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Une brigade à El Haouaria ne suffit pas

Il y a, incontestablement, un grand décalage entre l’actualité et la réalité. La satisfaction des politiciens quant à la situation du pays n’a d’égale que l’état de déliquescence qu’il connaît. Leur optimisme pour le futur est à la mesure du défaitisme ambiant quant à une amélioration proche. Le pays va mal. Cela ne se lit pas dans les chiffres officiels et ne se dit pas dans les discours mais se constate au quotidien, dans nos villes, dans nos rues, sur nos trottoirs, sur nos plages ou lorsque le plafond d’un aéroport s’écroule à cause des pluies.

Outre le baiser nuptial, ce qui a le plus intéressé cette semaine au vu de l’intérêt des lecteurs est cette pseudo brigade des mœurs œuvrant à El Haouaria. L’information qui a choqué et surpris ne serait que le fruit d’un malentendu et la brigade en question serait tout bonnement composée de citoyens sensibles à l’état de délabrement que connaît leur région depuis peu. Il est vrai que la propreté fait partie des mœurs et de la morale et que des « sans-morales » sévissent de plus en plus nonchalamment en Tunisie.

Partout en Tunisie, que ce soit dans les quartiers modernes de la capitale ou dans les petites villes, la propreté semble devenir un terme inconnu. Les campagnes la prônant concentrent un effort occasionnel très vite suppléé par des ordures jonchant le sol et un état de délabrement dépassant l’entendement. Il fut un temps – non regrettable qu’en cela – où le moindre fait enregistré, le moindre manquement constaté faisait l’objet de savonnades, de sanctions, de limogeages. C’était le temps où on travaillait non pas par amour pour son métier et accessoirement pour le pays mais sous la crainte du système aux yeux grands ouverts partout et en tout temps.

La liberté ayant fait son entrée sans préparation et la crainte étant dissipée, c’est une Tunisie autre qui se découvre chaque jour et qui découvre les travers du Tunisien, ravageurs pour lui-même, son cadre et pour l’Autre avec qui il cohabite. Tous lâchent désormais prise, y compris l’Etat et ses hommes de main. Nous avons un ministère pour l’Equipement, un ministère pour l’Environnement et un autre pour le Tourisme. Trois ministres et des milliers de fonctionnaires et d’employés et pourtant rien ne va plus. Le pays vieillit mal et son image en pâtit régulièrement.

Dimanche dernier à Chott Meriem, les riverains se sont plaints d’eaux usées des égouts directement déversées dans la mer près des baigneurs. Quelques semaines plus tôt des faits similaires ont été constatés à Hammamet. On évoque des enfants ayant eu des malaises en nombre après des baignades dans certaines régions du Cap Bon. Le ministère de la Santé a démenti ladite information. Les infections constatées n’auraient pas de corrélation avec l’état des mers en Tunisie. Pourtant de nombreux citoyens s’étaient plaints d’odeurs nauséabondes pouvant provenir d’évacuations des eaux usées non loin des rivages.

En matière de tourisme et que le client en villégiature soit tunisien, algérien ou venant de plus loin, cela ne peut que rendre plus négative l’image de la destination Tunisie. Il faut dire que le pays souffre déjà de l’effet du terrorisme ayant frappé un secteur vital. L’image de la Tunisie qu’on maquille dans les discours officiels et dans les plans de communication ciblés n’est, de près, pas très florissante. Mêmes dans les régions touristiques et en pleine capitale, les rues sont plongées dans le noir dès que la nuit tombe. Etrange, glauque et très négatif pour le secteur touristique.

Il faut dire que le secteur se sabote lui-même, malgré des taux de remplissage assez importants en dépit de la crise que laissait craindre le dernier attentat de Sousse. Le client tunisien et celui algérien feraient moins le bonheur de nos hôteliers et des employés du secteur que la clientèle européenne ayant payé au plus bas des tarifs des séjours vendus au préalable à des tour opérateurs internationaux. Moins de devises mais des caisses remplies, moins de devises et des hôtels affichant complet alors que l’on continue encore à pleurer le tourisme tunisien et à réclamer de l’aide. Ingratitude ou réel manque de civisme du client tunisien ? Il faut dire que l’ingratitude est-elle même une forme d’incivisme. « Les mœurs font toujours de meilleurs citoyens que les lois », écrivait Montesquieu. C’est dans ce sens qu’il serait utile de combattre pour le respect des mœurs et de la bonne éducation. Cela pourrait réveiller les consciences endormies et celles tentant d’endormir le citoyen. Notre crise est d’ordre moral et, en matière de civisme, il nous faut désormais plus qu’une brigade de casques verts à El Haouaria.

La Tunisienne à l’honneur

Cinquante neuf ans que la Tunisie fête la Femme, tous les 13-août. Plus de cinq décennies qu’on célèbre la Tunisienne, qu’on lui rend hommage, en ce jour férié, ainsi qu’à Bourguiba, son mentor et à Haddad, son libérateur.
Un jour où on se vante du Code du Statut personnel tunisien, des avancées réalisées par la femme dans différents domaines professionnels, de son talent, de son génie, de son exceptionnalité… Un jour où on rappelle que l’Histoire moderne de la Tunisie repose sur les femmes comme l’a été l’Histoire de la Tunisie, depuis Elyssa, la reine Didon, B’chira Ben M’rad, Taouhida Bencheikh et toutes ces anonymes qui combattent, à s’oublier elles-mêmes, pour leur pays et pour les leurs, au quotidien. Le 13 août est aussi le jour des surenchères et des superlatifs, dans un pays où la femme a tout conquis mais n’a pas encore tout acquis.

