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À la découverte de jean malonga

PRÉSENTATION DE L’AUTEUR

QUI EST JEAN MALONGA ?

Jean Malonga est né en 1907 à Brazzaville. Il a été parlementaire au Conseil de la république,

La chambre haute du Parlement français sous la IVe République. C’est un romancier et conteur qui a su dessiner dans les détails la vie congolaise de son époque et retranscrire les subtilités de son africanité en langue française.  Décédé en 1985, Jean Malonga a publié plusieurs ouvrages dont les deux romans Le Coeur d’Aryenne, en 1953, et La Légende de M’Pfoumou Ma Mazono, en 1954.

PRÉSENTATION DE « LA LÉGENDE DE M’PFOUMO MA MAZONO »

L’OEUVRE EN RÉSUMÉ

Dans La Légende de M’Pfoumou Ma Mazono, Malongo dresse le portrait d’un chef, d’un homme libre, à travers le récit de son parcours. Roman initiatique, cette oeuvre évoque les sentiments humains et l’évolution qui, à travers elles, s’opère. Entre réalisme et légendes, mœurs enracinées et rêves de changements, les personnages évoluent et avancent au fil de l’intrigue. Le cadre spatial est esquissé à la manière d’une œuvre picturale emplie de réalisme et chargée de sens. Le cadre temporel ancre, quant à lui, les faits dans une logique de vraisemblance sans failles, à la manière d’un document historique.

LES PERSONNAGES

Dans cet extrait (extrait 1, lire page 32), nous noterons la présence du « je » et du « tu ». Au fil de la discussion, locutrice et interlocuteur se dévoilent : une mère et son fils. Au milieu d’eux, se dresse un mur de conflits opposant leurs genres et que l’on tente, à force d’arguments, d’abolir.

La femme versus l’homme, une opposition argumentée

Tout au long de l’extrait, une mère essaie de prouver à son fils que la femme est l’égale de l’homme, voire lui est supérieure.

Elle réfute, auprès de celui qui incarne à ses yeux la pensée masculine, les arguments selon lesquels la femme serait une « Force inférieure ».

LA FEMME, CETTE DIVINITE !

Telle qu’elle est évoquée par la mère, la femme a les traits d’une divinité. Elle a un pouvoir qui dépasse le champ des possibles. Tout en évoquant ses pouvoirs auprès de l’homme, pour le « consoler » ou le « calmer », la mère fait référence à des capacités d’un autre ordre, grâce auxquelles, la femme « peut bouleverser ou consolider la société la mieux organisée, provoquer ou arrêter des assassinats et des guerres, susciter les héroïsmes les plus sublimes ». Dépassant les capacités humaines, la femme est décrite comme celle dont le pouvoir frôle celui des dieux, tant son action sur le monde qui l’entoure et sur ceux qu’elle côtoie est puissante et surprenante. Elle serait même capable de défier le surnaturel, de le vaincre et d’en détourner les effets. « Elle peut annihiler la puissance de toute la Magie millénaire », dit la mère. « Elle fait disparaître les effets nocifs du venin et du totem les plus redoutables », surenchérit-elle.

La grandeur des capacités féminines est encore plus soulignée car mise côte à côte avec des mots décrivant l’aspect simple de l’action que, d’elle, elles impliquent : « Par son esthétique, sa faiblesse apparente », « par un seul de ses regards, par son sourire ou son mécontentement, d’un seul geste », « Rien qu’avec une imposition de sa petite main », elle génère des actions d’une grandeur inattendue.

Aussi la femme est-elle pourvue d’« attributs créateurs », ajoutant du sublime à sa toute-puissance. « Qu’est-ce qu’il y a de plus divin, de plus grand et de plus beau que de créer ? », demande la mère sans attendre de réponse. « Avoue, mon fils, que la femme a un rôle de premier plan, presque égal à la Force-Suprême », conclut-elle avant de réfuter totalement la thèse évoquée au début de l’extrait : « Non, la femme est autre chose qu’une force inférieure ».

L’HOMME SERAIT-IL LA FORCE INFERIEURE ?

Tout au long du texte, la mère avance des contre-arguments prouvant que la femme n’est pas « une force inférieure », comme le dit une « opinion établie depuis l’origine de la vie ». Afin de mieux asseoir la femme sur son piédestal, la mère ne manque pas de présenter l’homme comme un être inférieur. Il est désigné comme « une épave passive ». Cette passivité est détaillée au moyen de plusieurs situations dont la reproduction humaine où la femme « détient la plus grande responsabilité ». Dans ce contexte, l’homme est évoqué selon son « incapacité génitrice ». Ce n’est pas lui qui est le « foyer de l’oeuf géniteur », ce n’est pas lui qui donne la vie. Il est, en revanche, celui qu’elle fait naître : « engendré et nourri par elle », il « lui doit tout ». Cette « redevabilité » de l’homme vis-vis de la femme place celui-ci au rang de celui qui n’a qu’un « rôle secondaire de soutien dans la famille, le clan ». L’homme, dont la seule action rapportée est qu’il « obéit », est ainsi relégué aux capacités les plus prosaïques. La femme, quant à elle, à la manière des dieux, « conçoit » et « crée ».

UNE CONFRONTATION RHÉTORIQUE

Se côtoient, dans ce texte, de nombreuses oppositions accentuant l’ambivalence entre la vision que l’homme a de la femme et les capacités dont celle-ci est pourvue.

L’antithèse « une force inférieure » met l’accent sur ce paradoxe rapporté au moyen d’un argumentaire précédé d’une prétérition qui accentue l’effet des propos et le but qui en est escompté :

« Je n’essayerai pas de te faire changer d’avis. »

L’accumulation permet, également, d’insister sur les caractéristiques féminines : « Qui dit femme, dit Charme, Caresse, Ornement, Fleur, Consolation, Douceur et Paix. » En juxtaposant, à profusion, des termes de la même catégorie grammaticale pour désigner le pouvoir des femmes, la mère crée une forme d’insistance qu’elle appuie par une série d’actions :

« La femme irrite, énerve, excite et calme l’homme. » Enfin, la gradation utilisée dans le cadre de l’emploi des trois premiers verbes est suivie d’une figure d’opposition perceptible à travers les deux verbes coordonnés « excite et calme ».

PRÉSENTATION DE « COEUR D’ARYENNE »

L’OEUVRE EN RÉSUMÉ

Coeur d’Aryenne est le premier texte littéraire de langue française en République du Congo. En précurseur, Jean Malonga y aborde des thèmes que d’autres auteurs ont développés après lui.

L’africanité culturelle, la cohabitation raciale, l’appartenance nationale, le statut de l’opprimé, la tolérance intercommunautaire font la base de la trame romanesque de Coeur d’Aryenne.

Cet ouvrage a été publié en 1953 et il a été réédité, soixante ans après, car considéré comme un livre de référence, témoignage sur une époque, document historique pouvant mieux éclairer l’avenir de la littérature des Afriques.

TROIS PRISES DE PAROLE, TROIS PRISES DE POSITION

Dans le cadre de cet extrait (extrait 2, lire page 32), se côtoient trois prises de parole qui résonnent comme des prises de position autour d’un thème central majeur : la cohabitation interraciale telle que décrite dans le roman de Malonga.

UN NARRATEUR IRONIQUE

Le premier paragraphe correspond à la position du narrateur.

