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Nidaa, de votre succès, vous ferez notre perte

Crise. Guerre d’égos. Bataille de bandits. La puberté attardée de Nidaa n’est pas belle à voir. Mais pas que ! Nidaa n’est pas ce petit parti qui pourrait se déconstruire sur un coup de tête comme il s’est construit en un coup de baguette. Le parti au pouvoir serait trop jeune pour le pouvoir. Il est, d’un autre côté, trop impliqué dedans pour se permettre des écarts aussi tristement spectaculaires. Nous n’avons même pas besoin de suivre un quelconque regard pour savoir à qui le crime profite. Ceux qui y perdent sont, quant à eux, nombreux et, jusqu’ici, ignorés.

En cette période mouvementée, parmi les islamistes on se reconstruit une jeunesse, on se forme, on tisse son réseau, on s’offre une nouvelle image et on se fait des amis parmi ses ennemis. Ces amis devenus dès lors les ennemis d’eux-mêmes. Car du côté de Nidaa l’accession au pouvoir a été, continue à être et sera probablement pour longtemps, une épreuve éreintante. Et à l’épreuve ne résiste que le plus fort, le plus organisé, le plus prêt. Et le plus prêt pour la longue durée, celui qui a fait profil bas pour mettre main basse au bon moment c’est bien l’islamisme politique revisité d’Ennahdha. Tout va bien pour Ennahdha, tout va mal chez les démocrates !

Il faut dire que nous avons des démocrates au « démocratisme » pathétique. Quand il s’est agi de sujets à portée idéologique ils se sont montrés conservateurs. Des questions comme les sanctions pénales à l’encontre des relations homosexuelles, comme l’arrestation d’une jeune fille et d’un touriste après une nuit passée à l’hôtel ont remis à l’ordre du jour le degré d’ouverture des plus ouverts d’entre nos hommes politiques au pouvoir. Et ça frôle le zéro. A tous les niveaux ! Quand ce n’est pas au niveau des actions, c’est au niveau de la communication. On rame et on rame depuis des mois. Et du côté des Nidaïens, on tente encore de convaincre ceux qu’on a bernés la veille que tout va bien et qu’ils n’ont presque pas été arnaqués.

L’arnaque du siècle a pourtant cessé de fonctionner. N’y croient encore que ceux qui ne sont pas encore parvenus ou ceux qui le sont un peu trop pour une volte-face. Les autres ont compris que le vote utile a ruiné la scène politique tunisienne. Un des grands acquis d’après-révolution a été la pluralité parmi les partis. Mais pour rafler la mise, Nidaa avait usé d’un slogan présentant comme inutile tout vote à un autre parti même du même camp. Paradoxalement donc, avec la victoire de Nidaa, les démocrates avaient été les perdants. Leur électorat récupéré. Leur poids rapetissé. Leur existence inutile, du coup. Arrivé au pouvoir, Nidaa se ralliera à son ennemi de la veille. Celui pour l’élimination duquel il avait appelé au vote pseudo utile. Les Nidaïens se sont rassemblés pour nous faire haïr l’islamisme. Ils ont fini par nous offrir à lui, sur un plateau.

Car au-delà de la querelle d’une bande de politiciens plus apprentis que chevronnés, c’est de l’avenir de tout un pays qu’il s’agit. Le parti qui s’offre en spectacle depuis dimanche dernier est le parti au pouvoir. De sa stabilité va celle du pouvoir en place. De sa fragilité nait celle de toute la Tunisie. Le déluge chez Nidaa pourrait être synonyme de changements politiques aussi importants qu’inopportuns. Car qui dit rupture à Nidaa, dit éclatement au sein du bloc parlementaire. Et qui dit implosion à l’Assemblée des représentants du peuple dit nouvelle majorité et donc nouvelle répartition du pouvoir. Les figurants pouvant ainsi devenir les héros de la prochaine période. Les votes anti-islamistes par essence auront, dans ce cas, abouti à l’accession au pouvoir de ceux contre lesquels le vote sanction avait été imposé par Nidaa comme une évidence patriotique.

Et c’est par patriotisme, si ce mot a encore un sens pour certaines figures partisanes connues et méconnues, que Nidaa et ses dirigeants devenus chefs de bandes devraient cesser le spectacle désolant qu’ils nous offrent. Outre l’aspect pitoyable qu’ils donnent à leur parti, c’est du prestige de l’Etat qu’il y va. Oui, prestige de l’Etat ! Leur cheval de bataille d’avant les élections. Celui qui a présenté en période de campagne Béji Caïd Essebsi comme le leader pouvant redorer les blasons d’une République ternie par le règne d’une Troïka défaillante. Ce même Béji Caïd Essebsi devenu président de cette même République est aujourd’hui impliqué dans des querelles vulgaires. Il est partie prenante d’une affaire ne faisant pas partie de ses prérogatives voire allant à leur encontre. Le président de tous les Tunisiens en redevient le patriarche de Nidaa. Il est en effet le père d’un des principaux protagonistes de cette guerre intestine secouant le parti qu’il a fondé. Il est aussi un des premiers à avoir essayé de résoudre les conflits en convoquant des élus de Nidaa, lesquels ont refusé, en partie, sa convocation. Pauvre Etat, de ton prestige on aura fait une farce pour des dindons.

Dindons dans une basse cour, voilà ce que devient cette classe politique sans classe. En frôlant les abîmes, elle traine tout un pays derrière elle. Car ce pays qui avait envisagé la pluralité comme porte de sortie de la dictature se retrouve désormais sans alternatives. Les autres partis du même bord ayant été achevés par Nidaa dans sa course au pouvoir. Toutefois, les électeurs que Nidaa avait détournés au moyen de l’appel au vote utile sont encore là. Ils constituent un poids ayant déjà montré sa capacité de faire un contrepoids quand les enjeux politiques sont déterminants pour le pays. Y a-t-il encore des partis pouvant les attirer ? Des slogans pouvant les convaincre ? Des politiciens susceptibles de les récupérer ? Au sein de nos partis, la réflexion stratégique n’est de mise qu’en période de précampagne. La considération pour l’électeur potentiel n’est appliquée que pendant la campagne et nos leaders politiques ne sont des leaders que devant les caméras et ce pour une durée bien déterminée. Une fois leur arrivisme assouvi, ils lâchent prise. Bien mal acquis ne profite jamais, selon le proverbe. Succès sans mérite ne profite pas à celui qui l’a eu, Nidaa en exemple.

