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Mourir de réconciliation

La rentrée politique en Tunisie est placée sous le signe de la menace et de la rébellion. Depuis dimanche, ce qui se disait à demi-mots par les plus proches du ministère de l’Intérieur se confirme. Aujourd’hui, c’est le ministère de la Défense qui l’annonce : les terroristes pourraient frapper dans les prochains jours. Voiture piégée, ceinture d’explosifs, tout est possible, et partout. Des patrouilles sont déployées aux entrées des grandes villes, plusieurs bâtiments jugés sensibles sont protégés de très près et l’appareil sécuritaire est sur le qui-vive. Le pays est en état d’alerte, au vrai sens du mot ! Pourtant les opposants sont décidés à braver l’état d’urgence et ses impératifs pour opposer leur non catégorique au projet de loi de réconciliation. Inconscience des opposants ou abus des autorités ? De quoi rendre le peuple chèvre !

D’un côté, la menace qui gronde et de l’autre ceux qui n’en ont que faire. Hamma Hammami, figure nationale du NON, s’est exprimé, hier, sur les ondes de Mosaïque Fm pour dire que l’Etat exagère, s’agissant des menaces pouvant viser la Tunisie. La réplique ne peut être anodine, venant d’un homme politique qui, fort de son poids certain sur la scène nationale, aurait pu être élu président de la République. Le leader de Gauche a mis en doute, publiquement, les propos des officiels tunisiens et a contesté, de ce fait, les décisions qui en ont découlé. Une seule raison à cela : exercer son droit (et celui de ses troupes) de manifester leur refus à une loi pouvant mettre fin à la rupture avec les adeptes du régime Ben Ali.

Les arguments économiques importent peu aux yeux de ceux qui ne veulent rien entendre quant à la réinsertion sociale des Benalistes et la réintégration de leur argent dans le circuit économique. Cette loi, ils n’en veulent pas et, pour le dire, ils n’hésiteront pas à défier l’Etat lui-même. Mongi Rahoui, comme bon nombre de dirigeants de gauche, l’a annoncé. Ils iront manifester, ce samedi, malgré l’interdiction qu’a opposée le ministère de l’Intérieur à cette marche annoncée. Opposants politiques de tous bords comptent sortir, cette fin de semaine, affronter la police et braver l’interdit. Révolutionnistes, révolutionnaires, leaders politiques, bases partisanes et bases miliciennes marcheront au même lieu, à quelques minutes d’intervalles. A chacun sa marche, sa cadence et ses slogans. Mais tous auront un ennemi commun.

L’Etat, son appareil, et ses hommes serrent les boulons d’une Tunisie qui s’est trop relâchée pendant les années de transition. L’opposition est, quant à elle, les nerfs à vif sur un sujet tout autre. Elle voudrait surtout veiller au non-retour de la dictature et toute tentative de brimer la foule fait remonter, en elle, le traumatisme des monstres du passé. Quant au peuple, il les regarde béat. Les uns désespérés de la chose politique, les autres espérant le retour de Ben Ali lui-même. Qu’ils se réconcilient ou qu’ils s’entretuent, nous n’en avons que faire, semble penser la majorité de moins en moins bavarde car de plus en plus concentrée sur ses propres soucis.

Ils sont nombreux cette rentrée les Tunisiens qui ont plié bagages. Des universitaires, des jeunes médecins et des cadres ont préféré partir s’installer ailleurs avec les leurs. Ceux qui les envient et voudraient faire comme eux sont très nombreux. La Tunisie terre d’accueil serait de moins en moins accueillante. L’ambiance y est suffocante malgré l’air agréable du pays. Les gens tendus et l’impolitesse s’y installe là où la courtoisie est à inculquer. La fainéantise y a fait des ravages en nombre et l’incivisme y est un fléau déclaré.

« Ne venez pas chez nous. Ne croyez pas en la fausse promesse qu’on vous fait», a écrit cette semaine l’universitaire Olfa Youssef. L’appel lancé au peu de personnes pouvant être tentées par une visite à notre pays choque, de prime abord. En vrai, il choque ceux dont le patriotisme est un slogan qu’on agite comme un réflexe agit d’une manière irréfléchi. Quant à ceux plus à même de constater la décadence générale, l’inconscience politicienne et l’impuissance des décideurs, ils savent que les mots de Olfa Youssef sont cette réalité lancinante que nous vivons régulièrement.

En cette période où des petits écoliers se préparent en ayant la crainte que leur rentrée soit aussi ratée que leur fin d’année. En cette période où le corps enseignants menace et où les filiales de l’UGTT commencent à rugir. En cette période où l’économie donne ses derniers signes de vie, où le tourisme est déjà achevé et le terrorisme de plus en plus proche. Dans cette ambiance « de folie », la rentrée sera un véritable bras de fer, tout manichéisme à part, entre syndicats et autorité en place, entre partis d’opposition et force au pouvoir, entre passé et futur à construire, entre menace et sécurité à préserver. Un bras de fer qui suscite de moins en moins d’attention générale. Qu’on se batte ou qu’on se réconcilie, beaucoup d’yeux regardent loin. Ceux qui étaient hier prêts à se damner pour leur pays, donneraient tout pour le quitter. La migration demeurera le rêve des temps modernes.

