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En photos, un graphiste crée une valse à deux temps

Allier modernisme et authenticité, assumer son Histoire et son originalité, des slogans intéressants certes, qu’on entend beaucoup mais qu’on ne voit que très peu en exécution. Les dernières créations de Mohamed Lazreg* l’ont fait ! Ce jeune graphiste a marié le traditionnel tunisien et le modernisme international, le typique et le désormais commun.

Une série de photos constitue ce corpus artistique inventif. Huit clichés en tout où on voit comme une totalité deux objets d’un même paradigme « apposés », en toute sobriété : un mortier en cuivre massif et un robot ménager, des baskets tendance et des babouches en cuir, une casquette et une chéchia, une bouteille de Magon et une autre de legmi (vin de palme)…

8 clichés en tout où de l’anachronisme on crée de la valeur et on en donne à ce passé représenté à travers des « choses » en provenant. De l’allégorie à l’état pur que cet album où les temps se superposent et proposent une lecture autre de notre temporalité. Du quotidien, Mohamed Lazreg a fait de l’artistique, du prosaïque il a retracé la noblesse, du commun il a fait l’original. Une œuvre simple certes, mais chargée de sens, de symboles et de créativité. Deux cadences pour une composition originalement rythmée.

*Mohamed Lazreg est un artiste tunisien pluridisciplinaire. Passionné de danse et de musique, il a commencé des études de publicité en Turquie, études  qu’il a dû abandonner après la révolution tunisienne. Il est graphiste, photographe et alchimiste puisant dans la nostalgie commune un multiculturalisme caractéristique de son empreinte artistique.

 

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Insolite- Le sauvetage d’une clé USB en France fait le buzz en Tunisie

 

Le récit fait par Salah Fikri, jeune marocain, installé à Paris d’une aventure qu’il a eue la nuit du mardi 2 décembre a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Le jeune en question a perdu une clé USB où se trouvaient des documents importants. Apprenant qu’un service existe et permet de récupérer un objet tombé dans les bouches d’égout, il demande de l’assistance aux spécialistes en question. Le jeune homme a décrit les étapes de l’intervention qui a eu lieu dans les 20 minutes suivant son appel, le service étant considéré comme une urgence. Au final, sa clé USB a été « sauvée » et les « sauveteurs »  lui ont indiqué que c’était gratuit car dispensé par un organisme public.

Rien d’insolite en somme pour ce service en place depuis plusieurs années. Pourtant, sur la blogosphère tunisienne l’anecdote racontée sous le mode de la reconnaissance a été reprise en masse avec beaucoup d’admiration. Les nombreux commentaires que les photos ont générés relèvent entre autre cette notion de service, ce professionnalisme et cette approche de l’intervention d’urgence alors qu’il s’agit d’objets là où, ailleurs, l’intervention d’urgence n’est que notion alors qu’il s’agit d’humains.

 

 

 

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Crédit photo Salah Fikri

Courrier international. Vu de Tunisie. “Soyons unis jusque dans notre colère !”

Je venais de finir un article où j’évoquais la décapitation [par des djihadistes, le 13 novembre] d’un jeune berger de 16 ans à Sidi Bouzid, quand la nouvelle est tombée. L’horreur avait donc frappé, le même jour, nos deux pays. Les “fous de Dieu” ont désormais le bras long. Ils agissent des fins fonds des campagnes tunisiennes jusqu’au cœur de la ville des Lumières. Leur terrorisme est passé à la vitesse supérieure. Il ne frappe plus des symboles, mais de simples citoyens. Il ne choisit pas une cible unique, mais multiplie les attaques. Il défie toutes nos stratégies sécuritaires et tous nos discours rassurants. Les terroristes nous narguent et cela ne peut qu’éveiller notre colère.
Cette nébuleuse qui s’étend d’une manière internationale menace la stabilité de nos pays, sème la terreur parmi nos enfants et nous habitue à l’horreur. Elle nourrit perfidement les amalgames et parasite l’harmonie selon laquelle nous devrions vivre notre diversité.

Nous sommes la cible d’un même mal ! Nos nationalités importent peu, nos religions importent peu !

Elle ouvre la voie au radicalisme et mène nos pays vers un rigorisme dangereux et vers le refus de l’altérité. La nébuleuse terroriste veut nous changer jusqu’à nous posséder. Toutefois, son action abjecte, au nom d’une idéologie immonde, nous rappelle qu’au delà de toute stigmatisation, nous vivons tous le même calvaire. Nous sommes la cible d’un même mal ! Nos nationalités importent peu, nos religions importent peu !

