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Iamque non umbratis fallaciis res agebatur, sed qua palatium est extra muros, armatis omne circumdedit. ingressusque obscuro iam die, ablatis regiis indumentis Caesarem tunica texit

Moi aussi, j’ai regardé l’enquête destructive, sur M6

Depuis dimanche soir on ne parle presque que de M6 et de l’émission qui y a été consacrée à la Tunisie. L’enquête exclusive de Bernard de la Villardière a été très suivie. Elle a été précédée par un teasing efficace, tenant en haleine un Tunisien qui n’en sait que trop peu sur son Histoire politique proche. On nous avait promis de révéler des secrets, de montrer les dessous cachés des palais présidentiels, de dévoiler enfin les magouilles financières tournant autour de Ben Ali et des siens… On nous avait promis des scoops. Et du scoop, il n’y en eut point !

L’effervescence de l’avant-diffusion a été suppléée, aussitôt que l’émission a commencé, par une effervescence différente. Sur les réseaux sociaux, nombreux sont les indignés. Car tout au long de son parcours houleux sur la voie d’une démocratie semblant des fois déjà tracée, la Tunisie a connu nombre d’événements qui auraient mérité l’intérêt des médias français, ce pays voisin ayant une certaine influence et dont les différents organes de presse ont, ici, un public assidu. Que l’intérêt se porte sur la Tunisie, à la veille de ses élections législatives et présidentielle, a, donc, laissé perplexes. Cet intérêt conjoncturel ne peut, aux yeux de nombreux observateurs, être le fruit du hasard. Mais d’autres diront que l’émission avait commencé à être faite en janvier, que sa programmation à deux semaines des législatives n’était que pure coïncidence.

On a donc pensé à un reportage payé par notre présidence de la République. La deuxième partie du reportage ayant sorti en vedette le président tunisien Moncef Marzouki dont a été dressé le portrait d’un homme atypique « car ne portant pas la cravate », détaché du faste présidentiel comme « d’un décor de théâtre » et vivant son séjour au palais de la présidence comme « un séjour en pensionnat ». De Moncef Marzouki on n’évoquera, même pas à demi-mots, la moindre critique, la plus subtile controverse, la plus fine réplique en réaction à des attaques ciblant ce qu’il désigne comme « les extrémistes laïcs », dans un pays où l’islamisme virulent a déjà fait des morts… De lui comme d’Ennahdha on ne dira que du bien, faisant ainsi, dans un manichéisme simpliste, de la Troïka ayant été aux commandes de la Tunisie après la révolution, l’antithèse de la dictature et de ses hommes de main auxquels l’émission devait être consacrée.

Des progressistes on verra un bar, quelques femmes et un bébé et on ne retiendra qu’un « degré zéro » dans les affirmations et dans les questions : A la cliente d’un bar, on demandera où se trouve le mari. A une artiste, on demandera si elle n’est pas interpelée par les garçons car elle ne porte pas le voile, à une militante on demandera si on ne la dérange pas non plus parce qu’elle ne se couvre pas la tête. Les réponses étaient tout aussi niaises et décalées par rapport à notre réalité. Sur ce qui manque actuellement à la Femme tunisienne, on répliquera : la liberté sexuelle. Par rapport au port du voile et à l’augmentation du nombre de femmes l’ayant choisi, on répondra que c’est un phénomène en marche active à travers les hommes qui y obligent leurs sœurs et épouses. Que de généralités, que d’exceptions par le biais de certains intervenants devenues règles générales !

Ce qui a été contesté ce n’est pas que le fait d’avoir traité avec égard certaines composantes influentes de la classe politique tunisienne comme Mehrezia Laâbidi ou Moncef Marzouki, mais de les avoir traités avec un égard quelque peu exagéré. Occultant totalement leurs déboires, ne faisant pas du tout état de tout ce qu’on leur reproche, ne daignant même pas rappeler qu’entre la dictature et l’après-dictature, il n’y a pas de héros, mais des tentatives, souvent échouées, d’en être. On a reproché, à certains esprits critiques, la critique même du produit télévisé diffusé sur M6. Des cris au scandale venant de ceux-là mêmes qui reprochent au journalisme tunisien de ne pas aller davantage vers l’investigation. Or, mise à part la traque de Belhassan Trabelsi, tout ce qui a été diffusé ne semble pas avoir fait l’objet du moindre effort dans le traitement de l’information : tout ce qui a été avancé par les intervenants a été pris pour argent comptant ! Des fausses données ont mêmes été remarquées. Evoquant les citoyens sortis chasser Ben Ali un certain 14 janvier, on diffusera, parmi les vidéos illustrant les propos de la voix off, une vidéo filmée lors de la manifestation ayant suivi l’assassinat de Chokri Belaïd, ce politicien mort par balles non pas sous la dictature, mais à « l’ère nouvelle ».

Si l’argument considérant cette enquête exclusive comme une commande a été mis en avant, c’est que Bernard de La Villardière, en Tunisie, n’est pas de ces journalistes-producteurs qu’on ne voit qu’à l’écran. En effet, son nom avait été vu dans le Livre noir, cet ouvrage publié par la présidence de la République et répertoriant les journalistes ayant collaboré à la propagande de Ben Ali. Ce livre controversé, car portant atteinte à l’honneur et à la réputation de ceux qui y ont été listés répertorie ceux qui auraient été payés pour écrire des articles élogieux pour Ben Ali, faire des reportages « sympathiques » sur la Tunisie, vanter le pouvoir du président déchu…

Le Livre noir avait-il vu juste en ce qui concerne De La Villardière ? Le numéro d’Enquête exclusive de ce dimanche était-il un publi-reportage ? Sa diffusion correspond-elle à un agenda politique en relation avec la campagne électorale ? Ou le tout était-il pur hasard? Qu’importe ! Le coup est parti ! Et au vu des réactions et de l’audience en nombre, l’impact semble être atteint : les avis divergents et ô combien tranchés, d’un côté comme de l’autre, l’attestent. Et, comme une plaie encore mal cicatrisée, la scission entre les Tunisiens refait surface. Adoptée déjà par Moncef Marzouki dès son investiture, lors d’un discours qui demeure encore controversé, cette volonté de diviser les Tunisiens va outre les lois en vigueur : lois régissant la campagne électorale, travaux de l’ANC ayant abouti à la non-exclusion de parties qui ont collaboré avec Ben Ali du processus électoral en marche, éthique imposant le respect de ses adversaires politiques et celle imposant la consécration de l’unité dans la gestion du pays, à une époque difficile par nature.

Alors que la dictature y était bien installée, très peu étaient ceux qui se sont intéressés à la Tunisie, qu’ils soient politiciens, dirigeants politiques ou journalistes étrangers. Comme elle a fait l’objet d’un fonds de commerce pour certains pseudo-militants, comme elle est la vague sur laquelle continuent à surfer, trois ans après, les adeptes du « révolutionnisme » revanchard, la dictature est, aujourd’hui, encore bonne à évoquer. Car elle ramène du chiffre, car elle concrétiserait l’influence sur un parcours démocratique incertain, car elle rapporterait gros, tout comme cela était le cas sous le règne de dictateurs… pareil mais autrement !

Le marché aux candidats a commencé sur nos écrans

Vous avez sûrement déjà vu le bal des candidats à la présidentielle se faisant filmer aux portes de l’ISIE en flagrant délit d’opportunisme. Voici venu le temps des têtes de liste! Ils défilent, depuis quelques jours, sur nos deux chaînes nationales, dans le cadre des séances d’expression directe pour les législatives. Au programme : langue de bois à outrance, bafouillage par endroits, hésitations et amateurisme à volonté.

Un exercice de style a été imposé aux candidats ambitieux : parler devant une caméra ! Durée du calvaire : 3 minutes. Cela a donné des perles qui pourraient faire l’objet d’un bêtisier hilarant et cela fait le tour sur facebook, buzze et fait rire, pathétiquement.

Ce grand oral auquel se sont soumis nos politiciens- souvent en herbe- s’avère être très efficace. Car on a beau bien porter la cravate, avoir les épaules larges, se mettre en affiche sous son profil le plus valorisant, arborer le plus aguicheur des sourires, il suffit d’entrouvrir la bouche pour que les pires failles émergent.
Sans être ségrégatifs, pourquoi voterions-nous pour un candidat au lieu d’un autre ? L’expérience a montré qu’il ne faut pas élire un candidat sur la base de son appartenance partisane. Le candidat en question peut, en effet, changer de bord, quitter son parti et en intégrer un autre. Comme on changerait de chemise, il serait capable, à l’instar de nombre d’élus de l’ANC, de changer de parti.