Tuons-nous les-uns les autres

Nouvelle devise des arabes depuis les ravages causés par ceux obnubilés par l’amour de Dieu et la haine des hommes . D’une manière moins sanglante mais aussi virale, des morts on fera des icônes. C est plus utile, un mort instrumentalisé. Ca signifie magnifiquement l’impuissance. Meurs en beauté et tu auras la gloire dans ce monde mordu d’image. Tant pis pour les autres petits syriens, l’esthétique 2.0 a ses raisons que le coeur humain ignore.

Journalistes menacés, quoi de plus banal !

La nouvelle a été rendue publique, lundi 31 août. Business News ainsi que Akher Khaber et Hakaek Online sont la cible d’une menace provenant de la branche médiatique de Ansar Chariâa. Un tweet dans ce sens avait été mis en ligne par ceux qui assurent la communication de l’aile maghrébine d’Al Qaïda. Sur la toile et dans les médias autres que ceux concernés, RAS. On s’émeut encore devant la photo d’une souris trouvées dans une bouteille d’huile chez un épicier de quartier.

Des politiciens menacés. Nous avons connu ça. Des politiciens assassinés aussi. Des menaces contre des secteurs vitaux, nous avons connu ça. Des frappes contre des symboles de ces secteurs vitaux aussi. Nous avons connu en Tunisie, les mines, les bombes, les balles, les coups de kalach… Nous sommes désormais habitués, imperturbables, blasés. Une menace envers trois médias, ça nous frôle à peine.

La blogosphère tunisienne était, hier encore, et quoique le ministère de l’Intérieur ait pris au sérieux ladite menace, obnubilé par du plus léger. Elle était plus orientée vers ce que l’Algérien Kamel Daoud désigne, dans sa dernière chronique dans Le Point, par « le fait futile ». Fait futile, ce qui remplace le fait divers, en attention à l’accueil et qui dépasse la vraie information, en intérêt aux yeux des lecteurs. Tout ce qui n’est pas fait futile n’intéresse que trop peu. Tout ce qui n’est pas assez grave ne mobilise pas l’intérêt général. La foule veut du sensationnel. Un accident de la route ayant fait des morts intéresse plus ; pas aux yeux de celui qui reçoit l’information seulement, mais même aux yeux de celui qui la crée.

Lundi 31 août, des journalistes ne sont pas morts. Mais une menace sérieuse les a visés. A Akher Khaber, Hakaek Online ou à Business News, on ne cèdera pas à la menace et l’effet qu’elle voudrait produire. Toutefois, le fait est grave. Grâce à l’anonymat que procure le monde virtuel, les terroristes continuent à terroriser, du moins à l’essayer. Annoncer leurs plans, c’est leur manière de défier le système en marge duquel ils se sont mis et de narguer la sécurité nationale et ses défenseurs. Leurs menaces et leurs actions ont développé, toutefois, une témérité inconnue chez le Tunisien.

Qu’il y ait frappe récente ou menace persistante, on continue à vivre en se disant prêt à mourir. La cause ne vaut pas le coup, mais d’autres sont passés par là. Mourir pour son pays, pour prôner sa liberté et braver ceux qui le veulent aliéné et faible, quoi de mieux ? Ici, on n’a pas peur. C’est excellent ! Ici, on s’habitue au pire. Quoi de plus désolant ! L’opinion publique ne bouge que pour le plus futile ou pour le plus tragique. Ce qui est entre les deux, est de moindre intérêt. Bénéfique et dangereux, à la fois.

Pourtant, lorsque les terroristes avaient, auparavant, menacé, rien ne les a empêchés d’aller jusqu’au bout de leurs plans. Des journalistes ont été la cible d’assassinats, dans d’autres pays comme l’Algérie par le passé ou la France, plus récemment. En Tunisie, nombreux sont les journalistes « bénéficiant » d’une garde rapprochée. Surveillés de près car pouvant être la cible de ceux qui ont décidé de terroriser le pays pour mieux se l’accaparer.

Ce sont ceux dont le discours dérange qui sont la proie potentielle. Ceux qui ont attaqué l’IVD, me disait une personne hier. Ceux qui s’affichent anti-islamistes. Ceux qui se disent modernistes. Ceux qui n’aiment pas les « Marzoukistes » et le disent. Les motivations sont multiples et les étiquettes, dans ce pays qui se divise de plus en plus aussi. « Nous sommes deux Tunisies », avais-je écrit dans une chronique, par le passé. Nous sommes trois Tunisie, réellement. Une moderniste, une réactionnaire et une virtuelle. La première regarde l’avenir et tente de quitter une réalité aussi pathétique qu’engluante. La deuxième a déjà fait son bond vers l’arrière au niveau des idées et tente de tirer par la force ceux réfractaires à son « élan réactionnaire ». La dernière regarde le tout béate, prête à s’indigner pour la première futilité, à plonger dans l’alarmisme au premier fait-divers et à banaliser ce qui, hier encore, l’aurait terrorisée longtemps. La superficialité est ce luxe qu’en Tunisie on a décidé de s’offrir, depuis que la sécurité de tous et de quelques-uns est régulièrement menacée.

« Quiconque a sondé le fond des choses devine sans peine quelle sagesse il y a à rester superficiel. C’est l’instinct de conservation qui apprend à être hâtif, léger et faux », avait écrit Nietzsche. Il devait avoir un ami Tunisien !

