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Iamque non umbratis fallaciis res agebatur, sed qua palatium est extra muros, armatis omne circumdedit. ingressusque obscuro iam die, ablatis regiis indumentis Caesarem tunica texit

Interview de Omar El Behi, ministre du Commerce (Tunisie)

La Tunisie intègre le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa). Pour le ministre du Commerce, Omar El Behi, la multiplication d’accords bilatéraux permettra à ses entreprises d’exporter leur savoir-faire et de participer à l’essor de pays à fort potentiel.

Pourquoi la Tunisie a-t-elle rejoint, en juillet 2018, le Comesa ? 

Nous sommes ravis d’avoir intégré ce consortium important qui regroupe 21 pays ; la Tunisie étant le 20e pays et, le 21e, la Somalie. L’espace regroupe plus de 500 millions d’habitants, donc plus de 500 millions de consommateurs avec une croissance moyenne importante et avec un potentiel de croissance future important.

La Tunisie, dans sa politique générale de développement, entend diversifier ses échanges. Actuellement, le principal partenaire économique de la Tunisie est l’Union européenne, qui représente plus de 69 % de nos exportations. Pour diversifier nos exportations, nous avons choisi de nous orienter vers le marché africain. Aujourd’hui, l’Afrique subsaharienne représente moins de 1 % de nos exportations ! C’est pour cela que le potentiel est énorme avec ces pays, que ce soit dans le cadre du Comesa qu’auprès des pays de la Cedeao.

La Tunisie présente une bonne productivité par rapport à ses partenaires. Ce qui prouve que les échanges et l’ouverture économique vers l’Afrique ne vont pas se dérouler au détriment du pays. Nous en sommes convaincus.

Au niveau du Comesa, ce qui est important aussi, c’est que nous concevons nos rapports dans un esprit gagnant-gagnant, dans l’intérêt de chacun. Il ne s’agit pas de destinations pour exporter nos marchandises, mais nous y voyons plutôt un moyen pour construire des relations bilatérales. Nous pouvons exporter, mais aussi importer, favoriser des échanges culturels, des échanges économiques, des échanges de propriété intellectuelle, dans la Santé, l’industrie agroalimentaire…

Dans le cadre de la diversification de ses relations diplomatiques, de ses relations commerciales, la Tunisie veut être plus présente dans ces régions. Et nous voyons qu’elle est bien acceptée, tandis que d’autres demandes ont été refusées !

Pourtant, la Tunisie est-elle assez compétitive pour aborder les marchés africains ? 

Oui, nous avons une assez bonne connaissance de ces marchés. Par rapport au potentiel de croissance de ces pays, il faut réfléchir à l’avenir. D’un point de vue agricole, par exemple, ces pays regorgent de ressources mal exploitées ; nous pouvons développer ensemble une production agricole et agroalimentaire beaucoup plus importante grâce au savoir-faire des industriels tunisiens.

Qu’exporte la Tunisie en direction de ce continent ? 

Trop peu, nous venons de le voir. Une fois que les relations commerciales seront améliorées, le secteur privé prendra la suite. Les acteurs du secteur privé se montrent ravis de cet accord avec le Comesa et entendent aller de l’avant. Nous attendons, de notre côté, l’accord définitif de l’Assemblée nationale à laquelle le projet de loi a été présenté, comme c’est le cas pour tous les accords multilatéraux. Je pense que, dans quelques mois, il entrera en vigueur.

Dans ces pays partenaires, au niveau agricole et agroalimentaire, nous pouvons participer à beaucoup d’investissements. La Tunisie a des groupes importants dans ce domaine qui sont déjà présents en Afrique de l’Ouest et qui veulent investir encore en Afrique. Ce qui pourrait être intéressant,

c’est de faire des investissements en Tunisie qui peuvent être tripartites avec des pays de l’Union européenne ou des pays du Golfe qui peuvent venir investir en Tunisie et exporter vers les pays du Comesa. Cela peut être utile, notamment, en relation avec les pays anglophones avec lesquels la Tunisie n’a pas beaucoup d’échanges.

Que comptez-vous faire pour pousser les Tunisiens à mieux connaître les subtilités du marché et surtout pour accompagner ce mouvement en se diversifiant vers « ces Afriques » (anglophone, lusophone, etc.) ? 

Deux représentations diplomatiques nouvelles vont s’installer en Tunisie. Le Cepex (le Centre de promotion des exportations) ouvre, quant à lui, deux bureaux de liaison dans deux pays d’Afrique, au Nigeria et en Côte d’Ivoire. Ils seront mis à disposition de nos chefs d’entreprise.

D’autre part, nous voulons encourager les missions itinérantes réalisées avec le secteur privé vers ces pays. Nous venons de conduire une mission à Addis-Abeba avec des hommes d’affaires tunisiens. Nous pensons faire la même chose avec d’autres groupes à destination du Kenya, du Rwanda, de la RD Congo. Je vous rappelle que STEG International a installé tout le circuit d’exploitation de l’électricité au Rwanda ! La société tunisienne a apporté son savoir-faire et y a gagné de la reconnaissance. Nous pouvons développer davantage ces relations avec des groupes de cette envergure ou avec des bureaux d’études tunisiens comme Africinvest, Comete Engineering et d’autres groupes.

La Tunisie a des atouts dans l’univers du numérique, dans l’enseignement, dans les soins médicaux. Intégrez-vous ces facteurs dans votre conquête des marchés africains ? 

Je n’aime pas trop le mot conquête, parce que, pour nous, il s’agit de partenariat gagnant-gagnant ! Autrement, oui, nous évaluons les possibilités selon ces atouts. En avril 2018, s’est tenu à Tunis le Forum économique africain. Nous en organiserons une deuxième édition, en juin 2019, et nous voudrions développer notre stratégie autour de ces cinq piliers : le secteur agroalimentaire, la Santé, l’industrie pharmaceutique, les TIC, et l’enseignement supérieur. Nous avons un potentiel de croissance important.

La Tunisie subit une crise financière. Comment affrontez-vous cette situation intérieure tout en ayant l’ambition de vous investir ailleurs ? Ne prenez-vous pas le risque d’une dispersion de moyens et d’énergie ? 

En matière de compétitivité, nous avons, récemment, réalisé une étude de laquelle il ressort que la Tunisie a une bonne productivité par rapport à ses partenaires. Ce qui prouve que les échanges et l’ouverture économique vers l’Afrique ne vont pas se dérouler au détriment de la Tunisie. Nous en sommes convaincus. La situation économique du pays est difficile, mais, par rapport aux années précédentes, nous constatons une amélioration. Le rythme de croissance, au deuxième trimestre 2018, ressortait à 2,8 %. En 2017, le PIB a augmenté de 1,9 %, contre 1 % en 2016.

Certes, cette amélioration se double d’obstacles, face au déficit de la balance commerciale, celui du Trésor. Concernant le déficit budgétaire aussi, nous avons des difficultés mais la situation s’améliore ; il était à 6 %, nous terminons l’année à 4,9 % et nous voulons aller vers 3,9 en 2019.

Avec les réformes engagées – parfois douloureuses –, la loi de Finances 2018 a ramené le déficit budgétaire sous les 5 %. Nous ne pouvions pas continuer avec des taux supérieurs ! Nous entendons revenir vers les 3 % en 2020. Quand nous aurons réduit le déficit budgétaire, nous pourrons diminuer l’endettement et sortir du cercle vicieux de la dette.

De même, il est important pour nous de diminuer le déficit de la balance commerciale. La Tunisie exporte par an l’équivalent de 13 milliards d’euros et importe, à peu près, pour 19 milliards, soit un taux de couverture de l’ordre de 67 %. Les secteurs productifs de l’économie tunisienne sont l’industrie mécanique et électrique avec plus de 40 % des exportations (c’est donc un secteur sur lequel nous misons par rapport à nos échanges africains), mais nous comptons aussi sur le secteur agroalimentaire et celui du textile.

Pour se faire une place en Afrique, la Tunisie, a besoin de chefs d’entreprises capables de comprendre le marché et de lui proposer des produits qui font la différence. Comment la Tunisie travaille sur cette dimension ? 

