Départ de Habib Essid: Et si c’était un mauvais choix?

Depuis que Béji Caid Essebsi a lancé la bombe du gouvernement d’union nationale à former urgemment, on ne cesse d’en parler: partira, partira pas. Habib Essid sur un siège éjectable, certes, mais bien accroché à son siège, tant les coups lui viennent de partout.

Habib Essid vit, ces derniers jours à la Kasbah, les aléas d’un gouvernement politique partisan. Lâché par ses propres ministres, il découvre la politique des stratèges. Celle de figures politico-médiatiques poussées par les urnes et soutenues par une opinion publique regardant là où l’on voudrait qu’elle regarde, du moins pas vers l’essentiel.

Que reproche-t-on au fait à Habib Essid? Pourquoi cette volonté soudaine ou préméditée de lancer le pays vers l’inconnu? A moins que l’inconnu n’en soit pas un et qu’un scénario de rechange soit bien ficelé, en attente. Auquel cas, ce que cela nous rassurerait de le connaître!

Car au vu des fuites circulant autour de l’identité du potentiel successeur de Habib Essid, rien de rassurant ne se profile.

Le Tunisien est-il assez naïf, encore, pour croire en l’hypothèse d’un sauveur providentiel pouvant souffler sur sa misère sociale et en faire un portrait prospère, effleurer l’économie en pente basse et en redresser la barre, regarder le peu de scrupules politique qui reste et faire de la bassesse, loyauté et patriotisme?

Existe-t-il, en vrai, cet homme politique du moment, du moment d’après Habib Essid?

Beaucoup en doutent. Mais la machine est lancée et peu sont ceux qui se posent la question quant au pourquoi d’un pareil départ. Poussé vers la porte à coups de menaces qu’il a lui-même avoué en avoir reçu, Habib Essid ira devant l’Assemblée des Représentants du Peuple, à sa demande, chercher des faveurs qu’il n’aura vraisemblablement pas.

Habib Essid sera face à des blocs de partis ou d’idéologies, et non à des individualités pouvant évaluer chacune de son côté, en son âme et conscience, le bilan d’un chef du gouvernement certes très critiquable mais pas assez pour tout ce remue-ménage dont le pays se serait bien passé. Il sera face à des calculs politiques faits à l’avance. Les dés sont jetés!

Habib Essid n’aura peut-être pas de majorité pour le vote de confiance, le scénario de son remplacement avec toutes les étapes constitutionnelles sera enclenché et les desseins en place atteints. Mais le pays y gagnera-t-il vraiment?

Dans certaines sphères étrangères, on parle déjà de la Tunisie, comme à l’époque de fin de règne d’un Ben Ali qui agace avec les siens et avec l’instabilité politique qui se profilait; un air de famille plane. Un changement politique peut-il rassurer à l’international? N’est-il pas le signe d’une certaine instabilité politique? Le gouvernement actuel n’a-t-il pas une multitude de dossiers en cours? Encore une rupture à infliger à un appareil de l’État essoufflé par les calculs politiciens.

Et si Habib Essid l’avait ce vote de confiance, pourrait-il encore relancer la machine, faire abstraction des tractations, des menaces, de l’intimidation et se remettre au travail? Avec quelle équipe? Celui qui a tenu tête jusque-là malgré la fatigue physique et les différentes hospitalisations ne l’a fait que par principe disent ses proches. « Il ne veut pas lâcher son siège », disent de lui ses détracteurs.

Peu importe la raison. Peu importe l’homme, peu importent les hommes, l’actuel et celui en devenir. Nos politiciens auront-ils conscience un jour que les postes se méritent et ne se distribuent pas et qu’en temps de crise toute concession est chèrement payée, à l’échelle individuelle, sur le long terme, et nationale, sur le moyen.

Comprendront-ils un jour que le pays, comme son prestige, se protège politiquement et que le pouvoir devenu faible ne peut générer que la dégénérescence…pour tous? Le grand saut est pour bientôt!

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Attentat de Nice: Il est temps de s’unir et de passer à l’action

L’horreur a frappé à Nice, dans la nuit du 14 juillet. Un soir de fête qui a tourné au drame. Près de 80 personnes décédées et plusieurs dizaines de blessés. Une solidarité internationale a été exprimée.

Du côté tunisien, les réseaux sociaux se sont enflammés à l’annonce de la catastrophe. Les officiels ont pris position dès le lendemain du drame et les avis quoique convergents ont concordé autour d’une empathie transcendante.

Il faut dire que les Tunisiens sont concernés à plus d’un égard. La terreur qu’a connue la France hier nous l’avions connue. La bêtise humaine nous avait été mortelle aussi lorsque le fanatisme religieux s’est muté en bête immonde et tueuse. Nous avons connu, ici, les affres de l’extrémisme.

Nous en souffrons, en latence, en étant presque prêts, continuellement, à accueillir les mauvaises nouvelles qui en résultent (de manière professionnelle pour ceux qui travaillent dans la sécurité, dans le domaine de la santé ou même dans le traitement de l’information).

Nous espérons tout aussi continuellement que cela ne se reproduise plus alors qu’une partie de nous-mêmes nous dit que cela ne cessera pas de sitôt. Pas tant que nous n’aurions traité que les symptômes et géré que le préventif.

Point de salut, foncièrement, tant que nous sommes dans la réaction et non dans l’action. Et le « nous » n’est cette fois pas que tunisien. Il est international.

L’hydre tueuse s’est étendue à travers les continents. Elle est omniprésente, partout, et se manifeste à chaque fois qu’une faille se dresse. Et les failles sont sans nombre; en attestent le changement de mode opératoire faisant utiliser bombes, armes à feu, camion… Le tout pour accomplir une mission dictée par une folie meurtrière autour d’un « certain » zèle.

Tant que Dieu n’a pas raisonné ses fous, l’homme peut-il agir? Il ne s’agit en effet plus de gérer à des échelles nationales le terrorisme et ses potentielles attaques, il ne s’agit plus de mettre des plans de protection, de leur donner des noms sophistiqués, de protéger ses frontières, d’installer des portiques de sécurité… Le terrorisme a une étendue virtuelle à l’échelle de la sphère virtuelle de son champ d’endoctrinement. Il est partout et n’a ni visage typique, ni couleur de peau, ni langue unique, ni origine.

Oui, lorsque les informations relatives à l’identité du tueur ont commencé à circuler, j’ai parcouru articles et dépêches du regard en espérant que le mot « Tunisien » n’y soit pas. J’avoue avoir espéré que mon pays évite les amalgames, que son nom cesse d’être mêlé à l’horreur que la majorité de mes compatriotes refusent. J’avoue avoir espéré voir une toute autre nationalité à la place du fatidique « tunisien ».

La quête d’identification et d’appartenance a amené les plus paumés à ne se reconnaitre qu’en cette origine pseudo musulmane extrême, à vivre dans des pays dont ils renient les valeurs de tolérance et de fraternité et à instrumentaliser la liberté au profit de leurs desseins mortels.

Des sociologues devront se pencher sur cette question pour envisager un salut pour les descendants à venir de générations frustrées.

Car l’extrémisme se pratique à l’échelle familiale, s’entretient dans des lieux de culte, se développe sur les réseaux sociaux et s’inculque dès le jeune âge, un peu comme les maladies contagieuses dont les germes touchent le corps mais ne se manifestent qu’après coup.