La terre tremble, réveillez-nous !

« La planète, aujourd’hui, fait la révolution tous les jours, sur tous les sujets et tous les fronts. Bientôt, notre pays fera de même, ou il disparaîtra. », écrivait Jacques Attali cette semaine. L’éminent économiste français tire la sonnette d’alarme et tire, par la même, à boulets rouges sur une classe politique dont les discours sont en décalage avec les enjeux réels. En Tunisie, la révolution est bien derrière, la politique plutôt stable, la transition en cours de finalisation et pourtant la menace est encore persistante. Le pays attire moins les investisseurs. Il les ferait même fuir. Pas étrange ! La régression se constate à l’œil nu. Les efforts citoyens n’y peuvent plus rien. Il faut une réelle volonté pour pouvoir tirer le pays de sa torpeur.

Lundi 24 août, le monde financier a vacillé, partout dans le monde, au rythme des bourses asiatiques et celle chinoise en particulier. La débâcle de la Bourse de Shanghaï s’est, vertigineusement, reflétée sur plusieurs places internationales entrainant, à son rythme, une économie mondiale bien fragile. Une perte de 8,5 % en clôture du côté de l’Asie et c’est l’Europe entière qui tremble. Les travers de la mondialisation sont effrayants. Ils seront déterminants dans l’esquisse d’un monde nouveau. La force de chaque pays se déterminera selon sa force de résistance aux secousses internationales et aux répliques pouvant en résulter.
L’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, l’Espagne, tous ces pays que l’on perçoit du haut de l’Afrique comme les potentiels sauveurs ne sont que des mastodontes de paille. Aussi fragiles que nous ! Oui, vraisemblablement. Nos bouées de sauvetage seraient les futurs naufragés. Probablement ! On pointe, de l’autre côté de la Méditerranée, une incohérence politique ne pouvant répondre, d’une manière efficiente, à une crise se mesurant à l’échelle mondiale. On crie gare face à des solutions d’apparat à des problèmes bien plus profonds.

Il en est de même dans ce petit pays qui essaie de renaître de ses cendres. La Tunisie d’après-l’ immolation se reconstruit difficilement. Séquelles d’une Troïka ayant mal géré le pays à la suite du départ de Ben Ali. Réponse uniquement politicienne à des problèmes qui ne font qu’enfler. Inconscience de la majorité quant à l’effort de chacun dans une survie positive du pays. Tout est en cause, à voir comment le fleuron des révolutions se porte, depuis ces dernières années.
Les pays amis, les voisins de l’autre rive, leurs promesses, leurs discours d’éloges ne pourront rien pour les pays qui, à eux, s’accrochent. Du côté de l’Europe, le souci premier est de combattre la migration. Sur les sept premiers mois de l’année, ils sont 340.000 personnes à avoir traversé les frontières de l’Union Européenne, selon l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures (Frontex). Ce flux humain que les différents plans mis en place peinent à maîtriser devient la bête noire en Allemagne, en France, en Italie. Ces pays, craignant à leur tour de sombrer, ne peuvent incontestablement plus accueillir les naufragés d’un système mondial qui ne se réorganisera, visiblement, qu’après un chaos général.

Dans ce combat quotidien, chaque pays aura à faire en sorte que sa survie soit positive. Qu’il ne vive pas son réveil sur un mode négatif dépend de sa capacité à trouver un équilibre minimum, en son propre sein. Une politique optimiste sans l’être faussement, pragmatique sans être alarmiste, efficace par l’action, puissante par les réalisations. L’heure n’est plus aux promesses ne pouvant être tenues, aux paroles ne pouvant être réalisées, aux propositions ne servant qu’à casser l’adversaire politique. L’heure n’est plus aux combats virtuels de héros 2.0.
Les politiciens doivent se muer en leaders pour devenir la locomotive du pays. Leur conscience des problématiques internationales et celles locales, leur gestion du pays et leur manière d’appréhender le peuple seront déterminantes, dans l’avenir proche. Tant que la politique ne cherchera qu’à amadouer le citoyen au lieu de le secouer et que le citoyen ne cherchera qu’à contester la politique et à contrecarrer son autorité, le pays ne fera que survivre en allant vers la déchéance au lieu d’émerger.

Dans les pays ayant pensé avoir dégagé les dictateurs, des usurpateurs ont pris place. Le dernier massacre de Palmyre en atteste. Afin de combattre une déchéance pouvant, à la place de la reconstruction, succéder à la déconstruction, toutes les forces doivent être rassemblées. Union nationale, le terme devrait cesser d’être un simple slogan qui plait ou offusque, selon la partie. Il ne devrait, de ce fait, y avoir plusieurs parties mais une. Les islamistes l’avaient compris au lendemain des élections de 2011 : pour réussir, il faut avoir un allié d’un camp autre que le sien. Les démocrates l’ont compris au lendemain des élections de 2015 : pour réussir il faut travailler avec son ennemi de la veille. Les deux camps désormais ralliés semblent l’avoir compris : pour s’en sortir il faut que le pays cesse d’être fragmenté. Dans ce sens, la Tunisie est en train d’aller vers une réconciliation se voulant une réponse pragmatique à des litiges auxquels la justice n’a pas su répondre. Ceux ayant collaboré avec le régime de Ben Ali et ayant été blanchis seront réintégrés dans la société et leur argent réintégrera le circuit économique.

