Archives pour la catégorie Société

Observer certaines gens et spécialement celles qui répondent à la sincérité par son contraire

A bien observer certaines gens et spécialement celles qui répondent à la sincérité par son contraire : l’Autre ne vous perçoit pas comme vous êtes mais selon ses propres complexes.

Le conflit entre ce qu’on est et ce qu’on aurait aimé être parasite la simplicité des relations humaines et révèle le « mauvais côté » qu’on dissimule… mais qu’on ne fait que maquiller.

Notre inconscience en chiffres

En guise d’intitulé pour le ministère chargé de l’enseignement nous avons opté pour un ministère de l’Education, un choix fait en ces temps où l’école assurait, outre l’aspect pédagogique de sa mission, un volet de nature différente, inhérente à la formation académique et transversale à la fois : l’éducation ! Ce temps est révolu et compte tenu du temps perdu en grèves et autres négociations, les enseignants peinent déjà à finir leurs programmes, ce pour quoi ils sont payés. Quant au volet éducation il se résume à un constat désolant fait par les enseignants eux-mêmes et répertoriant les comportements excessivement « décalés » de leurs élèves.

Après l’accord trouvé entre le ministère de l’Education et le syndicat propre à ce secteur, la centrale syndicale, à travers son porte-parole, avait déploré l’impact de pareilles tergiversations sur la relation élève/ professeur. Le syndrome grève étant passé à l’enseignement de base et à celui supérieur, la relation élève/ instituteur et étudiant/ enseignant s’en trouvera éventuellement mise à mal également.

Voir celui qui devrait être l’exemple à suivre et à vénérer marchander pour quelques avantages en prime, ne ferait que casser davantage l’aura faisant que tout précepteur soit respecté de ses disciples. Le droit à la grève est certes constitutionnalisé mais quand ce droit devient quasi obsessionnel et cesse de prendre en considération la conjoncture nationale, ce droit devient un vecteur de nuisance nationale, pour le pays, pour son économie, pour son image… Il en devient un bras de fer entre syndicat et pouvoir, un véritable bizutage pour des ministres qui viennent de prendre place à la tête de deux ministères importants car formant les générations de Tunisiens à venir.

L’agressivité des élèves envers les enseignants devient depuis quelques temps si ce n’est quelques générations, un fait divers récurrent. L’insolence est le lot quotidien d’enseignants qui en deviennent harcelés, voire violents. A chaque enseignant sa manière de réagir face à la mise à mal du respect que l’élève est censé lui devoir. Cela fait de véritables déprimés comme de véritables sadiques ; en attestent les châtiments corporels excessifs donnant des fois naissance à des handicaps à vie chez les élèves.

En somme, l’élève tunisien va mal. L’étudiant qu’il devient en grandissant, des fois sans mûrir, ne va pas mieux. Les cas de suicides parmi la population scolaire augmentent. On dira qu’ils sont plus visibles et moins tabous. L’effet boule de neige est quant à lui bien assuré par une gestion improvisée de faits divers qui deviennent phénomènes. 18 cas de suicide parmi les élèves en 2014 et probablement autant si ce n’est plus en 2015. Les chiffres sont alarmants car ce qui était un acte isolé devient un acte collectif comme l’a été une tentative de suicide à la mort-aux-rats dans un établissement de la région de Bizerte. Encore une occurrence pour se demander si nos sociologues et nos psychologues sont en train de se pencher sur le sujet pour ne pas gérer que dans l’imminence des phénomènes qui sont en train de s’installer dans la durée.

L’ancien ministre de l’Education nationale avait déclaré concernant les suicides parmi les élèves que ce n’est pas uniquement du ressort des établissements scolaires de trouver des solutions mais aussi à la société civile d’y contribuer. Peu de temps après, l’UNFPT avait dénoncé lors d’une table ronde autour de ce phénomène que la rupture entre ledit ministère et elle est consommée. Elle a déploré l’absence d’aide socio-psychologique aux enfants suite à la suspension de l’accord liant l’union au ministère de l’Education. La balle aussitôt lancée est renvoyée !

C’est pourtant au sein de l’école et en la marge de liberté que celle-ci leur procure que des élèves s’initient aux vices les plus ravageurs. 4094 enfants ont été jugés pour délits d’agression contre les biens d’autrui et 3339 pour délits d’agression contre des personnes physiques, selon les statistiques du ministère de la Justice. Nos enfants sont à encadrer ! 50% des élèves tunisiens ont consommé au moins une fois de la drogue, selon d’autres études. Nos élèves sont à encadrer !

Qu’en est-il du rôle de l’enseignant dans cette guerre contre la déliquescence qui frappe parmi les jeunes ? Il n’en est rien ! Nos enseignants, les premiers à subir ce travers de leur métier en perdent le goût de la passion. Les élèves sentant ce hiatus en perdent le goût de la passion. Plaisir d’apprendre et plaisir de faire apprendre deviennent dès lors un luxe, un luxe qu’on réclame, qu’on monnaye avec une contrepartie pouvant faire oublier, avec quelques dinars en plus, la pénibilité d’un métier qui se vide de plus en plus de son sens premier et celui annexe.

