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Iamque non umbratis fallaciis res agebatur, sed qua palatium est extra muros, armatis omne circumdedit. ingressusque obscuro iam die, ablatis regiis indumentis Caesarem tunica texit

Dans les coulisses des villages SOS: Les détails d’une structure peu connue

Le concept des centres SOS accueillant des enfants en difficulté ou abandonnés est né en Autriche en 1949. C’est le médecin Hermann Gmeiner qui a créé le premier village à la 2ème guerre mondiale pour venir en aide aux enfants devenus orphelins. Son idée consistait en un accueil dans des maisons reproduisant le schéma familial où les enfants étaient dans un foyer les réunissant comme des frères et soeurs autour d’une mère SOS.

SOS Tunisie, la structure:

SOS existe en Tunisie depuis 1981, date du lancement du village de Gammarth. Depuis, trois autres villages ont vu le jour avec l’idée d’une implantation régionale couvrant les différentes régions de la Tunisie. A Akkouda, au Mahres et à Siliana, des équipes accueillent des enfants en difficulté sous l’égide d’une structure composée d’un comité directeur, d’une présidente nationale élue, d’une directrice nationale et de directeurs de villages.

Responsables des collectes de fonds, de la gestion du parc technologique, psychologues, éducateurs, chargés du renforcement familial, chargés de l’insertion des jeunes, secrétaires de village, directeurs et mamans: Une équipe composée d’une centaine de personnes travaille au quotidien au sein des 4 villages tunisiens pour assurer le quotidien d’enfants mis à mal par un système parental qui a dysfonctionné pour des raisons diverses.

Au sein des villages SOS, la protection est une priorité, expliquent les responsables.

« Toute personne qui entre en contact avec les enfants doit être un exemple en termes de comportement et de discipline », explique la responsable.

Manuels, guides, codes de conduite, standards de qualité sont mis en place et sont le gage de notre vigilance relative à la culture de « bientraitance », expliquent les responsables au HuffPost Tunisie.

Accueil enfants:

Ils sont 65 enfants à Gammarth, 105 à Akkouda, 40 à Siliana et 74 à Mahres à vivre dans ces maisons SOS. Un des standards de SOS c’est que « ne sont admis que des enfants sans soutien ou en situation de menace ou de négligence », explique au HuffPost Tunisie Olfa Rakrouki, responsable des programmes et conseillère nationale « Accueil familial ». Cette psychologue clinicienne de formation qui a commencé sa carrière comme psychologue du village de Gammarth explique que 70 % de la population SOS sont nés hors mariage.

Les enfants arrivent ici avec des critères et les dossiers sont envoyés par l’INPE (généralement parce que l’idée de l’adoption est exclue), par les délégués de protection de l’enfance, par les 13 associations privées pour les bébés sans soutien dites pouponnières ( et qui transfèrent les enfants non adoptés au delà de 2 ans vers SOS), par les services sociaux des régions, suite à une décision du juge de la famille.

« La particularité de nos villages c’est que ce sont les seuls organismes qui accueillent les enfants de la naissance à l’âge avancé », explique Olfa Rakrouki qui précise toutefois que seuls les enfants en bonne santé sont admis. Une exclusion qui se justifie selon elle par la « difficulté que peut avoir la mère de gérer les autres enfants qu’elle a en charge quand l’un d’eux présente une maladie nécessitant plus de présence ou plus d’attention ».

Quant à l’admission, elle est précédée par une préparation permettant de rapprocher l’enfant de la structure (préparation de l’enfant mais aussi de la famille du village, la mère et la fratrie) et de visites sociale et médicale permettant de juger si l’enfant est mieux au sein de SOS ou dans une autre structure. « C’est toujours mieux de vérifier pour laisser la place pour les plus démunis, explique Olfa.
Est ensuite mise en place une organisation quotidienne permettant de surveiller le développement de l’enfant et du jeune. Des fiches à remplir par la mère du village pour chaque enfant, des réunions une fois par an avec l’équipe permettent de cerner les problèmes de chaque enfant et de tracer des objectifs, explique Amira Zouaoui, responsable communication.

Le système de parrainage permet de prendre en charge un enfant en particulier. Toutefois, SOS évite le contact direct entre l’enfant et son parrain ou sa marraine. « Nous autorisons quatre visites par an. Il fut un temps où les parrains étaient autorisés à faire sortir leurs filleuls en promenade. Nous avons arrêté cela car nous avons eu des cas de parrains qui disparaissaient du jour au lendemain suscitant la désolation et l’incompréhension d’enfants vivant cela comme un deuxième rejet », explique l’ancienne psychologue du village.

La famille SOS au quotidien

Chaque mère a en charge 7 enfants environ. Chacune reçoit un budget par semaine qui s’élève à 2 dinars par enfant par jour. Celle-ci tient un carnet d’achats vérifié périodiquement par l’association qui, elle, gère un budget global débloqué par tranches. A cela, viennent s’ajouter des budgets de sorties familiales organisées par la mère par le biais de l’argent de poche des enfants et parfois des vacances d’été (2 ou 3 familles peuvent louer une maison pour la saison, départs en colonies de vacances…).

Par ailleurs, les structure SOS permettant de maintenir le lien avec les familles biologiques, certains enfants partent pendant les vacances scolaires retrouver les leurs. « Nous avons remarqué que les enfants qui passent de longues périodes dans leurs familles revenaient avec une difficulté de réinsertion et d’apprentissage ensuite. Pour l’été, nous avons choisi que ceux-ci passent un mois au maximum dans leurs familles. Nous sommes conscients de l’importance de nouer le contact avec leurs proches, mais nous voulons éviter qu’ils aient des séquelles à leurs retours », explique la responsable des programmes.

Le règlement intérieur stipule aussi que les parents viennent à des horaires administratifs. En revanche, la responsable nuance: « Ce n’est pas régulier et nous nous adaptons car il y a des mères SDF ou avec un travail particulier pour qui ces restrictions ne sont pas applicables. Toutefois, et dans une démarche appliquée au sein du réseau mondial de SOS, l’association laisse de plus en plus la place pour des liens avec la famille biologique afin de favoriser la réintégration.

« Nous essayons de maintenir certains enfants dans leur environnement familial en amenant des aides aux familles dans le besoin », indique la responsable pour présenter le programme dit de renforcement familial.

Dès l’âge de 15 ans, les jeunes sortent de la cellule familiale SOS pour partir vers un foyer de jeunes puis vers des maisons encadrées (de 18 à 23 ans). Des passages qui ne sont pas sans difficultés. « Certains vivent mal le fait d’être hors programmes. Ils se sentent rejetés. Mais au delà de l’obligation professionnelle nous avons un engagement humain. Nous ne pouvons pas rester insensibles face à ceux qui nous rappellent qu’ils sont nos fils et nos filles », indique la responsable.

Au delà de cet âge, la plupart des jeunes partent en dehors de la structure. Même s’il est déconseillé de travailler pour l’association une fois un diplôme en poche et ce afin de favoriser l’autonomie et l’ouverture au monde, le lien reste souvent permanent entre les anciens pensionnaires et l’institution.

 » Ils viennent, aident, deviennent parrains, nous permettent de recueillir du feedback pour améliorer des relations que l’on découvre après coup émaillées d’une certaine rancoeur », explique-t-on.

« Nous essayons de faire en sorte que l’histoire de chaque enfant soit bien construite dans la continuité. Comme les pièces d’un puzzle nous les préservons, chacun disposant d’un album photo retraçant son passage au sein du village », explique la responsable mentionnant que par attachement à leurs enfants du village, elle a vu des mères partir à la retraite en emmenant les albums des enfants dont elle a eu la charge. Une anecdote qui en dit long sur une filiation très particulière.

Profession: Mère SOS

L’association en est à sa 9ème session de recrutement de mamans. La dernière ayant eu lieu en 2016. Depuis 1999, une centaine de mères et tantes ont été choisies et formées.

C’est un métier comme un autre; on y accède après des stages successifs: un stage probatoire de 3 mois après entretien de présélection et une série d’ évaluations. « Il y en a qui n’aiment pas après coup ou semblent avoir des problèmes après la sélection », précise la conseillère nationale.

A celle qu’on propose un contrat en CDD et un Smic, on propose également une formation académique, un stage technique dans les pouponnières, des formations en informatique, en cuisine, en secourisme… 11 modules en tout pour que le contact mère-enfant soit fluide.

« SOS a donné de nouvelles directives dès les années 2000: nous nous orientons vers le recrutement de femmes ayant entre 30 et 45 ans, nous faisons plus attention à leur niveau scolaire (niveau plus élevé bac ou 5ème du secondaire et 2 ans de formation) », explique la directrice. Celle-ci précise par ailleurs qu’il est possible d’accepter des mères SOS mariées. « C’est une manière de remédier au manque de motivation que de laisser la mère vivre sa vie. Nous essayons également de créer une ambiance récréative au sein des villages, d’éviter aux mamans le sentiment de routine », précise-t-elle.

« Nous avons des mères qui arrivent avec des enfants après un divorce, nous les maintenons avec leurs propres enfants », poursuit-elle.

Et d’ajouter: « Des générations de mamans sont passées par là. Il y en a qui ont fait 30 ans de carrière. Elles ont éduqué des jeunes devenus hauts cadres des fois. Même si la population SOS est en effet à l’image des familles tunisiennes avec des échecs et des réussites. Ces mères ont consacré leur jeunesse à nos enfants ».

Une reconnaissance morale que les membres de l’équipe souhaitent acter autrement: « Il est nécessaire de mettre en place une reconnaissance de la profession de mère SOS. Nous avons comme date butoir décembre 2018 pour le faire en Tunisie. Le Maroc a obtenu l’appellation « Aide familiale » et ce depuis 2007, en Palestine « Mère alternative », en Egypte « Assistante ». En Tunisie, un dossier a été monté depuis 2009 et pourtant on ne nous a proposé qu’une appellation que nous avons refusée qui est « animatrice de jardin d’enfants, une appellation qui ne colle pas au métier », indique Olfa Rakrouki.