Beaucoup de groupes s’installent, en ce moment, en Afrique de l’Ouest. Nous restons en contact avec la Cedeao. Nous ne pouvons pas y adhérer, puisqu’il faut être un pays limitrophe avec un pays déjà membre, mais nous finalisons un accord commercial préférentiel. Par rapport à l’encouragement de l’État, au niveau du ministère du Commerce et du Cepex, nous disposons d’un fonds qui s’appelle le Foprodex, ainsi qu’un autre fonds de promotion des exportations, qui avaient un budget de 20 millions de dinars en 2017. Ils s’élèvent à 40 millions de dinars en 2018 et passeront à 80 millions de dinars (23,9 millions d’euros), en 2019. Ils servent à la promotion des exportations.

Nous avons, au niveau de ces fonds, augmenté les investissements vers la destination Afrique. Ils prenaient des engagements à hauteur de 30 % dans le transport maritime, ils passent à 50 % si la destination est en Afrique. Cette stratégie permet de dynamiser l’export, d’appuyer la participation à des foires, la promotion d’un produit… Nous offrons un bonus pour les entreprises qui se tournent vers les marchés africains. Le secteur privé est déjà présent dans ces marchés, mais nous pouvons aussi améliorer l’accompagnement.

On parle beaucoup de la Tunisie hub vers l’Afrique. Quels efforts en matière de transports envisagez-vous ? 

En 2017, nous avons ouvert une ligne vers Cotonou, mais vous avez raison, il faut intensifier nos efforts dans le transport. Nous espérons beaucoup de l’amélioration de la situation de Tunisair ; la compagnie bénéficiera, dès 2019, d’un nouveau mode d’acquisition des avions.

Interview de Omar El Behi, ministre du Commerce (Tunisie)

Tunisie : Le commerce illicite grève la croissance

Publié dans New African

Le secteur informel représente 35 % du PIB de la Tunisie. Il s’agit d’un manque à gagner important qui met à mal l’économie et impacte négativement son attractivité. Les réponses politiques se font attendre.

La Tunisie se situe à la 53place du classement réalisé par l’Alliance transnationale pour la lutte contre le commerce illicite (TRACIT), classement répertoriant les pays selon l’indice évaluant la capacité de 84 pays à se prémunir du commerce illicite.

Elle fait partie, à ce titre, des pays où l’informel occupe une proportion importante. Il ressort aussi de la même étude que 1,1 million de personnes en Tunisie auraient une activité professionnelle qui échapperait au contrôle de l’État et qu’en Tunisie, 30 % des produits de consommation proviennent de l’informel.

Essor du trafic frontalier

Par exemple, la contrebande du tabac représente 38 % des dépenses annuelles en cigarettes en Tunisie. La perte, d’un point de vue fiscal, avoisinerait 177 millions de dollars par an.

Aux origines de l’informel, figurent des raisons macroéconomiques spécifiques. Ainsi, la morosité économique a empêché de générer une activité attractive, susceptible d’englober les réseaux commerciaux, lesquels demeurent à la marge du formel. Les réformes, dans ce cadre, sont jugées insuffisantes.

Pour Robert Blotevogel, représentant du FMI en Tunisie, « la priorité est d’assurer que la situation macroéconomique reste stable. Ceci permettra d’attaquer les problèmes plus structurels afin de rendre le modèle tunisien plus inclusif pour ceux qui, pour le moment, n’ont pas réussi à s’insérer dans le système ». Et de préciser son rôle : « Notre expertise n’est pas de mettre en place des outils coercitifs contre l’informel, nous travaillons pour que le formel marche mieux. »

À cet effort partagé par les autres partenaires de la Tunisie, s’ajoute la lutte contre la corruption. Celle-ci est un moyen utilisé pour contourner les transactions commerciales classiques, les procédures administratives, les taxations, le contrôle douanier… Selon un sondage, 65 % des Tunisiens estiment que ce fléau est en augmentation.

En mai 2017, Youssef Chahed, a déclaré la guerre à la corruption et en a fait le moyen de lutte choisi pour contrer l’informel. Une volonté politique qui aurait permis d’identifier les barons de ce secteur et de procéder à des arrestations clés.

Or, « dans les pays où la perception de la corruption est importante, il est difficile de générer une croissance qui touche toute la population. Dans cette approche, le FMI s’est donné l’objectif d’aider la Tunisie à mettre en place les institutions qui aident le gouvernement à combattre la corruption. C’est notre plaidoyer depuis des années », commente le représentant du FMI en Tunisie.

La Tunisie, pays en transition politique depuis la révolution, et la Libye, pays instable depuis la chute de Kadhafi, entretiennent une relation commerciale des plus ambiguës ; les postes frontaliers de Ras Djedir et de Dhehiba Wazen sont les points de passage de la plupart des transactions illégales. Un phénomène d’échanges illicites renforcé par les grandes différences de prix entre pays limitrophes. Le plus souvent, les subventions de l’État créent un écart entre les prix qui favorisent ces trafics transfrontaliers.

L’État réagit

C’est le cas du carburant libyen qui bénéficie de subventions, lesquels en font un produit demandé en Tunisie, compte tenu de son bas prix. En effet, selon la Banque mondiale, le carburant importé de Libye représente 17 % de la consommation des Tunisiens. Du côté libyen, on affirme que le carburant libyen couvre 40 % des besoins tunisiens et que la perte que les achats hors marché occasionnent pour la Libye avoisine le milliard de dollars.

Dans l’échange informel de produits subventionnés, les États concernés perdent doublement : en payant pour des subventions qui ne profitent pas à ceux auxquels elles se destinent et en perdant ce qui devait leur revenir en taxes.

L’informel prolifère en Tunisie, en l’absence d’accords de voisinage relatifs aux tarifs de certains produits. Une collaboration plus accrue sur le plan commercial avec la Libye et l’Algérie serait susceptible, d’après les experts, de dynamiser les échanges formels et de réduire le marché parallèle.

Depuis mai 2017, le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, a déclaré la guerre à la corruption et en a fait le moyen de lutte choisi pour contrer l’informel.

Une volonté politique qui aurait permis d’identifier les barons de ce secteur et de procéder à des arrestations clés. D’après des sources douanières, cette politique aurait permis de générer un bénéfice de plus de 1 milliard de dinars pour les caisses de l’État. Une somme provenant des amendes et des saisies gérées par la douane tunisienne.

Toutefois, la société civile continue de critiquer la timidité de la volonté politique et la fragilité de la capacité de contrôle. L’effort étant concentré, d’un côté, sur les enjeux politiques et de l’autre, sur l’aspect sécuritaire, la situation ne peut que profiter à la prolifération du commerce illicite, en l’absence de démarches multisectorielles et interministérielles bien étudiées.

Tunisie : Le commerce illicite grève la croissance

Tunisie- Chahed et Hafedh Caïd Essebsi: le Combat de coqs

Publié dans New African

Une nouvelle fois, la Tunisie traverse une crise politique, de nature à affecter sa stabilité et à entraver les échéances électorales à venir. Les querelles entre les dirigeants de Nidâa Tounès ne font qu’envenimer la situation.

Fait rare et significatif : Le ministre tunisien de la Défense est sorti de son silence, après l’enterrement de deux militaires morts la veille suite à une attaque terroriste. Abdelkrim Zebidi a critiqué l’attitude des hommes politiques et mis en garde contre des querelles dont l’impact sera, selon ses dires, la vindicte populaire.

Béji Caïd Essebsi a lancé, au cours d’un entretien télévisé, des messages à l’adresse du chef du gouvernement, l’exhortant à aller devant le Parlement afin de solliciter sa confiance, au moyen d’un vote qui débouchera sur une confirmation de celui-ci à la Kasbah ou sur son départ. Selon le président de la République, le départ de Youssef Chahed ne fera pas de mal à la Tunisie, tout comme celui de son fils, Hafedh Caïd Essebsi, aujourd’hui à la tête d’un parti au pouvoir bien mal en point.

Les problèmes partisans gagnent l’Assemblée

Nidaa Tounès dont le chef du gouvernement est lui-même issu vit, au rythme des crises successives qui l’agitent, un affaiblissement croissant. La querelle entre son directeur exécutif, Hafedh Caïd Essebsi, et son ancien dirigeant, Youssef Chahed, semble avoir atteint son paroxysme.