Dans cette Tunisie remplie de paradoxes, la femme est, le temps d’une journée, un fonds de commerce très prisé. Ce sont ceux qui dénigrent la femme au moyen des réflexions les plus machistes qui s’afficheront parmi ses plus fervents admirateurs. Ceux qui sont capables des pires violences à son encontre puiseront, en cette occasion, leur capital sympathie. Sur fond politique, on profitera de la femme pour se dire bourguibiste, progressiste, féministe, moderniste. Pour se dire dans l’air du temps, celui de la récupération politico-idéologique.

Seules les femmes tunisiennes conscientes du chemin qui reste à parcourir savent que cette commémoration est passée de mode. Elle servait politiquement à un Ben Ali qui a fait de la femme une des égéries de son système. Elle ne devrait désormais servir qu’à rappeler que beaucoup reste à faire, hormis les festivités de surface. En tant que femme tunisienne et en cas de mariage avec un étranger, je ne peux faire de mes enfants des Tunisiens qu’après un marathon et des kilos de paperasse. En tant que femme tunisienne je ne peux voyager avec mes enfants qu’avec une autorisation de leur père. En tant que femme tunisienne, je ne peux même pas renouveler les passeports de mes enfants, sans une autorisation ou un accord du tribunal.

Toutefois, le problème de la femme tunisienne n’est pas seulement avec le législateur mais aussi avec la société, les autres, la rue, la famille, le couple… La Tunisienne reste harcelée au quotidien. Objet de fantasmes et lieu de cristallisation des pires complexes, elle est celle qu’on honnit au volant, qu’on dérange dans les rues, qu’on stigmatise pour son apparence, qu’on catalogue pour ses idées, celle qu’on violente, qu’on viole et qu’on fête deux jours par an.

La femme tunisienne n’est pas unique mais multiple. Un hiatus sépare celles qui se pensent emblématiques et celles qui ne se voient pas représentées. Les favorisées et les défavorisées d’un système matriarcal et machiste à la fois. Car, en Tunisie, la femme est influente certes au sein de son propre noyau, mais elle n’est pas toujours l’égale de l’homme. Elle travaille et gagne sa vie mais reste exploitée au sein de son propre cercle. Dans certains milieux ruraux, elle est dépossédée de ce qu’elle gagne, au profit de l’homme de la famille. Obligée d’interrompre ses études pour servir de gagne-pain à des frères frappés de fainéantise. Vendue au plus offrant pour servir d’aide-ménagère pour d’autres femmes plus fortunées qu’elle.

Oui, « Femme tunisienne » est un statut compliqué. Quand bien même elle est la fierté parmi les pays voisins, elle n’en demeure pas moins la proie facile pour nombre d’étrangers en visites très spéciales en Tunisie. Cette Tunisie où la prostitution est banalisée et où dans les quartiers modernes, c’est désormais l’homme qui est ouvertement abordé pour des fins sexuelles et mercantiles. La femme est aussi un corps qu’on s’achète, qu’on exploite et qu’on vend. Sans qu’aucune législation ne s’en inquiète, d’un point de vue autre que moral. A plusieurs reprises des filles ont été jetées des balcons après avoir assouvi les pires fantasmes de Libyens de passage. A plusieurs reprises elles ont été obligées de céder aux avances les moins valorisantes pour survivre et faire vivre les leurs. Victimes premières de la crise économique et de celle des valeurs qui frappent un pays en pleine déconstruction, les Tunisiennes, ce n’est pas un 13 août qui les résume.

Ce n’est pas non plus un vol de Tunisair avec un équipage exclusivement féminin, ni les statuts florissant sur les réseaux sociaux. La femme se célèbre tous les jours et se respecte indéfiniment. Ce qui est occasionnel, ostentatoire et récupération n’est que pure stigmatisation pour elle. La Tunisienne ne peut être l’objet d’un honneur occasionnel mais doit enfin être l’égal de l’homme qui la dénigre, la harcèle et s’érige en roi quoique n’ayant pas de fête pour lui. Les derniers événements politiques l’ont prouvé, la souffrance régulière de femmes le prouve, leur persévérance en matière de droits mais aussi d’exercice des devoirs le prouveront : la Tunisienne est le pilier de la Tunisie, elle est son origine et ne pourra être que son avenir.

Bonne fête à toutes !

Hôtel tunisien cherche clients polis à déplumer

Le client tunisien est l’un des sauveurs de la saison touristique 2015 ! Cela fera rire bon nombre de personnes exerçant dans ce secteur sinistré et voyant des vauriens indignes des services qu’on leur procure en ces locaux qui affluent vers les hôtels que les touristes ont désertés. Il n’y a pas si longtemps de cela, un article de presse dénigrait ouvertement les clients tunisiens. L’indignation des lecteurs s’étant massivement exprimée, l’article en question avait été retiré. La même idée a été formulée autrement par Mohamed Ali Toumi. « Le Tunisien est un client difficile», a déclaré, récemment, le président de la FTAV.