Celui-ci rapporte les propos de deux protagonistes, mais ne manque pas de les commenter, cyniquement. Le narrateur insiste en effet sur le décalage entre les faits et la perception qu’en a le personnage qui refuse que sa fille côtoie un garçon d’une race autre que la sienne.

Ainsi, le fait banal de « laisser deux gamins ensemble » se transforme en acte « invraisemblable », un « grand crime, une atrocité sans nom », un « lèse-humanité aryenne ».

Le narrateur ne manque pas d’insister sur ce décalage en épousant la logique du père pour mieux la décrier. Ainsi, les deux enfants sont évoqués selon leurs couleurs de peau « la Blanche » et « le petit Nègre » ; l’une est décrite comme « une maîtresse » et l’autre comme un « vil objet ».

Quant au père, initiateur de cette vision raciste, le narrateur fait référence à sa bonté en la mettant entre guillemets, pour mieux la contester. Il est désigné, ironiquement, comme « l’apôtre de la fraternité humaine ».

LE RACISME ANCRE

La prise de parole du personnage du père, dans cet extrait, incarne la pensée raciste croyant en la suprématie blanche et appuyant la non-cohabitation entre les races. Monsieur Hux reproche à sa fille d’avoir été en pirogue avec « un petit Nègre tout sale ». L’ami de sa fille est décrit comme un être dangereux, sauvage, « une vermine » pouvant la « contaminer ». Quant à Solange, le père la voit comme « une maîtresse de tous les Nègres ». Le fait de ne pas « garder ses distances » avec son ami est rapporté par le père comme un acte invraisemblable et incompréhensible.

L’ESPOIR DE TOLERANCE

La réponse de la fille aux propos interloqués du père est rapportée comme l’expression « innocente » de la tolérance que celle-ci incarne. Solange défend son ami, met en avant ses qualités, sa fiabilité et son dévouement pour elle. « Il se couperait plutôt la main que de me voir souffrir », ne manque-t-elle pas de déclarer.

L’auteur choisit de faire incarner la cohabitation sereine entre les races et l’annihilation des considérations raciales par le personnage de la fille. Ce choix en dit long sur l’espoir que porte celui-ci quant au changement de mentalités et au renouvellement de l’état d’esprit rétrograde au profit d’une vision plus humaniste des différences.

EXTRAIT 1 LA LÉGENDE DE M’PFOUMOU MA MAZONO

Je constate que toi aussi, comme tous ceux de ton sexe, tu te fais une mauvaise opinion de la femme. Pour les hommes, la femme est une « force » inférieure. Oh ! je n’essayerai pas de te faire changer cette opinion établie depuis l’origine de la vie.

Je voudrais néanmoins te dire ce qu’en réalité nous sommes, nous les femmes dans la société, dans le temps et dans l’espace. Comme tu ne le sais certainement pas encore, je dois t’apprendre que, qui dit femme, dit Charme, Caresse, Ornement, Fleur, Consolation, Douceur et Paix.

La femme irrite, énerve, excite et calme l’homme et le console toujours dans ses moments les plus difficiles. Par son esthétique, sa faiblesse apparente, elle dirige le monde. Par un seul de ses regards, par son sourire ou son mécontentement, d’un seul geste, elle peut bouleverser ou consolider la société la mieux organisée, provoquer ou arrêter des assassinats et des guerres, susciter les héroïsmes les plus sublimes.

Elle peut annihiler la puissance de toute la Magie millénaire. Rien qu’avec une imposition de sa petite main – je ne peux t’en dire davantage – elle fait disparaître les effets nocifs du venin et du totem les plus redoutables. L’homme, épave passive, obéit à toutes ses fantaisies, à toutes ses excentricités.

Tout cela n’est encore rien en comparaison de ses attributs créateurs. Dans la procréation, la femme détient la plus grande responsabilité. L’incapacité génitrice de l’homme disparaît devant sa suprématie, parce que c’est encore elle qui est, généralement, félicitée ou critiquée dans la fécondité ou la stérilité du ménage. N’est-elle pas, en effet, le gîte, le foyer de l’oeuf géniteur ? Mère, elle est incontestablement l’agent intermédiaire entre « la Force Suprême » et la création. L’homme, lui, encore une fois, n’est ici que d’un apport secondaire pour la multiplication du genre humain. Qu’est-ce qu’il y a de plus divin, de plus grand et de plus beau que de créer ? La femme conçoit, ou si tu préfères elle crée en quelque sorte.

Pendant neuf mois, elle porte dans son sein, nourrit de son sang et de sa chaleur le foetus qui, une fois né, aura encore besoin de sa tendresse, de son lait, de ses soins les plus sublimes.

Avoue, mon fils, que la femme a un rôle de premier plan, presque égal à la « Force Suprême ». Pourquoi dans ces conditions, l’homme engendré et nourri par elle, qui lui doit tout, qui n’a qu’un rôle secondaire de soutien dans la famille, le clan, la traite-t-il en être insignifiant et inférieur ? Non la femme est autre chose qu’une force inférieure.

EXTRAIT 2 COEUR D’ARYENNE

Il paraît que cette insouciance invraisemblable de laisser deux enfants, deux gamins ensemble, surtout de race différente – une Blanche, c’est-à-dire une maîtresse, et un petit Nègre qui n’est autre chose qu’un vil objet – était un grand crime, une atrocité sans nom aux yeux du « bon » Père Hux. Comme cela se devait, il avait d’abord fait un sermon sentencieux à Solange, puni sévèrement Mambeké et averti les parents inconscients et coupables de ce lèse-humanité aryenne.

— Ma petite Solange, avait susurré l’apôtre de la fraternité humaine. Ma petite Solange, mais tu es extraordinaire. Comment oses-tu te faire conduire en pirogue par un petit Nègre tout sale ? N’as-tu pas peur de te voir jeter à l’eau par ce sauvage qui se régalera ensuite de ta chair si tendre ? N’as-tu pas peur de te contaminer de sa vermine ? Je ne te comprends pas, mon enfant.

Non, réellement, je ne peux pas arriver à te comprendre. Oublies-tu donc que tu es une Blanche, une maîtresse pour tous les Nègres, quels qu’ils soient ? Il faut savoir garder ses distances, que diable !

— Mais mon Père, avait essayé de protester l’innocente Solange. Mais, mon Père, Mambeké est un garçon très habile. Il manie la pagaie mieux que tous ceux de la factorerie. En outre, il est poli, correct, discipliné et ne m’a jamais rien dit de méchant. Il se couperait plutôt la main que de me voir souffrir. Je m’amuse énormément à son bord.

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Zinelabidine benaïssa, l’art de l’érudition accessible

 

Il était linguiste, spécialiste de grammaire historique et a tenté d’insuffler sa passion pour la langue française à des milliers d’étudiants tout au long de sa carrière à la Faculté des Lettres de la Manouba, à l’Université de Tunis I, en Tunisie. Cet éminent universitaire est décédé le 15 janvier. Retour sur le parcours d’un érudit pédagogue et passionné. Zinelabidine Benaïssa était, également, auteur de plusieurs ouvrages destinés au jeune public.

Dans ses contes et nouvelles, il a mis à l’honneur la nature, à travers la faune et la flore tunisiennes. Cet alchimiste des mots a en effet choisi comme cadre, pour l’ensemble de ses œuvres, la Tunisie, à travers plusieurs villes et paysages représentatifs de ce qu’il connaît de son pays, de ce qu’il y aime et de ce qu’il souhaite en faire aimer. Ce fervent défenseur de l’environnement a fondé l’association « Les amis du Belvédère » par le biais de laquelle sont menées de nombreuses actions en faveur de la protection de ce grand parc du centre de Tunis. C’était un passionné des espèces végétales et animales en voie d’extinction et un amoureux d’ornithologie.

