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Iamque non umbratis fallaciis res agebatur, sed qua palatium est extra muros, armatis omne circumdedit. ingressusque obscuro iam die, ablatis regiis indumentis Caesarem tunica texit

Emna Ben Jemaa, lauréate du prix du meilleur pilote au projet Intajat Jadida

Emna Ben Jemaa a obtenu le prix du meilleur pilote pour son émission digitale « on échange ». Son pilote a été jugée par le jury comme étant « une proposition éditoriale très complète, déclinée et adaptée aux usages des plateformes avec une bonne stratégie 360. »

Qualifié de « très impressionnant », ce contenu vidéo a été réalisé sous l’égide de l’agence française de développement médias, CFI, dans le cadre du projet Intajat jadida (Nouvelles productions) auquel ont pris part 12 candidats créateurs de contenus de la région Mena. Il consiste en plusieurs formats de vidéos pensés et réalisés par la gagnante. Ceux -ci sont réfléchis d’une manière spécifique et selon les normes exigées pour l’efficience de la visibilité sur : YouTube (format long), Instagram, Tiktok et Facebook (trois formats courts). Un choix salué par le jury, lors de l’annonce des résultats : « Les différents formats proposés permettent d’exploiter chaque contenu pour chaque plateforme. Visuellement de très grande qualité avec une image propre, une charte graphique pertinente et une bonne utilisation du format vertical ».

La lauréate du prix du meilleur pilote a bénéficié, dans le cadre de ce projet, de près de 10 mois d’accompagnement sous forme d’encadrement continu par Philippe Couve et Julien Le Bot, deux mentors et experts en médias, et d’une semaine d’incubation par mois.

Dans l’émission « On échange » diffusée sur les réseaux sociaux de son média féminin Binetna, Emna Ben Jemaa aborde la question de la charge mentale et le partage des tâches dans le couple. Elle lance le débat sur la parité dans le quotidien familial, à travers son choix des prismes masculin et féminin. Sans prise de position et de manière légère à travers des questions/ réponses, elle pousse à la réflexion à propos de l’égalité de genres et invite à l’équité dans le cadre des structures familiales.

Grâce à l’expérience acquise au moyen de ce programme d’incubation et de mentorat, Emna Ben Jemaa ambitionne de développer le volet éditorial de son média féminin par un contenu vidéo captivant.

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Santé mentale : Le désert médical et la mobilisation associative

En matière de soins psychologiques, la recommandation de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), est de 1 thérapeute par 5000 habitants. Dans les pays du continent africain, il y aurait, en revanche, en moyenne, 1 thérapeute pour 500 000 habitants. Face à ce manque, de nombreuses solutions ont été mises en place pour agir en faveur de la santé mentale dans le continent. Parmi les associations s’étant fixé comme objectif la déstigmatisation des troubles psychologiques, figure Bluemind Foundation. Cette structure est implantée dans plusieurs pays francophones du continent. Pour pallier au manque de spécialistes médicaux, l’association a créé un réseau de substitution : des coiffeuses formées à la santé mentale.

Un tabou

Des études réalisées dans différents pays du continent africain ont révélé que la santé mentale demeure un sujet tabou. Dans plusieurs milieux sociaux, les personnes atteintes de troubles psychologiques sont marginalisées, trainant le poids de leurs pathologies comme une honte ou un motif de réclusion. Elles sont stigmatisées, livrées à une solitude honteuse ne faisant qu’accentuer leurs troubles.

Il ressort de ces études, également, que les maladies mentales sont souvent considérées comme un mal surnaturel dont on ne peut se défaire qu’au moyen d’interventions d’ordre spirituel ou par le biais de la médecine traditionnelle.

En souffrance, de nombreuses personnes en proie au mal-être ne trouvent aucune écoute et optent, en l’absence de la compréhension de leur entourage, pour l’isolement et la solitude. Les femmes sont les plus concernées par ce genre de phénomènes. Les moins de 25 ans d’entre elles représentent 60% des sujets souffrants de troubles mentaux.

Médecins versus associations

Dans les pays africains, il y aurait un thérapeute pour 500 000 habitants. La recommandation de l’OMS en la matière, est de 1 thérapeute par 5000 habitants. Dans certains pays, 75% de personnes soufrant de troubles mentaux n’ont donc pas accès aux soins.

Ces chiffres changent d’un pays à l’autre, mais la constante est la même : la santé mentale est loin de bénéficier de la place qu’elle devrait avoir dans les budgets publics. Elle ne bénéficierait, en moyenne, que de 1% du portefeuille santé (lui-même plutôt bas dans de nombreux pays).

L’accès aux soins psychologiques n’en est que plus difficile en matière de logistique et de coût. Dans de nombreuses familles, au lieu d’être soignée, la femme est répudiée, chassée de chez elle, violée ou battue.

C’est pour remédier à ces différentes dérives que de nombreuses associations agissent dans plusieurs pays d’Afrique, pour assurer la sécurité de ces femmes et sensibiliser leur environnement au danger des pratiques auxquelles, à tort, on les expose.

D’autres structures associatives concentrent leurs efforts sur des profils de victimes tels que les rescapés de catastrophes naturelles, les personnes ayant été exposées à la guerre, les victimes d’abus sexuels ou celles atteintes de maladies comme le SIDA ou le cancer. Proies à des traumatismes non traitées, elles deviennent l’objet d’exclusions, de maltraitances et de stigmatisations minant leurs vies et leurs avenirs.

Au-delà du traitement de fond des pathologies psychiatriques, il s’agit, pour ces associations, d’apporter un premier secours psychologique. En l’absence du réseau médical approprié, certaines actions sont menées pour créer des réseaux de substitution comme des employés du secteur paramédical ou plus insolite : les salons de coiffure.

Les coiffeuses au service de la santé mentale

Bluemind Foundation est un projet qui est né d’une histoire personnelle où le tragique s’est transformé en moteur de changement.

Cette organisation non lucrative a été créée par Marie-Alix de Putter qui, suite à l’assassinat de son mari, a connu les affres de la dépression et de l’anxiété. Ayant pu mesurer, par le biais de cette épreuve, l’importance de la santé mentale et ayant su s’en sortir, elle a eu la volonté d’aider d’autres femmes à dépasser ce cap douloureux. Son idée a pris forme en 2021, avec le lancement des activités de l’association. Celles-ci s’articulent autour du bien-être mental dans un contexte marginalisant ce genre de débats.

L’objectif de Bluemind et de ses bénévoles est de déstigmatiser les troubles de la santé mentale et de rendre les soins accessibles. Par le biais de différentes études menées sur le terrain, il a pu être constaté que le réseau médical et paramédical est réparti inéquitablement, sur le continent, d’un pays à l’autre et d’une ville à l’autre. Il a été remarqué aussi qu’un autre réseau pouvait combler ce vide et qu’il jouait d’ores et déjà un rôle d’écoute sans y être dédiée et sans être formé pour ses prérequis.

C’est dans ce contexte qu’est né le projet Heal by hear, le premier réseau de « coiffeuses ambassadrices de la santé mentale ». Il s’agit d’un programme innovant qui forme les professionnelles de la beauté à l’écoute active et à certaines pratiques liées à la santé mentale à travers 6 modules et 2 ateliers pratiques. Au bout de leurs formations, des professionnelles de la beauté sont outillées pour reconnaître les manifestations des troubles mentaux et sont habilitées à orienter les clientes vers les praticiens adéquats.