Une rentrée pleine de remous en vue. Mais dans la relativité de ce qui se passe autour de nous et même bien plus loin, il est aisé de constater que notre survie tient à notre union et à note conscience collective – politiciens comme citoyens – que l’heure n’est plus à la division et que l’instinct de survie doit nous motiver avant tout. Le monde se reconstruit, selon d’autres critères de force que ceux d’après les guerres mondiales. Les pays émergents de la veille pourraient immerger demain. Les sauveurs d’hier pourraient être les naufragés de l’avenir. Nous ne pourrons nous accrocher qu’à nous-mêmes pour nous reconstruire.

Une brigade à El Haouaria ne suffit pas

Il y a, incontestablement, un grand décalage entre l’actualité et la réalité. La satisfaction des politiciens quant à la situation du pays n’a d’égale que l’état de déliquescence qu’il connaît. Leur optimisme pour le futur est à la mesure du défaitisme ambiant quant à une amélioration proche. Le pays va mal. Cela ne se lit pas dans les chiffres officiels et ne se dit pas dans les discours mais se constate au quotidien, dans nos villes, dans nos rues, sur nos trottoirs, sur nos plages ou lorsque le plafond d’un aéroport s’écroule à cause des pluies.

Outre le baiser nuptial, ce qui a le plus intéressé cette semaine au vu de l’intérêt des lecteurs est cette pseudo brigade des mœurs œuvrant à El Haouaria. L’information qui a choqué et surpris ne serait que le fruit d’un malentendu et la brigade en question serait tout bonnement composée de citoyens sensibles à l’état de délabrement que connaît leur région depuis peu. Il est vrai que la propreté fait partie des mœurs et de la morale et que des « sans-morales » sévissent de plus en plus nonchalamment en Tunisie.

Partout en Tunisie, que ce soit dans les quartiers modernes de la capitale ou dans les petites villes, la propreté semble devenir un terme inconnu. Les campagnes la prônant concentrent un effort occasionnel très vite suppléé par des ordures jonchant le sol et un état de délabrement dépassant l’entendement. Il fut un temps – non regrettable qu’en cela – où le moindre fait enregistré, le moindre manquement constaté faisait l’objet de savonnades, de sanctions, de limogeages. C’était le temps où on travaillait non pas par amour pour son métier et accessoirement pour le pays mais sous la crainte du système aux yeux grands ouverts partout et en tout temps.

La liberté ayant fait son entrée sans préparation et la crainte étant dissipée, c’est une Tunisie autre qui se découvre chaque jour et qui découvre les travers du Tunisien, ravageurs pour lui-même, son cadre et pour l’Autre avec qui il cohabite. Tous lâchent désormais prise, y compris l’Etat et ses hommes de main. Nous avons un ministère pour l’Equipement, un ministère pour l’Environnement et un autre pour le Tourisme. Trois ministres et des milliers de fonctionnaires et d’employés et pourtant rien ne va plus. Le pays vieillit mal et son image en pâtit régulièrement.

Dimanche dernier à Chott Meriem, les riverains se sont plaints d’eaux usées des égouts directement déversées dans la mer près des baigneurs. Quelques semaines plus tôt des faits similaires ont été constatés à Hammamet. On évoque des enfants ayant eu des malaises en nombre après des baignades dans certaines régions du Cap Bon. Le ministère de la Santé a démenti ladite information. Les infections constatées n’auraient pas de corrélation avec l’état des mers en Tunisie. Pourtant de nombreux citoyens s’étaient plaints d’odeurs nauséabondes pouvant provenir d’évacuations des eaux usées non loin des rivages.

En matière de tourisme et que le client en villégiature soit tunisien, algérien ou venant de plus loin, cela ne peut que rendre plus négative l’image de la destination Tunisie. Il faut dire que le pays souffre déjà de l’effet du terrorisme ayant frappé un secteur vital. L’image de la Tunisie qu’on maquille dans les discours officiels et dans les plans de communication ciblés n’est, de près, pas très florissante. Mêmes dans les régions touristiques et en pleine capitale, les rues sont plongées dans le noir dès que la nuit tombe. Etrange, glauque et très négatif pour le secteur touristique.

Il faut dire que le secteur se sabote lui-même, malgré des taux de remplissage assez importants en dépit de la crise que laissait craindre le dernier attentat de Sousse. Le client tunisien et celui algérien feraient moins le bonheur de nos hôteliers et des employés du secteur que la clientèle européenne ayant payé au plus bas des tarifs des séjours vendus au préalable à des tour opérateurs internationaux. Moins de devises mais des caisses remplies, moins de devises et des hôtels affichant complet alors que l’on continue encore à pleurer le tourisme tunisien et à réclamer de l’aide. Ingratitude ou réel manque de civisme du client tunisien ? Il faut dire que l’ingratitude est-elle même une forme d’incivisme. « Les mœurs font toujours de meilleurs citoyens que les lois », écrivait Montesquieu. C’est dans ce sens qu’il serait utile de combattre pour le respect des mœurs et de la bonne éducation. Cela pourrait réveiller les consciences endormies et celles tentant d’endormir le citoyen. Notre crise est d’ordre moral et, en matière de civisme, il nous faut désormais plus qu’une brigade de casques verts à El Haouaria.