Les hommes du président

Ils sont près de 3000 personnes à s’affairer régulièrement autour du président de la République Béji Caïd Essebsi. 2500 font partie de la sécurité présidentielle. 200 occupent des postes administratifs et 20 ont un rôle – clé dans le cabinet de celui qu’on a élu, depuis quelques mois, président de la République.

C’est derrière son bureau situé dans une bâtisse mitoyenne au Palais présidentiel que nous a accueillis Moez Sinaoui, porte-parole de la présidence de la République. La quarantaine ou presque, l’homme qui nous reçoit est un des plus influents de Tunisie. La nature de son poste, sa proximité avec le président de la République et sa relation avec la plupart des médias tunisiens font de lui le Monsieur com’, le plus influent du tout Tunis. Toutefois Moez Sinaoui nous parlera très peu de sa personne. C’est de Béji Caïd Essebsi qu’il préfère parler, incontestablement. C’est le cas de nombre de ses collègues au service communication et au cabinet présidentiel.

Ce président qu’on nous décrit comme un modèle d’écoute et un exemple en matière de travail en solitaire travaille au milieu de collaborateurs proches issus, essentiellement, de son parti Nidaa Tounès. C’est la loyauté envers l’ancien candidat devenu président qui aura permis aux collaborateurs de la veille de continuer à accompagner, régulièrement, celui qui est devenu, depuis le 22 décembre 2014, président de la République.

Béji Caïd Essebsi s’est aussi entouré d’experts qui le conseillent, chacun dans son domaine de spécialité et d’une manière plus ou moins régulière, pour les affaires d’ordre juridique, diplomatique ou militaire. Celui qui « écoute, par ailleurs, tout le monde » a, tout de même, son cercle proche. Proches collaborateurs, conseillers, amis du soir. Ils sont nombreux à connaître le président de prés, à l’écouter, à le conseiller, à échanger avec lui officiellement et officieusement. Qui sont ces hommes et ces femmes du président ?

Premier cercle – Technicité et dossiers spécifiques :

Deux hommes et deux femmes conseillent BCE pour les dossiers spécifiques. Une parité totale, en somme, pour celui qui avait été élue par un million de femmes. Le président de la République est conseillé quand il s’agit de dossiers rattachés à la sécurité, à la diplomatie ou aux problématiques d’ordre juridique. Ils sont quatre à remplir ces missions occasionnelles et spécifiques à la fois. Ils travaillent tous autour d’un directeur de cabinet au rang de ministre imposant et rigoureux, Ridha Belhaj.

Ridha Belhaj

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Il est ministre – directeur du cabinet du président de la République. Son entourage le décrit comme un homme infatigable, par ailleurs, avec une « énergie de folie » et un rythme de travail que, seul lui, arrive à suivre. Sa caractéristique selon ses compagnons de route: la fidélité. A Nidaa dont il était le directeur exécutif. Et, désormais, à BCE dont il est le bras droit. Celui qu’on dit être l’homme des dossiers difficiles, est consulté et écouté tous les jours par le président de la République. Une proximité reposant sur des collaborations par le passé. M.Belhaj était en effet secrétaire général du gouvernement dans le gouvernement de Béji Caïd Essebsi en 2011, puis ministre délégué auprès du Premier ministre. Ridha Belhaj est avocat de formation, une profession – passion qu’il partage avec le président de la République.

Et les autres :

Khemaïs Jhinaoui :

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Il occupe le poste de conseiller diplomatique au cabinet du président de la République. Béji Caid Essebsi l’écoute dans les affaires en rapport avec les Relation internationales.
M.Jhinaoui est un avocat et un ancien ambassadeur (Russie et Royaume Uni). Il avait par ailleurs été secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement que Béji Caïd Essebsi avait dirigé en 2011. Alors que la Tunisie a de plus en plus besoin d’avoir des relations harmonieuses avec les pays voisins et amis et que le contexte politique libyen et arabe d’une manière générale n’est pas au beau fixe, conseiller diplomatique est une fonction utile pour mettre à plat les tensions et orienter dans le bon sens la politique étrangère du pays.

Kamel Akrout :

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Il est le premier conseiller à la Présidence de la République, chargé de l’Organisation et du suivi des conseils supérieurs. C’est un ancien contre-amiral à la Marine nationale, attaché militaire auprès de l’ambassade de Tunisie à Abu Dhabi et ancien directeur général de la sécurité militaire. Dans cette Tunisie où le volet militaire est de premier ordre, M.Akrout, homme discret qu’on voit peu, est celui que Béji Caïd Essebsi, chef suprême des forces armées, écoute.

Raoudha Mechichi :

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Elle est conseillère juridique de la Présidence de la République.
Juriste de formation, elle est l’ancienne présidente de la chambre contentieuse d’appel au Tribunal Administratif de Tunisie. Celle qu’on décrit comme une femme rigoureuse et stricte est, occasionnellement, écoutée par le président de la République et remplace Ridha Belhaj lorsque celui-ci est absent. On la voit peu dans les médias, mais on la croisera dans les couloirs de la présidence, le regard sévère et la mine stricte.

Saïda Garrach :

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Elle est conseillère auprès du président de la République chargée de la relation avec la société civile et des dossiers sociaux. Mme Garrach est une avocate dont le nom rime, en Tunisie, avec cause féminine. Membre du bureau exécutif de Nidaa tounès, elle bénéfice d’une grande confiance de la part du président, d’après l’entourage « présidentiel ». Alors que la transition s’avère difficile et que la société civile devient, en Tunisie, un pion fort de la scène politique, Saïda Garrach a un rôle important pour rapprocher autorité et société civile et dissiper les tensions sous fond de demandes insatisfaites qui pourraient exister entre les deux parties. Le dossier qu’elle a en charge, elle le gère en collaboration avec son « homologue » au gouvernement, Kamel Jendoubi, ministre chargé des relations avec les institutions constitutionnelles et la société civile.

