Aucun signal fort donné. Aucune volonté de mettre à bas ce système. Le parallèle a poursuivi son chemin sans être dérangé. Les lobbies sont devenus quasi publics.

L’étendue des dégâts potentiels plus importante et la force alimentant la volonté politique en a été affectée.

Pourquoi maintenant? Pourquoi eux? Ce ne sont pas des questions rabat-joie, mais de vraies interrogations susceptibles d’être posées. La crainte que le tout se solde par des relaxations et des non-lieux est légitime aussi. A force de constater le laxisme on finit par ne plus croire en la force de l’action.

Ceux qui ont une action politique envisagée ont compris que c’est à l’intérieur de la Tunisie qu’il faut agir, que la population la plus influente en nombre et en impact de nuisance est là, au fin fond de ce pays, non à sa surface urbaine visible. Ils ont organisé leur réseau interne et régional, préparé le terrain pour devenir le marionnettiste de cette Tunisie que l’on mène vers des enjeux calculés, pendant que d’autres parties, d’autres partis, avancent à vue d’œil et à force d’idéaux politiques beaux à voir et creux dans leur exécution.

De l’injustice sociale ceux-là ont fait la force de leur lobby et des plus faibles une machine de guerre à manier au besoin pour bloquer l’Etat.

Acculé, face à des enjeux politiques à venir, une ambition de plus en plus dévorante, et une structure aux allures de nouvelle mafia, l’Etat a préféré attaquer au lieu de se laisser prendre dans les filets de la bête hideuse. La guerre contre la corruption sera-t-elle complète, accomplie ou partielle et inachevée. La Tunisie suit cela, les doigts croisés et l’attention totale. Les scènes de chaos d’El Kamour et la corruption connue de tous et invérifiable pour les autorités, ont affaibli la perception du pouvoir, l’ont fait basculer du mauvais côté et ont attisé l’attente d’une guerre qui devait être déclarée. Il en allait de la crédibilité d’un Etat qui a été mis à l’épreuve à plusieurs reprises. La corruption ne peut pas gagner la partie, pas en Tunisie, pas après 6 ans de révolution, autrement, nous aurons tout perdu…

Peu importent le timing et ses raisons, ce que nous vivons est une évolution; une vraie révolution qui se vit depuis hier et qui pourrait sauver, à long terme, la Tunisie.

 

Pour Consulter la source, cliquer ici.

Déçus par BCE? L’ère des sauveurs est finie!

Il faut dire que l’on en attendait beaucoup, beaucoup plus que ce qui n’a été dit. BCE face au peuple tunisien via écran au Palais des Congrès, cela était susceptible de faire revenir le citoyen tunisien vers l’ère Bourguiba, celle des grands discours et des prises de parole attendues.

Et on l’a attendu une semaine entière ce discours, après une annonce bourguibienne aussi: « le Chef de l’Etat s’adressera à la Nation mercredi 10 mai », avaient relayé certains médias et autres proches de Carthage, il y a de cela plusieurs jours.

Un teasing qui a mené bien loin un peuple tenu en haleine par une morosité ambiante et une tension digne de celui qui se sent au bord du précipice. Entre les pistes d’un référendum en lien avec la polémique réconciliation et celle d’un changement potentiel de régime politique, de nombreuses personnes ont oscillé, avant d’être face à leurs écrans aujourd’hui.

Plusieurs points saillants marquent ce discours qui s’est voulu historique: l’attachement affiché aux acquis de la Tunisie y compris ceux obtenus par les voies démocratiques, l’attachement confirmé au projet ayant trait à la réconciliation et l’implication de l’armée dans le cadre de ce qui pourrait mettre en péril les richesses du pays (phosphate, pétrole…).

Pas de mouvement de table rase donc, malgré les vraies fausses polémiques successives en relation avec le rendement de certains ministres. Pas de retour quant à l’obstination relative à la loi de la réconciliation, celle -ci étant présentée comme le moyen de faire sortir le pays du fameux « goulot » bloquant. Pas de laxisme face aux manifestations, certes tolérées, mais qui, dans certains cas, prennent des formes de prise d’otage à aspect social et économique.

Face à cela, plus de ministres dépêchés sur place, plus de chef du gouvernement annonçant des batteries de décisions, mais…l’armée. Un coup de pouce pour le gouvernement en place, en somme, pour en faire le gant de velours qu’on dotera d’un bras de fer « sécuritaire ».

La « restructuration » du ministère de l’Intérieur annoncée aujourd’hui ( et qui fait probablement suite au Conseil de sécurité qui a eu lieu il y a quelques jours) visera, dans ce cadre, à ne pas épuiser les troupes à qui on attribue un autre champ de bataille, encore un!

A côté de tout cela, un clin d’oeil adressé au passage aux « comploteurs », ceux-là la présidence ne les a même pas conviés (doit-on entendre outre le parti de Marzouk, de Hamma, de Abbou… le clan nouvellement formé de Mehdi Jomâa?). Un autre clin d’oeil à Rached Ghannouchi en rappel des accords moraux conclus entre les deux hommes et visant à préserver le pays et non les partis respectifs. Un dernier clin d’oeil à l’administration, pointée du doigt pour son rythme au ralenti freinant, dans sa cadence basse, les investissements étrangers.

Entre ces messages jacents et ceux sous-jacents, les observateurs sont restés sur leur faim. Non pas parce que les propos présidentiels avaient des airs de discours de campagne électorale ou des airs de déjà vu. Non pas que l’apparition était de trop puisque, rappelant le contexte, nombreux étaient ceux qui pointaient la non-implication du président de la République. Mais sur leur faim, parce que l’annonce a été un peu trop pompeuse, un peu trop en avance, un peu trop propice aux scenarii les plus extrêmes.

A-t-on noyé volontairement le message? A-t-on revu le discours présidentiel après l’annonce de la démission de Sarsar de la présidence de l’ISIE? Des questions qui se répètent après un discours qui a rendu perplexes ceux qui attendaient d’être éclairés.

Statu quo donc, un brin de fermeté en plus et par le bras le plus symbolique du pays. Pourvu que cela ne mette pas à mal un des organes les plus vitaux et les plus épargnés jusque-là: l’armée nationale.

Les confrontations entre forces de l’ordre et protestants risquent, en l’absence d’une action autre, d’étouffer un mal qui continuera de ronger, de l’intérieur, l’intérieur même de la Tunisie. Et, sans des forces composant les-unes avec les autres, loin des enjeux électoraux et autres projets occultes, ce pays ne connaîtra pas de répit.

Peut-être n’avons-nous que peu de choses à attendre d’un discours présidentiel au final: Rappelons-nous que le premier salut vient de nous -mêmes et qu’insulter un président, saboter des ministres (qui se sabotent déjà suffisamment eux-mêmes) ne fera que plus nous enliser. A force de nous laisser aller vers le fond, le plus doué des politiciens ne saura nous sauver. L’ère des sauveurs est finie!

L’électeur français et l’embarras du non-choix

Dans quelques jours, les Français voteront Le Pen ou Macron. Ils auront à glisser dans l’urne un bulletin, à faire en sorte que celui-ci ne soit pas blanc et à faire un choix. Mais y a t-il désormais choix pour les électeurs? Les choix politiques se font de plus en plus par dépit et très souvent quand élections il y a, nous sommes devant l’embarras du non-choix.

Malgré un passage, sans grande difficulté, au second tour, Macron n’arrive pas tout à fait à convaincre. Son avant second tour a été décevant du point de vue de la communication. En marche vers le jour J, le candidat de lui-même qui ne fait pas l’unanimité a le soutien des médias et d’une grande frange d’une population se déclarant hostile aux idées d’extrême droite.

Macron en devient l’anti-candidat au lieu d’être le candidat, son projet politique ne plait pas forcément mais s’entend en comparaison avec l’alternative qui s’offre face à lui. Sans parti, sans grand ancrage idéologique, il devient le candidat de ceux qui ne voudraient pas voir la France sombrer dans le camp FN.