Il ressort des études de terrain effectuées par l’association dans 7 pays (notamment, le Togo, le Cameroun, la Côte d’Ivoire…) que, sur l’échantillon de 714 femmes et 148 coiffeuses, 67.3% des femmes interrogées affirment se confier à leurs coiffeuses et que 91% des coiffeuses sont prêtes à se former aux premiers secours en santé mentale. Selon les études de Bluemind, 10 coiffeuses seraient, par ailleurs, capables d’assurer la sensibilisation de 3600 femmes par an.

Se confiant facilement à leurs coiffeuses à propos de leurs événements traumatiques ou de leurs expériences personnelles, les clientes trouvent, à travers cette action, plus qu’une écoute passive ou du réconfort.

L’association a également développé d’autres projets comme un programme de bourses d’études d’une durée de quatre ans au profit des étudiants en psychiatrie et un think tank visant à assurer l’information sur la santé mentale par et pour les jeunes.

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Zakia Bouassida, Entrepreneuse francophone : Ecoutez vos livres !

Elle fait partie des 10 entrepreneurs francophones sélectionnés par l’Organisation Internationale de la Francophonie pour représenter l’entreprenariat culturel à l’édition 2023 de la Viva Tech (zone Africatech). Zakia Bouassida a lancé, en 2021, son projet Livox, spécialisé dans la production et la distribution de Livres audio. Elle lui a donné comme slogan : « Ecoutez vos livres ! »

Zakia Bouassida est diplômée de l’Ecole normale supérieure de Tunis en Etudes littéraires et de l’université Sorbonne nouvelle en Etudes cinématographiques et audiovisuelles. Elle s’est spécialisée dans la gestion des projets culturels et a collaboré avec de nombreuses organisations internationales.

En 2021, Elle a co-fondé le projet Livox et s’est fixé comme objectifs la production et la distribution des livres audio. Elle a lancé, également, la maison d’édition La Voix du livre et a commencé à développer des partenariats en vue de collaborations autour de l’exploitation d’ouvrages tunisiens, dans un premier temps.

Genèse d’un projet innovant

C’est en étant confrontée à la difficulté qu’avaient certains de ses apprenants, lors d’une activité associative, qu’est né le projet de la formatrice Zakia Bouassida : proposer une alternative face à la non-attractivité du livre pour certains jeunes.

Son idée était, dès lors, de faire découvrir la littérature via l’écoute et de donner voix aux livres pour les rendre accessibles à un public nouveau. Elle a donc tenté d’enregistrer, en audio, le livre produit dans le cadre d’un atelier d’écriture. Toutefois, le rejet de son initiative n’a pas freiné ses ambitions mais les a nourries davantage.

Elle a commencé à réaliser des recherches sur le livre audio et a vite pu constater que le secteur connaissait un essor dans le monde et que le lancer en Tunisie pouvait être un tremplin vers une expansion régionale et multilingue.

Cette réflexion l’a encouragée à aller de l’avant et à lancer son projet. Les débuts n’ont pas été faciles, compte tenu de la réticence de nombreuses maisons d’édition par rapport à la collaboration avec une startup agissant dans un secteur peu connu.

La voie des alternatives réussies

Confrontée à la difficulté d’édifier des partenariats structurants et indispensables, le plus simple a été de commencer par des livres libres de droits comme les nouvelles de l’auteur tunisien Ali Douagi. L’équipe s’est lancée ensuite dans un projet innovant : enregistrer une version traduite en dialecte tunisien du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry.

Le challenge a été, par le suite, d’enregistrer les ouvrages sélectionnés, dans de bonnes conditions et dans le respect d’une chaîne de production et de compétences pour avoir le résultat souhaité. Les fondateurs de Livox ont connu la difficulté de disposer de conditions optimales pour créer un contenu de qualité et ont décidé, de ce fait, de créer leur propre studio d’enregistrement.

Une fois l’étape production bien installée, d’autres défis se sont imposés : travailler à rendre les contenus audibles sur des plateformes internationales réputées et gagner ainsi, outre, la visibilité, la crédibilité propice aux lancements de partenariats.

Perspectives larges en vue

Avec l’apogée du numérique, l’arrivée du livre comme contenu audio est dans la logique de l’évolution des contenus digitaux (comme la musique ou les podcasts). Compte tenu de l’augmentation du prix du papier et des difficultés de distribution, les versions audios peuvent être l’avenir du secteur du livre dans certains pays. Elles peuvent aussi être le moyen de remédier à la rupture de lien entre certains jeunes et la lecture.

Zakia Bouassida et son équipe ont su saisir cette opportunité et implanter le projet de livres audio dans un territoire en attente d’innovations technologiques et dans un marché géographiquement et linguistiquement expansif. Ils ont remporté une partie du défi grâce à des partenariats de qualité et à l’appui, notamment, de l’Alliance française et de l’Organisation internationale de Francophonie. L’entreprise a ainsi pu être mise en avant lors de nombreux événements ayant permis à l’entrepreneuse de faire élargir les perspectives de cette entreprise innovatrice.

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Marianne Catzaras

Marianne Catzaras est une artiste polyvalente laissant s’exprimer à travers son expression poétique et picturale son appartenance et son enracinement.  Dans ses œuvres transparaissent en clair-obscur deux rivages : la Tunisie où elle est née et la Grèce où est née sa mère.

Ces terres différentes, voisines de culture, jumelles insulaires sont pour cette native de Djerba les deux ports d’attaches affectives. Elles fonctionnent comme des muses questionnant les origines jusqu’à en faire jaillir des rimes, remuant les souvenirs jusqu’à en produire de l’art visuel.

Les vers

Marianne Catzaras a obtenu le titre de chevalier des Arts et des Lettres en 2011. En plus d’enseigner la langue française à l’institut français de Tunisie, elle a fait de la langue française sa langue de création. Ses textes poétiques ont été traduits dans plusieurs langues ((grec, italien, arabe) et elle a, à son tour, assuré la traduction de plusieurs poèmes grecs contemporains.

Son dernier recueil s’intitule « J’ai fermé mes maisons » et est édité aux Editions Bruno Doucey. Y cohabitent ses deux pays, non pas nommément, mais à travers deux paradigmes référentiels guidant l’imagination du lecteur vers la Tunisie et vers la Grèce. A travers 30 poèmes miroirs de ses états d’âme, apparait la dualité qui l’habite et l’affect la liant aux personnes, à la nature, aux inconnus qui peuplent ses deux univers originels.

Dans ce recueil présenté comme étant « le livre de celles et ceux qui ont pris la route pour boussole », cohabitent les deux univers créatifs de Catzaras :  les mots et les images qui les illustrent.  Huit photos de la poète et artiste, au total, rythment, en noir et blanc, l’agencement du recueil et ancrent les idées abordées dans leur espace photographié certes, mais presqu’onirique.

Les photos

Marianne Catzaras puise son art dans son « empathie pour les déracinés de la terre ». Elle creuse la question des origines, transcendant les regards et traduisant les souffrances que l’on peut y lire. Dans ses clichés l’on peut voir le poids de l’ancrage à la terre, à la mer, aux racines… Ses modèles sont des moments de vie capturés dans la spontanéité des sentiments qui se dévoilent.