Dans ses contes et nouvelles tels que : L’Île, le fils du vent, Zina et la loutre, Sloughi et la panthère, Ulysse et les délices de Djerba, Les mystères du Belvédère ou encore Les pigeons de l’Impasse Catherine, il est question de péripéties se déroulant dans une nature savamment décrite, relatées dans un style foisonnant et maîtrisé.

Personnalité connue pour ses qualités communicatives et son art de l’érudition accessible, il a réalisé, produit un contenu audio et vidéo ludique et didactique à travers lequel des notions complexes en lien avec la linguistique ont été abordées. Zinelabidine Benaïssa a œuvré, des années durant, au profit de la langue française, étudiant la pérégrination des sociolectes, analysant les interférences linguistiques, expliquant la « filiation » entre les vocables. Une vie consacrée aux mots et une passion vécue dans la générosité du partage et dans la bienveillante pédagogie.

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La caravane des dix mots – Prendre la route de la francophonie citoyenne

 

La Caravane des dix mots est une structure culturelle internationale qui agit en faveur d’une francophonie citoyenne. Elle s’est fixé pour mission de valoriser l’importance de la langue et d’appuyer son rôle dans la revendication de l’identité culturelle. En 2022, l’organisme a intégré différentes antennes et est, désormais, formé de 46 filiales d’utilité artistique et culturelle réparties sur 23 pays. Présentation en dix points.

Un objectif

La Caravane des dix mots vise à rendre l’accès à la langue française « égal » dans tout l’espace francophone.

À travers différentes actions culturelles, l’association prône « une francophonie des peuples » qui se réalise par le moyen de « l’appropriation de la langue par tous les citoyens ».

Les fondateurs et les ambassadeurs

Fondée en 2003 à Lyon par Thierry Auzer, musicien et comédien, la Caravane des dix mots s’est internationalisée à partir de 2005, rassemblant des artistes et citoyens francophones de tous bords. Des bénévoles apportent également leur contribution dans le cadre logistique afin de faire aboutir les différentes missions organisées. Forte, également, de ses nombreux ambassadeurs, la structure arrive à fédérer autour de la diversité culturelle francophone.

Les ateliers

Des ateliers ludiques qui s’adressent à des publics d’âges divers (enfants, ados, étudiants, grand public…). Ces animations participatives visent à nourrir échanges et réflexions, en tenant compte des spécificités culturelles des cadres dans lesquels elles se déroulent.

Les formations

Elles sont assurées par le biais d’actions qui ciblent le plurilinguisme et les rapports interculturels. Faites à la demande, elles s’adaptent aux besoins des publics cibles : professeurs des écoles, animateurs, bibliothécaires, éducateurs, enseignants de FLE…

Les projets

Chaque année, des dizaines d’équipes artistiques organisent sur des territoires francophones des cinq continents des projets qui mettent en avant la richesse culturelle et la diversité linguistique francophone.

Ces évènements sont l’occasion de rendre possible l’accès aux pratiques artistiques, en désenclavant les régions reculées.

Les forums internationaux

Espaces de rencontres entre artistes, porteurs de projets, linguistes, chercheurs et de personnalités reconnues pour leur engagement en faveur de la francophonie, ces forums génèrent échanges et réf lexions en vue d’aboutir à des propositions en lien avec la francophonie et ses enjeux, le plurilinguisme et la coopération.

Biennale des langues

Telle une exposition universelle, cet évènement s’articule autour de pavillons thématiques qui appréhendent les langues selon des prismes différents (culturel, philosophique, politique, sociologique, artistique, ludique…). Ces thèmes sont interprétés par des écrivains, des artistes, des dirigeants, et des professionnels et des citoyens de différents bords.

Des antennes labellisées

Des structures culturelles sont régulièrement intégrées dans la communauté caravanière. Point commun entre ces antennes présentes désormais dans 23 pays : la francophonie culturelle et citoyenne. En 2022, elles sont 46 caravanes à promouvoir la francophonie d’une manière inclusive et originale.

Des documents et des documentaires

La Caravane des dix mots édite des ouvrages, des courts-métrages et des documentaires mettant à l’honneur les mots et les approches mises en oeuvre en leur faveur par les différentes structures du réseau. Autant de plaidoyers en faveur d’une francophonie citoyenne.

La plateforme

Mise à disposition des professionnels de l’éducation, cette plateforme permet les échanges de pratiques pédagogiques, d’activités éducatives et de ressources en lien avec l’apprentissage. S’y trouvent également des témoignages d’enseignants et des récits d’expériences : www.caravane-onesime.com

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Zbeida belhaj amor, actrice en quête d’absolu

 

Zbeida Belhaj Amor est une actrice tunisienne dont le talent s’est dévoilé, pour la première fois au cinéma, dans le film de Leyla Bouzid Une histoire d’amour et de désir, qui a été présenté lors de la

Semaine de la critique au dernier Festival de Cannes. Âgée de 22 ans, Zbeida a un parcours ressemblant à celui de l’héroïne qu’elle a incarnée à l’écran. « Je partage avec elle son élan de vie, sa quête d’absolu, c’est quelqu’un d’euphorique, qui a envie de découvrir, d’ouvrir les portes… », révèle-telle.

Licenciée en design, la jeune femme s’est installée à Paris afin d’y poursuivre son rêve de petite fille : faire une formation de théâtre et lancer sa carrière d’actrice.

Comment est venu ce premier rôle ?

J’ai toujours été passionnée par le cinéma et le jeu. Je prenais des cours de théâtre à Tunis, quand tout a commencé grâce à une rencontre avec la réalisatrice Leyla Bouzid. Elle cherchait l’actrice de son premier long-métrage, mais je n’avais, à ce moment-là, que quatorze ans. Cinq ans plus tard, elle m’a recontactée pour Une histoire d’amour et de désir, et ç’a été le point de départ d’une belle aventure.

Qu’avez-vous en commun avec Farah, le personnage que vous interprétez ?

Nous avons toutes les deux le goût de l’aventure et des grandes déclarations. Nous sommes à peu près animées par le même feu, même s’il y a des points autour desquels nous divergeons totalement. Comme Farah, j’ai quitté Tunis pour aller faire mes études à Paris et embrasser l’avenir. C’est cette aventure que nous avons en partage, une aventure vécue sous le mode de l’enthousiasme et de la passion.

Selon vous, comment se porte la francophonie auprès des jeunes, en Tunisie notamment ?

Je dois vous avouer que la francophonie pourrait être dans une meilleure situation auprès des jeunes Tunisiens. Mais il ne faut pas désespérer de pouvoir la relancer, malgré un engouement rampant et assez palpable pour la langue anglaise qui s’installe depuis quelques années. Je pense, à ce titre, que l’intérêt pour le livre français et pour les productions cinématographiques francophones devrait être stimulé. Il faudrait, éventuellement, imaginer des actions innovantes auprès des jeunes des différentes régions, même celles les plus reculées du pays.

Que pourraient apporter les jeunes francophones comme vous sur la scène culturelle et artistique en France ?

Je pense honnêtement que les jeunes francophones apportent déjà beaucoup à la scène culturelle française. Ils apportent un plus, de par leur différence, leurs expériences, leurs cursus d’intégration. Tout cela rejaillit, immanquablement, sur leurs contributions dans les productions littéraires et cinématographiques françaises et francophones. C’est carrément un melting-pot qui émerge et qui donne à la France une particularité que beaucoup d’autres pays lui envient : cette part active dans l’universalité de la culture et sa dimension humanitaire.