On nous appelle à voter abeille, aigle, poisson, œillet, lunettes, palmier, ampoule, enveloppe…. On nous fait de drôle de shows télévisés tous les soirs, on nous fait beaucoup de promesses. Les yeux rivés sur leurs notes, beaucoup de têtes de liste, candidats à l’assemblée nationale, semblent être incapables de nous présenter, les yeux dans les yeux, même par écrans interposés, ce qu’ils ont préparé pour nous. Et ils nous font des promesses ; des promesses souvent en inadéquation avec notre réalité, coupées de nos attentes et se contentant de flirter avec nos rêves les plus fantasques sans aucun souci de leurs faisabilités.

Il faut savoir que beaucoup de têtes de liste sont des politiciens en herbe. Des hommes d’affaires au portefeuille bien garni, des individus aux égos en quête d’une gratification nationale, des opportunistes aspirant à un gain facile, des scélérats cherchant à avoir l’immunité s’évertuent à nous faire pencher vers eux. Ces candidats à qui l’on devrait dire « sois candidat et tais-toi ! » se font plus remarquer que les politiciens confirmés, ceux dont on ne voit plus les performances dans le flux débordant de médiocrité.

Trois minutes pour se présenter, trois minutes pour nous charmer, trois minutes pour un siège d’élu, un salaire tentant, une immunité et un certain pouvoir. Un speed dating préélectoral nous mettant face à un jeu de mauvais acteurs voulant nous faire croire (pour beaucoup, pour ne pas généraliser et en offusquer la sincérité de certains) que seule l’ambition de nous servir les guide. Et ça s’entoure de slogans, d’affiches, d’offrandes, de tables rondes et d’équipes com, et ça s’enfonce dans une démesure qui n’a d’égal que l’ambition outrageuse de ceux qui rêvent de pouvoir, une démesure nous rappelant que derrière elle se cache, dans bien des cas, les pires des banalités. Une démesure nous prouvant que, comme le dit l’adage, l’habit ne fait pas le moine. Ben Ali avait tout compris en optant pour le choix d’être un président en mode muet. Parlant très peu à l’écran et en public, il s’était fait respecter, entre autres, par un silence qui lui prêtait un semblant de charisme ; charisme qui fait défaut à nos apprentis politiciens que les règles de l’offre et de la demande ont mis à nu.

Nous en sommes encore au stade où l’on peut décider, où l’on a le pouvoir de choisir ceux à qui sera donné le pouvoir. Pour arriver à nous représenter ou même à nous diriger, la caste politique défile devant nos regards de téléspectateurs-citoyens-électeurs hébétés par tant de médiocrités, de mensonges débités, de jeux de bras, de main et de langues fourchues, de démagogie, de trivialité et de silence. Parce qu’il y en a qui étonnent aussi par leur silence…

Encore deux mois, au moins, que durera le jeu des chaises musicales, les dès sont pipés, entend-on, et, pourtant, il faudra les supporter, ces têtes de candidats nous disant tout sauf la vérité. Est-ce si dur de dire : oui je me présente, parce que j’ai une ambition à satisfaire ? Le jour où on aura trouvé le candidat capable d’assumer pleinement ses choix et susceptible de ne pas nous prendre pour des cons, on aura trouvé notre homme providentiel. En attendant, tentons de trouver du bon dans le mauvais, de chercher, même par dépit, celui qui sera le moins pire et de ne surtout pas se dire que le meilleur est de ne pas voter.

Nous sommes les dindons de la farce !

Il y a quelques jours, Mezri Haddad, écrivain et ancien ambassadeur de Tunisie auprès de l’Unesco, est passé sur une de nos chaînes à forte audience, après des années d’interdiction indirecte ou d’abstention volontaire d’antenne. Celui-ci avait désigné les Tunisiens sortis crier leur colère contre Ben Ali de hordes déchaînées. Trois ans après, Haddad refuse de s’excuser aux Tunisiens, leur demande, lui, des excuses et finit par lâcher une deuxième insulte, une troisième après celle spécifiant qu’il n’y a plus d’hommes dans le pays. Après avoir mis en doute la virilité de notre gent masculine, celle politicienne spécialement, Mezri Haddad a assimilé le peuple à du bétail, des ânes plus particulièrement, des ânes qui braient pour être plus précis.

Brayons-nous ? Oui, quotidiennement à cause de ces politiques qui nous font des coups en vache régulièrement. Sommes-nous des ânes ? Les prochaines élections nous le diront. Du bétail, le sommes-nous un peu ou un peu trop? Beaucoup le sont au vu de la précampagne qui se prépare et qui mobilise un peu de convaincus et beaucoup d’autres qui le sont nettement moins. A ceux-là on stimulera le réflexe pavlovien et ils donneront, en réponse à la promesse de récompense du premier venu, une série d’applaudissements, un yoyo strident, voire une croix cochée dans une liste.

Ce peuple en phase de domptage difficile se débat contre la mise en cage qu’on lui propose et cette manière de lui faire miroiter le danger qui le guette par derrière pour le faire avancer là où on voudrait qu’il aille. Quant aux médias, il en est qui se positionnent en ce moment en proies qu’on chercherait à abattre ou en renards ayant trouvé la brèche, en suiveurs, en têtes de troupeau ou encore en bêtes de foire. Lorsque Bernard Kouchner, la même semaine écoulée était dérangé par les questions du journaliste qu’il avait en face de lui, il lâcha, sur le même ton dédaigneux et arrogant de notre Mezri Haddad national, un qualificatif d’une autre époque. Ces « hyènes dactylographes », lancé par le politicien français à l’égard des journalistes, avait servi aux soviétiques pour qualifier Jean-Paul Sartre dont les idées dérangeaient.

Quoique très éloignés de la théorie ayant fait de Sartre « un chacal à stylo », nous ne sommes pas si loin de ce type de dénigrement cherchant à exclure, de quelque manière que ce soit, les moins dociles. Au sein du secteur de l’expression relativement libre, ont été écartés les chroniqueurs les plus virulents, croulent sous les procès ceux qu’on aura perçus comme les plus insolents, intimidés sont ceux qui peuvent l’être et mis dans la ligne de mire, ceux que l’on voudrait voir se taire, d’eux-mêmes de préférence ! Nous vivons en cette période surréaliste, d’élite sangsue, puisant dans le sang de ceux qu’on a dû abattre sa possibilité de mutation. Nous vivons en cette période surréaliste, d’une nouvelle race de bêtes de la politique, les « politichiens » !

Ces meutes n’ont souvent en tête que l’attaque, celle visant à mettre à bas leurs proies. Chiens enragés du système qui change au gré d’on ne sait quoi, ça aboie sur les plateaux, ça saute sur tout ce bouge, ça mord, ça griffe, mais ça remue la queue dès que le maître approche et ça se trémousse sur les pieds de celui qui tend la gamelle.

Et entretemps ça bêle de partout. Ca se suit vers une date fatidique, comme un troupeau ; la tête en bas, suivant son berger à la tête souvent dans les étoiles. Parmi ce peuple devenu chèvre par tant de cravaches acharnées, il y a ces moutons de Panurge qui se jetteraient à la mer, si leur guide le leur disait. Il y a ceux qui suivent leur joueur de flûte se targuant d’être l’exterminateur des rats. Et il y a les rats. Nous reste juste le choix, comme dirait un sage qui se reconnaîtra, entre la peste et le choléra. Et ça rôde guettant le moindre de nos faux-pas, à bord de cet arche de Noé qui risque de prendre l’eau. N’est-il pas temps de cesser d’être les cobayes d’un laboratoire démocratique expérimental, d’arrêter les singeries et de prendre enfin gare au gorille ?

Ces 69 candidats qui ne pensent qu’à ça!

Je le veux beau, portant élégamment la cravate, pouvant charmer sans l’être, à son tour, à tout-va. Je veux qu’il me dise que tout va mal, quand ça va mal et qu’il fasse en sorte que ça aille mieux, quand cela s’impose. Je veux qu’il soit imposant, pas dur au point d’être cassant, mais pas trop mou afin de se faire respecter. Je veux qu’il soit respectable et pour cela il faut qu’il soit honnête, non pas d’une honnêteté démagogique mais d’une honnêteté futée. Ayant assez de lucidité pour comprendre que les chaussures et les chaussettes vont de pair et pour savoir que quand on n’a rien à dire, le mieux est de se taire.

