Archives pour la catégorie Culture

Zakia Bouassida, Entrepreneuse francophone : Ecoutez vos livres !

Elle fait partie des 10 entrepreneurs francophones sélectionnés par l’Organisation Internationale de la Francophonie pour représenter l’entreprenariat culturel à l’édition 2023 de la Viva Tech (zone Africatech). Zakia Bouassida a lancé, en 2021, son projet Livox, spécialisé dans la production et la distribution de Livres audio. Elle lui a donné comme slogan : « Ecoutez vos livres ! »

Zakia Bouassida est diplômée de l’Ecole normale supérieure de Tunis en Etudes littéraires et de l’université Sorbonne nouvelle en Etudes cinématographiques et audiovisuelles. Elle s’est spécialisée dans la gestion des projets culturels et a collaboré avec de nombreuses organisations internationales.

En 2021, Elle a co-fondé le projet Livox et s’est fixé comme objectifs la production et la distribution des livres audio. Elle a lancé, également, la maison d’édition La Voix du livre et a commencé à développer des partenariats en vue de collaborations autour de l’exploitation d’ouvrages tunisiens, dans un premier temps.

Genèse d’un projet innovant

C’est en étant confrontée à la difficulté qu’avaient certains de ses apprenants, lors d’une activité associative, qu’est né le projet de la formatrice Zakia Bouassida : proposer une alternative face à la non-attractivité du livre pour certains jeunes.

Son idée était, dès lors, de faire découvrir la littérature via l’écoute et de donner voix aux livres pour les rendre accessibles à un public nouveau. Elle a donc tenté d’enregistrer, en audio, le livre produit dans le cadre d’un atelier d’écriture. Toutefois, le rejet de son initiative n’a pas freiné ses ambitions mais les a nourries davantage.

Elle a commencé à réaliser des recherches sur le livre audio et a vite pu constater que le secteur connaissait un essor dans le monde et que le lancer en Tunisie pouvait être un tremplin vers une expansion régionale et multilingue.

Cette réflexion l’a encouragée à aller de l’avant et à lancer son projet. Les débuts n’ont pas été faciles, compte tenu de la réticence de nombreuses maisons d’édition par rapport à la collaboration avec une startup agissant dans un secteur peu connu.

La voie des alternatives réussies

Confrontée à la difficulté d’édifier des partenariats structurants et indispensables, le plus simple a été de commencer par des livres libres de droits comme les nouvelles de l’auteur tunisien Ali Douagi. L’équipe s’est lancée ensuite dans un projet innovant : enregistrer une version traduite en dialecte tunisien du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry.

Le challenge a été, par le suite, d’enregistrer les ouvrages sélectionnés, dans de bonnes conditions et dans le respect d’une chaîne de production et de compétences pour avoir le résultat souhaité. Les fondateurs de Livox ont connu la difficulté de disposer de conditions optimales pour créer un contenu de qualité et ont décidé, de ce fait, de créer leur propre studio d’enregistrement.

Une fois l’étape production bien installée, d’autres défis se sont imposés : travailler à rendre les contenus audibles sur des plateformes internationales réputées et gagner ainsi, outre, la visibilité, la crédibilité propice aux lancements de partenariats.

Perspectives larges en vue

Avec l’apogée du numérique, l’arrivée du livre comme contenu audio est dans la logique de l’évolution des contenus digitaux (comme la musique ou les podcasts). Compte tenu de l’augmentation du prix du papier et des difficultés de distribution, les versions audios peuvent être l’avenir du secteur du livre dans certains pays. Elles peuvent aussi être le moyen de remédier à la rupture de lien entre certains jeunes et la lecture.

Zakia Bouassida et son équipe ont su saisir cette opportunité et implanter le projet de livres audio dans un territoire en attente d’innovations technologiques et dans un marché géographiquement et linguistiquement expansif. Ils ont remporté une partie du défi grâce à des partenariats de qualité et à l’appui, notamment, de l’Alliance française et de l’Organisation internationale de Francophonie. L’entreprise a ainsi pu être mise en avant lors de nombreux événements ayant permis à l’entrepreneuse de faire élargir les perspectives de cette entreprise innovatrice.

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Marianne Catzaras

Marianne Catzaras est une artiste polyvalente laissant s’exprimer à travers son expression poétique et picturale son appartenance et son enracinement.  Dans ses œuvres transparaissent en clair-obscur deux rivages : la Tunisie où elle est née et la Grèce où est née sa mère.

Ces terres différentes, voisines de culture, jumelles insulaires sont pour cette native de Djerba les deux ports d’attaches affectives. Elles fonctionnent comme des muses questionnant les origines jusqu’à en faire jaillir des rimes, remuant les souvenirs jusqu’à en produire de l’art visuel.

Les vers

Marianne Catzaras a obtenu le titre de chevalier des Arts et des Lettres en 2011. En plus d’enseigner la langue française à l’institut français de Tunisie, elle a fait de la langue française sa langue de création. Ses textes poétiques ont été traduits dans plusieurs langues ((grec, italien, arabe) et elle a, à son tour, assuré la traduction de plusieurs poèmes grecs contemporains.

Son dernier recueil s’intitule « J’ai fermé mes maisons » et est édité aux Editions Bruno Doucey. Y cohabitent ses deux pays, non pas nommément, mais à travers deux paradigmes référentiels guidant l’imagination du lecteur vers la Tunisie et vers la Grèce. A travers 30 poèmes miroirs de ses états d’âme, apparait la dualité qui l’habite et l’affect la liant aux personnes, à la nature, aux inconnus qui peuplent ses deux univers originels.

Dans ce recueil présenté comme étant « le livre de celles et ceux qui ont pris la route pour boussole », cohabitent les deux univers créatifs de Catzaras :  les mots et les images qui les illustrent.  Huit photos de la poète et artiste, au total, rythment, en noir et blanc, l’agencement du recueil et ancrent les idées abordées dans leur espace photographié certes, mais presqu’onirique.

Les photos

Marianne Catzaras puise son art dans son « empathie pour les déracinés de la terre ». Elle creuse la question des origines, transcendant les regards et traduisant les souffrances que l’on peut y lire. Dans ses clichés l’on peut voir le poids de l’ancrage à la terre, à la mer, aux racines… Ses modèles sont des moments de vie capturés dans la spontanéité des sentiments qui se dévoilent.

Dans le flou maîtrisé ou en clair-obscur, l’objectif de Marianne Catzaras immortalise l’éphémère et donne une dimension humaine large aux rencontres anecdotiques. Ses choix, comme elle l’explique, sont dictés par sa recherche d’images en corrélation avec les émotions que suscite l’écriture. Son intérêt se porte sur les minorités, sur l’intégration et l’exclusion de l’altérité.

Les œuvres de Marinne Catzaras ont été exposées en Tunisie, en France, en Italie, au Maroc, en Arabie Saoudite, en Allemagne, en Egypte, en Grèce, aux Etats-Unis… Son art imite l’universel au-delà des langues et offre au regard du public international des scènes chargées d’humanisme.

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Mariem Azizi, chercheure en langues aux talents multiples

Mariem Azizi est une universitaire tunisienne aux talents pluriels. Chroniqueuse radio, elle a exploré la richesse des langues au quotidien. Interprète, compositrice, instrumentiste et auteure, elle a fait partie des artistes sélectionnés par le Festival de la chanson tunisienne pour représenter la musique alternative. Portrait.

Elle est un talent polyvalent dont l’art gravite autour des mots. Docteure en Sciences du langage, Mariem Azizi est enseignante-chercheuse en langue, littérature et civilisation françaises. Maîtrisant à la fois le Français, l’Arabe, l’Anglais, l’Italien, l’Hébreu, le Latin et le Grec, Mariem a également assuré des missions de traduction avant de partager, autrement, son savoir-faire avec le public. En effet, la passionnée des langues présente quotidiennement des chroniques radiophoniques dans lesquelles elle étudie les étymologies des mots et en décortique les usages, d’une manière légère mais savamment étayée. Faisant réfléchir ses auditeurs sur la richesse des langues, Mariem révèle, à chaque épisode, les trésors que recèlent les dialectes, et met en évidence des synergies culturelles et linguistiques insoupçonnées.