A l’aube des élections de 2011

A l’aube des élections de 2011, on avait brandi des demandes ayant abouti à une définition fausse et outrancière du laïcisme.

Moderniste en était devenu une insulte extrême tant les idées avancées étaient en décalage avec une société qui s’est avérée être moderne uniquement dans ses grands traits.

A la veille d’échéances importantes (pas pour demain mais qui se préparent de manière stratégique) on reparle d’égalité d’héritage et on demande au législateur de braver les lois coraniques en vigueur. Les islamistes ont réussi en quelques années à donner l’impression de changer et de gagner en « souplesse ».

Les modernistes, par leur jusqu’au-boutisme, sont en passe de discréditer leur propre camp et semblent ne pas avoir retenu la leçon. Les extrêmes de l’un ne servent qu’à plus avancer l’autre et pour ratisser large, les islamistes ont déjà quitté l’extrême…

Un collège de compétences-références en différents domaines devrait être constitué en Tunisie

Il aurait entre autres rôles de décorer ceux qui le méritent loin de toute intrusion de l’autorité, de la politique et des partis.

Collégialement pourra être étudiée la situation du pays dans des domaines que la politique délaisse ou n’a pas le pouvoir de juger.

Collégialement une feuille de route pourra être mise en place et son application pourra se faire avec l’aide de l’autorité et de la société civile.

Le pays a besoin de leadership et vu le gabarit des différents rivaux le leadership susceptible de nous sauver ne pourra pas être que politique.

La Tunisienne à l’honneur

Cinquante neuf ans que la Tunisie fête la Femme, tous les 13-août. Plus de cinq décennies qu’on célèbre la Tunisienne, qu’on lui rend hommage, en ce jour férié, ainsi qu’à Bourguiba, son mentor et à Haddad, son libérateur.
Un jour où on se vante du Code du Statut personnel tunisien, des avancées réalisées par la femme dans différents domaines professionnels, de son talent, de son génie, de son exceptionnalité… Un jour où on rappelle que l’Histoire moderne de la Tunisie repose sur les femmes comme l’a été l’Histoire de la Tunisie, depuis Elyssa, la reine Didon, B’chira Ben M’rad, Taouhida Bencheikh et toutes ces anonymes qui combattent, à s’oublier elles-mêmes, pour leur pays et pour les leurs, au quotidien. Le 13 août est aussi le jour des surenchères et des superlatifs, dans un pays où la femme a tout conquis mais n’a pas encore tout acquis.

Dans cette Tunisie remplie de paradoxes, la femme est, le temps d’une journée, un fonds de commerce très prisé. Ce sont ceux qui dénigrent la femme au moyen des réflexions les plus machistes qui s’afficheront parmi ses plus fervents admirateurs. Ceux qui sont capables des pires violences à son encontre puiseront, en cette occasion, leur capital sympathie. Sur fond politique, on profitera de la femme pour se dire bourguibiste, progressiste, féministe, moderniste. Pour se dire dans l’air du temps, celui de la récupération politico-idéologique.

Seules les femmes tunisiennes conscientes du chemin qui reste à parcourir savent que cette commémoration est passée de mode. Elle servait politiquement à un Ben Ali qui a fait de la femme une des égéries de son système. Elle ne devrait désormais servir qu’à rappeler que beaucoup reste à faire, hormis les festivités de surface. En tant que femme tunisienne et en cas de mariage avec un étranger, je ne peux faire de mes enfants des Tunisiens qu’après un marathon et des kilos de paperasse. En tant que femme tunisienne je ne peux voyager avec mes enfants qu’avec une autorisation de leur père. En tant que femme tunisienne, je ne peux même pas renouveler les passeports de mes enfants, sans une autorisation ou un accord du tribunal.

Toutefois, le problème de la femme tunisienne n’est pas seulement avec le législateur mais aussi avec la société, les autres, la rue, la famille, le couple… La Tunisienne reste harcelée au quotidien. Objet de fantasmes et lieu de cristallisation des pires complexes, elle est celle qu’on honnit au volant, qu’on dérange dans les rues, qu’on stigmatise pour son apparence, qu’on catalogue pour ses idées, celle qu’on violente, qu’on viole et qu’on fête deux jours par an.

La femme tunisienne n’est pas unique mais multiple. Un hiatus sépare celles qui se pensent emblématiques et celles qui ne se voient pas représentées. Les favorisées et les défavorisées d’un système matriarcal et machiste à la fois. Car, en Tunisie, la femme est influente certes au sein de son propre noyau, mais elle n’est pas toujours l’égale de l’homme. Elle travaille et gagne sa vie mais reste exploitée au sein de son propre cercle. Dans certains milieux ruraux, elle est dépossédée de ce qu’elle gagne, au profit de l’homme de la famille. Obligée d’interrompre ses études pour servir de gagne-pain à des frères frappés de fainéantise. Vendue au plus offrant pour servir d’aide-ménagère pour d’autres femmes plus fortunées qu’elle.