Pourtant, les annulations cumulées depuis les derniers attentats ne peuvent être comblées que par ces clients « de second ordre ». Depuis peu, des photos circulant sur la toile veulent démontrer l’incorrection du client local. Chambres en désordre, table jonchée de restes de nourritures… On voudrait prouver que ce prétendu sauveur est en fait un ravageur. Il serait sale, incivil, gaspilleur… Et quand bien même il aurait les moyens de se payer le service d’un 5 étoiles, il ne mériterait pas d’y être. De la pure ségrégation.

Alors pour repousser l’intrus, on pratique l’élitisme. Celui qui passe par les prix et qui n’est souvent pas le bon car éducation et argent ne vont pas forcément de pair. Celui qui s’intéresse aux prix dans nos structures hôtelières aura remarqué que très peu d’hôtels ont mis en place des réductions depuis les attentats de Sousse et la crise ayant frappé le secteur. Environ 200 dinars par personne pour un 5 étoiles, cela reste au-delà des bourses et le service souvent en deça des attentes. La faillite menaçante fait qu’au lieu d’évoluer, les services tendent à tirer vers le bas. On tente de se maintenir sur pied au moyen de solutions « pare-crise » nuisant à l’image du secteur : recrutement de personnel saisonnier non qualifié, révision à la baisse des services prodigués dont ceux en relation avec la propreté et la nourriture…

S’il y a une baisse à faire ce n’est point au niveau de la qualité mais au niveau des prix et des prétentions. Nos 5 étoiles méritent rarement leur classification. Le service est très souvent trébuchant et maladroit. Et le hiatus entre la quantité de marbre qu’il contient et le manque de professionnalisme qu’il recèle fait que, du côté du client, l’insatisfaction est souvent présente. On y côtoie simultanément le luxe opulent et la médiocrité du service. On y dépense des milliers de dinars et on est encore reçu selon une définition de « mérite » basée sur des critères discriminatoires.

Le tourisme tunisien tel que conçu dans les années 80 est, incontestablement, à reconsidérer. Dans son livre La Société de Consommation, Jean Baudrillard écrivait « Les besoins des classes moyennes et inférieures sont toujours, comme les objets, passibles d’un retard, d’un décalage dans le temps et d’un décalage culturel par rapport à ceux des classes supérieures. Ce n’est pas l’une des moindres formes de la ségrégation en société « démocratique ». ». Ceci pourrait aider nos hôteliers à comprendre le décalage entre la clientèle qu’ils voudraient viser par leur prix souvent exorbitants et les attentes d’une clientèle locale moins fortunée que celle ciblée et pourtant consommatrice à souhait. Les exigences ne sont donc plus les mêmes. Le client a changé et ce qu’on peut lui offrir aussi.

La Tunisie qu’on qualifiait de « verte » est désormais flétrie, ses rues sales avec leurs lumières à demi-teintes dans les zones les plus touristiques sont loin d’être des atouts pour la destination qu’on voudrait relancer. Il y a quelques jours, un vol arrivant de Paris a été dévié par Djerba après l’annulation d’un vol initialement prévu pour cette ville touristique qui ne désemplissait pas l’été. Le vol pour Tunis avait duré plus de 5 heures alors qu’il n’était censé prendre qu’un peu plus de 2 heures. Le souci d’économie et de rentabilité était passé ce jour-là avant le respect du client, des engagements pris et de l’image du tourisme et du pays. Ce vol miséreux vers Tunis est à l’image du secteur touristique qui pour survivre ne voit à la baisse que la qualité de ses services.

Pour apprivoiser de nouveau le client étranger et ne pas rebuter le local et parce que l’Etat ne pourra pas soutenir continuellement ce secteur sinistré car sinistré, il n’est pas le seul à l’être, il faudra que des considérations soient prises pour sauver le tourisme tunisien sur les moyen et long termes. Ce qui attirait il y a des dizaines d’années attire beaucoup moins. Le client cible du tourisme de masse a changé. C’est peut-être là le décalage entre les attentes du client local et celles de l’hôtelier, entre la crise qui frappe et les prix qui ne baissent pas ou trop peu.

Face à ce décalage, des alternatives sont nées. Le nouveau marketing du halal a investi le secteur touristique et la niche est bien porteuse, avouons-le. L’existence à Monastir d’un hôtel réservé aux pratiquants fervents a étonné. Cela a été le cas pour les hôtels affichant une interdiction aux célibataires et d’autres n’acceptant d’accueillir que les plus de 16 ans. Discrimination, oui, mais une discrimination qui se veut créneau spécifique susceptible de bien viser pour mieux atteindre. Alors que d’autres utilisent les tarifs comme moyen de « sélection », cela continue à susciter l’indignation. Ce sont pourtant des réponses « pragmatiques » pour ce secteur souffrant. Car le secteur souffre, en effet, de prétention injustifiée, de médiocrité non assumée en plus des problèmes financiers apparents que les plans de sauvetage superficiels ne sauraient réparer.

Le Maroc l’avait mis à exécution il y a de cela quelques années, la diversification de l’offre est gage de survie. Le client tunisien que les hôtels n’attirent plus faute de sécurité, de qualité de service, d’offre satisfaisante se rabat sur le secteur informel des locations balnéaires. Un secteur qui pourrait être canalisé et rentablement contenu par des plateformes communautaires de location de logements à l’image de « Airbnb ». Dans le monde, cela devient la tendance en terme de tourisme. Les quelques maisons d’hôtes existant en Tunisie ont affiché, à leur tour, complet, depuis des semaines. Les prix ne différant pas de ceux des hôtels, mais le service personnalisé et de qualité attirent ceux que les hôtels n’attirent plus.