Dans cette guerre que nous avons à mener contre l’obscurantisme, c’est l’humain qui prime sur l’appartenance restreinte. Et pour honorer la mémoire de tous ces humains morts sans raison, ne donnons pas au terrorisme la chance de nous diviser. Soyons solidaires dans notre tristesse. Soyons solidaires jusque dans notre colère !

 

Pour consulter la source, cliquer ici.

En Tunisie, la décapitation devient un fait divers

Le fait marquant de ce jour n’est pas la énième tentative de Nidaa de rafistoler les brèches. Ce n’est pas non plus la querelle entre religieux de tendances plus ou moins régressistes et se battant pour une autorité religieuse inexistante. Ce n’est pas non plus la querelle entre des syndicats estudiantins basés sur des idéologies ennemies. Le fait majeur de ce vendredi 13 est la mort d’un jeune de 16 ans, à Jelma, dans le gouvernorat de Sidi Bouzid. Le berger a été égorgé par une cellule terroriste basée dans la région précitée. Sa tête aurait été remise à un ami qui l’accompagnait au moment où un groupe de 20 terroristes les aurait encerclés. Celui-ci aurait été chargé, selon le témoignage d’un de ses proches, d’informer la famille du défunt et de lui remettre la tête de son ami.

 

Ce crime odieux est loin d’être le premier acte dans le genre : il s’agit d’un mode opératoire auquel les terroristes ont déjà eu recours. Il y a un mois, un autre berger, Nejib Guesmi, avait été retrouvé mort après une annonce sur Twitter faite par Qatibete Okba Ibn Nefaâ. Le 29 octobre, c’est un autre berger Sami Ayari originaire du Kef qui a été retrouvé égorgé aux alentours du Mont Ouergha. La filiale maghrébine d’Al Qaida a revendiqué donc ces actes dans un communiqué puis dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux et mettant en scène les aveux de feu Nejib Guesmi. Celui-ci y avouait une collaboration avec les forces sécuritaires.

 

Et c’est là le point commun entre ces assassinats ayant ciblé des bergers dans les régions montagneuses. Interrogés par les autorités pour les informations qu’ils auraient quant aux camps terroristes qu’ils auraient aperçus, les bergers achevés ont été repérés par lesdits terroristes et catalogués comme étant des ennemis à abattre. Car outre ce qui est perçu comme une collaboration avec l’ennemi, les personnes assassinées disposaient d’une connaissance des hauteurs investies par les terroristes et pouvaient, de ce fait, constituer une menace sérieuse pour ceux-ci.

 

Trois bergers tués, pour avoir collaboré avec la police et l’armée. Mais pas que ! Ils ont été sauvagement abattus pour servir de leçon. Les achever vise à terroriser toute la région et à marquer la population y résidant. Des habitants des régions en question avaient rapporté des faits de racket et de menaces les ayant ciblés. En effet, les terroristes venaient chercher chez eux des denrées alimentaires, essentiellement. Tuer et le faire savoir d’une manière étendue permet donc aux terroristes occupant certaines hauteurs tunisiennes d’asseoir leur autorité sur des régions reculées. Ils y gagnent de véritables fiefs et mettent à leur service, par le biais de la peur, un pan de ces populations défavorisées. De petits émirats, en vue. Si les autorités ne se déploient pas dans ces régions de manière à assurer la sécurité des habitants ciblés, le but des terroristes sera en voie de réalisation.

 

Pendant que la terreur sévit, s’installe et s’étend dans cette Tunisie reculée mais non moins tunisienne que les grandes villes et leurs alentours, l’opinion publique est ailleurs. Elle patauge dans les marécages politiques et partisans et sombre dans la médiocrité générale qui en résulte. Un jeune tunisien égorgé en devient un simple fait divers, dans ce paysage médiatique parasité par la politique vilement politicienne et qui banalise ainsi les actes les plus odieux au regard d’une société s’habituant à l’horreur. Paix aux âmes de ceux qui continuent à nourrir cette terre de leur sang.

