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Iamque non umbratis fallaciis res agebatur, sed qua palatium est extra muros, armatis omne circumdedit. ingressusque obscuro iam die, ablatis regiis indumentis Caesarem tunica texit

Nagdh n’est plus martyr ou la débâcle du système

Monsieur le Président,

Nous avions appris, le 18 octobre 2012, que le débat des idées (ou plutôt son absence) se faisait suppléer par les coups, que l’intolérance pouvait finir en meurtre et que la différence d’idées pouvait être un motif de violence et d’assassinat. Nous avons appris, hier 14 novembre 2016, que lyncher une personne jusqu’à la voir mourir sous les coups ne pouvait donner lieu qu’à un non-lieu.

Nagdh, vous connaissez ce nom, Monsieur le Président. Vous l’aviez tant de fois répété, lors de votre campagne électorale. Son lynchage a été évoqué beaucoup de fois par les leaders de votre parti. Et même si Nidaa aujourd’hui n’est presque plus, le souvenir de ces répliques parfaitement politiques ne peut que résonner amèrement dans les oreilles de ceux qui avaient cru, non pas en votre parti seulement, mais en un idéal politique où la justice seule pouvait régir les différences transformées en différends mortels.

Vous disiez, il y a de cela quatre ans, quand vous étiez de l’autre côté de la force qu’est le pouvoir, que Lotfi Nagdh a été assassiné, à ceux qui évoquaient la thèse de la mort par crise cardiaque, vous criiez qu’il s’agissait de mensonges et de calomnies. Aujourd’hui que vous êtes au pouvoir, ce faible de tous les politiciens, comment pouvez-vous admettre qu’un non-lieu soit prononcé quand vous disiez, il n’y a pas si longtemps que cela, qu’il y a mort d’homme? Peut-être êtes-vous, comme nous, ce matin, dégoûté par ce à quoi a abouti le système, vous qui êtes dedans, désormais.

La justice est indépendante. Oui, cela est vrai et qui d’entre nous ne le souhaiterait pas. La justice a dit son dernier mot après plusieurs reports. Mais comment compteriez-vous expliquer aux petits Nagdh que, devant un pupitre vous ayez enflammé la scène politique en encensant de prétendus coupables, vos ennemis politiques de l’époque en l’occurrence, et qu’aujourd’hui, des hauteurs de Carthage, vous puissiez accepter la fatalité d’une justice injuste au regard de ceux qui ont cru en vous et de beaucoup d’autres.

Comment expliquera votre parti à cette veuve dont il a fait une égérie de campagne que le mot martyr ne collera plus à celui de son défunt époux. Ce non -lieu est censé l’en priver, du point de vue de la justice. Et si les autres dossiers similaires en cours se soldaient avec la même amertume, comment l’expliqueriez-vous à Majdouline et aux veuves Belaid et Brahmi, celles que vous avez saluées, honorées, fait monter sur le podium le jour de votre victoire, un peu comme une revanche au regard de vos détracteurs, un peu comme une promesse à l’égard de ceux qui attendent encore que justice soit faite après des assassinats vécus comme des deuils nationaux?

Monsieur le Président,

Cela ne doit pas être facile de se voir acculer à l’impuissance quant à la justice, quand, à l’injustice, celle-ci aboutit. Cela est aussi dur que ne l’est ce sentiment de dépit pour ceux qui voient aujourd’hui, avec du recul, que l’instrumentalisation politique des deuils des autres ne peut faire que des désabusés. Et quand ceux-là sont des petits orphelins, une veuve, des frères et soeurs, des parents et amis de personnes que la mort a frappées, par préméditation ou par accident, l’on ne peut que se refuser à l’acceptation.

A nos martyrs d’après révolution, la mort a épargné la désolation de voir que des parties ont fait de leur sang des slogans politiques. La survie de leur souvenir, quels que soient les verdicts, nous rappelle, nous autres concitoyens, que la reconnaissance de la patrie à ses hommes, quand elle se monnaie en voix électorales, pervertit leur souvenir et tâche de sang les victoires qui en résultent.

Monsieur le Président,

L’injustice des hommes peut s’oublier avec le temps, celle de la justice ne peut que remuer le couteau dans la plaie et faire saigner des coeurs blessés face au désolant spectacle d’une patrie se débattant encore, des années après, contre le spectre du passé. Quelle justice transitionnelle peut-elle réparer des maux passés quand le mal se poursuit et affecte tout un pays?

En visionnant de nouveau, ce matin, votre discours de l’époque, cravate noire et regard fermé, parlant du premier martyr de votre parti, l’on ne peut que réaliser ce que les consensus contre-nature sont douloureux des fois et ce que le sentiment de dépit peut être national (si l’on excepte ceux qui narguent veuve et orphelins en affichant, sur photo, leur bonheur face à ce verdict).

L’on ne veut pas au final, Monsieur le Président, comme ceux-là nous ont nargués, vous narguer à notre tour, nous ne voulons pas que des personnes soient jugées d’une manière injuste, si crime il n’y a pas eu, mais nous ne voulons pas non plus que des innocents voient leur père mourir deux fois pour avoir cru en un parti qui a été le vôtre le temps d’un accès au pouvoir, cela les tuera de voir que les desseins politiques ont chargé la mort de leur père d’une utilité à usage unique et en a fait, au final, un dossier poussiéreux classé parmi les dossiers de ceux que le destin, ce coupable d’office, frappe et que la justice et les hommes assassinent une deuxième fois.

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Grand ménage au Kärcher, quand l’exécutif tunisien s’exécute

Nettoyer le centre ville au kärcher. A grande eau, purger les trottoirs. Eloigner les étals anarchiques. Décongestionner les grandes artères. Affronter l’économie parallèle. Aller jusque son terrain et tenter d’y gagner du terrain, justement. Mettre de l’ordre dans ses lois. Revoir ses bases. En préparer des bonnes pour l’étape à venir. Le gouvernement Chahed et ses adjuvants ont entamé leur grand ménage d’automne.

Une Tunisie propre, respectueuse des accords internationaux. Même en chantier, cela devrait être beau à voir et rassurer. Et ce n’est pas que pour notre bien-être, nous autres citoyens, que cela est fait, c’est aussi pour l’image que, de nous, peut avoir l’Autre. Cet Autre qui attend des prémices de réussite pour continuer à nous aider.

Ratifié l’Accord de Paris à l’Assemblée des Représentants du Peuple pas plus loin qu’hier. Nettoyée aussi nos rues et diffusées, massivement, ces images d’un centre ville renaissant de ses poussières.

Tant pis si les poubelles s’accumulent ailleurs. Tant pis s’il y a invasion de mouches dans tout le pays. Tant pis si les sacs en plastic continuent, malgré un accord les interdisant, à nous sauter en pleins pare-brises. Ce qui compte c’est la vitrine. Et elle est désormais bien astiquée, d’une manière si régulière que l’on aurait presque tendance à y croire… si on ne passait pas tout aussi régulièrement par ces rues de cette Tunisie à l’apparence faussement nouvelle.