Le terrorisme est devenu soluble dans l’air; il n’a pas de nationalité. Ses victimes, non plus.

Au nom du tragiquement vrai « ça n’arrive pas qu’aux autres », le massacre d’hier est un coup porté à l’humanité entière. Car derrière chaque mort, une histoire, une famille, des parents, des maris, des épouses, des enfants, des cousins, des amis, des collègues, des voisins, et des souvenirs entachés d’un sang innocent qui a coulé au nom d’une folie meurtrière prenant Dieu pour alibi.

L’heure est à la solidarité, oui, mais l’heure est aussi à l’union des forces pour combattre une gangrène devenue mondiale. Notre méfiance les uns des autres ne servira qu’à nous isoler tous et à nous rendre plus vulnérables en raison de la mobilité des personnes et des idées.

Les amalgames n’ont généré que l’exclusion (ou le sentiment d’en être victime, des fois), l’exclusion a généré la frustration et la frustration a généré l’horreur.

Il nous faut changer pour que se rompe le cercle vicieux. Il nous faut changer de réactions, changer celles-ci en actions internationales et faire de la solidarité virtuelle de nos peuples, des plus éclairés de nos peuples, une arme contre une bêtise dont le champ d’influence n’est pas défini géographiquement. Il nous faut tous, et ensemble, combattre cette bêtise sans foi que les lois les plus sévères ne pourront, seules, annihiler.

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L’anarchie tue

Chers gouvernants, vous qui guettez la moindre de nos failles, qui veillez à nos mœurs de bons musulmans respectant le texte saint, pour vous a été lancée hier une pétition pour que soient interdits les quads à la plage. La chose a l’air bien simple. Et pourtant, c’est à nous d’attirer votre attention pour que vous nous protégiez et préserviez notre sécurité de l’incivisme des nôtres. Et l’incivisme a frappé samedi dernier.

L’affaire a secoué la Tunisie. « Fait divers » a titré un des médias électroniques de la place. Et quel fait divers! Hager Chaker, dentiste, mère de deux enfants, jeune tunisienne de 35 ans a été écrasée par un quad sur une plage de Nabeul.

Ses enfants ont été épargnés car au bord de l’eau au moment des faits et son mari est encore hospitalisé. Cette catastrophe qui n’a pas seulement touché une famille mais a secoué tout un pays est l’œuvre d’un jeune de 20 ans dont l’inconscience a été mortelle pour autrui. Sacré constat ! Oui c’est pire que le terrorisme, la goujaterie!

Et nous la voyons régulièrement sévir, elle fait le buzz sur les réseaux sociaux, elle monopolise l’attention générale et se laisse oublier, petit à petit, jusqu’à ce que l’intérêt s’estompe.

Voilà cinq ans environ que nous nous sommes découverts tant de travers, nous le peuple qui se croyait discipliné de nature. Fiers d’avoir vu des compatriotes faire la queue spontanément à l’aune de la période d’après-révolution, nous nous voyions comme un peuple exceptionnel. Mais qui sommes-nous sans l’autorité des hommes et des lois? Que sommes-nous sans la crainte et dans l’impunité?

C’est l’anarchisme qui prime et nous avons presque envie de lancer une campagne de sensibilisation, un peu comme on en faisait pour le peuple, mais cette fois-ci pour vous, nos gouvernants, pour que vous sachiez que votre laxisme nous met en danger.

Oui, nos décideurs ne peuvent pas tout faire. Oui, tout n’est pas de leur faute. Mais l’absence de réglementations spécifiques, le laisser-aller tuent désormais. Nous avons besoin de rigueur dans la gestion du quotidien. Rigueur en l’absence de laquelle, la loi de la jungle prime. Car faute de civisme « inné », il nous faut des lois, des amendes, des résolutions, des décisions et des actes. Il nous faut de la rigueur pour discipliner et pour éduquer à la « sociabilité civique ».

Peut-être cela rebutera-t-il enfin les chauffards qui n’ont plus aucun scrupule à commettre leurs infractions au vu des policiers. Peut-être cela fera réfléchir les conducteurs des véhicules de transport en commun, sortes de grands taxis qui sévissent, en faucheuses à grande vitesse, sur nos routes. Peut-être que cela permettra de revoir les passages à niveau qui ont fait et font encore des morts dans des accidents (trains/ voitures) des plus dangereux, pour cause de défaillance au niveau des installations.

Peut-être cela sauvera-t-il les motards qu’on arrêtait jadis en masse pour le non port de casques de sécurité et qu’on laisse mourir désormais en l’absence de conscience individuelle du danger.

Peut-être que cela attirera l’attention sur les chiens dangereux qui se vendent sur les réseaux sociaux librement. Peut-être que cela nous épargnera les chiens errants qui vivent parmi nous, qu’on a commencé à abattre et qu’on laisse désormais libres, faute d’un moyen de lutte échappant à la vindicte des défenseurs des animaux.

Peut-être que l’on comprendra que les rues où l’on a coupé l’éclairage public (et ce même dans les villes dites touristiques et dans les quartiers modernes de la capitale) sont un danger pour nous. Car l’absence d’éclairage (payé pourtant sous forme de taxe ) étant propice aux vols et aux incidents et accidents peut s’avérer périlleuse…

Et la liste est longue. Longue de détails certes, mais de détails ayant trait à votre rôle principal, vous, nos gouvernants. Une liste qui en dit long sur le quotidien de citoyens dont l’Etat ne se soucie plus du quotidien.

Proies de l’anarchie qui règne, victimes de l’incivisme de certains, nous sommes les sacrifiés de la démocratie, celle qui a peur d’offusquer et qui laisse faire.

Parce que nous avons peur de voir se généraliser la loi de la jungle, nous avons besoin de voir régner la loi, de recréer un cadre disciplinaire propice à une vie commune en toute sécurité et de rééduquer à la vie en société ceux à qui, en l’absence de crainte, les règles de base échappent.

Fortes pensées à Jamil Chaker, père de la défunte Hager, éminent universitaire, qui m’a enseigné la littérature et continue encore à m’en insuffler la passion.

 

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Le Brexit et nous

L’on s’est réveillés, ce vendredi 24 juin, sur une nouvelle qui n’en finira pas de bouleverser le monde. Brexit, les eurosceptiques ont eu gain de cause. Les Britanniques ont dit leur mot et leur mot était des moins prévisibles, les sondages d’opinion ayant été très loin d’anticiper pareille tendance.

Frilosité internationale. Mais, en Tunisie, on se frotte les mains en pensant dinar.

C’est que notre monnaie en baisse vertigineuse depuis un certain temps y gagnerait. Elle y gagnerait non pas en s’appréciant davantage mais en se dépréciant moins. Les bourses ont, en effet, enregistré des baisses notables et l’Euro ne cesse de dégringoler.

Il y a incontestablement à gagner dans ce divorce européen. Nous pouvons ramasser quelques débris des pots cassés. Mais voulons-nous vraiment de cela ? La baisse qu’enregistra l’euro, le dollar ne la connaitra pas. Les gains ne sont donc pas si grands que ça pour s’extasier, convier les experts sur les plateaux et évoquer joyeusement l’impact positif du Brexit sur la Tunisie.