Ses capacités d’analyse et son esprit critique, cette passionnée les met aussi au service d’un autre art : le cinéma. Journaliste culturelle, critique cinématographique, assistante de production, elle a pu, des années durant et tout au long de ses nombreuses missions en lien avec la production de films et de documentaires, gagner en expertise et s’imposer en toute légitimité.

Son approche des arts ne se limitant pas à la théorie de la critique et de l’analyse, Mariem Azizi est une musicienne accomplie. Luthiste reconnue, elle a occupé le haut de l’affiche et a été l’instrumentiste vedette de nombreux événements d’envergure internationale. Sa présence sur la scène musicale est le fruit d’un travail de recherche dans le fonds historique du rythme, entre origines andalouses et poésies aux consonances soufistes.

Epousant par la voix les rythmes qu’elle revisite, Mariem appose les mots sur des bases musicales qu’elle réinvente sur son luth, repense l’interculturalité et parcourt les patrimoines culturels communs. Elle a créé de nombreux spectacles musicaux : performances personnelles pensées comme des hommages aux métissages artistiques et aux richesses communes que sublime la créativité contemporaine. Elle a, notamment, redonné vie au Ladino, une langue judéo-espagnole en voie d’extinction qui a voyagé avec les Séfarades et a réexploré le genre musical commun que ces mouvements ont institué.

Son actualité récente s’annonce comme une récompense pour son univers créatif multiple. Sa chanson « Le cœur pur » a été sélectionnée par le Festival de la Chanson tunisienne, confirmant ainsi ses talents d’interprète, de compositrice et d’auteure. Même si elle n’a pas gagné de prix, sa présence sur une scène peu habituée à la musique alternative sonne comme une belle reconnaissance pour son art.

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CÉCILE OUMHANI : L’interculturalité au cœur du parcours littéraire

Cécile Oumhani est une auteure et poète française dont la créativité prend racine dans les affinités développées, lors d’étapes de sa vie, avec le Canada, la Belgique, l’Inde, l’Allemagne, l’Ecosse ou la Tunisie. Son univers créatif est chargé de multiculturalité et sa passion pour l’humain transcende ses trames romanesques et les habille d’universalité. Avec une production profuse et diversifiée (une trentaine de livres où sont inclus romans, recueils de poèmes, livres d’artiste en tirages limités), Cécile Oumhani surprend, à chaque ouvrage, son lecteur en créant des univers tellement différents les-uns des autres, mais ayant, en commun, la même grâce des mots et des images.

D’où est née votre passion pour l’écriture ?

J’ai grandi dans une famille multiculturelle, qui vivait sur plusieurs continents, à une époque où la correspondance était le seul moyen de communiquer avec les êtres chers, quand ils étaient au loin.

Lettres sous enveloppe et aérogrammes, leurs mots étaient toujours chargés d’émotion. Ils nous permettaient de combler l’absence, de partager des vies qui se déroulaient à des milliers de kilomètres les unes des autres. Ils faisaient écho avec les livres que je lisais dans les deux langues de mon enfance, l’anglais de ma mère et le français de mon père. J’eus bientôt l’envie d’écrire moi aussi sur ces feuillets qui avaient une si grande importance dans ma vie familiale. Je me suis aperçue en écrivant à mon tour que la page est un espace à part entière, où tenter d’explorer et de dire le monde.

Où trouvez-vous l’inspiration ?

L’écriture est indissociable de l’attention que je porte aux êtres et aux choses autour de moi, à ces mille choses ténues et fugaces d’où naîtront des univers, pour peu que je me mette à leur écoute.

La conviction que chaque instant peut être porteur de l’une de ces rencontres me rend la vie toujours passionnante. Ce monde en perpétuel mouvement où nous vivons est empreint de traces, de bruissements que nous frôlons sans nous en rendre compte.

Ils ouvrent des chemins d’écriture insoupçonnés où entrer en résonnance avec d’autres histoires que la nôtre. Un visage croisé dans un aéroport, comme dans Le café d’Yllka, les archives d’Ellis Island pour Tunisian Yankee, par exemple… En écrivant, je donne chair à ces bribes et je suis leur histoire jusqu’au bout de ce qui m’a interpellée, touchée ou intriguée.

Comment définiriez-vous votre identité créative ?

Avoir grandi entre plusieurs continents dans une famille éparpillée a entraîné des éloignements, des séparations. Mais j’ai ainsi développé la faculté de me déplacer d’un lieu à un autre, d’une langue à une autre, comme si c’était une évidence. J’ai toujours eu l’occasion de rencontrer, de côtoyer des gens qui vivaient dans différents pays. Et ils étaient souvent mes proches. Naturellement mon écriture s’inscrit en un carrefour où ils se croisent, avec leurs cultures, leurs histoires.

J’ai toujours éprouvé le besoin de comprendre les questionnements des uns et des autres, avec ce désir de dépasser ce qui sépare pour rejoindre l’humanité que nous avons tous en partage. C’est sans doute la raison pour laquelle mes romans se situent dans plusieurs pays avec des personnages quelquefois exilés, confrontés à des guerres, à des conflits.

Quel pan de l’histoire souhaiteriez-vous aborder dans vos romans ?

Il est vrai que je suis hantée par le passé, par les fragments dont mon propre récit familial s’est toujours préoccupé, parce que nous vivions dispersés à travers le monde. J’ai donc une relation de prédilection avec des périodes révolues, presque autant que cet ailleurs qui m’obsède. Cela ne signifie pas que j’ignore le présent ou que je ne m’intéresse pas à l’avenir. Je suis convaincue qu’écrivaines et écrivains, nous avons tous une responsabilité face au monde et que nous devons nous exprimer sur ce qui le déchire et ce qui le menace.

Parlez-nous de votre dernier projet.

La Ronde des nuages est un recueil de poèmes paru fin 2022 aux éditions La tête à l’envers. Il est né d’une résidence d’écriture à laquelle j’ai été invitée dans le massif de La Chartreuse. J’ai eu la grande émotion d’y apprendre que le peintre J.M.W Turner avait voyagé et travaillé dans cette région. Les paysages autour de moi me menaient vers un passé à ciel ouvert. Je ne cessais d’aller et venir entre les oeuvres numérisées par la Tate et ces chemins où il me semblait rejoindre le regard de Turner à plus de deux siècles de distance. Les poèmes sont nés de cette recherche de ce qu’avait vu le peintre, de ce tremblement à poser mes pas dans les siens si longtemps après, à sentir la temporalité propre à une nature qui nous dépasse, surtout dans des régions où les paysages ont peu changé. Dominique Sierra, mon éditrice, a immédiatement souhaité accompagner le livre de quelques-unes des œuvres qui m’ont tant impressionnée. Grâce à elle et au musée de la Tate, cinq œuvres de J.M.W Turner sont reproduites dans ce livre qui me tient particulièrement à cœur.

Et le prochain ?

Il s’agit d’un roman qui va être publié aux éditions elyzad début 2024. Deux femmes, l’une de France, l’autre d’Inde et d’Afghanistan, se rencontrent par hasard dans la cafétéria d’un hôtel au Moyen-Orient, où le voyage de chacune s’est momentanément interrompu.

Il y est question de perte, d’exil et aussi de ce besoin poignant de retrouver des traces pour comprendre. Le passé continue d’irriguer notre présent, à notre insu, d’où que nous venions et quel que soit l’univers auquel nous appartenons. Il nous tenaille à chaque pas que nous posons, sans doute parce que c’est en l’élucidant que l’on peut avancer.