Et il se banalise ce camp des extrémistes nationalistes. La haine affichée des médias et le dénigrement subi depuis des années, n’y ont rien pu. La présence au second tour de la deuxième génération des Le Pen est une victoire en soi pour l’extrême droite française. Changement de discours et changement de contexte, des conjonctures qui ont donné à la candidate FN les raisons de son argumentaire. Crise, terrorisme, intégrisme, les malheurs des-uns ont fait les arguments des autres.

Les idées honteuses par le passé réduisant la France aux Français ont en été banalisées. Le vote FN le devient aussi.

Face à la décrispation de ce qui pouvait être perçu comme vote non assumé, le danger devient tangible pour les indécis et pour ceux votant par dépit. Tel a été le cas d’une scène politique américaine où a triomphé, après tumulte et moult polémiques, un Donad Trump aux attitudes et aux idées contestées.

Il est clair qu’en cette période de crise internationale, élire le changement devient la première priorité de ceux que le jeu politique n’a pas encore blasés. Ceux croyant encore en un possible enjeu pouvant changer leur quotidien aspirent à découvrir d’autres voies, en attente de solutions autres que celles de droite et de gauche, celles consommées déjà. Quitte à aller vers les voies les moins sures, l’électeur est prêt à tout pour générer du changement.

La dirigeante FN à la mue juste apparente pourra-telle convaincre suffisamment en dehors du camp de ceux déjà conquis? Macron se distanciant de la gauche comme de la droite est la voie nouvelle qui s’offre aux électeurs. Son âge, son discours, sa virginité partisane, sa situation familiale, tout son projet est en rupture avec le classicisme politique. S’offre aux sceptiques comme une fatalité électorale: l’embarras du non-choix. Ceux-là sont dans ce jeu à plaindre (mais encore à conquérir). Leur vote sera celui d’une conscience patriotique cherchant à éviter que l’inconscience des-uns n’emporte la France ailleurs que vers ses valeurs originelles.

« Choix et conscience sont une seule et même chose » écrivait Jean-Paul Sartre, une réflexion qui se vérifiera au suffrage universel.

 

Pour consulter la source, cliquer ici.

Quand Jebali et Gibran nous font réfléchir en dehors de la bulle

Le Fou de Gibran, le Fou de Jebali, les deux oeuvres se superposent dans une forme de complétude, trois soirées durant, à El Teatro de Tunis (12, 13 et 14 avril). Cette pièce qui a été jouée sur plusieurs scènes étrangères depuis 2001 (et qui en est, après des représentations en 2008, à sa troisième vie de scène) a fait revivre un texte chargé de sens et de symboliques.

Quatre acteurs (et danseurs), un décor minimaliste, des prouesses technologiques, une projection, un sous-titrage en anglais et en français et une musique épousant le tout et donnant une atmosphère particulière.

Le temps est celui de l’infinie perception qu’en a l’être. Le lieu est les tréfonds de cet être, sa conscience, son inconscient, sa réflexion et sa perception de l’altérité et par elle.

Drôle de voyage qu’entreprend Jebali et qu’illustre un jeu d’acteur représentant, par les mouvements du corps, l’intonation de la voix et par la parole, les pérégrinations d’un esprit « fou ».

Fou pour avoir perdu ses masques et découvert le soleil. La raison est ainsi dite et la suite détaille les sentiments profonds de celui qui vit pleinement l’évolution de ses sentiments. Sa tristesse et ses joies, sa peur et sa satisfaction, sa sociabilité et son isolement, la pièce en est l’incarnation et les personnages l’audacieuse interprétation.

« Vous avez votre idéologie et j’ai la mienne », la sagesse de ce Fou s’illustre par nombre de divergences donnant sa particularité à cet être innommable. Son décalage au groupe, son anticonformisme idéologique est ce grain de folie qui a germé et qui éclot sur scène et prend voix.

Des corps en transe illustrent ce désarroi assumé, cette différence portée comme une anomalie bénéfique. A bas la vision binaire des choses et des êtres, à bas le manichéisme et ses valeurs pas si dichotomiques, à bas les stéréotypes et les clichés, le regard galvaudé et le monde du « Tous comme moi! ». Prométhéen comme projet de ré-appréhension de l’univers et de l’humain. Le feu arrivant sur scène plus d’une fois, est cette lueur mythologique dérobée aux dieux et portée par l’homme pour mieux l’éclairer, comme les voix lisant le texte de Gibran éclairent le spectateur.

La différence, le Fou de Gibran la cultive dans le texte et Jebali l’accueille dans un monde restreint comme l’intériorité de l’être, grand comme l’Humanité. Un microcosme obsessionnel rappelant Jung et ses théories de persona, la multitude du soi et le besoin d’être unique dans un monde prônant l’unicité du conformisme aux codes « communs ».

C’est cela la sagesse du Fou. Une pièce poussant à réfléchir en dehors de la bulle.

Pour consulter a source, cliquer ici.

Interview d’Arlette Chabot: BCE est « conscient que le temps lui est compté »

« Tunisie: La démocratie en Terre d’Islam » est un livre-entretien avec Béji Caïd Essebsi qui sort le 1er décembre 2016. Il est édité chez Plon et est écrit par la journaliste française Arlette Chabot.

Ce livre, comme cela est mentionné dès le prologue, est envisagé par le président de la République tunisienne comme un « plaidoyer pour la cause de son pays », un livre personnel, n’engageant en rien la présidence de la République et dans lequel BCE déclare « préférer – pour la liberté qu’elle lui procure – l’expression en son nom propre ».

Le HuffPost Tunisie a interviewé Arlette Chabot sur cette aventure livresque qui a duré un an. Entretien.

HuffPost Tunisie: Comment est née l’idée de ce livre?

Arlette Chabot: Je suis venue en Tunisie après l’attentat du Bardo. J’ai vu le président de la République avec d’autres confrères. Nous avions alors parlé du risque terroriste, des difficultés, etc…

Il y a eu, juste après, les attentats de Sousse. Je me suis dit, à ce moment-là, qu’il fallait agir. Je lui ai donc proposé l’idée de ce livre. Je lui ai dit que je voulais qu’il redise, à plus grande échelle, ce qu’il nous avait dit: l’appel à la solidarité, l’appel à l’unité, la lutte de la Tunisie pour la démocratie et contre le terrorisme. Tout cela, les Tunisiens le vivent mais, nous, nous devons l’apprendre, nous devons l’entendre parce que les Français se sont intéressés à la révolution mais ont décroché après. Le sujet est devenu un peu lointain pour eux, puis le terrorisme l’a ramené.

L’attentat de Sousse a touché des touristes et a touché, de ce fait, l’étranger. Ca a été le déclencheur qui a fait que j’aie proposé à Béji Caïd Essebsi l’idée de ce livre en lui disant qu’il ne s’adressera pas, en priorité, aux Tunisiens, même si ça va les intéresser.

Je lui ai expliqué que le livre est prévu pour tous ceux qui sont hors de Tunisie et qui doivent continuer à manifester, à ce pays, de la solidarité. C’était pour leur rappeler qu’ils doivent surveiller et aider au maximum les Tunisiens et répondre à ce qui peut favoriser l’ancrage de la démocratie.

Finalement, il a accepté ma proposition et m’avait répondu qu’il allait me dire ce qu’est la Tunisie, pourquoi il faut l’aider et comment, comme le dit le titre du livre, la démocratie est possible dans un pays musulman; « parce que c’est la Tunisie et parce que ce sont les Tunisiens », comme il l’explique.

Béji Caid Essebsi parle dans le prologue de votre « insistance chaleureuse et amicale ». Pourquoi l’avez-vous choisi?