Une négociation serait en cours dans ce sens. Son objectif étant de valoriser un métier noble et difficile afin de garantir le droit des mères et de réussir à en attirer pour combler un certain turn over généré notamment par le mariage de certaines mamans SOS.
« A 3 reprises des mères SOS ont été décorées par le ministère de la Femme, c’est une forme de reconnaissance », conclut la responsable.

Un challenge attend SOS:

L’antenne tunisienne de SOS reçoit près de 65% de son budget du réseau international auquel elle appartient. Ce sont les villages « les plus riches » qui aident les moins favorisés. Toutefois, un dernier audit a inscrit les villages tunisiens sur la liste de ceux pouvant avoir une autonomie financière.

« SOS se retrouve orphelin lui-même, par rapport au réseau international « , lance une des responsables tunisiennes.
D’ici 2020, l’aide se fera dégressive avant de s’arrêter définitivement. Cette décision est vécue comme un véritable défi par les membres de l’équipe SOS Tunisie. Entre démarches pour chercher les donateurs particuliers, le système de parrainage, la recherche des fonds, l’association s’organise pour assurer sa survie et la pérennité de la structure. « Les bailleurs de fonds préfèrent financer des projets à résultats immédiats. Offrir de quoi nourrir les enfants n’intéresse pas toujours, mais nous devons trouver de quoi assurer le quotidien basique des enfants », explique la directrice nationale.

Parrainages grand public et entreprises, dons en nature ou en espèces permettent d’assurer la phase d’autonomisation des villages SOS tunisiens aidés par l’association mère dans cette phase de stabilisation vers la suffisance financière. Digitalisation: dons en ligne, emailing, partenariats entreprises, sont menés pour qu’à terme, les équipes tunisiennes puissent compter sur leurs propres moyens.

« Nous ne pourrons pas progresser tant que nous n’avons pas stabilisé nos finances: nous devons nous limiter jusqu’en 2020 et réduire l’accueil de nouveaux enfants. Ici, nous ressentons l’impact de l’inflation et malgré des prix en hausse, nous essayons de contrecarrer les moyens restreints pour que cela n’impacte pas le quotidien des enfants », explique la directrice de SOS.

Et d’ajouter que comme dans de nombreuses familles tunisiennes l’employabilité des jeunes est un des plus grands problèmes . « Cela pénalise la prise en charge d’autres enfants », indique-t-elle.

SOS accueille des enfants dès un jeune âge et jusqu’à la stabilité financière. « La stratégie 2030 vise le développent et l’employabilité des jeunes. « La vie au village n’est qu’une 1ère étape », conclut la directrice nationale.

 

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Quand Jebali et Gibran nous font réfléchir en dehors de la bulle

Le Fou de Gibran, le Fou de Jebali, les deux oeuvres se superposent dans une forme de complétude, trois soirées durant, à El Teatro de Tunis (12, 13 et 14 avril). Cette pièce qui a été jouée sur plusieurs scènes étrangères depuis 2001 (et qui en est, après des représentations en 2008, à sa troisième vie de scène) a fait revivre un texte chargé de sens et de symboliques.

Quatre acteurs (et danseurs), un décor minimaliste, des prouesses technologiques, une projection, un sous-titrage en anglais et en français et une musique épousant le tout et donnant une atmosphère particulière.

Le temps est celui de l’infinie perception qu’en a l’être. Le lieu est les tréfonds de cet être, sa conscience, son inconscient, sa réflexion et sa perception de l’altérité et par elle.

Drôle de voyage qu’entreprend Jebali et qu’illustre un jeu d’acteur représentant, par les mouvements du corps, l’intonation de la voix et par la parole, les pérégrinations d’un esprit « fou ».

Fou pour avoir perdu ses masques et découvert le soleil. La raison est ainsi dite et la suite détaille les sentiments profonds de celui qui vit pleinement l’évolution de ses sentiments. Sa tristesse et ses joies, sa peur et sa satisfaction, sa sociabilité et son isolement, la pièce en est l’incarnation et les personnages l’audacieuse interprétation.

« Vous avez votre idéologie et j’ai la mienne », la sagesse de ce Fou s’illustre par nombre de divergences donnant sa particularité à cet être innommable. Son décalage au groupe, son anticonformisme idéologique est ce grain de folie qui a germé et qui éclot sur scène et prend voix.

Des corps en transe illustrent ce désarroi assumé, cette différence portée comme une anomalie bénéfique. A bas la vision binaire des choses et des êtres, à bas le manichéisme et ses valeurs pas si dichotomiques, à bas les stéréotypes et les clichés, le regard galvaudé et le monde du « Tous comme moi! ». Prométhéen comme projet de ré-appréhension de l’univers et de l’humain. Le feu arrivant sur scène plus d’une fois, est cette lueur mythologique dérobée aux dieux et portée par l’homme pour mieux l’éclairer, comme les voix lisant le texte de Gibran éclairent le spectateur.

La différence, le Fou de Gibran la cultive dans le texte et Jebali l’accueille dans un monde restreint comme l’intériorité de l’être, grand comme l’Humanité. Un microcosme obsessionnel rappelant Jung et ses théories de persona, la multitude du soi et le besoin d’être unique dans un monde prônant l’unicité du conformisme aux codes « communs ».

C’est cela la sagesse du Fou. Une pièce poussant à réfléchir en dehors de la bulle.

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Qu’avons-nous fait de notre élite?

La scène culturelle tunisienne a perdu une de ses brillantes étoiles. Raja Ben Ammar, grand nom du théâtre tunisien n’est plus. On la regrette, on la pleure, on lui rend des hommages posthumes… Posthumes, c’est fou ce que ce type de démonstrations d’intérêt suscite de l’intérêt dans nos contrées.

La culture a, dans notre scène publique, l’image qu’elle a dans le budget de l’Etat: de la figuration. A tel point que l’intérêt pour elle devient occasionnel et ostentatoire.

Qu’avons-nous fait de notre élite? Nous avons attendu qu’elle meure pour la saluer. Qu’avons nous fait de nos grands? Nous les avons mis sous terre et les avons érigés en idoles. Pourquoi? Parce que la scène publique est pleine. Elle étouffe, elle suffoque à force de médiocrité télévisée et d’audiences accordées au gré de l’audimat, des sondages et des agendas politiques.

Une nouvelle élite a parasité le paysage tunisien. Une fausse élite usurpatrice, celle des plateaux télé et des réseaux. Quant à la vraie élite méritante, elle a été enterrée vivante. Sa parole a été décriée lors de nombreux passages ayant suivi la révolution. Au nom de l’idéologie, elle a été diabolisée, par moments, puis absente du système. N’y survivent que quelques figures à la pensée pouvant épouser l’idéologie et le système. C’est l’exemple du modèle bourguibien ayant été adopté (à outrance, d’ailleurs) par le marketing partisan et qui permet la mise en avant d’une élite suscitant un intérêt de conjoncture. Celle là devient star de l’audimat non pas pour l’intérêt de son oeuvre mais comme complément de projets politiques.

Quant aux cinéastes, écrivains, figures de théâtre, chanteurs, danseurs, peintres, sculpteurs et autres acteurs de la scène culturelle tunisienne, ils se meurent de désintérêt. Les projecteurs se braquent sur eux le temps d’une consécration et s’en vont ailleurs très vite.

Raja Ben Ammar comme Gannoun avant elle, comme tant d’autres éminences tunisiennes, sont les fondateurs de ce pays, d’une certaine manière et d’une manière certaine, ils ont contribué à l’édifice; édifice que d’autres poursuivent, dans la discrétion. Attali écrivait dans un récent écrit que « les nations se nourrissent des grandes polémiques culturelles qui y surgissent. Elles meurent quand ces polémiques n’existent plus, quand chacun s’y résigne à n’être plus qu’un consommateur de distraction, solitaires et juxtaposées. »

C’est ce que nous sommes en train de devenir à force de politique stérile et d’aridité orchestrée. Le débat public devrait être porté par les faiseurs d’idées. Ce sont eux les vrais chefs de file à même d’orienter, de représenter ce pays, de l’éclairer. Ce sont eux les raviveurs de pathos auxquels tout citoyen devrait s’identifier pour être tiré vers le haut. A défaut, le règne de la médiocrité et de l’opportunisme est en marche et comme il a absorbé le présent, il absorbera le passé, celui qui compose l’Histoire collective, elle-même composée des histoires d’éminentes individualités. Alors qu’avons-nous fait de notre élite?

« Les hommages rendus aux morts sont la parure des vivants », Euripide

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Femmes, bonne fête quand même!

Tu te lèves le matin, tu regardes la date sur ton téléphone: 8 mars, jour de fête dans le monde entier. Sur les réseaux sociaux les fleurs envahissent l’écran. Les voeux te submergent. Tu n’as pourtant rien fait, à part être ce que la nature a décidé pour toi. Fête des femmes du monde. Pourtant dans ce monde, tous les jours c’est ta fête!

Au diable l’euphorie du jour, quand tu te rappelles que tu es en retard pour la démarrer ta vie de femme. Tu t’habilles; tu ne te coiffes pas, car le temps manque. Le temps manque toujours à ta journée de femme active. Hyperactive, tu dois l’être à défaut d’être dépassée par les événements. Ces événements qui vont toujours trop vite qui t’ont faite épouse, puis mère, qui t’avait faite fille de, qui t’ont donné, par le hasard des rencontres, des passions et qui t’ont inculqué, comme une fatalité indispensable à ton épanouissement, l’ambition.