Les enseignants ont cependant un syndicat fort qui continue régulièrement à faire les démonstrations de force susceptibles de lui maintenir une place de privilège dans le paysage politique tunisien au point de narguer les Tunisiens eux-mêmes. « Allez boire l’eau de mer » avait argué un dirigeant syndical à l’adresse de ceux à qui l’accord avec le ministère de l’Education avait déplu. Il est vrai que ces parents dépités sont impuissants face à pareilles réflexions. Et tant qu’aucune force de contrepoids visant à défendre les élèves et leurs parents ne naîtra, c’est l’Etat qui se battra seul pour ses propres avantages et très accessoirement pour ceux des élèves qui en dépendent.

En attendant que les équilibres s’installent pour préserver les jeunes tunisiens, pour réfléchir d’une manière structurée à leur éducation, à leur épanouissement, aux bibliothèques qu’il faudrait créer, aux centres de loisirs, aux maisons de jeunes, aux terrains de football, dans les villages les plus reculés et dans les villes ; en attendant que soit abattue l’oisiveté générant tant de vices, que l’enseignant soit tellement imbibé de la passion de son métier et tellement moins imbibé de ses propres comptes de fin de mois difficiles, en attendant tout cela, l’Etat se suffira de dénombrer les analphabètes et les enseignants n’ayant pas de formations adéquates. 18.8% pour la première catégorie et 48% d’éducateurs pour jeunes enfants pour la deuxième catégorie, selon des chiffres rendus publics aujourd’hui même. Pas étonnant que le malaise des jeunes ait des allures aussi perfides, quand on sait qu’il prend naissance dès les premières années d’apprentissage. Inconscience quand tu nous tiens !

Adieu Gannoun…

Alors que le monde était Bardo, dimanche 29 mars 2015, disparaissait une grande figure de la scène culturelle. Ezzeddine Gannoun, celui que le théâtre passionne, est parti loin des feux des projecteurs pendant que les regards s’étaient posés ailleurs. En effet, la marche internationale interreligieuse et populaire de dimanche a accaparé toute l’attention. Et à côté de la politique, la culture passe évidemment inaperçue.

Il fut un temps où on accusait Ben Ali et son système d’avoir marginalisé la culture et créé la diversion susceptible de mener ailleurs l’intérêt du Tunisien, vers ce qui est sans intérêt justement. Ben Ali n’est plus là, mais notre désintérêt pour la chose culturelle demeure intact. Seule une minorité fait, dans ce contexte, l’exception, aux côtés des « cultivés » du dimanche et de ceux de Facebook, manifestant un intérêt d’occasion à la culture, au rythme du buzz et du m’as-tu vu.

Le sport national qui consume à lui seul l’intérêt populaire est incontestablement la politique avec ses nouvelles stars, ses répliques fétiches, ses slogans grandiloquents, ses figurants médiatiques et ses spectateurs béats tenus en haleine par des événements sans fin et dont le point culminant est quasi hebdomadaire. Ce dénouement qu’on attend et qui ne vient pas et cette manière qu’a le politique de nous tenir par les sentiments nous empêchent de voir l’essentiel. L’accueil qui a été réservé au décès de Ezzeddine Gannoun l’a prouvé.

Celui qui a redonné vie à un bâtiment des années 30 pour y faire naître l’Espace Al Hamra est parti dans la discrétion, car nous sommes un peuple qui aime les fanfarons. Celui que le ministère de la Culture a désigné comme « une des sommités de la culture tunisienne » est parti dans la discrétion, car la culture ne dit plus grand-chose à beaucoup de monde. Car l’amour de la culture n’a pas été semé sur cette terre, nous n’y avons rien à récolter, dans la quantité du moins.

« Pratiquer » la culture comme passion ou comme profession, l’apprécier et la soutenir relève désormais du militantisme car le mouvement de foule va ailleurs. Nous sommes, ainsi, dans cette phase qui fait que ce soit la foule qui crée l’élite et non l’élite qui façonne la foule. Ce n’est donc plus (ou très peu) la culture qui théorise et éclaire mais le parcours politique qui choisit et propulse les leaders d’opinion au gré des tournures que le pays prend ou qu’on voudrait qu’il prenne.

Experts en tous genres ont investi la scène publique, élite barbante puisant sa légitimité de réseaux de circonstance, leaders d’opinion dont le seul apport ou presque se résume à quelques statuts Facebook ont suppléé, dans les esprits, les vrais esprits pensants. Cette nouvelle élite a rebuté nombre de personnes tant les idées émises ont été, très souvent, en décalage par rapport à nos priorités et à notre contexte. Ces diversions pensées ont été tellement peu argumentées et hors sujet qu’elles ont vidé la notion d’élite de son sens et de son rôle.