 

Jamila Bouhired, excusez notre médiocrité

Ce matin, une députée d’Ennahdha a appelé l’Assemblée tunisienne à rendre un hommage posthume à la militante algérienne Djamila Bouhired. Ce qu’elle avait pensé être un acte louable, ainsi que ceux qui ont répondu positivement à sa demande, est, en fait, une méprise très méprisable. La grande algérienne est encore en vie, annoncera, en réponse à cette bavure, l’ambassade d’Algérie en Tunisie.

 

« Vous avez tué la dame, Yamina Zoghlami, vous l’avez tuée et nous avons récité la Fatiha ! », a hurlé un Abdel Fattah Mourou furieux. Le vice président de l’ARP et dirigeant islamiste a sermonné l’élue et s’est interrogé sur l’usage à faire de la Fatiha récitée pour rien. Délicat comme réaction. Il faut dire que la situation n’est pas habituelle. Donner pour mort un vivant et mettre à nu sa propre légèreté en direct à la télé, ce n’est pas une situation facile à gérer.

 

Nos excuses, Madame Bouhired, l’ignorance de l’Assemblée des Représentants du peuple ne nous représente pas. Nos élus ne ratent pas une occasion pour faire dans le populisme. Ils se nourrissent de ragots et nous gavent de discours creux. A la surface des choses, voire à côté de la plaque, ils se sont fait remarquer par les médias internationaux et leur bêtise est loin d’être passée inaperçue.

 

Désolée, Madame Bouhired, ici on ne sait honorer que les morts. Les vivants sont dans l’oubli. Leur militantisme ne vaut qu’une fois faisant partie du passé. Leur vie n’intéresse qu’après leur décès. Un mort ça s’honore. Ca se loue. Ca se vend au profit de causes diverses, au plus offrant, au plus populiste, au moins honnête. Un mort, ça s’exploite. Comme un fonds de commerce qu’on utilise plus ou moins longuement, occasionnellement, au gré des besoins et des opportunités.

 

Désolée Madame Bouhired, de vous, ils ne connaissent, probablement, que le nom. La force, le courage, l’héroïsme, ils n’en savent pas grand chose. Trop occupés à polir leur islamisme politique, à en adoucir les angles et à vouloir se faire remarquer, dès que les caméras sont braquées sur eux. Trop occupés à s’entretuer pour nous représenter et pour nous diriger. Ils cherchent à s’approprier des icônes, eux qui n’en ont plus. De vous ne les a intéressés que l’information, heureusement, fausse de la mort.

 

Désolée Madame Bouhired, ici nous combattons quotidiennement la médiocrité. Nous en faisons des blagues et nous en rions à en mourir, de lassitude, de honte, de haine. Vous qui aviez combattu l’imposture, vous comprenez notre combat. Il n’est pire dictature que celle de l’incompétence. Il n’est pire arrogance que celle de la bêtise. Le colon, à côté de nos cons locaux, c’est du pareil au même. Ou presque. Faire les zouaves, les voilà payés pour ça. Aujourd’hui, les rires ont dépassé nos frontières.

 

Longue vie à vous, Madame Bouhired. Et mort à la médiocrité !

Lotfi Abdelli, Bernard Pivot et l’art de vulgariser

L’événement sera, cet après-midi, au musée du Bardo : la dernière étape avant l’attribution du Prix Goncourt. Hier, ont circulé sur les réseaux sociaux des photos de Bernard Pivot, éminente figure de la culture et de sa vulgarisation en France et ailleurs. On le voyait à l’avenue Bourguiba au milieu d’une petite foule d’admirateurs venus le rencontrer à la librairie Al Kitab. Mais l’intérêt général était focalisé ailleurs. Les scènes publique, télévisée et virtuelles étaient occupées par un autre adepte de la « vulgarisation » : Lotfi Abdelli.

L’humoriste tunisien invité dans une émission très suivie sur une chaîne très regardée s’est bien fait remarqué. L’audience était au rendez-vous et l’intérêt sur les réseaux sociaux, également. Nos stars de l’écran sont-ils à notre image ? Le niveau de ce qu’ils incarnent est-il le nôtre ? Nous regardons. Nous dénigrons. Et nous continuons à regarder ce que nous dénigrons, assez longtemps pour que ceux que l’on dit ne pas apprécier gagnent en popularité et que leur produit gagne du terrain sur une scène culturelle devenue aride.