On l’aura vu plus d’une fois Chahed sur chantier. Casque de protection et gilet par dessus son costume. En maître d’oeuvre il s’affiche, à plus d’une raison: Dynamiser la perception que l’on pourrait avoir de lui et celle du pays, au passage. Il est important, en effet, à ce stade, de montrer que le politique bouge autrement qu’en gigotant hystériquement sur les plateaux et que le pays a entamé un cycle nouveau.

Et ce nouveau cycle a bien commencé, plus concrètement, à la rue des Salines au centre ville de Tunis. Une descente a eu lieu la semaine dernière et c’est l’équivalent d’un million et demi de dinars en cigarettes qui a été saisi. Visés ainsi la contrebande, le commerce parallèle, le secteur informel, ses collaborateurs d’une manière directe et ses faiseurs par déviation. Un premier coup de filet filmé. Des vidéos qui ont fait le tour du pays et un message lancé à l’égard de tous les intéressés surtout les observateurs étrangers.

On nous regarde de loin! Et bientôt on nous regardera de plus près. La conférence de l’Investissement qui se tiendra fin novembre fera, en effet, venir vers nous les décideurs du monde. Les rassurer, les encourager à voir notre potentiel et les exhorter à y croire. Voilà la démarche actuelle et à venir à appliquer si nous sommes conscients de l’importance d’un salut imminent dans cette ambiance générale plutôt menaçante.

Et il ne suffit pas d’y croire, il faut mette en place le dispositif pour! Loi de l’investissement: Fait! Loi de Finances: Remous, mais Fait! Gel des augmentations salariales: Bras de fer en cours, mais Fait! Système de sécurité sociale: Son échec démontré à l’appui. Ca sera fait. Système fiscal: Populeux à souhait dans sa communication et dans sa substance, mais Fait! Rassurer et secouer à la fois: rassurer les plus faibles de préférence car leur agitation dérangerait ce tableau en cours et secouer les plus nantis car de là peuvent tomber quelques recettes, maigres certes, mais bonnes à grignoter en temps de disette.

On veut éviter la disette justement à cette Tunisie cobaye démocratique. Y mettre du sien n’a pas réussi pour la sauver, alors une tierce aide serait, à ce stade, vitale. En bon élève, l’exécutif s’exécute et exécute les recommandations d’une manière quasi scolaire. L’agenda est suivi à la lettre et les échéances appréhendées, en toute précision.

Ici, on ne ment plus, on ne camoufle plus. Tout a fini par imploser. « Rien n’est dans ce monde dissimulable désormais ». BCE l’avait dit en marge de sa dernière virée américaine.

Fadhel Abdelkéfi, ministre de l’Investissement et de la Coopération internationale aussi, dans le cadre de son roadshow pour promouvoir la Tunisie auprès des capitaux de ce monde. La difficulté qu’a la Tunisie à s’en sortir est connue de tous. A l’étranger, on en est conscient. Et l’on montre ses dispositions à aider quand s’y ajoute l’argument répercussions. L’on a peur du côté américain par exemple et bien ailleurs de l’impact que pourrait avoir le malaise tunisien sur les sécurités nationales respectives, par l’alchimie néfaste du terrorisme et de sa tentation.

Du côté tunisien, on en est conscient aussi. Mais conscients comme des enfants capricieux qui dans la mêlée continuent à s’insulter, à réclamer, à en demander plus, là où si plus est, c’est de nous qu’il devrait venir.

L’économie est le nerf de la guerre. Nous avons passé cinq ans à ne considérer notre transition que par le prisme politique. Nous avons fait notre apprentissage et n’avons réussi à aller au delà de la case débutant. Nous avons commencé par stagner. Nous avons puisé dans nos réserves, consommé nos acquis et épuisé notre capital sympathie dans un monde qui n’est pas fait que de nous. Centrés sur nos propres réussites, nos propres défaites, nos propres railleries, nous en avons presque oublié notre image dans le monde.

Et parce que l’heure est à l’économie, l’on a compris visiblement que le politique est à ce stade accessoire. Il accompagne le changement nécessaire pour un deuxième cycle de vie, un cycle de survie. Pour que la transition démocratique ne soit pas synonyme de banqueroute nationale, l’heure est peut-être venue d’envisager autrement le salut national. La démarche maintenant imposée n’en sera que plus acceptée et mieux appliquée, par tous. Pour que concordent enfin façade et arrière-boutique.

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Jemna: La dictature du peuple ruine la République

Nous pensions en avoir fini avec la dictature des dirigeants, nous voilà aux prises avec la dictature du peuple.

Et elle en est à son énième épisode. Une démonstration de force de plus, de trop aussi, a eu lieu ce weekend à Jemna. Des terres, propriété de l’État, ont été exploitées illégalement par l’Association d’exploitation des palmeraies éponymes et le fruit de l’usurpation a été vendu en présence de représentants de partis politiques. Autrement dit, on a assisté à Jemna à une institutionnalisation du vol des biens publics.

Argument présenté en faveur de pareille imposture: un bénéfice dépassant celui qu’en réalisait l’État. Une recette d’un million sept cent mille dinars, des projets d’infrastructure réalisés grâce aux recettes passées mais une ardoise générale où n’ont pas été calculés les frais et les bénéfices nets.

Mauvaise gestion des pouvoirs publics versus gouvernance sociale plus performante. L’équation censée placer l’État en position de faiblesse n’est pas la bonne car le recel, même en ramenant gros, n’a jamais été un moyen honnête dont on pouvait se targuer.

Vers des projets sociaux dont le succès impose le modèle comme une alternative plus rentable? Non, nous allons plutôt vers « l’étatisation » de la Tunisie. Chacun pourrait, de ce fait, penser à en faire autant. Chaque région peut, au moyen d’une association, décider d’exploiter ses richesses naturelles, ses terrains publics, ses atouts géographiques. Il suffirait d’y gagner gros pour gagner la légitimité et le soutien de certains politiciens. Ceux-là mêmes qui légifèrent et qui approuvent les écarts à la loi.
Le citoyen- bandit serait défendu par ceux qui prônent la défaite des gouvernants et la victoire du peuple. Mais point de victoire sans respect de l’Etat, au delà des a priori concernant ses actuels symboles.

A Jemna, pourrait naître une insurrection populaire car la loi, au lieu d’être revue, est tout simplement bafouée. Toutefois, les politiciens qui ont soutenu la vente de Jemna par leur présence et en en devenant le porte-voix ont profité d’une brèche juridique. La plainte empêchant la vente en question ne concernant pas la date du 9 octobre mais une date annoncée auparavant, aucune démarche autre n’avait été entreprise par l’État en recours à celle-ci, d’après Samia Abbou députée du Courant démocratique selon qui la vente finalisée ce weekend ne peut être considérée comme une enfreinte à la loi.

Pourtant ces mêmes figures politiques auraient pu participer à la création d’un cadre légal pour l’exploitation en question comme pour celles d’autres terres que l’État abandonne ou ne gère pas d’une manière optimale.