Car l’impact sur la Tunisie sera indirect, dans un premier temps. Mais, outre l’aspect monétaire, les accords conclus avec la Grande Bretagne seront probablement revus. Le pays du « leave » va devoir, en effet, revoir tous ses accords conclus sous l’égide de l’UE (selon l’accord d’association). Il devra renégocier ses traités commerciaux dont ceux conclus avec la Tunisie et d’autres pays africains. Il peut donc y avoir du changement, même si la Grande Bretagne n’est pas un partenaire de taille pour la Tunisie.

La crise qu’engendrera le Brexit aura un effet boomerang qui commence à se faire sentir, à quelques heures de l’annonce des résultats du vote. D’un point de vue géostratégique, le monde ne sera plus le même.

Le Royaume-Uni est en marche de connaître une mutation de taille, si le Brexit finit par le faire désintégrer. Du côté de l’Ecosse et de l’Irlande, on réclame, en effet, l’indépendance et le schisme risque de ne pas être qu’au niveau des choix. Du côté d’autres pays où les eurosceptiques sont amenés à dire leur mot également, le risque de désunion européenne est imminent et l’effet domino fortement envisagé.

L’Europe est en train de vivre un deuxième Sykes_Picot, sur ses terres cette fois-ci ; non pas selon la carte des intérêts mais selon celle du désintérêt pour un projet ne correspondant plus à une tendance sociologique générale. Ce repli sur soi se comprend au vu de la montée du nationalisme dans plusieurs pays d’Europe. Y ont été explorées les limites de la prospérité économique espérée et les affres des politiques d’austérité.

Dans pareil contexte, l’Allemagne sera en position de force politique et économique (la Bourse de Frankfurt pressentie pour suppléer celle de Londres qui risque de perdre toute attractivité). Quant au Royaume-Uni, il faudra qu’il se cherche un allié pour les jours difficiles qui l’attendent. Le camp américain, selon plusieurs observateurs, en sera le premier.

C’est ce que le peuple a décidé, c’est ce que la démocratie a voulu. Le monde ne fera qu’observer et subir.

En Tunisie, a-t-on envisagé pareil retournement de situation ? On le devrait, si ce n’est pas déjà fait. Nous devons appréhender de nouveau et au bon moment l’ami britannique. Le démarcher, négocier avec lui, en tant qu’entité nouvelle et non partie intégrante d’un tout, une entité qui risque de perdre son rôle de leader économique et celui de puissance parmi les puissances de la scène politique internationale.

Le contexte de récession générale impactera inévitablement des pays loin du contexte européen. Les soubresauts politiques et sociaux susceptibles d’en découler mettront à mal la stabilité d’un monde déjà déboussolé.

Il nous faudra deux ans pour observer ces mutations, le temps que la décision soit englobée et ses retombées entièrement cernées. Du côté tunisien, a-t-on réfléchi à l’impact de cette crise interne au sein de l’UE, s’est-on préparé pour négocier autrement nos accords, a-t-on pensé au contexte de crise générale et à la manière dont nous pouvions nous en mettre à l’abri ?

Une étude aurait été menée au niveau du ministère tunisien des Affaires étrangères, une étude globale, comme le ministère en fait souvent en pareilles circonstances et qui, on l’espère, ne finira pas au fond d’un tiroir rempli de documents similaires. Mais la communication entre les différents départements n’a jamais été notre fort.

Du côté des politiciens, la question ne se pose même pas. Nos hommes politiques ont du mal à envisager une stratégie à court terme pour gérer leurs problèmes internes. Ceux qui sont au pouvoir sont du mauvais côté de la force, pour la majorité. Celle qui tire vers le bas ou loin de l’essentiel.

Nous sommes dans un monde qui ne se vit plus sans stratégie. Pourvu que les décideurs le comprennent ! « Gouverner, c’est prévoir », écrivait le journaliste et politicien Emile de Girardin, message que n’auront compris, vraisemblablement, que ceux qui prévoient de nous gouverner.

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Quand le ramadan accentue nos défauts, nous sommes encore loin de l’avenir

Le mois de Ramadan est à son début. 30 jours de vie au ralenti pour une Tunisie qui n’a toujours pas trouvé son rythme de croisière.

Côté administrations, c’est un laisser-aller aussi habituel que dangereux qui prime.

Fonctionnaires absents ou en retard, service mou et rendement frôlant le zéro pour cent. Kamel Ayadi n’y pourra rien. La paresse en pareille saison est régulière et la conscience citoyenne, notion à l’intensité occasionnelle.

Les paroles du ministre de la Fonction publique, de la gouvernance et de la lutte contre la corruption ne seront qu’un tour de communication verbale plus ou moins bien assuré, les mauvaises habitudes ont l’ancrage bien profond.

Du côté des banques, c’est vers 12H45 que le travail s’arrête. Le labeur de nos banquiers se résume à une moyenne de 5 heures par jour au maximum. Après cela le service s’arrête. Soit près de 5 heures avant la rupture du Jeûne; n’est-ce pas abusé? Le temps de faire un tour au marché, une sieste, une pause télé plus longue, elle, que la journée de travail.

Tunis en mode Ramadan, c’est des routes vides le matin et désertiques l’après-midi. Drôle de parenthèse hors du temps pour un pays qui tente de se relever dans la douleur. Le dinar est à son taux le plus bas. Les signaux économiques sont au rouge. La relance est pénible. Le tunnel est long et le bout invisible encore. Et pourtant la Tunisie s’offre des vacances « pieuses ».

C’est vrai qu’il nous faut prier pour nous en sortir!

Même en politique, le flou est dramatique. Un appel à un gouvernement d’union nationale lancé par le président de la République et un brouhaha en écho. Entre ceux qui se voient déjà à la tête de ce gouvernement, ceux qui veulent parasiter le message, ceux qui ne l’ont pas compris et ceux qui l’applaudissent, le Tunisien est on ne peut plus blasé. Au diable, les politiciens et vive la télé!

Tel est le slogan de la conjoncture! A vos écrans, vite partez! C’est la course à qui regardera le plus de feuilletons télévisés. C’est haletant, dégoûté, dépité qu’on le retrouve le soir, ce Tunisien-téléspectateur-internaute, accessoirement citoyen.

Il crie sa rage sur les réseaux sociaux contre des émissions qu’il regardera, religieusement, trente jours durant. Il pleure les millions de dinars déboursés pour une production télévisée très en-deça des standards minimaux. Il râle, il insulte, il jure ses grands dieux qu’il ne se laissera plus piéger et il reviendra à sa télécommande, entre deux posts Facebook, regarder la médiocrité… pour la dénoncer ensuite.

Médiocrité quand tu nous tiens! Et elle nous tient! Elle s’accroche à nous comme à elle nous nous accrochons. Nous en sommes gavés régulièrement, persuadés pourtant que nous méritons mieux.

Mais dans la logique des choses faisant qu’en l’absence de créativité, le prosaïque devienne la norme, nos écrans ne font que nous renvoyer notre propre image. La violence verbale, la goujaterie, l’incivisme et toutes les autres tares sociales, c’est un diagnostic triste mais bien à nous.