Retour sur terre! Réveiller les enfants. Fait! Les aider à s’habiller. Fait! Les faire petit déjeuner. Pas fait, il faut bien qu’ils te fassent la fête un peu. Courir vers la voiture. Réduire ses rêves de femme à un seul: arriver à l’heure pour l’école. Passer pour une mauvaise mère serait mal vu, en ce jour « bien spécial ». Pourtant, un homme à ta place ne serait pas traité de mauvais père. Soit! On a appris à faire avec…

Faire avec, telle est la démarche qui te réconcilie avec ce monde trop dur avec toi et avec cette société où tu dois faire la dure. C’est ainsi que tu dois être pour ne pas te faire aborder dans les rues de la ville. Avoir une tenue pour le centre ville justement. Pas trop découverte, pas serrée, assez « respectueuse ». Tu la mets systématiquement pour tes virées « dépaysantes » dans des rues qui te ressemblent de moins en moins, des rues des fois hostiles à la femme, car emplies d’une admiration un peu trop débordante. Respectueuse en vers qui en fait? Tu ne le sais même plus mais tu t’y plies par facilité. Ca t’évite, les regards « dénudants », les répliques vulgaires, les réflexions tordues et les compliments insultants car insistants.

Ta ville tu l’aimes, mais tu la détestes. Parce qu’il y a encore des cafés pour les hommes qui jonchent ses trottoirs. Parce qu’elle est matriarcale mais machiste. Parce qu’elle est le reflet de ta société. Et dans ta société, il y a encore des filles qui épousent leur violeur. Il y a des femmes battues qui se taisent de peur de se retrouver sans foyer. Il y a des épouses trahies qui gardent cela pour elle pour garder une stabilité, elles dont les finances sont en mode précarité.

Pourtant la femme dans ton pays est fêtée doublement. Deux dates qui sont, chaque année, l’occasion de rappeler le Code du Statut personnel, les avancées bourguibiennes en la matière, les prouesses de femmes particulières et la particularité bien tunisienne de la gent féminine.
Deux fêtes, un CSP- jadis avant-gardiste – et un énorme décalage entre le texte et la pratique. Entre la rue et la télé, entre les articles vantant tes mérites et des pratiques sociales les rabaissant.

Peut-on être femme en étant individualité? Le propre de la femme est la générosité, c’est ce que disent, du moins, certains stéréotypes. Il n’y a pas lieu d’être euphorique donc, tant que le topo est en clair obscur. Tant que la société n’a pas suivi le mouvement de ses textes et que des femmes pâtissent ça et là de questions de genre devant avoir cessé d’exister depuis longtemps.

Tu cesses tes pérégrinations lorsque ton fils te demande de baisser le son de la radio annonçant à coup de chansons spéciales et autres voeux lancés à tout va. « Maman, est-ce qu’il y a une fête de l’Homme? », « Non, mon fils et c’est quand il y en aura une, qu’il y aura quelque chose à fêter! ».

 

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Médecins contre journalistes: Ces métiers nobles que l’on malmène

Je me suis endormie hier au rythme des notifications de mes amis médecins dénigrant, sur leurs pages, des radios de la place. La guerre est annoncée et elle prend des proportions corporatistes. Sommes-nous, nous journalistes, en guerre contre les médecins? Il semblerait que oui.

C’est ce que laissent, du moins, augurer les messages d’indignation, les menaces de réaction et l’annonce d’une grève décrétée par nos blouses blanches pour la date du 8 février.

Soutenir ma corporation ou celle des autres? Est-ce une manière adéquate de se positionner par rapport au conflit du moment? Ma réponse je l’ai eue ce matin en sortant de chez moi. J’entamais ma journée de journaliste et, elle, finissait sa nuit de permanence.

Elle avait sa blouse blanche et son stetho. Elle portait les cernes d’une fatigue nocturne et avait l’air hagard des internes au lendemain d’une nuit de garde. Elle a dû sauver des vies, soigner des malades. Elle a dû être patiente envers des patients souvent impatients.

Elle a dû pâtir encore une fois du manque de moyens et de la violence qui sévit dans nos hôpitaux. Elle a dû constater encore une fois la pénibilité de ce métier qu’elle a choisi, un métier noble et dur à exercer, doublement pour ceux qui y débutent.

Les périples d’une interne mise en garde à vue après des articles évoquant la mise dans la morgue d’un bébé encore vivant (et sorti vivant également), ont rappelé le grand impact de nos deux métiers. Eux impactant sur la vie humaine de ceux plaçant, entre leurs mains, leur santé et nous, impactant sur l’opinion publique au moyen d’articles de presse en lesquels des lecteurs ont foi.

Qui a failli dans l’affaire? Probablement ceux qui défendent bec et ongles sans se dire que l’erreur est possible de l’un et de l’autre côté. Ceux qui ont fait de deux faits divers (cette affaire et celle d’un médecin en garde à vue à Gabès) une guerre de corporatisme. Ceux qui diabolisent et ceux qui dénigrent. L’erreur est partagée, elle est humaine et ne peut faire l’objet de généralisations arbitraires.

En erreur donc les médias qui n’ont pas vérifié le fond de l’affaire, qui se sont suffi de la déclaration du père endeuillé et qui ont occulté le fait qu’il s’agisse de prématurité sévère et que des heures après sa sortie de la morgue un nourrisson (même à la santé normale) ne pouvait être encore en vie.

En erreur également, ceux qui essayent de défendre la confrérie aux moyens de campagnes organisées sur les réseaux sociaux au lieu d’éclairer l’opinion publique.
En erreur, aussi l’opinion publique qui fait la loi alors qu’elle fait dans l’injustice et l’impartialité.
En erreur le système qui se base dessus pour réprimer.

En erreur la répression au nom de la loi tant que le coupable n’est pas désigné comme tel.
Car au delà des métiers de chacune des parties afférentes à cette affaire, réside un constat affolant: celui que tout citoyen peut se retrouver en prison, en étant juste suspect.

Résultat de l’affaire, deux médecins ont passé leur weekend en prison comme de vulgaires criminels, comme s’ils allaient se défiler de la justice, comme s’ils allaient esquiver à la loi ou quitter le pays.
C’est cela les gardes à vue, et elles sont encore plus injustes en temps d’état d’urgence.

Ces abus tolérés au nom de la loi ont affecté cette fois-ci un corps de métier qui se veut solidaire pour le meilleur et pour le pire. Ils affectent régulièrement des citoyens sans soutien.
Et si bataille, il y a, ce n’est incontestablement pas les-uns contre les autres mais ensemble contre un système que nous tous subissons.

Il ne s’agit donc pas de la médecine contre le journalisme, ni des médecins contre l’opinion publique, mais de deux médecins et de certains journaux, de deux citoyens en somme et d’un abus réglementé.

Autrement, de part et d’autre, il serait intéressant que l’on cesse de travailler dans des environnements hostiles, au nom de la noblesse des missions incombant à chacun de nos métiers et de l’utilité publique qui, sauf Exception, s’en dégage.

 

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La La Land, ce film où le rêve a le premier rôle

Lorsque l’urbain se charge de couleurs, lorsque son stress est suppléé par l’euphorie, lorsque le bruit des klaxons laisse place à des notes de musique, vous entrez dans le monde déconcertant de La La Land*.

Un drôle d’univers qui s’appose à celui quotidien et lui oppose une perception autre des choses et de leur déroulement. Le monde devient rêvé mais aussi réfléchi, le focus large et reflet centré sur l’intérieur des êtres aussi. Des personnages dansant, chantant, aux sentiments emphatiques, au ressenti amplifié.

Dans ce monde frôlant l’onirique, deux individus se croisent, une fois, deux fois, trois fois puis cessent de se croiser pour se voir, non plus par le hasard qui fait bien ( ou mal) les choses mais par la force d’un sentiment aussi fort qu’envahissant.

Ces deux êtres que le destin met face à face sont la quintessence de deux passions: l’une est, de cinéma, faite et l’autre de jazz animée. Elle, passe des castings à profusion et rêve d’intégrer le monde fascinant du cinéma. Lui, rêve de jazz dans un monde où les goûts « évoluent » vers des sonorités autres.

La La Land est la promiscuité de ces deux rêves si clairs mais au traçage si imperceptible. Un monde chatoyant et mélodieux où l’on vit comme dans une comédie musicale, où l’on chante et danse au rythme de l’envie et des sentiments.

Ce film est l’histoire d’une rencontre mais aussi celle d’une rupture de trajets. Une séparation assumée pour que vivent les rêves de chacun et deux vies qui se distancient pour que chaque parcours atteigne sa plénitude.

Dans La La Land, nulle place aux concessions, aux demies mesures. Le rêve est sur écran et au fond des coeurs de personnages modernes et épiques à la fois, déterminés à aller jusqu’au bout de leurs projets.

Un film leçon de cinéma et leçon de vie et de survie en temps de morosité, un film où la mise en abyme retrace les différentes manières de faire du cinéma, cet art qui transporte hors du temps et hors de l’espace commun. Un film de l’hors champs, dépeignant le for intérieur et le touchant, où l’on a du mal à rentrer et dont on a du mal à sortir. La La Land, étrange et pénétrant!

Sorti cette semaine en Tunisie, La La Land, deuxième film de Damien Chazelle, n’en finit pas, depuis l’ouverture de la Mostra de Venise en septembre, de recueillir les avis élogieux. Une série de Prix aux Golden Globes 2017 ( Meilleure comédie, meilleur scénario, meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleure actrice, meilleures musique et chanson originale), 7 récompenses donc pour 7 nominations, un record historique pour ce film aux allures de « comédie musicale » nominé pour 14 catégories aux Oscars.

 

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Habib Cheikhrouhou, le père d’Assabah, raconté par sa fille

Il a fondé Dar Assabah, grand média tunisien, aujourd’hui au centre d’un débat visant la finalisation de sa cession. Ce projet de vie (passé partiellement entre les mains du gendre de Ben Ali et confisqué à la suite de la révolution par l’Etat tunisien) porte, en effet, dans son ADN, le nom d’un des pionniers de ce pays: Habib Cheikhrouhou, venu de Sfax à Tunis, dans les années de lutte anti-colonialiste, militer par les mots et par les actes. Plus qu’un projet éditorial, plus qu’une vocation informative, Habib Cheikhrouhou a été un porteur de projet à une époque où l’on ne pouvait avancer réellement sans courage et patriotisme.