Le tourisme tunisien est frappé par une donnée internationale et une plutôt nationale : la première est à étudier pour sauver le secteur dans les prochaines années, la deuxième est à assumer au moyen d’une approche immédiate. Accepter le local en n’omettant pas qu’on n’est plus à son apogée et réfléchir à attirer l’étranger une fois la crise passée en n’oubliant pas que les exigences ont changé. C’est peut-être là la possibilité de bonnes vacances et de bonnes saisons.

L’aïd. Encore une occasion pour nos politiciens pour aller « se faire voir » à côté d’ enfants en détresse

Encore une occasion pour donner des cadeaux devant les flashs et pour faire dans la sensiblerie, le temps d’un épisode populiste très préparé.

Aucun respect pour ces enfants, pour leurs droits et pour le droit à l’image de mineurs.

Tout est bon pour parvenir: de la stratégie on fera de la spontanéité, de l’arrivisme on fera de la philanthropie et du plus faible un bon tremplin.

Sommes-nous protégés ?

Il y a quelques semaines, lors d’un déjeuner organisé en l’honneur du sauvetage du tourisme tunisien, le journaliste français Laurent Joffrin m’avait posé une question à laquelle je n’avais pas hésité à répondre par la négative. « N’avez-vous pas peur ? »
« Pas plus que vous journalistes français après la tuerie de Charlie Hebdo », avais-je alors répliqué, remplie d’un orgueil patriotiquement justifié. « Oui, mais êtes-vous protégés ? Nous, depuis l’attaque, sommes protégés, au quotidien », a rétorqué l’éditorialiste français. Faute de réponse positive, j’avais préféré changer de sujet.
Cette bribe d’un échange sur fond de menace terroriste mondiale m’est revenue à l’esprit après l’attentat de la semaine dernière à Sousse. « Sommes-nous protégés ? » J’hésiterai, désormais, avant de répondre.

Un témoignage au lendemain du drame de l’Imperial Marhaba a permis d’en savoir davantage sur les dessous de cette attaque sanglante. Selon un Tunisien présent sur les lieux du « crime », les forces de l’ordre auraient eu peur d’intervenir. Une vidéo est venue illustrer ces propos que Mohamed Ali Laroui, porte parole du ministère de l’Intérieur, aurait volontiers démentis. On y entendait des personnes appeler les agents de l’ordre à intervenir en leur présentant l’argument pour : « Venez, venez, il n’a plus de cartouches ! ».

Les médias étrangers n’ont pas manqué de saluer le courage de nos concitoyens présents sur le lieu du drame. Ils ont été nombreux à assaillir le terroriste et à essayer de protéger les touristes ciblés par cet extrémiste en pleine démonstration de sauvagerie. 39 tués et probablement deux fois plus de coups tirés. Des dizaines de minutes écoulées avant que l’assaillant ne soit achevé. Il avait eu le temps de finir sa mission, de faire un tour dans tout l’hôtel et d’en ressortir. Sans dérangement aucun, hormis l’intervention de quelques « civils » courageux.

Les ministres de l’Intérieur de la France, de l’Allemagne et de la Grande Bretagne étaient présents hier en Tunisie pour un hommage aux victimes et pour un soutien à la Tunisie. Il a été annoncé que des agents britanniques enquêteront sur le dossier. Le but est d’amener une réponse aux familles britanniques endeuillées par la mort d’un proche dans cet événement tragique. Une réponse pour faire un deuil, c’est important, c’est primordial. La famille de Chokri Belaïd en sait quelque chose. C’est la raison pour laquelle plus de deux ans après, elle mène encore un combat politique, judiciaire et au niveau de l’opinion publique. Son dernier épisode en date s’est déroulé ce matin au tribunal de Tunis.

Des morts par dizaines, c’est le bilan des actes terroristes qu’a connus la Tunisie depuis sa révolution. Agents de l’ordre, hommes politiques, étrangers, ils ont été la victime d’un fléau international. A leurs familles, on doit probablement encore une réponse. Cette même réponse que chercheront à trouver les agents britanniques. Cette réponse qu’a amenée le témoignage du Tunisien présent au moment de la tuerie. La réponse que laisse entendre la voix d’u maçon jetant des briques sur le tueur à partir d’une terrasse. La réponse que donne la voix criant aux « autorités » : Venez il n’a plus de cartouches !

La réponse est incontestablement celle que j’aurais pu donner à Laurent Joffrin un jour à Sidi Bousaïd. La dignité affichée faisait cette inconscience feinte. Le danger, nous le voyions tous venir. A chaque entrée d’un centre commercial où des agents de sécurité ne regardent même pas dans les sacs qu’ils sont censés fouiller. A chaque portique de sécurité installé qui sonne sans que l’agent parfois au téléphone au moment de votre passage ne s’inquiète. A chaque anecdote que vous rapporte votre entourage concernant l’absence de surveillance à l’entrée d’églises, d’événements nationaux, de ministères et même des Palais de Carthage ou de la Kasbah.

Sommes-nous protégés ? NON ! Même si quelque part nous le sommes par les terroristes eux-mêmes. Ce qui nous protège c’est un brin de scrupules ridicule ne faisant décider nos pieux meurtriers à tirer sur la gâchette que face à l’impie. Ce qui nous sauvera c’est le fait de n’être ni touristes, ni agents des forces de l’ordre. Autrement, personne n’est à l’abri ! Surtout pas ces touristes que nous avions invités à venir en Tunisie, d’une manière insistante, au moyen de campagnes publicitaires tous supports, sans avoir rien prévu pour les protéger.