Ici nous aimons la culture. Mais d’un amour pervers. Nous faisons le succès de ceux que l’on critique avec virulence. Nous les suivons assidument à l’écran. Nous nous plaignons communément du niveau bas des productions télévisées, mais nous les regardons fidèlement, avant de nous acharner dessus sur la toile. Nous affichons notre culte voué à la culture mais nous n’en garderons que l’aspect « affiché ». Ouled Ahmed, poète de renom, n’a bénéficié de sa popularité récente qu’après une récupération politique bien orientée idéologiquement. Sa maladie a été récupérée, également, de manière partisane. Ceux que le poète a dénoncés virulemment ayant choisi le pardon en clichés et s’étant rendus, avec des photographes, à son chevet. Sans ça il aurait sombré dans la nonchalance commune comme de nombreuses figures de notre culture ne gagnant en reconnaissance qu’après-trépas, le cas de la chanteuse populaire Fatma Boussaha en est le dernier exemple en date.

Et elles sont nombreuses, ces derniers temps, ces figures connues et peu connues de la scène culturelle qui déclarent publiquement leurs situations difficiles. Les uns demandent de l’aide, les autres l’attention de l’Etat, d’autres ne veulent que dénoncer un système ingrat, une machine sans cœur faisant du pire le meilleur et lâchant en cours de route les compagnons de la veille, le tout au rythme d’un goût général tirant de plus en plus vers le bas.

C’est ce qui fait qu’en access prime-time on a offert hier un combat de coqs. On frôle le degré zéro en terme de niveau de langage. On flirte avec la décence, en terme de résultat à l’image. Mais le tout ayant fait de l’audience, cela ne pourra qu’encourager nos commerçants de la télé, loin d’être des mécènes, à récidiver. En hommes d’affaires flairant l’audimat faiseur de recettes, ils creuseront encore plus afin de nous proposer du plus controversé, du plus vil, du plus vulgaire.

D’autres n’attendront même pas la contribution du commerce télévisé pour sombrer et faire sombrer l’image de la culture et ses hommes en Tunisie. C’est le cas d’un Moncef Souissi qui après des années de travail et des dizaines d’œuvres a choisi son camp. Celui du retournement de veste et de la servilité affichée au politique. Il s’était positionné il y a quelques mois comme opposé à la prise de pouvoir par Béji Caïd Essebsi. Il s’est positionné récemment comme adulateur de ce même Béji Caïd Essebsi devenu président. Rien de mieux qu’un bisou sur le front du président de la République lors d’une réception à Carthage pour illustrer les propos !

La diversité dans les genres proposés, le style cultivé par chacun, tout ce qui en soit constitue une richesse est perverti à cause de l’approche avec laquelle nous appréhendons la culture. Et de culture en Tunisie, on ne retiendra donc cette semaine que Moncef Souissi et Lotfi Abdelli. Pivot, Assouline, Dabadie, Debré, Ben Djelloune… on en parlera sur un mode assez ennuyeux et dans des formats tellement classiques qu’on ne retiendra l’intérêt que de ceux déjà intéressés par la culture ou par l’étiquette que l’on aime en tirer. Pourtant, nombreux sont ceux qui se mettent à jouer le jeu et à essayer de casser l’image péjorative collant à la Tunisie après les derniers actes de terrorisme. Invités, organisateurs, instigateurs savent que substituer une image de renaissance à celle de terreur est susceptible d’être efficient à l’échelle internationale. Nous sommes nombreux également à suivre la foule qu’on appâte vers le bas, et à passer à côté de ces opportunités. Car, au lieu de vulgariser la culture, nous avons choisi de vulgariser le peuple.

Interview de Khadija Madani- Women for Change

Khadija Madani est la seule Tunisienne candidate au prix international « Women for change », une initiative commune de la Fondation Orange et Women’s Forum for the Economy and Society dont le Global meeting se déroule en ce moment même à Deauville. Mme Madani est avocate et activiste tunisienne dans le domaine des droits de la femme et de la promotion de l’égalité des chances. Nous l’avons rencontrée en marge du Women’s Forum de Deauville au stand Orange aux côtés de Brigitte Audy, secrétaire générale de la Fondation Orange et Asma Ennaifer directrice de la communication externe et du mécénat à Orange Tunisie. Il s’agit de récompenser des projets menés par des femmes africaines et du pourtour méditerranéen engagées pour la défense des causes de la femme dans leurs pays, en l’occurrence la Jordanie, le Maroc, la Tunisie, l’Egypte et l’Espagne, explique la secrétaire générale de la Fondation Orange.