De ses 7 enfants et .. petits enfants, le HuffPost Tunisie a choisi sa fille Azza, pour revenir avec elle sur la vie de celui qui a été pour ce pays, l’un des fondateurs. Des Cheikhrouhou, Azza est la plus jeune. Elle a collaboré au journal de sa famille et dit avoir contribué « à sa bonne marche pendant de longues années ». Azza a vendu ses parts de l’édifice patriarcal avec quelques membres de la fratrie. Une vente imposée par une conjoncture personnelle et familiale, explique-t-elle. « C’est avec beaucoup d’amertume et à contrecoeur que j’ai dû me défaire de ma part dans la société familiale: je n’aurais jamais pensé qu’un jour je pouvais arriver à ce cas extrême », tient-elle à expliquer.

« Assabah », Azza en parle comme d’une femme qui a conquis le coeur de son père et qui s’est accaparé son attention et son affection. « Lors d’un dîner avec le couple Bourguiba, ma mère a dit ‘je me plains à vous de mon mari, il en a une autre! Bourguiba s’est emporté et lui a dit ‘Une autre! comment a-t-il osé? N’ai-je pas aboli la polygamie! oui, une autre a rétorqué ma mère et elle s’appelle Assabah! Celle-là c’est moi-même qui la lui autorise a répliqué Bourguiba ».

Et quand elle parle de son père, Azza n’omet jamais de citer Hallouma bent El Béhi. Fille des quartiers de la Médina qui a accepté d’épouser sans le voir cet inconnu venu de Sfax, qui a accompagné son succès, bien géré sa fortune naissante et qui a contribué à le propulser dans les hautes sphères de la société tunisienne et de ses politiques.

« C’était la fête tous les soirs, chez nous. Autour du couple, des hommes politiques, des penseurs, des chanteurs animaient une vie mondaine exemplaire. Ma mère n’était pas très instruite, mais avait une intelligence sociale qui a aidé mon père. Peut-on être dans le journalisme sans cela. Je pense que non! ».

Ce microcosme riche et puissant dans lequel évoluaient les Cheikhrouhou se retrouvait aussi dans les colonnes de leur quotidien. Les plus grands noms y écrivent, y contribuent, y participent faisant ainsi le succès et la fortune du média et de son fondateur. « Certains collaborateurs ont contribué à l’essor de Assabah, je peux en citer si Hedi Laabidi, Mohamed Guelbi avec sa fameuse rubrique Lamha… » , précise Azza.

Implanter son journal dans les milieux culturel et politique tunisiens, Habib Cheikhrouhou a su le faire en ajoutant, à son succès, une longueur d’avance qui a réussi à en réaliser l’expansion. « Mon père était un précurseur. A Bourguiba il a lancé une fois : »Je ne veux pas d’argent de votre part, Monsieur le Président, donnez-moi de la publicité! » Il avait été le premier à instaurer le principe de la publicité de la part de l’Etat pour les médias nationaux, lui qui a été l’un des premiers investisseurs à avoir lancé un média privé ».

Habib Cheikhrouhou a aussi créé une autonomie pour son projet en mettant en place son propre réseau de distribution. « Il en avait assez de la distribution classique qui était pénalisée par une mainmise de la part d’une famille dont elle devenait tributaire. Il a alors demandé 4 autorisations pour des louages (véhicules de transport en commun) et a distribué lui-même au nord, au sud, à l’est et à l’ouest de la Tunisie. Il a ainsi réalisé ce à quoi il aspirait: présence dans les régions et journalisme de proximité », relate Azza.

Dans les années 80/ 90, Assabah était à son apogée. Son lectorat était en France, aux Etats-Unis… et son expansion constituait une fierté pour toute une famille. Car le média est certes l’oeuvre du père mais il était aussi la propriété de ses sept enfants. « Il a voulu de son vivant que la société nous appartienne à tous. Il a voulu que nous ayons nos parts (une part pour chaque fille et deux pour chaque garçon) dans cette réalisation qui est sienne. Il voulait tellement nous unir autour, nous avons fini par nous désunir ».

Une réplique lancée avec amertume par cette descendante qui préfère garder pour elle les détails d’un conflit entre fratrie persistant toujours et ayant pour nom Assabah. Ce projet de vie qui s’est disloqué et qui a fini par échapper à ses faiseurs.

« Après sa mort j’ai appris qu’il gérait tout un village, subvenait aux besoins de ses habitants au quotidien. Il était très discret et avait de la retenue. Il était, par ailleurs, avare en mots et prenait le temps de réfléchir, mais quand il parlait, il était percutant, avec de l’humour et avec une façon très anecdotique. J’ai su qu’il appelait tous les jours le standard du journal juste pour écouter dire par l’opératrice, anonymement, le matin ‘Bonjour ici Assabah’ et en fin de journée ‘Bonsoir, ici Assabah’ « .

 

 Habib Cheikhrouhou est décrit comme une personne qui maîtrisait comme nulle autre la proximité distante et la distance affectueuse. « Sa porte était toujours ouverte et sa devise était donner sans compter. Pris par son projet, il m’a vu grandir par intermittence et m’a laissé décidé pour ma vie quitte à ne pas toujours faire les meilleurs choix, mais je garde de lui la rigueur et les principes. C’est ce que j’ai passé aussi à mes propres enfants: sa modestie, sa disponibilité pour les autres et son sens du projet mené à terme. Il était fier de nous comme on l’est d’une réalisation réussie: assis autour de lui pendant ses dernières années de vie: il nous regardait et disait « Tout ce beau monde est à moi? », on lui répondait fièrement que oui, à lui le fils unique, orphelin de mère dès sa naissance ».

Habib Cheikhrouhou est arrivé à Tunis modestement, seul, avec seulement une idée et des principes, il a quitté la vie, le 27 janvier 1994 laissant derrière lui un journal aujourd’hui âgé de 66 ans.

*Habib Cheikhrouhou a fondé en 1951 le journal tunisien Dar Assabah. Militant d’origine sfaxienne, il a oeuvré, malgré les pressions en temps de colonisation, en faveur d’un salut culturel pour la Tunisie. A la fois proche de la sphère politique et de l’élite culturelle, proche de Bourguiba et de ses ministres et membre du groupe d’artistes dit Tahte essour, il a ouvert son journal aux plumes engagées et aux esprits aspirant à l’indépendance. Malgré les pressions du colonisateur, l’exil, l’emprisonnement, les menaces d’assassinat par la main rouge, Habib Cheikhrouhou a résisté ainsi que son projet: faire des mots un acte de courage .

 

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10 suggestions de lecture pour « entrer » dans l’étude du monde arabe

Découvrir le monde arabe via l’écrit, une approche incomplète certes, mais efficace pour appréhender des sociétés et des politiques en mutation.

« Pour les personnes curieuses mais pressées, pour celles qui voudraient creuser mais qui jonglent avec plusieurs sujets, pour celles qui débutent et qui ont peur d’être noyées », Charles Thepaut, diplomate français passionné par la zone MENA, propose cette liste de lecture:

1) Les Arabes, leur destin et le nôtre, de Jean-Pierre Filiu qui trace une fresque historique très efficace pour bien avoir les éléments chronologiques importants en tête. L’auteur a un sens de la synthèse qui rend l’ouvrage très accessible.

« C’est par la Nahda que les arabes vont progressivement prendre conscience d’eux mêmes. Cette renaissance arabe, équivalent des Lumières européennes, aura trois pôles principaux: l’Égypte par la puissance d’un État modernisateur, la Tunisie par la légitimité d’une construction constitutionnelle, et le Levant par le dynamisme d’une effervescence intellectuelle », Les Arabes, leur destin et le nôtres , p. 70

2) Pensée et politique dans le monde arabe, de Georges Corm, qui rappelle, derrière les grosses étiquettes « qui tachent », toutes les nuances et toute la richesse de la réflexion politique dans la zone. Un ouvrage sans doute à garder comme dictionnaire pour y piocher des références solides.

« Il me paraît faire œuvre salutaire, tant pour la pensée euro-américaine que pour la pensée arabe, que d’œuvrer pour briser les miroirs déformants à travers lesquels, de façon perverse, chacune se contemple et contemple l’autre, renforçant ainsi des récits canoniques bâtis sur d’innombrables clichés et simplification intellectuelles, qui contribuent tant à l’éclosion d’idéologies virulentes et guerrières. » Pensée et politique arabe, p. 12

3) Comprendre l’islam politique, de François Burgat, qui, à partir de la description de son itinéraire de chercheur, permet de saisir la dimension réactive de l’islamisme. Celle-ci n’explique évidemment pas tout mais, en ce qui concerne la zone, l’ouvrage nous rappelle certaines choses importantes sur la complexité du spectre islamiste, notamment pour lutter contre certains biais d’analyse qui flirtent parfois avec l’ethnocentrisme.

« La nouveauté apportée par l’Etat islamique réside moins dans le durcissement idéologique ou politique que dans l’accroissement brutal de la capacité de mobilisation de la fraction islamiste radicale. » Comprendre l’islam politique, p. 20

4) Vers un nouveau Moyen Orient?, de Pierre-Jean Luizard et Anne Bozzo, ouvrage universitaire sans doute le plus à jour sur le Moyen Orient. Il compile des articles riches qui permettent de conserver en tête de très utiles catégories d’analyse sur les concepts d’identité, de nation, d’Etat et d’appartenance religieuse au Moyen Orient.

« L’avenir de l’État syrien dépendra étroitement du devenir de l’État irakien: si la logique confessionnelle a raison de l’État irakien, il sera difficile à la Syrie de ne pas être à son tour touchée. » Vers un nouveau Moyen-Orient?, p. 22

5) Révolution et état de violence: Moyen-Orient 2011-2015, de Hamit Bozarslan, étude de science politique pure sur les ressorts de la violence dans la région et son impact sur l’évolution des soulèvements de 2011. Ouvrage qui nécessite sans doute un bon bagage préalable, mais qui est conceptuellement très solide.