Au lieu de cela, on a salué l’illégalité et on en a défendu le résultat. Au nom de l’opposition au pouvoir en place, on a agi contre la République et ses valeurs, contre l’État de droit et ses bases premières. Le soutien aux démarches sociales et populaires peut-il se faire au détriment de tout un pays, des valeurs supposées être communes et d’un certain nombre de lois?

C’est donc cela la dictature du peuple. C’est donc cela la tyrannie de l’individualisme. Un champ d’action allant au contraire de ce que font certains anarchistes des droits ouvriers, mais aussi dangereux et « égocentré ». Ca force la main à l’Etat et vous occupe illégalement un terrain lui appartenant au nom des nobles valeurs du travail. Ca vous paralyse une économie nationale au nom de grèves ne servant qu’une partie du groupe. Ca vous réclame, à coup de menaces, des augmentations alors que la courbe de croissance est à son plus bas niveau. Ca vous rebute les investisseurs d’un côté, alors que l’on se démène de l’autre pour les rassurer.

Cette même dictature nouvelle est à gérer d’urgence. Les syndicats partie prenante dans la sphère décisionnelle par le biais de l’Accord de Carthage devraient en être les garants. Les partis politiques d’opposition devraient au nom de la primauté des lois y constituer un garde-fou. Une prise de conscience générale devrait être envisagée pour que les victimes ne deviennent pas les nouveaux gourous et que ne s’annonce pas la faillite imminente.

On la croyait seulement économique mais, au vu des dernières nouvelles, elle risque d’être celle des valeurs de l’État, de sa quintessence.

 

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Tunisie: Ennahdha trace, Nidaa rame

Ce weekend, s’exhibaient des photos de Youssef Chahed en mode décontracté aux côtés de jeunes et d’enfants, les pieds dans la boue dans des quartiers tunisiens que les dernières pluies ont dévastés.

Ce weekend, un de ses ministres s’affichait sur des clichés massivement partagés sur les réseaux sociaux dans un événement n’ayant, pour le moins, rien à voir avec son portefeuille. Le ministre des TIC qui inaugure une école coranique. Il faut dire que cela relève de l’insolite.

Quel lien entre les deux faits? Rien, vraisemblablement. Et c’est cette absence de similarité qui déconcerte! Un chef de gouvernement à l’actualité égocentrée; un ministre en mode hors sujet.

Est-ce cela l’essence de l’Unité nationale pour laquelle un gouvernement a été changé? La question mérite d’être posée. Elle nous aiderait à cerner les visées de chacun et à débarrasser la patrie des figurants qui disent oeuvrer pour elle. Et chacun trace vers son but dans cette Tunisie en transition. Chacun travaille pour ses ambitions et pour les projets des siens, sa famille partisane et idéologique.

Nous sommes à l’ère des clans. Et le but est le positionnement. Le court terme importe peu.

L’admettre rend la cohabitation plus facile entre parties adverses foncièrement opposées. Et la cohabitation rend plus challengeant le parcours à faire côte à côte, vers des buts distincts. C’est une question de survie mais aussi de victoire. Les islamistes l’ont compris. Les « modernistes » pataugent encore.

Car ce weekend -bien dense, en toute évidence- Nidaa débattait, encore, dans le cadre d’une Assemblé générale du bloc parlementaire, de sa propre structuration.

Le parti qui se débat depuis un an et demi contre ses propres démons est devenu le maillon faible de la scène politique tunisienne à défaut d’être son parti fort. Une leçon, en somme, sur le poids des urnes que fausse la communication trompeuse et sur le poids réel que les guerres d’égos rapetissent au fur et à mesure des batailles personnelles et d’ambitions ne générant que scission.

Ce weekend, Rached Ghannouchi poursuivait sa tournée dans le sud tunisien. En grand leader, il a enchaîné visites, conférences, rencontres. Expliquer la transition, étayer les choix de son parti, impliquer sa base. Le parti islamiste rassure les siens et assure le suivi. Il fait du « B to B ». Le parti a compris que l’imminence des élections ne détermine pas l’action politique et que le capital d’un parti doit être entretenu et fidélisé. Autrement, il se disloque et l’effort de le solidariser de nouveau n’en est que plus accru et moins durable.

Deux rythmes de croisière pour un combat qui ne dit pas son nom et une guerre d’emplacement qui a débuté avec les prémices de la transition. L’un trace, l’autre rame. N’en pâtissent que l’État et la population.

Le premier est miné de querelles transposées vers lui. La deuxième est de plus en plus blasée de la politique et de ses choses, ses stratèges et ses déceptions.

Son objectif à elle est à très court terme: vivre décemment dans un environnement sain. Mais elle est perdue entre ceux qui n’ont pas perdu de vue leur but ultime et ceux qui se sont perdus eux-mêmes à défaut d’en avoir un.

Perdre pour mieux gagner, Ennahdha semble en avoir fait un credo. Faire de sa victoire, sa propre perte: Nidaa Tounes, le parti au pouvoir, s’en offre comme la pathétique incarnation.

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Youssef Chahed a parlé trop tôt

C’est un discours digne d’une campagne électorale que nous a adressé hier Youssef Chahed. Le Chef du gouvernement a, ainsi, pendant une heure, évoqué, propositions, réflexions, pistes de sortie de crise… Le tout agrémenté de questions-transitions assurant la fluidité d’un message qui semblait bien préparé certes, mais pas ou peu étudié.

Quel intérêt avait Youssef Chahed à s’adresser aux Tunisiens hier. A un mois de sa prise de fonctions qu’avait-il de nouveau à annoncer hormis des projets qui peuvent aboutir ou périr au cours de leur élaboration, réussir ou s’avérer de réels fiascos.

L’on ne cesse pourtant de voir l’ampleur de la morosité qui règne, du côté des citoyens.
L’on ne cesse d’évoquer le péril imminent, du côté des économistes lucides et neutres.
L’on ne cesse de sombrer dans ce pays pour qui le gouvernement d’Union nationale avait été présenté, un certain 2 juin, comme la bouée de sauvetage.

Trop tôt pour le critiquer? Trop tôt pour s’affirmer ainsi, alors, tant que rien n’est fait.
Youssef Chahed a, en revanche, choisi l’image à l’action.
Son discours est tel un accessoire apposé sur du vide. Quelle importance peut avoir un discours politique dans ce contexte actuel? Préparer? On ne l’est que trop…

Le Tunisien ne cesse de réclamer de la rigueur dans la gestion du pays et de la fermeté face à ceux qui lui nuisent. Assurer que changement il y aura? L’heure n’est plus aux promesses et aux résolutions. Rassurer? on ne l’est point. Après les 60 minutes de discours, on ne l’est pas plus ce matin qu’hier.

Youssef Chahed a raté l’occasion de se faire discret et de travailler dans le silence en ne faisant parler de lui que par les actions avérées. Il a choisi les paroles à l’acte.

Son apparition télévisée et radiophonique, c’était plus pour lui que pour nous. Parce que l’orientation de son gouvernement est définie par essence et l’idée de sauvetage en est la raison d’être. Car ce qu’il a annoncé aurait pu l’être par les gérants des portefeuilles concernés. Parce qu’il n’y avait de facto rien au demeurant à mettre en avant.