Dans le flou maîtrisé ou en clair-obscur, l’objectif de Marianne Catzaras immortalise l’éphémère et donne une dimension humaine large aux rencontres anecdotiques. Ses choix, comme elle l’explique, sont dictés par sa recherche d’images en corrélation avec les émotions que suscite l’écriture. Son intérêt se porte sur les minorités, sur l’intégration et l’exclusion de l’altérité.

Les œuvres de Marinne Catzaras ont été exposées en Tunisie, en France, en Italie, au Maroc, en Arabie Saoudite, en Allemagne, en Egypte, en Grèce, aux Etats-Unis… Son art imite l’universel au-delà des langues et offre au regard du public international des scènes chargées d’humanisme.

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Mariem Azizi, chercheure en langues aux talents multiples

Mariem Azizi est une universitaire tunisienne aux talents pluriels. Chroniqueuse radio, elle a exploré la richesse des langues au quotidien. Interprète, compositrice, instrumentiste et auteure, elle a fait partie des artistes sélectionnés par le Festival de la chanson tunisienne pour représenter la musique alternative. Portrait.

Elle est un talent polyvalent dont l’art gravite autour des mots. Docteure en Sciences du langage, Mariem Azizi est enseignante-chercheuse en langue, littérature et civilisation françaises. Maîtrisant à la fois le Français, l’Arabe, l’Anglais, l’Italien, l’Hébreu, le Latin et le Grec, Mariem a également assuré des missions de traduction avant de partager, autrement, son savoir-faire avec le public. En effet, la passionnée des langues présente quotidiennement des chroniques radiophoniques dans lesquelles elle étudie les étymologies des mots et en décortique les usages, d’une manière légère mais savamment étayée. Faisant réfléchir ses auditeurs sur la richesse des langues, Mariem révèle, à chaque épisode, les trésors que recèlent les dialectes, et met en évidence des synergies culturelles et linguistiques insoupçonnées.

Ses capacités d’analyse et son esprit critique, cette passionnée les met aussi au service d’un autre art : le cinéma. Journaliste culturelle, critique cinématographique, assistante de production, elle a pu, des années durant et tout au long de ses nombreuses missions en lien avec la production de films et de documentaires, gagner en expertise et s’imposer en toute légitimité.

Son approche des arts ne se limitant pas à la théorie de la critique et de l’analyse, Mariem Azizi est une musicienne accomplie. Luthiste reconnue, elle a occupé le haut de l’affiche et a été l’instrumentiste vedette de nombreux événements d’envergure internationale. Sa présence sur la scène musicale est le fruit d’un travail de recherche dans le fonds historique du rythme, entre origines andalouses et poésies aux consonances soufistes.

Epousant par la voix les rythmes qu’elle revisite, Mariem appose les mots sur des bases musicales qu’elle réinvente sur son luth, repense l’interculturalité et parcourt les patrimoines culturels communs. Elle a créé de nombreux spectacles musicaux : performances personnelles pensées comme des hommages aux métissages artistiques et aux richesses communes que sublime la créativité contemporaine. Elle a, notamment, redonné vie au Ladino, une langue judéo-espagnole en voie d’extinction qui a voyagé avec les Séfarades et a réexploré le genre musical commun que ces mouvements ont institué.

Son actualité récente s’annonce comme une récompense pour son univers créatif multiple. Sa chanson « Le cœur pur » a été sélectionnée par le Festival de la Chanson tunisienne, confirmant ainsi ses talents d’interprète, de compositrice et d’auteure. Même si elle n’a pas gagné de prix, sa présence sur une scène peu habituée à la musique alternative sonne comme une belle reconnaissance pour son art.

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Karim Kattan, Le Palais des deux collines : Quand le temps suspend son vol

PRÉSENTATION DE L’AUTEUR

QUI EST KARIM KATTAN ?

Karim Kattan est un écrivain palestinien né à Jérusalem. Docteur en Littérature comparée, il écrit en anglais et en français. Son premier recueil de nouvelles qui s’intitule Préliminaire pour un verger futur a été finaliste du Prix Boccace de la nouvelle en 2018. Son premier roman Le Palais des deux collines paru aux Editions Elyzad a remporté le Prix des Cinq continents en 2021. Les écrits de Kattan ont, par ailleurs, été présentés dans de nombreux événements artistiques dont la Biennale de Venise, et le Forum de la Berlinade (Berlin).

L’ŒUVRE EN RÉSUMÉ

Le héros de ce roman est Faysal, un Palestinien trentenaire vivant en Europe. Il revient dans sa terre natale Jabalayn (les deux collines) suite à un faire-part de décès qu’il reçoit. Un retour aux sources qui fait ressurgir les secrets du passé. Les faits se déroulent dans un palais de la haute bourgeoisie chrétienne de Palestine habité par les âmes des ancêtres de Faysal. Les réminiscences du passé sont également représentées par le discours qui se tient, souvent en décalage, entre le héros et sa grand-mère. Sont confrontées, dans le cadre de cette rencontre-découverte deux manières de penser et deux conceptions de l’histoire. Se retrouvent au centre de ce récit, trois générations de Palestiniens et plusieurs prismes oscillant entre précision réaliste et originalité fantastique.

L’EXTRAIT 1

« Ne te méprends pas sur ma situation. Ça va. Ça va bien. La solitude m’est douce. Le temps a épaissi, est devenu tactile et sonore, a pris la forme d’une grosse couette dans laquelle je m’enroule. Parfois, je peux même le goûter. Ça a un goût de fontaines, le temps. C’est vrai que je perds la notion des semaines et des mois. En contrepartie, les journées s’incarnent chacune dans leur singularité, deviennent des compagnonnes de route. En bas de la colline, le village est arrêté. Nous ne sommes pas bien reliés au reste du pays par les routes : c’est un long et cahoteux trajet en voiture, à travers les montagnes, pour parvenir à Jabalayn. Tous les jours, Nawal vient m’annoncer que les colons encerclent la ville au loin avec leurs jeeps. Des vautours prêts à descendre sur nous. Je m’assieds sur la terrasse, chaque jour, et je regarde ce pays en déflagration ; l’horizon est vaporeux, comme un songe dont je peine à m’extraire. J’ai du mal à garder les yeux ouverts. Il est bon de vivre dans cette demi-lumière. » Le Palais des deux collines, Karim Kattan, Les Editions Elyzad, Page 33

LE CADRE TEMPOREL :

Cet extrait du roman instaure un cadre temporel particulier, à la fois évasif et quasi tangible. Pour représenter la temporalité dans laquelle s’inscrivent les faits qu’il rapporte, le narrateur utilise des métaphores. À travers ces images, il donne au temps une dimension étrange mais réconfortante. Il le décrit à travers des adjectifs comme « tactile », « sonore » et des verbes comme « a épaissi ». Le bien-être qu’il constitue est assimilé à une « grosse couette » et son goût est comparé à celui de l’eau d’une fontaine. Le temps est décrit, ensuite, comme un compagnon de route, aux allures aussi multiples que les journées qui le composent. On sait que chacune d’elles est différente mais on apprend également qu’elles recèlent une forme de répétitivité telle une habitude réconfortante : « tous les jours », « chaque jour ».