Oui, « Femme tunisienne » est un statut compliqué. Quand bien même elle est la fierté parmi les pays voisins, elle n’en demeure pas moins la proie facile pour nombre d’étrangers en visites très spéciales en Tunisie. Cette Tunisie où la prostitution est banalisée et où dans les quartiers modernes, c’est désormais l’homme qui est ouvertement abordé pour des fins sexuelles et mercantiles. La femme est aussi un corps qu’on s’achète, qu’on exploite et qu’on vend. Sans qu’aucune législation ne s’en inquiète, d’un point de vue autre que moral. A plusieurs reprises des filles ont été jetées des balcons après avoir assouvi les pires fantasmes de Libyens de passage. A plusieurs reprises elles ont été obligées de céder aux avances les moins valorisantes pour survivre et faire vivre les leurs. Victimes premières de la crise économique et de celle des valeurs qui frappent un pays en pleine déconstruction, les Tunisiennes, ce n’est pas un 13 août qui les résume.

Ce n’est pas non plus un vol de Tunisair avec un équipage exclusivement féminin, ni les statuts florissant sur les réseaux sociaux. La femme se célèbre tous les jours et se respecte indéfiniment. Ce qui est occasionnel, ostentatoire et récupération n’est que pure stigmatisation pour elle. La Tunisienne ne peut être l’objet d’un honneur occasionnel mais doit enfin être l’égal de l’homme qui la dénigre, la harcèle et s’érige en roi quoique n’ayant pas de fête pour lui. Les derniers événements politiques l’ont prouvé, la souffrance régulière de femmes le prouve, leur persévérance en matière de droits mais aussi d’exercice des devoirs le prouveront : la Tunisienne est le pilier de la Tunisie, elle est son origine et ne pourra être que son avenir.

Bonne fête à toutes !

Qu’ont-ils de Bourguiba sinon l’âge et une paire de lunettes?

Un leitmotiv adverbial et un paradigme piqué dans le champ patriotique commun? Tout n’a trait qu’à la surface, rien de ce qui touche aux idées, au charisme, au leadership intrinsèque et à la passion politicienne faisant l’essentiel d’une icône. L’icône ne se reproduit pas. En faire un fonds de commerce n’est pas que le produit d’une inventivité communicative, il est aussi le fruit de la crédulité de celui qui a perçu sa reproduction comme on avait voulu qu’elle le soit. Nous n’honorons désormais pas Bourguiba pour ce qu’il a été (le contesté, l’oublié en plus d’être le leader) mais pour ce qu’il représente politiquement aujourd’hui: une simple couleur partisane créatrice d’un enracinement et génératrice de sympathie. Le premier étant factice et le deuxième étant tarissable, il faudra penser à nourrir l’icône autrement que par des images d’archives.

Hôtel tunisien cherche clients polis à déplumer

Le client tunisien est l’un des sauveurs de la saison touristique 2015 ! Cela fera rire bon nombre de personnes exerçant dans ce secteur sinistré et voyant des vauriens indignes des services qu’on leur procure en ces locaux qui affluent vers les hôtels que les touristes ont désertés. Il n’y a pas si longtemps de cela, un article de presse dénigrait ouvertement les clients tunisiens. L’indignation des lecteurs s’étant massivement exprimée, l’article en question avait été retiré. La même idée a été formulée autrement par Mohamed Ali Toumi. « Le Tunisien est un client difficile», a déclaré, récemment, le président de la FTAV.

Pourtant, les annulations cumulées depuis les derniers attentats ne peuvent être comblées que par ces clients « de second ordre ». Depuis peu, des photos circulant sur la toile veulent démontrer l’incorrection du client local. Chambres en désordre, table jonchée de restes de nourritures… On voudrait prouver que ce prétendu sauveur est en fait un ravageur. Il serait sale, incivil, gaspilleur… Et quand bien même il aurait les moyens de se payer le service d’un 5 étoiles, il ne mériterait pas d’y être. De la pure ségrégation.

Alors pour repousser l’intrus, on pratique l’élitisme. Celui qui passe par les prix et qui n’est souvent pas le bon car éducation et argent ne vont pas forcément de pair. Celui qui s’intéresse aux prix dans nos structures hôtelières aura remarqué que très peu d’hôtels ont mis en place des réductions depuis les attentats de Sousse et la crise ayant frappé le secteur. Environ 200 dinars par personne pour un 5 étoiles, cela reste au-delà des bourses et le service souvent en deça des attentes. La faillite menaçante fait qu’au lieu d’évoluer, les services tendent à tirer vers le bas. On tente de se maintenir sur pied au moyen de solutions « pare-crise » nuisant à l’image du secteur : recrutement de personnel saisonnier non qualifié, révision à la baisse des services prodigués dont ceux en relation avec la propreté et la nourriture…

S’il y a une baisse à faire ce n’est point au niveau de la qualité mais au niveau des prix et des prétentions. Nos 5 étoiles méritent rarement leur classification. Le service est très souvent trébuchant et maladroit. Et le hiatus entre la quantité de marbre qu’il contient et le manque de professionnalisme qu’il recèle fait que, du côté du client, l’insatisfaction est souvent présente. On y côtoie simultanément le luxe opulent et la médiocrité du service. On y dépense des milliers de dinars et on est encore reçu selon une définition de « mérite » basée sur des critères discriminatoires.