Notre choix s’est orienté vers des femmes exceptionnelles pour leur engagement pour l’égalité des chances et la mixité et pour des femmes travaillant au sein d’ONG et d’associations. Notre sélection s’est basée sur la teneur des projets et sur leur faisabilité. Une action qui s’inscrit, comme l’ajoute Mme Audy dans le cadre d’une démarche globale de la Fondation Orange qui souhaite accompagner la femme, la soutenir et l’aider à garantir sa place au sein de sa société. « Si nous n’y prenons pas garde, si la femme baisse la garde, sa situation risquera de régresser », a déclaré Brigitte Audy.
Revenant à la candidature tunisienne, elle a ajouté que « des liens étroits existent entre La Fondation Orange et la Tunisie ». Ils ont été prouvés par de nombreuses actions menées par Orange Tunisie, dans des zones rurales au profit de femmes et d’enfants desdites régions », a-t-elle conclu.

Parlez-nous de votre candidature.

Je suis honorée d’avoir été choisie par La Fondation Orange pour présenter mon projet qui est le fruit d’un combat quotidien pour les femmes de mon pays. Je suis très fière de représenter la Tunisie, en cette période, et surtout après la joie d’avoir obtenu le Prix Nobel de la paix. Quant à ma participation, elle m’a permis de faire connaître un projet qui me tient a cœur et pour lequel j’ai travaillé toute ma vie. Un projet qui ambitionne de constituer un réseau à travers tout le territoire tunisien, en vue de préserver l’égalité des chances et de dénoncer tout abus dans ce sens.

Mon projet est ambitieux et utile parce que certains faits que nous constatons sont étrangers au modèle social tunisien. Le but est donc de les détecter et d’en informer les Tunisiens et les autorités au moyen d’un réseau de volontaires individus et associations partenaires. Le projet prévoit également une enquête exploratoire qui permettra d’avoir une base de données fiable afin de renforcer le rôle de proposition et de force de pression des différents réseaux régionaux.

Quelles sont vos ambitions pour la Tunisie ?

Quand on me pose la question si j’ai peur pour mon pays, je réponds souvent qu’un pays où la femme a pu imposer le mariage kairouanais en l’an II de l’hégire, où la femme a combattu plus récemment pour préserver son statut et ses libertés est un pays qui ne peut inspirer que de l’optimisme. Alors, si pour Aragon la femme est l’avenir de l’homme, je suis persuadée que la Tunisienne est l’avenir de la Tunisie.

Quel est votre message pour ceux qui n’ont pas encore voté pour vous ?

Je tiens tout d’abord à remercier ceux qui ont voté pour moi. J’invite ceux qui ne l’ont pas encore fait à croire en mon projet, en sa faisabilité et en son apport. Je les invite à voter pour moi et, à travers moi, pour notre pays. Votez pour l’image d’une Tunisie moderne et vivante pour que notre drapeau rayonne à Deauville demain à l’annonce des résultats du Women’s for change!

18 Tunisiennes à l’honneur au Women’s Forum 2015

Cette onzième édition a, en effet, été l’occasion d’inviter une délégation tunisienne exclusivement féminine : 18 Tunisiennes la composent. Appartenant aux mondes de la politique, du business, du juridique, de la recherche scientifique et de l’associatif. Elles ont fait le voyage pour représenter la Tunisie parmi 73 autres pays représentés.

A Paris depuis lundi 12 octobre, la délégation tunisienne, aux côtés de celle Singapourienne, a pu assister à des événements organisés spécialement pour eux en préprogramme. Ont été prévues, sur deux jours, une réception à l’ambassade de Tunisie en France, une visite au château de Versailles et au musée d’Orsay qui ont été privatisés pour les deux délégations précitées, une visite officielle au Sénat, un déjeuner-débat à l’OCDE et une réception d’honneur

La réception à l’ambassade de Tunisie en France a été marquée par la remise d’une médaille d’honneur à notre championne olympique Habiba Ghribi. La visite officielle au sénat français a permis entre autres à la délégation d’assister à une séance de travail au sein de l’hémicycle en présence du Vice Président du Sénat Monsieur Jean Gaudin. La réunion de travail au sein de l’OCDE a permis de débattre, en présence de consultants internationaux, et au cours de dix différents workshops, de thématiques économiques diverses rattachées aux femmes