Le président de la République, Béji Caïd Essebsi, a déclaré ce matin au micro d’ElKabbach sur Europe 1 que nous avons été surpris pas une attaque sur une plage et que la concentration de notre action sécuritaire devait commencer le 1er juillet. Pouvons-nous encore parler de surprise dans un pays qui a été frappé trois étés de suite et qui demeure impuissant devant une bande de bandits retranchés à la montagne ? Le dernier homme politique à avoir parlé de surprise fait encore l’objet de blagues en tous genres, c’était Ali Laârayedh qui en parlant de l’attaque de l’ambassade américaine avait déclaré qu’alors qu’on les attendait par devant, les assaillants étaient venus par derrière. Depuis, un nouveau gouvernement a pris place, un nouveau parti a pris les choses en main et un nouveau ministre de l’Intérieur règne à l’Avenue Bourguiba.

L’argument « surprise » est tristement hilarant. Un dispositif sécuritaire bien défini aurait pu être mis en place, calqué en miniature même sur le plan vigipirate français par exemple. Dans le cahier de charges régissant le secteur hôtelier l’installation de caméras de surveillance aurait pu être obligatoire. Embaucher des agents de sécurité en nombre concordant avec la taille de l’hôtel et sa capacité d’accueil aurait pu être imposé. Mettre en place un dispositif d’urgence pouvant permettre aux employés d’alerter au plus vite la police et pouvant permettre à la police de réagir et d’intervenir dans des délais courts, auraient été un minimum à prévoir… Une réflexion s’impose, à coup sûr ! Et pour réfléchir, il faudrait d’abord se débarrasser de l’argumentaire fataliste et de celui faussement rassurant.

Dans une interview accordée à l’Express, Michael Béchir Ayari, expert de l’International Crisis Group pour la Tunisie, a déclaré que « Aujourd’hui, il n’y a tout simplement pas de politique publique sécuritaire ; les services de sécurité sont désorganisés, dénués de stratégie ». Une assertion que viennent confirmer les témoignages des personnes présentes à l’Impérial Marhaba le jour du drame et tous les dysfonctionnements relevés ou qui le seront dans les prochains jours. Entretemps des décisions ont été prises. Un volet d’entre elles concerne le ministère de l’Intérieur et un deuxième se rattache au secteur touristique. Fermeture de mosquées, serrage de boulons au niveau de certaines associations religieuses, possibilité de dissolution du parti Ettahrir… Trop tard trop peu, a-t-on répliqué en chœur à la suite des annonces faites par le chef du gouvernement Habib Essid. Annulation de la taxe d’entrée, réduction du taux de TVA de 12% à 8%, report du remboursement des prêts pour les années 2015 et 2016… Trop couteux, trop décalé, lit-on au lendemain de la conférence de presse de Selma Elloumi, ministre du Tourisme.

39 morts, encore, 39 « pourquoi » dits en anglais essentiellement. Près de onze millions de Tunisiens abasourdis, quelques dizaines d’hommes politiques surpris. Et aucune réponse qui puisse satisfaire, convaincre et permettre de faire le deuil. J’aurais toutefois pour ma part une réponse claire, pragmatique mais diplomatiquement incorrecte à la question « Etes vous protégés ? », « Non, nous ne le sommes pas ! ».

Nous ne pouvons encore l’être car le terrorisme devenu phénomène mené par des individualités n’a pas de limites pouvant situer géographiquement l’ennemi et cibler en fonction l’action. Nous ne sommes pas protégés tant que nos services de renseignement resteront hésitants entre les notions de démocratie qu’on essaie de mettre en place et les résidus de tyrannie qu’on essaie de gommer. Nous ne sommes pas protégés tant que nos collaborations avec les services de renseignement étrangers relèvent du protocolaire et que l’action réelle se limite aux clichés pris et aux mains serrés devant les caméras. Nous ne sommes pas protégés tant que des agents de l’ordre ne prendront pas au sérieux les menaces et géreront mal les alertes leur parvenant. Nous ne serons pas protégés tant qu’on dérogera aux consignes sécuritaires à la tête du client ou à la valeur de la petite monnaie filée. Nous ne serons pas en sécurité tant qu’il y aura du laxisme dans ce pays.

Alors oui nous ne sommes pas protégés mais nous n’avons pas peur. Nous sommes remplis de courage pour affronter ce qui vient, décidés à aller de l’avant malgré la difficulté, convaincus que la première chose à faire est de réveiller ces gouvernants censés veiller sur nous et que nous devons rester debout pour faire face aux ennemis, celui connu et celui qui se cache. Comme c’était le cas la semaine passée dans un hôtel de Sousse, nous serons debout pour leur faire bloc. Et dans cette bataille loin d’être surprenante, nous ne céderons pas, nous ne céderons sur rien, même pas sur nos états d’âme!

La télévision commerciale est notre miroir

C’est au mois de ramadan que les chaînes tunisiennes se surpassent pour réaliser les taux d’audience les plus élevés. Productions audiovisuelles en nombre, feuilletons, émissions de divertissement, et produits en tous genres sont servis en ce mois du jeûne. Une surdose qui, outre l’aspect gavant, en dit long sur nous-mêmes.

