Au Théâtre du Châtelet, du 15 avril au 3 mai, Top Hat s’affiche, plumes et paillettes au service du renouveau artistique et des adaptations spectaculaires. La mise en scène de Kathleen Marshall est, en effet, une relecture minutieuse et étoffée du classique hollywoodien de 1935, connu en France sous le titre Le Danseur du dessus.
Dans Top Hat, trois axes majeurs enchantent le spectateur pendant près de 2 h 40 : l’intrigue, la musique et la danse, qui s’associent avec élégance et cohérence.
L’intrigue tient de la romance sur fond de comédie des erreurs et avance au rythme des quiproquos. Jerry, danseur américain à succès invité à Londres, tombe amoureux de la belle Dale Tremont après l’avoir empêchée de dormir à grands coups de claquettes. Elle le croit marié à sa meilleure amie ; la méprise vient contrarier l’idylle. Dale, partagée entre attirance et devoir imaginaire, évolue dans la tourmente des héroïnes de comédies classiques, dans un lyrisme délicat et nuancé. Le héros, quant à lui, entouré d’adjuvants dévoués, avance avec détermination vers l’objet de son désir. Le dénouement est presque attendu. Qu’importe : l’essentiel est ailleurs.
La musique est celle d’Irving Berlin, figure tutélaire de Broadway, associé au panthéon de ceux qui ont bâti son empire. Il signe notamment l’inoubliable « Cheek to Cheek », sommet de grâce popularisé à l’écran par Fred Astaire et Ginger Rogers.
La chorégraphie est signée Kathleen Marshall, qui assure également la mise en scène, sur un livret de Matthew White et Howard Jacques (2011). Elle fait ainsi de Top Hat un écrin pour des numéros qui s’enchaînent avec fluidité. Dans des décors Art déco, la chorégraphie redonne aux claquettes une place centrale et affirmée. Alternance de duos étincelants, d’ensembles chorégraphiés et d’un superbe ballet final : le spectacle s’inscrit pleinement dans sa dimension de divertissement sophistiqué.
La version scénique, plus ample que le film (2 h 40 contre 1 h 40), permet d’étoffer les personnages et d’élargir la partition en puisant dans le riche répertoire de Berlin. La mise en scène relève ainsi le défi d’une adaptation créative, dans une exploration actuelle menée sans dissonance.
Dans le rôle de Jerry, Phillip Attmore insuffle une énergie maîtrisée et précise, héritière d’une longue tradition du tap dance américain. La production rappelle ainsi que le musical moderne plonge ses racines dans le jazz et les claquettes, et dans un héritage artistique qui retrouve ici son ancrage et son appartenance culturelle.
Mais au-delà des filiations et des références, Top Hat demeure ce qu’il a toujours été : une célébration du mouvement, du rythme et de la finesse de l’art. Un monde où la grâce du geste sublime les pensées et les élans, où la musique enveloppe les événements de sa cadence. Top Hat devient alors un voyage dans la magie du spectacle.