Notre situation économique alarmante, elle est à l’image de notre paresse collective, de notre conscience endormie, de notre zèle dans l’absence de zèle. Notre politique chancelante, elle est à l’image de nos choix.

Qu’avons-nous d’autre à faire à part prier que cela s’arrête, et nous dire que nous sommes en 1437 (année de l’hégire). Nous aurons l’impression d’être plus dans l’ère du temps, un certain temps…pas celui de l’avenir, indubitablement.

 

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BCE – Essid: De la « Nation gâteau » à la « Nation couffin »

Après la parabole de la Nation gâteau dont les morceaux se partagent entre alliés au pouvoir, voici venue l’image de la Nation couffin dont on se charge tous, citoyens comme gouvernants, de porter l’anse. La Tunisie devient ce lourd fardeau que nous devons tous assumer pour pouvoir poursuivre tant bien que mal la marche vers un avenir brumeux.

Beji Caïd Essebsi l’a dit dans son interview télévisée du 2 juin 2016. L’heure est au pragmatisme. Oui, Monsieur le Président, nous l’avons compris. Bien avant!

La prochaine période sera celle des changements. Le président de la République a évoqué la possibilité de mettre en place un gouvernement d’union nationale, un potentiel départ de Habib Essid et un nouvel échiquier politique donc.

Le chef du gouvernement se dira ce matin prêt à toute éventualité susceptible d’être bénéfique pour le pays. Rendez-vous est pris entre les deux hommes lundi prochain. L’ordre du jour est déjà bien évident: redistribution de cartes en vue d’une nouvelle manche.

L’éventualité qu’avait avancée à son tour le troisième chef tunisien, président de l’Assemblée es Représentants du peuple est une démarche visant à créer un gouvernement consensuel.

Tel que décrite par Mohamed Ennaceur, la configuration nouvelle devrait inclure l’Union générale des Travailleurs tunisiens (UGTT) et l’Union Tunisienne de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat (UTICA). Le tout complété par une représentativité des partis déjà au pouvoir et de ceux dits d’opposition. Opposition? Que deviendra-t-elle dans ce melting-pot politique?

Il est vrai qu’un syndicat au pouvoir cela est tellement original que l’on aurait presque envie de voir.

Si ce n’est cette peur de faire subir à un pays qui chancelle un essai clinique dont il se passe bien. Centrale patronale et centrale syndicale alliées aux commandes du pays, cela est un moyen d’essayer de calmer les tensions sociales elles-mêmes génératrices de malaises économiques aigus.

Mais peut-on avancer en démocratie sans contre-pouvoir? Quelles seront les composantes de l’opposition dans pareil schéma? Certes l’exécutif avancera sans encombre, mais vers où?

Changer de gouvernement voudra dire changer de données de base et changer de données de base donne l’impression que la trajectoire est loin d’être déterminée. Encore une période de remue-ménage, de partage de sièges, de jeu de chaise musicale, d’installation, de cartons faits et d’autres défaits, d’affinités avec les dossiers pour une maîtrise de portefeuille tout juste atteinte par les ministres actuels.

Il faut dire que les indicateurs sont au rouge, toujours au rouge, a-t-on presque envie de dire pour signifier que cela n’a pas changé récemment. Il faut dire que le climat social est nettement plus stable qu’il y a quelques temps.

Il faut dire que certains ministres sont désormais performants et qu’ils y ont gagné même en popularité comme le disent les sondages. Il faut dire que le terrorisme n’a pas sévi depuis un moment et que des réussites sécuritaires ont été réalisées. Alors pourquoi du changement maintenant?

C’est du côté de la politique que ça tangue. La fissure au sein de Nidaa qui a du mal à être rafistolée n’en a pas fini de mettre à mal l’édifice d’après élections. Le parti au pouvoir n’a plus sa vigueur de la veille.

Ce déséquilibre tangible à l’échelle de l’Assemblée a, inévitablement, ses répercussions sur l’exécutif. Le malaise parmi les partis au pouvoir, la querelle Nida UPL, les positions en dehors de la bulle de Afek Tounes, l’échéance élective à venir, en l’occurrence les municipales de 2017, autant de réponses probables à la question du pourquoi qui pourrait tarauder celui qui observe et qui ne comprend pas.

La réponse est politique pour une question quasi vitale, non pas pour un parti, mais pour tout un pays. La réponse est un peu trop politique pour faire le consensus espéré car la politique des stratèges est une maladresse quand l’enjeu est la survie.

« Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise ». Nous sommes bien dans la logique de Jean Monnet.

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Néjiba Hamrouni: Le repos de la guerrière

L’information a été annoncée, hier, en fin de soirée.

Néjiba Hamrouni est décédée le 29 mai 2016, des suites d’une longue maladie. Un dernier combat pour celle qui a consacré sa vie à la lutte pour la liberté de la presse.

L’ancienne présidente du Syndicat National des Journalistes Tunisiens a surtout œuvré pour que le pouvoir n’interfère pas dans le cadre du journalisme, ni comme outil de répression et de pression, ni comme moyen de corruption et d’amadouement.

Néjiba Hamrouni est de ces femmes qui ne sont pas rares en Tunisie, femmes qui croient en une cause et qui se battent pour, malgré tout.

Malgré la pression du pouvoir en place avant la révolution, malgré la haine vouée et ostentatoire des caciques du régime déchu après, malgré les moqueries en relation avec la couleur de sa peau, malgré sa maladie, Néjiba Hamrouni a été comme on la surnomme la lionne d’un secteur que certains avaient intérêt à mettre en cage.

La « Kahina du journalisme », comme l’a surnommé notre confrère du journal La Presse, Abdel Aziz Hali, Madame Liberté de la presse, comme l’a surnommée Frida Dahmani notre consœur de Jeune Afrique, la Doyenne, comme l’appelaient ses collègues, a fait de sa vie une bataille pour son corps de métier.

Un dernier hommage lui a été rendu aujourd’hui au SNJT, lors d’une oraison funèbre chargée d’émotions et de fierté, pour elle, pour nous.

Le corps de Néjiba Hamrouni a trôné dans la salle de réunion du Syndicat des Journalistes, son portrait a été accroché de nouveau aux côtés de celui de Néji Bghouri, actuel président dudit syndicat.

Elle qui avait écrit récemment qu’en se rendant dans les locaux de l’Avenue des Etats Unis, elle avait constaté que son portrait n’y était plus, parmi ceux des différentes figures du journalisme tunisien, ce qu’elle aurait était fière de savoir que c’est en grande famille que les journalistes tunisiens lui ont dit adieu.

Forte est cette image de la famille Hamrouni et de la famille de la presse réunies dans une même salle. Autour du cercueil, mère, sœurs, tantes et en face les journalistes, ses amis, les membres du bureau du SNJT et Néji Bghouri.

Politiques, figures de la société civile, journalistes, techniciens, animateurs, écrivains, ils étaient nombreux à attendre leur tour puis à passer présenter des condoléances aux deux familles de la défunte.

Image forte car elle symbolisait l’union de la presse tunisienne dans ces circonstances tristes et exceptionnelles. Elle symbolisait la force d’un corps de métier qui se reconstruit dans la douleur depuis la révolution. Elle symbolisait l’unité d’un secteur que les différences des-uns et des autres ont fait éclater, à coups de « qui est plus révolutionnaire que l’autre? » et « qui est plus à cheval par rapport à la déontologie que ses confrères? ».