Je ne vais pas voter pour lui. Je ne voterai pas pour la prochaine majorité. Mais j’ai trouvé, au vrai sens du mot, que c’était un bon avocat pour la cause tunisienne.

Béji Caïd Essebsi a une expérience invraisemblable, unique, aujourd’hui. C’est un type qui a connu tout le monde. C’est pour cela que je le lui ai fait raconter l’Histoire avec la France, du colonialisme en passant par l’indépendance et jusqu’à aujourd’hui, ce qui a marché, ce qui a moins marché, la révolution… En France, on a soutenu Ben Ali et puis on a soutenu Ennahdha, puis après, on a été dans la panade parce qu’on ne savait plus quoi faire.

Part ailleurs, Béji Caïd Essebsi cite beaucoup le Coran et le connait mieux que certains. C’est important dans le débat français parce qu’on continue à dire que l’Islam est incompatible avec la République.

De l’idée à la finalisation il y a eu combien de temps?

Un an en tout. La préparation du livre a été beaucoup retardée pour des raisons liées à la politique. On devait le sortir mais nous avons été amenés à décaler, compte tenu de l’actualité tunisienne.

Au début, la parution était envisagée, plus précisément, pour le mois de mars et puis Béji Caïd Essebsi a demandé de retarder parce qu’il devait se passer quelque chose. Quelque chose qu’il ne m’a pas dite, mais j’ai compris, après, que ça devait être la préparation de l’initiative d’union nationale. Il y avait aussi le Congrès d’Ennahdha qui était alors prévu… Il a voulu du temps et ça a fait une interruption dans la préparation du livre. Je savais qu’il préparait des choses. Il m’a dit depuis le début « je sais où je vais mais je ne peux pas y aller comme je veux, c’est plus long que je ne le voulais ».

Le temps est passé et je l’ai revu après son annonce de l’idée du gouvernement national.

Combien de rencontres cela a-t-il nécessité?

Pas 60 heures! Evidemment je rigole, parce que quand vous voyez le livre de Davet et Lhomme et François Hollande qui arrivait avec sa bouteille de Bordeaux chez un des journalistes pour diner, imaginez que ça ne s’est pas passé comme ça pour moi.

Je n’ai pas été le voir des dizaines de fois parce que c’est moins simple que s’il avait été à Paris. Je l’ai vu après l’attentat de Sousse, puis après les attentats en France. On a beaucoup parlé de cela. Je l’ai vu, ensuite, en octobre, trois fois en novembre, puis en décembre, en juin et je l’ai revu à Paris en septembre quand il est venu une journée.

On a alors bouclé le livre. On n’a pas vraiment corrigé. On s’était plutôt concentrés sur les détails de la parution. Si on avait continué au gré de l’actualité, on serait encore dessus car l’actualité est sans fin.

Combien de temps duraient les entretiens à chaque fois?

J’ai eu, à chaque fois, entre une heure et demi et 3 heures d’entretien par weekend. Mais ça dépendait de sa disponibilité. Je me suis, à chaque fois, adaptée à son planning à lui.

Ca s’est passé dans son bureau personnel, dans la plupart des cas, là où il habite. On était des fois tous les deux, mais il y a quelqu’un qui a assisté à la plupart des entretiens, sans interférer.

Vous le décrivez dans votre avant-propos comme « une chance pour la Tunisie, un homme tenace et patient ». Quelles autres impressions avez-vous eues de votre interlocuteur?

J’ai beaucoup de respect et d’estime pour lui parce que je trouve que c’est un homme politique incroyable. Comme je le dis dans l’avant-propos, cela est rare qu’un homme politique ait accompagné son pays depuis son indépendance jusqu’à aujourd’hui. Il a un regard sur toute la séquence historique et c’est cela qui m’avait intéressée. Je l’ai trouvé lucide, déterminé, plus que certains ne le pensent.

J’ai trouvé que c’est un homme très conscient que le temps lui est compté et, évidemment, il espère finir son mandat.

Pour lui, il faut que la démocratie soit bien ancrée; ce qu’il dit c’est cela: il faut que la démocratie soit assurée, l’alternance, la pluralité politique, les pratiques démocratiques bien installées.

J’ai remarqué aussi son souci de passer à une nouvelle génération. C’est ce qu’il m a dit, à chaque fois: « Je suis là pour conforter, j’ai contribué à ce que la révolution à laquelle je n’ai pas participé ne se termine pas dans le sang, que la démocratie commence. Après moi il faut qu’une nouvelle génération prenne les rennes de la Tunisie ». Il me répétait cela en permanence: les jeunes, les jeunes, les jeunes!

Apposer l’histoire d’un homme à celle d’un pays, fait-il de ce livre un document d’Histoire ou un regard personnel dessus?

C’est forcément son regard qui prime. Ce livre c’est son regard sur l’Histoire, ce sont ses souvenirs personnels et sa vision.

A la fin de nos entretiens, il m’a dit que c’était un livre personnel, même si c’est du président qu’il s’agit. Un livre personnel parce qu’il y a l’Histoire de la Tunisie que vous connaissez par coeur mais que les français ne connaissent pas forcément et qui était utile à rappeler et parce qu’il y a sa lecture à lui.

Béji Caïd Essebsi a été acteur de l’Histoire aux côtés de Bourguiba. Il a été observateur, ensuite, pendant sa retraite. Il est revenu à la politique avant d’en repartir, d’y revenir et de devenir président. C’est ce personnage qui m’a intéressée.

Ca peut paraître étonnant mais j’ai toujours refusé de faire un livre avec un politique français.

Pourquoi ce livre?

Parce que j’estime que nous avons un devoir de solidarité par rapport à la Tunisie. On a une Histoire commune, un héritage commun et une amitié qu’il faut préserver.

C’est donc un livre fait par une journaliste française avec un éditeur français et dans l’optique d’un public français parce qu’on n’a pas toujours eu, en France, une bonne compréhension de la situation en Tunisie. Il y a tellement eu de malentendus et les gouvernements français n’ont pas soutenu ceux qu’il fallait en Tunisie. Et puis, il y a des a priori de certains politiques français qui pensent que la Tunisie d’aujourd’hui n’aime pas la France, qu’on voudrait se débarrasser de ce partenaire et en trouver d’autres.

Pourtant, entre la Tunisie actuelle et la France, il y a des liens forts. L’histoire personnelle de Béji Caïd Essebsi ramène à la France. Il y a aussi des responsables actuels qui ont fait leurs études en France comme c’est le cas du chef de gouvernement d’aujourd’hui.

On le répète à l’envie: s’il se passe quelque chose en Tunisie on sera tous mal. Si la Tunisie s’effondre, on sera mal.

Pendant nos entretiens, il y a eu les attentats de Paris, il y a eu ceux de Nice, cet été. Nous sommes frappés par le même mal et nous subissons les mêmes menaces. Nous avons un devoir de solidarité pour préserver les liens entre la France et la Tunisie. Nous sommes si proches que nous ne pouvons avoir aucune indifférence à l’égard de ce pays. Il ne doit y avoir que de la solidarité, de l’amitié. Et pour cela, il y a une responsabilité française.

Vu le poste de Béji Caïd Essebsi, quel avenir prévoyez-vous à ce livre?

C’était un moment. Il est d’ailleurs possible qu’il soit complété autrement pour être traduit en arabe. Cela est prévu.

Quels ont été les grands axes choisis?

Il nous a parlé d’Islam. Je lui ai demandé: « Vous dîtes notre Islam est un Islam tunisien, vous le dîtes compatible avec la démocratie. Dîtes-nous-en plus! » Voilà pourquoi il explique cela en répondant à des questions sur l’Islam et en expliquant ce qu’est le Wahabisme. On y parle aussi de la situation d’aujourd’hui, jusqu’où ça va avec Ennahdha et puis on aborde la situation internationale.

Il y a, par ailleurs, l’idée d’expliquer l’exception tunisienne, ce que c’est et ce que cela veut dire.