LE CADRE SPATIAL :

De nombreux détails font référence au lieu décrit dans cette séquence. Il s’agit d’un village qui se trouve en bas d’une colline. En parlant de ce lieu, le narrateur utilise le pronom personne nous, en référence à la communauté qui l’habite et dont il se sent partie intégrante. Ces lieux sont isolés du reste du pays, faute d’infrastructure routière. Ce qui en fait un lieu suspendu, où tout s’est « arrêté » selon les propos du narrateur. Ce lieu se nomme Jabalayn, ce qui veut dire « les deux collines » en arabe littéraire. On y parvient via un chemin « à travers les montagnes », décrit comme « long et cahoteux ». La vue que le narrateur a sur ce lieu, à partir de  sa terrasse, ressemble à une vision onirique tant « l’horizon » qu’il en aperçoit est « vaporeux ». Cette indication sur le cadre spatial ne fait qu’accentuer la nature singulière de la perception du temps.

L’EXTRAIT 2

« J’ai atterri dans un pays d’Europe et je ne suis plus jamais rentré. Il n’y avait pas grand-chose à faire ici. Ils étaient morts. J’étais l’heureux et unique héritier de tous les biens de mes oncles et tantes. Des terrains partout en Palestine, que j’ai rapidement fait vendre. Pour le palais, j’ai embauché l’avocat d’un village du coin, qui s’occupait chaque année de m’appeler pour me dire que, c’est bon, Monsieur Faysal, personne ne squatte le palais, je vous souhaite une belle année. […] Mais qui serait assez fou pour venir squatter à Jabalayn, je te le demande.

Avec l’argent des terrains (mais qui sont ces gens assez cons pour acheter en Cisjordanie ? Les pauvres, j’ai presque l’impression de les avoir arnaqués : les forces armées ont tout pris depuis), j’ai vécu bien confortablement dans ton pays. […] Mais je suis allé trop loin, attends, je dois revenir. Où en étais-je ? Oui, mon arrivée ici. Quand je suis entré au village, il n’avait pas changé d’un iota, comme si le temps s’était suspendu. Le flux s’était arrêté, les fleuves immobilisés, les fleurs stupéfiée, l’air lui même figé en un instant éternel. Les pierres massives des maisons chatoyaient de blanc au soleil d’hiver. Les murs mêmes lézardés, étaient transis, piégés dans un printemps que je n’avais jamais connu, dans des saisons énigmatiques. Alors que nous longions le domaine de Joséphine, désormais un désert, j’ai demandé au taxi de s’arrêter. « Tu vas à la maison hantée là-haut ? » s’est enquis le chauffeur qui ressemblait vaguement à un Jihad édenté. Je lui ai répondu, oui, c’est la maison de ma famille. Surpris, il a murmuré « Dieu nous préserve » en se signant. J’ai tiré de ma sacoche le faire-part : m’étais-je trompé de date, de lieu ? Avais-je rêvé Rita ? Mais c’était bien écrit là, sous mes yeux, la veillée pour tante Rita ce dimanche. »

Le Palais des deux collines, Karim Kattan, Les Editions Elyzad, Pages 80 à 84.

LE CADRE SPATIAL :

De nombreux détails font référence au lieu décrit dans cette séquence. Il s’agit d’un village qui se trouve en bas d’une colline. En parlant de ce lieu, le narrateur utilise le pronom personne nous, en référence à la communauté qui l’habite et dont il se sent partie intégrante. Ces lieux sont isolés du reste du pays, faute d’infrastructure routière. Ce qui en fait un lieu suspendu, où tout s’est « arrêté » selon les propos du narrateur. Ce lieu se nomme Jabalayn, ce qui veut dire « les deux collines » en arabe littéraire. On y parvient via un chemin « à travers les montagnes », décrit comme « long et cahoteux ». La vue que le narrateur a sur ce lieu, à partir de sa terrasse, ressemble à une vision onirique tant « l’horizon » qu’il en aperçoit est « vaporeux ». Cette indication sur le cadre spatial ne fait qu’accentuer la nature singulière de la perception du temps.

LE NARRATEUR :

Dans cet extrait, nous sommes en présence d’un narrateur qui relate des faits passés. On y retrouve le pronom personnel « je » et l’on apprend à travers les échanges qui sont rapportés qu’il s’appelle Faysal. Celui-ci raconte un pan de sa vie à une personne dont l’identité n’est pas explicite, mais dont on connait l’origine européenne. À travers ce qui est raconté, l’on apprend que Faysal est Palestinien et qu’il est parti vivre en Europe. Il a laissé derrière lui un patrimoine familial et une histoire personnelle remplie de souvenirs. Sa vie loin de ses terres est une vie aisée, facilitée financièrement par l’argent qu’a rapporté son héritage. On constate toutefois, que malgré la mort de ses « oncles et tantes », la vente de ses terres et le voyage entrepris, la rupture avec son origine n’est pas définitive.

LE RÉCIT :

Le narrateur raconte son retour sur sa terre natale et aborde, dans ce cadre son départ par le passé. Des précisions sur les raisons de ce retour sont données à la fin de l’extrait. L’on apprend que celui-ci fait suite à un décès : celui de Rita, la tante du héros. En fait preuve un faire part que le narrateur a entre les mains et où est marquée la date de la veillée funéraire. C’est la raison pour laquelle Faysal revient sur des lieux décrits comme « hantés » qu’il aperçoit de loin et qui s’avèrent être sa propriété familiale. Ce lieu se situe dans un village que le narrateur retrouve avec émotion et étonnement. Dans ce cadre spatial, le temps semble s’être arrêté. Afin d’accentuer cet effet, le narrateur recourt à des vocables connotant l’immobilisme comme « suspendu », « arrêté », « immobilisés », « figé », « éternel ».

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CÉCILE OUMHANI : L’interculturalité au cœur du parcours littéraire

Cécile Oumhani est une auteure et poète française dont la créativité prend racine dans les affinités développées, lors d’étapes de sa vie, avec le Canada, la Belgique, l’Inde, l’Allemagne, l’Ecosse ou la Tunisie. Son univers créatif est chargé de multiculturalité et sa passion pour l’humain transcende ses trames romanesques et les habille d’universalité. Avec une production profuse et diversifiée (une trentaine de livres où sont inclus romans, recueils de poèmes, livres d’artiste en tirages limités), Cécile Oumhani surprend, à chaque ouvrage, son lecteur en créant des univers tellement différents les-uns des autres, mais ayant, en commun, la même grâce des mots et des images.

D’où est née votre passion pour l’écriture ?

J’ai grandi dans une famille multiculturelle, qui vivait sur plusieurs continents, à une époque où la correspondance était le seul moyen de communiquer avec les êtres chers, quand ils étaient au loin.

Lettres sous enveloppe et aérogrammes, leurs mots étaient toujours chargés d’émotion. Ils nous permettaient de combler l’absence, de partager des vies qui se déroulaient à des milliers de kilomètres les unes des autres. Ils faisaient écho avec les livres que je lisais dans les deux langues de mon enfance, l’anglais de ma mère et le français de mon père. J’eus bientôt l’envie d’écrire moi aussi sur ces feuillets qui avaient une si grande importance dans ma vie familiale. Je me suis aperçue en écrivant à mon tour que la page est un espace à part entière, où tenter d’explorer et de dire le monde.

Où trouvez-vous l’inspiration ?

L’écriture est indissociable de l’attention que je porte aux êtres et aux choses autour de moi, à ces mille choses ténues et fugaces d’où naîtront des univers, pour peu que je me mette à leur écoute.