Youssef Chahed aurait gagné en restant dans ses dossiers et loin des caméras, le temps d’avancer dans ses chantiers et d’avoir de l’accompli dans ses grands axes.

Sa première sortie n’en aurait été que plus glorieuse et son apparition aurait eu l’ancrage souhaité en termes de « notoriété » et d’autorité.

De ses 60 minutes de paroles ne demeurent, ce matin, qu’un brouhaha de critiques quant à la prestation journalistique de ses intervieweurs et une vague d’applaudissement à sa « prouesse » faite de la part de ses admirateurs affichés, ceux qui sont là derrière chaque homme politique comme pour lui fausser sa perception des choses et de lui-même.

Le citoyen en aura-t-il retenu grand chose? a-t-il été touché? A-t-il senti l’impact d’un changement tant actuel et sur le plan politique qu’à venir et sur le plan de son quotidien? Rien n’est sûr…
Quant à l’opposition et à la crainte de ses réactions, c’est un facteur devenu absent dans la configuration actuelle.

Les principales figures dissidentes sont, en effet, impliquées politiquement et d’un point de vue responsabilité. Leur accès à des postes d’Etat, les a fait passer de l’autre côté de la scène et a fait des figurants sans teneur, des vedettes des plateaux d’hier.

En attendant, Youssef Chahed avance comme décidé. Il n’a peut-être pas besoin d’assurer dans l’immédiat. Peut-être travaille-t-il sur le long terme.
Son objectif, ce n’est peut-être pas un projet d’Etat mais l’idée d’un homme d’Etat programmé pour un projet politique.
Au lendemain de sa première grande interview d’après accès à la primature, la politique de Chahed semble encore centrée sur sa personne. Cela se voit un peu trop…

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Youssef Chahed fait une rentrée politique très scolaire

La communication par l’image est dépassée. Pourquoi y aller par quatre chemins. Nous sommes dans un contexte qui impose le pragmatisme et le pragmatisme veut que nous allions droit au but.

Il est vrai que les manuels de communication insistent sur l’effet de l’image, sur l’art de la travailler et du bénéfice susceptible d’en être dégagé. Il est vrai que, quand le topo est vierge, il est facile d’ancrer une identité nouvelle, presque exclusivement visuelle, une identité politique faite de superposition de « persona » dégagées dans l’artifice des images et des mises en scène.

Toutefois, pour pareille démarche, ne faut-il pas une cible réceptive? Cette cible, nous autres Tunisiens, avons cessé de l’être.

Alors, quand le Chef du gouvernement retrousse les manches, quand il s’exhibe debout dans une spontanéité artificielle dans son bureau en entrevue avec un de ses ministres, cela fait parler au lieu d’épater.

Quand Youssef Chahed est pris en photo en train d’attendre que son sandwich soit prêt par une photographe que le hasard a placée là, au bon moment. Cela fait parler au lieu d’épater.

C’est cela le but, dira-t-on: faire parler. Mais le Tunisien n’en est plus là. La Tunisie non plus.

Nous en avons vu déjà, ces hasards plaçant un photographe sur la rue où un Mehdi Jomâa a décidé de faire une marche à Paris au lieu de prendre une voiture; en plaçant un autre (mais de la même chaîne télévisée) au quartier populaire de Belleville, là où le même Chef de gouvernement de l’époque avait décidé de manger un fricassé.

La communication par l’image a été celle d’un Ben Ali que l’on voyait quasi exclusivement sans son, dans des reportages ne mettant l’accent que sur son image et ancrant un personnage qu’il s’est avéré ne pas être dès que la voix suppléait les fonds sonores au rythme conquérant.

Nombreuses sont les personnes qui ont critiqué le travail de l’équipe de communication de Youssef Chahed. Ces équipes n’ont, en revanche, fait que leur travail. Leur partie du travail. Car la communication ne peut tout faire et l’erreur est de ne compter que dessus. La communication est l’accessoire qui vient compléter un tableau. Ceux qui en ont fait un artifice de camouflage pour maquiller les lacunes y ont perdu et n’en ont rien gagné.

L’équipe de communication de Youssef Chahed a permis de faire parler de lui seulement à travers deux clichés (l’un assumé, l’autre publié ailleurs que sur leur réseau). Elle a réussi à générer de la visibilité et des réactions.

A Youssef Chahed et à ses conseillers politiques d’y superposer une autre image, autre que celle de l’image justement. A eux de mettre de l’action au portrait figé que seul un discours savamment prononcé, le jour du vote de confiance à l’ARP, anime.

En voyant de l’action, des décisions, des changements autour de lui, dans son quotidien, le Tunisien sera peut-être plus réceptif à ce que peut vouloir dire l’image de la tête de la primature marchant aux côtés de sa maîtresse retrouvée pour les besoins d’un cliché. En voyant qu’il y a de l’action, il appréciera peut-être la simplicité sur photo d’un Chef de gouvernement déjeunant un sandwich chez Dawla, son gargotier préféré. En le voyant changer les choses, il comprendra que l’heure est aux manches retroussées.

Nos cols blancs de la politiques devront comprendre que l’heure n’est plus au calcul de pourcentages, ni à la mesure de leur capital sympathie. Nous sommes en temps de crise, ces temps pendant lesquels on est prêt à être détesté quand on est Chef parce que des décisions douloureuses doivent être prises.

La rentrée politique a des allures très scolaires. L’on attendait pourtant plus qu’un bizutage sur les réseaux sociaux pour le jeune Chef de gouvernement choisi pour ce contexte difficile.

Le but de Béji Caïd Essebsi en proposant un gouvernement d’Union nationale ne pouvait pas être de nous faire aimer Youssef Chahed. La raison qui a poussé Essid, son prédécesseur, vers la sortie ne pouvait pas être de nous faire savoir que celui-ci pouvait encore parler à ses concitoyens.

Son choix comme Chef de l’exécutif ne pouvait pas avoir comme visée de nous faire savoir qu’il pouvait encore manger un sandwich. Sa première réalisation ne peut pas être sa capacité de retrousser ses manches.

Le peuple veut de l’action. Peut-être qu’à ce moment-là il saura apprécier le « personnage ». Mais à chercher la popularité, on s’égare de l’objectif.

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Gouvernement Chahed: A-t-on vraiment choisi la sortie de crise?

Quoique réalisé dans un contexte temporel loin d’être propice aux polémiques (les mois d’été où l’attention générale est ailleurs), le changement au sein du gouvernement ne passe pas sans critiques.

Le paysage politique nouveau qui attend la Tunisie, à la rentrée, est généré par une crise économique et des indicateurs au rouge, il n’en est, toutefois, pas moins responsable, actuellement, d’une crise politique parmi les partis au pouvoir. Il n’est pas non plus exempté d’une crise interne voire inter-partis, au vu de sa composition partisane à l’assemblage improbable.

Acte 1: Crise économique oblige!

Lorsque le 2 juin, Béji Caïd Essebsi avait émis l’idée de remplacer le gouvernement Essid par un gouvernement d’Union nationale, c’est l’argument économique qui avait été essentiellement mis en avant.