En mai, lors d’une intervention télévisée, le chef du gouvernement avait critiqué le fils du président de la République l’accusant d’être à l’origine du malaise du parti et des problèmes politiques tunisiens. Depuis, les dissensions ne font que s’accentuer entre les deux hommes et la demande de limogeage de Youssef Chahed est revenue à plusieurs reprises. Le 13 septembre 2018, le comité poli- tique de Nidaa Tounès a envoyé un questionnaire à Chahed.

Avec l’affaiblissement de Nidaa Tounès, c’est bien évidemment le mouvement Ennahdha qui devient ainsi le parti dominant, à l’approche des prochaines échéances électorales.

Deux jours plus tard et faute de réponse de la part de celui-ci, la même partie décide de geler son adhésion à son parti d’origine. Parmi les questions posées à Chahed et les accusations qui lui sont lancées, sa potentielle implication dans les nom-breuses démissions enregistrées par le bloc parlementaire de Nidaa Tounès.

La rentrée parlementaire est marquée par la naissance d’une nouvelle force dépassant, en nombre, le bloc autour de Nidaa Tounès : 47 contre 39 députés. Et les démissions et probables nouvelles adhésions au bloc que l’on attribue offi – cieusement à Youssef Chahed ne feront qu’accentuer l’écart.

Ce bloc émergeant traduit la volonté qu’aurait Chahed de se maintenir en poste. Ce dernier s’est abstenu de lancer un remaniement attendu et d’asseoir, ainsi, sa légitimité remise en cause, d’une certaine manière, par les Caïd Essebsi père et fils. « À la fi n de la quatrième session parlementaire et au début de la session actuelle, il a été constaté que les votes importants ne se faisaient pas sur la base de ce pour quoi on votait, mais dans l’optique de ce qui pourrait être assimilé à un test du positionnement politique, une manière de vérifier le consensus, de vérifier ce qu’obtiendrait Chahed, s’il allait devant l’Assemblée pour un vote de confiance », commente Chaïma Bouhlel, consultante politique.

Cette instrumentalisation de l’Assemblée des Représentants du peuple entraverait donc le rôle premier de législateur, au profit d’un rôle politique. « Désormais, au lieu de représenter le peuple, l’Assemblée devient un lieu de com-bat politique, par procuration », poursuit Bouhlel.

Ennahdha se positionne

La faiblesse du bloc de Nidaa Tounès représente, pour de nombreux observateurs, la faiblesse du parti au pouvoir et la mise à mal du président de la République. Alors qu’il avait 86 députés en 2014, le parti se fait dépasser par le bloc que composent ses démissionnaires.

Parmi les griefs que lancent ceux-ci à la direction de leur ancien parti, la mauvaise gestion et la querelle publique Hafedh-Chahed. Un appel à la dissolution de l’Assemblée a même été lancé par un des dirigeants du parti, Faouzi Elloumi, pour qui la composition au niveau des blocs parlementaires n’a plus rien à voir avec ce qui était voulu par les votes des Tunisiens.

Une mise en garde dans le même sens a été formulée par des dirigeants d’Ennahdha qui, dans une lettre adres- sée à leur leader Rached Ghannouchi, ont exprimé leurs craintes par rapport aux dysfonctionnements qui résulteraient d’une crise politique dont les répercussions ont atteint l’Assemblée.

Le mouvement Ennahdha a pris position très vite sur le conflit entre Nidaa et son ancien dirigeant à la présidence du gouvernement. C’est à travers son Majlès Choura, sorte de conclave des sages, que le parti islamique a manifesté son soutien à Youssef Chahed, un soutien conditionné mais utile à celui-ci compte tenu de la position de premier bloc parlementaire d’Ennahdha.

La condition au soutien étant le renoncement du chef du gouvernement à la présidentielle de 2019. Cet appui accordé à Chahed est à l’origine du divorce entre les deux « cheikhs », en l’occurrence Béji Caïd Essebsi et Rached Ghannouchi. Cette séparation a été annoncée par le président de la République lors de sa dernière intervention télévisée. Une séparation qu’ont niée des dirigeants d’Ennahdha, qui voient la déclaration du chef de l’État comme une énième manoeuvre politique.

Réunie les 6 et 7 octobre 2018, la Choura d’Ennahdha a insisté sur l’attachement de ses structures au consensus et à une bonne relation avec le président de la République, pour la stabilité du pays et la réussite des prochaines élections. Avec l’affaiblissement de Nidaa Tounès, c’est bien évidemment le mouvement Ennahdha qui devient ainsi le parti dominant, à l’approche des pro-chaines échéances électorales.

Un président politiquement aff aibli

Toutefois, « quand on observe l’éparpillement qu’a connu Nidaa Tounès, on constate qu’il n’y a plus un parti qui peut concurrencer Ennahdha. Les hésitations dont ce mouvement fait preuve quant à la querelle politique pourraient s’expliquer par le fait que celui-ci ne souhaite pas se retrouver dans la position du gagnant, seul », en tant que maître du jeu, interprète Chaïma Bouhlel.

Il n’en reste pas moins que le blocage perdure. Le président de la République est isolé, affaibli par la position de son parti, par l’image négative que lui inflige la présence politique de son fils et par sa non-puissance face à son filleul d’hier, un chef de gouvernement qui a décidé de lui tenir tête et qui semble gagner son bras de fer contre lui.

Quant à Youssef Chahed, même s’il n’a pas un appui assuré d’Ennahdha, il a pu bénéficier de sa part d’un facteur primordial pour gagner une bataille qui se jouera, forcément, à l’Assemblée des Représentants du peuple ; le temps de se préparer à d’autres échéances.

Nidaa redevient la deuxième force parlementaire

Le 14 octobre 2018, le parti Union Patriotique Libre (UPL) qui dispose d’un bloc parlementaire de 16 députés a annoncé son retrait du bloc de la Coalition nationale et sa fusion avec le parti Nidaa. Hasard du calendrier, le président de l’UPL, Slim Riahi, apprendra le lendemain que la chambre spécialisée dans les affaires de chèques sans provision, près du Tribunal de Première Instance de Tunis, a décidé d’abandonner les poursuites engagées contre lui.

L’arrivée à Nidaa de Slim Riahi, qui devient secrétaire général, est perçue comme un moyen pour Hafedh et Béji Caïd Essebsi de remporter leur bras de fer contre Youssef Chahed. Avec un bloc parlementaire qui revient à la deuxième position au moyen de la récente fusion, Nidaa relègue au troisième rang le bloc de la Coalition nationale, bloc considéré comme proche du chef du gouvernement.

La guerre des votes de confiance semble bel et bien entamée. Le « mercato » parlementaire n’en prendra que plus de valeur. C’est, en effet, à sa lumière que le président de la République décidera ou non de recourir à l’article 99 qui dispose que celui-ci peut demander aux Représentant du Peuple de procéder à un vote de confiance au gouvernement.

Tunisie : Combat de coqs

Interview- « La Caisse des dépôts: Un modèle neuf pour l’Afrique » Boutheina Ben Yaghlane

 Publié dans African Banker

La Caisse des dépôts et consignation est l’une des rares institutions de Tunisie à afficher un résultat positif, avec un bilan total de 6,423 milliards de dinars et un résultat net de près de 55 millions de dinars fin 2017. Entretien avec sa directrice générale.

La CDC est une forme hybride par rapport à ses prédécesseurs française et marocaine. Quelle en est la spécificité ?

La Caisse des dépôts et consignation (CDC) tunisienne est une structure récente qui a été créée, après la révolution, en 2011, dans l’objectif de faire fructifier l’épargne et de favoriser l’investissement de long terme. Elle a bénéficié du soutien de la CDC française et de son homologue marocaine, lors de sa constitution. Nous avons ainsi doté l’institution de ses structures de gouvernance et mis en oeuvre de sa doctrine d’investissement qui régit ses principes d’intervention.