La conviction que chaque instant peut être porteur de l’une de ces rencontres me rend la vie toujours passionnante. Ce monde en perpétuel mouvement où nous vivons est empreint de traces, de bruissements que nous frôlons sans nous en rendre compte.

Ils ouvrent des chemins d’écriture insoupçonnés où entrer en résonnance avec d’autres histoires que la nôtre. Un visage croisé dans un aéroport, comme dans Le café d’Yllka, les archives d’Ellis Island pour Tunisian Yankee, par exemple… En écrivant, je donne chair à ces bribes et je suis leur histoire jusqu’au bout de ce qui m’a interpellée, touchée ou intriguée.

Comment définiriez-vous votre identité créative ?

Avoir grandi entre plusieurs continents dans une famille éparpillée a entraîné des éloignements, des séparations. Mais j’ai ainsi développé la faculté de me déplacer d’un lieu à un autre, d’une langue à une autre, comme si c’était une évidence. J’ai toujours eu l’occasion de rencontrer, de côtoyer des gens qui vivaient dans différents pays. Et ils étaient souvent mes proches. Naturellement mon écriture s’inscrit en un carrefour où ils se croisent, avec leurs cultures, leurs histoires.

J’ai toujours éprouvé le besoin de comprendre les questionnements des uns et des autres, avec ce désir de dépasser ce qui sépare pour rejoindre l’humanité que nous avons tous en partage. C’est sans doute la raison pour laquelle mes romans se situent dans plusieurs pays avec des personnages quelquefois exilés, confrontés à des guerres, à des conflits.

Quel pan de l’histoire souhaiteriez-vous aborder dans vos romans ?

Il est vrai que je suis hantée par le passé, par les fragments dont mon propre récit familial s’est toujours préoccupé, parce que nous vivions dispersés à travers le monde. J’ai donc une relation de prédilection avec des périodes révolues, presque autant que cet ailleurs qui m’obsède. Cela ne signifie pas que j’ignore le présent ou que je ne m’intéresse pas à l’avenir. Je suis convaincue qu’écrivaines et écrivains, nous avons tous une responsabilité face au monde et que nous devons nous exprimer sur ce qui le déchire et ce qui le menace.

Parlez-nous de votre dernier projet.

La Ronde des nuages est un recueil de poèmes paru fin 2022 aux éditions La tête à l’envers. Il est né d’une résidence d’écriture à laquelle j’ai été invitée dans le massif de La Chartreuse. J’ai eu la grande émotion d’y apprendre que le peintre J.M.W Turner avait voyagé et travaillé dans cette région. Les paysages autour de moi me menaient vers un passé à ciel ouvert. Je ne cessais d’aller et venir entre les oeuvres numérisées par la Tate et ces chemins où il me semblait rejoindre le regard de Turner à plus de deux siècles de distance. Les poèmes sont nés de cette recherche de ce qu’avait vu le peintre, de ce tremblement à poser mes pas dans les siens si longtemps après, à sentir la temporalité propre à une nature qui nous dépasse, surtout dans des régions où les paysages ont peu changé. Dominique Sierra, mon éditrice, a immédiatement souhaité accompagner le livre de quelques-unes des œuvres qui m’ont tant impressionnée. Grâce à elle et au musée de la Tate, cinq œuvres de J.M.W Turner sont reproduites dans ce livre qui me tient particulièrement à cœur.

Et le prochain ?

Il s’agit d’un roman qui va être publié aux éditions elyzad début 2024. Deux femmes, l’une de France, l’autre d’Inde et d’Afghanistan, se rencontrent par hasard dans la cafétéria d’un hôtel au Moyen-Orient, où le voyage de chacune s’est momentanément interrompu.

Il y est question de perte, d’exil et aussi de ce besoin poignant de retrouver des traces pour comprendre. Le passé continue d’irriguer notre présent, à notre insu, d’où que nous venions et quel que soit l’univers auquel nous appartenons. Il nous tenaille à chaque pas que nous posons, sans doute parce que c’est en l’élucidant que l’on peut avancer.

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L’universel comme thème théâtral

Issam Ayari est actif sur la scène théâtrale tunisienne depuis plusieurs années. Les pièces Sa-piens et Homo deus (écrites et interprétées par lui-même) l’ont confirmé aux yeux du public, qui l’avait découvert en tant que comédien dans des projets collectifs. Banquier de profession, il choisit d’étudier le théâtre jusqu’à s’imposer dans le milieu. Avec un style décalé, un hu-mour qui fait réflé chir et une subtilité dans l’art de porter ses propres textes, Ayari réinvente la scène tunisienne et y appose l’empreinte de sa singularité.

Qu’est-ce qui vous a attiré vers le milieu théâtral ?

Que voudriez-vous y apporter ? Je suis diplômé en langue et civilisation anglaises et, par le biais de ma formation académique, le théâtre a constitué le socle de mes connaissances. Des années après avoir quitté la vie d’étudiant, je suis redevenu élève et j’ai pu découvrir autrement le quatrième art, grâce à une formation d’acteur, suivie au Teatro Studio. Dans cette école lancée en 2003 par Taoufik Jebali, une figure majeure du théâtre tunisien, j’ai fait mes premières expériences sur les planches et mesuré ainsi ce que la pratique du théâtre avait de différent par rapport à ce que j’en savais sur le plan théorique. Ma passion a pris alors une autre forme. Quinze années ont passé depuis mes premiers essais sur scène, et je suis habité par le même enthousiasme pour ce que j’ai appris, avec un objectif de plus : celui de pouvoir apporter, par ma modeste contribution, quelque chose de différent au théâtre tunisien.

Vos deux pièces majeures portent les titres d’œuvres de Yuval Noah Harari. Est-il votre source d’inspiration ?

Honnêtement, Yuval Harari n’est qu’un prétexte. J’ai connu ses livres quand son ouvrage Sapiens est devenu un best seller mondial en 2015. Je l’ai lu, et j’admire son incroyable maîtrise de l’art du storytelling. Plusieurs auteurs français, mille fois plus érudits que lui, ont écrit sur l’épopée de notre espèce Homo sapiens, mais ils n’ont jamais réussi à jouir de la gloire que Harari a connue. La raison en est que Harari a simplement été un meilleur storyteller… En dehors de cet aspect-là et sur le plan des idées, ce sont d’autres auteurs, cités précédemment ou encore le Tunisien Fethi Meskini, avec son dernier livre, La Liberté de croire au-delà de la secte, qui sont mes « vraies » sources d’inspiration.

Vous écrivez donc, en plus d’interpréter. Comment entretenez vous ce double don ?

Les deux volets sont complémentaires. Je n’ai ressenti aucun frein quand j’ai commencé à écrire des textes de théâtre. J’ai juste ajouté aux ateliers de théâtre des ateliers d’écriture pour avoir une certaine maîtrise de cette nouvelle compétence. J’ai participé à plusieurs ateliers d’écriture aux côtés de professionnels tunisiens et internationaux. J’ai aussi pris part à des master class proposées par El Teatro Studio durant toute ma période de formation. Mais, comme je l’ai déjà expliqué, j’estime que ce sont les livres que vous lisez qui font de vous un bon auteur ou un bon interprète… ou les deux.

Vous avez choisi, dans vos créations théâtrales, des thèmes d’ordre humain et universel. Avez-vous le projet de partager votre travail avec un public plus large en présentant vos pièces dans d’autres langues ?