Clara Gaymard et Jacqueline Franjou, présidente et CEO du Women’s Forum, ont rendu chaleureusement hommage à la Tunisie et aux femmes tunisiennes dans leurs efforts pour réussir la transition démocratique. Le Prix Nobel attribué au Quartet Tunisien a été salué dans une grande ferveur. Plus généralement, La délégation Singapourienne et tous les invités et participants du Women’s Forum ont exprimé une très grande admiration et respect envers le peuple Tunisien et les Tunisiennes en particulier. Selon les témoignages et interventions, « la Tunisie fait figure de cas d’école ».

Le Women’s Forum qui se voulait une alternative à la présence masculine largement majoritaire au Forum de Davos est celui qui réunit des femmes de tous bords autour de thématiques se voulant généralistes. Cela va de la technologique, au scientifique, et du sociologique à l’économique. Cette année des speakers de grande renommée ont été invités pour leur apport dans leurs domaines à l’instar de la Présidente de la République de l’île Maurice,Christine Albanel ancienne Ministre Française et Présidente de Fondation Orange, Wided Bouchamaoui Présidente de l’UTICA, Anousheh Ansari Première touriste dans l’espace.

Le Women’s Forum se veut aussi, en dehors des différentes conférences ayant lieu au Palais des Congrès de Deauville, un lieu de networking de très haut niveau. Des points de rencontres sont prévus en marge de l’événement afin de permettre un contact plus efficient et direct entre les différents participants. Cela permet le partage d’expériences autour de différents domaines d’activité et la mise en relation de 1300 participants venus de différents pays et réunis au même lieu pendant trois jours.

Sont notamment représentées les sociétés Cartier, Sodexo, Nissan, Orange, Lenovo, Mazars, France Télévision, TF1, EDF et d’autres entreprises encore. La délégation tunisienne bénéficie, à son tour d’une visibilité au niveau de l’espace de rencontres. Un espace lui est spécialement attribué afin de répondre aux questions concernant le pays.

Par ailleurs, il est à rappeler qu’un workshop a eu lieu le 18 Septembre à l’Université Dauphine- Tunis afin de réfléchir avec les organisateurs du Women’s Forum dont sa CEO Jacqueline Franjou sur la tenue d’une édition dudit événement en Tunisie à la fin de l’année 2016. A noter qu’une édition est également prévue pour l’année prochaine à Dubai.

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Difficile d’être un enfant en Tunisie

Voilà trois ans que la politique a envahi nos vies, meublé, à outrance, nos quotidiens et fait oublier l’essentiel à beaucoup d’entres nous. L’essentiel, il n’est pas du côté des ministères régaliens, de celui des partis, ni dans les discours politiques creux sur fond d’idéologie. L’essentiel est dans le social et dans le social, le psychologique est intrinsèque.

Nous sommes en Tunisie, un des rares pays à avoir un ministère spécialement dédié à la Femme et à l’enfance. Le premier volet de ce portefeuille est, tout en étant de nature stigmatisante, une forme de lutte contre le sexisme etNous sommes en Tunisie, un des rares pays à avoir un ministère spécialement dédié à la Femme et à l’enfance. Le premier volet de ce portefeuille est, tout en étant de nature stigmatisante, une forme de lutte contre le sexisme

Comme un bus jaune le jour de la rentrée

C’est la rentrée. Enfants, parents et politiciens connaissent aujourd’hui l’effervescence du premier jour après le répit estival. Même ceux non concernés ne pouvaient pas passer à côté de l’événement automnal. Le flux de voitures sur les routes et les désagréments qui en découlent rappellent qu’aujourd’hui n’est pas une journée ordinaire. Un seul citoyen n’aura pas remarqué le foisonnement dans nos rues et la pression au propre comme au figuré dans nos transports. C’est le ministre des Transports.