Ce qui est censé être virtuel est un concentré de réalisme déconcertant. Il reflète dans un mimétisme parfait la situation du pays, ses passages politiques récents et ses maux les plus profonds. Vous voulez fuir la réalité à travers le petit écran ? Evitez les chaines tunisiennes. Vous avez envie de zoomer sur les travers de notre société, nos scénaristes en mal d’imagination vont vous rassasier.

Désormais, et sans que cela ne soit mentionné à l’écran, il faudra éviter de regarder en famille les émissions que diffusent nos chaines locales. Une quintessence de violence, d’obscénité linguistique et de comportements décalés est servie tous les soirs. Point de volonté d’occulter ce que notre société recèle comme travers. Mais l’une des vertus de la télévision est aussi de divertir et non d’être un simple miroir prenant pour base des trames virtuelles pour refléter ce que nous avons de plus laid.

Les émissions de téléréalité avaient banalisé des phénomènes sociaux lancinants, les ont exposés à un public familial pas forcément aguerri et les ont traités si mal qu’aucun bien ne s’en est dégagé. C’est au tour des productions télévisées fictives de prendre le relais. On y voit pêle-mêle, le terrorisme, la dépravation morale, le banditisme, la violence en tous genres, le tout sur fond de fictions un peu trop réalistes.

Les fictions en perdent de leur caractère premier faisant d’eux un moyen de fuir le réel. Ils en perdent de leur rôle cathartique car le réel, à force de lasser, ne touche plus mais exaspère ou laisse de glace quant aux malheurs les plus forts. Ce qu’attend un téléspectateur d’une fiction en temps de crise c’est l’offre d’un ailleurs attrayant car fictif. Ici, la règle a été inversée et c’est la réalité qui s’affiche à l’écran, un peu trop crue, un peu trop prosaïque.

Nous avons banalisé nos maux jusqu’à en faire un produit télévisé. Les politiciens sont devenus des stars du petit écran, les bandits sont devenus des héros et les vrais héros ont disparu. Notre télévision reflète fidèlement notre image et, en suivant en masse, les Tunisiens ont cautionné une production qui ne leur sied pourtant pas. Cette réalité étalée peut-elle avoir la vertu de nous faire voir autrement ce que, par habitude, nous n’apercevons plus ?

En théorie, cela pourrait être vrai. Mais ce qui est déplorable est de voir nos sociologues, nos psychologues, nos universitaires et nos chercheurs en les deux matières laisser leur place vide, en cette période délicate. Le relais est assuré autrement et avec une approche approximative tombant dans la banalisation. Nos maux sont commercialisés et nos malheurs emballés sont mis à la vente par les moins inspirés.

Ce qui est, toutefois, le plus frappant, ce n’est pas le traitement que font nos producteurs télé de nos phénomènes sociaux les moins beaux. C’est le fait que nous en ayons autant et qu’aucune autorité ne bouge pour faire changer les choses. On expliquera en plein prime time comment rouler un joint. On diffusera crument la violence physique. On bousculera les valeurs morales. Et on fera du commercial avec ce qui est pathologique.

Loin de jouer leur rôle de locomotive tirant ailleurs que vers le prosaïque un peuple englué dans ses propres malheurs et ses propres défauts, nos faiseurs de culture s’enfoncent dans le réel et en font une matière première unique. Les taux d’audience élevés les réconforteront dans leur choix et démentiront leurs détracteurs. La schizophrénie télévisée fera qu’on suive avec une fidélité quasi religieuse ce qu’on critique et qu’on apprécie quotidiennement ce qu’on dit honnir.

Nous mourons des dizaines de fois par jour, en Tunisie

Il y a une semaine en Géorgie, des pluies torrentielles ont libéré les animaux du zoo de la capitale. Fauves, hippopotames, crocodile, ours et autres animaux plus ou moins dangereux rôdaient au milieu des habitations. La population a été appelée à la vigilance et les bêtes ont été mises en cages ou exterminées. Il fallait limiter les dégâts et protéger les habitants. Il y a 24 heures en Tunisie, des extrémistes religieux ont sévi à Sidi Bouzid puis à Ghardimaou. Des courses-poursuites ont eu lieu et la population a tenté d’attraper un des sauvages descendus des montagnes voisines.

Entre le triste et insolite fait-divers de Géorgie et l’acte terroriste sanglant de Tunisie, il y a une sacrée différence : l’Etat a réussi à répertorier les animaux. Entre le fait-divers de Géorgie et l’acte terroriste de Tunisie, il y a une sacrée ressemblance : le zoo à ciel ouvert.

En trois ans, le terrorisme a étendu ses tentacules en Tunisie. La bête immonde couvée en temps de dictature s’est épanouie, en ces temps de laxisme démocratiquement justifié. Le pays n’en pourra, d’ici peu, plus survivre à cette infestation qui se répercute, de facto, sur l’état de ses secteurs vitaux et qui menace sa stabilité. Et pourtant on a laissé faire ! Pas la peine de chercher à qui profite le crime. Il faudra, pour trouver la réponse, aller chercher bien loin, dans un contexte régional et international à son tour contaminé.