En 2018, j’ai fait l’expérience de présenter ma pièce Sapiens (écrite et jouée initialement en dialecte tunisien) en langue anglaise, et cela a été apprécié par le public anglophone. J’ai entrepris ce projet, motivé par l’envie de partager mon travail plus largement.

Les recherches, notamment sur les spécificités culturelles, m’ont permis de transformer la pièce et de remplacer un contexte tuniso-tunisien par un référentiel américain. Cela a constitué un travail fastidieux et m’a demandé plus de temps que celui qu’a nécessité l’écriture du texte original en arabe. En matière de théâtre, traduire ne suffit pas. Il y a un travail colossal à faire quand il s’agit, spécifiquement, de comédies, car il n’est pas facile de faire rire des spectateurs d’une culture autre que la nôtre. Je projette de traduire Homo deus pour faire découvrir la pièce à une échelle internationale. Cela prendra beaucoup de temps, mais le public vaut l’effort.

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Monique Proulx, lauréate du Prix des Cinq continents : J’essaie d’écrire des livres réussis

Enlève la nuit de la romancière canadienne Monique Proulx publié aux Editions du Boréal a remporté le Prix des Cinq continents 2022 créé et porté par l’Organisation Internationale de la Francophonie. Il fait partie des dix livres en lice pour cette 21ème édition et qui ont été sélectionnés parmi 188 candidatures.

Ce roman a été plébiscité par un jury présidé par l’écrivaine franco-égyptienne Paula Jacques et composé de quinze auteurs issus de différents pays francophones.

Enlève la nuit qui a été salué pour la singularité de sa langue et l’originalité de son sujet est le sixième roman de Monique Proulx. A travers son personnage juif hassidique qui se rebelle contre les règles de sa communauté, elle y relate la liberté conquise au fil des affrontements et acquise au prix de la solitude. Interview

  1. Votre livre Enlève la nuit s’est distingué par rapport aux neuf autres romans sélectionnés. Comment cette victoire a-t-elle été accueillie (par vous, par votre entourage, au Canada) ?

Surprise et joie.

Bien sûr, lorsqu’on peaufine ses romans pendant cinq ans et qu’on tente d’y mettre le meilleur de soi-même, il y a cette certitude du travail accompli. Mais atteindre d’autres francophones, à l’extérieur de la bulle québécoise, faire vibrer des sensibilités qui ne connaissent pas notre paysage social et nos particularités langagières procure une grande émotion. Il y a donc une universalité dans l’écriture et dans la création, il n’y a donc pas de frontières géographiques quand on touche à l’essence, c’est ce qu’il faut se rappeler sans cesse quand on écrit dans un petit pays comme le Québec.

Je suis convaincue que les neuf autres auteurs sélectionnés avaient, tous, le potentiel pour remporter ce prix, je les remercie d’apporter à la grande architecture francophone leur voix et leur talent singuliers.

J’ai senti, dans les médias québécois et autour de moi, cette même fierté, ce même ravissement, que l’une d’entre nous se retrouve couronnée du Prix des Cinq continents de la Francophonie. Nous travaillons si fort, au Québec, pour que notre langue survive et fleurisse au sein de la mer anglophone de l’Amérique du Nord.

  1. Enlève la nuit retrace le parcours d’un juif hassidique qui rompt avec sa communauté, ne s’épanouissant pas dans son rigorisme et son autarcie. Pourquoi avoir choisi ce thème ?

Ce sont sans doute les personnages qui choisissent les écrivains, et non l’inverse. Markus avait déjà fait une courte apparition dans mon roman précédent (Ce qu’il reste de moi) et c’est comme s’il ne m’avait pas laissé le choix, comme s’il m’avait dit: Ne m’abandonne pas comme ça sur le trottoir d’une ville hostile, raconte mon histoire!

Je crois vraiment qu’il n’y a pas plus grande quête humaine que celle de découvrir qui on est, sous le fatras des conditionnements accumulés. J’avais la chance, avec Markus, de m’abandonner à cette quête, de suivre un personnage complètement neuf, enfui d’une communauté très fermée, qui débarque dans le Frais Monde (comme il l’appelle) comme un nouveau-né de 20 ans, plus étranger et perdu qu’un immigrant qui, lui, connaît au moins les clés de la modernité.

Il faut dire que j’habite depuis trente ans dans le quartier hassidique orthodoxe de Montréal, que je suis depuis toujours fascinée par leur retrait du monde et leur refus du modernisme, et par la résilience de ceux d’entre eux qui ont osé s’enfuir de ce milieu très étanche.

Markus est donc en mode survie et apprentissage total. Quand on n’a rien, qu’on ne sait rien, il ne nous reste qu’à puiser dans nos forces vives, qu’à retourner sans cesse à ce noyau dur en nous, le meilleur guide qu’on puisse trouver. Et puis, quand on ne sait rien, comme Markus, qu’on n’a aucune idée préconçue, on devient un observateur impeccable de la société dite libre, on perçoit le côté toxique ou intègre des êtres malgré les apparences. Il y a une grande puissance, dans cette virginité-là, et bien sûr, une immense solitude. Et une forme de résistance héroïque: s’adapter, oui, rompre sa solitude, oui, mais pas à n’importe quel prix. Pas au prix de perdre ce qu’il y a de meilleur en nous.

  1. Vous en êtes à votre neuvième prix littéraire. Qu’est-ce qui fait le succès de vos livres ?

Le succès. Les prix.

Tout est relatif, en ce domaine, et tout est aléatoire. Il y a d’excellents livres qui ne sont pas couronnés. D’autres qui ne rencontrent jamais l’assentiment public. J’accepte tout ce qui m’arrive de bon, et je ne déplore pas ce qui me manque. Je dis souvent, en manière de blague: Sommes-nous des chiens, pour avoir besoin de récompenses?…

Les lecteurs qui m’aiment et me suivent sont sensibles, je crois, au fait que si mes livres racontent des histoires et fouillent la moelle des personnages, ils sont surtout affaire de beauté et de musique.

Je crois que la beauté peut sauver le monde et réenchanter le lecteur, que tout concorde à désespérer.

Je crois que les écrivains doivent donner de la nourriture à l’âme et au cœur, mots tabous dans notre contemporanéité cynique.

  1. Quel rapport entretenez-vous avec la langue française ? 

Ah, la langue française.

La langue tout court, comme dit Markus, qui est un néophyte en français, mais qui, à force de jouer avec les mots et de les triturer, deviendra un écrivain –un écrivant – sous nos yeux.

Je dois dire que la langue est le personnage principal de mes romans. La langue est la glaise avec laquelle je tente de sculpter de la beauté, de transmettre de la beauté. Les romans tels que je les conçois s’arc-boutent d’abord sur l’écriture, même s’ils racontent une histoire. Je ne peux véritablement avancer dans un roman tant que je n’en ai pas trouvé la forme, la musique qui en sous-tendra l’univers particulier.

Chaque roman commande sa propre musique, même si un écrivain ne dispose pas de milliers de couleurs dans sa palette. Quelques variations suffisent, un rouge plus assumé ici, un noir léger là, de l’humour, de la poésie, de la réalité magique… Tout est possible.