Abstraction faite de ce que les-uns reprochaient aux autres et de ce que certains ont reproché à Néjiba Hamrouni dans le cadre de son mandat de quatre ans à la tête du SNJT, ils étaient nombreux à saluer la battante qu’elle a été. Ils étaient nombreux autour de l’ambulance dans laquelle le cercueil a été transporté vers le cimetière d’Al Batan, à la Manouba, non loin de Tunis.

Partie sous les applaudissements, Néjiba Hamrouni a quitté pour la dernière fois, l’Avenue des Etats-Unis où a retenti, ce midi, une voix féminine qui parlait en boucle de la défunte, de son parcours et de sa personne.

A l’intérieur des locaux, des caméras, des appareils photos, des saluts discrets et des échanges de regards chargés d’émotions, des gorges nouées et les pleurs des membres du SNJT qui l’ont connue de près. Les larmes d’une femme du personnel d’entretien, en tablier bleu et fichu sur la tête, étaient des plus transcendantes, des plus sincères et des moins intéressées.

Paix à l’âme de celle qui a fait de sa vie une guerre pour Nous.

Pensées dépitées pour les trois femmes de kasserine déchiquetées par une mine au mont Sammema alors qu’elles partaient chercher du romarin un certain lundi de mai.

 

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Ennahdha, ce pot de fer de la politique tunisienne

Enfin clos le congrès d’Ennahdha, le dixième, celui qui survient après des décennies de vie commune entre la Tunisie et la pensée politico-islamique, décennies houleuses et une relation plus stable désormais.

Un congrès en grande pompe, donc, comme pour célébrer les cinq ans d’activisme politique public, après des décennies de clandestinité, d’exil et de traque.

Ce parti qui, au sein de ses structures, a noué avec la démocratie est, à l’échelle nationale, de plus en plus solide.

Son congrès, on en parlait longtemps avant et on en parlera longtemps après. Il faut dire que la rigueur politique, en Tunisie, c’est assez rare. La rigueur partisane, on ne l’a connue que par excès de zèle ou abus d’autorité.

La discipline du parti islamiste au pouvoir, l’organisation de ses adeptes, les échéances importantes réglées comme du papier à musique, cela surprend et laisse perplexe. A en faire envier les partisans frustrés des partis dits démocrates, qui peinent à s’identifier à ceux qui sont censés les représenter politiquement!

Si cela n’est pas voulu comme une démonstration de force, ça l’aura été, en définitive.

Le parti islamiste qui se veut désormais civil a offert à ses fidèles, aux officiels, aux concurrents politiques accessoirement alliés, aux Tunisiens et même à l’étranger qui scrute l’islam politique de près, un spectacle grandiloquent qui en dit long sur ses capacités et surtout sur son potentiel.

Le parti sorti gagnant des dernières élections et qui avait pris Ennahdha pour allié au pouvoir en perdrait presque sa primauté, en matière de communication et d’image. Presque? Gardons cela relatif, peut-être aurait-on droit à un sursaut même furtif.

La dialectique Ennahdha et Nidaa, le gagnant et le perdant, le conservateur et le progressiste, l’islamiste et le bourguibiste, enfin réconciliés autour du trophée Tunisie n’est pas sans rappeler la fable de La Fontaine et sa morale ô combien instructive et prédicative:

Ne nous associons qu’avecque nos égaux ;
Ou bien il nous faudra craindre
Le destin d’un de ces Pots.

Nidaa s’est réuni aussi ce weekend, à Tabarka, sans spectacle et sans spectateurs, non pas autour d’un leader mais d’un éventuel futur leader, en l’occurrence Youssef Chahed ministre des Affaires Locales.

A l’ordre du jour, entre autres, les élections municipales.

Prévue pour 2017, cette échéance élective est hautement politique et sera déterminante pour l’avenir des partis sur le court terme et pour les carrières des uns et des autres sur le long terme.

Rached Ghannouchi président de la République à l’avenir, une fois son parti bénéficiant d’une assise légitime, une fois sa perception comme figure consensuelle admise, une fois Ennahdha devenu parti national et non islamiste, une fois le bleu emblématique changé en rouge.

Nidaa à deux têtes n’y pourra plus rien. Stratégie politique et amateurisme politique obligent.

Les observateurs l’auront, toutefois, compris, pour Ennahdha ce ne sont pas les carrières qui importent mais le groupe et la pensée collective. Tous oeuvrent pour ce but commun.

Que le meilleur gagne la partie, c’est cela le jeu démocratique. Que le gagnant épargne la patrie, c’est cela la noblesse du jeu.

Les petits pots dans les grands, le parti de Rached Ghannouchi fait peau neuve pour affronter un avenir politique plus ambitieux qu’il ne l’a jamais été.

Le rêve du parti sorti de la clandestinité et désormais sous les feux des projecteurs est on ne peut plus réalisable.

La figure de son leader reconduit à la tête du parti a gagné- et on travaillera encore à la faire gagner- en crédibilité dans l’objectif d’un jour J.

La mutation est en marche au sein d’Ennahdha, comme à sa marge, dans les structures inhérentes au parti comme face à la masse.

Une masse électorale faite d’opposants de plus en plus sans teneur, de sceptiques sans alternatives et de conquis que l’on continue à prêcher comme pour les rassurer sur l’avenir du parti sur lequel ils ont depuis longtemps misé.

Il n’en demeure pas moins qu’Ennahdha version 2.0 n’est pas tout à fait réconcilié avec son avenir, du moins celui qu’il vise- ou dit viser.

Le parti qui se veut démocrate par sa manière de se gérer et d’appréhender son propre leadership a réélu à sa tête Rached Ghannouchi avec un taux de 75%. Point de changement majeur donc.

Le chef reconduit reste la figure phare de ce parti qui s’offre un lifting très partiel.

Pas de montée en puissance des femmes d’Ennahdha (10% environ des membres de Majles Choura), pas dans les structures décisionnelles, mais juste disposées, dans le sens de la parité, en avant-boutique.

Quant aux jeunes, ces chevilles ouvrières, qui constituent l’avenir et seront l’essence de la réelle mutation à venir, ils ne sont toujours pas très visibles à l’échelle nationale ou trop peu.

Leurs aînés, les militants d’avant-révolution, n’ont pas encore tout dit et l’ouvrage décennal, ils en sont encore les maîtres et les garants.

Tant que la scène politique nationale est en chantier, le travail stratégique est encore de mise et les cartes à jouer encore à l’abri des regards. La mise est importante et l’enjeu l’est encore plus.

Ennahdha l’a bien compris et travaille en fourmilière pour. D’autres ne font que bourdonner.

Egaux en héritage: Rêve altruiste ou manœuvre politique?

Voilà qu’en Tunisie, le débat se tourne de nouveau vers une problématique qui risque d’être de taille: l’égalité en héritage. Un projet de loi déposé par le député indépendant Mehdi Ben Gharbia fait déjà débat parmi les politiciens et divise au niveau de l’opinion publique.

Fustigée par certaines personnalités politiques, la démarche de Mehdi Ben Gharbia est loin de faire l’unanimité.