L’Histoire ne retiendra pas les noms de ces usurpateurs, mais, en attendant, ceux qui sont la vraie élite pensante de ce pays s’éteignent dans l’indifférence générale. L’engouement pour la culture et même le regret de ses figures emblématiques sont ainsi à la merci de cette élite de façade. Si certains noms s’étaient mobilisés sur la toile pour rendre hommage à Gannoun, des milliers de suiveurs l’auraient fait à leur tour. Mais ces leaders d’opinion étaient attirés vers un autre spectacle dimanche dernier.

Celui qui a fait des spectacles et qui a formé des générations pour, n’a donc rien à attendre du peuple et de ses chouchous, de la classe politique et de ses pantins. Aux personnes de sa trempe, c’est la Nation qui est redevable et c’est uniquement à elle de les honorer, dans la vie et quand la mort les fauche. La Nation a ses institutions qui devraient être indépendantes de la chose politique passant de main en main et de poche en poche. La Nation a de vrais représentants se concrétisant dans un état d’esprit qui considère la Tunisie, ses courants d’idées, ses figures emblématiques dans la continuité de ce qui a été construit et dans l’anticipation de ce qui doit l’être. Cette construction d’ordre culturel devrait être indépendante de la volonté politique et des caprices de ses acteurs du moment et de leurs cabotins.

La Nation est une construction idéologique qui, comme un kaléidoscope, de plusieurs couleurs est formée. La culture, de ces couleurs, en est une et, de notre kaléidoscope, cette couleur tend à s’effacer. Parce que l’Histoire d’une Nation n’est pas que politique, mais est aussi du domaine du social et de celui des idées, elle ne retiendra certainement pas tous ces noms qui monopolisent l’attention générale et dont l’apport est soluble dans l’air. Mais l’Histoire retiendra que, le 29 mars 2015, Ezzeddine Gannoun est mort. Dommage que ceux pour qui il avait consacré sa vie, n’aient pas été là pour honorer sa mort. De l’histoire, ceux-là n’avaient retenu que l’anecdote…

« Quand l’homme de guerre a fini sa besogne de héros, il rentre dans sa maison et pend son épée au clou. Il n’en va pas de même pour les penseurs. Les idées ne s’accrochent pas au clou comme les épées. Quand le philosophe, quand le poète, se repose, ses idées continuent de combattre. Elles s’en vont en liberté, comme des folles sublimes, tout briser dans les mauvaises âmes et remuer le monde », avait écrit Victor Hugo. Mille excuses à nos penseurs morts ou qui se meurent, dans ou par l’indifférence générale.

Talbi victime du buzz

Nous avons bâti les fondements de notre culture et la modération de nos crédo sur des figures qui ont marqué notre Histoire. Haddad, Ben Achour et d’autres auront été et seront toujours les faiseurs de notre spécificité culturelle et de notre attachement au religieux sans anachronisme aucun avec l’époque et le contexte. Afin d’attaquer ces fondements et d’en imposer d’autres, on avait tenté d’attaquer ces personnalités illustres, de mettre en doute leur apport, comme la pensée novatrice d’Ibn Rochd avait été décriée par ses détracteurs. Des siècles après, et toutes proportions gardées, les représentants des idéologies « détonantes » sont encore malmenés par un courant tirant vers tout, tout sauf le débat constructif car, comme l’écrivait Goethe « tout devient inintelligible pour qui a peur des idées ».

La controverse autour de la théorie de Mohamed Talbi attestant que l’alcool n’est pas prohibé par le coran est intéressante car tout débat idéologique est salutaire. Elle a, en revanche, été abordée dans un contexte qui n’est pas le sien. Aurions-nous pu voir Paul Ricoeur exposer ses réflexions chez Patrick Sébastien ? Non ! Nous avons pourtant pu voir Mohamed Talbi aborder le point d’orgue de ses réflexions entre deux niaiseries télévisées, face à des invités d’un calibre différent du sien, avec des arguments autres que rationnels.

L’idée n’est en aucun cas d’explorer ladite théorie, de défendre celui qui l’a élaborée ou de dénigrer ceux qu’on avait placés face à lui. L’idée est de se demander comment on peut exposer notre élite à une dérive les détruisant. Car les dérives de comportements et de réflexions de Mohamed Talbi sont en relation avec son âge avancé et non avec le fond de sa pensée. Les conclusions auxquelles est arrivé notre illustre universitaire ont été traitées médiatiquement d’une manière légère dans un rapport chaud avec « l’actualité » qu’elles avaient suscitée. Elles ont été accueillies sur la place publique avec l’étonnement, l’indignation et le dénigrement allant de pair avec le traitement qui leur avait été accordé.

L’éminent penseur en est devenu la risée de tous ou presque et un mythe s’est écroulé. Avant lui, Hichem Djaït avait été critiqué pour sa prise de position télévisée au profit de Moncef Marzouki, décrié par beaucoup à l’époque. Cependant, même si pareille apparition médiatique a ébranlé, aux yeux de certains, l’image du grand penseur se mêlant de basses affaires politiques, éthiquement, il n’y avait rien, dans cette présence télévisée, de condamnable au niveau de la forme.