On aborde aussi le combat actuel contre le terrorisme et puis ce qu’est, pour lui, la Tunisie de demain. Il y a tout un chapitre sur son explication de la situation.

Il parle beaucoup de laïcité mais n’aime, toutefois, pas l’expression « fascisme islamiste ».

La Libye, il en parle beaucoup et c’est intéressant parce qu’en France, on ne perçoit pas du tout l’importance du sujet libyen. La question s’invite dans le débat présidentiel en France à travers Nicolas Sarkozy. Il continue à dire que c’est parce qu’on n’a pas suivi l’après-Kadhafi qu’il y a eu le chaos; d’autres pensent qu’au final, on n’aurait pas dû renverser Kadhafi.

Est-ce qu’il y a des choses qu’il a refusé de laisser paraître après les avoir dites?

Non, je ne vais pas vous dire qu’il n’a pas relu le livre. Mais il n’y a rien de choquant qui ait été relevé. Il n’y a rien de gênant qui ait été enlevé, non plus. Il y a juste eu de la relecture pour des formulations. Je m’étais dit qu’il allait être un peu plus attentif à des choses mais il n’y a pas touchées.

Toutefois, Béji Caïd Essebsi est un homme prudent. Il est, d’ailleurs, beaucoup plus prudent que ne l’est François Hollande. C’est un grand homme politique, sans être langue de bois.

Il a de l’humour, un humour que je trouve sympathique mais, d’un autre côté, je ne savais pas si cet humour pouvait être perçu comme tel. J’ai donc fait attention quand il disait des choses en souriant. Je me disais  » Oula! est-ce que ça va être compréhensible? ». il fallait des fois faire attention.

Et puis nos enregistrements ont été remis par thèmes, condensés et il y a eu le prisme choisi pour appréhender le tout, un prisme français défini selon la cible première: un public hors Tunisie.

Ce livre n’est pas celui où BCE se livre, vu la nature du poste qu’il occupe et les réserves que cela lui impose. Cela vous a-t-il déçue?

Non, pas de déception! Je sais qu’il ne peut pas se livrer. J’ai posé des questions qui intéressent en France, je lui ai demandé d’expliquer des interrogations en relation avec le débat sur l’Islam, l’identité, le terrorisme…

Il y a, incontestablement, des choses qu’il ne dit pas aujourd’hui mais qu’il dira, probablement, après. Ses réserves sont totalement légitimes et, encore une fois, je le dis: il n est pas imprudent comme l’est François Hollande.

Il sait qu’il est encore en fonction, que tout est encore extrêmement précaire, que la situation est difficile.

Quant à moi, je savais que j’allais voir un président. Je suis restée à ma place: je suis française, je suis journaliste. Ce livre n’est pas une commande, il n’a pas été demandé par la présidence de la République je l’ai fait par totale sympathie pour la Tunisie.

Mais je pense qu’un jour il fera un livre avec un journaliste tunisien, au terme de son mandat. Cela permettra de réécrire l’Histoire. Je sais qu’il a été sollicité pour ça, à plusieurs reprises.

Quel message adressez-vous aux lecteurs tunisiens?

Il ne faut pas que les Tunisiens le prennent mal: on est en reflet du débat français sur la place de l’Islam, sur la compatibilité de la pratique religieuse et la démocratie. Il y a beaucoup d’échos au débat présidentiel en France avec, en plus, le récit d’un témoin et de quelqu’un qui a une culture française intéressante, qui a de l’expérience et un recul par rapport à l’Histoire.

Toutefois, je pense qu’il y aura des déceptions en Tunisie parce qu’on attend peut-être des secrets qui n’y sont pas.

Je veux bien, de mon côté, qu’il y ait de l’intérêt pour ce qui est dit mais je sais que c’est une vision pour nous. J’en suis d’ailleurs responsable. Béji Caïd Essebsi s’amuse à dire: « C’est Madame Chabot qui est responsable du livre ». Il a dit cela en souriant.

Et au public français, quel message ce livre peut-il porter?

Je pense que ce sont les citoyens français qui doivent être conscients de ce qui se passe en Tunisie: S’il n’y a pas de mobilisation de la part de l’opinion publique française en faveur de ce pays, ça ne marchera pas! Il faut que les touristes reviennent. C’est cela aussi l’objectif. Et, au-delà de la France, il y a le contexte européen.

La première fois que j’ai vu Béji Caïd Essebsi avec six journalistes françaises, après l’attentat du Bardo, il y avait un enjeu terrible, il y avait aussi un terrible choc et une émotion partagée en France.

Je me souviens bien qu’après ce premier entretien, il nous avait dit, à nous journalistes français: « s’il y a un autre attentat je ne sais pas si on va pouvoir se relever, on n’est pas préparés à ça, on est en transition démocratique. C’est un tel choc! le gouvernement est là depuis peu de temps. Est-ce qu’on va pouvoir se relever, pouvoir tenir? »

Et quand il y a eu Sousse, je me suis souvenu de ce qu’il nous avait dit et qui nous avait beaucoup frappés: tout peut basculer en Tunisie si le terroriste continue, dans ce pays. Il faut que les gens se tiennent droits, résistent et il faut qu’on les aide.

J’entends des gens dire qu’est-ce qu’on peut faire? Vous pouvez prendre un billet et partir passer vos vacances en Tunisie, au lieu de partir ailleurs.

Pour l’opinion française à laquelle s’adresse le livre, les citoyens et moi aussi, nous pouvons agir à notre niveau. On peut manifester notre solidarité en prenant l’avion et en partant en Tunisie, il faut aussi que les entreprises françaises y investissent. C’est encore une fois, l’objectif de ma démarche.

A chaque fois que j’ai pris l’avion pour partir en Tunisie, on m’a dit avec étonnement « Comment peux-tu aller là-bas?! » Ma réponse, c’est que les attentats ont même frappé Paris. C’est dans ce geste-là que peut se mesurer la réalité de l’aide française à la Tunisie.

Car c’est sur trois niveaux que l’on peut aider: le niveau gouvernemental, le niveau de l’investissement et puis notre solidarité, nous citoyens. C’est l’enjeu du livre et Béji Caïd Essebsi l’a compris.

Béji Caid Essebsi sera-t-il avec vous pour le lancement du livre?

Oui, il viendra à Paris. Il va à Bruxelles pour le sommet Tunisie-UE du 30 novembre au 1er décembre et fera un stop à Paris. Il est d’ailleurs sollicité par des médias et ses apparitions sont en cours d’organisation.

Et vous, comptez-vous venir en Tunisie pour le présenter?

L’actualité française est compliquée en ce moment, mais je suis prête à venir! Y compris pour répondre aux questions des journalistes, mêmes celles désagréables.

Je parle Béji Caïd Essebsi assez bien désormais! Je l’entends parler. C’est l’effet du temps que j’ai passé avec lui et à l’écouter.

 

Pour consulter la source, cliquer ici.

2020, c’est demain!

Nous y sommes presque! C’est demain que la Tunisie accueillera ses hôtes et entamera sa Conférence sur l’Investissement. Deux jours de réseautage, de débats et d’échanges; deux jours d’accords, de signatures et de partenariats, on nous l’a promis.

Le pays entier croise les doigts et retient son souffle. Une préparation qui a duré plusieurs mois et une ambiance de grand-messe.

Un petit tour aux abords du Palais des Congrès permet de mesurer la tension du J-1 et d’en voir les résultats. Une propreté que l’on n’a pas vue depuis un moment déjà. Un renfort policier imposant mais cordial. De la verdure ordonnée, arbres taillés, gazon tondu, trottoirs propres. Un traçage de route impeccable, les ampoules des lampadaires publics remplacées et les drapeaux accrochés d’une manière ordonnée. De Gammarth à Mohmed V, la Tunisie est minutieusement préparée.