En attestent la prise de position de la députée du parti islamiste Ennahdha Yamina Zoghlami jugeant que la femme a d’autres priorités et la volte-face du Front populairedont certains leaders figurent parmi les 27 signataires et pour qui l’heure n’est pas à pareils débats.

Il faut dire que la situation tunisienne est bien délicate et que ce projet pâtit déjà d’un problème de leadership en la personne de celui qui le porte, en l’occurrence Mehdi ben Gharbia. L’absence de background féministe, éclairé de celui-ci, son passage de jeunesse par Ennahdha, l’absence d’assise partisane portant la démarche de cet indépendant font que l’initiative laisse sceptiques quelques-uns. On regarde alors du côté de l’agenda, on est dubitatif par rapport à la volonté première de cette initiative, on est suspicieux par rapport à son initiateur.

Pourtant la démarche de Mehdi Ben Gharbia n’est plus sienne tout à fait, elle est désormais portée par ses signataires dont certains étaient présents à ses côtés à la conférence de presse tenue le lundi 9 mai 2016, comme à l’événement de pré-annonce qui s’est tenu la veille. Un choix stratégique a fait rallier, à ce projet, des députés de plus d’un parti, tous en l’occurrence ou presque, Ennahdha manquant à l’appel.

Et c’est vers Ennahdha, en effet, que les regards se tournent. Le parti qui organise son Congrès dans quelques semaines aurait prévu, à l’ordre du jour, une réflexion autour de son orientation première. L’aspect religieux serait, ainsi, en passe de se muter en aspect civil. Le parti islamiste s’en trouvera ainsi détaché de sa tendance principale et une prise de position de caractère idéologique serait déterminante pour confirmer ou infirmer pareil changement. Si le parti de Rached Ghannouchi s’oppose à l’égalité en héritage en avançant l’argument coranique sa démarche sera décrédibilisée. S’il approuve la proposition en question il sortira grandi et en matière de communication cela sera la confirmation d’un statut nouveau à l’égard duquel beaucoup demeurent fortement sceptiques.

L’aspect idéologique que recèle la question qui, à nous, désormais, se pose augure donc d’une série de débats, d’une polémique pluridimensionnelle et d’une crainte dans un contexte où les grandes échéances ont été ponctuées par des questions d’ordre idéologique ayant abouti à une scission entre clans: les dits laïcs (dans un détournement étymologique très local faisant d’eux, presque, des mécréants) et les conservateurs (dans un rapport au texte religieux oscillant entre l’appui et le déni).

Nous sommes, en effet, dans le pays des paradoxes. Une société matriarcale et machiste à la fois où le débat déjà jugé hors-contexte sera attaqué par des non-pratiquants qui prendront l’argument religieux comme base de leur conservatisme. Le sujet purement législatif, son aspect politique, sa base féministe, sa visée « droit de l’hommiste » sont déjà confrontés à une querelle religieuse à laquelle le Mufti de la République a été le premier à prendre part. « le Coran est clair là dessus » et celui-ci ne laissait « aucune place à l’interprétation » car « la volonté de Dieu ne peut être changée », a affirmé Othmane Battikh dans une déclaration radiophonique.

L’argumentaire religieux auquel fait face ce projet pourtant de nature hautement sociétale fera dévier le débat vers un aspect déjà connu et qui a créé une distanciation par rapport à une certaine élite tunisienne, celle des universitaires spécialisés, d’une frange de la société civile et des constitutionnalistes qui essaient de proposer une lecture nouvelle à certaines dispositions, de participer à la séparation entre l’Etat et la religion et d’appréhender, autrement que par le prisme rigoriste, le texte saint et sa mise en pratique quotidienne.

L’égalité en héritage ne concernera pas que l’élite qui le portera, elle n’exclura pas la femme rurale, elle ne sera pas que le projet des femmes. C’est, en effet, un projet dont les retombées seront aussi économiques, un projet qui créera du nouveau dans le cadre de l’accession à la propriété souvent majoritairement masculine, de la détention de capital potentiellement propice à la création d’entreprises, de l’émancipation financière surtout dans les zones rurales où l’on a encore du mal à réclamer son héritage même quand celui-ci est exploité injustement par les frères.

Le projet de Mehdi Ben Gharbia est celui de toute une société. Il est un des projets de vie de certaines féministes, il est le bébé longtemps porté par l’Association tunisienne des Femmes démocrates, il est l’œuvre d’universitaires de renommée. Mais il n’est pas le projet d’une élite dite « laïque » et mené contre la religion et ses codes.

C’est d’ailleurs un projet de réforme qui n’est pas que tunisien. Pareille réflexion a déjà été amorcée au Maroc et en Iran. Car la société n’est pas figée et sa dynamique constante, une réflexion dans ce sens pourrait être envisagée.

Toutefois, il serait utile que l’aspect politique s’estompe, que la querelle religieuse soit freinée au profit d’une vision plus pragmatique, que les bénéfices individuels pouvant découler de l’initiative soient occultés au nom d’une démarche collective plus globale pour que la vision ne soit pas biaisée et le projet ne soit pas récupéré.

Passera, passera pas. Le débat risque d’être long et houleux. Nous avons jusqu’à la rentrée pour lancer les paris, croiser les doigts ou serrer les dents.

 

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Si ce message te parvient c’est qu’ils n’avaient pas tout faux ceux qui disaient que les grands ne meurent pas

6 avril 2000, on enterrait Bourguiba.
6 avril 2016, on enterre Sghaier Ouled Ahmed.

Si ce message te parvient c’est qu’ils n’avaient pas tout faux ceux qui disaient que les grands ne meurent pas, que les artistes ne meurent jamais, que les poètes étaient immortels.

Moi, cette femme et demie que tu as vantée, moi cette Tunisienne que tu as chantée, moi ce vers exceptionnel que tu as composé, te charge, en ce jour triste, pour nous, délivrant, pour toi, de transmettre ce message à un autre grand qui, le même jour que toi, avait repris racine dans cette terre de Tunisie.

Sghaïer, dis-lui qu’il a combattu seul pour la Tunisie et que nous combattons tous pour elle, désormais. Pour sa liberté conquise puis perdue, pour ces statuts promulgués et mis à mal, pour son entité que l’on souhaite garder indemne, malgré tous les changements.

Dis-lui Sghaïer, que nous avons changé. Qu’il y a 16 ans, nous étions quelques centaines, quand il fallait lui rendre un dernier hommage, et que nous sommes des milliers, aujourd’hui, à lui faire honneur. Dis-lui que nous avons dépassé ses défauts, réalisé l’ampleur de ses paroles, compris, quelques décennies après, ses discours, fait abstraction de ses tics et réalisé enfin qui il était et quel projet de société ce visionnaire nous avait préparé.

Avise-le que le marketing politique a fait de son nom des produits dérivés partisans, que la politique l’a réintégré, dans sa logique de réhabilitation intéressée, comme fonds de commerce. Même sa statue déplacée retrouvera le centre de Tunis, prochainement. Moyennant quelques milliers de dinars, cette générosité posthume fera des émules et les émules feront des fans du bourguibisme revisité.