Notre Caisse a mis en oeuvre, très rapidement, un nouveau modèle de capital investissement, pour des projets directs où nous sommes actionnaires, en appui à l’initiative publique, comme en appui à l’initiative privée. Enfin, nous n’avons pas les mêmes ressources que les autres caisses : elles proviennent essentiellement de l’épargne postale, ou bien les consignations qui se trouvent dans le Trésor public. Nous avons également d’autres lignes de financement.

L’exemple tunisien peut-il, aujourd’hui, devenir un modèle ?

Nous aidons souvent des caisses en création, dans le cadre du forum des Caisses de dépôts qui se réunit tous les deux ans. Aujourd’hui, le Niger fait appel à nous, le Burkina Faso aussi. En octobre 2017, le chef du gouvernement burkinabé a demandé, lors de sa visite en Tunisie, un rendez-vous avec moi pour discuter du modèle de sa Caisse de dépôts. La Côte d’Ivoire, également, fait appel à nous. Nous avons reçu, en mai 2018, le directeur général de la CDC du Gabon, qui nous a exprimé son intérêt pour le volet private equity, et notamment l’appui aux PME que son établissement ne pratique pas encore.

L’appui aux PME est une activité essentielle pour notre Caisse et sert d’exemple pour les nouvelles structures d’Afrique. Lesquelles souhaitent tirer les leçons de la Caisse tunisienne qui est récente, plutôt que d’aller voir un modèle plus ancien et qui ne leur ressemble pas.

Quelle est l’offre de la CDC ?

La Caisse est actionnaire dans 18 projets directs et notre grande spécificité tient dans le travail en private equity. La Caisse est souscripteur dans treize fonds qui ont pu financer plus d’une centaine de PME. Nous avons une ligne de financement provenant de la Banque mondiale, clôturée le 31 juillet 2018, dont une quinzaine de PME ont pu bénéficier. Nous avons une ligne budgétaire qui provient du budget de l’État pour les SICAR régionales ; elle passe via la CDC, ce qui permet de financer des PME dans les régions. L’autre grande activité de la Caisse est la dynamisation des marchés financiers, via des emprunts obligataires, via les placements, via le marché boursier.

Est-ce un choix de rester discrets sur votre activité ?

Nous ne sommes pas particulièrement discrets ! Les acteurs financiers nous connaissent. Ils viennent nous voir tous les jours. Le grand public nous connaît moins, parce que nous n’avons pas de relation directe avec lui. Nous travaillons avec des promoteurs dont le montant d’investissement doit dépasser les 25 millions de dinars et nous comptons très peu de sociétés ou de promoteurs de cette taille.

L’argent de la CDC n’attire-t-il pas certains « rapaces » ? Comment s’en prévenir ?

La Caisse n’est pas une banque, pas une institution de crédit, la contribution se noue avec des fonds propres (on entre dans le capital en tant qu’actionnaires), la participation est minoritaire et on se suffit à 20 % de l’investissement (avec une possibilité d’aller jusqu’à 40 %, si le projet est à l’initiative par la CDC). Nous entrons dans des projets économiquement rentables, nous privilégions les projets dans les régions, avec, comme principe, d’exercer un levier et d’aller où les autres ne vont pas. Nous agissons avec une vision claire, des stratégies, une doctrine, des normes et des règles de gestion prudentielles. Chaque projet proposé à la CDC doit passer par plusieurs contrôles. Le processus décisionnel permet l’étude en profondeur, à plusieurs étapes et nous veillons à ce que ce processus soit respecté.

De nombreuses entreprises publiques nécessitent un sauvetage urgent. La CDC tient-elle compte de ce contexte particulier ?

Plusieurs discussions vont dans ce sens-là, et cela a commencé quand j’étais secrétaire d’État auprès du ministre des Finances. Dans le plan de sauvetage des entreprises publiques, nous avons discuté de la possibilité de créer un fonds où la CDC contribue en grande partie. Mais cette initiative est encore en discussion avec les acteurs sociaux. Si nous sommes sollicités sur des projets concernant des entreprises publiques qui présentent un business plan pouvant être rentable à long terme, nous ne pourrons être qu’intéressés. Mais la question de l’implication directe de la CDC ne s’est pas posée.

Vous êtes partie prenante dans la création d’un fonds de fonds qui servira à financer et accompagner les start-up tunisiennes. Quelle particularité a la CDC dans ce secteur où plusieurs intervenants sont déjà bien positionnés ?

Le positionnement de la CDC entre dans le cadre de la « Stratégie nationale des start-up et de l’innovation » qui se base sur plusieurs piliers, dont le pilier financement pour lequel la CDC est mandatée par le ministère des Technologies. Nous constituons un fonds des fonds de 100 millions de dollars, dans lequel la CDC ramènera au maximum 20 % pour pouvoir lever les autres fonds. L’un des axes de notre stratégie est de soutenir l’État dans les transitions majeures, à savoir les transitions énergétique et numérique. Dans ce cadre, nous soutenons l’innovation, le numérique et le digital.

Vous avez fait l’objet de plusieurs critiques lors de votre nomination à ce poste délicat et convoité. Deux ans après, arrivez-vous à rester à l’abri des pressions et tiraillements politiques ?

Cela fait plus que deux ans et demi que je suis en poste, avez-vous entendu parler de démissions au sein de la CDC ? Je ne pense pas ! L’institution a une certaine autonomie qui lui permet de refuser des projets. Même s’ils viennent des ministères, des partis, de personnes qui ont du pouvoir… Nous avons la capacité de dire non ! Nous ne prenons pas les projets d’un point de vue complaisance ou rapprochement. Les ressources dont nous disposons sont des ressources sacrées, c’est l’épargne du citoyen. Nous n’avons, de ce fait, pas droit à l’erreur. Nous veillons aux deniers de l’État et nous veillons à ce que ces ressources soient placées dans des investissements rentables pour l’économie, même s’il y a pression. Nous avons, d’ailleurs, refusé, à plusieurs reprises, des projets, car nous avons vu qu’ils n’étaient pas rentables.

Vous êtes la femme au portefeuille d’or, dans un milieu où il y a très peu de femmes. Comment vivez-vous cette grande responsabilité ?

C’est un poste à responsabilité. Nous sommes fiers d’être la seule Caisse, à l’échelle internationale, à être présidée par une femme. Notre directrice générale adjointe est aussi une femme. Lorsqu’on est professionnel, peu importe qu’on soit homme ou femme. L’essentiel c’est d’assumer la responsabilité, d’être professionnel, d’être correct et de travailler en toute transparence. Je suis très contente de diriger une institution comme la CDC, qui se compose d’une quarantaine de personnes avec une grande expertise. Beaucoup de travail est fait… mais nous ne faisons pas beaucoup de bruit.

Boutheïna Ben Yaghlane, DG de la Caisse des dépôts (Tunisie)

Portraits de décideurs: Badreddine Ouali, un modèle de réussite à la tunisienne

Article publié dans African Business (Octobre 2018)

Manager hors pair, personnalité marquante et inspirante, Badreddine Ouali est un entrepreneur tunisien dont la réussite est, désormais, internationale. Il est aujourd’hui à la tête de plusieurs projets, notamment à portée sociale.

Jeune homme ordinaire des faubourgs de Tunis, Badreddine Ouali a intégré l’école des Mines de Saint-Étienne. Un parcours universitaire qui lui a permis d’être embauché, peu après, par une société française spécialisée en ingénierie informatique et d’en être, à 27 ans, l’un des plus jeunes dirigeants. Son parcours n’aurait, probablement, pas été le même, s’il n’avait pas connu, en 1993, un licenciement. Mais Ouali avait décidé de sortir de l’ordinaire et de tenter l’aventure de l’entrepreneuriat. C’est en 1994, qu’il s’installe en Tunisie et choisit d’y fonder la société BFI, ancêtre de Vermeg. Après des débuts difficiles, beaucoup de travail, une période de création pendant laquelle il développait la nuit des solutions qu’il s’attelait à vendre en journée, le succès se profile, avec les premiers clients tunisiens. Son succès est indissociable de celui de son entreprise qui, en près de vingt ans, est passé de l’échelle régionale à une envergure mondiale.