Monsieur le ministre n’était pourtant pas à bord de sa grosse berline mais d’un bus public. Le bus jaune comme on l’appelle ici. Celui qui habituellement a des allures de tour de pise tant il est rempli sans harmonie. Mahmoud Ben Romdhane a donc pris le fameux bus ce matin et s’y est pris en photo par son équipe communication qui n’a pas manqué de publier l’information du jour. Un ministre des Transports dans les transports. Sacré événement ! L’événement est tel que le bus en question semble avoir été privatisé pour l’occasion. Pourquoi ? Pour qui ? Il n’y a même plus de touristes parmi nous. Et le positif n’intéresse pas les médias étrangers qui n’apprécient de nous que les déboires. Pour nous ? Nous savons tous pourtant l’état de la flotte et la nature du service. Nous connaissons la moiteur de l’ambiance des transports publics, l’incivisme des usagers et leur déshumanisation par celui qui est censé leur proposer un service.

En ce jour de rentrée, nous avons préféré maquiller la façade. C’est plus positif en effet une réalité embellie. Un autre a fait sa rentrée ce matin : Habib Essid, chef du gouvernement. Lui, on l’a vu en photo dans des écoles publiques. Il a posé en toute spontanéité dans une salle de classe modèle. A en oublier les salles dont les plafonds croulent et les murs ruissellent dès le milieu de l’année. Les clichés sont beaux et c’est l’essentiel. « Qui n’a pas pleuré le jour de la rentrée », voici sa phrase-accroche du jour. Limpide et percutant. Ca résonnera longtemps dans nos esprits. Monsieur Essid peut se reposer jusqu’à la prochaine sortie. Son équipe com’ aussi.

Oublié l’incident de la mère aveuglée partiellement par un surveillant général à la veille de la rentrée et le fait que celui-ci ait encore été à son poste après que le ministre de l’Education ait avancé le contraire. Oubliés les gosses marchant des kilomètres pour atteindre l’école de village, l’état de beaucoup d’établissements, la difficulté financière que représente la rentrée scolaire pour certaines familles et les grèves pesant sur le corps enseignant comme une maladie latente.

Le téléthon est passé par là. Cette grosse campagne com’ et mendicité organisée au profit des écoles publiques a permis de rassembler moins d’un million de dinars de dons. Pas mal mais pas assez. Les Tunisiens sont de moins en moins dupes par rapport à l’état de délabrement et de décrépitude que connaissent les régions les plus démunies. L’Etat ne cache plus son incapacité à tout gérer. C’est mieux que de leurrer. Mais la frontière est très infime entre être conscient de ses limites et le fait de les afficher comme une tare susceptible de rapporter. A Néji Jalloul la misère scolaire rapporte. Elle fait gagner en sympathie et fait faire des miracles en terme de communication. Le ministre en question en est devenu un des plus populaires.

Nous savons pourtant tous que l’école publique attire de moins en moins. Le privé l’a suppléé en terme de réponse aux exigences des parents et des enfants et ce pour les classes moyennes. Celles plus aisées affluent chaque année par milliers vers les écoles internationales et celles étrangères. De moins en moins d’enfants français dans les écoles françaises. Presque plus d’enfants américains dans l’école américaine. Peu d’Anglais à l’école britannique et peu ou pas de canadiens à l’école canadienne. Que des Tunisiens ou presque qui ont débuté, quinze jours avant la majorité des petits tunisiens, leur année scolaire et qui ne connaitront pas le vent qui souffle en plein hiver dans les salles de classe, le pénible bras de fer syndicat ministère et le gavage du système scolaire tunisien.

Mais l’image est tellement belle qu’on a envie d’y croire. La réalité maquillée est plus belle à voir. La misère cachée est plus supportable et un politicien bon est un bon communicateur (lui-même ou par « procuration »). La rentrée du gouvernement est belle et en mouvement. Des décisions structurelles sur le plan économique sont en marche. La réconciliation grâce au jusqu’auboutisme de l’opposition ne pose plus problème. L’opposition elle-même ne posera plus problème. La communication officielle fait des miracles. Et des miracles ça fait mieux rêver que le salut est possible. Alors comme ils font dans la comédie pour nous duper, faisons mine d’y croire. Bonne rentrée à tous !

Journalistes menacés, quoi de plus banal !

La nouvelle a été rendue publique, lundi 31 août. Business News ainsi que Akher Khaber et Hakaek Online sont la cible d’une menace provenant de la branche médiatique de Ansar Chariâa. Un tweet dans ce sens avait été mis en ligne par ceux qui assurent la communication de l’aile maghrébine d’Al Qaïda. Sur la toile et dans les médias autres que ceux concernés, RAS. On s’émeut encore devant la photo d’une souris trouvées dans une bouteille d’huile chez un épicier de quartier.