« La chronologie post-2011 dans le monde arabe (…) est proprement vertigineuse, le temps se pulvérisant par endroit au sens propre du terme. » Révolution et état de violence, p. 39

A ces cinq ouvrages, voici des romans qui donneront un supplément d’âme aux lectures précédentes.

6) Les murailles de Jericho, d’Edward Whittemore, c’est un roman historique, sur un espion israélien infiltré dans la Syrie des années 1960-1970. C’est un beau panorama de la région qui dépeint l’atmosphère de l’époque.

« Tajar s’opposa à l’invasion avec une telle véhémence qu’on le tint à l’écart de toutes les opérations du Mossad ou presque. Les rapports du Coureur étaient traités avec mépris, peut-être parce qu’ils corroboraient les arguments de Tajar. Le Coureur affirmait sans ambages que jamais les Syriens ne tolèreraient un Liban sous domination maronite. La réponse à cette objection tombait sous le sens : les Syriens ne pourraient rien faire tant la supériorité militaire d’Israël était écrasante. Et puis, tout comme Tajar, le Coureur était connu pour adopter un peu trop souvent le point de vue arabe, et les circonstances présentes ne se prêtaient pas à cela. » Les Murailles de Jericho

7) Léon l’Africain, d’Amin Maalouf qui, derrière le récit du parcours incroyable du héros, réalise une fresque historique de la Méditerranée du Moyen Âge.

« Enfin le Caire! Dans nulle autre cité on oublie aussi vite qu’on est étranger. A peine arrivé, le voyageur est happé par le tourbillon des rumeurs, des anecdotes, des foules bavardes. Cent inconnus l’abordent, lui chuchotent à l’oreille, le prenne à témoin, le pousse par l’épaule pour mieux le provoquer aux jurons ou aux rires qui l’attendent. » Léon l’Africain, p. 226

8) Les amants désunis, de Anouar Benmalek, encore une fresque historique, qui va de la guerre d’Algérie à la guerre civile algérienne des années 1990. L’histoire d’amour d’une Suisse et d’un Algérien est à la fois belle et terrible. Elle transmet de manière originale toute la dureté et l’intensité de l’histoire de l’Algérie.

« Pour le moment, je te le concède, on ne peut pas dire que ce soit l’intelligence qui étouffe le monde. Mais que veux-tu qu’on y fasse, toi et moi? » Les amants désunis, p. 223

9) L’arabe du futur, de Riad Sattouf, c’est déjà presque un classique, et les trois tomes de cette bande dessinée autobiographique sont à la fois drôles et fins. Ils permettent de lire et de découvrir avec un autre regard le monde arabe des années 1980 à travers les yeux d’un enfant élevé entre la France, la Libye et la Syrie.

« Mais mon frère qu’est ce que tu fais chez moi? – Mais je suis chez moi ! La maison était vide. Le Guide a donné le droit à tous les citoyens d’habiter les maisons inoccupées, tu sais bien. »L’arabe du futur (t.1)

10) Le quatrième mur, de SorjChalandon, un roman puissant sur le théâtre et sur la guerre civile au Liban.

« Keffieh, barbe blanche, cigarette entre deux doigts, il fumait. Malgré le char, le danger, la fin de notre monde, il fumait bouche entrouverte, laissant le nuage paisible errer sur ses lèvres ». Le quatrième mur, p. 14

« Il n’aurait pas beaucoup de sens de dire que ce sont les ‘meilleurs’ ouvrages sur la région. Je les ai plutôt choisis pour leur capacité à démontrer des choses importantes qui aident à débloquer la compréhension », précise le diplomate, qui publie en février un manuel de présentation de la politique arabe intitulé « Le monde arabe en morceaux » et qui fait la synthèse de nombreux travaux publiés sur la région.

Quant à son intérêt pour le monde arabe celui-ci précise qu' »au début c’était surtout de la curiosité ». Mais à cet intérêt sommaire s’est ajoutée, selon lui « l’envie de mieux comprendre une région dont on parle souvent, et que l’on connaît pourtant si mal ».

Ces suggestions de lecture ne remplacent évidemment pas, d’après Thepaut, la lecture d’autres romans, notamment en langue arabe (Naguib Mahfoudh, Ahlam Mostaghanemi, Tayeb Saleh,…), et encore moins le fait de se rendre dans des pays du monde arabe.

 

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Bahi Ladgham raconté par sa fille

18 janvier 1952, la Tunisie débutait sa bataille contre la colonisation.
Une date marquant la révolte d’un peuple et celle d’une classe politique travaillant autour et en marge de Habib Bourguiba.
Bahi Ladgham fait partie de ces hommes de la « période cruciale » devenus, une fois le combat fini, les leaders d’après indépendance.
Retour sur l’oeuvre et la vie de cette figure de l’Histoire tunisienne, en compagnie de sa fille.

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Bahi Ladgham et sa fille Zohra (à 20 ans), à Paris où elle était étudiante

Lorsqu’elle parle de son père, Zohra alterne images d’enfance et flashs de moments nationalement historiques. C’est que Bahi Ladgham* raconté par sa fille cesse d’être la figure politique de l’Histoire de la Tunisie et devient un père de famille comme tant d’autres. Comme tant d’autres certes, mais avec cette particularité que peut avoir un Tunisien ayant épousé la politique à vingt ans, ayant oeuvré en période de décolonisation, ayant fait la prison pour ses idées à 25 ans et ayant marqué son époque d’après-indépendance.

Des événements qu’a connus, de près, son père, Zohra raconte des bribes de souvenirs vécus en marge de l’Histoire, dans l’intimité de leur foyer ou pendant des moments privilégiés que son père lui a permis de vivre en première ligne, à ses côtés.

La rencontre de Bahi Ladgham avec Nelson Mandela fait partie de ces moments qui lui ont fait côtoyer deux géants de la politique et du militantisme.”Nelson Mandela avait connu mon père au début des années 60 en tant que Secrétaire d’état à la défense nationale lors d’une visite en Tunisie alors qu’il était venu solliciter du nouveau gouvernement tunisien une aide logistique pour son organisation le « Congrès national africain » dit ANC . Cette aide lui a été fournie avec grande solidarité. De retour en Tunisie , lors du Sommet de l’OUA en 1992, après ses 27 ans de prison et après qu’il soit devenu Président de l’Afrique du Sud, il a demandé de rencontrer mon père », précise Zohra.

« J’étais à côté de lui, dans son bureau à la maison, lorsqu’on l’a appelé pour lui annoncer que Mandela voulait le revoir. Il m’a demandé si je voulais l’accompagner et je n’ai pas hésité à accepter.  » Zohra rapporte un moment de « grande fraternité panafricaine et d’humanité » qui a permis à son père de parcourir avec le militant sud-africain l’Histoire de la Tunisie et la géopolitique de la région.

Pendant ses 28 années loin de la sphère du pouvoir, Bahi Ladgham n’a pas cessé de suivre l’évolution générale de la Tunisie aux plans national et international, comme en témoigne sa fille. « Malgré son retrait de la vie publique officielle, il a continuellement été sollicité pour participer à des colloques et séminaires nationaux et maghrébins sur l’Histoire de la Tunisie. Il a été sollicité par la presse écrite tunisienne et internationale pour des interviews sur l’actualité et a régulièrement donné des conférences à l’université tunisienne, à l’institut de presse de Tunis et avec des fondations et associations tunisiennes et occidentales notamment à l’étranger. Le corps diplomatique international accrédité à Tunis a continué de lui rendre des visites de courtoisie et certaines personnalités politiques en visite en Tunisie aimaient le rencontrer » . Pour Zohra, Bahi Ladhgram a continué à exister politiquement et à participer à la vie publique tunisienne jusqu’à sa mort en 1998.

“Je n’ai pas vu mon père connaître le désœuvrement d’après la fin de l’activité politique professionnelle. Il se levait très tôt le matin pour aller « travailler » dans son bureau installé dans notre maison. »

« Au milieu de ses livres rares il parcourait le monde, l’Histoire et l’actualité et suivait le parcours de ce pays qu’il a vu échapper du joug de la colonisation. A la moindre question, il nous répondait avec un grand souci de « contextualisation », une capacité de persuasion étonnante et une force oratoire exceptionnelle », décrit-elle.

« En famille, particulièrement en présence de ma mère , il veillait à ce que nos échanges autour de questions philosophiques, d’actualité ou ayant un lien avec l’Histoire se déroulent en langue arabe. J’y vois le tact d’un mari ne voulant pas exclure son épouse exclusivement arabophone et la volonté de lui permettre de participer pleinement à nos discussions passionnantes et passionnées”. Car à ses quatre enfants à savoir Abderrahmen, Professeur de médecine et ancien Ministre de la Gouvernance et de la lutte contre la corruption , Houda , Cadre retraitée de banque , Zohra , Ambassadrice et Feu Bochra , Artiste comédienne, Bahi Ladgham a veillé à transmettre sa passion pour l’archéologie et pour l’Histoire universelle .

« Sa bibliothèque a représenté pour moi une mine de connaissances et d’ouverture sur le monde. Il m’a conseillée et guidée dans le choix de mes lectures, m’a initiée à l’intérêt pour les biographies et mémoires de grandes figures politiques nationales et internationales. C’est grâce à lui que j’ai découvert les Mémoires de De Gaulle à 13 ans, que j’ai choisi d’étudier l’Histoire ensuite. Je lui dois l’amour de la nature et du voyage dont il était le meilleur des guides. »

Zohra dit avoir appris de son père la persévérance et avoir pris de lui sa témérité et sa force de résistance « Toujours debout, c’est sa réplique pour nous signifier que, dans la vie, il faut avancer sans fléchir, ni devant les obstacles ni devant les hommes. Et face à l’adversité ou aux blocages il nous a appris à négocier. Avec lui je devais argumenter pour tout, il me poussait à plaider pour mes propres petites causes, lui qui, à 25 ans, a plaidé, seul devant un tribunal militaire, pour la sienne ».