Le président de la République avait alors insisté, lors de rencontres officieuses qu’il a eues avec des journalistes tunisiens qu’il avait reproché à Habib Essid de s’être senti visé, d’avoir évoqué dans les médias l’idée d’une démission, alors que la proposition présidentielle ne concernait que la composition gouvernementale et non celui qui en est à la tête.

Depuis, Essid n’est plus que chef de gouvernement des affaires courantes. Youssef Chahed, un proche (politiquement) de BCE a été choisi pour former un nouveau gouvernement et, avant même le passage par la case ARP pour valider ou non son choix de composition, les tensions se font sentir.

A croire que nous nous dirigeons vers une autre crise; une crise autre, non pas économique, mais, cette fois, politique.

Acte 2: Crise politique au sein du pouvoir

Le gouvernement tel qu’annoncé par Youssef Chahed, samedi 20 août, est loin de faire l’unanimité et les raisons sont multiples. En relation avec le quota de chaque partie, avec les profils de certains ministres et secrétaires d’Etat, avec l’absence de concertations préalables à l’annonce, avec l’éviction de certains anciens ministres… Les insatisfaits sont nombreux et ils se font, depuis samedi, entendre. Youssef Chahed devra-t-il revoir sa copie? Rien n’est exclu.

Toutefois, engendré par une réaction à la crise économique que connait le pays, le changement qui s’amorce a créé une crise nouvelle. Elle concerne les quatre partis au pouvoir. Afek Tounes et l’UPL ayant annoncé ouvertement leur mécontentement quant au process mis en place dans le cadre du choix des ministres et Ennahdha ayant indiqué avoir des réserves quant à certains profils, mais avec le choix d’une démarche plus discrète pour le faire savoir.

Exit la stabilité parmi les partis au pouvoir. Le conflit est aujourd’hui public et le choix d’écarter indirectement deux partis ayant gagné leur emplacement politique par les urnes est certainement stratégique. Du nouveau dans l’air, frictions et effritement de la répartition des forces à l’ordre des jours à venir. Le pouvoir n’a plus quatre têtes. Il en aura deux et une pluralité de petits mains.

Acte 3: Et si la crise atteignait le prochain gouvernement?

Al Massar, le bloc démocrate, Al Joumhouri, l’UGTT et quelques indépendants ont pu être choisis pour quelques portefeuilles. Ces parties devront cohabiter au sein d’un même gouvernement avec d’autres avec qui les animosités sur fonds politiques et idéologiques sont connues de tous.

La difficulté de construire un gouvernement commun, d’assurer une unité dans le cadre d’un gouvernement dit « d’UNION nationale » est à envisager. L’efficacité pour laquelle tout ce changement aura été amorcé est, de ce fait, à craindre. A craindre aussi une crise au sein du pouvoir tel que conçu dans sa probable prochaine version.

Nous n’en serons que plus loin des visées du changement enclenché par Béji Caïd Essebsi. Des parties foncièrement différentes peuvent-elles faire corps et travailler pour un but commun?

Pourvu que cela se passe sans grands conflits internes.

Epilogue sibyllin

Tout ce qui aura changé au final après cet été politiquement tumultueux, ce sont les poids désormais rapetissés de certains partis ayant fait le poids aux dernières élections et de certains porte-voix de l’opposition politique tunisienne.

Les voix dissidentes auparavant aux partis au pouvoir en feront dorénavant partie. Les Mehdi Ben Gharbia, Samir Taïeb, Iyed Dahmani ou encore la centrale syndicale sont dans la composition présentée par Youssef Chahed. Une consécration personnelle pour ces figures politiques certes, mais une certaine perte du côté de l’opposition; encore une!

Ces hommes politiques pouvant jouer un rôle de contre-poids dans l’étape politique à venir manqueront à l’appel, un peu comme manquent les voix d’autres figures ayant rejoint la sphère du pouvoir après une vie de militantisme.

Que ces reconversions et changements puissent être utiles pour le pays, c’est tout ce que l’on peut espérer.

Les raisons économiques invoquées au début de ces changements sont au vu de la distribution des portefeuilles amenées à être encore d’actualité dans la période qui vient. L’aspect partisan l’ayant emporté sur les profils choisis pour leur compétence. Au vu du choix fait, l’on pourrait croire que ce gouvernement vise à se préserver des potentielles critiques et non à en attaquer les possibles raisons. En attendant, nous sommes donc encore loin des raisons ayant motivé ce changement de pré-rentrée.

« En politique, le choix est rarement entre le bien et le mal, mais entre le pire et le moindre mal« , avait écrit Nicolas Machiavel. En cela, nous sommes bien « en politique ».

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Youssef Chahed et le rajeunissement de l’État: Les quadras n’ont pas de baguette magique

Son nom a commencé à circuler deux jours avant qu’il ne soit cité officiellement dans une cérémonie consacrée à son investiture. Youssef Chahed a été chargé par le président de la République de former un nouveau gouvernement en remplacement de celui de Habib Essid acculé au départ.

Point de surprise pour ceux qui croyaient en la possibilité de voir un désaccord autour du jeune agronome de 41 ans, point de manœuvre bloquante de la part de l’UGTT, point de stratège de la part de Béji Caïd Essebsi. Sa stratégie aura été de ne pas en avoir une.

Et c’est sans difficulté particulière que Youssef Chahed aura fait son ascension politique. De militant politique à médiateur (dans le cadre des désaccords au sein de Nidaa où il a été chargé de résorber le conflit), de ministre des Affaires locales à chef du gouvernement.

On l’aura très peu vu à l’œuvre, Youssef Chahed! Deux missions « publiques », quelques sorties médiatiques et très peu de bons résultats visibles. Nidaa ayant explosé malgré ses tentatives de réconciliation; les Affaires locales, un portefeuille dont la priorité, en l’occurrence, la décentralisation a été, selon certains, utilisée pour servir la période pré électorale.

Pourtant, l’on a envie de lui faire confiance, ce plus jeune chef de gouvernement de Tunisie. Sa virginité politique fait de lui un bon chef dont les projets ne seront pas parasités par une idéologie et dont les actions ne seront pas dictées par les ambitions d’un parti (car le sien est à l’état de décomposition).

Du moins, on l’espère! On l’espère reconnaissant au président de la République de l’avoir nommé à tel poste, juste l’espace d’une passation. Une fois à l’oeuvre, on l’espère chef lui-même, et nom l’ombre d’un autre chef.

Le maintien en poste ou le limogeage de personnes nommées par son prédécesseur et contestées par le président de la République sera, pour certains observateurs, un éventuel indice de son indépendance quant aux coulisses de Carthage ou de sa dépendance, en matière de décisions, de ce qui s’y dit.

Mais malgré le scepticisme quant à son profil, sa première intervention publique du mercredi 3 août a été bien accueillie dans l’ensemble. Lacunaire et générale, elle a satisfait des citoyens-observateurs lassés par la langue de bois, les discours interminables et les éloges de leur intelligence rimant comme une insulte à celle-ci, tant rendus insignifiants par leur redondance.