Je veux qu’il soit intelligent, d’une intelligence « canalisée » visant à cibler le meilleur et non d’une intelligence perfide cherchant le meilleur pour soi et oubliant que servir les autres est le mieux qu’il puisse faire. Je veux qu’il pense aux autres comme on penserait à soi. Qu’il se projette en eux, en s’oubliant, mais en n’oubliant pas non plus de prendre soin de lui. Je le veux en pleine forme, pas malade, pour ne pas être fatigué dès la première semaine, pas fatigué pour tenir vivant pendant cinq ans au moins. Son âge ? Qu’importe ! Il faut qu’il ait l’âge de comprendre que tout se mérite, y compris la réussite. Il faut qu’il soit déterminé et pouvant gérer les situations les plus déterminantes, capable de tenir tête aux plus têtus et de se racheter aux yeux des plus déçus. Je le veux avec le regard qui brille et la verve qui éblouit, capable de convaincre les réticents et de gagner davantage la sympathie de ceux qui l’avaient trouvé juste satisfaisant.

Je le veux gentil au regard tranchant, touchant, oui mais, à la fois, puissant. Puissant, mais pas froid. Chaleureux, mais sans être trop accommodant. Qu’il ne soit pas trop « normal », comme ça se fait ailleurs, mais qu’il ne soit pas non plus anormal, comme ça se fait chez nous. Je le veux de chez nous, pas les «chez nous » venant d’ailleurs, qui sont d’ailleurs tout aussi chez eux ici que nous. Mais d’ici ! Connaissant la fin de mes blagues, saisissant le sens de mon second degré, maîtrisant au plus haut degré mon langage, comprenant même mes mimiques. Je veux qu’il sache s’arrêter quand il voit disparaître la flamme dans les yeux. Qu’il disparaisse avant qu’on ne l’oblige à dire Adieu. Ah oui ! Je veux qu’il pense à Dieu, en pensant à nous ! Pas le dieu de ces fanatiques impuissants devant la modernité, mais ce Dieu tout puissant, différent pour chacun mais disant qu’en chacune de nos actions, il y a une part de divin. Je le veux sobre avec la tête sur les épaules… les épaules larges, aussi larges que son esprit, aussi solides que ses nerfs.

Je ne le veux ni nerveux, ni colérique, ni hystérique, ni schizophrène, ni versatile, ni dépressif, ni excessif… En rien ! Surtout pas en dépenses ! Je le veux économe, mais pas avare, faisant preuve de largesses, mais dans la limite des budgets serrés ; qu’il sache serrer la ceinture ! Ceinture rouge ou noire de préférence, maniant les armes, sans être un vagabond, sécurisant sans être étouffant. Je ne le veux pas borné, jaloux comme un amant sans confiance, pieux d’une piété voulant dompter l’Autre. Je veux qu’il sache accepter l’altérité, en ayant assez de personnalité pour savoir, apprécier et faire apprécier qui il est et d’où il vient. Je veux savoir d’où il vient, connaître son CV, son passé, ses secrets. Je veux un historique blanc comme neige, mais je ne veux pas d’un bleu. Qu’il ait de l’expérience ! Oui c’est mieux pour l’avenir qu’il ait un passé glorieux.
Près de 70 prétendants et juste un siège à pourvoir ! Alors, oui, je suis exigeante ! Exigeante, parce que je sais la valeur de ce bulletin que tu mettras dans l’urne. Oui je suis exigeante à l’image de ce que je suis : La Tunisie!

Article repris par Courrier international http://www.courrierinternational.com/article/2014/10/02/je-veux-un-president-qui-pense-aux-autres

Rentrée oblige !

Ils sont nombreux à faire leur retour, en ce moment, sur la scène publique. Des revenants d’outre-mer et d’autres presque d’outre-tombe envoyant leurs messages de détresse à un peuple qui ne se retrouve toujours pas, trois ans après. Rentrée oblige, voire élection oblige les vétérans du système Ben Ali font leur coming back, loin des slogans qui les avaient diabolisés, au lendemain de la révolution, loin de la hargne populaire, loin de l’acharnement politique devenu fonds de commerce pour des partis politiques ayant placé ailleurs, désormais, leurs centres d’intérêt.

Kamel Morjane, Mondher Zenaïdi, Abderrahim Zouari, … autant de noms qui s’étaient faits discrets un certain temps et qui réinvestissent, en ce moment, les devants de la scène. Refoulés par le peuple, il y a de cela peu, dénigrés, lors des manifestations, diabolisés par des partis et autres groupuscules « révolutionnistes », nous parvenaient d’eux très peu d’information. C’est que leur nouvelle vie, en deçà du piédestal ne nous intéressait pas beaucoup, nous qui étions dans les tréfonds de la morosité politique et économique.

Kamel Morjane, resté en Tunisie après la révolution et ayant retrouvé une activité politique, promptement, loin de tout encombre judiciaire avait pourtant fait profil bas lorsque les circonstances l’exigeaient. Il est pourtant un de ceux qu’on entend le plus, en ce moment. L’ancien ministre de la Défense de Ben Ali, a attaqué, pas plus tard qu’hier, Kamel Jendoubi, ancien dirigeant de l’ISIE, a accusé l’ancienne instance ayant eu en charge les élections de fraude et, par déviation, a taxé Maya Jeribi d’usurpation. Le ministère public a décidé, d’ailleurs, l’ouverture d’une enquête concernant les déclarations de l’ancien ministre de la Défense.

Kamel Jendoubi, lui, n’est pas un cacique de Ben Ali, mais un de ses opposants. Il est un militant de longue date qui a gagné ses galons, après la tenue des élections de 2011. Il s’est imposé en tant que figure importante de la période transitoire, tant son effort a été salué de tous. Ce Kamel s’est manifesté, pas plus loin qu’hier, pour dire qu’il en soutient un autre à la présidentielle, à savoir Mustapha Kamel Nabli. Cela lui a valu un tacle du candidat Morjane qui a mis en doute son intégrité et la fiabilité de son œuvre un certain 23 octobre 2011. L’ancien président de l’ISIE a qualifié, aujourd’hui, de graves et d’irresponsables de telles accusations qui, quoiqu’arrivant avec trois ans de retard, révèlent l’étendue de la nébuleuse guettant la transition démocratique en pipant les dés. La guerre des poulains semble bien entamée !

Kamel Letaïef, figure politique ou simple épouvantail qu’on évoque pour faire peur, au commun des Tunisiens, du régime déchu qui risque, à travers lui, de ressusciter ? L’homme d’affaires le plus sollicité de Tunis, celui maîtrisant le moindre rouage du système de ce pays, dit-on, n’a rien eu à se reprocher avec la justice ou alors trop peu. Aucune charge n’a pu l’éloigner de la vie publique. C’est que dans cette vie politique où il est acteur par biais, il exercerait son plus grand hobby, à savoir le lobbying. Le mentor de Ben Ali serait devenu celui de Mustapha Kamel Nabli et se serait attiré, de ce fait, la foudre des détracteurs de cet ancien gouverneur de la Banque centrale de Tunis et du système qu’il incarne.
En attendant qu’on finisse de s’entretuer à coup de déclarations à la presse, ailleurs, d’autres font leur rentrée autrement. Comme un Mondher Zenaïdi retrouvant la Tunisie qu’il a quittée, il y a de cela trois ans. Celui qui a été accueilli par des centaines de citoyens, a dû bien déchanter, en trois jours, en voyant ce que devient la Tunisie, trois ans après : un véritable champ d’après-guerre que les cabales pour le poste ont dévasté.

Et parce qu’entre anciens, on se soutient, Abderrahim Zouari, ministre de Ben Ali, dans une autre vie, et actuellement candidat du Mouvement Destourien à l’élection présidentielle soutiendra, sur Facebook, son vieux voisin de table de conseils ministériels, Mondher Zenaïdi. « Il s’agit d’une opportunité que le peuple tunisien nous accorde et nous devons être au rendez-vous, comme l’ont toujours fait les Destouriens, faisant placer l’intérêt de la patrie au-dessus de toute autre considération, car votre place naturelle est parmi nous », lui a-t-il écrit en guise de message d’accueil le jour de son grand retour en Tunisie.

Après la discrétion, voici venu le temps des clashs entre clans. Pro Nabli, anti Nabli, clan Letaïef, missionnaires de Ben Ali… les appartenances affichées et cachées divergent et le but est le même : le pouvoir ! Pendant qu’eux font débat, dans un camp moins dispersé, on travaille en silence et on finit l’ouvrage judicieusement commencé. La première pierre de leur édifice ayant été la loi anti-exclusion. « De la vie que je t’offre, je ferai ta perte et celle de ton camp », les entendrait-on presque dire. Progressistes, dîtes-vous ?! Oui, progressistes jusqu’à la dégénérescence.