En vitrine tous! Un communiqué pour organiser la circulation. Restreindre les arrêts, interdire les stationnements et faire de l’esthétique et du pratique en fluidifiant le tout et en éliminant tous les risques.

Il ne manquerait plus qu’un communiqué pour nous dire, nous citoyens, de nous endimancher, ces mardi et mercredi. De mettre de jolis habits, de laver nos voitures, de bannir l’inesthétique, de ne pas crier dans les rues, de ne pas faire les goujats. Le monde nous regarde.

Et ils nous regardent de près. Nos potentiels investisseurs. Même s’ils connaissent tout de nous. Même si l’actualité peint de nous un portrait quasi fidèle à celui naturel, il faudrait jouer le jeu. Montrer nos potentialités gâchées par la conjoncture ardue et anxiogène. Prouver que l’on peut tout, en y mettant de la bonne volonté. Que nos tendances grévistes ne sont qu’une volonté de prouver, à chaque épreuve et de manière presque régulière, que ce droit constitutionnel est enfin à nous et le restera.

Autrement, nous pouvons être travailleurs, rigoureux, ponctuels, professionnels. Notre détermination n’est pas à prouver, mais le reste est à démontrer.

Ce Forum est l’occasion de vendre nos capacités. Et si la Tunisie a fait l’exemple avec le politique, il est temps de passer à un autre volet, dont l’impact est aussi fort que vital: l’économie, le nerf de la guerre!

En matière de démocratie, notre mutation est réalisée. Malgré les remous, la route est tracée. Ne pas en dérailler ne dépend que de nos choix et de la capacité qu’ont nos politiciens de constituer la bonne majorité. Mais la pérennité de cet édifice ne peut être préservée qu’au moyen d’une économie renforcée.

Finie l’ère à laquelle nous avancions pas à pas, avec pour seule feuille de route un planning politique géré à vue d’oeil. Le besoin d’une stratégie est on ne peut plus d’actualité.

Et la vision semble être plus claire, de demain jusqu’en 2020. Les projets d’avenir mis noir sur blanc, les besoins envisagés et la manière de les réaliser appréhendée. L’espace de deux jours, le temps est à la concorde et l’objectif national.

C’est le moment, pour nous, de concrétiser la vision que nous avons de demain et, pour nos politiciens, de montrer que l’avenir n’est pas qu’un slogan redondant et creux. C’est le moment, pour le monde qui nous scrutait depuis 2011, de montrer que la solidarité et l’aide à la Tunisie ne sont pas que de la poudre aux yeux. Un rapport gagnant-gagnant est là pour encourager ceux qui ont la sympathie pour ce pays et les moyens d’y croire.

Investissons-nous, tous! 2020, c’est demain!

 

Pour consulter la source, cliquer ici.

Nagdh n’est plus martyr ou la débâcle du système

Monsieur le Président,

Nous avions appris, le 18 octobre 2012, que le débat des idées (ou plutôt son absence) se faisait suppléer par les coups, que l’intolérance pouvait finir en meurtre et que la différence d’idées pouvait être un motif de violence et d’assassinat. Nous avons appris, hier 14 novembre 2016, que lyncher une personne jusqu’à la voir mourir sous les coups ne pouvait donner lieu qu’à un non-lieu.

Nagdh, vous connaissez ce nom, Monsieur le Président. Vous l’aviez tant de fois répété, lors de votre campagne électorale. Son lynchage a été évoqué beaucoup de fois par les leaders de votre parti. Et même si Nidaa aujourd’hui n’est presque plus, le souvenir de ces répliques parfaitement politiques ne peut que résonner amèrement dans les oreilles de ceux qui avaient cru, non pas en votre parti seulement, mais en un idéal politique où la justice seule pouvait régir les différences transformées en différends mortels.

Vous disiez, il y a de cela quatre ans, quand vous étiez de l’autre côté de la force qu’est le pouvoir, que Lotfi Nagdh a été assassiné, à ceux qui évoquaient la thèse de la mort par crise cardiaque, vous criiez qu’il s’agissait de mensonges et de calomnies. Aujourd’hui que vous êtes au pouvoir, ce faible de tous les politiciens, comment pouvez-vous admettre qu’un non-lieu soit prononcé quand vous disiez, il n’y a pas si longtemps que cela, qu’il y a mort d’homme? Peut-être êtes-vous, comme nous, ce matin, dégoûté par ce à quoi a abouti le système, vous qui êtes dedans, désormais.

La justice est indépendante. Oui, cela est vrai et qui d’entre nous ne le souhaiterait pas. La justice a dit son dernier mot après plusieurs reports. Mais comment compteriez-vous expliquer aux petits Nagdh que, devant un pupitre vous ayez enflammé la scène politique en encensant de prétendus coupables, vos ennemis politiques de l’époque en l’occurrence, et qu’aujourd’hui, des hauteurs de Carthage, vous puissiez accepter la fatalité d’une justice injuste au regard de ceux qui ont cru en vous et de beaucoup d’autres.

Comment expliquera votre parti à cette veuve dont il a fait une égérie de campagne que le mot martyr ne collera plus à celui de son défunt époux. Ce non -lieu est censé l’en priver, du point de vue de la justice. Et si les autres dossiers similaires en cours se soldaient avec la même amertume, comment l’expliqueriez-vous à Majdouline et aux veuves Belaid et Brahmi, celles que vous avez saluées, honorées, fait monter sur le podium le jour de votre victoire, un peu comme une revanche au regard de vos détracteurs, un peu comme une promesse à l’égard de ceux qui attendent encore que justice soit faite après des assassinats vécus comme des deuils nationaux?

Monsieur le Président,

Cela ne doit pas être facile de se voir acculer à l’impuissance quant à la justice, quand, à l’injustice, celle-ci aboutit. Cela est aussi dur que ne l’est ce sentiment de dépit pour ceux qui voient aujourd’hui, avec du recul, que l’instrumentalisation politique des deuils des autres ne peut faire que des désabusés. Et quand ceux-là sont des petits orphelins, une veuve, des frères et soeurs, des parents et amis de personnes que la mort a frappées, par préméditation ou par accident, l’on ne peut que se refuser à l’acceptation.

A nos martyrs d’après révolution, la mort a épargné la désolation de voir que des parties ont fait de leur sang des slogans politiques. La survie de leur souvenir, quels que soient les verdicts, nous rappelle, nous autres concitoyens, que la reconnaissance de la patrie à ses hommes, quand elle se monnaie en voix électorales, pervertit leur souvenir et tâche de sang les victoires qui en résultent.

Monsieur le Président,

L’injustice des hommes peut s’oublier avec le temps, celle de la justice ne peut que remuer le couteau dans la plaie et faire saigner des coeurs blessés face au désolant spectacle d’une patrie se débattant encore, des années après, contre le spectre du passé. Quelle justice transitionnelle peut-elle réparer des maux passés quand le mal se poursuit et affecte tout un pays?

En visionnant de nouveau, ce matin, votre discours de l’époque, cravate noire et regard fermé, parlant du premier martyr de votre parti, l’on ne peut que réaliser ce que les consensus contre-nature sont douloureux des fois et ce que le sentiment de dépit peut être national (si l’on excepte ceux qui narguent veuve et orphelins en affichant, sur photo, leur bonheur face à ce verdict).

L’on ne veut pas au final, Monsieur le Président, comme ceux-là nous ont nargués, vous narguer à notre tour, nous ne voulons pas que des personnes soient jugées d’une manière injuste, si crime il n’y a pas eu, mais nous ne voulons pas non plus que des innocents voient leur père mourir deux fois pour avoir cru en un parti qui a été le vôtre le temps d’un accès au pouvoir, cela les tuera de voir que les desseins politiques ont chargé la mort de leur père d’une utilité à usage unique et en a fait, au final, un dossier poussiéreux classé parmi les dossiers de ceux que le destin, ce coupable d’office, frappe et que la justice et les hommes assassinent une deuxième fois.