Une équipe jeune :

Celui à qui on reproche l’âge avancé s’est choisi des coéquipiers proches assez jeunes. Trois personnes occupent les devants de la scène, tout en s’affichant très peu. « Notre maître mot c’est discrétion et profil bas et notre but commun est la réussite de la mission du président de la République », nous déclare un membre de l’équipe de Béji Caïd Essebsi. Ils s’y affairent tous, au quotidien, à un rythme pouvant avoisiner les 14 heures par jour nous révèle-t-on. Tout est étudié, préparé et réfléchi mais exécuté à la manière du chef, c’est à dire dans la spontanéité et l’improvisation.

Selim Azzabi :

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Le numéro 2 de la campagne présidentielle de Béji Caïd Essebsi (après Mohsen Marzouk) occupe, depuis l’élection de son mentor, le poste de premier conseiller en charge du Secrétariat général de la Présidence de la République. Des anciens de Nidaa tounès, c’est celui que Béji Caïd Essebsi voit le plus. On le décrit comme un travailleur hors pair faisant du 14 heures de travail par jour. Un jeune dynamique et réservé en qui le président et son entourage auraient entière confiance. La parenté par alliance avec la famille du président y serait pour beaucoup, selon certains détracteurs. Quoiqu’il en soit Selim Azzabi est celui qu’on voit partout aux côtés du président. Il est diplômé de l’Université de Toulouse en Monnaie et Finance et de l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris (ESCP) où il a suivi le Programme des Cadres Dirigeants en Stratégie et Finance. En 2004, Selim Azzabi a fondé un cabinet de conseil en finances à Tunis.

Firas Guefrech :

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Ce trentenaire est conseiller auprès du président de la République chargé du système d’information et de la documentation. Il était le responsable image de Béji Caïd Essebsi lors de la campagne présidentielle et connaît donc de très prés celui qui est devenu, malgré les critiques relatives à son âge, le président tunisien. Sa relation avec son chef est affective et pragmatique à la fois, apprend-on de personnes proches des deux hommes. Un choix basé sur la préférence du modèle moderniste à celui islamiste et une fidélité basée sur une sympathie certaine pour celui qui avait été le candidat laïc par opposition à Ennahdha. Firas Guefrech est un médecin mordu de politique. Il serait, à entendre ses anciens acolytes de Nidaa tounès, « conseiller en tout ». Communication, politique, recherche… c’est le conseiller polyvalent, d’après nos sources.

Moez Sinaoui :

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Allure élancée et crâne rasé, Moez Sinaoui est celui que les anciens compagnons de Nidaa tounès encore autour de BCE apprécient peu car seul élément étranger au parti. Le porte-parole officiel de la présidence de la République est, en effet, un des rares collaborateurs directs du président à n’avoir pas appartenu au parti au pouvoir. En revanche, Moez Sinaoui avait été aux côtés de Béji Caïd Essebsi lors de son passage par la Kasbah en 2012. Il avait dirigé les services de presse du gouvernement de mars à décembre 2011 puis a pris en charge la direction de la communication de l’Union pour la Méditerranée (Upm) à Barcelone. L’avocat de formation et diplomate de carrière est assisté dans sa tâche au palais de Carthage par Aïda Klibi, ex-directrice du service de presse de Nidaa tounès. Un tandem assurant, en plus d’autres collaborateurs, la communication digitale et officielle de la présidence de la République. Moez Sinaoui est celui qui lit l’actualité étrangère et tunisienne et en rapporte l’essentiel à Béji Caïd Essebsi. Il pense les événements majeurs et les répliques – clés du président de la République. Il prépare ses sorties et réfléchit à ses discours. Dernier événement en date, la fête de la Femme dont Moez Sinaoui est le maître d’ouvrage. Un 13 août fêté d’une manière nouvelle, dans les jardins du Palais, jusque-là inexploités pour de telles occasions. L’événement avait rassemblé 1000 femmes issues de milieux professionnels différents. Un événement voulu symbolique comme le sera la fête de l’arbre que la Tunisie fête le 9 novembre de chaque année et que Moez Sinaoui prépare déjà, à sa manière.

Deuxième cercle – Figures politiques et partisanes :

Béji Caïd Essebsi voit plus ses ennemis que ses amis, nous déclarent des membres du staff présidentiel. Le président de la République rencontre souvent ceux qui travaillent comme lui à la « direction » du pays. Il voit également ses adversaires politiques de la veille et ceux qu’on perçoit déjà comme ses potentiels successeurs au pouvoir. Topo.

Politique par excellence :

Collaborateurs réguliers, les trois présidents mènent ensemble l’embarcation. Ils se voient souvent et se concertent pour les décisions délicates. Essid, Ennaceur et Béji Caïd Essebsi sont les trois personnalités à la tête des trois têtes de l’Etat. Présidence de la République, gouvernement et assemblée de Représentants du peuple sont gérées, de manières séparés certes, mais sans relation conflictuelle. Essid et Ennaceur connaissent Béji Caïd Esebsi depuis Nidaa Tounès ou ont déjà travaillé avec lui dans le cadre du gouvernement qu’il avait dirigé. Aux côtés d’eux une figure hétéroclite : Rached Ghannouchi, leader islamiste et chef de son parti Ennahdha, parti diamétralement opposé à celui de Béji Caïd Essebsi. Mais ça c’était pendant la campagne. L’issue après les élections aura été toute autre. N’en déplaise à des électeurs désabusés par une proximité dérangeante entre les meilleurs ennemis de la veille.