L’éditeur tunisien de solutions logicielles spécialisées pour la banque et l’assurance est, aujourd’hui, une holding internationale qui réalise un chiffre d’affaires avoisinant les 100 millions d’euros, embauche plus de 1 100 personnes dans le monde et compte, dans son portefeuille clients, les plus grandes compagnies, banques et assurances internationales.

Valoriser les ressources humaines

Vermeg, forte de deux acquisitions stratégiques, celle du leader belge de l’édition de logiciels BSB et de Lombard Risk, premier fournisseur mondial de solutions intégrées de reporting réglementaire et de gestion du collatéral, opère désormais dans de nombreux pays. Elle enregistre 60% de son chiffre d’affaires en Europe, 20% en Amérique et 20% en Asie. Pourtant, Badreddine Ouali vit le succès de son entreprise sans démesure et envisage l’avenir en tenant compte de l’importance des étapes. Pas d’entrée en Bourse avant deux ans, pour lui, car sa société est en phase de transformation. Pour l’instant, il savoure, prudemment, le succès : « Nous avons la chance d’avoir comme clients Bank of England, Santander, Bank of New York, Wells Fargo, des banques majeures japonaises », relève l’entrepreneur qui poursuit sans fausse modestie : « Nous avons les meilleurs collaborateurs et nous avons les meilleurs produits. Si nous gagnons des parts de marché, ce n’est pas un hasard. » Conscient de l’importance de son personnel dans la croissance de ses projets, le fondateur de Vermeg mise sur l’humain. Personnage doté d’une forte intelligence sociale, il a instauré un management basé sur l’écoute et le bien-être des collaborateurs. Ses locaux « transformés à la Silicon Valley » et une attractivité intrinsèque à son domaine d’activité forment le bouclier de Vermeg face au problème de ressources humaines que connaissent de nombreuses sociétés.

Conscient de l’attractivité internationale, à laquelle répondent plusieurs compétences tunisiennes, Badreddine Ouali voit ce phénomène d’un bon œil : « Ceux qui partent constituent une chance pour nous aussi. Ils deviennent nos ambassadeurs ailleurs. C’est une fierté pour Vermeg de dire nos collaborateurs valent tous ceux qui sont dans le monde. C’est une fierté pour la Tunisie. » Il vit sa carrière comme un engagement envers la Tunisie, en gardant comme credo la nécessité de donner après avoir reçu. Y installer son entreprise aujourd’hui internationale est, pour lui, un choix du cœur avant tout. De son pays natal, l’homme d’affaires a fait l’épicentre de son activité, « parce qu’il y a plus de mers qu’en Suisse, plus de soleil qu’en Islande et que la Tunisie est proche de tout, comme un centre de gravité du monde ».

C’est pourtant aux Pays-Bas que le PDG a fait immatriculer Vermeg. Son idée était, à l’époque Ben Ali, de se préserver du « contrôle inamical », mais aussi du contrôle des changes, un obstacle que connaissent encore les entrepreneurs tunisiens et qu’il espère voir disparaître, dans les jours ou les mois qui suivent. Du changement pour la Tunisie, Badreddine Ouali a décidé d’en faire lui-même, en s’activant dans plusieurs projets à utilité publique.

À 55 ans, il s’estime dans la phase de la vie où on doit donner, après avoir reçu. Il a, ainsi, pu réaliser un ensemble d’actions à portée sociale, dans des champs divers comme l’humanitaire, la culture et l’employabilité des jeunes (construction d’écoles pour des réfugiés syriens dans le sud de la Syrie, financement d’une unité médicale dans un hôpital de Tunis, aide à des projets culturels…). Il est, aujourd’hui, à la tête du réseau Entreprendre, association de chefs d’entreprise œuvrant à l’aide à l’entrepreneuriat et du projet Smart Tunisia, un programme destiné aux entreprises du secteur de l’offshoring et qui s’engage à créer 50 000 emplois en cinq ans. Encourager les jeunes à la démarche entrepreneuriale et servir la compétence Tunisie à l’international font l’essentiel de sa démarche.

Une activité sociale essentielle

Ouali est considéré par un grand nombre de ses salariés et anciens salariés comme un mentor. Il a inspiré bon nombre de jeunes entrepreneurs tunisiens, représentant, pour plusieurs d’entre eux, un modèle de réussite tunisienne. Il étend, désormais, son aura à des jeunes de la Tunisie profonde.

Le projet phare de Fondation Tunisie pour le développement, récent fleuron de la société civile tunisienne, s’appelle Elife et se veut une version locale de l’École 42 de Xavier Niel, avec qui une collaboration est en place. Sa cible, les villes de l’intérieur du pays et son idée est de répondre au besoin des jeunes, selon trois axes : la formation pour trouver du travail, l’entrepreneuriat pour ouvrir des perspectives et l’organisation d’événements « pour que ces jeunes voient autre chose que le café et la mosquée de leur village ».

Mécène, philanthrope ou manager visionnaire et créateur de compétences ? Ouali se place plutôt dans une démarche aux références culturelles multiples: « Dans notre culture arabe, il y a ce que l’on appelle « les pieux prédécesseurs » (Assalaf Assalah ). Dans la technologie, qui sont ces pieux prédécesseurs ? Ce sont des gens comme Bill Gates ou le patron de Facebook, des gens qui ont donné, de leur vivant, leurs fortunes, à des actions caritatives. Je me suis mis dans cette chaîne ».

Plutôt en retrait au début de son parcours, Badreddine Ouali est désormais plus visible sur la scène tunisienne. Un choix qu’il aurait préféré ne pas avoir à faire, mais auquel il dit se soumettre, par obligation, les actions discrètes ne pouvant pas, réellement, impacter les jeunes auxquels ses projets se destinent.

De par le succès de son entreprise et la nature de ses récents projets, Ouali est, certes, dans la sphère des décideurs, mais il n’envisage pas, pour le moment, de carrière politique. Au moyen de son travail au sein de sa fondation, il est persuadé de servir davantage l’intérêt public. Président un jour? « Que Dieu m’en préserve », s’empresse-il de lancer, avant de conclure, sarcastique : « Quand j’aurai dans les 80 ans, j’y songerai peut-être. »

Article publié dans African Business (Octobre 2018)

Ils ont juré de mourir pour elle et, éternellement, à travers eux, elle vivra

Ils avaient juré de mourir pour elle. Il avait juré qu’elle mourra, quitte à y laisser la vie.

Ils avaient juré de la voir vaincre, remporter sa bataille contre le choléra. En finir avec les mites et les rats, les vipères, les renards, les loups, les vautours et les colombes, les chacals et les faces de rats.

Ils avaient rêvé sa jeunesse, eux sa jeunesse glorieuse. Ils avaient rêvé de gloire, de réussite impétueuse. Ils avaient rêvé une carrière au service de la Nation, fierté de pères et de mères, de familles et de régions.

Ils avaient rêvé famille, épouses et enfants. D’une vie de plénitude, de pleins d’accomplissements.

Ils avaient tout pour vivre. Il était prêt à tout pour les voir mourir.  Eux le symbole du courage, lui qui a massacré son propre avenir.

Ils ont choisi la grandeur, il avait choisi la petitesse. Eux au service d’une patrie, lui au service d’une idée traitresse. Ils ont juré loyauté, il a juré traitrise. Ils ont juré bravoure, il a juré bêtise.

Ils avaient tous le même âge et, dans le même pays, ils ont grandi. Ils ont célébré les mêmes fêtes et des mêmes blagues, ils ont, un jour, surement, ri.

Elle les a vus tous grandir, prenant des chemins opposés. Les uns à son service voués, l’autre à sa mort dévoué. Les uns se sacrifiant pour elle, le sourire aux lèvres, même après la mort. L’autre cherchant à l’abattre, vivant en cadavre et se trainant comme un mauvais sort.

Elle l’a répudié. Elle les avaient bénis. Lui son mal, eux son motif de survie.

Quand le chemin des meilleurs et du pire se croisent, que les uns et l’autre se toisent, que le sang coule et que la vie se finit. Qu’un pays pleure et qu’une bande de lâches rit. Sonne, au plus profond de tous, le sens de leur serment, comme un hymne qui s’entend des splendeurs du firmament.