Pour consulter la source, cliquer ici.

Grand ménage au Kärcher, quand l’exécutif tunisien s’exécute

Nettoyer le centre ville au kärcher. A grande eau, purger les trottoirs. Eloigner les étals anarchiques. Décongestionner les grandes artères. Affronter l’économie parallèle. Aller jusque son terrain et tenter d’y gagner du terrain, justement. Mettre de l’ordre dans ses lois. Revoir ses bases. En préparer des bonnes pour l’étape à venir. Le gouvernement Chahed et ses adjuvants ont entamé leur grand ménage d’automne.

Une Tunisie propre, respectueuse des accords internationaux. Même en chantier, cela devrait être beau à voir et rassurer. Et ce n’est pas que pour notre bien-être, nous autres citoyens, que cela est fait, c’est aussi pour l’image que, de nous, peut avoir l’Autre. Cet Autre qui attend des prémices de réussite pour continuer à nous aider.

Ratifié l’Accord de Paris à l’Assemblée des Représentants du Peuple pas plus loin qu’hier. Nettoyée aussi nos rues et diffusées, massivement, ces images d’un centre ville renaissant de ses poussières.

Tant pis si les poubelles s’accumulent ailleurs. Tant pis s’il y a invasion de mouches dans tout le pays. Tant pis si les sacs en plastic continuent, malgré un accord les interdisant, à nous sauter en pleins pare-brises. Ce qui compte c’est la vitrine. Et elle est désormais bien astiquée, d’une manière si régulière que l’on aurait presque tendance à y croire… si on ne passait pas tout aussi régulièrement par ces rues de cette Tunisie à l’apparence faussement nouvelle.

On l’aura vu plus d’une fois Chahed sur chantier. Casque de protection et gilet par dessus son costume. En maître d’oeuvre il s’affiche, à plus d’une raison: Dynamiser la perception que l’on pourrait avoir de lui et celle du pays, au passage. Il est important, en effet, à ce stade, de montrer que le politique bouge autrement qu’en gigotant hystériquement sur les plateaux et que le pays a entamé un cycle nouveau.

Et ce nouveau cycle a bien commencé, plus concrètement, à la rue des Salines au centre ville de Tunis. Une descente a eu lieu la semaine dernière et c’est l’équivalent d’un million et demi de dinars en cigarettes qui a été saisi. Visés ainsi la contrebande, le commerce parallèle, le secteur informel, ses collaborateurs d’une manière directe et ses faiseurs par déviation. Un premier coup de filet filmé. Des vidéos qui ont fait le tour du pays et un message lancé à l’égard de tous les intéressés surtout les observateurs étrangers.

On nous regarde de loin! Et bientôt on nous regardera de plus près. La conférence de l’Investissement qui se tiendra fin novembre fera, en effet, venir vers nous les décideurs du monde. Les rassurer, les encourager à voir notre potentiel et les exhorter à y croire. Voilà la démarche actuelle et à venir à appliquer si nous sommes conscients de l’importance d’un salut imminent dans cette ambiance générale plutôt menaçante.

Et il ne suffit pas d’y croire, il faut mette en place le dispositif pour! Loi de l’investissement: Fait! Loi de Finances: Remous, mais Fait! Gel des augmentations salariales: Bras de fer en cours, mais Fait! Système de sécurité sociale: Son échec démontré à l’appui. Ca sera fait. Système fiscal: Populeux à souhait dans sa communication et dans sa substance, mais Fait! Rassurer et secouer à la fois: rassurer les plus faibles de préférence car leur agitation dérangerait ce tableau en cours et secouer les plus nantis car de là peuvent tomber quelques recettes, maigres certes, mais bonnes à grignoter en temps de disette.

On veut éviter la disette justement à cette Tunisie cobaye démocratique. Y mettre du sien n’a pas réussi pour la sauver, alors une tierce aide serait, à ce stade, vitale. En bon élève, l’exécutif s’exécute et exécute les recommandations d’une manière quasi scolaire. L’agenda est suivi à la lettre et les échéances appréhendées, en toute précision.

Ici, on ne ment plus, on ne camoufle plus. Tout a fini par imploser. « Rien n’est dans ce monde dissimulable désormais ». BCE l’avait dit en marge de sa dernière virée américaine.

Fadhel Abdelkéfi, ministre de l’Investissement et de la Coopération internationale aussi, dans le cadre de son roadshow pour promouvoir la Tunisie auprès des capitaux de ce monde. La difficulté qu’a la Tunisie à s’en sortir est connue de tous. A l’étranger, on en est conscient. Et l’on montre ses dispositions à aider quand s’y ajoute l’argument répercussions. L’on a peur du côté américain par exemple et bien ailleurs de l’impact que pourrait avoir le malaise tunisien sur les sécurités nationales respectives, par l’alchimie néfaste du terrorisme et de sa tentation.

Du côté tunisien, on en est conscient aussi. Mais conscients comme des enfants capricieux qui dans la mêlée continuent à s’insulter, à réclamer, à en demander plus, là où si plus est, c’est de nous qu’il devrait venir.

L’économie est le nerf de la guerre. Nous avons passé cinq ans à ne considérer notre transition que par le prisme politique. Nous avons fait notre apprentissage et n’avons réussi à aller au delà de la case débutant. Nous avons commencé par stagner. Nous avons puisé dans nos réserves, consommé nos acquis et épuisé notre capital sympathie dans un monde qui n’est pas fait que de nous. Centrés sur nos propres réussites, nos propres défaites, nos propres railleries, nous en avons presque oublié notre image dans le monde.

Et parce que l’heure est à l’économie, l’on a compris visiblement que le politique est à ce stade accessoire. Il accompagne le changement nécessaire pour un deuxième cycle de vie, un cycle de survie. Pour que la transition démocratique ne soit pas synonyme de banqueroute nationale, l’heure est peut-être venue d’envisager autrement le salut national. La démarche maintenant imposée n’en sera que plus acceptée et mieux appliquée, par tous. Pour que concordent enfin façade et arrière-boutique.

Pour consulter la source, cliquer ici.

Tunisie: Ennahdha trace, Nidaa rame

Ce weekend, s’exhibaient des photos de Youssef Chahed en mode décontracté aux côtés de jeunes et d’enfants, les pieds dans la boue dans des quartiers tunisiens que les dernières pluies ont dévastés.

Ce weekend, un de ses ministres s’affichait sur des clichés massivement partagés sur les réseaux sociaux dans un événement n’ayant, pour le moins, rien à voir avec son portefeuille. Le ministre des TIC qui inaugure une école coranique. Il faut dire que cela relève de l’insolite.

Quel lien entre les deux faits? Rien, vraisemblablement. Et c’est cette absence de similarité qui déconcerte! Un chef de gouvernement à l’actualité égocentrée; un ministre en mode hors sujet.

Est-ce cela l’essence de l’Unité nationale pour laquelle un gouvernement a été changé? La question mérite d’être posée. Elle nous aiderait à cerner les visées de chacun et à débarrasser la patrie des figurants qui disent oeuvrer pour elle. Et chacun trace vers son but dans cette Tunisie en transition. Chacun travaille pour ses ambitions et pour les projets des siens, sa famille partisane et idéologique.

Nous sommes à l’ère des clans. Et le but est le positionnement. Le court terme importe peu.

L’admettre rend la cohabitation plus facile entre parties adverses foncièrement opposées. Et la cohabitation rend plus challengeant le parcours à faire côte à côte, vers des buts distincts. C’est une question de survie mais aussi de victoire. Les islamistes l’ont compris. Les « modernistes » pataugent encore.

Car ce weekend -bien dense, en toute évidence- Nidaa débattait, encore, dans le cadre d’une Assemblé générale du bloc parlementaire, de sa propre structuration.