Plan de communication en marche: Youssef Chahed a désactivé son compte Facebook où certains journalistes ont été lui chercher des failles passées. Il a créé un compte Twitter via lequel il a commencé à communiquer. Le digital en marche, et le reste de l’action à suivre, dans des délais constitutionnellement réglementés.

Le challenge est important. Il est historique. Youssef Chahed fait désormais partie d’une lignée, celle de 16 hommes ayant occupé ce poste avant lui, Nouira, Mzali, Jebali, Jomâa…. Une série de 16 noms dont l’observation montre que la Tunisie a changé et que le poste jadis occupé par des profils politiciens est désormais accessible à des profils autres. Accessible aux technocrates, aux chefs d’entreprise, à la jeunesse; le rêve n’est plus impossible. Il suffit que le politique le veuille. Et il l’a voulu.

Les quelques remous quant à son âge, sa parenté (niée) par alliance au réseau familial du président de la République, son « antécédent » professionnel (à prouver) dans les sphères des Etats-Unis, ne l’auront pas fait dévier de sa trajectoire. Droit vers le Palais du Bey, Youssef Chahed composera dans les prochains jours son équipe, celle avec laquelle il devra composer pour la prochaine période.

Défini déjà son plan de route, en 5 points essentiels, et ratifié par plusieurs parties signataires de l’Accord de Carthage. Une difficulté de moins pour sa mission. Béji Caïd Essebsi, ayant initié pareil plan d’action, n’aura laissé à Youssef Chahed que la difficulté de l’action. Celle des tergiversations et des blocages ayant été un obstacle d’enlevé par anticipation.

L’enjeu est important. Il faudra d’abord, gagner en popularité, sans être populiste. Etre influent sans être influencé lui-même. Dire la vérité sans brusquer. Et exécuter sans trop attendre. Il faudra au nouveau chef du gouvernement comprendre que le prestige de l’Etat ne réside pas en son âge ni en son nom mais en la capacité de serrer les maillons d’une chaîne desserrés par un ensemble de hiérarchies défaillantes. Il lui faudra ré-instituer l’hiérarchie et responsabiliser, à tous les niveaux, ses tenants.

Lourdes tâches pour un chef en période de transition chronique. Lourdes tâches mais un atout majeur: un peuple qui a envie de s’en sortir, malgré les difficultés. Lourdes tâches et, pour le taux d’inflation qui monte et le taux de croissance en pente basse, point de baguette magique hormis la force du travail qu’il faudra insuffler, du nord au sud, du maillon le plus faible de la boucle à celui le plus fort. Car peu importent les hommes et leur âge, le salut ne peut venir que de nous-mêmes.

 

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Départ de Habib Essid: Et si c’était un mauvais choix?

Depuis que Béji Caid Essebsi a lancé la bombe du gouvernement d’union nationale à former urgemment, on ne cesse d’en parler: partira, partira pas. Habib Essid sur un siège éjectable, certes, mais bien accroché à son siège, tant les coups lui viennent de partout.

Habib Essid vit, ces derniers jours à la Kasbah, les aléas d’un gouvernement politique partisan. Lâché par ses propres ministres, il découvre la politique des stratèges. Celle de figures politico-médiatiques poussées par les urnes et soutenues par une opinion publique regardant là où l’on voudrait qu’elle regarde, du moins pas vers l’essentiel.

Que reproche-t-on au fait à Habib Essid? Pourquoi cette volonté soudaine ou préméditée de lancer le pays vers l’inconnu? A moins que l’inconnu n’en soit pas un et qu’un scénario de rechange soit bien ficelé, en attente. Auquel cas, ce que cela nous rassurerait de le connaître!

Car au vu des fuites circulant autour de l’identité du potentiel successeur de Habib Essid, rien de rassurant ne se profile.

Le Tunisien est-il assez naïf, encore, pour croire en l’hypothèse d’un sauveur providentiel pouvant souffler sur sa misère sociale et en faire un portrait prospère, effleurer l’économie en pente basse et en redresser la barre, regarder le peu de scrupules politique qui reste et faire de la bassesse, loyauté et patriotisme?

Existe-t-il, en vrai, cet homme politique du moment, du moment d’après Habib Essid?

Beaucoup en doutent. Mais la machine est lancée et peu sont ceux qui se posent la question quant au pourquoi d’un pareil départ. Poussé vers la porte à coups de menaces qu’il a lui-même avoué en avoir reçu, Habib Essid ira devant l’Assemblée des Représentants du Peuple, à sa demande, chercher des faveurs qu’il n’aura vraisemblablement pas.

Habib Essid sera face à des blocs de partis ou d’idéologies, et non à des individualités pouvant évaluer chacune de son côté, en son âme et conscience, le bilan d’un chef du gouvernement certes très critiquable mais pas assez pour tout ce remue-ménage dont le pays se serait bien passé. Il sera face à des calculs politiques faits à l’avance. Les dés sont jetés!

Habib Essid n’aura peut-être pas de majorité pour le vote de confiance, le scénario de son remplacement avec toutes les étapes constitutionnelles sera enclenché et les desseins en place atteints. Mais le pays y gagnera-t-il vraiment?

Dans certaines sphères étrangères, on parle déjà de la Tunisie, comme à l’époque de fin de règne d’un Ben Ali qui agace avec les siens et avec l’instabilité politique qui se profilait; un air de famille plane. Un changement politique peut-il rassurer à l’international? N’est-il pas le signe d’une certaine instabilité politique? Le gouvernement actuel n’a-t-il pas une multitude de dossiers en cours? Encore une rupture à infliger à un appareil de l’État essoufflé par les calculs politiciens.

Et si Habib Essid l’avait ce vote de confiance, pourrait-il encore relancer la machine, faire abstraction des tractations, des menaces, de l’intimidation et se remettre au travail? Avec quelle équipe? Celui qui a tenu tête jusque-là malgré la fatigue physique et les différentes hospitalisations ne l’a fait que par principe disent ses proches. « Il ne veut pas lâcher son siège », disent de lui ses détracteurs.

Peu importe la raison. Peu importe l’homme, peu importent les hommes, l’actuel et celui en devenir. Nos politiciens auront-ils conscience un jour que les postes se méritent et ne se distribuent pas et qu’en temps de crise toute concession est chèrement payée, à l’échelle individuelle, sur le long terme, et nationale, sur le moyen.

Comprendront-ils un jour que le pays, comme son prestige, se protège politiquement et que le pouvoir devenu faible ne peut générer que la dégénérescence…pour tous? Le grand saut est pour bientôt!

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Attentat de Nice: Il est temps de s’unir et de passer à l’action

L’horreur a frappé à Nice, dans la nuit du 14 juillet. Un soir de fête qui a tourné au drame. Près de 80 personnes décédées et plusieurs dizaines de blessés. Une solidarité internationale a été exprimée.

Du côté tunisien, les réseaux sociaux se sont enflammés à l’annonce de la catastrophe. Les officiels ont pris position dès le lendemain du drame et les avis quoique convergents ont concordé autour d’une empathie transcendante.