Le tourisme tunisien tel que conçu dans les années 80 est, incontestablement, à reconsidérer. Dans son livre La Société de Consommation, Jean Baudrillard écrivait « Les besoins des classes moyennes et inférieures sont toujours, comme les objets, passibles d’un retard, d’un décalage dans le temps et d’un décalage culturel par rapport à ceux des classes supérieures. Ce n’est pas l’une des moindres formes de la ségrégation en société « démocratique ». ». Ceci pourrait aider nos hôteliers à comprendre le décalage entre la clientèle qu’ils voudraient viser par leur prix souvent exorbitants et les attentes d’une clientèle locale moins fortunée que celle ciblée et pourtant consommatrice à souhait. Les exigences ne sont donc plus les mêmes. Le client a changé et ce qu’on peut lui offrir aussi.

La Tunisie qu’on qualifiait de « verte » est désormais flétrie, ses rues sales avec leurs lumières à demi-teintes dans les zones les plus touristiques sont loin d’être des atouts pour la destination qu’on voudrait relancer. Il y a quelques jours, un vol arrivant de Paris a été dévié par Djerba après l’annulation d’un vol initialement prévu pour cette ville touristique qui ne désemplissait pas l’été. Le vol pour Tunis avait duré plus de 5 heures alors qu’il n’était censé prendre qu’un peu plus de 2 heures. Le souci d’économie et de rentabilité était passé ce jour-là avant le respect du client, des engagements pris et de l’image du tourisme et du pays. Ce vol miséreux vers Tunis est à l’image du secteur touristique qui pour survivre ne voit à la baisse que la qualité de ses services.

Pour apprivoiser de nouveau le client étranger et ne pas rebuter le local et parce que l’Etat ne pourra pas soutenir continuellement ce secteur sinistré car sinistré, il n’est pas le seul à l’être, il faudra que des considérations soient prises pour sauver le tourisme tunisien sur les moyen et long termes. Ce qui attirait il y a des dizaines d’années attire beaucoup moins. Le client cible du tourisme de masse a changé. C’est peut-être là le décalage entre les attentes du client local et celles de l’hôtelier, entre la crise qui frappe et les prix qui ne baissent pas ou trop peu.

Face à ce décalage, des alternatives sont nées. Le nouveau marketing du halal a investi le secteur touristique et la niche est bien porteuse, avouons-le. L’existence à Monastir d’un hôtel réservé aux pratiquants fervents a étonné. Cela a été le cas pour les hôtels affichant une interdiction aux célibataires et d’autres n’acceptant d’accueillir que les plus de 16 ans. Discrimination, oui, mais une discrimination qui se veut créneau spécifique susceptible de bien viser pour mieux atteindre. Alors que d’autres utilisent les tarifs comme moyen de « sélection », cela continue à susciter l’indignation. Ce sont pourtant des réponses « pragmatiques » pour ce secteur souffrant. Car le secteur souffre, en effet, de prétention injustifiée, de médiocrité non assumée en plus des problèmes financiers apparents que les plans de sauvetage superficiels ne sauraient réparer.

Le Maroc l’avait mis à exécution il y a de cela quelques années, la diversification de l’offre est gage de survie. Le client tunisien que les hôtels n’attirent plus faute de sécurité, de qualité de service, d’offre satisfaisante se rabat sur le secteur informel des locations balnéaires. Un secteur qui pourrait être canalisé et rentablement contenu par des plateformes communautaires de location de logements à l’image de « Airbnb ». Dans le monde, cela devient la tendance en terme de tourisme. Les quelques maisons d’hôtes existant en Tunisie ont affiché, à leur tour, complet, depuis des semaines. Les prix ne différant pas de ceux des hôtels, mais le service personnalisé et de qualité attirent ceux que les hôtels n’attirent plus.

Le tourisme tunisien est frappé par une donnée internationale et une plutôt nationale : la première est à étudier pour sauver le secteur dans les prochaines années, la deuxième est à assumer au moyen d’une approche immédiate. Accepter le local en n’omettant pas qu’on n’est plus à son apogée et réfléchir à attirer l’étranger une fois la crise passée en n’oubliant pas que les exigences ont changé. C’est peut-être là la possibilité de bonnes vacances et de bonnes saisons.

Les deux potentiels et la réplique de trop

La visite avait été annoncée il y a une semaine. Nicolas Sarkozy en déplacement professionnel en Tunisie. Pas plus de détails, à ce moment-là. Hormis une rencontre annoncée, pour des raisons d’ordre logistique, parmi le cercle des Français de Tunisie. L’ancien président de France est donc arrivé, hier. Il a effectué les rites d’usage, en l’occurrence la rencontre avec BCE au Palais présidentiel, le pèlerinage au musée du Bardo, la visite des souks et l’incontournable passage par la case, The Residence.

De nombreuses critiques ont ciblé la visite de Sarkozy en Tunisie. On reproche, notamment, à celui qui préside depuis peu Les Républicains, son action dans le dossier libyen. On ne lui pardonne pas, de ce fait, d’avoir contribué au chaos qui a atteint ce pays voisin, ce qui a influé, négativement, sur la stabilité tunisienne. Des activistes avaient tenté, hier, d’opposer un Dégage à l’égard de l’ancien président français. Tout de suite arrêtés, ils ont été empêchés de nuire à l’image d’hospitalité qu’on voulait offrir à l’invité de Nidaa Tounes.