Ils sont morts pour elle, mais, pour eux, elle vivra. Offrande pour une terre que le rat jamais ne vaincra.

Il avait juré, mais jamais elle ne mourra.

Ils avaient juré de mourir pour elle et, éternellement, à travers eux, elle vivra.

 

Paix aux âmes des six jeunes membres de la Garde nationale morts en guerre contre le terrorisme, ce 8 juillet 2018. 

L’immigration clandestine en Tunisie, ultime cri de désespoir

Plus de 50 corps ont été repêchés au large de Sfax, après le naufrage d’un chalutier à bord duquel auraient embarqué près de 200 personnes cherchant à rejoindre les côtes italiennes (On compte 68 rescapés). L’événement marquant de la semaine en Tunisie est des plus tragiques et pourtant c’est avec une amertume sourde qu’il a été accueilli. Un Etat qui peine à contenter les plus défavorisés et une société incapable de contenir ses maillons les plus faibles ne peuvent que vivre dans un  mélange de défaitisme et d’impuissance pareils drames humains.

L’immigration clandestine des Tunisiens a connu une hausse après la révolution, une courbe basse ensuite et connait, actuellement, un taux des plus hauts. Son mouvement suit le rythme d’une vie politique ayant oscillé entre désordre postrévolutionnaire et stabilité certes transitoire mais lanceuse d’espoir. L’état actuel d’insatisfaction ne laisse transparaître, quant à lui, que flou et incertitude. Les difficultés économiques du pays et leurs répercussions sur le quotidien des Tunisiens ont, en effet,  fini par achever le rêve du lendemain meilleur engendré par le grand changement politique qu’a connu le pays après le départ de Ben Ali.

La Tunisie, exemple démocratique pour la région, se place, désormais en deuxième position après l’Erythrée, en matière de flux de clandestins arrivant en Italie. C’est dire l’état de désolation sociale, la misère économique et la détresse psychologique que  peuvent atteindre certains jeunes pour traverser la mer au risque de leur vie.

Ces mêmes jeunes ont réclamé la dignité dans des slogans lancés, depuis sept ans. Ils ont réclamé du travail, une amélioration de leurs conditions de vie, l’espoir d’un avenir national avec eux et d’une société les incluant au lieu de les mettre en marge. Ils ont réclamé le désenclavement de leurs villes pas très reculées pourtant dans cette Tunisie qui ne fait que 280 Km de large. Ils ont réclamé l’inclusion pourtant possible à plus d’un niveau: politique, culturel, entrepreneurial. Ils ont réclamé une oreille pour les écouter et une volonté pour faire du changement une réalité et non une promesse électorale.

Nombreux sont aujourd’hui les Tunisiens qui pensent que le choix de l’immigration est le choix de facilité pour celui qui n’a pas exploré toutes les pistes dans son pays, que celui qui veut travailler le peut, qu’il faut se contenter de peu au lieu de courir derrière l’espoir du gain facile, que quand on aime son pays, on y reste pour le construire. Mais vraisemblablement, le sentiment d’appartenance ne s’improvise pas, il se nourrit, de jour en jour, de faits anodins pour certains, très significatifs pour d’autres: d’un système social prenant en charge les plus faibles, d’une inclusion réfléchie pour mettre en place la citoyenneté active, d’une présence de l’Etat sous toutes ses formes de représentativité, dans toutes les villes, sans exception ni distinction.

A kerkennah, à 20 kilomètre de Sfax, la République a choisi de se défiler. Le vide a été comblé par l’extrémisme et la marginalisation y a eu comme réponse la défiance. Les conflits sociaux qui y ont eu lieu ont été de véritables bras de fer pour l’Etat. Les conflits avec les forces de l’ordre y ont été si éprouvants que ceux-ci ont fini par se dérober. L’archipel en est devenu une passerelle pour les clandestins, au vu et au su de tous.

Quoi de plus encourageant, quand chez soi tout décourage? L’on sait pourtant, désormais, que les conditions de vie, une fois arrivé en Italie, ne sont pas des meilleures et que le paradis européen rêvé n’est souvent que le début du calvaire. L’on sait la douleur de ceux qui restent et le risque encouru. L’on sait qu’il va falloir souffrir pour survivre, faire des concessions, faire preuve de renoncement, galérer pour y arriver et s’accrocher pour nourrir enfin les rêves de toute une famille par des centaines d’euros envoyées mensuellement pour signifier aux siens que l’on a réussi.

Le risque de mourir dans ces traversées périlleuses est un risque connu de tous car les exemples tragiques ne manquent pas. Pour ces désespérés, jouer le tout pour le tout est la devise. Le rêve italien est vécu, par eux, comme les jeux de chance: la réussite de l’Autre, même si on la sait fruit du hasard, stimulant l’envie de tenter soi-même. Et ils sont nombreux à préférer le mirage d’une vie décente dans un pays d’accueil repoussant à la vie indécente dans une patrie perçue comme une mauvaise mère.

« La Méditerranée engloutit ses enfants », de ce constat on a fait une image poétiquement dramatique. Elle ne l’est pourtant que trivialement. Prêts à mourir pour vivre! N’est-ce pas l’aberration des temps modernes?

 

 

Lettre d’un naufragé en Méditerranée

Je suis parti sans dire au revoir. J’ai pris le large et j’en ai exploré la profondeur. Mon embarcation a fait naufrage… Je ne suis plus des vôtres. Mais l’ai-je jamais été? Oui, c’est moi cet individu que vous ne regardez même pas , ce jeune qui rase les murs, cet étudiant qui a fini par rejoindre sa tribu de chômeurs. Je suis ce fils qui vous disait que son rêve le plus cher est d’envoyer sa mère à la Mecque et son projet le plus ambitieux est d’améliorer la maison de son père.

Je suis ce citoyen qui a rêvé d’une Tunisie meilleure puis qui a regretté Ben Ali. Qui a pleuré pour la démocratie mais qui a pleuré ensuite, peut-être à cause d’elle… Que m’a-t-elle fait la démocratie? Je pose souvent cette question à qui veut m’entendre. Moi que personne n’entend, je passe inaperçu, transparent dans la ville. Celui qui me défend est taxé de populisme. Celui qui me fustige se targue de son réalisme. Je suis l’entre-deux-mondes, le vôtre et le nôtre, le monde des vivants et celui des morts vivants.

Hier, j’ai fugué! J’ai fui cette mère patrie trop dure, sans sentiments, apathique face à ma désolation, insensible à mon ressentiment. Je savais que je pouvais périr. C’était mon seul acte de courage possible dans cette vie qui n’en est pas une. Vivais-je avant de mourir? Posez-vous la question.

Cette mer où vous piquerez une tête cet été, j’ai bu son eau salée jusqu’à en mourir. J’ai vu un instant défiler devant ma mémoire qui s’éteignait les sourires de ma mère qui ne savait pas qu’elle ne me verra plus, de mon père qui a cessé de me regarder tant le poids de mon avenir honteux l’obsède, de mon petit frère qui a continué à me considérer comme son exemple, moi le contre-exemple en tout.

Ma Tunisie, je rêvais de te quitter mais je ne t’ai jamais trahie. Je n’ai pas choisi la voie de ceux qui ont tenté de faire de mon oisiveté un vice extrémiste. Je serais arrivé vivant en Syrie. Mais je ne voulais pas donner la mort. Je voulais vivre. Quitte à en mourir. Je t’ai portée au fond du coeur comme on porte une mauvaise mère: on ne sait pas de quel amour l’aimer ni comment faire pour enfin la haïr. Je savais que tu m’aurais manquée, si j’étais arrivé à l’autre côté de ta rive.

Peut-être qu’aujourd’hui, je ne te manque pas , moi ton enfant le moins glorieux. J’en ai vu d’autres avant moi partir, périr et être oubliés sans que rien ne change. Oui, je voulais que tu saches que les profondeurs de ta mer sont remplies des corps de tes enfants qui, comme moi ont touché, le fond.  Tu peux te vanter face au monde de tes 3000 ans d’histoire et de ta démocratie; tu peux parler de tes jeunes comme parle un politicien de l’intérêt national. Faire de nous un slogan et nous oublier. Tu peux nous pleurer ou continuer à te voiler la face.