Pour Mohamed Talbi ce n’est pareillement pas le fond qui dérange car c’est une matière à débat, mais c’est la forme qui fait défaut. Voir le grand académicien, trois fois dans la même semaine, dans des émissions en inadéquation avec son champ de réflexion, le voir humilié à trois reprises (non pas par autrui mais par lui-même, en quelque sorte) rappelle, toutes proportions gardées également, l’image des vandales contemporains détruisant le patrimoine culturel à Mossoul. Nous sommes en train de nous évertuer à détruire nos icônes pour faire doper l’audimat.
Pour ne pas aller plus loin que l’autre rive de la Méditerranée, en France a-t-on récemment revu à la télévision s’exprimer Chirac ou Giscard ? On s’abstient de les inviter afin de préserver leur image et de respecter leur dignité. Cette décision de préserver l’image des grands hommes devenus âgés vient de leurs proches comme elle peut venir de médias ne cherchant pas le trash et ayant une déontologie se nourrissant d’une éthique sociétale, celle notamment du respect des personnes dont l’âge avancé a laissé ses marques sur l’esprit.

L’idée n’est pas d’occulter les idées récentes de Mohamed Talbi, mais de les traiter avec l’égard qui sied au grand penseur qu’il a été. En faire le buzz de la semaine au détriment de sa personne, de son image et de tout ce qu’il peut représenter dans la mosaïque culturelle de notre pays est un acte dénué d’éthique, tant de la part des médias l’ayant exposé en connaissance de cause que de la part de tous ceux qui ont fait de lui l’égérie de notre superficialité.

Il n’est point question d’exercer une ségrégation basée sur l’âge; mais qu’on ne pratique pas l’indécence d’exposer ceux qui n’ont plus l’âge d’être personnage public ! « Le vieillard perd l’une des principales prérogatives de l’homme, celle d’être jugé par ses pairs », avait écrit Goethe. Mohamed Talbi en sait quelque chose ! On est en train de faire de nos modèles des anti-modèles et l’on assiste béats et connivents à ce spectacle télévisé indécent. Mouvement de table rase en marche !

Nous sommes, désormais « presque » sans élite et, sans élite, que sommes-nous?

40 femmes et un homme à Zarzis

C’est à Zarzis que le rendez-vous a été donné pour quarante femmes les 5, 6, 7 et 8 mars 2015. Parmi elles, 23 Françaises du milieu de la presse, de la radio, de la télévision, des affaires et d’autres domaines encore. Les Tunisiennes sont aussi des figures connues et reconnues du milieu médiatique, artistique, scientifique… Les débats ont tourné autour de la femme tunisienne et des relations entre les deux pays dont sont originaires les participantes. La rencontre est aussi conçue comme une occasion de promouvoir le tourisme auprès de la France, à travers ses « décideuses ». Une visite à des régions du sud tunisien a, par ailleurs, été organisée.

Initiée par Hosni Djemmali, propriétaire du magazine Tunisie Plus et du groupe Sangho, la manifestation a été un espace d’échanges autour de sujets en relation avec la femme tunisienne. Le rôle de la Femme dans la transition démocratique en Tunisie et l’apport de celle-ci dans le travail effectué par la société civile ont été les sujets desquels ont débattu les participantes après une intervention de l’une d’elles, l’élue Bochra Bel Haj Hamida. Après Habiba Chaâbouni, généticienne Professeur en médecine et ancienne lauréate du Prix UNESCO-L’Oréal, c’est Jaouida Guiga, qui s’est exprimée. L’une des premières femmes magistrat (1972), a parlé de la déception qu’a constitué le revirement de Nidaa Tounes dans sa démarche consensuelle avec Ennahdha. Une démarche qui a déçu le million d’électrices de BCE, a-t-elle rappelé. Bochra Bel Haj Hamida a expliqué la démarche de Nidaa et a étayé sa position quant à Ennahdha qu’elle perçoit désormais comme un parti en train de changer et d’aller vers l’ouverture et le pragmatisme. Elle n’a pas manqué de faire remarquer qu’une réelle scission s’opère au sein du parti islamiste de Rached Ghannouchi entre des franges allant vers la modération et d’autres campées dans le radicalisme (des positions politiques).

En outre, la femme dans les médias a été un des sujets autour desquels s’est axée la rencontre transméditerranéenne. La parole a été accordée, dans ce contexte, à Maya Ksouri, chroniqueuse radio et télévision. Elle a évoqué la précarité du statut féminin auprès de téléspectateurs percevant les journalistes femmes selon un prisme différent de celui duquel on perçoit les journalistes hommes. « Une femme dans les médias sera critiquée non sur le fond du sujet sur lequel elle s’exprime mais sur la manière dont elle est habillée voire sur la couleur de son rouge à lèvres ». Pour certains, il est difficile d’admettre qu’on puisse être femme, féminine et intelligente à la fois. La question physique minimise ainsi la qualité de travail de la femme dans les médias, selon Mme Ksouri et les intervenantes ayant réagi à ses propos, et devient un angle pour l’attaquer sans argumenter, mais d’une manière arbitraire.