Et en Tunisie, nous ne savons plus où donner de la tête, tant les événements se succèdent, à une vitesse surréaliste. Trois attaques en une journée dans différentes villes tunisiennes, des membres des forces sécuritaires ont encore payé de leurs vies l’amateurisme politique ayant gouverné en période de transition. C’est que la Tunisie paye, en ces moments difficiles, l’idéalisme d’après-révolution. Un idéalisme qui a propulsé, dans les sphères du pouvoir, ceux qui ne pratiquaient que l’opposition dans la clandestinité. Et entre ces deux mondes, un gap énorme. Un gap dont les résultats sont, aujourd’hui, perceptibles à l’œil nu et de très loin. Le terrorisme est un état d’esprit, c’est celui qui fait notre nonchalance face à l’horreur et produit notre défaitisme niaiseux face à ce qui n’est plus qu’une menace. Le terrorisme est un état d’esprit, un « état d’esprit politique » peut le vaincre ou le faire fluctuer. Faute d’esprit, et faute d’une politique adéquate, des apprentis gouvernants ont ouvert les cages et ont, au nom de leur vision de la démocratie, laissé la bête s’échapper. Le loup est dans la bergerie !

Incontrôlable ! La situation l’est aujourd’hui et, à moins d’un miracle ou d’une réelle volonté politique doublée d’un sacré savoir-faire, la Tunisie continuera à sombrer. Car de ces espèces animales rôdant parmi nous, il en est une autre moins agressive et pourtant aussi menaçante : les bêtes politiques (pas de second degré, évidemment). Le laisser-aller gangrène ce pays qui semble sombrer, sans résistance, dans une léthargie totale : saleté ambiante, infrastructure vieillissante, acquis mal entretenus, administrations défaillantes et gouvernants défaillants. C’est dur à encaisser, mais il est temps d’arrêter de faire comme celui qui accusait toujours les miroirs d’être faux.

Tout ce cirque à ciel ouvert a engendré, ce matin même, la mort d’une vingtaine de personnes dans un accident de train. C’est la faute au camion qui lui a entravé la route. Non c’est la faute de ceux qui n’ont pas pensé à installer les signalisations nécessaires pour éviter ce type d’accidents. Des passages à niveau inexistants, des feux de croisement hors-service au niveau des voies de métro, des fils électriques pendants, des trous béants à même la chaussée. C’est perçu comme étant des détails pour des dirigeants cloîtrés dans leurs bureaux bien au frais. « Nous faisons cas du beau, nous méprisons l’utile », n’est-ce pas là le comble de la laideur. Ce sont ces détails qui ont endeuillé une vingtaine de familles, en cette triste mi-juin.

Par où commencer, bon sang, pour achever les bêtes qui rôdent dans ce beau pays ? La tâche est tellement rude qu’on aurait presqu’envie de leur offrir à tous, classe politique comprise, des séances de psychanalyse. Ça serait à coup sûr le seul moyen de soigner les narcissiques refoulés, de guérir les sauvages qui s’ignorent, d’offrir un brin de lucidité aux moins éclairés , d’exorciser les fous de Dieu et de calmer l’ambition dévorante des arrivistes qui ne pensent qu’à arriver, justement. Au divan tous et qu’on en finisse de trainer ces boulets !

La Tunisie est devenue de la matière profuse, pour les journaux télévisés internationaux. On en parle, partout. Après la Géorgie ou avant, ce n’est pas important. La Tunisie, ce pays qui regorge de terroristes actifs et potentiels, selon une étude du Monde, a cessé d’être, depuis longtemps déjà, l’exemplaire pays révolutionnaire. Elle est devenue le contre-exemple. Celui par lequel on pourrait apprendre que la démocratie dépourvue de rigueur peut mener un pays à sa perte et faire de ses habitants des proies faciles pour des bêtes en tous genres.

Les infos récentes font état d’une situation de plus en plus maîtrisée en Géorgie. En cage les animaux ! En Tunisie, le danger court encore ! Honte à cette classe politique ! Même Jean de La Fontaine aurait du mal à vous classifier ! « La nature de l’homme veut qu’il soit un animal social et politique, vivant en collectivité », écrivait Saint-Thomas d’Aquin. Nous vivons, désormais, en ces temps où se pavanent animaux asociaux et médiocres politiques. Paix aux âmes de ceux qui en paient les frais.

Violeurs et pédophiles : les stars du buzz

La saison estivale s’ouvre, en Tunisie, sur des cas de viols en nombre. Hier, on évoquait un garçon de 10 ans qui a été la victime d’un professeur pervers. Aujourd’hui, on parle de 4 fillettes qui ont été abusées par un enseignant. Harcèlements, attouchements et viols sur mineurs, un crime qui se répète à un rythme effrayant. Avons-nous entrepris la bonne approche pour éradiquer ces crimes contre l’enfance ? Ou ne les a-t-on appréhendés qu’à travers le prisme polémique ?

C’est souvent au rythme des buzz sur les réseaux sociaux qu’on s’informe, qu’on informe, qu’on s’indigne et qu’on demande réparation à un préjudice dépassant l’entendement. Qu’il y ait un cas isolé de violences sexuelles sur mineur est un fait divers désolant. Qu’il y en ait plusieurs en peu de temps est une réelle problématique. Ce que l’on perçoit encore comme un épiphénomène est un phénomène dont la gravité va crescendo, au rythme du traitement superficiel dont elle fait l’objet et de l’accueil officiel artificiel qui lui est consacré.

Les chiffres pouvant certifier d’une manière formelle les cas de dépassements sur mineurs demeurent méconnus. Deux raisons à cela : la première c’est une certaine opacité découlant du fait que rendre public des études, y compris sur des sites internet, soit jugé accessoire. La seconde est la pudeur sociale faisant que pareilles expériences soient encore vécues comme honteuses, à garder dans la sphère de l’intime, personnel et familial.