Habib Essid :

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Le chef du gouvernement est celui que le président de la République voit le plus, à en croire l’entourage des deux hommes. Le locataire de la Kasbah n’est pas inconnu à Béji Caïd Essebsi. Les deux avaient travaillé ensemble en 2011. L’un était alors chef de gouvernement et l’autre, ministre de l’Intérieur. Un portefeuille délicat à une période délicate de transition. Une mission accomplie d’une manière satisfaisante aux yeux de l’actuel président et c’est un poste des plus importants que le spécialiste en agriculture obtient en prime. Celui qui a occupé, de 2004 à 2010, le poste de directeur exécutif du Conseil oléicole international à Madrid a, quand des missions importantes lui ont été attribuées, abordé plus ou moins surement une carrière politique qui l’a amené vers le sommet de l’Etat. Habib Essid aurait été choisi par Béji Caïd Essebsi lui-même pour ses qualités de discrétion et d’écoute. Quoique chacun opère désormais dans un champ ne dépendant pas de celui de l’autre, celui qui dirige le gouvernement et celui qui préside la République travaillent conjointement sur plusieurs dossiers, se voient régulièrement et se concertent pour les décisions importantes. L’harmonie caractérisant leur relation est à l’opposé de la relation chef de gouvernement/ président de la république ayant prévalu à l’époque de Hamadi Jebali.

Mohamed Ennaceur :

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Mohamed Ennaceur est le président de l’Assemblée des représentants du Peuple. Il est féru de musique classique et avait été l’initiateur du festival d’El Jem. Il avait été ministre des Affaires sociales à deux reprises à l’époque de Bourguiba car il était le plus spécialisé à l’époque dans le domaine en question. Il a occupé le même poste, de nouveau et à deux reprises également, dans les gouvernements ayant fait suite à la révolution de 2011 dont celui présidé par Béji Caïd Essebsi. M.Ennaceur est celui qui a succédé à l’actuel président de la République à la tête de Nidaa tounès. Points communs avec l’actuel président, l’âge et la diversité de l’expérience politique. Les deux hommes à la tête du pouvoir législatif et celui exécutif s’écoutent et se concertent. Le pays ne serait de ce fait pas et malgré la séparation des pouvoirs mené par trois forces différentes mais par une concordance des trois présidences.

Rached Ghannouchi :

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Le chef du parti Ennahdha est une des personnes que le président de la République voit le plus, révèle le staff du président. Conservatisme et modernisme politiques font bon ménage dans cette Tunisie d’après – transition. Les élections de 2011 avaient ramené les islamistes au pouvoir. Celles de 2014 les en a écartés. Toutefois, le parti Nidaa a opté pour une cohabitation choisie en travaillant avec le parti islamiste. « A chaque fois qu’il le demande, Rached Ghannouchi » est accueilli par le président de la République », nous révèle-on. C’est que Béji Caïd Essebsi reçoit plus ses ennemis que ses amis, ajoute notre interlocuteur. La relation avec le leader islamiste est loin d’être conflictuelle. Ennahdha a choisi une position de modération reposant sur une attitude consensuelle concernant les dossiers difficiles. Le parti veut faire peau neuve et a de moins en moins d’ennemis déclarés. S’ouvrant à ses adversaires et ne se précipitant pas vers le pouvoir, le chef islamiste faisant figure de père du mouvement et de guide des adeptes semble vouloir incarner ouverture et modération. Béji Caïd Essebsi semble l’avoir accepté et Rached Ghannouchi semble avoir accepté de changer pour ne plus être l’anti – héros mais l’autre héros.

Partisans par essence :

Hommes politiques de la scène actuelle et probablement à venir. Appréciés, contestés ou reconnus. Ils sont proches de Béji Caïd Essebsi et l’information ne relève ni de la spéculation ni de déductions quelconques. Le président de la République les rencontre souvent, selon son service de communication. Concordance d’idées et autour de projets, liens plus forts que l’appartenance partisane et reconnaissance pour le parcours et pour l’expérience. Ils ont un statut spécial et font partie du cercle du président de la république.

Mohsen Marzouk :

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L’actuel secrétaire général de Nidaa est passé brièvement par la case Carthage après l’élection de celui dont il a dirigé la campagne. L’ancien conseiller politique du président de la République continue à voir régulièrement Béji Caïd Essebsi, nous informe le service communication du Palais de Carthage. « Béji Caïd Essebsi voit M.Marzouk comme son fils spirituel », nous précise-t-on. Mohsen Marzouk est, en effet, perçu comme un des hommes politiques « les plus présidentiables ». S’il y avait des élections primaires, il serait, selon de nombreux observateurs, un des principaux candidats. Encore faut-il qu’il réussisse sa mission à la tête de Nidaa tounès… Malgré sa position partisane, M.Marzouk n’a pas cessé d’occuper la scène officielle. Sa présence lors du voyage aux Etats-Unis aux côtés du président de la République et le fait qu’il ait signé alors un mémorandum d’entente avec le pays hôte n’était pas passé inaperçu. Mohsen Marzouk est « l’homme de la prochaine étape » déclarent certains Nidaïstes. Béji Caïd Essebsi père symbolique du mouvement Nidaa en est conscient. Le potentiel candidat bénéficie régulièrement de son attention et de sa sympathie, n’en déplaise aux détracteurs !

Hafedh Caïd Essebsi :

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Le vice-président de Nidaa tounès n’est autre que le fils du président de la République. Il fait partie de ceux que celui-ci rencontre donc très souvent, selon les responsables de la communication de la présidence de la République. Le fils Caïd Essebsi n’en finit pourtant pas de déranger publiquement et au sein de son parti. A Nidaa, la guerre des clans a toujours fait de lui le vilain petit canard. Des ambitions basées sur l’appartenance familiale cela dérange. Hafedh Caïd Essebsi a donc son propre clan à Nidaa mais aussi de vrais détracteurs. Publiquement, le fils Caïd Essebsi dérange dans cette Tunisie où les clans familiaux et les abus qui en découlaient ont fait des ravages incommensurables. Hafedh Caïed Essebsi ne manque pourtant pas d’être au centre de polémiques en relation avec son activité en inadéquation avec son statut. Celui qui n’a aucun poste officiel a pourtant rencontré le président turc Recep Tayyip Erdogan à Ankara et a été reçu plus récemment par le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères espagnol. A Nidaa on y lit la force du parti au pouvoir. Ailleurs, on y perçoit un mélange de casquettes pouvant amener vers des dérives déjà connues.