Hier, on a repêché mon corps sans vie mais ai-je jamais été autre chose? Oui, j’ai perdu la vie mais en avais-je eu vraiment une?

Vous pouvez toujours m’accabler. Me juger coupable de nuire à l’image de mon pays, moi l’enfant raté qui a tout raté même son départ le plus convoité. Oui, je suis coupable, coupable d’être mal-né, coupable d’être né. Ce monde et ses frontières, ce  n’est pas pour moi! Je ne suis ni à plaindre ni à blâmer. A moi les abîmes de la Méditerranée…

Plus de 50 corps ont été repêchés au large de Kerkennah, archipel tunisien devenu plateforme vers une Europe rêvée. Derrière chaque naufragé, une mère, une famille, une multitude de souvenirs et une histoire tragique… du début à la fin. 

Publié sur Le Monde: « En Tunisie, l’espoir d’une régénération de la classe politique »

La Tunisie sort d’une phase électorale importante sur les plans local et national. Les premières élections municipales d’après révolution, tenues le 6 mai, sont un reflet de sa situation actuelle et un signal pour l’avenir de sa démocratie. Une lecture des chiffres annoncés dans la soirée du 9 mai par l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) permet de décrypter les dernières mutations de la scène sociopolitique tunisienne et ses perspectives d’évolution.

Le taux le plus bas de votants est celui de la cité Ettadhamen, quartier pauvre de la capitale. Avec 18,46 %, le fief de ceux qui se disent mal aimés lance un signal fort aux décideurs. La classe défavorisée, celle qui a crié halte aux injustices sociales après la révolution, celle à qui on avait promis monts et merveilles lors des élections précédentes est en perte de confiance par rapport à la chose politique.

Un désintérêt massif

La raison est certes égocentrée mais en dit long sur le fossé qui se creuse en Tunisie entre les différentes classes sociales. Avec un taux d’inflation à 7,7 % (en avril 2018), une infrastructure vieillissante et le manque de moyens locaux, certains quartiers se ghettoïsent, tant par une dégradation des conditions de vie que par un sentiment de marginalisation croissante des habitants. Démissionnaires du parcours démocratique qui se dresse à chaque étape électorale, les indifférents d’aujourd’hui peuvent être les rebelles de demain.

Avec près de 65 % d’abstentionnistes, les municipales tunisiennes ont été marquées par un désintérêt massif. Pour de nombreux observateurs, ce pourcentage est à l’image de ceux que connaissent d’autres pays à l’ancrage démocratique plus affirmé. C’est la fragilité du modèle démocratique tunisien qui fait pourtant dire à ce chiffre des signaux plus alarmants.

L’engouement du Tunisien pour la chose publique s’est estompé. Ceux qui ont renoncé à exercer leur citoyenneté ont exprimé une volte-face par rapport à la politique, faisant au passage l’amalgame entre une situation politique globale et un scrutin aux enjeux locaux. Pour cause, une frilosité par rapport aux partis en place, rendus responsables des maux sociaux et du statu quo économique. Dans cette démocratie encore jeune, l’esprit citoyen maintenu en alerte est l’un des principaux garants du futur.

Avec 28,64 % des voix, Ennahda récolte près de 516 000 voix. Nidaa Tounès fait, quant à lui, 21 % et 375 000 voix environ. Moins d’un million de voix pour les deux partis les plus forts. Ceux-là avaient fait environ un million de voix chacun, lors des dernières législatives. Quoique chaque enjeu électoral recèle ses propres spécificités, la différence est édifiante. Ereinté par l’exercice du pouvoir et ses querelles internes, Nidaa Tounès, le parti au pouvoir, perd en popularité et en crédibilité.

Une discrimination positive

Quant au parti islamiste Ennahda, son électorat de 2014 a exprimé sa déception par rapport aux promesses du passé. Passée la curiosité de voir émerger un parti prônant des valeurs morales autres dans une Tunisie affaiblie par les mauvaises pratiques, passés la victimisation et le discours religieux habillant celui politique, l’engouement pour Ennahda a connu une baisse remarquable, malgré sa position en tête des partis lors de ces municipales. Les crises de leadership de Nidaa Tounès et la crise identitaire d’Ennahda ont affaibli les deux partis dits forts de la Tunisie. Le constat n’est pas plus glorieux pour la coalition de partis dite Union civile qui fait 6,8 %. La désaffection du Tunisien pour les partis était déjà perceptible. Avec les élections, elle atteint un taux qui doit alermer les décideurs.

Depuis l’annonce des résultats, la Tunisie est prise au piège de débats annexes, reflets d’une pensée pour le moins rétrograde. « Une femme maire à Tunis, cela n’est pas de nos coutumes », a exprimé un des dirigeants de Nidaa Tounès, désavoué ensuite par Hafedh Caïd Essebsi, numéro 1 dudit parti. « Le maire de Tunis doit être tunisien de souche », selon une autre théorie avancée par un des intellectuels de la place. Dans la guerre des oppositions et des coalitions pour les postes de maires, on croyait tout permis. Cela dépasse ce à quoi l’on s’attendait en matière de qualité de débat.

Toutefois, dans ce topo très mitigé se dressent, comme un signe d’espoir, des éléments positifs. Parmi eux, l’engagement des femmes et des jeunes et leur présence sur le champ des batailles à venir. 47 % des membres des conseils municipaux à venir sont des femmes et 37 % de ces nouveaux représentants locaux ont moins de 35 ans. Fruits d’une discrimination positive, ces chiffres pourraient finir par instaurer, à force de pratiques démocratiques, de nouvelles habitudes.

L’émergence de nouvelles têtes d’affiche est, à son tour, l’élément lumineux de ce scrutin. Avec 32,27 % des voix, les listes indépendantes cumulent un intérêt dépassant celui des grandes machines politiques. Ces indépendants sont le fruit d’une forte mobilisation citoyenne se voulant une alternative par rapport à la qualité de l’offre que représentent les partis. Ils forment l’image d’une classe politique capable de se régénérer et d’offrir à la Tunisie un avenir différent.

Pour consulter la source, cliquer ici 

Municipales en Tunisie- 5 raisons pour ne pas s’abstenir

A quelques heures des élections municipales, nombreux sont les Tunisiens qui se disent déterminés à ne pas aller voter ou qui hésitent encore entre le choix, le non-choix et l’indifférence. Cette fébrilité d’avant-vote prend racine dans un contexte de désenchantement ressenti par bon nombre d’entre nous face à la progression des choses, une progression plutôt stagnante entraînée par une classe politique qui a généré autant de déceptions que les promesses qu’elle avait faites. Les promesses électorales n’engageant que ceux qui y ont cru, nombreux sont ceux ne voulant donc pas s’y laisser prendre deux fois.

Pourtant les enjeux sont différents  et chaque vote compte. Voilà pourquoi il faut aller voter dimanche 6 mai:

Parce que Ennahdha s’est mis en mode haut débit: Rached Ghannouchi l’a annoncé dans un rassemblement populaire dans lequel il a exhorté les présents à voter pour son parti: Du wifi pour tous en Tunisie!… Ah non, pas pour tous! Juste pour les régions où Ennahdha sera gagnante. Ghannouchi annonce, sans gêne, pouvoir réaliser cette promesse grâce au « ministre nahdhaoui » (l’expression est bien de lui) des TIC. Etant au gouvernement, Maarouf n’est-il pas au service de tout le pays? Non, sur ce dossier il serait visiblement juste au service d’Ennahdha. La promesse de Rached Ghannouchi en dit long sur la guerre de communication dans laquelle le parti de ce dernier bat à plates coutures ses alliés et concurrents. Pour se démarquer des crédules et pour faire le contrepoids par rapport aux conquis d’avance, si l’on a des penchants autres que pour le populisme- fut-il des plus rusés- , c’est le moment de l’exprimer, bulletin à l’appui!