Que pareils cas soient évoqués médiatiquement est salutaire dans la mesure où cela fasse perdre à un phénomène social lourd l’aspect tabou qu’il revêt. Toutefois le non-dit peut gagner en dangerosité en devenant public. L’approche psychanalytique est indispensable du côté de la victime comme de celui du coupable. L’approche sociologique aussi. L’approche « politique », également. Dans un pays où la femme et l’enfant disposent d’un ministère qui leur est attitré, l’intervenant que l’on s’attend à entendre en premier, c’est justement le ministère de la Femme. Et quand celui-ci ne réagit pas ou réagit trop tard, cela en dit long sur la nonchalance ou l’intérêt conditionné et, de ce fait, occasionnel qu’on accorde à des problèmes majeurs.

Violer un enfant est un crime. Un crime dont les intervenants essentiels ne sont pas uniquement la police et la justice. Nombreux sont ceux qui ne sont pas inquiétés en attendant que la justice tranche en leur défaveur ou en leur faveur, qui ne se soucient de rien en attendant qu’un enfant ait le courage de dénoncer ce qu’il a subi, qui mènent une vie paisible en attendant que des parents aient l’audace de dire ce qui leur a été confié. La transition entre le volet policier et celui concernant la préservation des potentielles victimes est assurée par le délégué à l’enfance, d’une manière générale. Mais qu’en est-il de la réinsertion sociale des « pervers » ayant sévi au moins une fois ?

D’une manière générale aussi ils sont lâchés dans la nature et ils ne sont inquiétés qu’une fois repérés de nouveau. Car exclure de son établissement un enseignant potentiellement montré du doigt ou désigné par les autorités comme coupable n’est pas suffisant, il faudrait peut-être réfléchir à une sanction autre. L’idée d’exclure momentanément de la société un violeur n’exclut pas le fait qu’il récidive dès sa sortie. Dans une coordination entre les différents intervenants et influents en ce qui concerne pareils dérapages, il serait peut-être utile de penser à assurer un suivi, une surveillance régulière, une thérapie obligatoire pour éviter que le nombre de victimes ne s’accroisse.

La solution qui peut être radicale pour éradiquer ce mal consiste aussi dans notre capacité à bannir l’hypocrisie sociale, celle qui nous fait dire que tout va bien dans le meilleur des mondes, qui tente de maquiller vulgairement les travers de notre société et d’occulter tout écart jugé immoral. Le jour où l’hypocrisie qui nous permet de nous leurrer nous-mêmes sera dépassée, nous pourrons combattre efficacement nos fléaux et essayer de remédier à ce qui est dommageable pour autrui. Sinon la frustration fera de nous des monstres et le silence pudique n’en sera que plus incitatif.

Pour moins que des viols à répétition sur des mineurs par des personnels enseignants, nous avons assisté à des cercles de réflexions, des délégations, des commissions, des cellules de crise et des réunions officielles. Afin de limiter les dégâts et de rendre justice aux enfants et aux parents frappés par un tel drame, peut-être est-ce utile de réfléchir à une stratégie de traitement conjointe abordant les cas repérés d’une manière globale et penser aux victimes et à l’aide qui pourrait leur être procurée. Le viol d’un enfant doit cesser de n’être qu’un article de presse attirant les lecteurs et un statut Facebook suscitant les j’aime et je déteste. Ce qui touche à nos enfants est une affaire nationale et c’est à la nation de faire respecter la morale quand celle-ci n’est plus connue ou reste méconnue à certains. Cela se passe, dans le premier maillon de la chaîne, qu’est l’école. Mais au fait, comment va l’école, en Tunisie ? Ah oui, même pas de devoirs de fin d’années, nos enseignants sont en grève ! Pour rappeler la notion de morale, il faudra les oublier…

Modernistes qui prônent la liberté et qui s’ingénient pour que soit écrasée celle de l’Autre

Gavants ces modernistes qui prônent la liberté et qui s’ingénient pour que soit écrasée celle de l’Autre, qui, au nom de la tolérance, crient au scandale si, à l’étranger, on les stigmatisait et qui, dans leur propre pays, stigmatisent l’Autre, qui sont capables des mensonges les plus saugrenus pour ne pas avouer l’erreur quand, de leur camp, elle vient et qui semblent croire que leur surenchère pourrait duper l’Autre.

Modernistes ai-je dit ou une pâle copie de ceux qui, pendant 23 ans, avaient créé l’autre…

A la mère de Nadhir Ktari on n’a pas seulement ôté la joie de voir son fils

A la mère de Nadhir Ktari on n’a pas seulement ôté la joie de voir son fils, on l’a aussi privée de la tristesse que ressent toute mère quant à la mort de son fils; par l’effet de la colère qui dépasse la tristesse et de la résignation qui fait accepter le pire et nous le fait réclamer presque.

Sa résignation est réaction et sa réaction est action alors que tous font semblant de bouger en restant sur place, des mois durant.

Nos otages en Libye méritent mieux que des interrogations en guise de deuil.

Pourquoi mourrons-nous ?

Nous n’avons pas encore trouvé de réponse à la question qu’éternellement, on se pose, qu’une autre, par la bêtise humaine, à nous s’impose: « Pourquoi nous tuent-ils? »…

La mort est bête, mais il est des vies qui s’arrêtent encore plus bêtement…

Pensée aux familles de Chourabi et Ketari meurtries plus d’une fois.