Botox, pédophilie et goujaterie en course à la présidence

La course à la présidentielle est ouverte, depuis hier. Les premiers à s’y être inscrits sont Hechmi Hamdi et Larbi Nasra. Les autres candidats en lice, même les opposants de longue date, n’en ont pas fini de parachever les détails de leur projet d’avenir. Collecter les signatures auprès des élus ou des citoyens, faire les dernières retouches à leurs programmes médiatiques et politiques, prendre les devants, en se choisissant, sur l’échiquier politique, des alliés, assurer ses arrières pour se protéger de ses ennemis ; consensus, guerres internes, désaveux, de quoi s’emmêler les dossards… A vos marques, prêts, partez !

Alors que d’autres figures politiques novices et confirmées en ont à peine fini de s’entretuer pour figurer en haut des listes électorales pour les législatives, d’autres entament, tout juste, le dernier sprint vers Carthage. C’est que le trophée, à l’arrivée, est assez tentant quoique le passage d’Ennahdha par le pouvoir ait réussi, quelques années après, à vider le poste présidentiel de ses prérogatives et à le dénuer de son aura. Certains espèrent redonner à la présidence sa grandeur en l’investissant, d’autres espèrent y puiser le pouvoir nécessaire pour accomplir leurs desseins ou ceux de ceux qui les y propulsent.

Parmi les candidats, il y a des anciens ministres. Ceux-là sont les plus expérimentés dans l’art de gouverner, de s’entourer et de diriger une structure élargie de collaborateurs et, accessoirement, de concitoyens. Cependant, ceux-là ont un discrédit de taille : Le président de 2015 n’est pas celui de l’avant 2011 et le peuple, à son tour, a bien changé. Pourra-t-on donc faire du neuf avec du vieux, toute allusion à l’âge étant mise à part ?
Il y a aussi ces politiciens de la nouvelle vague, ceux qui ont pratiqué la politique, mais en théorie et qui, après la révolution, se sont inscrits dans la mouvance de ceux qui veulent sauver la Tunisie, un projet facile à dire et dur à mettre en place. Moins facile aussi est d’en convaincre des électeurs blasés par la politique du « ça ira mieux demain ».

Entretemps et en attendant ce lendemain meilleur qui tarde à venir, c’est une classe politique qui se démarque par sa goujaterie qui investit la scène. L’invasion des « bleus » en politique a atteint des proportions telles que l’on compte comme candidats, les Hechmi Hamdi , Bahri Jelassi, Leïla Hammami, Larbi Nasra… Autant de « politiciens du dimanche » qui ont envie d’apprendre la politique en dirigeant tout un peuple et d’affûter leur connaissance de la Tunisie, pour ceux qui en vivaient loin, en en étant aux commandes. Parmi ceux-là, l’on retrouve des figures aux atouts souvent artificiellement grossis et aux égos, outrageusement surdimensionnés.
Beaucoup de bruit, en somme, autour de candidats au profil incongru et peu de candidats avec une certaine « normalité ». Car la normalité, en ces temps où vie privée et vie publique se chevauchent, n’est pas d’être conforme au groupe, d’avoir ses mêmes craintes et de se soumettre aux mêmes contraintes que lui, de se distinguer en bravant les codes et d’afficher ses goûts en matière de choix de voiture ou encore de théoriser sur l’âge de mariage des fillettes, ce n’est pas de chanter à la télé, ni d’exhiber son excentricité. Le charisme politique et l’aura présidentielle, et les contre-exemples en Tunisie et bien ailleurs l’ont prouvé, ne sont pas le fruit de la normalité ostentatoire, ni de l’extravagance frappante.

Comme se présentant à un concours de miss, tous espèrent arriver premiers à cette course à la présidence. Une course à en perdre haleine pour conquérir la belle et s’improviser président d’une Tunisie en mal-être que les promesses d’avant-élections ne sauront plus convaincre. Combattre la pauvreté, instaurer la sécurité, accomplir ce que voulaient les martyrs… même le pire cabotin aurait compris que la démagogie est, ici, passée de mode.
Le désir de certains de voir renaître une dictature susceptible de canaliser le flux de démocratie qui nous submerge, la politique des « sans politique », cette soif de liberté enfin assouvie et déjà suffocante, sans l’emploi promis, sans l’argent qu’on en gagne, sans le brin de dignité qui va avec … Tout cela amènera des votes par dépit et des désistements par milliers. Tout cela amène déjà ces politiciens du troisième type et fait que la Tunisie sortira haletante d’une course pour le poste aux allures de course poursuite.

N’avaient pas menti Moncef Marzouki et autre Sihem Badi quand ils parlaient de gâteau à partager en évoquant, dans une parabole aussi triviale que révélatrice, la Tunisie. A voir la gloutonnerie de ceux qui s’attaquent à un morceau bien plus grand que leur bouche, l’impudence de ceux qui tiennent des discours flirtant avec l’indécence, l’indécence de ceux qui ne savent pas tenir un discours, la suffisance de certains candidats et d’un peuple qui, au nom de la démocratie ne les discrédite toujours pas, l’on ne peut que serrer les coudes en espérant que, sur la ligne d’arrivée, ce soit le meilleur qui gagne.

Mon bébé chinois

Ils sont 69 à se disputer un siège ! Un siège à l’ANC vaut cher, en marketing politique, en argent investi et en bulletins dans l’urne. 69 de toutes parts venus, de droite, de gauche, d’en haut et d’en bas, en avant toutes ! Un siège vaut cher en popularité pour certains, en puissance pour beaucoup, en revenus pour quelques autres. Ils sont issus de tous les bords politiques, des partis, de leurs coalitions, de leurs agents, anciens ministres, sportifs, chanteurs, hommes d’affaires… tous se concurrencent pour un jeu de chaises musicales où seuls eux jubilent. Quant au reste du peuple, le plus concerné par la chose, il serre les poings, en attendant que la politique devienne moins folle, que le politique s’assagisse et retrouve la raison, celle qui ferait primer la patrie au dessus de l’ambition, de l’ego et du projet purement partisan.
En tête de liste l’on placera sa meilleure façade, son candidat le plus éloquent, le plus virulent sur les plateaux, le moins grillé publiquement, le plus fort en promesses, le plus crédible en mensonges, le plus riche et le plus généreux. Rude est la concurrence et dur est le choix ! Pour l’électeur l’on simplifiera l’affaire : il faut voter pour le vélo, pour la paire de lunettes, pour l’ampoule, pour le palmier, pour l’œillet… nous prend-on pour des abrutis ? Le sommes-nous, un peu? Les prochains scrutins le diront. En attendant et en l’absence de sondages susceptibles d’aiguiller les plus avertis et d’influencer les plus crédules, la question qu’on se pose est incontestablement : pour qui voter ?

Pour qui voter quand on ne se reconnaît pas dans l’ancien député qui a trop parlé pour ne rien faire au final? Est-ce raisonnable de refaire confiance à ceux qui ont échoué, quoiqu’ayant finalisé la constitution ? Voter donc pour qu’un élu sortant-entrant continue à nourrir ses projets de carrière politique de l’argent du contribuable et s’attendre à ce qu’il réussisse là où il a lui-même échoué ?
Pour qui voter quand on ne se reconnaît pas dans les anciens ministres ? Ils n’ont rien fait de concret à part percevoir des salaires en se faisant passer pour des spécialistes indépendants. Ils se sont avérés être des taupes dans un système qui les avait cru sur parole et ils reviennent publiquement en politique sous des houlettes partisanes.

Pour qui voter quand on ne se reconnaît pas dans les novices en politique ? Oui, nous avions élu des novices en 2011 mais des novices, nous l’étions aussi et nos choix d’hier ne peuvent plus être ceux de demain. Tout populisme mis à part, le rendement d’un Kassas ou d’une Toumia nous aura définitivement prouvé que la politique n’est pas donnée à tout le monde, quand bien même M. Tout le monde serait-il bien disposé à en faire son gagne-pain.

Pour qui voter quand on ne se reconnaît pas dans ces nouveaux néophytes d’un autre type ? Ces hommes d’affaires que l’on sort du chapeau, à qui l’on fait les poches et dont on lècherait les bottes pour les faire apparaître en tête d’affiche ou en remplacement de têtes d’affiche refoulées. Politiciens en herbe aux nerfs d’acier, ces « infiltreurs » du système proposent un jeu gagnant-gagnant : oui, à ce niveau, l’apport pour l’économie est plus susceptible de venir de ceux qui connaissent bien les besoins de ce secteur, mais ceux qui en connaissent les rouages sont les plus à même de tirer un maximum de profit indirectement en devenant législateurs, juges et parties.