Parce que la guerre digitale se remet en marche: La manipulation des masses se fait désormais sur les réseaux sociaux et ne se réduit pas au simple travail de terrain. C’est dans la sphère du virtuel que l’on oriente, influe et se permet les propagandes les plus nauséabondes. En cette avant-élections, les pages achetées se réactivent, les vendus de la veille se remettent en fonction. Un air d’appel au vote utile avec une impression de déjà vu. Tout est bon, sur la voie des élections, pour achalander les passants et aguicher les  mémoires courtes. Le choix de la sanction par rapport à ceux qui ont déçu se dit, pour être effectif. Autrement, il correspond à une place cédée à ceux que l’on voulait priver de sa voix.

Parce qu’il y a des personnes honnêtes à encourager: Plusieurs listes indépendantes sont la preuve de l’engagement de nombreux Tunisiens qui ont envie de faire partie intégrante du changement dans leurs quartiers et dans leurs régions, pour la Tunisie. Ceux-là ont choisi d’affronter les puissantes machines des partis et se sont aventurés à les concurrencer et à conquérir les électeurs, avec nettement moins de moyens. Nous avons tous- ou presque-, un nom qui nous est bien connu , sur une de ces listes. Parce qu’il y a de bonnes volontés dans plusieurs de ces initiatives, ne pas manquer le 6 mai est un retour d’égard: c’est une manière de répondre à ces promesses de disponibilité pour la collectivité par une disponibilité de durée très courte, moins contraignante, mais ô combien symbolique.

Parce que dans certaines municipalités importantes le vote est déterminant: La mobilisation est requise. Il n’en découle pas que des choix spécifiques aux zones concernées, mais des enjeux politiques importants. La municipalité de Tunis, à titre d’exemple, serait une bonne clé de démarcation pour Ennahdha qui a choisi d’y faire représenter une femme, Souad Abderrahim. L’on commence à lire des titres vantant les mérites de pareil choix. Certains pensent, en revanche, que, si celui-ci aboutit, ce serait un fait marquant mais ce serait surtout un palier capital de franchi, pour ceux qui ont choisi la politique des étapes. Parce que l’on doit être conscient des conséquences politiques, il ne faut pas sous-estimer la capacité de changement de trajectoire dont est pourvu chaque bulletin glissé dans l’urne.

Parce que la citoyenneté est un devoir et que le silence est un manquement au devoir: Pour que la Tunisie puisse en arriver là, démocratiquement, il y en a qui ont payé de leur vie notre accès à nos droits. Le vote est un de ces droits acquis dans la douleur, il est, de ce fait, un devoir immanquable. La démocratie, en Tunisie, est sur sa lancée, mais a besoin de notre implication à tous, du moins lors des grandes échéances. La démocratie se mérite et notre vote-action est une manière de l’entretenir.

Qui n’a pas vu les paysages de désolation qui jonchent nos rues et ruelles? Qui ne s’est pas aperçu de la décrépitude dans laquelle sombrent nos quartiers? Qui n’a pas envie de croire en un changement vers le meilleur? Si l’on devait y croire un seul jour, ce serait celui-ci: le 6 mai! Nos voix sont déterminantes, les taire est une lâcheté. Choisissons la citoyenneté active!

 

Ces prodiges maghrébins d’une littérature fantaisie

La littérature du Maghreb a ses piliers, mais elle repose aussi sur une nouvelle génération au talent qui, ouvrage après ouvrage, s’impose. Cette nouvelle garde d’une production francophone ancrée dans un contexte géographique et culturel particuliers, innove en styles et en thématiques. Certains ont choisi un champ d’action peu exploré par leurs prédécesseurs : le fantastique, un style innovant pour un lectorat autant en mouvance que l’imaginaire de ses auteurs. Voici une sélection de jeunes écrivains d’Algérie, du Maroc et de Tunisie qui sont une partie intégrante de l’avenir de cette littérature d’Afrique du nord qui se renouvelle.

El Mehdi El Kourti : Ce jeune marocain né en 85 s’est spécialisé dans le polar ésotérique. Un style nouveau qui a valu à l’auteur passionné d’histoire et de cryptographie son titre de « Dan Brow n» marocain.

Anis Mezzaour : Auteur né en 96 en Algérie, Mezzaour est le premier écrivain à se spécialiser dans le style fantastique en Algérie. Sa trilogie romanesque publiée entre 11 ans et 20 ans lui a valu une renommée locale. Son style fluide et ses thématiques fantasques pourraient lui ouvrir les portes d’un succès à l’international.

Mohamed Harmel : Ce Tunisien né en 1982 a cette capacité de transporter ses lecteurs entre l’onirique et le réel, entre le tourbillon de l’imagination et les tourments du tréfonds. Avec une plume maniant, avec habileté, philosophie et fantasy, Harmel a su s’imposer dans le paysage culturel maghrébin comme l’un des jeunes les plus prometteurs de sa génération.

Les incontournables auteurs contemporains tunisiens

Publié dans Les Dépêches de Brazzaville

Parmi les littératures du Maghreb, il en est une qui se distingue par ses piliers contemporains : la littérature francophone de Tunisie. Inscrits dans l’histoire et dans le présent, ces écrivains font la littérature tunisienne. A travers eux, un pan de l’Afrique expose ses spécificités et ses problématiques, son savoir-faire qui se renouvelle et ses malaises qui se perpétuent.

Ali Bécheur

Il est essayiste, romancier et nouvelliste. Virtuose du mot et de l’idée il a publié d’une dizaine d’ouvrages. Becheur plonge ses lecteurs dans sa Tunisie aussi chère que volatile. Se côtoient dans ses ouvrages le mal-être culturel et le bien-être que nourrit le souvenir, parfois obsédant parfois catalyseur d’énergie. Ali Becheur magnifie la présence féminine – même quand celle-ci se fait absence. Sous sa plume le passé et ses figures, dont celle très emblématique du père, se réincarnent, défiant la mort et ressurgissant d’un passé qui, visiblement, ne meurt jamais et qui, entre les lignes de Ali Becheur, renaît.

Hélé Beji

Elle est romancière et penseuse. Ses ouvrages et sa réflexion sont marqués par les thèmes de la femme, de l’appartenance culturelle et de la colonisation. Et de colonisation, Hélé dresse un portrait pour le moins ordinaire. Le plus handicapant étant, selon sa réflexion, l’après décolonisation et l’emprise exercée par la politique ayant suivi l’indépendance sur les êtres et sur l’esprit : le parti unique, la dictature, l’absence de liberté d’expression… Autant de maux que les mots de Hélé Béji traitent, tantôt sur un mode fictionnel, tantôt avec le pragmatisme de la penseuse. La société arabe moderne avec ses problématiques sociales, politiques et culturelles se voit, par cette auteure, savamment étudiée, disséquée, sous la loupe de cette intellectuelle esthète, détentrice, depuis 2016, d’un Grand Prix de l’Académie française.

Fawzia Zouari

Le romanesque, cette écrivaine tunisienne le connait de près. C’est sa propre vie qui en est empreinte. Celle qui a grandi dans la Tunisie profonde, au milieu d’une fratrie de sept enfants, a défié le modeste destin qui lui était naturellement voué. A son actif, près d’une dizaine d’ouvrages et, depuis décembre 2016, le Prix des cinq continents de la Francophonie. Le monde de Zouari qui a fait carrière en France est fémininement peuplé de Maghrébines héroïnes qui ont, notamment, réussi en Occident. Une jolie mise en abyme aux allures autobiographiques.

Gilbert Naccache

Naccache n’est pas uniquement écrivain, il est aussi militant. C’est dans la difficulté de son parcours que l’écrivain puise la grandeur de son œuvre; dans sa vie qu’il relate, dans sa propre souffrance, dans ses espérances patriotiques. L’œuvre de Naccache, c’est sa vie qu’il revisite à travers les mots. Une vie tumultueuse d’opposant politique qui n’a pas encore baissé les armes.

Azza Filali

Cette romancière, essayiste et nouvelliste brode, sur le quotidien, fictions et personnages. Par l’alchimie de sa plume, le prosaïque s’en trouve transformé et la «Tunisianité» littérairement ré-explorée. Les problématiques auxquelles sont confrontés les personnages de Filali sont ceux de la Tunisie moderne. Philosophe et médecin, Azza Filali décompose sa société pour la recomposer à son rythme, à sa manière pour en dresser la plus fidèle des images et peut-être enfin la dompter.

 

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