Comment envisagez-vous votre avenir artistique ?

Je suis actuellement à l’École du jeu, à Paris. Plongée dans un univers dans lequel je trouve ma place. J’espère continuer à jouer dans des films qui me parlent et à travers des rôles que j’incarnerai avec plaisir et enthousiasme.

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Beata umubyeyi – « tous tes enfants dispersés »

NIVEAU : B2/C1

OBJECTIFS :
Etudier des extraits d’un roman ; observer un champ lexical, analyser des textes en se basant sur le vocabulaire utilisé.

PRÉSENTATION DE L’AUTEURE

QUI EST BEATA UMUBYEYI ?

Beata Umubyeyi Mairesse a été la lauréate 2020 du prix des Cinq Continents de la Francophonie avec son livre Tous tes enfants dispersés, paru aux éditions Autrement.

Née à Butare au Rwanda en 1979, Beata Umubyeyi Mairesse est arrivée en France en 1994. Elle venait alors d’échapper au génocide des Tutsi. Elle a obtenu le prix François-Augiéras, le prix de l’Estuaire et le prix du livre Ailleurs avec ses recueils de nouvelles Ejo et Lézardes.

PRÉSENTATION DU ROMAN

L’IMAGE DE LA MÈRE

Blanche est rwandaise et vit à Bordeaux. C’est une rescapée du génocide des Tutsi. Immaculata est sa mère. Entre les deux femmes, la situation n’est pas facile. Le passé est lourd de reproches, de culpabilité et d’incompréhension et l’avenir incertain.

Les deux femmes ont connu de vraies épreuves en lien avec le génocide Tutsi et peinent à se reconstruire. Elles peinent à rebâtir le lien de filiation, à se réapproprier sainement la maternité. Les deux prénoms (Immaculata et Blanche) choisis par l’auteure renvoient à la blancheur ; celle désignant la paix et s’opposant donc au vécu chargé d’expériences tragiques ; celle de la paix des âmes recherchée par les protagonistes au moyen de salutaires rétrospections.

Blanche, fille d’Immaculata est aussi mère. Son fils est, quant à lui, au milieu de ces deux générations de femmes, en quête également de sa propre identité, celle-ci ne pouvant être reconquise que par le biais d’une vraie réconciliation avec le passé.

Dans ce cadre se dresse, en toile de fond, une autre forme de maternité ; celle de mère-patrie à laquelle on voue un amour sans faille. C’est elle qui voit naître ses enfants, les voie aussi s’entretuer, les regarde partir et espère, un jour, les voir revenir à elle.

Le retour aux sources est, en cela, une véritable bénédiction malgré la difficulté qu’il engendre. Il est un retour vers la part brisée de soi, une reconquête de l’Autre, aussi proche soit-il ; une recherche de réconciliation avec l’avenir qui ne peut être salutaire sans un regard serein jeté derrière soi.

Entre reproches, remords, aveux et pardon, oscillent des personnages aux profondeurs certaines. Ils sont ici pour démontrer les abîmes des âmes humaines, ces lieux de retranchements dont il est bénéfique de sortir.

LE POUVOIR DE LA LANGUE

L’auteure choisit d’utiliser le kinyarwanda en incrustation dans un roman écrit essentiellement en langue française. La langue maternelle a toute sa place à travers une mise à l’honneur de ses possibilités de transmission et de ses capacités expressives.

Présentée souvent par Beata Umubyeyi Mairesse comme la langue des symboles et de l’image, le kinyarwanda est la langue des origines que l’on gomme comme par instinct de survie, sous la pression. Pour échapper au génocide, de nombreuses personnes ont fait semblant de ne pas parler cette langue. La renier les a sauvées. Mais peut-on renier pour toujours ?

Cette langue incarne le rapport à la famille, le rapport au pays. Par opposition à la langue française qui est perçue aussi bien par le personnage que par l’auteure comme la langue de l’écrit, la langue du pays d’origine étant celle de l’oralité et de la famille.

Cet attachement aux deux langues est une métaphore de la double culture. Ces deux parties de l’identité linguistique se complètent pour former la riche complexité des doubles appartenances.

Ceci est visible à travers le vécu du fils de Blanche et petit-fils d’Immaculata, métis qui cherche sa place parmi ses communautés.

Le choix de sa mère est de l’orienter vers l’acceptation de ses deux mondes et non vers un choix qui serait à faire entre les deux.

LA DIALECTIQUE DU TEMPS ET DES COULEURS

Le récit se déroule entre trois niveaux temporels : le présent, le passé, le futur. Ces trois temps renvoient à la situation des personnages. En effet, ceux-ci évoluent entre le passé souvent destructeur, le présent qui hésite et l’avenir que l’on souhaite plus stable.

Les personnages tentent de dompter leurs souvenirs en se réconciliant avec, afin d’avancer plus sereinement dans la vie.

Comme à la recherche de clés pour refermer paisiblement les portes de l’enfer, le personnage principal recherche la paix intérieure à travers un retour salvateur vers le passé. Les fleurs de jacarandas sont présentes dans le livre. Dans une interview, l’écrivaine précise à ce sujet, qu’elles renvoient au bleu-mauve « couleur de la nostalgie », mais aussi couleur du deuil. Et faire le deuil, c’est probablement tout ce que recherchent les personnages de ce livre pour passer outre, aimer la vie et se réconcilier avec le passé et ses protagonistes. Le but est de se réconcilier avec le passé, à défaut de savoir l’oublier.

DÉCOUVERTE

  1. Comment comprend-on le titre du roman ?
  2. Lisez l’extrait 1. Quels personnages y retrouve-t-on ?
  3. Quelle relation existe-t-il entre les personnages ?

EXPLORATION

  1. En vous aidant de l’extrait 1, dites quelle image a la mère dans ce roman.
  2. D’après l’extrait 2, quelle place a la langue maternelle de l’auteure dans le roman ? Qu’apporte-t-elle ?
  3. Toujours dans l’extrait 2, relevez ce qui a un lien avec la perception du temps.

EXTRAIT 1

Il la prend par la main pour lui faire visiter les lieux qu’il a toujours connus, sa ville, sa rue, sa maison. Elle lui fait entièrement confiance et cependant toujours il guette son assentiment avant d’agir. La mère l’a longuement préparé : tu seras son guide mais n’oublie jamais ta place : tu es un enfant, tu dois l’écouter et lui obéir. Blanche les suit un pas derrière, silencieuse, interloquée par la fluidité de leur relation, comme s’ils s’étaient toujours connus. Une évidence.

Elle est le lien entre eux deux mais très vite elle se retire de leur conversation, sur la pointe des pieds, pour mieux les entendre se nouer, ainsi que le fait un tuteur qui demeure planté humblement, inutile, à côté de l’arbrisseau qui prend son élan vers les cieux. Une paix tangible a commencé à s’installer sur cette famille autrefois délabrée, déjà, lors de son dernier voyage à Butare. Le temps de la reconstruction pourrait bien être arrivé. Grâce à Stokely, grâce à ce que Blanche en a fait, passant son existence au tamis pour ne lui transmettre que les choses apaisées, laissant à la thérapie ses pierres agglomérées, rugueuses, ce qui n’a pas encore été lissé ni accepté.