Il faut dire que les Tunisiens sont concernés à plus d’un égard. La terreur qu’a connue la France hier nous l’avions connue. La bêtise humaine nous avait été mortelle aussi lorsque le fanatisme religieux s’est muté en bête immonde et tueuse. Nous avons connu, ici, les affres de l’extrémisme.

Nous en souffrons, en latence, en étant presque prêts, continuellement, à accueillir les mauvaises nouvelles qui en résultent (de manière professionnelle pour ceux qui travaillent dans la sécurité, dans le domaine de la santé ou même dans le traitement de l’information).

Nous espérons tout aussi continuellement que cela ne se reproduise plus alors qu’une partie de nous-mêmes nous dit que cela ne cessera pas de sitôt. Pas tant que nous n’aurions traité que les symptômes et géré que le préventif.

Point de salut, foncièrement, tant que nous sommes dans la réaction et non dans l’action. Et le « nous » n’est cette fois pas que tunisien. Il est international.

L’hydre tueuse s’est étendue à travers les continents. Elle est omniprésente, partout, et se manifeste à chaque fois qu’une faille se dresse. Et les failles sont sans nombre; en attestent le changement de mode opératoire faisant utiliser bombes, armes à feu, camion… Le tout pour accomplir une mission dictée par une folie meurtrière autour d’un « certain » zèle.

Tant que Dieu n’a pas raisonné ses fous, l’homme peut-il agir? Il ne s’agit en effet plus de gérer à des échelles nationales le terrorisme et ses potentielles attaques, il ne s’agit plus de mettre des plans de protection, de leur donner des noms sophistiqués, de protéger ses frontières, d’installer des portiques de sécurité… Le terrorisme a une étendue virtuelle à l’échelle de la sphère virtuelle de son champ d’endoctrinement. Il est partout et n’a ni visage typique, ni couleur de peau, ni langue unique, ni origine.

Oui, lorsque les informations relatives à l’identité du tueur ont commencé à circuler, j’ai parcouru articles et dépêches du regard en espérant que le mot « Tunisien » n’y soit pas. J’avoue avoir espéré que mon pays évite les amalgames, que son nom cesse d’être mêlé à l’horreur que la majorité de mes compatriotes refusent. J’avoue avoir espéré voir une toute autre nationalité à la place du fatidique « tunisien ».

La quête d’identification et d’appartenance a amené les plus paumés à ne se reconnaitre qu’en cette origine pseudo musulmane extrême, à vivre dans des pays dont ils renient les valeurs de tolérance et de fraternité et à instrumentaliser la liberté au profit de leurs desseins mortels.

Des sociologues devront se pencher sur cette question pour envisager un salut pour les descendants à venir de générations frustrées.

Car l’extrémisme se pratique à l’échelle familiale, s’entretient dans des lieux de culte, se développe sur les réseaux sociaux et s’inculque dès le jeune âge, un peu comme les maladies contagieuses dont les germes touchent le corps mais ne se manifestent qu’après coup.

Le terrorisme est devenu soluble dans l’air; il n’a pas de nationalité. Ses victimes, non plus.

Au nom du tragiquement vrai « ça n’arrive pas qu’aux autres », le massacre d’hier est un coup porté à l’humanité entière. Car derrière chaque mort, une histoire, une famille, des parents, des maris, des épouses, des enfants, des cousins, des amis, des collègues, des voisins, et des souvenirs entachés d’un sang innocent qui a coulé au nom d’une folie meurtrière prenant Dieu pour alibi.

L’heure est à la solidarité, oui, mais l’heure est aussi à l’union des forces pour combattre une gangrène devenue mondiale. Notre méfiance les uns des autres ne servira qu’à nous isoler tous et à nous rendre plus vulnérables en raison de la mobilité des personnes et des idées.

Les amalgames n’ont généré que l’exclusion (ou le sentiment d’en être victime, des fois), l’exclusion a généré la frustration et la frustration a généré l’horreur.

Il nous faut changer pour que se rompe le cercle vicieux. Il nous faut changer de réactions, changer celles-ci en actions internationales et faire de la solidarité virtuelle de nos peuples, des plus éclairés de nos peuples, une arme contre une bêtise dont le champ d’influence n’est pas défini géographiquement. Il nous faut tous, et ensemble, combattre cette bêtise sans foi que les lois les plus sévères ne pourront, seules, annihiler.

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L’anarchie tue

Chers gouvernants, vous qui guettez la moindre de nos failles, qui veillez à nos mœurs de bons musulmans respectant le texte saint, pour vous a été lancée hier une pétition pour que soient interdits les quads à la plage. La chose a l’air bien simple. Et pourtant, c’est à nous d’attirer votre attention pour que vous nous protégiez et préserviez notre sécurité de l’incivisme des nôtres. Et l’incivisme a frappé samedi dernier.

L’affaire a secoué la Tunisie. « Fait divers » a titré un des médias électroniques de la place. Et quel fait divers! Hager Chaker, dentiste, mère de deux enfants, jeune tunisienne de 35 ans a été écrasée par un quad sur une plage de Nabeul.

Ses enfants ont été épargnés car au bord de l’eau au moment des faits et son mari est encore hospitalisé. Cette catastrophe qui n’a pas seulement touché une famille mais a secoué tout un pays est l’œuvre d’un jeune de 20 ans dont l’inconscience a été mortelle pour autrui. Sacré constat ! Oui c’est pire que le terrorisme, la goujaterie!

Et nous la voyons régulièrement sévir, elle fait le buzz sur les réseaux sociaux, elle monopolise l’attention générale et se laisse oublier, petit à petit, jusqu’à ce que l’intérêt s’estompe.

Voilà cinq ans environ que nous nous sommes découverts tant de travers, nous le peuple qui se croyait discipliné de nature. Fiers d’avoir vu des compatriotes faire la queue spontanément à l’aune de la période d’après-révolution, nous nous voyions comme un peuple exceptionnel. Mais qui sommes-nous sans l’autorité des hommes et des lois? Que sommes-nous sans la crainte et dans l’impunité?

C’est l’anarchisme qui prime et nous avons presque envie de lancer une campagne de sensibilisation, un peu comme on en faisait pour le peuple, mais cette fois-ci pour vous, nos gouvernants, pour que vous sachiez que votre laxisme nous met en danger.

Oui, nos décideurs ne peuvent pas tout faire. Oui, tout n’est pas de leur faute. Mais l’absence de réglementations spécifiques, le laisser-aller tuent désormais. Nous avons besoin de rigueur dans la gestion du quotidien. Rigueur en l’absence de laquelle, la loi de la jungle prime. Car faute de civisme « inné », il nous faut des lois, des amendes, des résolutions, des décisions et des actes. Il nous faut de la rigueur pour discipliner et pour éduquer à la « sociabilité civique ».