Sa force de caractère, Bahi Ladgham semble avoir tenu à la transmettre à ses enfants « mais sans être un père castrateur », souligne Zohra. « J’ai redécouvert mon père en grandissant et en en apprenant davantage sur son parcours politique , ses combats , ses réalisations et ses missions menées à terme. Je n’ai toutefois perçu de lui, tout au long de mon enfance et de ma jeunesse, moi l’enfant des retrouvailles entre lui et ma mère, moi l’enfant d’après l’adversité, la prison, l’exil, et l’indépendance que l’image d’un père très présent. »

« Comment arrivait-il à mener à bien ces deux rôles? Comment pouvait-il être si proche de nous, nous marquer si profondément et déterminer nos destins avec ses multiples initiations et, incitations intellectuelles et conceptuelles, ses valeurs humaines et être dans l’Histoire de la Tunisie celui qu’il a réussi à être? »

« Un mystère »… Un mystère qui s’appelle « rigueur et pédagogie », d’après sa fille. « Avec lui , nulle place pour l’ennui. Tout est cadencé, organisé, réglé, au détail près ».

Une manière d’ordonner le quotidien qui lui permettait de gérer l’agenda de vacances de ses enfants comme de gérer le sien plus dense.

Ce qui laissait à la figure politique occupant de hauts postes à la tête de l’Etat, le temps de pratiquer des loisirs autres qu’intellectuels. « Papa était autant cérébral que manuel. Il cultivait son jardin avec art et ses arbres et plantes ornant notre jardin qu’il arrosait pendant les fins d’après-midis d’été en témoignent encore. Il bricolait dans un espace qu’il avait aménagé au grenier de notre maison et rabotait des heures durant, fabriquant des étagères aux détails ornementaux tunisiens avec une grande habileté…il était également féru de Malouf , de musique classique orientale et de musique et chants soufis.”

A Zohra, Bahi Ladgham a choisi de donner le prénom de sa mère, qu’il a perdue à l’âge de 9 ans, un prénom qu’elle dit porter comme une mission. Une mission qui se poursuit autrement pour cette descendante aujourd’hui ambassadrice de Tunisie. « Je puise, dans ce qu’il a été, la force et la volonté d’assumer une haute responsabilité , une mission patriotique de représentation d’une Nation, d’un peuple qui a consenti des sacrifices humains du temps du colonialisme, qui a fourni des efforts remarquables pour son développement économique et social et qui continue d’être dans la marche de l’Histoire ».

L’exercice de son métier, il la renvoie très souvent aux valeurs patriotiques de son père, sa conception du service public, comme elle l’explique avec émotion:

« J’ai le sentiment d’être investie d’une belle mission de perpétuation de sa mémoire à travers la représentation diplomatique de cette Nation à laquelle il a voué sa vie et dont il a contribué à l’édification », décrit-elle.

Né un 10 janvier, il y a de cela 104 ans, Bahi Ladgham a été l’un des fondateurs de la Tunisie Moderne. Demeurent de lui aujourd’hui des écrits, des photos, des lectures et un sentiment de conscience historique où sa fille dit puiser un sentiment de fierté nationale quant à ses vis à vis politiques dans son pays d’accréditation.

Bahi Ladgham qui a été le premier Premier ministre de Bourguiba a participé à la création d’organisations nationales, telles que l’Union générale tunisienne du travail et l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat, mais aussi l’école des cadres, une institution qui a formé les futurs cadres politiques du Néo-Destour, comme Taïeb Mhiri et Béji Caïd Essebsi.

Il a été également le chef de file du Comité représentant le Néo Destour pour les Négociations du Protocole de l’Indépendance en Mars 1956 à Paris . Il a été Secrétaire d’Etat à la Présidence de 1956 à 1969 et a mené les négociations pour la nationalisation des terres domaniales tunisiennes après l’indépendance. Il a procédé à l’évacuation de l’armée d’occupation de la base maritime de Bizerte en tant que Secrétaire d’état à la défense après des rencontres et des négociations avec le Général de Gaulle. Il a été le Secrétaire Général du Parti Néo Destour , devenu Parti Socialiste Destourien de 1956 à 1970. Il a également été élu, par la ligue des Etats arabes, Président de la Commission des négociations entre le Royaume Hachémite de Jordanie et l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) lors du conflit les opposant en septembre 1970.

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Mariée à 13 ans: Il est urgent de revoir nos lois

Elle a 13 ans. 14, dans un mois, d’après le procureur de la République au Kef. Elle a été consentante, toujours selon lui, pour avoir une relation avec le beau-frère de ses deux soeurs. Elle en sera l’épouse d’après une décision de justice (voir article*) l’autorisant à se marier, à son âge, à celui qui est perçu comme son violeur.

C’est qu’être consentante à 13 ans ne peut tenir comme argument pour de nombreuses personnes que l’affaire a choquées. C’est qu’à un aussi jeune âge, l’on ne peut avoir assez de discernement pour être responsable de ses actes, même ceux qui, en réalité, ont un impact majeur sur son avenir.

« Lorsqu’elle est venue nous voir elle avait du henné sur les mains mais la cérémonie du mariage n’a pas encore eu lieu », ajoute le procureur dans une déclaration à la presse. Sacré détail!

La décision est venue appuyer la volonté d’une famille voulant étouffer l’affaire, ajoute-t-il. « Pour que la famille ne soit pas salie dans le voisinage ». Sacré argument!

Et quand la famille a un penchant archaïque, la loi lui donne raison au lieu de prendre le relais pour protéger une enfant doublement victime; triplement victime, en réalité! Car, à celui qui l’a mise enceinte, elle la mineure, et à sa famille qui n’a pensé qu’au « qu’en dira-t-on », s’est ajoutée la loi, celle qui fait désormais l’injustice au nom d’un texte désuet.

L’affaire de cette fille est loin d’être un fait divers…

Au delà de la gravité de pareille décision de justice, au delà de l’impact qu’elle aura sur le devenir de cette personne, au delà du fait que l’on ne puisse ainsi tracer l’avenir d’une mineure alors qu’elle ne peut, elle-même, faire des choix y ayant trait. Au delà de tout ce cafouillage moyenâgeux, c’est un système judiciaire aussi moyenâgeux qui est à blâmer.

Nous avons beau nous enorgueillir de notre Constitution révolutionnaire, dresser le profil d’une Tunisie plus prospère en 2020, flatter l’ego tunisien en citant l’aspect précurseur du Code du statut personnel , nous sommes encore très loin en termes de législation. Et tant que la loi qui fait le socle de la Tunisie au quotidien est défaillante, le salut de ce pays et de ses enfants n’est que partiel.

Bienvenus à l’ère des anachronismes juridiques. L’ère à laquelle, au nom d’une supposée précocité, on ferait marier des gamines de 13 ans et on laisserait fiancer celles de 12. L’ère à laquelle on célébrerait des noces au lieu d’éduquer, on légitimerait l’inconscience au moyen de décisions de justice et on cautionnerait l’esprit rétrograde au nom de la loi.

D’après Gandhi, « Dès que quelqu’un comprend qu’il est contraire à sa dignité d’homme d’obéir à des lois injustes, aucune tyrannie ne peut l’asservir ». C’est peut-être parce qu’elle et les siens n’ont pas compris qu’il s’agit, dans cette affaire, de dignité qu’une loi tyrannique a été mise à exécution. Ceux qui l’ont compris ont le devoir de réagir.

Certes la société civile est montée au créneau, comme elle le fait régulièrement, au rythme des polémiques, mais son intérêt pour les fondements du problème risquent de s’estomper, une fois une autre polémique déclenchée. Qu’en sera-t-il de cette fille une fois mère-fille? Que lui propose-t-on en alternative à cette décision de justice suspendue car anachronique? La laisser élever son enfant seule et dans un environnement familial hostile n’est pas une solution adéquate non plus. Il ne suffit incontestablement pas de montrer les problèmes. Il faut aussi tenir à ce que soient touvées des solutions.

Et s’il est un impératif dans ce pays, c’est là qu’il résiderait: On devrait être forts de ses lois, non faibles et honteux par elles!

* Article 227 bis: « Est puni d’emprisonnement pendant six ans, celui qui fait subir sans violences, l’acte sexuel à un enfant de sexe féminin âgé de moins de quinze ans accomplis (…) le mariage du coupable avec la victime (…) arrête les poursuites ».

 

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Interview d’Arlette Chabot: BCE est « conscient que le temps lui est compté »

« Tunisie: La démocratie en Terre d’Islam » est un livre-entretien avec Béji Caïd Essebsi qui sort le 1er décembre 2016. Il est édité chez Plon et est écrit par la journaliste française Arlette Chabot.

Ce livre, comme cela est mentionné dès le prologue, est envisagé par le président de la République tunisienne comme un « plaidoyer pour la cause de son pays », un livre personnel, n’engageant en rien la présidence de la République et dans lequel BCE déclare « préférer – pour la liberté qu’elle lui procure – l’expression en son nom propre ».

Le HuffPost Tunisie a interviewé Arlette Chabot sur cette aventure livresque qui a duré un an. Entretien.

HuffPost Tunisie: Comment est née l’idée de ce livre?