Pour qui voter, bon sang pour qui voter ? Pour Ennahdha qui a tout de même eu sa chance en matière de majorité? Pour Nidaa qui prône le patriotisme et qui a tout de même préféré faire cavalier seul ? Pour l’UPT dont le nom n’augure rien de bon et qui a le mérite après tout d’avoir prôné l’unité face à un projet opposé au sien ? Pour Wafa ou pour le CPR qui sont encore incapables de passer outre le passé, encore en plein « délire » de vengeance, trois ans après? Voter pour ces petits partis qui rêvent de devenir grands ou pour ces grands qui se sont avérés être trop petits ?Trop petits pour mériter nos votes, trop petits pour la Tunisie.

Oui mais pour qui voter ? Le vote de 2011, nous avait confrontés à une part de nous-mêmes que nous ne connaissions que trop peu. Comme si l’on avait accouché d’un bébé chinois, beaucoup avaient du mal à se projeter dans un législateur barbu ou prenant sa légitimité de Skype. Les élections de 2014, nous montreront que, trois ans après, un second essai dans l’exercice concret de la démocratie peut faire naître un bébé à la « race » inattendue… car le fruit d’un accouplement contre-nature, du Tunisien avec la diversité.

Tunisie – Du tourisme de masse au coup de massue

Un des principaux atouts économiques tunisiens, en l’occurrence le tourisme, pâtit depuis les changements politiques des dernières années d’une instabilité politique qui dure et d’un facteur terrorisme qui s’installe. L’image stéréotypée et de carte postale qui attirait des étrangers en quête de dépaysement n’est plus suffisante pour convaincre les plus réticents quant à la destination Tunisie. Tous les moyens sont bons pour réanimer un secteur qui souffre.
Amel Karboul, ministre du Tourisme, fraîchement débarquée de l’étranger, tentera comme elle pourra de faire monter les chiffres. Mais concrètement, les faits sont là : nous avons besoin de plus que cela pour que le secteur revive et reprenne sa position d’actant, vitale pour l’économie tunisienne.

Pour sauver le tourisme en Tunisie, la ministre du Tourisme en est devenue selon ses propres techniques l’égérie. A partir de sa personne elle a tenté, durant plusieurs mois, d’en donner une image luisante susceptible d’attirer les étrangers et de leur donner une idée positive sur notre pays.
Elle multipliera les apparitions sur les réseaux sociaux et, à coup de Selfies publiés sur Instagram, elle tentera de séduire les plus récalcitrants. Présente elle-même dans un spot destiné aux potentiels vacanciers canadiens, ou encore lors de salons professionnels en Allemagne et en Angleterre, elle sera vue et revue sur la toile. Elle s’affichera pieds nus à la plage, lors d’un déplacement officiel à Sousse ou en habits traditionnels, lors de la visite d’une entreprise dépendant de son secteur à Mahdia. Que de décalages jouant en faveur de la médiatisation de ses différents déplacements !
Les chiffres n’équivalent, cependant, aucunement à l’énergie débordante de la ministre ni à ses estimations. Selon les dernières statistiques, les recettes touristiques se chiffrent pour l’année en cours et, pour un décompte allant jusqu’au mois de juin, à environ 1.353,6 millions de dinars. Les nuitées globales sont de l’ordre des 11.001.583, les arrivées aux frontières s’élèvent quant à elles, à 2.656.002 personnes. Entre 2013 et 2014, point de grande différence si ce n’est quelques baisses au niveau des nuitées globales.
Au mois de juin, la ministre du Tourisme a déclaré qu’elle a revu à la baisse son estimation pour la saison estivale et que le chiffre de 7 millions de touristes qu’elle avait avancé était un chiffre « débile», qu’elle a utilisé « pour jouer le jeu, mais sans conviction. ». Le mensonge est avoué. Cela dégage quelque peu la ministre de la responsabilité de l’échec relatif marquant le gap entre ce qui a été annoncé et ce qui était potentiellement réalisable. Cela permet aussi de comprendre que, pour la réanimation d’un secteur qui souffre, l’image luisante d’une ministre décomplexée ne suffisait pas.
La stratégie adoptée au ministère du tourisme, c’est la stratégie « 3+1 » a indiqué Amel Karboul dans une conférence de presse. « Le 3 étant l’image, la qualité et la diversification et le +1 c’est la gouvernance derrière ». Pour ce qui est de l’image, son effet s’est avéré bien limité. Pour ce qui est de la qualité, notre réputation en la matière nous surpasse. Djerba était, avant que l’état de l’île ne se détériore, l’emblème de la douceur de la vie à la tunisienne. La situation environnementale y a atteint des proportions graves : une délégation gouvernementale tentera d’y trouver des solutions, la société civile ne les acceptera pas et l’île, comme son image auprès des touristes et tour operateurs, en pâtira forcément.

Ailleurs qu’à Djerba, et dans de nombreux sites balnéaires, les tarifs affichés demeurent plus chers que ceux pratiqués dans d’autres pays. Pourtant, nous avons depuis bientôt trois ans, une infrastructure se détériorant par manque d’entretien. Nous avons une qualité de service souffrant incontestablement des difficultés financières et de la pression quotidienne. Cela met, des fois, le touriste face à une agressivité qui demeure pour lui inexpliquée, une volonté gauchement cachée de l’arnaquer ou une insistance dans le contact frôlant le harcèlement. La destination Tunisie a de la concurrence et la compétitivité au niveau des prix est loin d’être la seule arme pour reconquérir l’arène.

En plus du terrorisme qui sévit en Tunisie et de l’image négative que cela donne désormais à notre pays, des faits divers pathétiques impactent négativement un secteur dont le mal-être devient chronique : Un tour opérateur assurant le nettoyage des rues, des touristes allemands ramassant les ordures des touristes russes bloqués à Enfidha sans un hôtel pour loger…
Pour remédier à ce manque à gagner, on tentera alors de séduire nos voisins algériens, de les attirer et de les choyer. L’ONTT organise, depuis le 4 août, et jusqu’en décembre 2014, une opération de bienvenue au profit des touristes algériens. En leur facilitant l’accès via les postes frontières et en leur proposant un accueil personnalisé au niveau des aéroports algérien et tunisien, la Tunisie vise à combler son déficit à travers le tourisme limitrophe.
Les Libyens assurent, quant à eux, le nombre d’entrées suffisantes pour rassurer ceux que les chiffres du tourisme en baisse pourraient inquiéter. Cependant, s’agit-il de tourisme, quand les Libyens arrivant en Tunisie s’installent dans la durée, louent des maisons « au noir » et scolarisent leurs enfants dans des écoles en Tunisie ? Il s’agit plutôt d’une forme nouvelle d’immigration face à laquelle le législateur n’a pas encore statué exhaustivement et dont les chiffres seront utilisés pour faire comme si les entrées en Tunisie étaient rassurantes.

Deux millions de touristes sont attendus pour les mois de juillet et d’août, c’est ce qu’a annoncé Amel Karboul lors du 1er weekend du mois d’août, dans le cadre d’une visite de travail à Mahdia . Plus qu’une vingtaine de jours pour que les spéculations de la ministre se réalisent, en espérant que celle-ci ne se rétracte pas, quelque temps après, pour parler de « chiffres débiles ».

Lors d’une interview accordée à une agence de presse allemande, la ministre du Tourisme a appelé les touristes à ne pas se rendre « au mont Châambi qui ne fait pas partie des sites touristiques ». Mise en garde utile ou ultime futilité d’une ministre qui ne maîtrise pas son portefeuille, selon certains acteurs du secteur. « Manifestement, notre ministère semble réduire sa mission à communiquer des objectifs qu’aucune action sérieuse ne vient conforter. Comme si l’efficacité se mesurait au nombre d’apparitions médiatiques et non pas au nombre de décisions en faveur du secteur. Notre ministère semble avoir renoncé à l’essentiel pour se contenter du superflu », lisait-on dans un communiqué publié par la Fédération tunisienne de l’Hôtellerie, en juin 2014.
Depuis, quoique la ministre parle, désormais, d’une orientation vers un tourisme de qualité, le constat demeure désolant : saleté ambiante que la campagne de propreté d’un mois n’a su combattre, détérioration des services et de l’infrastructure notamment aux aéroports et aux ports tunisiens, outre le climat de menace qui règne depuis les derniers attentats.
Cette image est également ternie par les nombreuses grèves. En effet, la dernière en date est celle de l’aéroport de Djerba-Zarzis, qui a débuté hier 14 août 2014 et devait se poursuivre les 15 et 16. Face à ces grèves à répétition, Amel Karboul déplore une situation aux conséquences négatives et prône un « dialogue constructif » entre administration et grévistes. De l’autre côté, le ministre du Transport se montre plus ferme et annonce des sanctions contre les grévistes. Cette grève a finalement été reportée par les syndicats à la fin du mois courant en attendant la tenue de nouvelles réunions.