Le parti qui se débat depuis un an et demi contre ses propres démons est devenu le maillon faible de la scène politique tunisienne à défaut d’être son parti fort. Une leçon, en somme, sur le poids des urnes que fausse la communication trompeuse et sur le poids réel que les guerres d’égos rapetissent au fur et à mesure des batailles personnelles et d’ambitions ne générant que scission.

Ce weekend, Rached Ghannouchi poursuivait sa tournée dans le sud tunisien. En grand leader, il a enchaîné visites, conférences, rencontres. Expliquer la transition, étayer les choix de son parti, impliquer sa base. Le parti islamiste rassure les siens et assure le suivi. Il fait du « B to B ». Le parti a compris que l’imminence des élections ne détermine pas l’action politique et que le capital d’un parti doit être entretenu et fidélisé. Autrement, il se disloque et l’effort de le solidariser de nouveau n’en est que plus accru et moins durable.

Deux rythmes de croisière pour un combat qui ne dit pas son nom et une guerre d’emplacement qui a débuté avec les prémices de la transition. L’un trace, l’autre rame. N’en pâtissent que l’État et la population.

Le premier est miné de querelles transposées vers lui. La deuxième est de plus en plus blasée de la politique et de ses choses, ses stratèges et ses déceptions.

Son objectif à elle est à très court terme: vivre décemment dans un environnement sain. Mais elle est perdue entre ceux qui n’ont pas perdu de vue leur but ultime et ceux qui se sont perdus eux-mêmes à défaut d’en avoir un.

Perdre pour mieux gagner, Ennahdha semble en avoir fait un credo. Faire de sa victoire, sa propre perte: Nidaa Tounes, le parti au pouvoir, s’en offre comme la pathétique incarnation.

Pour consulter la source, cliquer ici.

Youssef Chahed a parlé trop tôt

C’est un discours digne d’une campagne électorale que nous a adressé hier Youssef Chahed. Le Chef du gouvernement a, ainsi, pendant une heure, évoqué, propositions, réflexions, pistes de sortie de crise… Le tout agrémenté de questions-transitions assurant la fluidité d’un message qui semblait bien préparé certes, mais pas ou peu étudié.

Quel intérêt avait Youssef Chahed à s’adresser aux Tunisiens hier. A un mois de sa prise de fonctions qu’avait-il de nouveau à annoncer hormis des projets qui peuvent aboutir ou périr au cours de leur élaboration, réussir ou s’avérer de réels fiascos.

L’on ne cesse pourtant de voir l’ampleur de la morosité qui règne, du côté des citoyens.
L’on ne cesse d’évoquer le péril imminent, du côté des économistes lucides et neutres.
L’on ne cesse de sombrer dans ce pays pour qui le gouvernement d’Union nationale avait été présenté, un certain 2 juin, comme la bouée de sauvetage.

Trop tôt pour le critiquer? Trop tôt pour s’affirmer ainsi, alors, tant que rien n’est fait.
Youssef Chahed a, en revanche, choisi l’image à l’action.
Son discours est tel un accessoire apposé sur du vide. Quelle importance peut avoir un discours politique dans ce contexte actuel? Préparer? On ne l’est que trop…

Le Tunisien ne cesse de réclamer de la rigueur dans la gestion du pays et de la fermeté face à ceux qui lui nuisent. Assurer que changement il y aura? L’heure n’est plus aux promesses et aux résolutions. Rassurer? on ne l’est point. Après les 60 minutes de discours, on ne l’est pas plus ce matin qu’hier.

Youssef Chahed a raté l’occasion de se faire discret et de travailler dans le silence en ne faisant parler de lui que par les actions avérées. Il a choisi les paroles à l’acte.

Son apparition télévisée et radiophonique, c’était plus pour lui que pour nous. Parce que l’orientation de son gouvernement est définie par essence et l’idée de sauvetage en est la raison d’être. Car ce qu’il a annoncé aurait pu l’être par les gérants des portefeuilles concernés. Parce qu’il n’y avait de facto rien au demeurant à mettre en avant.

Youssef Chahed aurait gagné en restant dans ses dossiers et loin des caméras, le temps d’avancer dans ses chantiers et d’avoir de l’accompli dans ses grands axes.

Sa première sortie n’en aurait été que plus glorieuse et son apparition aurait eu l’ancrage souhaité en termes de « notoriété » et d’autorité.

De ses 60 minutes de paroles ne demeurent, ce matin, qu’un brouhaha de critiques quant à la prestation journalistique de ses intervieweurs et une vague d’applaudissement à sa « prouesse » faite de la part de ses admirateurs affichés, ceux qui sont là derrière chaque homme politique comme pour lui fausser sa perception des choses et de lui-même.

Le citoyen en aura-t-il retenu grand chose? a-t-il été touché? A-t-il senti l’impact d’un changement tant actuel et sur le plan politique qu’à venir et sur le plan de son quotidien? Rien n’est sûr…
Quant à l’opposition et à la crainte de ses réactions, c’est un facteur devenu absent dans la configuration actuelle.

Les principales figures dissidentes sont, en effet, impliquées politiquement et d’un point de vue responsabilité. Leur accès à des postes d’Etat, les a fait passer de l’autre côté de la scène et a fait des figurants sans teneur, des vedettes des plateaux d’hier.

En attendant, Youssef Chahed avance comme décidé. Il n’a peut-être pas besoin d’assurer dans l’immédiat. Peut-être travaille-t-il sur le long terme.
Son objectif, ce n’est peut-être pas un projet d’Etat mais l’idée d’un homme d’Etat programmé pour un projet politique.
Au lendemain de sa première grande interview d’après accès à la primature, la politique de Chahed semble encore centrée sur sa personne. Cela se voit un peu trop…

Pour consulter la source, cliquer ici.

Youssef Chahed fait une rentrée politique très scolaire

La communication par l’image est dépassée. Pourquoi y aller par quatre chemins. Nous sommes dans un contexte qui impose le pragmatisme et le pragmatisme veut que nous allions droit au but.

Il est vrai que les manuels de communication insistent sur l’effet de l’image, sur l’art de la travailler et du bénéfice susceptible d’en être dégagé. Il est vrai que, quand le topo est vierge, il est facile d’ancrer une identité nouvelle, presque exclusivement visuelle, une identité politique faite de superposition de « persona » dégagées dans l’artifice des images et des mises en scène.

Toutefois, pour pareille démarche, ne faut-il pas une cible réceptive? Cette cible, nous autres Tunisiens, avons cessé de l’être.

Alors, quand le Chef du gouvernement retrousse les manches, quand il s’exhibe debout dans une spontanéité artificielle dans son bureau en entrevue avec un de ses ministres, cela fait parler au lieu d’épater.

Quand Youssef Chahed est pris en photo en train d’attendre que son sandwich soit prêt par une photographe que le hasard a placée là, au bon moment. Cela fait parler au lieu d’épater.

C’est cela le but, dira-t-on: faire parler. Mais le Tunisien n’en est plus là. La Tunisie non plus.

Nous en avons vu déjà, ces hasards plaçant un photographe sur la rue où un Mehdi Jomâa a décidé de faire une marche à Paris au lieu de prendre une voiture; en plaçant un autre (mais de la même chaîne télévisée) au quartier populaire de Belleville, là où le même Chef de gouvernement de l’époque avait décidé de manger un fricassé.

La communication par l’image a été celle d’un Ben Ali que l’on voyait quasi exclusivement sans son, dans des reportages ne mettant l’accent que sur son image et ancrant un personnage qu’il s’est avéré ne pas être dès que la voix suppléait les fonds sonores au rythme conquérant.

Nombreuses sont les personnes qui ont critiqué le travail de l’équipe de communication de Youssef Chahed. Ces équipes n’ont, en revanche, fait que leur travail. Leur partie du travail. Car la communication ne peut tout faire et l’erreur est de ne compter que dessus. La communication est l’accessoire qui vient compléter un tableau. Ceux qui en ont fait un artifice de camouflage pour maquiller les lacunes y ont perdu et n’en ont rien gagné.