Mustapha Ben Ahmed :

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Le nom a été évoqué avec insistance par l’équipe com’ de la présidence de la République. Le député de Nidaa tounès au sein de l’Assemblée des représentants du Peuple serait un proche de Béji Caïd Essebsi. Le syndicaliste de renom serait un proche du président et les deux hommes se rencontreraient souvent. Pourtant Mustapha Ben Ahmed faisait partie de ceux qui préféraient qu’Ennahdha soit écartée du gouvernement actuel pour que la volonté des électeurs du parti soit respectée. Il n’aurait pas été écouté. Quant au polémique projet de loi de la réconciliation, le député nidaïste est favorable à l’oubli et au pardon à l’égard de ceux ayant collaboré avec le régime Ben Ali et s’en étant enrichis.

Portefeuilles sensibles :

Ils sont ministres. Ils font partie du gouvernement Essid. Ils faisaient partie de Nidaa tounès et Béji Caïd Essebsi était leur cheval de course. Ils ont des portefeuilles sensibles et les portefeuilles qu’ils gèrent, le président de la République s’enquiert au quotidien.

Saïd Aïdi :

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L’actuel ministre de la Santé est un membre de Nidaa tounes. Il était ministre de la Formation professionnelle dans le gouvernement de Béji Caïd Essebsi (et celui de Mohamed Ghannouchi dans le gouvernement d’Union nationale). Saïd Aïdi est un ancien de Polytechnique France. Il était directeur général en France d’une entreprise spécialisée dans l’édition de logiciels pour les zones Moyen-Orient et Afrique. Il avait été élu à l’Assemblée des Représentants du peuple avant d’être désigné pour un poste ministériel. Au sein de Nidaa tounès, Saïd Aïdi est un politicien soutenu par les siens ou du moins par une frange d’entre eux. On lui veut une carrière importante et la communication faite dans ce sens fait de lui une des figures importantes par son action sur la scène politique actuelle. Visites de terrain régulières, actions nombreuses visant la réforme et la reconstruction… Saïd Aïdi a l’image d’un ministre actif malgré les critiques nombreuses visant d’autres ministres. Saïd Aïdi est une des figures d’avenir de Nidaa tounès. Il est voulu comme tel.

Slim Chaker :

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L’actuel ministre des Finances avait occupé le poste de ministre de la Jeunesse et des Sports dans le gouvernement Béji Caïd Essebsi auparavant. Ingénieur en statistiques, il était directeur coordonnateur du Fonds d’accès aux marchés extérieurs et consultant international concernant le Programme européen pour la promotion des exportations en Jordanie. Il avait occupé le poste de secrétaire d’État chargé du Tourisme dans le gouvernement d’Union nationale. Et devient dès la fin de sa mission ministérielle chargé des programmes économiques et sociaux au sein de Nidaa. Le rôle de Slim Chaker et du ministère à la tête duquel il est est capital, dans cette Tunisie dont l’économie vacille. Renflouer les caisses, prendre les mesures nécessaires même celles douloureuses, instaurer une certaine austérité sans que cela n’impacte sur l’image du parti au pouvoir et sur sa manière de gérer le pays. Slim Chaker est un pion important dans la gestion actuelle et dans la cartographie à venir de Nidaa et ses potentiels dérivés.

Salma Elloumi :

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Elle est la ministre du Tourisme à une période où le tourisme pâtit plus que jamais des derniers événements l’ayant frappé de plein fouet. Son rôle pour tenter de réanimer ce secteur vital est primordial. L’image de la Tunisie à l’étranger en résulte également. Salma Elloumi est proche de Béji Caïd Essebsi car issue de Nidaa. Membre exécutif de Nidaa tounès et candidate aux législatives, elle avait été élue députée à l’Assemblée des Représentants du Peuple avant d’intégrer le gouvernement Essid. Salma Elloumi est épaulée dans sa tâche difficile par de nombreux acteurs importants du secteur. Des actions sont menées régulièrement pour corriger les séquelles que le terrorisme a infligées au tourisme tunisien. Le secteur dont la main d’œuvre est importante et les revenus en baisse significative est à soutenir. La présidence de la République s’y intéresse de très près. Salma Elloumi qui tenait les finances de Nidaa avait la confiance de Béji Caïd Essebsi. Sa mission délicate l’a beaucoup rapprochée de l’actuel président qui, rappelons-le, avait été, pour une période courte, ministre du Tourisme, à son tour, mais à une époque moins tumultueuse.

Troisième cercle – Les inconnus de la République :

Ils sont autour du président de la République mais n’ont pas de statut officiel particulier hormis une proximité quasi affective avec Béji Caïd Essebsi. De la période où il était en dehors du circuit politique, celui qui est devenu président de la République n’a gardé que très peu de relations. Férid Memmich en fait partie. L’intellectuel et ancien destourien qui avait été conseiller principal auprès du président de la République Foued Mebazaâ, vient d’ d être nommé représentant de la Tunisie à l’Organisation internationale de la francophonie. Toutefois Béji Caïd Essebsi voit de moins en moins ses amis proches, faute de temps probablement, de disponibilité aussi. Rachid Ferchiou, Docteur Moncef Mzabi et autres compagnons de longue date ne le voient plus que trop peu. Béji Caïd Essebsi a un planning partagé entre son rôle à la tête de l’Etat et sa vie de famille qu’il tient, selon nos sources, à préserver. Son frère Slah Caïd Essebsi, son épouse, ses deux filles, le président de la République les garde auprès de lui comme pour garder un certain équilibre utile pour leurs qualités d’écoute, de conseil et de légèreté.

Rafâa Ben Achour :

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Homme politique et juriste, Rafaâ Ben Achour était ministre délégué auprès du premier ministre dans le cadre du gouvernement Caïd Essebsi. Deux qualités ont donc fait que M.Ben Achour ait été dans l’équipe présidentielle en tant que conseiller auprès du président de la République. Toutefois, Rafaâ Ben Achour a démissionné de son poste auprès de Béji Caïd Essebsi en avril 2015. Pour cause, l’incompatibilité de sa fonction au sein de la présidence de la République avec son poste de juge au tribunal africain des droits de l’Homme. L’ancien de Nidaa tounès n’en demeure pas moins proche de Béji Caïd Essebsi, faisant partie de ses privilégiés.