« Les actions du ministère du Tourisme auront des résultats sur le long terme », déclarera récemment Amel Karboul sur Jawhara Fm. Mme Karboul n’a pas de baguette magique, diront ses acolytes. La société civile tunisienne en est, en revanche, une pour la Tunisie. Le combat des Djerbiens pour la propreté de leur île, les campagnes de nettoyage organisées dans certaines villes, l’initiative artistique ayant orné de fresques les murs de Djerba, sont l’exemple parlant de l’action qui se veut efficace et qui recèle, en son aspect engagé, l’espoir de lendemains meilleurs pour ce pays et pour ses secteurs vitaux comme le tourisme. N’en déplaise à certains hôteliers qui n’appréciant guère les locaux, selon les connaisseurs du secteur, c’est le Tunisien qui sauvera en grande partie la saison touristique 2014, au vu des taux de remplissage qui marqueront ce mois d’août.

Diplomate, un métier à risque

La diplomatie dans les pays à risque n’est pas aisée à définir. C’est que l’information n’est pas clairement établie pour que puisse y accéder celui qui la cherche. Contrairement à d’autres pays où des consignes évidentes sont disponibles sur les sites internet des ministères des Affaires étrangères pour que soit préservée la sécurité de leurs ressortissants, le ministère des Affaires étrangères tunisien, ne publie pas une liste de ces pays où un Tunisien risquerait sa vie et où une représentation diplomatique serait menacée pour la sécurité de ses membres.

« Nous traitons au cas par cas et publions des communiqués diffusés sur la page Facebook du ministère dès que le besoin s’en ressent », nous expliquera Mokhtar Chaouachi, porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Pourtant, dans certains pays où la stabilité est mise en péril, des missions diplomatiques tunisiennes continuent à travailler, à assurer le relais auprès des Tunisiens y résidant et à représenter la Tunisie auprès du pays d’accueil. En Irak, en Libye ou en Syrie, dans une occurrence quelques peu différente, nos diplomates et autres agents d’ambassades travaillent dans des conditions difficiles sous une menace constante rendue plus perceptible depuis l’enlèvement d’un employé local et du premier secrétaire de l’ambassade de Tunisie en Libye.

L’enlèvement de Laâroussi Gantassi et de Mohamed ben Cheikh a rendu plus concret le danger qu’encourent nos diplomates dans certains pays en proie à l’instabilité politique. Cette expérience vécue sous un mode traumatisant par les concernés, l’est visiblement tout autant pour l’ambassadeur lui-même. Ridha Boukadi a, en effet, déclaré quelques temps après la libération des otages tunisiens, qu’il ne voulait plus revenir à son poste parce qu’il craignait pour sa vie. Celui qui avait directement négocié avec les islamistes ayant enlevé ses subordonnés a, désormais, peur d’en être la cible. L’ambassade tunisienne en Libye, là où vivent des milliers de Tunisiens, restera sans ambassadeur. La mission diplomatique a été rapatriée et l’ambassade fermée. Le personnel consulaire à Benghazi et à Tripoli assurera, jusqu’à nouvel ordre, le strict minimum en matière de services proposés aux Tunisiens de Libye. « La Libye est un pays important pour la Tunisie où résident plusieurs Tunisiens avec qui l’échange économique est très important. Nous sommes très attentifs à la situation sécuritaire dans ce pays et nous veillerons à ce que notre ambassade rouvre ses portes dès que le calme y sera retrouvé », nous précise M. Chaouachi.

Quant à l’Iraq, autre pays où la vie n’est pas aussi tranquille qu’on pourrait l’espérer, la Tunisie y avait bon espoir. Notre office de l’Aviation civile et des Aéroports ainsi que la compagnie aérienne nationale avaient contribué à l’ouverture d’un bureau à Erbil afin d’assurer un regain d’intérêt des voyageurs vers l’une et l’autre destination. Les derniers événements politiques et sécuritaires ont achevé cet espoir de collaboration jugé précaire, pour certains observateurs. La liaison aérienne entre les deux pays après un vol inaugural qui ne présageait pour beaucoup rien d’intéressant a été suspendue jusqu’à nouvel ordre. Quant à nos diplomates, ils ont quitté ce pays depuis un moment déjà. N’est resté sur place qu’un agent consulaire pour répondre aux demandes des 250 Tunisiens installés en Iraq.

Pour ce qui est de la Syrie, Moncef Marzouki a résolu le problème, au cas où problème il y aurait eu. Le président de la République a, en effet, ordonné la fermeture de notre ambassade à la suite de ce qu’il percevait alors comme une dictature exercée sur le peuple syrien par son président. En décidant d’une manière aussi catégorique qu’impromptue de rompre officiellement avec le système Al Assad, M. Marzouki a laissé dans l’embarras des citoyens tunisiens habitant la Syrie et ayant forcément besoin, en temps normal, de services consulaires « ordinaires » et en temps de guerre, du soutien censé être indéfectible de leur pays à travers ceux qui le représentent. Un bureau a, toutefois, été ouvert récemment en Syrie. Il est géré par une équipe partie, depuis quelques semaines, gérer les besoins restés en suspens de Tunisiens habitant le pays.

« Quand en Ukraine, il y a eu les récents bouleversements politiques, nous avons travaillé d’arrache-pied, à travers notre bureau basé en Russie, pour que la colonie tunisienne, en majorité étudiante, puisse être en sécurité », indique M. Chaouachi. Le ministère des Affaires étrangères agit de même dès qu’un risque se présente dans un pays où des Tunisiens résideraient. « Que le risque soit d’ordre sécuritaire et quelque peu envisageable ou qu’il s’agisse de catastrophes naturelles que l’on ne peut anticiper, nous faisons de notre mieux pour agir à temps et autant que possible se peut pour garantir la sécurité des Tunisiens à travers le monde, c’est notre rôle ! », explique notre interlocuteur.

Dans les quatre coins du monde, des Tunisiens assurent pour leurs concitoyens qui ont fait le choix de l’immigration des services en apparence futiles. Ils assurent pour la Tunisie un service utile, consistant à représenter la Tunisie quelle que soit les conditions de vie et de travail. Diplomate s’avère ainsi être, dans certaines conditions, un métier à risque loin de l’idée que l’on peut avoir de ce métier d’un genre différent. C’est une des raisons pour lesquelles le ministère entend proposer pour les composantes de ce corps de métier et surtout celles nouvellement affectées, des formations en matière de sécurité et de défense. Un séminaire a eu lieu, à cet effet, la semaine dernière afin de sensibiliser les diplomates aux dangers qu’ils encourent et aux manières de s’y opposer. Quant à la sécurité au quotidien, elle est, dans certains cas, assurée par des agents détachés du ministère de l’Intérieur, en nombre peu important, relèveront certains observateurs avisés alertés notamment par le manque d’efficacité de pareille procédure quand il y a eu des kidnappings en Libye.

Outre cette période difficile marquée par la montée du terrorisme, la Tunisie connaît une crise au sein même de sa diplomatie. Notre pays qui définit sa politique étrangère comme basée sur la volonté de « renforcer les conditions d’entente, de tolérance et de solidarité entre les Etats et les peuples » n’a pas de litiges particuliers, en matière de relations internationales. Il a, cependant, des litiges internes qui paralysent, depuis des mois, le mouvement prévu dans le cadre du corps diplomatique.

Diplomate, ne doit pas être perçu non plus comme un métier facile par les diplomates étrangers vivant et travaillant en Tunisie. Suite aux nombreux actes terroristes secouant la Tunisie depuis trois ans, certaines missions diplomatiques étrangères ont revu à la baisse leurs effectifs, d’autres ont mis en place des systèmes de communication avec leurs ressortissants afin de les avertir des potentiels dangers, toutes ou presque n’hésitent pas à alerter les leurs dès qu’un malheur se présente, leur déconseillant, ainsi, de se rendre là où l’horreur a frappé ou risquerait de le faire. Pour des diplomates qui enchaînent les cocktails avec notre élite et les rencontres avec nos politiciens, un pays à risque, notre pays en devient aussi un.