L’intervention de Business News se voulait une interrogation sur l’existence d’UNE femme tunisienne, rappelant que les divergences économiques et les disparités régionales en nourrissent d’autres, de nature idéologique, et font qu’il n’y ait pas de profil unique de femme tunisienne telle que certaines approches tendent à le présenter. A été rappelée, par ailleurs, dans le cadre de la même intervention, la menace ayant ciblé Maya Ksouri, récemment, et la volonté de certains de faire des modèles de réussite des anti-modèles. C’est une des raisons pour lesquelles des personnes ne s’identifient pas aux femmes ayant réussi médiatiquement, y compris les femmes elles-mêmes, a-t-il été noté.

Clémentine Dabadie, présidente d’une maison de production pour le cinéma a animé une partie des débats auxquels ont pris part, notamment Madeleine Bennaceur Berger, conseillère consulaire pour la circonscription Libye-Tunisie et Houria Zourgane, opérant dans le domaine du spectacle et de la communication, pour rappeler, à travers leurs propres exemples, leur attachement à la Tunisie où elles vivent et leur engagement pour que le pays réussisse sa période de transition.

Les débats ont porté également sur la Femme et sa présence sur la scène économique, un sujet abordé par Catherine Abonnenc, secrétaire générale de Business Angels un réseau réunissant une centaine de femmes qui investissent personnellement dans des start-up à potentiel et dont la présidente Agnès Fourcade était également présente. Les réponses ont été apportées par Ahlem Hachicha, spécialiste de la création d’entreprise et de l’investissement étranger et par Wafa Sfar, directrice de la supervision bancaire à la banque centrale de Tunisie qui n’ont pas manqué de rappeler le statut de bon payeur dont jouit la femme auprès des banques, la nature de sa démarche dans le cadre de l’investissement en Tunisie et de faire remarquer la présence de femmes à la tête de nombreuses entreprises et institutions, rappelant le cas de Wided Bouchmmaoui qui préside l’UTICA.

Le volet artistique a été marqué par la présence de Sihem Belkhoudja et Amina Srarfi. Les deux figures connues dans les domaines de la danse et de la musique sont revenues sur le statut de la femme artiste, sur la situation vécue par certaines depuis la révolution, sur la mise à l’écart de certains artistes et sur le manque d’encouragement notamment de nature financière pour la production artistique. Quant à Sihem Belkhoudja, elle a « bousculé » en rappelant les positions politiques de la France, notamment en ce qui concerne la Libye par le passé, les refus de visas pour les jeunes, en nombre, et d’évoquer la présence culturelle de la France en Tunisie, une présence qui, en se minimisant, pousse les jeunes vers des cultures et des pays, autres que la France.

La rencontre qui avait été ouverte par Faïza Kefi qui se présente comme « une femme libre aujourd’hui » a été close par une promesse des participantes françaises. « Nous allons faire en sorte que la prochaine édition de Femmes de Méditerranée ait lieu en France. Nous veillerons à ce que des rencontres au niveau de l’Assemblée nationale soient faites et que des députées prennent part au débat, pour que des choses changent au niveau de la législation », a lancé Christine Goguet, directrice au sein du groupe Amaury (Le Parisien, l’Equipe…) dont la présidente, Marie-Odile Amaury, faisait partie de l’assistance.

Ont également été abordés, en marge des discussions «officielles », des échanges autour du secteur du tourisme et d’autres sujets en rapport avec la destination Tunisie, avec, du côté tunisien, Leyla Chihi, épouse de l’ambassadeur de Tunisie en France et Sophie Bouchard (française native de Tunisie), ancienne fonctionnaire des Nations Unies. Du côté français, on notait la présence de Françoise Baverez, présidente des Hôtels Regina, Raphaël et Majestic à Paris, Julie Leclerc, animatrice à Europe 1, Karina Hocine Bellanger, directrice aux éditions Lattès, Brigitte Boucher journaliste et présentatrice sur LCP et Carole Bellemare, Nadia Le Brun et Djenane Kareh, respectivement rédactrices en chef au journal Le Figaro et aux magazines La Parisienne et Clés.

Femmes de Méditerranée est voulu par son initiateur Hosni Djemmali et Dalila Bouker, la coorganisatrice de l’événement, comme une démarche visant à rapprocher des femmes des deux rives et à tisser un réseau pouvant être plus efficace que les promesses politiques. Au vu de l’enthousiasme et de la passion manifestés, des deux bords, le pari semble être gagné.

Je suis Samir El Wafi !

Nous avons des chaînes télévisées qui font tout pour nous séduire. Des émissions pour nous charmer. Des animateurs qui ne travaillent que pour nous attirer. Que demande le peuple ? Oui, que demande le peuple, « ce peuple de téléspectateurs » qui regarde, consomme et dénigre ? Focus sur l’hypocrisie du téléspectateur ingrat.