Arlette Chabot: Je suis venue en Tunisie après l’attentat du Bardo. J’ai vu le président de la République avec d’autres confrères. Nous avions alors parlé du risque terroriste, des difficultés, etc…

Il y a eu, juste après, les attentats de Sousse. Je me suis dit, à ce moment-là, qu’il fallait agir. Je lui ai donc proposé l’idée de ce livre. Je lui ai dit que je voulais qu’il redise, à plus grande échelle, ce qu’il nous avait dit: l’appel à la solidarité, l’appel à l’unité, la lutte de la Tunisie pour la démocratie et contre le terrorisme. Tout cela, les Tunisiens le vivent mais, nous, nous devons l’apprendre, nous devons l’entendre parce que les Français se sont intéressés à la révolution mais ont décroché après. Le sujet est devenu un peu lointain pour eux, puis le terrorisme l’a ramené.

L’attentat de Sousse a touché des touristes et a touché, de ce fait, l’étranger. Ca a été le déclencheur qui a fait que j’aie proposé à Béji Caïd Essebsi l’idée de ce livre en lui disant qu’il ne s’adressera pas, en priorité, aux Tunisiens, même si ça va les intéresser.

Je lui ai expliqué que le livre est prévu pour tous ceux qui sont hors de Tunisie et qui doivent continuer à manifester, à ce pays, de la solidarité. C’était pour leur rappeler qu’ils doivent surveiller et aider au maximum les Tunisiens et répondre à ce qui peut favoriser l’ancrage de la démocratie.

Finalement, il a accepté ma proposition et m’avait répondu qu’il allait me dire ce qu’est la Tunisie, pourquoi il faut l’aider et comment, comme le dit le titre du livre, la démocratie est possible dans un pays musulman; « parce que c’est la Tunisie et parce que ce sont les Tunisiens », comme il l’explique.

Béji Caid Essebsi parle dans le prologue de votre « insistance chaleureuse et amicale ». Pourquoi l’avez-vous choisi?

Je ne vais pas voter pour lui. Je ne voterai pas pour la prochaine majorité. Mais j’ai trouvé, au vrai sens du mot, que c’était un bon avocat pour la cause tunisienne.

Béji Caïd Essebsi a une expérience invraisemblable, unique, aujourd’hui. C’est un type qui a connu tout le monde. C’est pour cela que je le lui ai fait raconter l’Histoire avec la France, du colonialisme en passant par l’indépendance et jusqu’à aujourd’hui, ce qui a marché, ce qui a moins marché, la révolution… En France, on a soutenu Ben Ali et puis on a soutenu Ennahdha, puis après, on a été dans la panade parce qu’on ne savait plus quoi faire.

Part ailleurs, Béji Caïd Essebsi cite beaucoup le Coran et le connait mieux que certains. C’est important dans le débat français parce qu’on continue à dire que l’Islam est incompatible avec la République.

De l’idée à la finalisation il y a eu combien de temps?

Un an en tout. La préparation du livre a été beaucoup retardée pour des raisons liées à la politique. On devait le sortir mais nous avons été amenés à décaler, compte tenu de l’actualité tunisienne.

Au début, la parution était envisagée, plus précisément, pour le mois de mars et puis Béji Caïd Essebsi a demandé de retarder parce qu’il devait se passer quelque chose. Quelque chose qu’il ne m’a pas dite, mais j’ai compris, après, que ça devait être la préparation de l’initiative d’union nationale. Il y avait aussi le Congrès d’Ennahdha qui était alors prévu… Il a voulu du temps et ça a fait une interruption dans la préparation du livre. Je savais qu’il préparait des choses. Il m’a dit depuis le début « je sais où je vais mais je ne peux pas y aller comme je veux, c’est plus long que je ne le voulais ».

Le temps est passé et je l’ai revu après son annonce de l’idée du gouvernement national.

Combien de rencontres cela a-t-il nécessité?

Pas 60 heures! Evidemment je rigole, parce que quand vous voyez le livre de Davet et Lhomme et François Hollande qui arrivait avec sa bouteille de Bordeaux chez un des journalistes pour diner, imaginez que ça ne s’est pas passé comme ça pour moi.

Je n’ai pas été le voir des dizaines de fois parce que c’est moins simple que s’il avait été à Paris. Je l’ai vu après l’attentat de Sousse, puis après les attentats en France. On a beaucoup parlé de cela. Je l’ai vu, ensuite, en octobre, trois fois en novembre, puis en décembre, en juin et je l’ai revu à Paris en septembre quand il est venu une journée.

On a alors bouclé le livre. On n’a pas vraiment corrigé. On s’était plutôt concentrés sur les détails de la parution. Si on avait continué au gré de l’actualité, on serait encore dessus car l’actualité est sans fin.

Combien de temps duraient les entretiens à chaque fois?

J’ai eu, à chaque fois, entre une heure et demi et 3 heures d’entretien par weekend. Mais ça dépendait de sa disponibilité. Je me suis, à chaque fois, adaptée à son planning à lui.

Ca s’est passé dans son bureau personnel, dans la plupart des cas, là où il habite. On était des fois tous les deux, mais il y a quelqu’un qui a assisté à la plupart des entretiens, sans interférer.

Vous le décrivez dans votre avant-propos comme « une chance pour la Tunisie, un homme tenace et patient ». Quelles autres impressions avez-vous eues de votre interlocuteur?

J’ai beaucoup de respect et d’estime pour lui parce que je trouve que c’est un homme politique incroyable. Comme je le dis dans l’avant-propos, cela est rare qu’un homme politique ait accompagné son pays depuis son indépendance jusqu’à aujourd’hui. Il a un regard sur toute la séquence historique et c’est cela qui m’avait intéressée. Je l’ai trouvé lucide, déterminé, plus que certains ne le pensent.

J’ai trouvé que c’est un homme très conscient que le temps lui est compté et, évidemment, il espère finir son mandat.

Pour lui, il faut que la démocratie soit bien ancrée; ce qu’il dit c’est cela: il faut que la démocratie soit assurée, l’alternance, la pluralité politique, les pratiques démocratiques bien installées.

J’ai remarqué aussi son souci de passer à une nouvelle génération. C’est ce qu’il m a dit, à chaque fois: « Je suis là pour conforter, j’ai contribué à ce que la révolution à laquelle je n’ai pas participé ne se termine pas dans le sang, que la démocratie commence. Après moi il faut qu’une nouvelle génération prenne les rennes de la Tunisie ». Il me répétait cela en permanence: les jeunes, les jeunes, les jeunes!

Apposer l’histoire d’un homme à celle d’un pays, fait-il de ce livre un document d’Histoire ou un regard personnel dessus?

C’est forcément son regard qui prime. Ce livre c’est son regard sur l’Histoire, ce sont ses souvenirs personnels et sa vision.

A la fin de nos entretiens, il m’a dit que c’était un livre personnel, même si c’est du président qu’il s’agit. Un livre personnel parce qu’il y a l’Histoire de la Tunisie que vous connaissez par coeur mais que les français ne connaissent pas forcément et qui était utile à rappeler et parce qu’il y a sa lecture à lui.

Béji Caïd Essebsi a été acteur de l’Histoire aux côtés de Bourguiba. Il a été observateur, ensuite, pendant sa retraite. Il est revenu à la politique avant d’en repartir, d’y revenir et de devenir président. C’est ce personnage qui m’a intéressée.

Ca peut paraître étonnant mais j’ai toujours refusé de faire un livre avec un politique français.

Pourquoi ce livre?

Parce que j’estime que nous avons un devoir de solidarité par rapport à la Tunisie. On a une Histoire commune, un héritage commun et une amitié qu’il faut préserver.

C’est donc un livre fait par une journaliste française avec un éditeur français et dans l’optique d’un public français parce qu’on n’a pas toujours eu, en France, une bonne compréhension de la situation en Tunisie. Il y a tellement eu de malentendus et les gouvernements français n’ont pas soutenu ceux qu’il fallait en Tunisie. Et puis, il y a des a priori de certains politiques français qui pensent que la Tunisie d’aujourd’hui n’aime pas la France, qu’on voudrait se débarrasser de ce partenaire et en trouver d’autres.

Pourtant, entre la Tunisie actuelle et la France, il y a des liens forts. L’histoire personnelle de Béji Caïd Essebsi ramène à la France. Il y a aussi des responsables actuels qui ont fait leurs études en France comme c’est le cas du chef de gouvernement d’aujourd’hui.

On le répète à l’envie: s’il se passe quelque chose en Tunisie on sera tous mal. Si la Tunisie s’effondre, on sera mal.

Pendant nos entretiens, il y a eu les attentats de Paris, il y a eu ceux de Nice, cet été. Nous sommes frappés par le même mal et nous subissons les mêmes menaces. Nous avons un devoir de solidarité pour préserver les liens entre la France et la Tunisie. Nous sommes si proches que nous ne pouvons avoir aucune indifférence à l’égard de ce pays. Il ne doit y avoir que de la solidarité, de l’amitié. Et pour cela, il y a une responsabilité française.

Vu le poste de Béji Caïd Essebsi, quel avenir prévoyez-vous à ce livre?

C’était un moment. Il est d’ailleurs possible qu’il soit complété autrement pour être traduit en arabe. Cela est prévu.

Quels ont été les grands axes choisis?

Il nous a parlé d’Islam. Je lui ai demandé: « Vous dîtes notre Islam est un Islam tunisien, vous le dîtes compatible avec la démocratie. Dîtes-nous-en plus! » Voilà pourquoi il explique cela en répondant à des questions sur l’Islam et en expliquant ce qu’est le Wahabisme. On y parle aussi de la situation d’aujourd’hui, jusqu’où ça va avec Ennahdha et puis on aborde la situation internationale.

Il y a, par ailleurs, l’idée d’expliquer l’exception tunisienne, ce que c’est et ce que cela veut dire.

On aborde aussi le combat actuel contre le terrorisme et puis ce qu’est, pour lui, la Tunisie de demain. Il y a tout un chapitre sur son explication de la situation.

Il parle beaucoup de laïcité mais n’aime, toutefois, pas l’expression « fascisme islamiste ».