J’ai un rapport à la fois jouissif et douloureux avec cette langue qui est mienne, parce que j’aime en exalter les virtuosités, et qu’elle ne se laisse pas toujours faire. J’aime brasser les mots, leur faire rendre leur jus et leur sonorité, m’éloigner de la facilité avec laquelle on a tendance à les disposer sagement et utilitairement. Le français est un instrument de musique fabuleux, et toute une vie de pratique ne parviendra pas à en épuiser les nuances, alors pourquoi être si paresseux?…

En ce sens, le personnage de Markus, nouveau-né en français aussi bien qu’en toutes choses, était pour moi un véritable cadeau. Puisqu’il est le narrateur du roman, j’ai pu m’épivarder* (ndlr : le verbe épivarder est principalement utilisé au Québec. Il signifie s’amuser) avec lui, inventer des mots, les travestir, écrire avec une inventivité jubilatoire. On s’est bien amusés, tous les deux.

  1. Quel regard portez-vous sur le paysage littéraire francophone ?

En toute honnêteté, je peux parler surtout du paysage littéraire québécois, que je connais bien plus que les autres. Comme les sociétés se répondent et se complètent, j’imagine qu’il se passe peut-être le même phénomène dans les autres francophonies:

il y a, en ce moment, une explosion incroyable de talents et de voix nouvelles.

Pas une saison ne se passe sans que deux ou trois livres choc n’atterrissent dans le paysage littéraire -et encore ce sont seulement ceux que les médias ou les réseaux ont retenus.

On assiste à une sorte de renaissance du roman, peut-être à ce qu’on appellera plus tard un âge d’or. Bien sûr, plusieurs de ces œuvres sont de l’autofiction, une forme de plus en plus goûtée, et de plus en plus pratiquée, avec entre autres les expériences migrantes ou LGBTQuiennes qui nous emmènent en terre inconnue. Mais beaucoup d’auteurs nouveaux explorent la fiction et l’imaginaire, marqués comme ils le sont par les problématiques complexes dans lesquelles notre monde se débat.

Dans ces voix nouvelles, il y a beaucoup de désespoir transcendé -c’est ce que l’art et l’écriture savent mieux faire, au fond.

Même si les prophètes du virtuel ont déclaré obsolètes le livre et le roman, les livres se multiplient. Même si l’avenir de l’univers est terriblement inquiétant, et parce qu’il est terriblement inquiétant justement, des voix nombreuses se lèvent pour proclamer la force de la vie.

Je trouve ça beau et réjouissant.

  1. A travers vos créations, que voudriez-vous ajouter à ce paysage littéraire francophone ?

Je ne veux surtout pas ajouter à l’anecdotisme et au divertissement. Il me semble que nos sociétés ne font que ça, se divertir, comme si c’était la forme la plus efficace de traverser l’existence. À force de se divertir, c’est-à-dire de fuir, on forge des êtres immatures qui ne cherchent de réponse qu’à l’extérieur d’eux-mêmes et qui ont perdu toute confiance dans leurs ressources intérieures.

Je crois que les écrivains qui y consentent ont la mission de renverser la vapeur, de ramener l’attention du lecteur dans ce vaste espace de liberté qui gît en lui, comme un trésor inconnu.

Je crois vraiment que les livres peuvent rendre meilleurs.

Un livre réussi chamboule, transporte, galvanise celui qui le lit, lui transmet une flamme qui le fera créer à son tour.

« Un livre réussi est celui qui assassine le lecteur avant de le ressusciter », a dit Christian Bobin, dont la voix lumineuse me manque déjà.

J’essaie d’écrire des livres réussis.

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Une exposition hommage à la pensée senghorienne

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Quai Branly
Une exposition hommage à la pensée senghorienne

L’exposition « Senghor et les arts. Réinventer l’universel » met à l’honneur le chantre de la « négritude » et de la valorisation des cultures d’Afrique.

Cet événement se déroule au musée du Quai-Branly – Jacques-Chirac et rassemble différents documents liés à la vie et aux réalisations de l’ancien président du Sénégal. Textes, interviews, essais, photographies et reproductions d’œuvres d’art retracent le parcours de l’homme d’État et mettent en lumière sa pensée fédératrice.

Hommage à l’allure de « manuel de la pensée senghorienne », l’exposition illustre la volonté d’échange et de métissage culturel que prônait l’intellectuel sénégalais.

Né en 1909 et décédé en 2001, Léopold Sédar Senghor a été présidé aux destinées du Sénégal de 1960 à 1980. Il a occupé différentes fonctions importantes dans son pays et à l’étranger dans le cadre de sa carrière politique et diplomatique. Écrivain et poète, il a été l’un des chefs de file de la « négriture », courant d’idées politiques et littéraires qu’il définissait comme « l’ensemble des valeurs culturelles de l’Afrique noire ». Grâce à ses actions en faveur de la diplomatie culturelle, Senghor a œuvré à la mise en place, à l’échelle internationale, d’un intellect africain capable d’écrire son histoire. Par ses écrits, il a esquissé les idées fondatrices d’une poésie de la négritude et inspiré la littérature francophone, que son style et ses valeurs continuent d’habiter.

Par souci de réalisme, l’exposition aborde également les critiques que la vie et l’œuvre du grand homme ont pu susciter, même si de nombreux intellectuels d’Afrique le prennent encore pour exemple.

[Encadré]

Entre les mains de bonnes fées

L’exposition « Senghor et les arts. Réinventer l’universel » a bénéficié du soutien du mécène et homme d’affaires français Marc Ladreit de Lacharrière. Trois noms de la scène culturelle en ont été les commissaires : Mamadou Diouf, historien, directeur de l’Institut d’études africaines à l’université Columbia, aux États-Unis ; Sarah Lignier, responsable des collections mondialisation historique et contemporaine au musée du Quai-Branly – Jacques Chirac ; et Sarah Frioux-Salgas, responsable des archives et de la documentation des collections à la médiathèque du musée du Quai-Branly – Jacques Chirac.

S’y rendre…

Musée du Quai-Branly – Jacques-Chirac, galerie Marc-Ladreit-de-Lacharrière.
Du mardi 7 février 2023 au dimanche 19 novembre 2023.
De 10 h 30 à 19 heures, nocturne le jeudi jusqu’à 22 heures.

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Obatanga, une série télévisée qui enchaîne les succès

Télévision- Obatanga : Le savoir-faire panafricain enchaîne les succès

La série ivoirienne Obatanga a remporté le Prix de la meilleure fiction francophone étrangère au Festival de Luchon qui s’est tenu du 31 janvier au 5 février.

Cette coproduction de Canal Plus International et de la société de production, Plan A, était la seule création africaine primée lors de cette 25ème édition de l’événement récompensant les meilleurs films, séries documentaires et formats courts francophones.

Il s’agit d’un thriller réalisé par l’ivoirien Alex Ogou qui s’est illustré par des séries à succès comme Invisibles ou Cacao et qui enchaîne les projets, depuis la création de sa société de production Plan A en 2020. Obatanga a été réalisée d’après un scénario du Camerounais Henri Melingui, un passionné de cinéma qui en est à ses premières expériences dans le secteur audiovisuel.

Ce projet est, également, le résultat du travail d’une équipe technique de soixante personnes et d’une cinquantaine d’acteurs venant d’une dizaine de pays.

Les six épisodes de cette première partie sont, en effet, portés par un casting majoritairement africain parmi lequel on retrouve deux monuments des cinémas : l’Ivoirien Sidiki Bakaba et le Béninois Tola Koukoui qui interprètent les rôles d’hommes de pouvoir. A l’affiche aussi un talent montant du cinéma ivoirien, Arthur Longville, et l’acteur togolais et ghanéen, Roger Sallah, sacré meilleur acteur Ouest africain et médaillé d’Or aux Sotigui Awards (festival organisé au Burkina Faso et récompensant les talents du cinéma africain).