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L’universel comme thème théâtral

Issam Ayari est actif sur la scène théâtrale tunisienne depuis plusieurs années. Les pièces Sa-piens et Homo deus (écrites et interprétées par lui-même) l’ont confirmé aux yeux du public, qui l’avait découvert en tant que comédien dans des projets collectifs. Banquier de profession, il choisit d’étudier le théâtre jusqu’à s’imposer dans le milieu. Avec un style décalé, un hu-mour qui fait réflé chir et une subtilité dans l’art de porter ses propres textes, Ayari réinvente la scène tunisienne et y appose l’empreinte de sa singularité.

Qu’est-ce qui vous a attiré vers le milieu théâtral ?

Que voudriez-vous y apporter ? Je suis diplômé en langue et civilisation anglaises et, par le biais de ma formation académique, le théâtre a constitué le socle de mes connaissances. Des années après avoir quitté la vie d’étudiant, je suis redevenu élève et j’ai pu découvrir autrement le quatrième art, grâce à une formation d’acteur, suivie au Teatro Studio. Dans cette école lancée en 2003 par Taoufik Jebali, une figure majeure du théâtre tunisien, j’ai fait mes premières expériences sur les planches et mesuré ainsi ce que la pratique du théâtre avait de différent par rapport à ce que j’en savais sur le plan théorique. Ma passion a pris alors une autre forme. Quinze années ont passé depuis mes premiers essais sur scène, et je suis habité par le même enthousiasme pour ce que j’ai appris, avec un objectif de plus : celui de pouvoir apporter, par ma modeste contribution, quelque chose de différent au théâtre tunisien.

Vos deux pièces majeures portent les titres d’œuvres de Yuval Noah Harari. Est-il votre source d’inspiration ?

Honnêtement, Yuval Harari n’est qu’un prétexte. J’ai connu ses livres quand son ouvrage Sapiens est devenu un best seller mondial en 2015. Je l’ai lu, et j’admire son incroyable maîtrise de l’art du storytelling. Plusieurs auteurs français, mille fois plus érudits que lui, ont écrit sur l’épopée de notre espèce Homo sapiens, mais ils n’ont jamais réussi à jouir de la gloire que Harari a connue. La raison en est que Harari a simplement été un meilleur storyteller… En dehors de cet aspect-là et sur le plan des idées, ce sont d’autres auteurs, cités précédemment ou encore le Tunisien Fethi Meskini, avec son dernier livre, La Liberté de croire au-delà de la secte, qui sont mes « vraies » sources d’inspiration.

Vous écrivez donc, en plus d’interpréter. Comment entretenez vous ce double don ?

Les deux volets sont complémentaires. Je n’ai ressenti aucun frein quand j’ai commencé à écrire des textes de théâtre. J’ai juste ajouté aux ateliers de théâtre des ateliers d’écriture pour avoir une certaine maîtrise de cette nouvelle compétence. J’ai participé à plusieurs ateliers d’écriture aux côtés de professionnels tunisiens et internationaux. J’ai aussi pris part à des master class proposées par El Teatro Studio durant toute ma période de formation. Mais, comme je l’ai déjà expliqué, j’estime que ce sont les livres que vous lisez qui font de vous un bon auteur ou un bon interprète… ou les deux.

Vous avez choisi, dans vos créations théâtrales, des thèmes d’ordre humain et universel. Avez-vous le projet de partager votre travail avec un public plus large en présentant vos pièces dans d’autres langues ?

En 2018, j’ai fait l’expérience de présenter ma pièce Sapiens (écrite et jouée initialement en dialecte tunisien) en langue anglaise, et cela a été apprécié par le public anglophone. J’ai entrepris ce projet, motivé par l’envie de partager mon travail plus largement.

Les recherches, notamment sur les spécificités culturelles, m’ont permis de transformer la pièce et de remplacer un contexte tuniso-tunisien par un référentiel américain. Cela a constitué un travail fastidieux et m’a demandé plus de temps que celui qu’a nécessité l’écriture du texte original en arabe. En matière de théâtre, traduire ne suffit pas. Il y a un travail colossal à faire quand il s’agit, spécifiquement, de comédies, car il n’est pas facile de faire rire des spectateurs d’une culture autre que la nôtre. Je projette de traduire Homo deus pour faire découvrir la pièce à une échelle internationale. Cela prendra beaucoup de temps, mais le public vaut l’effort.

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Monique Proulx, lauréate du Prix des Cinq continents : J’essaie d’écrire des livres réussis

Enlève la nuit de la romancière canadienne Monique Proulx publié aux Editions du Boréal a remporté le Prix des Cinq continents 2022 créé et porté par l’Organisation Internationale de la Francophonie. Il fait partie des dix livres en lice pour cette 21ème édition et qui ont été sélectionnés parmi 188 candidatures.

Ce roman a été plébiscité par un jury présidé par l’écrivaine franco-égyptienne Paula Jacques et composé de quinze auteurs issus de différents pays francophones.

Enlève la nuit qui a été salué pour la singularité de sa langue et l’originalité de son sujet est le sixième roman de Monique Proulx. A travers son personnage juif hassidique qui se rebelle contre les règles de sa communauté, elle y relate la liberté conquise au fil des affrontements et acquise au prix de la solitude. Interview

  1. Votre livre Enlève la nuit s’est distingué par rapport aux neuf autres romans sélectionnés. Comment cette victoire a-t-elle été accueillie (par vous, par votre entourage, au Canada) ?

Surprise et joie.

Bien sûr, lorsqu’on peaufine ses romans pendant cinq ans et qu’on tente d’y mettre le meilleur de soi-même, il y a cette certitude du travail accompli. Mais atteindre d’autres francophones, à l’extérieur de la bulle québécoise, faire vibrer des sensibilités qui ne connaissent pas notre paysage social et nos particularités langagières procure une grande émotion. Il y a donc une universalité dans l’écriture et dans la création, il n’y a donc pas de frontières géographiques quand on touche à l’essence, c’est ce qu’il faut se rappeler sans cesse quand on écrit dans un petit pays comme le Québec.

Je suis convaincue que les neuf autres auteurs sélectionnés avaient, tous, le potentiel pour remporter ce prix, je les remercie d’apporter à la grande architecture francophone leur voix et leur talent singuliers.

J’ai senti, dans les médias québécois et autour de moi, cette même fierté, ce même ravissement, que l’une d’entre nous se retrouve couronnée du Prix des Cinq continents de la Francophonie. Nous travaillons si fort, au Québec, pour que notre langue survive et fleurisse au sein de la mer anglophone de l’Amérique du Nord.

  1. Enlève la nuit retrace le parcours d’un juif hassidique qui rompt avec sa communauté, ne s’épanouissant pas dans son rigorisme et son autarcie. Pourquoi avoir choisi ce thème ?

Ce sont sans doute les personnages qui choisissent les écrivains, et non l’inverse. Markus avait déjà fait une courte apparition dans mon roman précédent (Ce qu’il reste de moi) et c’est comme s’il ne m’avait pas laissé le choix, comme s’il m’avait dit: Ne m’abandonne pas comme ça sur le trottoir d’une ville hostile, raconte mon histoire!

Je crois vraiment qu’il n’y a pas plus grande quête humaine que celle de découvrir qui on est, sous le fatras des conditionnements accumulés. J’avais la chance, avec Markus, de m’abandonner à cette quête, de suivre un personnage complètement neuf, enfui d’une communauté très fermée, qui débarque dans le Frais Monde (comme il l’appelle) comme un nouveau-né de 20 ans, plus étranger et perdu qu’un immigrant qui, lui, connaît au moins les clés de la modernité.

Il faut dire que j’habite depuis trente ans dans le quartier hassidique orthodoxe de Montréal, que je suis depuis toujours fascinée par leur retrait du monde et leur refus du modernisme, et par la résilience de ceux d’entre eux qui ont osé s’enfuir de ce milieu très étanche.