Samir El Wafi, souffre-douleur de facebookers difficiles, est l’illustration même de nos paradoxes. Animant une émission controversée, il est, toutes les semaines ou presque, regardé, en masse, et critiqué, en masse. Celui qui fait les plus forts taux d’audience en Tunisie est celui qui, des journalistes, est le plus dénigré. A celui-ci on rappellera, à chaque émission et longtemps après en attendant la suivante, qu’il n’est pas journaliste, qu’il n’a pas le niveau pédagogique requis, qu’il rabaisse le niveau des Tunisiens et qu’il est ce que l’audiovisuel présente de plus vil.
La dernière émission de Samir El Wafi, avec pour invité un neveu de l’ancienne première dame, reflète bien l’image de notre hypocrisie grandiloquente et creuse à la fois. Un taux d’audience record, un buzz gagnant, un teasing efficace et pourtant notre animateur maudit n’en finira pas de s’attirer les foudres de détracteurs déchaînés. Samir El Wafi a bien cerné le « client » tunisien, a bien trouvé son point faible et en a fait son point fort. Le choix de ses invités l’atteste.

A voir de près les taux d’audience, Samir El Wafi n’est pas le seul à avoir compris le paradoxe tunisien et à l’avoir exploité. D’autres émissions à tendance polémiste surfent sur la même vague qui fait que nous regardions ce que nous disons détester, que nous soyons fidèles aux contenus que nous disons honnir. Plus les téléspectateurs dénigrent, plus ils regardent, plus c’est décrit comme bas plus ça tire vers le haut en termes de statistiques. Nous faisons le bonheur de ces malheureux animateurs qu’on fustige au quotidien.

Avec des concepts volés, des émissions créées en mode copier-coller et du plagiat affiché, nos stars de l’écran ont trouvé la formule gagnante. Nous faisons dans la contrebande en tout, y compris sous les feux des projecteurs. On reprend les mêmes recettes, on les adapte à notre sauce et nous voilà servis, gavés de cette farce que ceux qui ont vu naître refusent désormais de se farcir.

Sous d’autres cieux, devant d’autres caméras et derrière d’autres écrans, « y a que la vérité qui compte » a été arrêtée, depuis 2006. Faute d’audience, l’émission trash, comme beaucoup d autres, n’attirant pas assez de téléspectateurs, a disparu des grilles. En revanche, ici, le trash attire. Plus ça râle, plus ça suit assidument le sensationnel. Plus ça suit, plus le sensationnel se normalise. Instinct voyeuriste du plus étrange des peuples. Bataille et Fontaine auraient, ici, fait fortune!

Toutes les semaines, on nous offre, aux mêmes jours et à la même heure, du déballage, plein l’écran. On nous sert pédophilie, meurtres, viols, prostitution, inceste… On nous bouscule, on nous choque, on nous brusque. Mais on nous avise, on nous prévient et on ne nous surprend pas. Appâté par des teasings comme lui disant « par ici l’audimat ! », le téléspectateur fonce, tête baissée, et regarde timidement mais religieusement ce que la télé peut offrir de plus banal. Le malheur des uns fait ainsi le bonheur des autres.

En somme, nous faisons des monstres de la télé et nous les voyons comme des monstres, nous faisons leur succès, la pérennité de leur business model, la survie de leurs chaînes et nous les percevons comme les pires produits télévisuels. Nous fustigeons les faiseurs de programmes en les accusant de nuire au goût général, de rabaisser le niveau et d’aller trop loin dans la bassesse et nous continuons presque de manière honteuse à les regarder assidument.

Quant à ceux qui réclament de la culture en prime time, ils zapperont devant la première émission dans le genre et trouveront rabat-joie la programmation télévisée desdites chaînes. Se jeter sur Samir El Wafi, sur Naoufel Ouertani sur les Alaa et Abderrazak Chebbi, les enchaîner dans la médiocrité et se déchaîner sur eux ensuite ; voilà le loisir préféré des téléspectateurs ingrats!

Ce qui nous lie à nous-mêmes

Ce qui nous lie à nous-mêmes est la quintessence même de ce pays: ce je ne sais quoi qu’il a, qui fait qu’on le dénigre quand on y est et qu’on l’idolâtre une fois ailleurs.

Un rapport quasi affectif avec ce petit pays qui fait que nous gravitions autour, que nous en tirions une lumière pouvant éblouir même quand on s’en éloigne et faisant que l’on s’éteigne quand on s’en éloigne trop.

Une lumière que l’habitude empêche certains de voir et qui est pourtant là! Nous sommes tous l’ombre de cette lumière.

Nous serons à jamais liés, dans notre même trajectoire, vers et autour d’elle.