Foued Mebazaâ :

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Homme d’Etat tunisien, Foued Mebazaâ a été le président de la République par intérim après le départ de Ben Ali. C’est que M.Mebazaâ présidait la Chambre des députés depuis 1997. C’est donc dans ce contexte que les deux avocats ont fait leur retour aux devants de la scène politique et dans des postes de décision. Le président de la République provisoire et le premier ministre de l’époque, en l’occurrence les amis Mebazaâ et Caïd Essebsi ont travaillé ensemble à une période délicate car transitoire et ayant abouti aux premières élections libres en Tunisie. La relation entre les deux hommes est plus amicale que protocolaire. Une relation de date et des affinités que décrivent les proches des deux hommes politiques.
Ensemble à paris même formation politique et mm ambition la libération.

Mohamed Moez Belkhodja :

11141366_908115012579890_104744217225139065_o(4ème à droite en partant de BCE)

Il est très peu connu en Tunisie et pourtant il ne rate presque pas une sortie, un voyage, un déplacement du président de la République, son patient et son beau-père. Moez Blekhodja est cardiologue et est le médecin de Béji Caïd Essebsi à la santé duquel il vieille au quotidien et dans la proximité. Sa présence a été remarquée lors des voyages de Béji Caïd Essebsi aux Etats-Unis et en France, mais aussi lors des visites surprises effectuées en Tunisie. Pourtant très peu mettent une identité sur le visage. En marge de la communication officielle, Docteur Belkhodja, gendre de Béji Caïd Essebsi est celui qu’on voit sans le connaître. A Béji Caïd Essebsi on reproche son âge avancé et un état de santé détérioré, s’afficher donc avec un médecin à ses côtés régulièrement pourrait être négatif. Dans une Tunisie ayant souffert de l’intrusion du familial dans le politique à travers Ben Ali et sa famille, le gendre Caïd Essebsi est celui qui est utile mais discret. Pour des raisons que tous savent et voudraient ne plus connaître.

C’est entouré d’une équipe de collaborateurs relativement jeunes que Béji Caïd Essebsi s’est avancé vers un poste auquel nombreux sont ceux qui ne le voyaient pas. Entouré d’une équipe plus restreinte mais aux prérogatives plus ciblées, l’actuel président tunisien entend mener à bien une mission délicate. La Tunisie d’après – révolution est, en effet, plus difficile à diriger et les Tunisiens plus difficiles à gérer. Les problématiques sont aussi différentes et l’approche pour les traiter délicate. Dossiers internes, problèmes régionaux, situation internationale particulière, autant de domaines où il faut s’entourer, écouter pour agir.

Du profil des différents hommes du président, trois tendances générales se profilent : Béji Caïd Essebsi a, d’une manière synthétique, des collaborateurs issus de l’avocatie, sa profession, sa vocation et sa formation à lui aussi. Il a des collaborateurs qui ont travaillé avec lui à l’époque transitoire lors de laquelle il avait occupé le poste de Premier ministre. Plusieurs de ses collaborateurs ont travaillé avec lui au succès de Nidaa tounès, à travers sa propre personne, lui le candidat d’un parti créé dans l’urgence pour contrer l’islamisme avec qui il a choisi, ensuite, de cohabiter. Des autres, Béji Caïd Essebsi n’a gardé que l’essentiel. Plus le temps pour les rencontres de courtoisie et pour les amitiés de la veille. Moins de monde autour de Béji Caïd Essebsi. Mais que du professionnel et du familial, en somme. Une équipe dynamique ayant un point commun : lui-même à une étape du parcours de chacun et une fidélité déjà mise à l’épreuve. Pas le temps pour les surprises car pas de temps pour les remaniements pour celui qui tente de garder intact son capital sympathie.

Ses compagnons de jour le décrivent comme un électron libre que la communication officielle a du mal à encadrer. Ses visiteurs du soir sont inconnus des services spécialisés, son agenda, ses communications téléphoniques… Béji Caïd Essebsi tient à garder la main dessus. Fort d’une longue expérience en politique, celui qu’on qualifie de renard politique est ce virtuose que le plus habile des chefs d’orchestre peinerait à encadrer. Un travail laborieux attend régulièrement une équipe décidée à donner le meilleur pour un président ingérable dans une Tunisie difficile à gérer.

Ben Gharbia, Akremi, Caïd Essebsi- Et le grand perdant est… !

Le syndrome de la vidéo virale a encore frappé la blogosphère tunisienne et il ne s’y est pas arrêté ! Un coup de pied dans la fourmilière est donné et une secousse de taille au niveau d’une classe politique en équilibre précaire. Les propos filmés de Moez Ben Gharbia auront été un électrochoc pour une Tunisie pourtant suspicieuse, depuis longtemps, quant aux événements l’ayant secouée, leurs tenants et aboutissants, et leurs acteurs affichés et, surtout, cachés.

L’animateur populaire et propriétaire de la chaîne Attessia est apparu affaibli, amaigri, terrorisé et menaçant, dans une vidéo qui a vite fait de se répandre. Le peu de données tangibles qu’elle contient ayant été exploité en long et en large et ayant fait l’objet d’analyses, de spéculations et de commentaires en tous genres et dans tous les sens, ce qui en reste d’intéressant, à ce stade, à appréhender est l’effet qu’elle aura produit. Avancer que des personnes au pouvoir connaissent les meurtriers de Belaïd, Brahmi, Tarak Mekki et Maître Ben Mrad ; insinuer une complicité de criminalité au sein même de nos dirigeants ; se réfugier à l’étranger parce que son propre pays n’a pas su le protéger car impliqué lui-même. Un sacré coup pour l’Etat !

A côté de MBG aura pris place, hier, en tête d’affiche, Mohamed Lazhar Akremi, ministre auprès du chef du gouvernement, chargé des relations avec l’Assemblée des représentants du peuple (ARP). Celui-ci a choisi le même jour pour présenter sa démission. Un droit incontestable qu’il n’a pas manqué d’étayer par des arguments et non des moindres. Le ministre démissionnaire et dirigeant de Nidaa Tounes a, en effet, accablé le pouvoir en place. Il s’en est désolidarisé, en l’accusant de corruption, constatée, sue et tue. Rien que cela ! La démission de Lazhar Akremi en elle-même n’est pas une grosse perte car le dirigeant de Nidaa sera réintégré dans un des tissus de son parti. Toutefois, ses propos ont des répercussions sur l’image du pouvoir en place. Un sacré coup pour l’Etat !