Markus est donc en mode survie et apprentissage total. Quand on n’a rien, qu’on ne sait rien, il ne nous reste qu’à puiser dans nos forces vives, qu’à retourner sans cesse à ce noyau dur en nous, le meilleur guide qu’on puisse trouver. Et puis, quand on ne sait rien, comme Markus, qu’on n’a aucune idée préconçue, on devient un observateur impeccable de la société dite libre, on perçoit le côté toxique ou intègre des êtres malgré les apparences. Il y a une grande puissance, dans cette virginité-là, et bien sûr, une immense solitude. Et une forme de résistance héroïque: s’adapter, oui, rompre sa solitude, oui, mais pas à n’importe quel prix. Pas au prix de perdre ce qu’il y a de meilleur en nous.

  1. Vous en êtes à votre neuvième prix littéraire. Qu’est-ce qui fait le succès de vos livres ?

Le succès. Les prix.

Tout est relatif, en ce domaine, et tout est aléatoire. Il y a d’excellents livres qui ne sont pas couronnés. D’autres qui ne rencontrent jamais l’assentiment public. J’accepte tout ce qui m’arrive de bon, et je ne déplore pas ce qui me manque. Je dis souvent, en manière de blague: Sommes-nous des chiens, pour avoir besoin de récompenses?…

Les lecteurs qui m’aiment et me suivent sont sensibles, je crois, au fait que si mes livres racontent des histoires et fouillent la moelle des personnages, ils sont surtout affaire de beauté et de musique.

Je crois que la beauté peut sauver le monde et réenchanter le lecteur, que tout concorde à désespérer.

Je crois que les écrivains doivent donner de la nourriture à l’âme et au cœur, mots tabous dans notre contemporanéité cynique.

  1. Quel rapport entretenez-vous avec la langue française ? 

Ah, la langue française.

La langue tout court, comme dit Markus, qui est un néophyte en français, mais qui, à force de jouer avec les mots et de les triturer, deviendra un écrivain –un écrivant – sous nos yeux.

Je dois dire que la langue est le personnage principal de mes romans. La langue est la glaise avec laquelle je tente de sculpter de la beauté, de transmettre de la beauté. Les romans tels que je les conçois s’arc-boutent d’abord sur l’écriture, même s’ils racontent une histoire. Je ne peux véritablement avancer dans un roman tant que je n’en ai pas trouvé la forme, la musique qui en sous-tendra l’univers particulier.

Chaque roman commande sa propre musique, même si un écrivain ne dispose pas de milliers de couleurs dans sa palette. Quelques variations suffisent, un rouge plus assumé ici, un noir léger là, de l’humour, de la poésie, de la réalité magique… Tout est possible.

J’ai un rapport à la fois jouissif et douloureux avec cette langue qui est mienne, parce que j’aime en exalter les virtuosités, et qu’elle ne se laisse pas toujours faire. J’aime brasser les mots, leur faire rendre leur jus et leur sonorité, m’éloigner de la facilité avec laquelle on a tendance à les disposer sagement et utilitairement. Le français est un instrument de musique fabuleux, et toute une vie de pratique ne parviendra pas à en épuiser les nuances, alors pourquoi être si paresseux?…

En ce sens, le personnage de Markus, nouveau-né en français aussi bien qu’en toutes choses, était pour moi un véritable cadeau. Puisqu’il est le narrateur du roman, j’ai pu m’épivarder* (ndlr : le verbe épivarder est principalement utilisé au Québec. Il signifie s’amuser) avec lui, inventer des mots, les travestir, écrire avec une inventivité jubilatoire. On s’est bien amusés, tous les deux.

  1. Quel regard portez-vous sur le paysage littéraire francophone ?

En toute honnêteté, je peux parler surtout du paysage littéraire québécois, que je connais bien plus que les autres. Comme les sociétés se répondent et se complètent, j’imagine qu’il se passe peut-être le même phénomène dans les autres francophonies:

il y a, en ce moment, une explosion incroyable de talents et de voix nouvelles.

Pas une saison ne se passe sans que deux ou trois livres choc n’atterrissent dans le paysage littéraire -et encore ce sont seulement ceux que les médias ou les réseaux ont retenus.

On assiste à une sorte de renaissance du roman, peut-être à ce qu’on appellera plus tard un âge d’or. Bien sûr, plusieurs de ces œuvres sont de l’autofiction, une forme de plus en plus goûtée, et de plus en plus pratiquée, avec entre autres les expériences migrantes ou LGBTQuiennes qui nous emmènent en terre inconnue. Mais beaucoup d’auteurs nouveaux explorent la fiction et l’imaginaire, marqués comme ils le sont par les problématiques complexes dans lesquelles notre monde se débat.

Dans ces voix nouvelles, il y a beaucoup de désespoir transcendé -c’est ce que l’art et l’écriture savent mieux faire, au fond.

Même si les prophètes du virtuel ont déclaré obsolètes le livre et le roman, les livres se multiplient. Même si l’avenir de l’univers est terriblement inquiétant, et parce qu’il est terriblement inquiétant justement, des voix nombreuses se lèvent pour proclamer la force de la vie.

Je trouve ça beau et réjouissant.

  1. A travers vos créations, que voudriez-vous ajouter à ce paysage littéraire francophone ?

Je ne veux surtout pas ajouter à l’anecdotisme et au divertissement. Il me semble que nos sociétés ne font que ça, se divertir, comme si c’était la forme la plus efficace de traverser l’existence. À force de se divertir, c’est-à-dire de fuir, on forge des êtres immatures qui ne cherchent de réponse qu’à l’extérieur d’eux-mêmes et qui ont perdu toute confiance dans leurs ressources intérieures.

Je crois que les écrivains qui y consentent ont la mission de renverser la vapeur, de ramener l’attention du lecteur dans ce vaste espace de liberté qui gît en lui, comme un trésor inconnu.

Je crois vraiment que les livres peuvent rendre meilleurs.

Un livre réussi chamboule, transporte, galvanise celui qui le lit, lui transmet une flamme qui le fera créer à son tour.

« Un livre réussi est celui qui assassine le lecteur avant de le ressusciter », a dit Christian Bobin, dont la voix lumineuse me manque déjà.

J’essaie d’écrire des livres réussis.

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Une exposition hommage à la pensée senghorienne

2 540 signes

Quai Branly
Une exposition hommage à la pensée senghorienne

L’exposition « Senghor et les arts. Réinventer l’universel » met à l’honneur le chantre de la « négritude » et de la valorisation des cultures d’Afrique.

Cet événement se déroule au musée du Quai-Branly – Jacques-Chirac et rassemble différents documents liés à la vie et aux réalisations de l’ancien président du Sénégal. Textes, interviews, essais, photographies et reproductions d’œuvres d’art retracent le parcours de l’homme d’État et mettent en lumière sa pensée fédératrice.

Hommage à l’allure de « manuel de la pensée senghorienne », l’exposition illustre la volonté d’échange et de métissage culturel que prônait l’intellectuel sénégalais.

Né en 1909 et décédé en 2001, Léopold Sédar Senghor a été présidé aux destinées du Sénégal de 1960 à 1980. Il a occupé différentes fonctions importantes dans son pays et à l’étranger dans le cadre de sa carrière politique et diplomatique. Écrivain et poète, il a été l’un des chefs de file de la « négriture », courant d’idées politiques et littéraires qu’il définissait comme « l’ensemble des valeurs culturelles de l’Afrique noire ». Grâce à ses actions en faveur de la diplomatie culturelle, Senghor a œuvré à la mise en place, à l’échelle internationale, d’un intellect africain capable d’écrire son histoire. Par ses écrits, il a esquissé les idées fondatrices d’une poésie de la négritude et inspiré la littérature francophone, que son style et ses valeurs continuent d’habiter.

Par souci de réalisme, l’exposition aborde également les critiques que la vie et l’œuvre du grand homme ont pu susciter, même si de nombreux intellectuels d’Afrique le prennent encore pour exemple.