A noter que la série fait partie de la sélection officielle de la 28ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagad

DÉCHÉANCES, UN EXEMPLE DES SUCCÈS AUDIOVISUELS EN AFRIQUE

Déchéances est une série télévisée sénégalaise que le public a découvert sur Sunu yeuf, une chaîne diffusant ses programmes (composés de séries et de pièces de théâtre sénégalaises) sur Canal Plus.

Exposant des sujets sensibles en lien notamment avec des problématiques sociétales contemporaines, cette production sénégalaise fait suite à de nombreux succès produits par la même maison : Marodi TV.

Tout au long de ses cinquante épisodes de 26 minutes chacun, Déchéances suit le parcours de personnages féminins en proie aux tentations. Les intrigues sont construites autour de la vie estudiantine à Dakar et dépeignent des phénomènes sociaux et des tragédies humaines entre espoirs et désillusions.

Cette série a été écrite par cinq scénaristes et réalisée par Baye Moussa Seck. A son affiche, des talents féminins confirmés et émergents qui incarnent le nouveau visage de la scène audiovisuelle de leur pays.

Attirant un grand nombre de téléspectateurs, les séries réalisées en langues locales permettent de mettre en avant les talents d’acteurs et les capacités techniques au sein du continent. Elles sont l’occasion de dynamiser le secteur audiovisuel dans différents pays africains. Traduites ensuite en langue française, ces productions voyagent et exportent le succès africain par le petit écran.

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Contes africains, le patrimoine oral

NIVEAU : B2/C1

OBJECTIFS :

  • DÉCOUVRIR UN GENRE LITTÉRAIRE : LE CONTE
  • REPÉRER LES CARACTÉRISTIQUES DU CONTE
  • IDENTIFIER LES VISÉES DU CONTE.

PRÉSENTATION DE L’OUVRAGE

Contes africains est un ouvrage réalisé à partir du travail de recherche et de collecte réalisé par les bibliothécaires de l’association « Des livres pour tous ». Ce collectif initié par l’auteure Marguerite Abouet a également procédé à la création d’un fonds sonore de contes, en collaboration avec l’association « Making waves ». On retrouve, dans ce livre, vingt contes provenant de différents pays de l’ouest africain. Les thématiques évoquées sont en lien avec des valeurs importantes et les récits se concluent par des morales.

POURQUOI LE CONTE ?

Le conte est un genre littéraire qui repose beaucoup sur l’oralité. Dans certaines cultures, notamment celles africaines, il a une place importante dans la littérature et occupe un rôle central dans les traditions.

Chaque communauté a son propre fonds culturel d’histoires et de références. Dans certaines cultures, la connaissance de contes permet de briller, de gagner en sagesse, d’être respecté dans le groupe. L’ensemble de ces récits constitue le patrimoine historique souvent transmis d’une génération à l’autre par le biais de l’oralité.

Ces contes sont un moyen d’aborder des thématiques en lien avec la nature humaine et d’évoquer des sujets comme : le courage, la justice, la jalousie, la solidarité…

Souvent imagés, les contes font appel à l’humain, à l’animal et même au végétal pour illustrer les propos. Ils s’appuient sur l’allégorie et l’humour pour représenter les idées et aboutir à des leçons.

LES CARACTÉRISTIQUES DU CONTE

Le conte est un court récit de faits anecdotiques. Il puise dans l’imaginaire, le merveilleux et le surnaturel, des actions susceptibles de s’agencer dans le cadre d’une intrigue à dimension émotionnelle et aboutissant à une leçon édifiante et instructrice.

Le conte, en tant que genre littéraire, se base sur quatre éléments majeurs :

  • L’univers imaginaire : Il s’agit d’allusions relevant du merveilleux et en inadéquation avec la réalité (exemple : un tambour qui permet de défier la famine, quand on tape dessus). Le conte recourt ainsi à un référentiel propice au rêve et à l’évasion. Cette caractéristique permet de concrétiser la fonction divertissante du conte.
  • Les personnages : On retrouve dans le conte des personnages disposant de capacités surhumaines et qui accompagnent le parcours de personnages plus ordinaires (exemple : Un chien et une tortue qui échangent avec une femme âgée). Ce choix permet d’ancrer le récit dans sa dimension imaginaire.
  • Un flou au niveau des indicateurs spatiotemporels : Dans la trame narrative du conte, il y a très peu de place au réalisme, d’où le choix de relater les faits sans indications précises aux lieux et aux temps dans lesquels se déroule le conte (Exemple : Un village). Cela permet de faciliter l’identification du lecteur et de donner aux propos une dimension universelle.
  • Un conte, une leçon : Les contes évoquent souvent des caractères ou des valeurs. Ils ont une visée didactique, atteinte par le biais de l’allégorie. Chaque conte recèle un but moral lui donnant une valeur humaine intemporelle.

EXTRAIT DE CONTES AFRICAINS :

La Jalousie de la tortue (Un conte du Nigeria), Pages 71 et 72

Dans un village, vivaient Ijapa la tortue et Adjà le chien. Ces deux amis étaient les seuls animaux qui cohabitaient avec les hommes, les femmes et les enfants.

Un jour, alors qu’ils se baladaient, ils croisèrent Yawa, la femme la plus âgée du village. Elle portait sur son dos un fagot de bois très lourd et avait du mal à marcher. Adjà le chien la salua :

— Bonjour, grand-mère !

— Bonjour, mon enfant !

Pris de pitié, Adjà le chien proposa à son amie Ijapa la tortue d’aider la vieille dame à porter son fagot jusqu’à chez elle. Ijapa lui répondit :

— Tu m’as bien regardée. Tu m’imagines, moi Ijapa, jolie comme je suis, en train de porter sur mon dos un gros fagot pour raccompagner une vieille femme aussi lente. Non, je ne peux pas perdre mon temps ! Je suis désolée.

Puis, elle donna dos au chien.

Choqué par la réaction de son amie, le chien répliqua :

— Ijapa, tu t’entends parler ? Tu sais très bien que la tradition nous demande d’être respectueux envers les personnes âgées.

[…]

C’est ainsi qu’Adjà le chien aida seul la vieille femme à porter son fagot.

La vieille dame fut touchée du comportement du chien :

— Merci beaucoup, mon enfant. […]

Elle fit entrer Adjà le chien chez elle

— Voici trois tambours. Choisis celui qui te plaît le plus et apporte-le-moi.

Adjà le chien s’exécuta. Il opta pour le petit tambour qu’il remit à Yawa.

Elle aima le fait qu’il ait choisi le plus petit tambour, puis l’encouragea à rester humble toute sa vie. Elle ajouta :

— À chaque fois, je dis bien à chaque fois que tu auras faim, bats simplement le tambour. Ce sera comme un signe que tu m’enverras automatiquement, la nourriture apparaîtra.

Adjà le chien s’inclina, la remercia plusieurs fois, et rentra paisiblement chez lui.

Un jour arriva, où la nourriture vint à manquer. Alors que les provisions des villageois s’étaient épuisées, Adjà le chien, lui, ne manquait de rien. Il suivait scrupuleusement les indications de la vielle Yawa et mangeait chaque jour à sa faim…

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