Tunisie- La répression qui galope vers nous

Le choc des récents attentats passé, les différents protagonistes de la scène nationale ont commencé à retrouver leurs habitudes d’après révolution ainsi que celles du système d’avant révolution. Frictions entre partis, chamailleries sur les plateaux, guerres intestines au sein du ministère de l’Intérieur, accusations et réactions au ministère de la Défense sont de mise. Une image peu luisante que reflète le tissu hétéroclite censé nous représenter. Une image en inadéquation totale avec le souhait d’unité affiché, celui là même qui pourrait constituer, en partie, un rempart contre le terrorisme. Désormais la machine judiciaire se remet en marche pour réprimer celui dont la voix dérange. Retour assuré d’une machinerie en robe noire apte à faire taire celui qui oserait dire haut ce que d’autres pensent ou disent autrement.

Diviser pour mieux régner, le but est en partie atteint. Que le ministère de l’Intérieur soit infiltré est grave, mais est aussi chose connue. Plusieurs personnes proches des structures dudit ministère, ou en faisant partie, en ont fait part. Ceci n’est pas sans rappeler une vidéo fuitée où l’on entendait  le leader islamiste Rached Ghannouchi, lors d’une réunion interne à son mouvement, expliquer à ses acolytes que seule l’armée n’est pas encore « garantie ». Le reste était donc, depuis des mois, acquis à une cause inconnue, celle d’un parti islamiste dit modéré ayant été jusqu’à récemment aux reines du pouvoir.

Du ministère de l’Intérieur, les voix des dissidents sont surtout celles des représentants des syndicats. Ce sont les Walid Zarrouk, Issam Dardouri et Sahbi Jouini qui ont dévoilé, à plus d’une reprise sur les plateaux, ces vérités qu’on nous cacherait. Présent sur le plateau de Nessma Tv le vendredi 18 juillet 2014, Issam Dardouri est allé jusqu’à exhorter vivement les autorités à le convoquer et à supplier le procureur de la République de lancer une procédure pour l’écouter. Parce que des choses à dire, M. Dardouri en a ras le cœur, il va jusqu’à divulguer sur un plateau de télévision des noms de cadres sécuritaires faisant partie de la liste de ceux qui ont infiltré l’administration tunisienne et occupé des postes à fort pouvoir décisionnel. Nous ne saurons pas si Issam Dardouri sera écouté par la justice. Nous saurons en revanche que Sahbi Jouini s’étant exprimé, sur le plateau d’Ettounsiya quelques heures après, le sera.

« Nous étions informés de l’opération de Henchir Tella, dans les moindres détails depuis le 10 juillet et ces détails nous en avons fait part au ministère de la Défense », a avancé M. Jouini, représentant du syndicat de base des forces de l’ordre. Cette phrase a rapidement fait polémique. La réaction du ministère de la Défense a été quasi-immédiate et sur ce même plateau, le porte-parole du ministère de la Défense a réagi pour démentir. Dès le lendemain, c’est Ghazi Jeribi, ministre de la Défense, qui fera de même, au micro de Mosaïque Fm. Non seulement il démentira mais il annoncera aussi l’intention du ministère de la Défense de porter plainte contre M. Jouini.

Les propos de ce représentant de syndicat sont en effet dangereux, dans la mesure où dans sa révélation, l’accusation est explicite. Le ministère l’Intérieur comme celui de la Défense auraient mal géré l’information qui leur serait parvenue et ceci suppose qu’il y ait eu, soit incompétence soit absence de volonté d’agir. Les deux suppositions devraient être prises au sérieux et faire l’objet d’enquêtes pour évaluer la véracité des propos et pour trouver les responsables au cas où les pistes révélées s’avéreraient vraies. Le ministre de l’Intérieur n’avait-il pas, à son tour, évoqué des informations qui sont parvenues à son ministère concernant de potentielles menaces terroristes ? De tels faits ne seraient pas une première en matière de mauvaise gestion, involontaire ou à mauvais escient, des informations parvenues de la part des services de renseignements tunisiens ou étrangers. Ne s’est-il pas avéré, après le meurtre de Mohamed Brahmi, le 25 juillet 2013, que le ministère de l’Intérieur avait aussi eu vent du triste fait, avant qu’il n’ait lieu ? Pourquoi est-ce Sahbi Jouini alors qui passera devant la justice ? Quoique le ministère de la Défense soit dans son droit de faire convoquer devant la justice celui qui l’accuse, il est évident qu’une crainte persiste quant à l’assimilation de telles actions en justice à l’intimidation, cet art de faire taire les voix dissidentes et celles qui en disent trop, par une manière civilisée, non violente et surtout légale.

La présidence de la République a publié dans la soirée même qui a connu les propos controversés de M. Jouini, un communiqué s’inscrivant dans cette même lignée de pervertissement, voire d’instrumentalisation de l’appareil judiciaire.
L’auteur de ce communiqué semble oublier qu’il allait être publié au nom de la République tunisienne et non au nom d’un parti ou d’une personne aussi haut placée soit-elle. On y lit que la présidence de la République condamne « les déclarations  provenant de parties connues pour leurs idées et intentions putschistes, pour la position d’ennemie qu’elles affichent quant au parcours électoral, pour leur volonté, par le passé, de faire dissoudre des institutions pour lesquelles le peuple a voté et pour leur appel au désordre et au chaos. Ces parties qui n’ont pas hésité à profiter d’événements tragiques pour leurs ambitions politiciennes limitées et pour tromper l’opinion publique ».
Les parties évoquées par ce communiqué regorgeant d’adjectifs péjoratifs et d’allusions ne sont pas désignées explicitement. Tout ce que l’on sait d’elles, c’est qu’elles ont un avis qui dérange, qui dérange tellement que l’on évitera de les écouter, d’envisager autrement ce qui est dit qu’à travers la machine judiciaire. Dans le communiqué en question, la présidence de la République exhorte le Parquet comme la HAICA à agir dans ce sens, pour faire cesser de parler les voix qui dérangent, en mettant en marche les capacités de répression particulières à chacune d’elles.

La justice, Sihem Ben Sedrine, présidente de l’Instance Vérité et Dignité, y a recouru pour des articles de presse l’évoquant, parus dans Business News. Un procès qui connaîtra, ce mardi même, le deuxième épisode d’un feuilleton judiciaire de mauvais goût ayant pour protagonistes la « politicienne » militante et la presse. Nos confrères du journal Akher Khabar ont à leur tour comparu devant la justice, il y a de cela une semaine, suite à un article épinglant le parti islamiste Ennahdha. Point de manichéisme niais, ni de bon ou de méchant dans ces affaires, mais une sorte de mainmise que l’on tente de mettre sur la liberté d’expression par le biais de la justice. Ceux que les procès, les robes noires et les tribunaux rebutent hésiteront à dire, dorénavant, ce qu’ils pensent. Quant aux autres, les plus effrontés, on tentera de leur faire payer,  en frais d’avocats et en intimidations « légales », le prix de la vérité dite ou écrite.

Au nom du prestige de l’Etat et de l’égo personnel ou collectif qui en seraient menacés, les voix dissidentes seront dans quelques temps étouffées, si l’appareil judiciaire en arrivait à épouser le mode de réflexion de nos dirigeants politiques. Se remettra ainsi en place, le duel déjà connu entre la liberté d’expression et la répression argumentée, mais forcément outrageuse par définition. Une chose est sûre et elle devrait être évidente pour nos preneurs de décisions : tant que la probabilité d’infiltration est sérieusement là, toute voix dite dissidente est à écouter, tous les propos avancés sont à étudier. Quant à la justice, elle devra rester l’ultime recours pour chercher la vérité et non pas pour réprimer celui qui l’a dite.

La Tunisie – Bienvenue aux pays des manipulés

Les Tunisiens ont longtemps pâti de la manipulation. Sur le plan politique, ceci s’est traduit par des régimes politiques plus décevants les uns que les autres, les engagements pré-électifs s’étant, en effet, révélé être des attrape-nigauds. Sur un plan tout autre, récemment, la manipulation a continué, menant dans ses sillages, des Tunisiens à la ruine.

Les événements que vivent les Tunisiens sont plus explicites que les saynètes de Joules et Beauvois dans Petit Traité de manipulation des honnêtes gens(1), un best seller qui a institué pour une meilleure prise de conscience quant à la manipulation et ses différentes techniques.