Les dents de la mer

Une mer rouge sang, un fond de musique épique et une voix menaçante. Tous les ingrédients d’un thriller américain y sont et pourtant ce n’est pas une fiction. La dernière vidéo des djihadistes pousse encore à l’extrême ce qui l’était déjà : l’expression de l’horreur atteint son paroxysme et le dépasse, à chaque production audiovisuelle du groupe islamiste dit Daech. Leur mise en scène de l’horreur a des allures de fiction et pourtant elle semble être bien réelle.

Il fut un temps où la fiction tentait de s’approcher au mieux de la réalité. Il est un temps où la réalité atteint la fiction et la dépasse. C’est le cas des vidéos de décapitations, d’égorgements et de mise en feu de personnes considérées comme des ennemis de l’Islam frappées par le courroux des djihadistes. L’image d’une mer prenant une couleur rouge sang renvoie, dans un certain imaginaire collectif, à la scène d’un film culte. Ce film était le summum de l’effroyable, à une période où l’horreur n’était que fiction et l’inhumain encore latent. La référence est presque du même registre que celui que pareilles vidéos tentent de mimer : le cinéma. Désormais la réalité dépasse l’imaginaire et la créativité mise au service du choquant dépasse l’entendement. Gérard Genette avait défini la métalepse (diégétique et extra-diégétique) comme des sortes de parenthèses de réalité au sein de la fiction, le contraire est désormais en train de prendre forme et c’est la réalité volontairement théâtralisée qui puise dans le fictionnel ses références, ses images et ses techniques pour mieux nous frapper.

Les réseaux sociaux et les nouvelles technologies permettent ainsi d’agrandir l’onde de choc, de mieux diffuser la peur et de cibler plus loin que sa portée réelle. Ainsi, ce qui est présenté comme réel dépasse, dans la volonté de le théâtraliser, la vraisemblance, percute les limites, s’en dégage et déconcerte. Certaines personnes adeptes des théories de complots verront en les vidéos de Daech une œuvre de « science-fiction », une simple mise en scène n’ayant pas pour bases de vraies exécutions et utilisant des techniques de cinémas pour obtenir un simulacre crédible. D’autres verront le danger tellement réel qu’elles s’en sentent menacées, le voient tellement menaçant qu’elles l’imaginent déjà à nos portes.

L’âme humaine semble en effet si peu compter dans ces images qu’on voit et qu’on partage sans discernement qu’elle en arrive à des tiraillements extrêmes. Entre le pathos et la raison, elle oscille, entre le scepticisme et la peur, entre le courage et l’incrédulité… Face au sadisme qui s’affiche sur des petits écrans d’un genre nouveau (smartphones et ordinateurs), nous vivons, en termes de réceptivité, ce qu’il y a de plus extrême. Et nous sommes devenus tellement habitués à l’horreur que notre inconscient la banalise, malgré notre conscience de sa gravité.

Face à ces films où l’attention est bien portée à l’image, au cadre, aux costumes, à la parole, aux gestes et même aux silences, notre réaction nous étonnera nous-mêmes. Nous verrons défiler ces images et nous passerons à autre chose. Notre imaginaire a été, en effet, pollué par une réalité le dépassant. Nous en trouverions niais les Dents de la mer, si on le visionnait de nouveau. Nous sommes devenus des monstres, à trop voir des monstres. Et puis nous sommes devenus en l’espace de quelques semaines Charlie, puis Ahmed, puis Chaïma, puis Yoav, puis Razen, puis Muadh, nous nous sommes proclamés, juifs, coptes et Egyptiens.

A chaque horreur, nous crions notre soutien aux victimes d’une manière si entière et tellement superficielle que notre soutien déjà virtuel se vide de sens. Nous voyons tellement l’humain aller vers le bestial que notre humanisme en prend un sacré coup. La réalité dépasse tellement la fiction que nous en avons du mal à réagir en fonction de ces faits dont nous avons du mal à définir la nature. Hormis nos problèmes nationaux, nous voilà face à un mal-être aux dimensions internationales, universelles remettant en cause les latences bestiales de la nature humaine, remettant en question notre capacité à demeurer humain face l’inhumain, mettant à l’épreuve l’implication de l’individu dans la collectivité, et confirmant en nous, la notion d’appartenance au groupe en l’occurrence celui des victimes, non pas celles battues, abattues mais celles devenues emblèmes tragiques de l’expression de l’horreur. L’on crierait presque « Nous sommes tout sauf Daech » !

Difficile d’être un enfant en Tunisie

Voilà trois ans que la politique a envahi nos vies, meublé, à outrance, nos quotidiens et fait oublier l’essentiel à beaucoup d’entres nous. L’essentiel, il n’est pas du côté des ministères régaliens, de celui des partis, ni dans les discours politiques creux sur fond d’idéologie. L’essentiel est dans le social et dans le social, le psychologique est intrinsèque.

Nous sommes en Tunisie, un des rares pays à avoir un ministère spécialement dédié à la Femme et à l’enfance. Le premier volet de ce portefeuille est, tout en étant de nature stigmatisante, une forme de lutte contre le sexisme et pour la préservation d’acquis féminins constamment menacés. Le deuxième volet est en relation avec l’Enfant. Ce Tunisien d’une nature particulière a vu ses droits garantis par la loi, mais les voit, souvent, bafoués par son proche entourage.