L’équipe de communication de Youssef Chahed a permis de faire parler de lui seulement à travers deux clichés (l’un assumé, l’autre publié ailleurs que sur leur réseau). Elle a réussi à générer de la visibilité et des réactions.

A Youssef Chahed et à ses conseillers politiques d’y superposer une autre image, autre que celle de l’image justement. A eux de mettre de l’action au portrait figé que seul un discours savamment prononcé, le jour du vote de confiance à l’ARP, anime.

En voyant de l’action, des décisions, des changements autour de lui, dans son quotidien, le Tunisien sera peut-être plus réceptif à ce que peut vouloir dire l’image de la tête de la primature marchant aux côtés de sa maîtresse retrouvée pour les besoins d’un cliché. En voyant qu’il y a de l’action, il appréciera peut-être la simplicité sur photo d’un Chef de gouvernement déjeunant un sandwich chez Dawla, son gargotier préféré. En le voyant changer les choses, il comprendra que l’heure est aux manches retroussées.

Nos cols blancs de la politiques devront comprendre que l’heure n’est plus au calcul de pourcentages, ni à la mesure de leur capital sympathie. Nous sommes en temps de crise, ces temps pendant lesquels on est prêt à être détesté quand on est Chef parce que des décisions douloureuses doivent être prises.

La rentrée politique a des allures très scolaires. L’on attendait pourtant plus qu’un bizutage sur les réseaux sociaux pour le jeune Chef de gouvernement choisi pour ce contexte difficile.

Le but de Béji Caïd Essebsi en proposant un gouvernement d’Union nationale ne pouvait pas être de nous faire aimer Youssef Chahed. La raison qui a poussé Essid, son prédécesseur, vers la sortie ne pouvait pas être de nous faire savoir que celui-ci pouvait encore parler à ses concitoyens.

Son choix comme Chef de l’exécutif ne pouvait pas avoir comme visée de nous faire savoir qu’il pouvait encore manger un sandwich. Sa première réalisation ne peut pas être sa capacité de retrousser ses manches.

Le peuple veut de l’action. Peut-être qu’à ce moment-là il saura apprécier le « personnage ». Mais à chercher la popularité, on s’égare de l’objectif.

Pour consulter la source, cliquer ici.

Gouvernement Chahed: A-t-on vraiment choisi la sortie de crise?

Quoique réalisé dans un contexte temporel loin d’être propice aux polémiques (les mois d’été où l’attention générale est ailleurs), le changement au sein du gouvernement ne passe pas sans critiques.

Le paysage politique nouveau qui attend la Tunisie, à la rentrée, est généré par une crise économique et des indicateurs au rouge, il n’en est, toutefois, pas moins responsable, actuellement, d’une crise politique parmi les partis au pouvoir. Il n’est pas non plus exempté d’une crise interne voire inter-partis, au vu de sa composition partisane à l’assemblage improbable.

Acte 1: Crise économique oblige!

Lorsque le 2 juin, Béji Caïd Essebsi avait émis l’idée de remplacer le gouvernement Essid par un gouvernement d’Union nationale, c’est l’argument économique qui avait été essentiellement mis en avant.

Le président de la République avait alors insisté, lors de rencontres officieuses qu’il a eues avec des journalistes tunisiens qu’il avait reproché à Habib Essid de s’être senti visé, d’avoir évoqué dans les médias l’idée d’une démission, alors que la proposition présidentielle ne concernait que la composition gouvernementale et non celui qui en est à la tête.

Depuis, Essid n’est plus que chef de gouvernement des affaires courantes. Youssef Chahed, un proche (politiquement) de BCE a été choisi pour former un nouveau gouvernement et, avant même le passage par la case ARP pour valider ou non son choix de composition, les tensions se font sentir.

A croire que nous nous dirigeons vers une autre crise; une crise autre, non pas économique, mais, cette fois, politique.

Acte 2: Crise politique au sein du pouvoir

Le gouvernement tel qu’annoncé par Youssef Chahed, samedi 20 août, est loin de faire l’unanimité et les raisons sont multiples. En relation avec le quota de chaque partie, avec les profils de certains ministres et secrétaires d’Etat, avec l’absence de concertations préalables à l’annonce, avec l’éviction de certains anciens ministres… Les insatisfaits sont nombreux et ils se font, depuis samedi, entendre. Youssef Chahed devra-t-il revoir sa copie? Rien n’est exclu.

Toutefois, engendré par une réaction à la crise économique que connait le pays, le changement qui s’amorce a créé une crise nouvelle. Elle concerne les quatre partis au pouvoir. Afek Tounes et l’UPL ayant annoncé ouvertement leur mécontentement quant au process mis en place dans le cadre du choix des ministres et Ennahdha ayant indiqué avoir des réserves quant à certains profils, mais avec le choix d’une démarche plus discrète pour le faire savoir.

Exit la stabilité parmi les partis au pouvoir. Le conflit est aujourd’hui public et le choix d’écarter indirectement deux partis ayant gagné leur emplacement politique par les urnes est certainement stratégique. Du nouveau dans l’air, frictions et effritement de la répartition des forces à l’ordre des jours à venir. Le pouvoir n’a plus quatre têtes. Il en aura deux et une pluralité de petits mains.

Acte 3: Et si la crise atteignait le prochain gouvernement?

Al Massar, le bloc démocrate, Al Joumhouri, l’UGTT et quelques indépendants ont pu être choisis pour quelques portefeuilles. Ces parties devront cohabiter au sein d’un même gouvernement avec d’autres avec qui les animosités sur fonds politiques et idéologiques sont connues de tous.

La difficulté de construire un gouvernement commun, d’assurer une unité dans le cadre d’un gouvernement dit « d’UNION nationale » est à envisager. L’efficacité pour laquelle tout ce changement aura été amorcé est, de ce fait, à craindre. A craindre aussi une crise au sein du pouvoir tel que conçu dans sa probable prochaine version.

Nous n’en serons que plus loin des visées du changement enclenché par Béji Caïd Essebsi. Des parties foncièrement différentes peuvent-elles faire corps et travailler pour un but commun?

Pourvu que cela se passe sans grands conflits internes.

Epilogue sibyllin

Tout ce qui aura changé au final après cet été politiquement tumultueux, ce sont les poids désormais rapetissés de certains partis ayant fait le poids aux dernières élections et de certains porte-voix de l’opposition politique tunisienne.

Les voix dissidentes auparavant aux partis au pouvoir en feront dorénavant partie. Les Mehdi Ben Gharbia, Samir Taïeb, Iyed Dahmani ou encore la centrale syndicale sont dans la composition présentée par Youssef Chahed. Une consécration personnelle pour ces figures politiques certes, mais une certaine perte du côté de l’opposition; encore une!

Ces hommes politiques pouvant jouer un rôle de contre-poids dans l’étape politique à venir manqueront à l’appel, un peu comme manquent les voix d’autres figures ayant rejoint la sphère du pouvoir après une vie de militantisme.

Que ces reconversions et changements puissent être utiles pour le pays, c’est tout ce que l’on peut espérer.

Les raisons économiques invoquées au début de ces changements sont au vu de la distribution des portefeuilles amenées à être encore d’actualité dans la période qui vient. L’aspect partisan l’ayant emporté sur les profils choisis pour leur compétence. Au vu du choix fait, l’on pourrait croire que ce gouvernement vise à se préserver des potentielles critiques et non à en attaquer les possibles raisons. En attendant, nous sommes donc encore loin des raisons ayant motivé ce changement de pré-rentrée.

« En politique, le choix est rarement entre le bien et le mal, mais entre le pire et le moindre mal« , avait écrit Nicolas Machiavel. En cela, nous sommes bien « en politique ».

Pour consulter la source, cliquer ici.