En Egypte et dans le cadre de sa visite au pays de Al Sissi, notre président de la République et abstraction faite des « écarts diplomatiques » justifiés par son équipe et ses proches, s’est joint à la mouvance générale. Interrogé sur l’article 230 incriminant la pratique de la sodomie, Béji Caïd Essebsi n’a pas manqué de répliquer virulemment aux propos de notre ministre de la Justice cités par une journaliste égyptienne. C’était à l’époque de la polémique autour d’un examen anal effectué à un jeune tunisien afin de détecter une « potentielle pratique sexuelle prohibée » (on choisit bien ses mots en pareils cas, car des médias et des « journalistes » veillent au moindre écart pour en faire des articles et en motiver des attaques). Mohamed Salah Ben Aissa avait, alors, évoqué la nécessité de revoir cet article et avait exhorté la société civile à réagir dans ce sens, dans le but d’engendrer une action commune subversive. Que nenni, déclarera le président de la République à partir de l’Egypte. M. Essebsi aura désavoué le ministre de la Justice en place. Il aura outrepassé ses prérogatives là où c’est le législateur le plus à même de répliquer et d’agir. Un sacré coup pour l’Etat, de dedans et à l’étranger, de surcroît !

Mondher Bel Haj Ali se ralliera à la troupe, aujourd’hui même, pour présenter des excuses sur les ondes de Mosaïque FM à l’adresse de l’ensemble des Tunisiens. « Nous n’avons pas tenu nos promesses électorales », a déclaré, solennellement et sur le ton d’un mea culpa, le dirigeant de Nidaa Tounes. Celui qui n’a voulu confirmer les tensions entre Habib Essid et Mohsen Marzouk que par un sourire, n’a pas manqué de dire, à sa manière, un certain échec du pouvoir en place.

La Tunisie pensait en avoir fini avec ses démons du passé et s’apprêtait à mieux gérer la bataille avec des démons autres. Les assassinats politiques, véritable point noir dans le parcours transitionnel tunisien, nos politiciens pensaient les avoir dépassés. Sans les avoir pourtant éludés, ces mystères ont été exploités politiquement et la quête de la vérité a servi de slogan partisan quand la quête des voix en plus était la première bataille. Les familles des martyrs ont été récupérées politiquement et même récompensées ensuite. Puis on est passés à autre chose, trop occupés à fouetter d’autres chats.

Alors qu’on parlait, il y a peu, de réconciliation, dans un tout autre contexte, voilà que la réconciliation déjà opérée de la Tunisie avec son passé est remise en question. L’image de l’Etat protecteur est suppléée par celle d’un Etat-complice, l’image d’un Etat neuf et régénéré est remplacée par celle d’un Etat-corrompu, l’image d’un pouvoir solide car unifié au niveau des directions à prendre est effacée au profit de celle d’un Etat à plusieurs maillons sur le point de rompre sous le coup des pressions. Plusieurs polémiques en somme et un seul perdant : l’Etat ! Y a-t-il déjà une alternative ? Les prochains jours nous le diront…

Crise syrienne- Le chant des sirènes nous parvient

Voilà une semaine tunisienne à l’actualité spéciale. On n’aura presque pas parlé de grèves, de sit-in, de bras de fer. On aura très peu parlé de menace terroriste, d’arrestations, de tentatives, de risques. On n’aura pas parlé relance, économie, tourisme, crise. On ne lira en tête d’affiche que des informations en relation avec la Tunisie et l’international.

Habib Essid à New York félicité par Ban Ki Moon. Le géant maladroit à la Kasbah a gagné en assurance à en voir sa prestation onusienne. S’en dégage l’image d’une Tunisie qui se réveille enfin. Ce n’est peut-être qu’une image, mais soit ! Ne nous focalisons pas que sur les critiques quand du positif se dégage du tableau général. Le chef du gouvernement a rassuré quant à la situation des femmes en Tunisie et a rencontré plus tard la Chancelière allemande, Angela Merkel, le Secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg et le président du Forum économique mondial. Notre Habib Essid national a représenté la Tunisie parmi les grands de ce monde, les plus influents surtout.

Béji Caïd Essebsi, s’envolera quant à lui dans les prochains jours vers l’Egypte. La visite présidentielle fait suite à une invitation du président Abdelfattah Al-Sissi. Les deux présidents réfléchiront donc, le 4 octobre, sur les possibilités de renforcement de la collaboration tuniso-égyptienne après une période de froid officiel et officieux entre les deux pays où le « printemps arabe » n’a pas pris la même tournure. L’Egypte a choisi son positionnement dans l’échiquier politique mondial. La Tunisie suit ses pas. Feuille de route en marche !

Rached Ghannouchi s’envolera, quant à lui, bientôt, vers les Etats-Unis. Le leader islamiste ira chercher un prix que lui accorde l’International Crisis Group pour les efforts qu’il aurait fournis dans le cadre d’un consensus constructif pour la Tunisie dans le cadre de sa transition politique. Cette distinction, Rached Ghannouchi la partage avec Béji Caïd Essebsi bénéficiaire conjoint du Prix du Fondateur pour les “pionniers dans la paix”. Après l’effort, les récompenses ! L’alliance contre-nature entre les deux partis ennemis avant les élections et alliés après, n’aura pas fait que des mécontents. L’ONG multinationale en est contente et reconnaissante.

Il faut dire que même l’OTAN est satisfait de la Tunisie, en ce moment. Une délégation de son Assemblée parlementaire était à l’Assemblée de Représentants du Peuple hier. Après l’exposé sur le rôle de cette assemblée fait par nos députés, encore en vacances jusqu’au 16 octobre, soit dit en passant, les membres de ladite délégation ont manifesté leur enthousiasme quant à l’exemple tunisien et au parcours accompli. Ils ont également exprimé leur volonté d’aider la Tunisie à affronter les difficultés à venir.
Le Forum économique mondial n’était pas en reste par rapport à cette euphorie générale quant à la Tunisie. Son président et fondateur Klaus Schwab a exprimé son respect pour le parcours tunisien. Les structures de son organisme seront mises à disposition de notre pays afin de favoriser le renforcement des relations de coopération entre la Tunisie et les pôles économiques influents dans le monde. Rien que cela !