Raconte-lui Sghaïer comment nous avons pris les choses en main et comment nous essayons de ne pas perdre cela de vue. C’est bien qu’il sache que nous avons connu enfin la démocratie et que nous nous tuons pour qu’elle ne nous lâche pas. Nous nous tuons, non par l’image mais en vrai ! Des Tunisiens meurent encore pour que ce pays recouvre la liberté et que le drapeau reste rouge et ne se noircit pas. Relate-lui nos martyrs, nos deuils, nos couvre-feux. Nos sit-in, nos manifestations, nos slogans. Dis-lui les épreuves et les leçons, les promesses, les trahisons et la détermination. Dis-lui le peuple uni et l’apprentissage de la différence, les erreurs commises, les fautes de parcours et le parcours qui n’en finit pas de nous épuiser.

Récite-lui un de tes textes, il saura que nous savons désormais apprécier le patriotisme, le vrai. Qu’il ne se confond plus avec l’hypocrisie, l’arrivisme politique et les éloges qui maquillaient en mauve le rouge et réduisait la patrie à un unique parti. Récite-lui la femme, les réussites, Nobel, Habiba et Hédi. Le cinéma, la culture, les prix… Dis-lui nos victoires et ne lui parle pas de nos prochains combats. On attendra de les avoir gagnés, pour lui en faire état.

Sghaïer, n’oublie pas de lui dire que nous sommes, aujourd’hui, 12 millions ou presque à aimer la poésie, à savourer plus que jamais ta poésie. A bénir tes images et à brandir ton image dans un Jellaz rempli. Un vers truffé de style, que cette terre de Tunisie où tu seras enterré, où il a été enterré. Cette terre fertile, vous en êtes le fruit et la graine. Nous enterrons des talents et il en poussera d’autres, différents à chaque fois mais tout aussi étonnants. Des talents qui feront que se perpétuent, par nous, le respect pour les grands et que soit revisité, à travers eux, le sens de la Nation.

Hommage à lui, le père renié puis adopté de nouveau, à toi Sghaïer, le vers, et à Adel, la voix (animateur radio enterré le même jour).

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Zeyneb Farhat, une vie de passionnée

Sirotant un thé vert à la menthe, écoutant la cantatrice libanaise Tania Salah et s’extasiant sur le texte de Mahmoud Derouich, Zeyneb Farhat, femme de théâtre et militante tunisienne, s’attable très souvent dans le hall de son espace, Elteatro, et observe la vie qui l’anime.

Celle qui dit être venue au théâtre par le hasard du parcours se voyait interprète dans sa jeunesse. Elle rêvait de voyages, de cultures différentes et de découverte de l’Autre. C’est pourtant vers une carrière journalistique que sera orientée, momentanément, la jeune rêveuse.

Du prestigieux lycée de la rue du Pacha à l’Institut de Presse, donc. S’ensuivent des missions pour des médias américains, au bureau régional de VIS NEWS  et NBC, puis en freelance pour le Heralt Tribune et Reuters.  « C’était l’époque où la Tunisie intéressait pour l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) qui avait son bureau principal et pour la Ligue arabe qui y siégeait. Avec le départ de ces deux institutions la Tunisie a commencé à moins intéresser », lance-t-elle.

 

Zeyneb Farhat appréhende aussi bien la nostalgie que l’avenir avec le même regard qui brille. Elle n’est pas de ces Tunisiens qui regrettent, dans l’inaction présente, un passé qui aurait été celui de toutes les gloires pour leur pays. Elle n’est pas de ceux dont l’optimisme niais ne voit pas les défis qui attendent ses compatriotes et qui, selon elle, devrait les animer. « Défi », quand le mot revient dans sa bouche, il s’accompagne d’un sourire de revanche, celui qui en dit long sur les épreuves affrontées et les succès cumulés pour celle qui avoue « adorer les commencements, les lancements et les débuts ».

 

Présente au lancement d’El Teatro, il y a trente ans, elle a vu le pays changer, le spectateur muer, la révolution opérer. « Fille de Tunis », elle est de cette génération qu’elle qualifie de chanceuse, qui a connu le centre ville la nuit, sans l’insécurité, et la médina le jour, sans le harcèlement.  «  Ce que me rapportent, désormais, des jeunes filles qui viennent dans la salle ne ressemble pas à la ville où moi-même j’avais grandi ».

Au premier rang des militants s’étant opposés à la première version de la Constitution tunisienne jugée liberticide, en juin 2013, Zeyneb Farhat affiche une grande fierté quand il s’agit d’en commenter la dernière version. « Nous nous sommes mobilisés pour ce pays, pour les jeunes qui y grandiront. Nous leur avons dressé les bases, à eux de poursuivre l’édifice », c’est ce qu’elle dit avancer à chaque jeune qui lui renvoie du négativisme quant à la destinée de la Tunisie. « Maintenant, il faudra revoir nos lois et les rehausser à la hauteur de cette Constitution », ne maque-t-elle pas de noter.

 

Les problématiques féministes, elle les porte à cœur. Membre de l’Association tunisienne des Femmes démocrates, elle a été de tous les combats, mutant, en projets artistiques, les problématiques majeures évoquées par l’ATFD. Racisme, violence à l’égard des femmes, héritage… , à El Teatro, elle a décliné cela en conférences, et productions théâtrales et cinématographiques.

 

Elle qui se remémore encore la victoire d’une bande de jeunes ayant signé une pétition au café de l’hôtel International du Centre ville pour que restent ouverts les cafés pendant le Ramadan, se dit très attachée aux droits, aux lois, aux libertés. « Bourguiba avait intimé à Mzali cette année-là de rouvrir les cafés, nous avions permis de faire changer les choses et c’est pour cela que je refuse cette manière non esthétique et irrespectueuse avec laquelle on dissimule maintenant les devantures des restaurants restant ouverts, presqu’en cachette, quand c’est le ramadan ».

 

Malgré sa conscience des enjeux de la conjoncture par laquelle passe le pays, Zeyneb Farhat garde sa détermination entière pour être de tous les combats en lesquels elle a foi. Et cela ne l’empêche pas de vivre pleinement son rôle de maîtresse de maison. « A un islamiste qui m’avait dit à une rencontre « restez chez vous et occupez-vous de votre foyer », j’avais répondu que, comme je sais être personnage public, je sais faire tout ce que m’ont appris mes mères ».

 

Car des mères, Zeyneb Farhat s’enorgueillit d’en avoir deux (mère et belle mère), tout en déplorant le fait qu’elle n’ait pas connu son père, mort alors qu’elle était trop jeune. Et quand elle se souvient de la vie qu’elle menait au domicile familial à Bab Souika entre ses 9 frères et sœurs dont ne demeurent vivants que six, ses réminiscences s’apparentent à un film de Boughdir. « Nous allions de notre quartier populaire de la capitale au Belvédère, à pied. En meneuses de troupes, les deux mamans en sefseri (voile blanc), et aux chœurs, nous tous, deux à deux, mains dans la main, chantant sur un air commun « un kilomètre à pied ça use, ça use… ».

C’est cela la possession de la rue !  Notre destination de sortie était le grand caoutchouc de ce parc de Tunis. Nous disposions des nappes et nous installions pour jouer, les deux mamans nous surveillant assises à son ombre, sefsaris baissés au niveau des épaules. Et quand venait l’heure de partir, nous refaisions le trajet à l’envers vers notre domicile où nous passions directement au bain, grande kasâa où on nous frottait avant de nous mettre au lit ».