La Libye, il en parle beaucoup et c’est intéressant parce qu’en France, on ne perçoit pas du tout l’importance du sujet libyen. La question s’invite dans le débat présidentiel en France à travers Nicolas Sarkozy. Il continue à dire que c’est parce qu’on n’a pas suivi l’après-Kadhafi qu’il y a eu le chaos; d’autres pensent qu’au final, on n’aurait pas dû renverser Kadhafi.

Est-ce qu’il y a des choses qu’il a refusé de laisser paraître après les avoir dites?

Non, je ne vais pas vous dire qu’il n’a pas relu le livre. Mais il n’y a rien de choquant qui ait été relevé. Il n’y a rien de gênant qui ait été enlevé, non plus. Il y a juste eu de la relecture pour des formulations. Je m’étais dit qu’il allait être un peu plus attentif à des choses mais il n’y a pas touchées.

Toutefois, Béji Caïd Essebsi est un homme prudent. Il est, d’ailleurs, beaucoup plus prudent que ne l’est François Hollande. C’est un grand homme politique, sans être langue de bois.

Il a de l’humour, un humour que je trouve sympathique mais, d’un autre côté, je ne savais pas si cet humour pouvait être perçu comme tel. J’ai donc fait attention quand il disait des choses en souriant. Je me disais  » Oula! est-ce que ça va être compréhensible? ». il fallait des fois faire attention.

Et puis nos enregistrements ont été remis par thèmes, condensés et il y a eu le prisme choisi pour appréhender le tout, un prisme français défini selon la cible première: un public hors Tunisie.

Ce livre n’est pas celui où BCE se livre, vu la nature du poste qu’il occupe et les réserves que cela lui impose. Cela vous a-t-il déçue?

Non, pas de déception! Je sais qu’il ne peut pas se livrer. J’ai posé des questions qui intéressent en France, je lui ai demandé d’expliquer des interrogations en relation avec le débat sur l’Islam, l’identité, le terrorisme…

Il y a, incontestablement, des choses qu’il ne dit pas aujourd’hui mais qu’il dira, probablement, après. Ses réserves sont totalement légitimes et, encore une fois, je le dis: il n est pas imprudent comme l’est François Hollande.

Il sait qu’il est encore en fonction, que tout est encore extrêmement précaire, que la situation est difficile.

Quant à moi, je savais que j’allais voir un président. Je suis restée à ma place: je suis française, je suis journaliste. Ce livre n’est pas une commande, il n’a pas été demandé par la présidence de la République je l’ai fait par totale sympathie pour la Tunisie.

Mais je pense qu’un jour il fera un livre avec un journaliste tunisien, au terme de son mandat. Cela permettra de réécrire l’Histoire. Je sais qu’il a été sollicité pour ça, à plusieurs reprises.

Quel message adressez-vous aux lecteurs tunisiens?

Il ne faut pas que les Tunisiens le prennent mal: on est en reflet du débat français sur la place de l’Islam, sur la compatibilité de la pratique religieuse et la démocratie. Il y a beaucoup d’échos au débat présidentiel en France avec, en plus, le récit d’un témoin et de quelqu’un qui a une culture française intéressante, qui a de l’expérience et un recul par rapport à l’Histoire.

Toutefois, je pense qu’il y aura des déceptions en Tunisie parce qu’on attend peut-être des secrets qui n’y sont pas.

Je veux bien, de mon côté, qu’il y ait de l’intérêt pour ce qui est dit mais je sais que c’est une vision pour nous. J’en suis d’ailleurs responsable. Béji Caïd Essebsi s’amuse à dire: « C’est Madame Chabot qui est responsable du livre ». Il a dit cela en souriant.

Et au public français, quel message ce livre peut-il porter?

Je pense que ce sont les citoyens français qui doivent être conscients de ce qui se passe en Tunisie: S’il n’y a pas de mobilisation de la part de l’opinion publique française en faveur de ce pays, ça ne marchera pas! Il faut que les touristes reviennent. C’est cela aussi l’objectif. Et, au-delà de la France, il y a le contexte européen.

La première fois que j’ai vu Béji Caïd Essebsi avec six journalistes françaises, après l’attentat du Bardo, il y avait un enjeu terrible, il y avait aussi un terrible choc et une émotion partagée en France.

Je me souviens bien qu’après ce premier entretien, il nous avait dit, à nous journalistes français: « s’il y a un autre attentat je ne sais pas si on va pouvoir se relever, on n’est pas préparés à ça, on est en transition démocratique. C’est un tel choc! le gouvernement est là depuis peu de temps. Est-ce qu’on va pouvoir se relever, pouvoir tenir? »

Et quand il y a eu Sousse, je me suis souvenu de ce qu’il nous avait dit et qui nous avait beaucoup frappés: tout peut basculer en Tunisie si le terroriste continue, dans ce pays. Il faut que les gens se tiennent droits, résistent et il faut qu’on les aide.

J’entends des gens dire qu’est-ce qu’on peut faire? Vous pouvez prendre un billet et partir passer vos vacances en Tunisie, au lieu de partir ailleurs.

Pour l’opinion française à laquelle s’adresse le livre, les citoyens et moi aussi, nous pouvons agir à notre niveau. On peut manifester notre solidarité en prenant l’avion et en partant en Tunisie, il faut aussi que les entreprises françaises y investissent. C’est encore une fois, l’objectif de ma démarche.

A chaque fois que j’ai pris l’avion pour partir en Tunisie, on m’a dit avec étonnement « Comment peux-tu aller là-bas?! » Ma réponse, c’est que les attentats ont même frappé Paris. C’est dans ce geste-là que peut se mesurer la réalité de l’aide française à la Tunisie.

Car c’est sur trois niveaux que l’on peut aider: le niveau gouvernemental, le niveau de l’investissement et puis notre solidarité, nous citoyens. C’est l’enjeu du livre et Béji Caïd Essebsi l’a compris.

Béji Caid Essebsi sera-t-il avec vous pour le lancement du livre?

Oui, il viendra à Paris. Il va à Bruxelles pour le sommet Tunisie-UE du 30 novembre au 1er décembre et fera un stop à Paris. Il est d’ailleurs sollicité par des médias et ses apparitions sont en cours d’organisation.

Et vous, comptez-vous venir en Tunisie pour le présenter?

L’actualité française est compliquée en ce moment, mais je suis prête à venir! Y compris pour répondre aux questions des journalistes, mêmes celles désagréables.

Je parle Béji Caïd Essebsi assez bien désormais! Je l’entends parler. C’est l’effet du temps que j’ai passé avec lui et à l’écouter.

 

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2020, c’est demain!

Nous y sommes presque! C’est demain que la Tunisie accueillera ses hôtes et entamera sa Conférence sur l’Investissement. Deux jours de réseautage, de débats et d’échanges; deux jours d’accords, de signatures et de partenariats, on nous l’a promis.

Le pays entier croise les doigts et retient son souffle. Une préparation qui a duré plusieurs mois et une ambiance de grand-messe.

Un petit tour aux abords du Palais des Congrès permet de mesurer la tension du J-1 et d’en voir les résultats. Une propreté que l’on n’a pas vue depuis un moment déjà. Un renfort policier imposant mais cordial. De la verdure ordonnée, arbres taillés, gazon tondu, trottoirs propres. Un traçage de route impeccable, les ampoules des lampadaires publics remplacées et les drapeaux accrochés d’une manière ordonnée. De Gammarth à Mohmed V, la Tunisie est minutieusement préparée.

En vitrine tous! Un communiqué pour organiser la circulation. Restreindre les arrêts, interdire les stationnements et faire de l’esthétique et du pratique en fluidifiant le tout et en éliminant tous les risques.

Il ne manquerait plus qu’un communiqué pour nous dire, nous citoyens, de nous endimancher, ces mardi et mercredi. De mettre de jolis habits, de laver nos voitures, de bannir l’inesthétique, de ne pas crier dans les rues, de ne pas faire les goujats. Le monde nous regarde.

Et ils nous regardent de près. Nos potentiels investisseurs. Même s’ils connaissent tout de nous. Même si l’actualité peint de nous un portrait quasi fidèle à celui naturel, il faudrait jouer le jeu. Montrer nos potentialités gâchées par la conjoncture ardue et anxiogène. Prouver que l’on peut tout, en y mettant de la bonne volonté. Que nos tendances grévistes ne sont qu’une volonté de prouver, à chaque épreuve et de manière presque régulière, que ce droit constitutionnel est enfin à nous et le restera.

Autrement, nous pouvons être travailleurs, rigoureux, ponctuels, professionnels. Notre détermination n’est pas à prouver, mais le reste est à démontrer.

Ce Forum est l’occasion de vendre nos capacités. Et si la Tunisie a fait l’exemple avec le politique, il est temps de passer à un autre volet, dont l’impact est aussi fort que vital: l’économie, le nerf de la guerre!

En matière de démocratie, notre mutation est réalisée. Malgré les remous, la route est tracée. Ne pas en dérailler ne dépend que de nos choix et de la capacité qu’ont nos politiciens de constituer la bonne majorité. Mais la pérennité de cet édifice ne peut être préservée qu’au moyen d’une économie renforcée.

Finie l’ère à laquelle nous avancions pas à pas, avec pour seule feuille de route un planning politique géré à vue d’oeil. Le besoin d’une stratégie est on ne peut plus d’actualité.

Et la vision semble être plus claire, de demain jusqu’en 2020. Les projets d’avenir mis noir sur blanc, les besoins envisagés et la manière de les réaliser appréhendée. L’espace de deux jours, le temps est à la concorde et l’objectif national.

C’est le moment, pour nous, de concrétiser la vision que nous avons de demain et, pour nos politiciens, de montrer que l’avenir n’est pas qu’un slogan redondant et creux. C’est le moment, pour le monde qui nous scrutait depuis 2011, de montrer que la solidarité et l’aide à la Tunisie ne sont pas que de la poudre aux yeux. Un rapport gagnant-gagnant est là pour encourager ceux qui ont la sympathie pour ce pays et les moyens d’y croire.

Investissons-nous, tous! 2020, c’est demain!

 

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