Ben Ali ou la manipulation par la parole :

Utilisée comme moyen d’amadouer les plus sceptiques, la parole a souvent été pernicieusement utilisée dans les discours politiques d’avant la révolution (mais aussi après). Recourant à un discours volontairement emphatique, le régime politique de Ben Ali a réussi à faire taire toute entreprise de rébellion chez la masse populaire. Car contredire la parole suprême en laquelle consistait la voix de l’Etat revenait à s’y opposer.

Le régime post bourguibien avait présenté des promesses de changements. Cependant son discours pompeux, le narcissisme dont il s’est empreint ont mené les Tunisiens à se rendre à l’évidence : ils ont été manipulés.

Ayant pu asseoir son emprise sur tout un peuple et sur une opinion internationale de plus en plus regardante sur les affaires tunisiennes, le régime de Ben Ali a continué sa manipulation au moyen d’une parole répressive, voire dissuasive. Le pays a basculé ainsi de la crédulité à la soumission ; en passant d’un discours politique persuasif à un discours répressif et menaçant.

S’est ainsi opérée «une soumission librement consentie »(2) dont nous payons encore les frais malgré le sursaut de conscience, salutaire, mais tardif qui a engendré la révolution.

Les islamistes ou la manipulation par l’apparence :

La crédulité des Tunisiens étant mise à bas, après une dure épreuve qui a duré 23 années, les nouveaux protagonistes de la scène politique ont opté pour un discours moralisateur et donc rassurant.

Amadoués par une morale qui s’affiche au moyen de barbes, de voiles et autre marque frontale de prières assidues, beaucoup ont choisi nos dirigeants d’aujourd’hui non pas pour ce qu’ils sont ou ce qu’ils se sont avéré être, mais pour ce qu’ils semblaient être.

Certains ont été fascinés par cette nouvelle forme dé régénérescence de l’islamisme, la croyant salutaire, d’autres ont voué un culte aux nouvelles figures d’une politique qu’ils croyaient plus « propre », plus honnête et quasi sacrée. Manipulés et continuant à l’être, nombreux sont les Tunisiens qui ont développé une attitude de soumission s’apparentant à la sujétion au profit d’un régime politique qui les a utilisés pour réaliser des fins qui ne sont probablement pas les leurs.

Les paradoxes constatés un an après ont mené certains à réaliser qu’ils ont été manipulés. L’injustice continue à plusieurs niveaux y compris au niveau social, la pauvreté sévit de plus belle, l’avidité du pouvoir a l’air d’avoir fait de nouveaux émules et la culture du profit connaît des jours florissants.

Trompés par les promesses électorales et la morale ostentatoire des élus islamistes, nombreux sont les électeurs qui n’ont de cesse de défendre le parti au pouvoir et d’imputer à l’opposition tous les maux dont souffre la Tunisie depuis l’avènement d’une « ère nouvelle », une attitude semblable à plus d’un égard à celle qu’avaient les défenseurs de Ben Ali qui ont été manipulés au point d’en devenir eux-mêmes les proclamateurs zélés de celui-même qui les opprime.

Ceux-ci se sont désaliénés de la soumission mentale. D’autres auront-ils un jour cette intelligence-là ?

« Nous sommes plus manipulés et déterminés par les faits, les événements et les pouvoirs que nous ne sommes capables de prendre en main notre destin et celui de la société » Jacques Le Goff.

1-Le Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens est un essai de psychologie sociale de Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois paru en 1987 et réédité en 2002 aux Presses universitaires de Grenoble.

Vendu à deux cent cinquante mille exemplaires au 15 janvier 2008, et à trois cent mille exemplaires au 15 août 2012, cet ouvrage est un best-seller dans sa discipline

2-La soumission consentie est un concept de psychologie sociale (Compliance without pressure) introduit par Freedman et Fraser en 1966 pour décrire la conséquence d’un procédé de persuasion qui conduit à donner l’impression aux individus concernés qu’ils sont les auteurs de certaines décisions.

Quand la bière coule à flot

La production télévisuelle en Tunisie peine à décoller en matière de profusion, de qualité et d’intérêt des téléspectateurs. C’est que le Tunisien est davantage orienté vers les productions étrangères devenues gages d’un dépaysement en adéquation avec ses attentes et d’une qualité à la hauteur de ce qu’il aimerait voir à l’écran. Le mois de Ramadan est cependant, cette période où l’on s’intéresse, avec assiduité, à la production tunisienne en matière de feuilletons et autres produits divertissants.

Cette année est celle où le Tunisien est d’autant plus confronté aux paradoxes inhérents à sa manière d’être : détester ce qu’il voit et ne pas arrêter de regarder, critiquer tout en continuant à consommer. Le cas se répète, tous les soirs, depuis 15 jours et se poursuivra, à coup sûr, pendant la quinzaine de soirées à venir. Le feuilleton d’Ettounsiya en est devenu l’illustration, tant l’accueil qui lui est réservé est cassant et les taux d’audiences dont il bénéficie fracassants. Le programme le plus regardé de nos chaînes ne divise pas ; il fait presque l’unanimité quant à l’appréciation de scènes jugées « over », d’un discours flirtant avec la vulgarité, de problématiques dont le traitement est mimétique jusqu’à la banalisation…

Tous les soirs le Tunisiens s’oublient, le temps d’un feuilleton devant leurs écrans. Tous les soirs, les Tunisiens se défoulent ensuite sur Facebook pour dire leur gêne, leur désapprobation, leur refus de ce produit qu’on leur fait consommer régulièrement. Pourtant un bouton les sépare, une télécommande leur permettrait de zapper, diront beaucoup. S’opposant, désormais farouchement, à la censure, réfractaire, depuis l’avènement des libertés en Tunisie, à toute forme d’autocensure, les « faiseurs d’audience » ont visiblement compris ce qu’attend inconsciemment le Tunisien : ce qu’il abhorre, ce qu’il refuse de voir et ce qu’il aimerait qu’on camoufle plutôt que de dévoiler.

L’argument qu’avancent nos commerçants de l’image, c’est que ces productions suivies et tout de même controversées ne font que représenter la réalité de notre société, celle qu’on cache souvent, celle dont on se cache habituellement, par crainte d’être offensé par sa vraie nature, par ses propres paradoxes et par ses extrêmes. Ces paradoxes sont incarnés par leurs « vrais protagonistes » dans des émissions de téléréalité ayant déjà brusqué hebdomadairement les mœurs discrètes et conservatrices. Ils sont représentés, dans des productions télévisées et dans un cadre fictionnel, par des acteurs de séries B, faiseurs de rêves, par leur apparence, pour des minettes de 13 ans.

Sans aller vers des détails aussi prosaïques qu’agaçants, vers la représentation grossière de la réalité, sans rappeler que la mimésis a sa propre noblesse de traitement, il est utile de rappeler que la liberté répond aussi à une codification. Celle conventionnelle étant, dans le contexte évoqué, volontairement mise à mal, celle réglementaire l’est d’autant plus que les règles doivent être revues et leur mise en application suivie de près.

L’alcool à l’écran, un des points ayant étonné nombre de personnes, ces derniers jours. En ce mois saint où les boissons alcoolisées cessent même de s’exhiber dans les commerces, les canettes de bière se tassent par dizaines sur nos écrans, tous les soirs, pendant de longues minutes. En France comme dans beaucoup d’autres pays, la publicité pour l’alcool est interdite. Dans ses Dispositions spécifiques aux services de télévision , le CSA précise que « toute propagande ou publicité, directe ou indirecte, en faveur de boissons alcooliques est interdite à l’antenne des services de télévision ».

Le texte indique aussi qu’« est illicite le message publicitaire faisant apparaître, même furtivement, des bouteilles d’alcool identifiées ou identifiables ».
La HAICA est-elle donc prête à agir, dans ce contexte, pour qu’il y ait enfin des règles à respecter, pour que celles-ci soient mises en application et que soit codifié un secteur qui, au nom de la liberté lui échappe ? Le téléspectateur, fidélisé par son intérêt pour les productions nationales, pourra, peut-être ainsi, par elle, être tiré vers le meilleur et non pas rabaissé vers cette réalité caricaturée qui vient de lui et qu’on lui renvoie en retour creux, vers ce pire qui ne lui est certes pas inconnu, mais dont il serait temps qu’on le détache. Notre mal est identifié, vous pouvez dorénavant passer à autre chose ; merci à ceux qui s’en mettent plein les poches tous les soirs en revenus publicitaires!