[Encadré]

Entre les mains de bonnes fées

L’exposition « Senghor et les arts. Réinventer l’universel » a bénéficié du soutien du mécène et homme d’affaires français Marc Ladreit de Lacharrière. Trois noms de la scène culturelle en ont été les commissaires : Mamadou Diouf, historien, directeur de l’Institut d’études africaines à l’université Columbia, aux États-Unis ; Sarah Lignier, responsable des collections mondialisation historique et contemporaine au musée du Quai-Branly – Jacques Chirac ; et Sarah Frioux-Salgas, responsable des archives et de la documentation des collections à la médiathèque du musée du Quai-Branly – Jacques Chirac.

S’y rendre…

Musée du Quai-Branly – Jacques-Chirac, galerie Marc-Ladreit-de-Lacharrière.
Du mardi 7 février 2023 au dimanche 19 novembre 2023.
De 10 h 30 à 19 heures, nocturne le jeudi jusqu’à 22 heures.

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Obatanga, une série télévisée qui enchaîne les succès

Télévision- Obatanga : Le savoir-faire panafricain enchaîne les succès

La série ivoirienne Obatanga a remporté le Prix de la meilleure fiction francophone étrangère au Festival de Luchon qui s’est tenu du 31 janvier au 5 février.

Cette coproduction de Canal Plus International et de la société de production, Plan A, était la seule création africaine primée lors de cette 25ème édition de l’événement récompensant les meilleurs films, séries documentaires et formats courts francophones.

Il s’agit d’un thriller réalisé par l’ivoirien Alex Ogou qui s’est illustré par des séries à succès comme Invisibles ou Cacao et qui enchaîne les projets, depuis la création de sa société de production Plan A en 2020. Obatanga a été réalisée d’après un scénario du Camerounais Henri Melingui, un passionné de cinéma qui en est à ses premières expériences dans le secteur audiovisuel.

Ce projet est, également, le résultat du travail d’une équipe technique de soixante personnes et d’une cinquantaine d’acteurs venant d’une dizaine de pays.

Les six épisodes de cette première partie sont, en effet, portés par un casting majoritairement africain parmi lequel on retrouve deux monuments des cinémas : l’Ivoirien Sidiki Bakaba et le Béninois Tola Koukoui qui interprètent les rôles d’hommes de pouvoir. A l’affiche aussi un talent montant du cinéma ivoirien, Arthur Longville, et l’acteur togolais et ghanéen, Roger Sallah, sacré meilleur acteur Ouest africain et médaillé d’Or aux Sotigui Awards (festival organisé au Burkina Faso et récompensant les talents du cinéma africain).

A noter que la série fait partie de la sélection officielle de la 28ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagad

DÉCHÉANCES, UN EXEMPLE DES SUCCÈS AUDIOVISUELS EN AFRIQUE

Déchéances est une série télévisée sénégalaise que le public a découvert sur Sunu yeuf, une chaîne diffusant ses programmes (composés de séries et de pièces de théâtre sénégalaises) sur Canal Plus.

Exposant des sujets sensibles en lien notamment avec des problématiques sociétales contemporaines, cette production sénégalaise fait suite à de nombreux succès produits par la même maison : Marodi TV.

Tout au long de ses cinquante épisodes de 26 minutes chacun, Déchéances suit le parcours de personnages féminins en proie aux tentations. Les intrigues sont construites autour de la vie estudiantine à Dakar et dépeignent des phénomènes sociaux et des tragédies humaines entre espoirs et désillusions.

Cette série a été écrite par cinq scénaristes et réalisée par Baye Moussa Seck. A son affiche, des talents féminins confirmés et émergents qui incarnent le nouveau visage de la scène audiovisuelle de leur pays.

Attirant un grand nombre de téléspectateurs, les séries réalisées en langues locales permettent de mettre en avant les talents d’acteurs et les capacités techniques au sein du continent. Elles sont l’occasion de dynamiser le secteur audiovisuel dans différents pays africains. Traduites ensuite en langue française, ces productions voyagent et exportent le succès africain par le petit écran.

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TROIS ÉVÉNEMENTS – TROIS AFFICHES

Les événements culturels sont une occasion de découvrir des talents, mais aussi une occasion de révéler d’autres prouesses artistiques. C’est le cas de ces trois affiches de festivités se déroulant en Égypte, au Liban et en Tunisie et qui mettent en exergue les capacités créatives de jeunes artistes peintres, dessinateurs ou graphistes.

LES BOBINES D’ALEXANDRIE

L’affiche des Bobines alexandrines a été réalisée par Mohamed Gohar, architecte, artiste et chercheur. Ce jeune Égyptien porte un intérêt particulier aux origines historiques de l’urbanisme et de l’architecture. Dans cette réalisation, on retrouve un camaïeu de couleurs interprétant une scène nocturne dans un décor d’Alexandrie. Les éléments d’architecture représentés et les détails dessinés (le tramway, la charrette, l’éclairage…) participent à créer une ambiance particulière rappelant la convivialité des rues de cette ville balnéaire (on y voit les voiles et l’ondulation des vagues, au loin).

Se dégagent de cette affiche, des interférences littéraires qui renvoient à l’univers romanesque de Naguib Mahfouz, père du roman arabe. L’allusion aux arts est également présente via l’inscription « Darouich » au-dessus de l’entrée d’un établissement (en référence à l’œuvre du musicien du même nom). Ombres et lumières s’associent dans cette affiche oeuvre d’art, pour scénographier la belle époque, celle qui a vu naître, en Égypte, les mouvements artistiques les plus fertiles et qui continue, vraisemblablement, d’inspirer.

Les Bobines alexandrines est un festival de cinéma francophone pour la jeunesse.

À son programme, des projections, des débats et des master classes. Organisé par l’association B’Sarya, avec le soutien de l’Université Senghor et du Lycée français d’Alexandrie, le festival s’est tenu dans sa deuxième édition à l’Institut français d’Alexandrie du 15 au 17 octobre.

BEYROUTH LIVRES

L’affiche de Beyrouth Livres a été réalisée par Charles Berberian, dessinateur et scénariste de bande dessinée d’origine arménienne. Celui-ci est né à Bagdad et a grandi au Liban, avant d’entamer des études d’art en France.

Connu pour ses lignes élégantes et son ton ironique, Berberian a réalisé, pour cet événement livresque, une affiche où l’on retrouve le paysage urbain de la capitale libanaise, ses routes embouteillées, ses bâtisses en hauteur, ses falaises et sa côte jalonnées d’arbres… Dans ce dessin au fond sombre, la clarté émane de lecteurs aux diverses allures prenant des postures différentes, s’adonnant à la lecture, seuls, en duo ou en groupe. À l’ombre de cet arbre de lumière peuplé de lecteurs en tous genres se trouvent différentes personnes attablées savourant des moments de lecture ou d’écoute.

Cette affiche met à l’honneur la foisonnante ville de Beyrouth et l’état d’esprit qui y règne.
On y lit une forme de bien-être, de joie de vivre et une sorte de dolce vita à l’orientale.
Tel un Fellini racontant l’Italie de son enfance, Berberian dresse du Liban une vision à la fois réaliste et fantaisiste. Beyrouth Livres est un festival littéraire francophone et international organisé par l’Institut français du Liban et qui a eu lieu du 19 au 30 octobre 2022. Y sont organisés des expositions, des lectures, des débats, des spectacles et des concerts. Son programme se déploie aussi sur quarante lieux et institutions culturelles où la littérature est à la rencontre d’autres formes d’art.

JOURNÉES CINÉMATOGRAPHIQUES DE CARTHAGE

Les Journées cinématographiques de Carthage ont dévoilé l’affiche de la 33e édition de cet événement attendu par les passionnés et les professionnels du septième art. On y trouve une figure féminine à l’allure glorieuse et gracieuse.

Les auteurs de l’affiche présentent leur travail comme un clin d’oeil au film de Ousmane Sembène La Noire de…, qui avait obtenu le Tanit d’or lors de la première édition des JCC en 1966. La femme représentée est donc l’actrice sénégalaise, héroïne dudit film, Mbissine Thérèse Diop.