Blanche a compris qu’il ne fallait pas tout amalgamer.

Rompre le cercle de mauditions.

Octobre est bien avancé et les premiers jours froids la font frissonner, elle a la nostalgie du pays.

Le temps des au revoir est arrivé. Elle emporte une valise pleine de livres, de graines et d’épices, promet à Stokely de lui écrire souvent. Il pleure un peu, elle le console sans ménagement : « Mwana wange, mon enfant, on ne regrette bien que ceux qu’on a connus, je reviendrai te visiter souvent. Grâce à Dieu et à ta mère, on est ensemble dorénavant. »

EXTRAIT 2

On dirait que tout est sur le point de s’évaporer ou d’être enseveli par une brume de fantôme. Oui, Nyogokuru, ton album est habité de fantômes, et c’est ça qui me plaît.

Je voulais que tu me racontes ton univers avec des photos, seulement les lieux, les objets et les animaux, et on dirait que tous ceux qui sont partis, les morts que tu gardes en toi, sont venus me saluer. J’ai agrandi les photos et je les ai punaisées sur les murs de ma chambre. Quand je suis dans mon lit, je rentre dans un des décors et j’invente une aventure dont toi oxu Maman êtes les héroïnes. Je vous imagine d’autres vies, des histoires qui finissent toujours bien. Sinjye wahera hahera umugani ! J’ai demandé à Maman ce que signifiait cette formule avec laquelle tu finissais toujours les histoires que tu me racontais quand j’étais petit. « Que ça ne soit pas ma fin mais celle du conte ! » C’est trop beau. Les conteurs ne meurent jamais vraiment, c’est ça ? Plus tard, je crois que je voudrais faire ça, tu sais, raconter des histoires, pour tuer le temps qui assassine les gens qu’on aime, pour tracer des virgules entre hier et demain. Maman m’a aussi expliqué qu’en kinyarwanda c’est le même mot pour dire hier et demain, ejo. C’est fort. En cours d’histoire, j’ai fabriqué une petite sculpture avec un long fil de fer que j’avais ramassé dans la cour : j’ai construit dix « ejo » attachés les uns aux autres « ejoejoejoejoejo », et puis avec cette phrase de métal j’ai fait une boule de la taille d’un poing. Comme un globe terrestre. J’y mettrai une tige de fer et je l’offrirai à maman pour qu’elle la pique dans la terre de l’hibiscus (que je lui ai acheté pour son anniversaire et qui est toujours en fleur).

Ejo, hier et demain, c’est ton temps et mon temps réunis dans le même mot. Tu vois, on est toujours ensemble.

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Mohamed harmel réinterprète murakami

Avec son nouvel ouvrage, le Tunisien Mohamed Harmel n’en a pas fini de surprendre ses lecteurs par son esprit critique. Murakami et la logique du rêve est son premier essai, mais c’est le troisième livre à travers lequel cet auteur se révèle et dévoile une capacité d’analyse puissante par sa profondeur, subversive par son cheminement.

Dans cet ouvrage, l’approche philosophique épouse la lecture psychologique avec subtilité et offre une lecture de Nietzche, de Deleuze, de

Jung, de Zweig et d’autres penseurs de renom…

Les mondes de ces grandes figures n’ont plus de secret pour le lecteur ou presque, tant les clés de lectures procurées par Harmel sont d’une complétude transversale bien ficelée.

L’essai comporte deux volets. Le premier, « Sur Murakami », est un focus sur l’oeuvre de l’auteur japonais Haruki Murakami d’après le prisme du surréalisme et de l’inconscient. Le deuxième, « Sur la littérature et l’expérience limite », est une lecture analytique de Stefan Zweig, de John Steinbeck… avec pour point commun leurs retranchements vers des limites savamment explorées. « J’ai toujours souhaité écrire sur Murakami. La logique de sa littérature m’a fasciné, j’ai donc voulu explorer le fil de cette logique onirique qui produit sur le lecteur cette magie singulière. Puis j’ai poursuivi cette approche dans d’autres oeuvres qui ont exercé sur moi une fascination particulière, la fascination de la limite », explique Mohamed Harmel dans l’introduction de son essai.

Présentant son livre comme un travail non pas « érudit » mais « passionné », Mohamed Harmel s’inscrit aussi bien dans la lignée des critiques avisés que dans celle des philosophes bien outillés. Les trames analytiques qu’il développe sont riches d’intertextualités. Un prisme intéressant pour une approche innovante des œuvres de grands noms de la littérature et de la philosophie.

Murakami et la logique du rêve est édité par la maison d’édition tunisienne Nirvana.

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L’aventure du tissu ndop

Le ndop est une étoffe bleu indigo avec des motifs blancs fabriquée depuis plusieurs siècles dans le nord du Cameroun. Connu pour sa méthode de production artisanale et élaborée, ce tissu noble a évolué au fil des ans, passant des plateaux volcaniques des peuples bamilékés aux grandes maisons de couture.

On lie souvent l’Afrique au wax, mais le travail des tissus a toujours été sur le continent un savoir-faire ancestral et emblématique, une des composantes essentielles du patrimoine culturel de certains peuples et pays. C’est le cas pour le tissu ndop, dans la fabrication duquel s’illustre le nord du Cameroun.

Les premières traces de cette étoffe remontent au xve siècle, et c’est au xviiie siècle qu’il a été développé. Plus parti­culièrement ce sont les Bamilékés et les Bamouns, deux peuples des hauts plateaux volcaniques de l’ouest du pays (et proches par des ancêtres communs et des pratiques similaires) qui sont connus pour leur savoir-faire et la fabrication de ce tissu très particulier. Le tissu ndop est fabriqué par la mise côte à côte de bandes de coton bleu indigo ornées de motifs blancs géométriques ou figu­ratifs (avec des représentations de plantes ou d’animaux).

Avant de voyager vers l’ouest du pays pour les travaux de surcouture et de finition, il se tisse et trouve sa couleur définitive dans le nord du Cameroun, dans la région de Garoua. Un filage à la main, pratiqué souvent en groupe, permet aux artisans de produire la première étape d’un parcours long et précis, le tissage s’effectuant ensuite sur des métiers de petite taille, avant l’ajout par les tisserands des motifs géométriques emblématiques du ndop. Ces formes sont aussi sym­boliques car elles représentent souvent la relation de l’homme avec la nature et l’au-delà.

Elles sont en cela porteuses de signification et objet de multiples interprétations. La technique la plus ancienne se faisait au moyen d’un fil de raphia que l’on positionnait en surcouture avant de teindre le tissu. Un moyen pour obtenir des motifs en blanc, une fois le fil retiré. Une méthode fastidieuse qui a été rempla­cée par une autre qui consiste en l’uti­lisation d’une matière imperméable, la cire de bougie ou une pâte faite à partir du manioc, par exemple.

Une fois le travail de surcouture achevé, l’étoffe est plongée dans une tein­ture bleu indigo. Le contraste qui se crée grâce à « la technique de la réserve » permet ainsi de laisser apparaître des motifs blancs. Il existe également une variante de ndop présentant des motifs brodés à la main.

Du sacré au tendance

Le ndop était autrefois considéré comme un produit local chargé de valeur, qui s’offrait dans le cadre d’échanges et de transactions entre peuples et entre chefs, en signe d’amitié et de paix.

Cette noble étoffe se transmettait d’une génération à l’autre dans le cadre de rites initiatiques. Seuls d’éminents membres, souvent appartenant à des sociétés secrètes, pouvaient l’arborer, les décorations et la matière du tissu, hautement symboliques, variant selon la région et la famille.