C’est cela la madeleine de Proust de Zeyneb Farhat, qui sait savourer aussi bien les plaisirs passés que l’instant présent, et qui en parle avec la même fougue.

 

Sa jeunesse, elle la synthétise en noms, en références, en dates aux souvenirs rarement personnel mais souvent collectifs car liés à une histoire de partage. « Je suis de ceux qui ont vu Mahmoud Derwich en live, en 1978, à la salle Ibn Rachiq et de ceux qui ont vu naître leur amour pour le 7 ème art au Ciné Club de la même salle de l’avenue de Paris », déclare Zeyneb Farhat. Elle se souvient encore de la nature de son engagement et de la ténacité qui l’a accompagné quand il s’était agi, lors de la première saison artistique de son espace, de faire venir en Tunisie la troupe d’Al Qods dirigée à l’époque par François Abou Salem. Et elle parle avec le même enthousiasme quand il s’agit de dire son « bonheur de travailler avec des jeunes et de voir éclater des talents ».

 

Celle qui se décrit comme une bonne gestionnaire, explique que toute femme gérant son foyer l’est, en définitive. « Elle l’est pour son art d’avoir toujours une table garnie pour sa famille, pour celui qui fait que les siens ne manquent de rien. Je me demande encore, à ce titre, comment faisaient mes deux mères pour avoir fait notre bonheur à tous, seulement avec la pension de mon père ».

Quant à elle, « arrivée, dans ce monde, sans références », elle se dit reconnaissante à son frère et son compagnon de l’avoir soutenue dans les premiers moments. Rigoureuse et pointilleuse sur les détails pouvant générer des conflits, elle dit gérer, d’une manière contractuelle, même ses relations professionnelles avec ses frères, Raja et Oussema, respectivement homme de théâtre et musicien.

 

Et quand elle parle de musique, c’est sur une note extasiée qu’elle le fait. Chaque nom qu’elle cite pour dire son amour de la chanson arabe comme pour celle occidentale est ponctué d’un silence emphatique donnant à Leila Mourad, à Abdelwahab, à Claude François, à Jimmy Cliff, à Naema, Oulaya, Jacques Brel et Habbouba, l’importance qu’ils ont sur la scène musicale et dans son cœur de mélomane.

 

Dans son espace théâtral viennent tous les jours des jeunes par dizaines se former aux arts de la scène, mais aussi à celui d’être spectateur « cela s’apprend, en effet. Comme l’acteur se prépare dans sa loge, celui qui vient voir une pièce doit faire de même. Un va- et- vient esthétique doit les réunir», explique Zeyneb Farhat. Et ils sont près de 250 personnes à se former tous les ans à El Teatro Studio, atelier qui se tient dans l’espace éponyme et dont la garante des lieux parle avec beaucoup de fierté.  « J’interdis l’accès à la salle d’El Teatro à ceux qui feraient la négligence d’y venir habillés en jogging », indique la maîtresse des lieux avant d’expliquer que « c’est une histoire de dialectique du beau que l’on doit envoyer pour en recevoir en retour ».

 

Autant de fierté quand elle évoque, également, son projet du moment : l’association « Zanoobya ». Le nom en dit long sur cette proximité avec la figure historique du même nom. «  J’ai décidé d’aider les écolières des zones rurales, celles qui peinent à se rendre à leurs écoles situées à des kilomètres de leurs domiciles». Car Zayneb Farhat se dit hostile à toutes les injustices avec un degré de sensibilité plus intense quand il s’agit des femmes.

 

Elle perçoit le théâtre, cet art qui se définit, par essence, par le jeu et les rôles, comme « un des arts de scène vivants où il n’est pas permis de faire le rusé, parce que ce qui s’y propose sur scène, en émotions, est tout de suite capté par les spectateurs». A ses deux  filles qui n’ont pas développé la même passion pour le théâtre, Zeyneb Farhat se dit, tout de même, fière d’avoir appris « l’essentiel ». Ce qui la résume et accompagne son parcours de femme, de femme de théâtre et de militante, « les plus belles valeurs universelles : ne pas mentir, ne pas mépriser, ne pas céder devant les apparences. Le tout porté par le culte du doute et par la passion».

 

 

 

 

 

 

 

En photo- Meurt-on pour sa patrie, un jour?

Douze sécuritaires sont morts dans l’attaque terroriste de Ben Guerdane. Douze noms que la Tunisie ancrera dans son Histoire, comme y ont été ancrés, avant eux, des milliers d’autres. Des noms que la patrie garde, en sa mémoire collective, comme un ensemble, une entité globale, nommée sacrifice. La patrie se construit, nourrit ses valeurs, confirme sa valeur, de cette notion faite de noms, de larmes et de sang.

En ces temps difficiles, le don de soi devient une valeur commune, faisant oublier à tout un chacun qu’il est un et ancrant, en lui, la conviction qu’il est partie d’un tout nommé patrie. Plus qu’un pays donc, ce bout de terre, pour qui des Tunisiens se donnent. Plus qu’un pays, ce pan de culture, pour qui des mères pleurent mais font des youyous, aussi, en signe d’adieu à leurs enfants morts pour que nous vivions.

Les valeurs humaines se gomment ainsi au profit de celles nationales. Les slogans patriotiques prennent forme et transcendent toute autre norme morale. « Mon pays est plus important que mes enfants », a lancé hier, dignement, un père de famille ayant perdu sa fille de 12 ans dans les attentats de Ben Guerdane.

Cette générosité dépasse toutes les campagnes de communication, elle dépasse toute forme de sensibilisation, elle dépasse tous les discours politiques. Cette générosité est le sens même de l’épreuve, celle qui vous fait mesurer votre ancrage dans vos racines, celle qui vous rappelle vos racines, celle qui vous donne la chair de poule en écoutant l’hymne national scandé aux portes d’un hôpital régional par où sortiront les corps sans vie de ceux qui ont fait des leurs une offrande à cette patrie.

Douze noms de plus et plus encore dans la liste des sacrifices que nous payons, que paieront des familles, des mères, des pères, des enfants. Pupilles de la Nation que ces Tunisiens éplorés par une perte nommée sacrifice! « Le sacrifice de soi est le sens de la vertu », écrivait Aristote.

La vertu devient, en cette Tunisie nouvelle, ce sacrifice commun. Elle est cette générosité devenue norme qui nous dit que nous ne sommes pas des habitants mais des citoyens, que le pays est avant tout patrie, que, pour lui, on peut mourir ou voir mourir ses enfants et brandir un bras levé et revanchard vers un avenir qui peine à sourire. Cette générosité-vertu nous sort de l’anecdote et nous fait entrer dans l’Histoire. L’Histoire inclusive faite de noms et de sang, de générosité et de dons, de cris et de youyous et de nobles valeurs.

Alors meurt-on un jour, pour sa patrie ? Non ! Tant qu’elle vivra par nous.

Paix aux âmes de :

Sofiène Ben Ahmed

Mehdi Chemlali

Abdesselem Saâfi

Mohamed Afif

ABdelkerim Jeri

Boulaares Erradaoui

Ramzi Zrelli

Mohamed Yassine Soltani

Abdelati Abdelkebir

Hassine Mansouri

Abdelbassete Meraii

Ghaith Guetif

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