L’affiche a été réalisée grâce à la technique innovante du painting digital. On y lit la volonté du festival de rappeler l’ancrage multiculturel de ses valeurs, son enracinement africain et son déploiement méditerranéen. La calligraphie arabe utilisée au niveau de la robe de la femme représ entée et de sa coiffe marque également l’orientation de cet événement ouvert aux cinémas de tous bords. Un arrièrefond lumineux et un envol d’d’oiseaux viennent doter cette fresque d’une notre hautement symbolique. Cette illustration est l’oeuvre du jeune Tunisien Bader Klidi, en collaboration avec l’agence de communication Box. Elle incarne les thématiques universelles d’optimisme et de liberté.

Les Journées cinématographiques de Carthage se tiennent tous les ans dans la capitale tunisienne. Leur objectif est la mise en valeur des cinémas d’Afrique subsaharienne et des pays arabes. Les manifestations lors et autour de ce festival sont une occasion de créer des ponts entre les professionnels du cinéma du Nord et du Sud et entre leurs productions et le public tunisien et international.

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Festival de Namur : le Fonds Image de la francophonie au service du cinéma

Le Festival du Film francophone de Namur s’est tenu du 30 septembre au 7 octobre 2022. Y ont été primés deux films soutenus par le Fonds Image de la Francophonie : Sous les figuies d’Erige Sehiri qui a obtenu le « Bayard d’or » et Ashkal de Youssef Chebbi qui a obtenu une mention spéciale du jury.

Le film d’Erige Sehiri « Sous les figues » a obtenu le « Bayard d’or » au Festival du Film francophone de Namur dans le cadre de sa 37ème édition. Cette production récipiendaire de la plus haute distinction du festival a été soutenue par le Fonds Image de la Francophonie.

Les actions de ce film se déroulent lors de la récolte des figues. Un cadre spatio-temporel (en été/ dans les champs) propice aux rencontres et à la convivialité mais non dénué d’allusions à l’effort et à l’épuisement.

Dans ce film, Erige Sehiri livre un regard sur une jeunesse en manque de moyens et d’opportunités, à travers un exemple tunisien aisément transposable dans des sociétés autres. Malgré la présence de ses personnages dans un cadre spatial unique (mais à ciel ouvert), l’on retrouve dans ce film l’universalisme des sentiments et un regard critique et averti porté sur le monde, sa géopolitique, sa complexité, ses vicissitudes…

Le récit est peuplé d’antagonismes : grandeur d’âme et « petites vies », horizons vastes et perspectives limitées, cadre figé et pensées en mouvement… Ce film est, de ce fait, le récit de la non-aliénation, de la non-résignation, de la recherche de la splendeur dans le quotidien. Un réalisme social en transparaît et donne une note romanesque au traitement du prosaïque.

La cinéaste a fait le choix de mettre sur le devant de la scène le combat de femmes et d’hommes évoluant dans des espaces reclus. Elle a aussi fait le choix de faire incarner cette vision par des acteurs non professionnels. Cela ne fait qu’accentuer le prisme réaliste prôné par Erige Sehiri.

Ashkal est un film du réalisateur tunisien Youssef Chebbi. Les actions de ce film se déroulent dans le Tunis moderne, parmi les grandes bâtisses et les chantiers. Puisant dans les codes du polar, le rythme effréné et le suspense soutenu, le cinéaste instaure, dans son film, une atmosphère particulière. Il y fait évoluer deux détectives à la recherche de la vérité, au milieu d’un brasier humain où se consument les efforts de la classe ouvrière.

Le cinéaste dresse le portrait d’une Tunisie postrévolutionnaire dénotant avec l’image folklorique qu’en dépeignent plusieurs productions cinématographiques. Le climat y est maussade, loin des archétypes méditerranéens. Le décor est fait de béton et les personnages sont comme happés par la grandeur des bâtiments entre lesquels ils évoluent.

Cherchant la vérité au milieu du chaos urbain, les protagonistes évoluent dans un climat menaçant. La trame narrative s’ouvrant ainsi à des sujets moins anecdotiques comme l’instabilité politique et les soubresauts sociaux qui lui sont corollaires. Le fait divers n’est, dans ce film, qu’un prétexte pour aller plus loin dans l’analyse sociale et l’étude psychologique.

Passionné d’arts plastiques et notamment de photographie argentique, Youssef Chebbi a offert, à travers ce film, une technicité particulière faisant de chaque plan une nouvelle capture de la ville et de la vie qu’y mènent ses personnages. Les tons monochromes appuient les choix dramaturgiques et invitent à une lecture particulière des faits. Le réalisateur a, par ailleurs, fait le choix de donner un des premiers rôles à une danseuse, Fatma Oussaifi, dont c’était la première expérience au cinéma. Ses choix cinématographiques ont été épaulés par l’effort d’une équipe technique défiant les conditions réelles et les moyens limités pour aboutir à la vision artistique recherchée.

Le Festival du Film francophone de Namur est un rendez-vous annuel des cinéastes qui incarne la diversité francophone et se présente comme un rassemblement annuel au service de la Francophonie. Y étaient en compétition 22 longs métrages et 25 courts métrages qui ont été évalués par deux jurys : le jury Longs métrages ayant décerné les prix pour la Compétition Officielle et le jury Émile Cantillon, ayant décerné les prix de la Compétition 1ère Œuvre.

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Le prix des cinq continents

Dix livres sont en lice pour le Prix des Cinq continents dans le cadre de sa 21ème édition. Un jury international présidé par l’écrivaine Paula Jacques les a sélectionnés parmi 188 candidatures. Le lauréat sera désigné en janvier 2023.

L’OIF a rendu publique, jeudi 22 septembre 2022, la liste des dix finalistes du Prix des Cinq continents qui récompense, chaque année, un texte narratif (roman, récit ou recueil de nouvelles).

Les ouvrages sélectionnés, dans le cadre de cette 21ème édition, représentent 8 pays francophones et ont été choisis parmi une liste de 188 auteurs ayant candidaté pour ce prix.

Un jury international aura pour charge de choisir un livre gagnant. Ce jury est présidé par l’écrivaine franco-égyptienne Paula Jacques et est composé de quinze auteurs issus de pays francophones. Le lauréat sera désigné au mois de janvier 2023 et c’est en mars que lui sera remis le prix, en marge de la Journée internationale de la Francophonie.

Et les nominés sont :

Noces de coton d’Edem Awumey (Togo- Canada- Québec), éditions du Boréal (Canada, Québec) :

A travers une intrigue qui se déroule sur quelques heures, l’auteur parcourt le temps d’une prise d’otage, l’Histoire, ses injustices et l’art d’y résister. Solidarité, quête de liberté, militantisme, sont ici mis en avant comme un moyen de se frayer un chemin malgré la difficulté. Des mises en abymes picturales donnent à ce récit, une note sublime, au moyen d’allusions aux tableaux de Bruegel, Van Gogh ou Benton.

L’auteur a fait le choix d’une narration qui s’articule autour de 50 chapitres numérotés à l’envers, une manière originale d’envisager le temps et d’aborder les faits qui l’habitent.

Edem Awumey est né au Togo et est établi au Canada. Il est l’auteur de sept romans ayant fait l’objet de traductions dans plusieurs langues.

Le Silence des dieux de Yahia Belaskri (Algérie- France), éditions Zulma (France)

Ce roman est inspiré de faits réels. Il relate l’enfermement dans lequel se retrouvent les habitants d’un village dont l’unique accès est bloqué par des soldats. On retrouve, au fil du récit, un climat d’ébullition, de réflexions, de quête de solutions et on découvre des protagonistes qui cherchent un espoir pour s’en sortir. Un roman qui place la femme au rang d’héroïne, capable de faire bouger ce qui semblait immuable.