Grâce à des pratiques nouvelles et moins élaborées, il a pro­gressivement été possible de rendre le tissu ndop plus acces­sible. À côté de la forme originelle produite exclusivement à la main par des artisans confirmés, il existe un autre type dit semi-artisanal, fabriqué à base d’un tissu industriel traité ensuite artisa­nalement. Mais il existe aussi une variante entièrement industrielle. Malgré l’attachement qu’elles vouent aux formes, aux couleurs, aux motifs, ces deux versions sont perçues de manière péjorative car noyant le marché de « pâles copies ».

Au fil des années, le ndop a perdu sa valeur symbolique et son aspect sacré, mais son industrialisation a permis d’en faire une tendance connue à l’échelle internationale. Aujourd’hui, ce tissu a permis la mise en avant du patrimoine culturel camerounais, notamment grâce à des créateurs qui l’ont utilisé d’une manière innovante, tel Cédric DeBakey, qui en a fait des accessoires de mode.

Le ndop a même inspiré les plus grandes maisons de couture comme Hermès, de telle sorte que de ce tissu ancestral des Bamilékés est née une collection de foulards en soie vendus partout sur la planète.

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L’artisto, le théâtre dans le quartier

L’Artisto est un espace culturel tunisien qui propose des cours de théâtre pour des professionnels et des amateurs. Implanté dans un quartier populaire de la capitale tunisienne, il est devenu, depuis son ouverture en 2010, un lieu d’apprentissage et d’épanouissement. 

Pour Ghazi Zaghbani, acteur, metteur en scène et directeur des lieux, l’Artisto a été créé pour répondre à un besoin crucial de la scène culturelle tunisienne : le manque d’espaces destinés à la culture. En effet, la Tunisie a connu, dans les dernières années, la fermeture de plusieurs Maisons des jeunes qui constituaient, jusque-là, un espace culturel gratuit au sein de villes et de quartiers où les loisirs manquent cruellement. Dès son ouverture, non loin du centre-ville de Tunis, L’Artisto a commencé à assurer des cours à titre gracieux pour les enfants et les jeunes du quartier. Il a aussi attiré une communauté hétéroclite qui vient pour se former au théâtre à des tarifs très symboliques. « Au début, nous ne suscitions pas trop l’intérêt. Nous avons commencé avec deux ateliers seulement. Actuellement, il y en a 120 », se réjouit Ghazi Zaghbani. Les ateliers en question se veulent un lieu de rencontres culturelles riches en créativité et en relations humaines et en pouvoir d’introspection. Certains viennent pour apprendre à mieux communiquer, pour perfectionner leur manière d’être et de se tenir, pour savoir comment gérer leur stress, être plus performants professionnellement ou moins intimidés dans leur vie personnelle et au quotidien.

Le théâtre au profit de l’épanouissement

À L’Artisto – « théâtre vivant, lieu intimiste doté d’une âme qui vibre au rythme des spectacles, des ateliers, des formations théâtrales et des créations qu’il accueille », comme il se présente sur le site de l’établissement –, le credo est l’épanouissement artistique, et le public qui s’y intéresse est un public large et diversifié. « Nous accueillons des enfants, à partir de 5 ans, des adolescents, des adultes… ici chacun a sa place », explique son directeur. Les élèves adultes viennent ainsi de secteurs professionnels différents. Fonctionnaires, médecins, avocats ou journalistes se dirigent vers les ateliers de L’Artisto, en quête de divertissement, mais aussi d’un état de « déconnexion ».

« Je viens ici pour oublier la fatigue de ma journée », explique Rim, qui suit les cours de théâtre depuis un an. Deux heures par semaine, c’est le temps que certains apprenants s’offrent pour « penser à autre chose », « faire une activité différente » par rapport à leur métier, pour « sortir de la logique de la vie qu’ils mènent » ou de leur métier. Cela se fait au moyen de jeux dramatiques, d’ateliers de création qui permettent d’explorer ses propres capacités artistiques et de sortir de l’ordinaire pour aller vers l’imaginaire.

« Beaucoup de nos élèves sont au départ très introvertis, s’arrêtent à leurs propres limites, des limites qui n’existent que dans leurs têtes et se découvrent par la suite en découvrant tout ce dont ils sont capables », relève Ghazi avec fierté. Avec le théâtre, on apprend selon lui, au fil des exercices, à appréhender la vie autrement.

Le théâtre au profit des professionnels de demain

Mais, à L’Artisto, on vient aussi pour des cours à vocation professionnelle et non uniquement pour le divertissement. Ce lieu de rencontres culturelles est aussi un lieu d’apprentissage du métier d’acteur. Il s’agit du premier cours diplômant privé, précise le fondateur des lieux.

« Nous avons estimé que deux heures par semaine, c’était insuffisant pour ceux qui veulent se spécialiser, poursuit Ghazi Zaghbani. Ceux qui viennent pour des objectifs professionnels disposent donc de cours plus intensifs afin de les rendre prêts, à la fin de leur formation, à exercer le métier d’acteur. Nous avons lancé la première formation professionnelle privée en la matière. » Une quinzaine de personnes ayant suivi des cours intensifs et approfondis, au rythme de trois séances de quatre heures par semaine, constitueront donc la première promotion de l’Atelier de l’Acteur et pourront se retrouver sur les planches dès décembre 2021.La francophonie dans le texte

Mais L’Artisto est surtout cet espace de jeu, de rôles où l’on se découvre acteur, amateur ou professionnel, au fil de situations imaginées et de textes de qualité. Pour le directeur artistique des lieux, il est important de faire jouer aux apprenants des textes qu’ils écrivent eux-mêmes, en groupe ou individuellement, mais aussi de les mettre en situation au moyen de textes théâtraux connus traduits du français vers le dialecte tunisien ou joués dans leur langue d’origine.

« Nous souhaitons être un espace où la passion s’affirme, naît, s’épanouit, où on rencontre des gens qui partagent le même intérêt pour le théâtre, où on se rencontre avec un soi-même qui était jusque-là caché, conclut Ghazi Zaghbani, bien décidé à transmettre sa passion et à mettre son savoir-faire en matière de jeu et de direction d’acteurs au profit du plus grand nombre. J’aime aller dans les régions, explorer les profondeurs de la société tunisienne et aller au plus près des potentielles capacités, découvrir des talents en latence qui n’attendent qu’à être découverts. » 

Encadré

Ghazi Zaghbani s’est produit lui-même sur la scène de son théâtre de poche à plusieurs reprises. Il a joué des textes comme La Cantatrice chauve ou La Leçon, d’Eugène Ionesco, Les Bancs de Jean Genet… Il a aussi joué une adaptation de La Solitude des champs de coton, de Bernard-Marie Koltès, Deal (pièce coproduite par L’Artisto et la troupe française Les Yeux de l’Inconnu) où il est, sur scène, aux côtés d’un acteur français (l’un s’exprimant en arabe et l’autre en français).

L’Artisto a aussi produit La Fuite, une pièce déclinée également en film dans laquelle Zaghbani joue le rôle du terroriste en fuite qui se retrouve en quasi-huis clos avec une fille de joie.

Pour en savoir plus : http://www.lartisto.net

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24 heures… et plus, pour le Liban

Ils étaient nombreux à exprimer leur solidarité envers le Liban les 24, 25 et 26 septembre à l’Institut du monde arabe, à Paris.