Des crimes en tous genres atteignent les enfants. Ils faisaient l’objet de rubriques faits-divers que nous ne lisions que dans certains quotidiens arabophones. Ils sont désormais l’objet de spectacles télévisés quotidiens, appâts pour téléspectateurs voyeurs, faiseurs d’audimats et de recettes publicitaires. Viols, incestes, suicides, meurtres, fugues, kidnapping, défenestration. Nous voilà face à une frange de Tunisiens protégés par les lois, démunis face à la cruauté sociale et à l’horreur familiale et scolaire.
Après la génération de jeunes désintéressés, celle des jeunes engagés puis désenchantés, nous sommes en train de voir grandir celle d’une jeunesse meurtrie et démoralisée. Ce qui pousse UN enfant à se suicider, peut être anecdotique, ce qui en pousse plus d’un au suicide devient phénomène. Point de cas isolés dans ce qui devient régulier. Les crimes contre l’enfance, qu’ils soient actes provenant d’autrui ou actes dont l’enfant est la cible et l’auteur, sont à l’image de notre société tuméfiée par les tensions.

Sans une réforme ciblant l’humain, sans la conscience que nos problèmes et leurs solutions ne sont pas que dans les emprunts nationaux et les alliances politiques, il n’est point de salut durable pour une société que des tensions en nombre font muter. Notre crise est surtout une crise de valeurs et notre société, à bien des égards, est en train d’évoluer du meilleur vers le pire et non le contraire.

Nos paradoxes font que, dans certains milieux, l’on privilégie son enfant et l’on fasse un esclave de celui des autres. C’est une des raisons ayant mené une jeune aide-ménagère au suicide, la semaine dernière. Nos paradoxes font qu’un enfant soit violé dans un environnement en apparence conservateur. Nos paradoxes font que la modernité, dans ses aspects tangibles (internet, usage de réseaux sociaux…), arrive à certains villages où l’on reste rattaché, pourtant, à des légendes d’un autre temps. N’a-t-on pas tué et mutilé un enfant de cinq ans en croyant pouvoir ainsi découvrir un trésor ? Le verdict tombé hier dans le cadre de cette affaire datant de cinq ans est voulu rédhibitoire : peine de mort pour l’ensemble des accusés. L’Etat, à travers ses structures, tente de donner en exemple et de dissuader, au moyen d’un jugement extrême. L’Etat devient, en effet, le seul garant quand des citoyens mineurs sont l’objet d’injustices provenant de l’environnement familial.

Quant aux disjonctions sociales, le fait de les relever peut relever du populisme, mais il est toujours utile de ne pas y être insensible par l’effet de l’habitude. C’est l’Etat, à travers ses projets de « remise à niveau » et de développement régional, qui doit veiller à réussir, un jour, à mettre à bas l’écart entre les enfants. C’est à lui de faire que soient, un jour, presqu’égaux des petits Tunisiens travaillant dans une tente plantée dans la cour d’une école devenue insalubre et d’autres travaillant dans des classes chauffées l’hiver et climatisées quand l’été s’annonce. Cependant, lutter pour que cessent les violences à l’égard des enfants ne relève pas uniquement de l’effort des politiques. Quand bien même il peut être un de leurs éléments de discours, le combat mené pour la protection de l’enfance s’envisage au niveau des microcosmes où l’enfant évolue : celui familial, scolaire et proche de son cadre de vie.

Que de champs d’action à envisager et que d’études sociologiques et psychologiques à élaborer ! Celles-ci seront plus pertinentes que les enquêtes policières menées après coup. Sur le long terme, elles seront plus efficaces que les sanctions sévères ciblant les criminels avérés. L’idée n’est pas de faire naître une génération d’assistés, mais d’assister une génération en plein mal-être et dont le malaise est à l’image du nôtre, silencieux et viscéral. « Daffini », « ghattini », « wassalni », mêmes suffixes pour différents intitulés d’actions provenant d’une société civile ne sachant par où commencer un chantier où son rôle n’est pas de bâtir mais d’assister. Elles ont beau être bien intentionnées de la part des bénévoles et bien pensées, sur le plan marketing, de la part de certaines sociétés, les campagnes en « ini » ne pourront pas grand-chose face à des fléaux dépassant, en dangerosité, la pauvreté dont ils sont, des fois, corollaires.

Ces enfants cartes postales étalés sur Facebook aux lendemains de campagnes de dons ont besoin de plus que d’un cartable et de quelques paquets de biscuits. Ils ont besoin d’un environnement social sain pour grandir et d’un égard pour leurs personnes pour s’épanouir. Cet effort à envisager dans la sphère des valeurs est une des urgences à traiter pour que le mal ponctuel se résorbe dans les années à venir. Le salut de la Tunisie n’est pas que dans la politique, il est aussi dans le regard particulier que peut porter le politique sur le social.