Dans cette fiction historique, L’auteur se livre à une lecture de l’âme humaine, ses espoirs, ses désespoirs, son isolement et toute la haine susceptible d’en jaillir.

Yahia Belaskri est un ancien journaliste, poète et écrivain. On retrouve, dans ses écrits, une retranscription, en sentiments et en émotions, de l’Algérie qu’il a quittée.

L’agneau des neiges de Dimitri Bortnikov (France- Russie), éditions Rivages (France)

Ce roman retrace le court et houleux parcours de vie d’une femme russe qui a connu la Révolution de 1917, les famines et la guerre. Née infirme, celle-ci grandit au fur et à mesure des misères rencontrées et s’élève contre le fatalisme qui sévit autour d’elle. Face aux forces nazies, Maria poursuit son élan de courage et de quasi-sainteté, et entreprend tout ce qui est en possible –et plus encore- pour sauver douze orphelins de la famine. Une épopée humaine sur fond de drame historique dont les héros sont souvent ceux que l’on connait le moins.

D’origine russe Dimitri Bortnikov réinterprète, dans ce livre et dans les précédents, la langue française, sa stylistique et même sa typographie. A la manière du subversif Céline, il l’explore et en revisite les codes.

La voleuse de Daria Colonna (Canada- Québec), éditions Poètes de brousse (Canada, Québec)

Dans ce roman, il s’agit d’une introspection qui s’opère au rythme des anecdotes et des souvenirs et qui se veut une tentative salvatrice pour se libérer des démons d’un passé impénétrable par sa complexité.

Passant en revue les épisodes de l’enfance, raisonnant autour de la relation aux parents, méditant à propos des complexes liens de filiation, ce livre explore les dualités des rapports familiaux qui oscillent souvent entre amour et violences, entre pardon et rancunes, entre l’évidence des liens et la difficulté des interactions.

A travers ses personnages et des faits en lien avec son propre parcours, la poète québécoise, Daria Colonna entreprend une exploration des racines et une quête identitaire par le biais des mots.

Les Ombres filantes de Christian Guay-Poliquin (Canada- Québec), éditions La peuplade (Canada-Québec)

Un roman relatant les péripéties d’un homme perdu dans la forêt qui cherche le chemin vers un camp de chasse dans lequel sa famille a trouvé refuge. Fuyant une panne électrique généralisée et affrontant une nature dangereuse et des rencontres hostiles, le héros se découvre et se trouve un adjudant inattendu.

Mimant la pérégrination de son personnage dans une nature impressionnante et au milieu de ses démonstrations de force, le romancier offre une réflexion autour des rapports humains imprévisibles, surprenants, rassurants…

L’écrivain québécois, Christian Guay-Poliquin, offre un roman-épopée moderne ayant pour cadre une nature fluctuante et pour objectif une quête de la sagesse.

Moïse de Casa de Driss Jaydane (Maroc), éditions Les Avrils (France)

Ce roman est une odyssée urbaine dans les rues de Casablanca, dans les années 70. Entre personnages fictifs et d’autres au pouvoir surnaturel, évolue un héros âgé d’une dizaine d’année qui tente d’affronter le monde et de s’élever au rang de surhomme. Son parcours est une série d’aventures et de tentatives qui prend naissance à l’écoute d’un appel lancé par le roi Hassan II à l’adresse des hommes capables d’entreprendre une marche jusqu’au bout du Sahara.

Evoluant dans un contexte exclusivement féminin, déjouant les codes sociaux liés à la perception de la situation de sa mère divorcée, cet enfant devient un super-héros dans un paysage insolite et sur fond de mysticisme fantasmagorique.

L’auteur dresse ici un portrait héroïque à un anti-héros bercé entre un monde onirique et un univers hallucinatoire et qui évolue dans une réalité qu’il pervertit à travers le regard neuf porté sur elle.

Gens du nord de Perrine Leblanc (Canada- Québec), éditions Gallimard (France)

Tel un récit de guerre, ce roman se déroule dans le froid d’Irlande, à un moment historique important : Les années 90, entre conflits et accord de paix. L’Histoire est ainsi revue, par le biais de protagonistes en vivant les affres au quotidien. A travers un prisme journalistique, ce roman revêt une précision chirurgicale dans le traitement des faits, partant de l’anecdote et allant vers les détails et l’analyse. La passion de l’auteur pour ce cadre spatial nourrit les descriptions et les charge, subtilement, en émotions.

Pourtant, dans ce livre, le ton lyrique est à peine perceptible. La romancière lui préfère la précision historique et géographique et une tonalité savamment nuancée, avec suffisamment de sobriété pour contenir l’évocation des lourds conflits.

Les Aquatiques d’Osyalde Lewat (France- Cameroun), éditions Les escales (France)

Ce roman raconte les dessous des ambitions politiques dévorantes et déconstruit, à travers son intrigue et le choix que font ses personnages, l’avide jeu de pouvoir. Abordant le thème de l’émancipation de la femme à l’aune de problématiques modernes et dans un contexte ancré dans les traditions, ce livre dépeint la société contemporaine et n’en manque pas les travers.

Certains faits sont le lieu d’une véritable critique sociale, notamment ceux liés à un personnage artiste, âme libre et ayant fait de ce qui est interdit parmi les siens, un choix de vie (l’homosexualité).

Ici sont critiqués les dogmes sociaux allant à l’encontre des libertés personnelles et l’avidité politique sans fin. Ici on prône l’émancipation de la femme et une révolte contre les traditions et la mainmise de l’homme.

Saharienne Indigo de Tierno Monenembo (Guinée Conakry), éditions du Seuil (France)

Tout commence par une rencontre insolite en terrain neutre : La rue Mouffetard, et pourtant naît, de ce hasard, une rétrospection profonde. Une Guinéenne qui a fui, un jour, un tragique destin se retrouve face à une diseuse de bonne aventure et entame, au fil de la discussion, un retour vers son passé habité de fantômes et de culpabilité.

Roman engagé, cette œuvre est l’occasion de relire l’Histoire teintée de rouge-sang, de douleurs et d’injustices à travers l’hommage rendu aux victimes du « Camp B » et des exactions du régime guinéen.

Enlève la nuit de Monique Proulx (Canada-Québec), éditions du Boréal (Canada- Québec)

C’est le récit d’une libération, d’une rébellion réussie contre des règles communautaires perçues comme aliénantes. A travers son personnage juif hassidique, ce livre relate la liberté conquise au fil des affrontements et acquise au prix de la solitude.

Une réintégration dans une société que l’on connait mais dont on redécouvre les codes s’engage pour ce héros dans la mouvementée vie montréalaise.

Un roman qui décrit la renaissance que peut connaître celui qui choisit sa vie loin du lourd fardeau de l’héritage.

 

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El Hadj Kassé : une poésie oraculaire

Ailleurs et ici est un recueil de poèmes d’El Hadj Kassé, journaliste, communicant et écrivain sénégalais. Le poète y aborde un militantisme par les mots et contre la résignation. Révélant les injustices pour mieux les affronter, les constatant pour mieux les annihiler, le poète dresse le portrait d’un monde personnel et intérieur où cohabitent d’antagonistes dualités : le passé et l’avenir, l’ailleurs et l’ici.

Lecture du monde et des tréfonds de soi, chacun des vingt-et-un poèmes de ce recueil est une ode à l’attachement aux valeurs communes, à l’enracinement dans une culture collective et à une quête d’un laborieux équilibre avec l’Autre.

Très présente dans ces textes poétiques, une figure maternelle particulière et très inspirante par sa puissance et sa diversité : Mère Nature. Représentée à travers sa lumière, ses phénomènes physiques, son caractère de muse et de grande enchanteresse, la nature est ici omniprésente. Comme elle, le temps est une figure bien représentée : à la fois, allié et ennemi de l’Homme.

Le recueil s’articule autour de quatre parties : Présent indicatif, Eternité, Ballade et Courage. Le poète y aborde des thématiques en lien avec la réalité, d’autres relevant de l’imaginaire, de l’onirique et du quasi-oraculaire.