Des politiciens menacés. Nous avons connu ça. Des politiciens assassinés aussi. Des menaces contre des secteurs vitaux, nous avons connu ça. Des frappes contre des symboles de ces secteurs vitaux aussi. Nous avons connu en Tunisie, les mines, les bombes, les balles, les coups de kalach… Nous sommes désormais habitués, imperturbables, blasés. Une menace envers trois médias, ça nous frôle à peine.

La blogosphère tunisienne était, hier encore, et quoique le ministère de l’Intérieur ait pris au sérieux ladite menace, obnubilé par du plus léger. Elle était plus orientée vers ce que l’Algérien Kamel Daoud désigne, dans sa dernière chronique dans Le Point, par « le fait futile ». Fait futile, ce qui remplace le fait divers, en attention à l’accueil et qui dépasse la vraie information, en intérêt aux yeux des lecteurs. Tout ce qui n’est pas fait futile n’intéresse que trop peu. Tout ce qui n’est pas assez grave ne mobilise pas l’intérêt général. La foule veut du sensationnel. Un accident de la route ayant fait des morts intéresse plus ; pas aux yeux de celui qui reçoit l’information seulement, mais même aux yeux de celui qui la crée.

Lundi 31 août, des journalistes ne sont pas morts. Mais une menace sérieuse les a visés. A Akher Khaber, Hakaek Online ou à Business News, on ne cèdera pas à la menace et l’effet qu’elle voudrait produire. Toutefois, le fait est grave. Grâce à l’anonymat que procure le monde virtuel, les terroristes continuent à terroriser, du moins à l’essayer. Annoncer leurs plans, c’est leur manière de défier le système en marge duquel ils se sont mis et de narguer la sécurité nationale et ses défenseurs. Leurs menaces et leurs actions ont développé, toutefois, une témérité inconnue chez le Tunisien.

Qu’il y ait frappe récente ou menace persistante, on continue à vivre en se disant prêt à mourir. La cause ne vaut pas le coup, mais d’autres sont passés par là. Mourir pour son pays, pour prôner sa liberté et braver ceux qui le veulent aliéné et faible, quoi de mieux ? Ici, on n’a pas peur. C’est excellent ! Ici, on s’habitue au pire. Quoi de plus désolant ! L’opinion publique ne bouge que pour le plus futile ou pour le plus tragique. Ce qui est entre les deux, est de moindre intérêt. Bénéfique et dangereux, à la fois.

Pourtant, lorsque les terroristes avaient, auparavant, menacé, rien ne les a empêchés d’aller jusqu’au bout de leurs plans. Des journalistes ont été la cible d’assassinats, dans d’autres pays comme l’Algérie par le passé ou la France, plus récemment. En Tunisie, nombreux sont les journalistes « bénéficiant » d’une garde rapprochée. Surveillés de près car pouvant être la cible de ceux qui ont décidé de terroriser le pays pour mieux se l’accaparer.

Ce sont ceux dont le discours dérange qui sont la proie potentielle. Ceux qui ont attaqué l’IVD, me disait une personne hier. Ceux qui s’affichent anti-islamistes. Ceux qui se disent modernistes. Ceux qui n’aiment pas les « Marzoukistes » et le disent. Les motivations sont multiples et les étiquettes, dans ce pays qui se divise de plus en plus aussi. « Nous sommes deux Tunisies », avais-je écrit dans une chronique, par le passé. Nous sommes trois Tunisie, réellement. Une moderniste, une réactionnaire et une virtuelle. La première regarde l’avenir et tente de quitter une réalité aussi pathétique qu’engluante. La deuxième a déjà fait son bond vers l’arrière au niveau des idées et tente de tirer par la force ceux réfractaires à son « élan réactionnaire ». La dernière regarde le tout béate, prête à s’indigner pour la première futilité, à plonger dans l’alarmisme au premier fait-divers et à banaliser ce qui, hier encore, l’aurait terrorisée longtemps. La superficialité est ce luxe qu’en Tunisie on a décidé de s’offrir, depuis que la sécurité de tous et de quelques-uns est régulièrement menacée.

« Quiconque a sondé le fond des choses devine sans peine quelle sagesse il y a à rester superficiel. C’est l’instinct de conservation qui apprend à être hâtif, léger et faux », avait écrit Nietzsche. Il devait avoir un ami Tunisien !