Plus de soixante artistes et intellectuels sur scène dans le cadre des « 24H pour le Liban », un évènement de soutien pour ce pays où l’horreur a frappé le 4 août. L’explosion qui y a été enregistrée a secoué la population internationale et remué les douleurs d’un peuple qui a longtemps vécu au rythme des conflits et des guerres civiles.

Dépassant tous les clivages, des artistes se sont réunis autour de ce projet à la fois social et culturel. Au programme, des concerts et des performances artistiques mais aussi des témoignages d’activistes et de membres de la société civile libanaise qui ont proposé une réflexion sur l’identité libanaise en temps de crise, sur les espérances et le cri de colère que chacun pourrait lancer pour se libérer du poids du désastre.

L’évènement était aussi l’occasion de présenter des prestations artistiques inédites comme le clip devenu viral de la chanson de Michelle et Noel Keserwany, « Romance politique ». La première vivant actuellement à Paris et la seconde au Liban, les deux sœurs ont bravé les interdits et la censure pour présenter une critique décapante de la réalité libanaise.

En ouverture et en clôture de cette manifestation de solidarité, le publc a eu droit à une prestation du dramaturge libanais Wajdi Mouawad qui a décrit l’explosion, dans une tribune publiée au Monde, comme « une monstruosité […] une tragédie dont on n’a pas trouvé de mots pour la raconter. »

« 24H pour le Liban » a été l’occasion de mettre des mots sur cette douleur innommable, de transformer la colère en vague de soutien et de changer, par l’alchimie de l’art, la distance en une chaleureuse proximité.

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Les cinémas d’afrique – Un panorama de paradoxe et de créativité

Il convient, dès l’entame, de préciser qu’il n’y a pas un cinéma africain mais des Cinémas d’Afrique, tant le continent est multiple, tant son 7e art est divers.

De cette pluralité, nous avons essayé de transmettre l’essentiel, histoire de donner aux talents du continent la place qui leur revient de droit dans le paysage cinématographique international.

Oui ! Sur la scène mondiale, le cinéma africain n’est pas un figurant à la présence honorifique. Pour preuve, les dernières sélections et les récents succès à des festivals tels que la Mostra de Venise ou Cannes.

Dieudonné Hamadi, Maïmouna Doucouré, Kaouther Ben Hania, Philippe Lacôte, Ismaël El Iraki… sont les exemples d’un foisonnement cinématographique qui a su s’imposer et qui a su aussi arracher sa place sur les podiums du monde.

Les cinéastes d’Afrique tiennent aussi la vedette dans le cadre de festivals africains.

Ces rendez-vous contribuent à créer une meilleure dynamique filmique. Ils permettent des échanges d’expertises panafricains.

Ils sont aussi l’occasion, pour les publics locaux, de renouer avec le cinéma, en l’absence de réseaux de distribution en nombre. Et c’est là, en effet, une problématique ancrant une disparité en termes de moyens entre les cinéastes du continent.

Les cinéastes africains, du Nord au Sud, ont, en revanche, un point commun : des difficultés économiques qui impactent, inévitablement, la production et la diffusion.

Heureusement que derrière ces forces vives, il y a des financements et des expertises qui poussent vers le renouveau du secteur, et des savoir-faire qui se partagent dans le cadre de collaborations et décuplent les potentialités.

Les cinémas d’Afrique, c’est plus de cinquante ans de tentatives et d’affirmations, d’Ousmane Sembène et Tahar Cheriaa, à la génération nouvelle de cinéastes qui s’imposent. Les moyens ont changé, les techniques ont évolué, le produit se perfectionne, mais la passion reste intacte, pour qu’aux yeux du monde, l’Afrique brille sur grand écran. Action !

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Aminata Diop, ambassadrice de l’afrique créative

Installée entre et Paris et Marseille, la Sénégalaise Aminata Diop-Johnson fonde, en 2017, l’Agence culturelle africaine (ACA). Consciente que l’Afrique n’occupe pas, au sein des manifestations culturelles, une place à la hauteur de ses talents, elle décide de travailler à offrir plus de visibilité aux artistes africains.

Pourquoi vous être investie en faveur de la culture d’Afrique et plus particulièrement du cinéma africain ?

Aminata Diop-Johnson : Je dis souvent que je suis devenue entrepreneuse par hasard et que je me suis découvert une âme d’entrepreneuse. Tout a commencé par une belle rencontre en 2010 avec une femme formidable, Bénédicte de Capèle, directrice de l’ADIAC (Agence d’information de l’Afrique centrale) et qui m’a demandé de les accompagner dans leur volonté de promouvoir les auteurs de l’Afrique centrale. C’est ainsi que nous avons créé ensemble l’espace Livres et Auteurs du Bassin du Congo et que nous avons donné de la visibilité à la littérature africaine, de 2010 à 2016, au Salon du Livre de Paris. C’est ensuite en 2017 que j’ai décidé de fédérer plusieurs pays africains autour d’un même projet et au sein d’un même espace en créant le Pavillon des Lettres d’Afrique.

Par ailleurs, parce que l’Afrique est riche dans sa diversité culturelle, l’ACA répond également à la demande de sa jeunesse en élargissant son champ d’action aux autres industries culturelles et créatives, dont le cinéma. Je dois reconnaître que j’ai eu une chance extraordinaire qu’un film sénégalais Atlantique de Mati Diop (film accompagné par l’OIF) fasse partie de la sélection officielle du Festival de Cannes l’année où j’ai décidé de lancer avec le soutien de TV5Monde, un Pavillon Africain porté par le Sénégal à Cannes.

Cela a permis au Pavillon d’avoir une grande visibilité en 2019, et de reconduire sa présence en 2020 sous une forme numérique.

Que pensez-vous de la présence du cinéma africain à l’international, notamment dans les festivals ?

S’il n’y a pas beaucoup de films dans les festivals de cinéma internationaux, c’est parce qu’il y a un problème de financements. Les cinéastes africains n’ont pas les plateformes et les structures adéquates (du type Unifrance, Wallonie Bruxelles image, German films, etc.) pour fédérer des professionnels sur des festivals internationaux et leur permettre de lever des fonds pour faire des films de portée internationale. L’un des objectifs de l’ACA est d’offrir aux professionnels africains un lieu de rencontres où ils peuvent travailler sur le financement des films, la recherche de partenariats et de coproductions. C’est aussi un lieu où les gouvernements peuvent présenter leurs initiatives en faveur du cinéma.

Le Programme TCA (Talentueuses Caméras d’Afrique) lancé en 2019 par l’ACA dans le cadre du Festival de Cannes, permet par exemple aux cinéastes sélectionnés de bénéficier d’un programme de rencontres spécifiques et d’ateliers de formation avec des experts.

Nous les accompagnons ainsi sur la promotion et la compréhension des mécanismes du cinéma et de la coproduction. Grâce aux sélections 2019 et 2020, douze projets francophones et anglophones ont été valorisés.

Vous êtes en contact avec de nombreux cinéastes du continent. Quels sont les requêtes et les souhaits qui reviennent le plus souvent ?

Ce qui revient souvent ce sont les difficultés qu’ont les cinéastes pour se faire financer. Nous avons, d’ailleurs, récemment travaillé sur le sujet à travers deux panels : l’un avec le Centre national du cinéma (CNC) intitulé « Nouvelles opportunités de financement pour les réalisateurs et producteurs des pays ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique) » et l’autre en partenariat avec SENTOO, qui concerne la promotion des coproductions Sud-Sud.