Philosophe de formation et spécialiste en psychologie et en sociologie, El Hadj Kassé retranscrit le cheminement d’une pensée intérieure et suit, en vers, les pérégrinations d’un esprit libre et foisonnant, réécrivant l’anecdotique présent et imaginant un futur chargé d’une « réinvention festive » et prometteur de belles « idylles à venir ».

El Hadj Kassé, Ailleurs et ici, Editions Panafrika, Silex/ Nouvelles du Sud

Touhfatt Mouhtare : l’originalité récompensée

Le feu du milieu de la Comorienne Touhafat Mouhatre obtient le Prix Alain Spiess 2022. Un deuxième roman salué pour son originalité et un succès augurant d’autres distinctions, selon de nombreux critiques.

Le feu du milieu de Touhfat Mouhtare édité par Le Bruit du monde a décroché le prix Alain Spiess 2022. Il s’agit d’un roman dont les actions se déroulent sur l’île d’Itsandra aux Comores. Gaillard est le personnage principal de cette oeuvre et le point focal d’une narration qui se veut le miroir de ses états d’âme et qui suit le rythme de ses rencontres et de l’aspect fantastique qui s’en dégage. S’enchevêtrent alors, dans ce récit, le prosaïque et le légendaire, le réalisme et le conte imaginaire.

En décrivant le quotidien de cette servante et en épousant la démarche foisonnante de sa pensée, l’auteure abolit les frontières entre le monde imaginaire et le monde réel.

Au fil des 334 pages qui constituent ce roman, on assiste à un parcours initiatique lors duquel l’héroïne découvre le monde et se découvre à travers ses interactions avec ceux qui l’habitent.

En effet, lors de ce voyage intérieur jalonné d’allusions au surnaturel, Gaillard est accompagnée de figures parentales comme sa mère adoptive qui lui raconte des légendes héritées de ses ancêtres et son maître qui lui fait apprendre le Coran. Grâce à eux, la jeune femme s’adonne, avec soif et curiosité, à la quête du savoir et entreprend ainsi une quête de la liberté.

En outre, une rencontre avec Halima, une fille fuyant un mariage de force, vient donner aux pérégrinations de Gaillard, une notre intrigante. A deux, elles croisent des personnages fantasmagoriques comme les « djinns ». Les deux femmes s’emparent ainsi de l’imaginaire monopolisé par les hommes, le visitent en le déconstruisant.

Mouhtare explore, dans son roman, la mémoire commune, à la recherche de vérités. Elle déclare avoir recouru à l’imaginaire collectif en se faisant aider par des sages de sa communauté. C’est de cette façon que l’auteure a pu créer ses propres mythes et inventer ses propres légendes.

Touhfat Mouhtare est née en 1986, à Moroni aux Iles Comores. Arrivée en France dans le cadre de ses études, elle y poursuit un parcours d’auteure débuté aux Comores. Son premier roman « Vert cru » a été édité en 2018 et a obtenu la mention spéciale du Prix du Livre insulaire au salon d’Ouessant.

Le prix Alain Spiess a été initié en 2017 en l’honneur de l’écrivain Alain Spiess décédé en 2008. Ce prix distingue les ouvrages jugés singuliers. Ont été récompensés depuis sa création :

  • En 2017 : Une chance folle, Anne Godard, éditions de Minuit
  • En 2018 : Leurs enfants après eux, Nicolas Mathieu, Actes Sud
  • En 2019 : Trois concerts, Lola Gruber, Phébus.
  • En 2020 : Là d’où je viens a disparu, Guillaume Poix, éditions Verticales

Contes africains, l’hommage au patrimoine oral

Contes africains est un recueil qui regroupe vingt contes ivoiriens paru chez Gründ Jeunesse et Nimba. Cet ouvrage est le fruit de recherches effectuées par l’association « Des livres pour tous », créée par l’autrice ivoirienne Marguerite Aboüet.

Les histoires compilées n’ont pas d’auteurs connus mais font partie d’un patrimoine oral que ladite association entend préserver en les collectant et en les offrant au public.

Souvent allégoriques et à tendance instructives, ces contes ont été revus par des auteurs et accompagnés d’illustrations de dessinateurs africains. Ce travail a été l’occasion de véhiculer des valeurs parfois absentes des versions originales, comme la valorisation de l’apport de la femme dans la société et l’allusion aux problématiques écologiques.

Regroupant des contes emplis de sagesse et dotés indirectement de morales, cet ouvrage se destine à un public large, à travers l’évocation de thématiques universelles. La transmission de cet héritage culturel sonore s’adapte également aux spécificités du jeune public adepte de culture numérique. Ainsi, un QR Code permettra à ceux qui le souhaitent d’écouter les créations sonores sublimant le contenu des vingt contes.

Rappelons qu’avant ce projet de livres l’association de Marguerite Aboüet avait travaillé sur une série de podcasts à partir de contes africains. L’autrice de bandes dessinées s’était associée avec le collectif français de créateurs sonores, Making Waves, donnant ainsi naissance à un contenu radiophonique diffusé sur Radio France internationale (RFI).

Contes africains est un hommage rendu au patrimoine sonore en le retranscrivant et un effort d’immortalisation de sa richesse à travers sa numérisation.

« Balad », un album de sentiments

Balad, de Lina Gargouri, est publié chez Awtar Édition. Cette jeune

Tunisienne a fait le choix d’associer ses deux passions, la photographie et l’écriture, au profit d’un ouvrage conçu comme un hommage à Sfax, grande ville du Centre tunisien.

L’autrice offre à son lecteur une balade dans ces terres qu’elle affectionne. Au rythme de ses pérégrinations, se construit le cheminement de sa pensée.

Quatre chapitres en constituent les axes majeurs : terre, mer, lumières, senteurs. Maniant la photo et la prose, la jeune femme offre une image animée de sa ville, dotée de lumières et d’odeurs. On découvre ainsi, à travers les illustrations et le texte, des scènes de vie pourvues d’un grand réalisme et on accompagne la fulgurance comme la profondeur de la réflexion qui nous est offerte.

Les images de la mer, du mouvement des vagues, de l’agitation des barques des pêcheurs allant y chercher de quoi faire vivre leur famille et nourrir les leurs rappellent à l’autrice le destin tragiquement choisi par les migrants qui s’aventurent en mer.

L’activité quotidienne des ouvriers autour de la récolte des olives plonge, quant à elle, Lina Gargouri et son lecteur dans une introspection en lien avec les ancêtres et leur attachement à leurs terres.

« Ce livre est une capture d’image, loin des clichés », construite comme une ode aux racines. Balad, qui signifie « ville » est le premier livre d’une collection que Awtar Édition entend lancer afin de promouvoir différentes villes à travers le regard et la plume de leurs jeunes talents.

Encadré

Tunisie : la francophonie à l’académie des lettres

S’est tenue, à l’Académie tunisienne des Sciences, des Lettres et des Arts Beit el-Hikma, le 14 octobre 2022, une journée d’études intitulée « Littérature, imagination et histoire dans la littérature tunisienne de langue française ».

Cet événement a été l’occasion pour d’éminents universitaires de débattre autour de la présence tunisienne dans le champ francophone et de la représentation du réel et de l’imaginaire tunisiens à travers les productions littéraires en langue française.

Ce rassemblement a été marqué par l’inauguration d’une nouvelle chaire au sein de cette institution académique. Une initiative de professeurs des universités tunisiennes a, en effet, permis de créer un groupe de recherches en littératures francophones.

Le groupe de chercheurs prévoit la mise en place d’un programme d’activités qui débutera à la rentrée 2022-2023. Composé d’auteurs et d’universitaires, cette initiative permettra de consolider les efforts des acteurs de la francophonie littéraire en Tunisie et de cibler des objectifs communs tels que la valorisation et l’étude du livre tunisien en langue française.

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