Peut-être cela rebutera-t-il enfin les chauffards qui n’ont plus aucun scrupule à commettre leurs infractions au vu des policiers. Peut-être cela fera réfléchir les conducteurs des véhicules de transport en commun, sortes de grands taxis qui sévissent, en faucheuses à grande vitesse, sur nos routes. Peut-être que cela permettra de revoir les passages à niveau qui ont fait et font encore des morts dans des accidents (trains/ voitures) des plus dangereux, pour cause de défaillance au niveau des installations.

Peut-être cela sauvera-t-il les motards qu’on arrêtait jadis en masse pour le non port de casques de sécurité et qu’on laisse mourir désormais en l’absence de conscience individuelle du danger.

Peut-être que cela attirera l’attention sur les chiens dangereux qui se vendent sur les réseaux sociaux librement. Peut-être que cela nous épargnera les chiens errants qui vivent parmi nous, qu’on a commencé à abattre et qu’on laisse désormais libres, faute d’un moyen de lutte échappant à la vindicte des défenseurs des animaux.

Peut-être que l’on comprendra que les rues où l’on a coupé l’éclairage public (et ce même dans les villes dites touristiques et dans les quartiers modernes de la capitale) sont un danger pour nous. Car l’absence d’éclairage (payé pourtant sous forme de taxe ) étant propice aux vols et aux incidents et accidents peut s’avérer périlleuse…

Et la liste est longue. Longue de détails certes, mais de détails ayant trait à votre rôle principal, vous, nos gouvernants. Une liste qui en dit long sur le quotidien de citoyens dont l’Etat ne se soucie plus du quotidien.

Proies de l’anarchie qui règne, victimes de l’incivisme de certains, nous sommes les sacrifiés de la démocratie, celle qui a peur d’offusquer et qui laisse faire.

Parce que nous avons peur de voir se généraliser la loi de la jungle, nous avons besoin de voir régner la loi, de recréer un cadre disciplinaire propice à une vie commune en toute sécurité et de rééduquer à la vie en société ceux à qui, en l’absence de crainte, les règles de base échappent.

Fortes pensées à Jamil Chaker, père de la défunte Hager, éminent universitaire, qui m’a enseigné la littérature et continue encore à m’en insuffler la passion.

 

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Le Brexit et nous

L’on s’est réveillés, ce vendredi 24 juin, sur une nouvelle qui n’en finira pas de bouleverser le monde. Brexit, les eurosceptiques ont eu gain de cause. Les Britanniques ont dit leur mot et leur mot était des moins prévisibles, les sondages d’opinion ayant été très loin d’anticiper pareille tendance.

Frilosité internationale. Mais, en Tunisie, on se frotte les mains en pensant dinar.

C’est que notre monnaie en baisse vertigineuse depuis un certain temps y gagnerait. Elle y gagnerait non pas en s’appréciant davantage mais en se dépréciant moins. Les bourses ont, en effet, enregistré des baisses notables et l’Euro ne cesse de dégringoler.

Il y a incontestablement à gagner dans ce divorce européen. Nous pouvons ramasser quelques débris des pots cassés. Mais voulons-nous vraiment de cela ? La baisse qu’enregistra l’euro, le dollar ne la connaitra pas. Les gains ne sont donc pas si grands que ça pour s’extasier, convier les experts sur les plateaux et évoquer joyeusement l’impact positif du Brexit sur la Tunisie.

Car l’impact sur la Tunisie sera indirect, dans un premier temps. Mais, outre l’aspect monétaire, les accords conclus avec la Grande Bretagne seront probablement revus. Le pays du « leave » va devoir, en effet, revoir tous ses accords conclus sous l’égide de l’UE (selon l’accord d’association). Il devra renégocier ses traités commerciaux dont ceux conclus avec la Tunisie et d’autres pays africains. Il peut donc y avoir du changement, même si la Grande Bretagne n’est pas un partenaire de taille pour la Tunisie.

La crise qu’engendrera le Brexit aura un effet boomerang qui commence à se faire sentir, à quelques heures de l’annonce des résultats du vote. D’un point de vue géostratégique, le monde ne sera plus le même.

Le Royaume-Uni est en marche de connaître une mutation de taille, si le Brexit finit par le faire désintégrer. Du côté de l’Ecosse et de l’Irlande, on réclame, en effet, l’indépendance et le schisme risque de ne pas être qu’au niveau des choix. Du côté d’autres pays où les eurosceptiques sont amenés à dire leur mot également, le risque de désunion européenne est imminent et l’effet domino fortement envisagé.

L’Europe est en train de vivre un deuxième Sykes_Picot, sur ses terres cette fois-ci ; non pas selon la carte des intérêts mais selon celle du désintérêt pour un projet ne correspondant plus à une tendance sociologique générale. Ce repli sur soi se comprend au vu de la montée du nationalisme dans plusieurs pays d’Europe. Y ont été explorées les limites de la prospérité économique espérée et les affres des politiques d’austérité.

Dans pareil contexte, l’Allemagne sera en position de force politique et économique (la Bourse de Frankfurt pressentie pour suppléer celle de Londres qui risque de perdre toute attractivité). Quant au Royaume-Uni, il faudra qu’il se cherche un allié pour les jours difficiles qui l’attendent. Le camp américain, selon plusieurs observateurs, en sera le premier.

C’est ce que le peuple a décidé, c’est ce que la démocratie a voulu. Le monde ne fera qu’observer et subir.

En Tunisie, a-t-on envisagé pareil retournement de situation ? On le devrait, si ce n’est pas déjà fait. Nous devons appréhender de nouveau et au bon moment l’ami britannique. Le démarcher, négocier avec lui, en tant qu’entité nouvelle et non partie intégrante d’un tout, une entité qui risque de perdre son rôle de leader économique et celui de puissance parmi les puissances de la scène politique internationale.

Le contexte de récession générale impactera inévitablement des pays loin du contexte européen. Les soubresauts politiques et sociaux susceptibles d’en découler mettront à mal la stabilité d’un monde déjà déboussolé.

Il nous faudra deux ans pour observer ces mutations, le temps que la décision soit englobée et ses retombées entièrement cernées. Du côté tunisien, a-t-on réfléchi à l’impact de cette crise interne au sein de l’UE, s’est-on préparé pour négocier autrement nos accords, a-t-on pensé au contexte de crise générale et à la manière dont nous pouvions nous en mettre à l’abri ?

Une étude aurait été menée au niveau du ministère tunisien des Affaires étrangères, une étude globale, comme le ministère en fait souvent en pareilles circonstances et qui, on l’espère, ne finira pas au fond d’un tiroir rempli de documents similaires. Mais la communication entre les différents départements n’a jamais été notre fort.

Du côté des politiciens, la question ne se pose même pas. Nos hommes politiques ont du mal à envisager une stratégie à court terme pour gérer leurs problèmes internes. Ceux qui sont au pouvoir sont du mauvais côté de la force, pour la majorité. Celle qui tire vers le bas ou loin de l’essentiel.

Nous sommes dans un monde qui ne se vit plus sans stratégie. Pourvu que les décideurs le comprennent ! « Gouverner, c’est prévoir », écrivait le journaliste et politicien Emile de Girardin, message que n’auront compris, vraisemblablement, que ceux qui prévoient de nous gouverner.

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