L’autre écueil qui revient, c’est l’accès à la formation dans les domaines de l’écriture de scénario, de la production et de la réalisation.

Beaucoup de jeunes professionnels n’ont pas accès à des ateliers de formation. Mais je tiens à saluer le travail d’incubateurs tels que Ouaga Film Lab ou Up Courts-Métrages et Forum Média Centre au Sénégal. On assiste aussi aujourd’hui à l’éclosion de nouvelles initiatives comme SENTOO, un programme de coopération Sud-Sud dédié à la coproduction entre les pays d’Afrique subsaharienne et les pays d’Afrique du Nord.

Au niveau institutionnel, est-on suffisamment conscient de l’importance de la représentativité artistique pour le rayonnement du continent ?

À l’instar de « Livres et Auteurs du Bassin du Congo » qui a été porté par le Congo, le Pavillon des Lettres d’Afrique a été porté par la Côte d’Ivoire, et le Pavillon des Cinémas d’Afrique par le Sénégal.

L’implication de ces 3 pays et la présence d’autres nations à leurs côtés démontrent que les gouvernements africains ont conscience aujourd’hui que la culture est un vecteur important de développement économique. Encore une fois, l’impact médiatique mondial de la sélection du film de Mati Diop à Cannes montre l’importance de la culture et, en l’occurrence, du cinéma pour le rayonnement d’un pays.

Quel est votre prochain challenge en matière de cinéma africain ?

Notre expérience du Marché du film en ligne a été formidable et riche d’enseignements cela nous a permis de faire participer des personnes qu’on n’aurait jamais eues en présentiel. Nous avons réuni, notamment, des intervenants et des participants des cinq régions géographiques de l’Afrique que nous aurions eu du mal à rassembler pour des raisons de visas et de budget.

Nous travaillons avec nos partenaires à la création d’une formule hybride de notre Pavillon pour maintenir une version numérique.

L’idée étant de continuer à informer un maximum de professionnels et d’offrir aux institutions la meilleure plateforme de promotion possible. Nous souhaitons poursuivre notre collaboration avec les grands festivals internationaux tels que Berlin, Venise, Toronto, Locarno, sans oublier les festivals francophones comme Angoulême, Namur, Annecy, etc. Et cela va de soi, les grands rendez- vous africains comme le Fespaco, Écrans Noirs, Recidak et Dakar Court.

Citation :

« Parce que l’Afrique est riche dans sa diversité, l’Agence culturelle africaine répond à la demande de sa jeunesse en élargissant son champ d’action aux autres industries culturelles et créatives, dont le cinéma »

 

« Le Programme TCA (Talentueuses Caméras d’Afrique) lancé en 2019 par l’ACA dans le cadre du Festival de Cannes, permet aux cinéastes sélectionnés de bénéficier d’un programme de rencontres spécifiques et d’ateliers de formation »

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l’OIF, un accompagnement pour la création

Plus de 30 ans que l’Organisation internationale de la Francophonie est aux côtés des cinémas d’Afrique, accompagnant un secteur en pleine mutation grâce notamment à son fonds Image de la Francophonie. Souad Houssein, spécialiste de programme Cinéma à l’OIF, apporte sa lecture de ces trois décennies remplies de changements, d’essais et de succès. Entretien. 

Quels sont les traits marquants de plus de 30 ans de soutien du cinéma africain par le Fonds image de la Francophonie ?

J’ai pu observer trois différentes phases dans l’évolution de l’aide au cinéma d’Afrique francophone depuis la création du Fonds Image de l’OIF en 1988. Dans la première phase qui a duré jusqu’en 2006, le cinéma africain francophone dépendait fortement de financements publics bilatéraux et multilatéraux provenant essentiellement du Nord. La seconde phase s’est caractérisée par une certaine érosion de ces financements.

Mais les cinéastes africains se sont adaptés et, en saisissant les possibilités offertes par les technologies du numérique, se sont mis à réaliser leurs films avec de petits budgets. Enfin, la troisième phase est marquée par la multiplication et la diversification des partenaires. Certains États africains ont mis en place des fonds nationaux d’aide à la production. Des partenaires privés se sont intéressés au financement et à la distribution des films africains.

Ce partenariat public/privé a ouvert des nouvelles perspectives au cinéma africain qui attendent d’être mieux explorées.

Le cinéma africain tend-il vers l’universel ? Gagnerait-il à rester identitaire ?

Contrairement à une certaine idée reçue, le cinéma africain ne s’est pas réfugié ou enfermé dans l’affirmation identitaire ou le particularisme culturel. À travers des faits sociaux et des récits africains, il aspire comme tous les cinémas à l’universel, qu’il aborde à partir de son ancrage africain. On dit, d’ailleurs, que « l’universel, c’est le local moins les murs ». D’ailleurs, des films comme Finyé de Souleymane

Cissé (1982), pour ne citer que celui-là, ont eu un succès international non pas parce qu’ils étaient spécifiquement africains mais qu’ils traitaient de thèmes qui pouvaient intéresser le monde entier.

Peut-on parler de renouveau du cinéma africain francophone ?

Oui, car celui-ci s’est déployé ces dernières années à la faveur de l’entrée en scène de partenaires privés internationaux, avec une prise de conscience des États. Ainsi, la production cinématographique des pays d’Afrique francophone est mieux financée, mieux exposée, mieux diffusée et accède progressivement à un marché international. Stabilisé financièrement et plus diversifié dans son contenu, le cinéma africain francophone augmente numériquement et qualitativement – vu, aussi, le nombre de dossiers soumis chaque année au fonds Image de la Francophonie. De même, la cadence de production s’est accélérée : d’un film tous les 5 ou 7 ans, on est passé à 2 ou 3 années. On constate également une africanisation des postes techniques et artistiques.

Quels sont les déclencheurs et les caractéristiques de ce renouveau ?

Grâce aux nouveaux moyens de distribution des films à travers les plateformes numériques, le cinéma africain dispose d’un véritable allié qui lui ouvre un pont direct avec le monde. Ce renouveau est marqué par une large féminisation dans le cinéma africain, ce qui constitue un atout majeur, notamment pour le sortir des stéréotypes. Elles y occupent une place de choix et sont actives à tous les maillons de la chaîne, comme réalisatrices, actrices, maquilleuses, monteuses, mais aussi productrices et directrices de festivals. Les réalisateurs africains, certes moins fortunés, s’appliquent aussi à témoigner de leur temps en multipliant les documentaires.

Ce genre a de beaux jours devant lui, il éduque et incite le public à la prise de conscience citoyenne en donnant un point de vue « interne » à des problématiques autrefois traités par des réalisateurs étrangers.

Quels sont les prochains défis du cinéma africain ?

En tenant compte de l’évolution du paysage et du contexte technologique actuel, les cinémas d’Afrique ont un défi à relever. Les cinéastes africains, conscients de la nécessité de reconquérir leur public, souhaitent rompre avec le « misérabilisme » dans le traitement des scénarios qui avait éloigné le cinéma africain de son public. Par ailleurs, la jeunesse africaine, de plus en plus éduquée et connectée, attend un cinéma qui puisse lui renvoyer une image plus positive de son continent et lui offrir des héros auxquels elle peut s’identifier.

Plus encore, les jeunes Africains attendent que ce cinéma nouveau combatte les préjugés sur l’Afrique, renforce leur confiance et estime de soi, et illustre les contributions significatives des peuples africains au progrès général de l’humanité.

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