C’est en effet le parti tunisien au pouvoir qui parrainait cette visite d’un collectif de représentants du parti français de droite composé notamment par Rachida Dati, Eric Ciotti, Christian Jacob et Pierre Lellouche. Un accord serait même prévu entre les deux structures qui voient, en leurs idées directrices, une proximité pouvant les rassembler dans le cadre d’un projet commun. Pas étonnant donc que des leaders de Nidaa aient été présents hier au Bardo, à la conférence donnée dans l’après-midi ou au dîner qui l’a suivie. Ce qui a étonné, toutefois, c’est la présence d’autres personnes dans le cadre de cette visite, à l’instar de Najem Gharsalli.

Le ministre de l’Intérieur a, en effet, été vu à l’arrière de la troupe à la Kasbah. Entamant une virée au souk derrière Messieurs Sarkozy et Marzouk, il n’est pas passé inaperçu. On aurait, en revanche, préféré ne pas le voir à ce moment-là, derrière ces gens-là. Autre écart relevé, l’accueil officiel réservé à l’invité de Mohsen Marzouk. Celui-ci a été reçu au Palais de Carthage, par le président de la République. Que d’honneurs ! Une accolade immortalisée par une photo souvenir et quelques mots puisés dans une langue de bois visiblement intarissable.

Un président, un ministre, des applaudisseurs, des éloges distribués à tout-va, des piques pour l’adversaire outre-Méditerranée, et le tour est joué. Sarkozy aurait donc décidé de démarrer sa campagne pour la présidentielle de l’étranger. Maroc, Israël, Gabon, Tunisie. A la recherche de moments forts pour galvaniser l’image du concurrent de François Hollande. Dans cette bataille franco-française de pouvoir et d’emplacement, la Tunisie a répondu présente et s’est prêtée au jeu de la figuration, avec tout le zèle que cela pouvait tolérer.

On accueillera celui qui se voit, déjà et de nouveau, à l’Elysée comme s’il ne l’avait jamais quitté. Celui qu’on présente comme le futur président de la Tunisie s’en est chargé. Deux potentiels présidents côte à côte. Le passé est oublié. Peu importe l’action de Nicolas Sarkozy par le passé. Peu importe sa position par rapport au soulèvement des Tunisiens contre Ben Ali. Peu importe la réplique de Michèle Alliot-Marie et sa proposition d’aider, par les armes, à calmer les Tunisiens hostiles à l’ami Ben Ali. Peu importe le « je lève mon verre pour votre propre bonheur et celui de votre famille » lancé par Sarkozy président à un Ben Ali déjà despote. Tout s’oublie, en politique, et il n’y a pas d’Histoire hormis celle des alliances à construire, au gré des prédispositions de réussite.

Puisque l’ami qui accueille le tolère, on se permettra les pires déclarations pour le flatter et pour mieux marquer son territoire. « La Tunisie est frontalière avec l’Algérie (et) avec la Libye. Ce n’est pas nouveau… Vous n’avez pas choisi votre emplacement (…) L’Algérie, qu’en sera-t-il dans l’avenir, de son développement, de sa situation? C’est un sujet. Qui me semble-t-il doit être traité dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée », a déclaré Nicolas Sarkozy. Le sort de l’Algérie serait donc entre les mains de Sarkozy et de ses compères. La Tunisie est quant à elle à plaindre d’avoir pareil voisinage. La réplique de l’ancien président français a heurté, tant du côté tunisien qu’algérien. Mis à part le fait de le mettre en une position de force et de leadership qu’il n’a réellement pas, cette déclaration ne fait que nuire à l’Algérie, à la Tunisie et à la relation entre les deux pays. C’est pourtant au côté du voisin algérien que la Tunisie pourra avancer dans cette nouvelle géopolitique en cours de façonnage épaulée, soutenue et non pas isolée comme on voudrait qu’elle soit.

Des compliments ont été distribués pour notre « révolution », pour notre « réussite », pour notre parcours et pour notre potentielle possibilité de nous en sortir si une infime partie des aides accordées à la Grèce nous étaient attribuées (une critique acerbe à l’égard de François Hollande). Nos « amis » pourraient même organiser un congrès pour nous sauver, comme ça a été le cas pour la Syrie et pour la Libye. Sacré présage ! Aveuglés par les flatteries, par l’ambition qu’ont rassasiée les promesses, par l’avidité de pouvoir et par l’espoir commun d’y arriver, certains ont toléré hier ce qui devait être repris de suite. La réaction n’étant pas venue de la part des hôtes de Sarkozy, n’étant pas venue, non plus, de la part de parties officielles tunisiennes, elle viendra des internautes, essentiellement, qui se sont mobilisés contre les déclarations d’hostilité à l’Algérie lancées à partir de notre territoire. Notre diplomatie, malmenée à son tour, fait que nous soyons désormais 10 millions environ à faire de la politique étrangère et à réparer des dégâts quand des amitiés de longues dates sont mises à mal par des hommes de main. Les excuses deviennent ainsi quasi hebdomadaires et après celles adressées au pays de Senghor, nos excuses iront cette semaine vers le peuple du million de martyrs, pour la parole de trop de l’invité de trop.