C’est à se demander ce qui nous vaut tant d’égard de la part de la communauté politique et économique internationale. Il fut un temps pas si lointain que cela où la Tunisie peinait à combattre sans aide aucune la menace économique persistante et celle terroriste qui allait crescendo. Nos politiques dont l’apport était jugé médiocre sont devenus de véritables héros internationaux. Notre pays qui risquait la banqueroute, un exemple à suivre. La politique a ses dessous que le commun des mortels ignore.

Toutefois, le contexte international en relation avec le dossier syrien et celui de l’Etat islamique, la démonstration de force de la Russie, l’émergence de la Chine dans ce dossier, la position des Etats-Unis qui ne compte pas céder sa place parmi les plus grands de ce monde. La position de l’Allemagne et celle plus tâtonnante de la France. Tout cela n’est que l’esquisse d’une carte mondiale des forces qui se met en place. La Tunisie en sera un des pions.

Le contingent de terroristes présents en terres syriennes, la présence d’un leadership islamiste et s’annonçant civile à la fois, la promiscuité libyenne, la volonté d’en sortir à tout prix, et la présence de politiciens en quête de reconnaissance ne seront que des éléments favorables à l’intérêt croissant pour notre petit pays de la part de ceux qui se disent grands et qui ont l’intention de le faire savoir bientôt. Pourvu que cela ne nous trompe pas d’amis, d’alliés et de marionnettistes.

Journaliste de France 2 a interrogé le président Nazarbaïev sur l’affaire de corruption

Lors de la conference conjointe France kazakhstan, un journaliste de France 2 a interrogé le président Nazarbaïev sur l’affaire de corruption dans laquelle il est impliqué. Le président kazakh a répondu à la question embarrassante à côté d’un françois Hollande quelque peu gêné mais ne répliquant d’ aucune manière. Hier fait similaire chez nous. Le malheureux et détestable Mokdad a eu ce qu’il voulait: une heure de gloire parmi les siens, un buzz parmi ceux nombreux qui ne le supportent pas et la preuve que la liberté d’expression n’est belle à voir que chez les autres. La « leçon de journalisme » (on l apprlle ainsi ailleurs) devient sur nos terres audace excessive, goujaterie et synonyme d’incidents diplomatiques.

Mourir de réconciliation

La rentrée politique en Tunisie est placée sous le signe de la menace et de la rébellion. Depuis dimanche, ce qui se disait à demi-mots par les plus proches du ministère de l’Intérieur se confirme. Aujourd’hui, c’est le ministère de la Défense qui l’annonce : les terroristes pourraient frapper dans les prochains jours. Voiture piégée, ceinture d’explosifs, tout est possible, et partout. Des patrouilles sont déployées aux entrées des grandes villes, plusieurs bâtiments jugés sensibles sont protégés de très près et l’appareil sécuritaire est sur le qui-vive. Le pays est en état d’alerte, au vrai sens du mot ! Pourtant les opposants sont décidés à braver l’état d’urgence et ses impératifs pour opposer leur non catégorique au projet de loi de réconciliation. Inconscience des opposants ou abus des autorités ? De quoi rendre le peuple chèvre !

D’un côté, la menace qui gronde et de l’autre ceux qui n’en ont que faire. Hamma Hammami, figure nationale du NON, s’est exprimé, hier, sur les ondes de Mosaïque Fm pour dire que l’Etat exagère, s’agissant des menaces pouvant viser la Tunisie. La réplique ne peut être anodine, venant d’un homme politique qui, fort de son poids certain sur la scène nationale, aurait pu être élu président de la République. Le leader de Gauche a mis en doute, publiquement, les propos des officiels tunisiens et a contesté, de ce fait, les décisions qui en ont découlé. Une seule raison à cela : exercer son droit (et celui de ses troupes) de manifester leur refus à une loi pouvant mettre fin à la rupture avec les adeptes du régime Ben Ali.

Les arguments économiques importent peu aux yeux de ceux qui ne veulent rien entendre quant à la réinsertion sociale des Benalistes et la réintégration de leur argent dans le circuit économique. Cette loi, ils n’en veulent pas et, pour le dire, ils n’hésiteront pas à défier l’Etat lui-même. Mongi Rahoui, comme bon nombre de dirigeants de gauche, l’a annoncé. Ils iront manifester, ce samedi, malgré l’interdiction qu’a opposée le ministère de l’Intérieur à cette marche annoncée. Opposants politiques de tous bords comptent sortir, cette fin de semaine, affronter la police et braver l’interdit. Révolutionnistes, révolutionnaires, leaders politiques, bases partisanes et bases miliciennes marcheront au même lieu, à quelques minutes d’intervalles. A chacun sa marche, sa cadence et ses slogans. Mais tous auront un ennemi commun.

L’Etat, son appareil, et ses hommes serrent les boulons d’une Tunisie qui s’est trop relâchée pendant les années de transition. L’opposition est, quant à elle, les nerfs à vif sur un sujet tout autre. Elle voudrait surtout veiller au non-retour de la dictature et toute tentative de brimer la foule fait remonter, en elle, le traumatisme des monstres du passé. Quant au peuple, il les regarde béat. Les uns désespérés de la chose politique, les autres espérant le retour de Ben Ali lui-même. Qu’ils se réconcilient ou qu’ils s’entretuent, nous n’en avons que faire, semble penser la majorité de moins en moins bavarde car de plus en plus concentrée sur ses propres soucis.

Ils sont nombreux cette rentrée les Tunisiens qui ont plié bagages. Des universitaires, des jeunes médecins et des cadres ont préféré partir s’installer ailleurs avec les leurs. Ceux qui les envient et voudraient faire comme eux sont très nombreux. La Tunisie terre d’accueil serait de moins en moins accueillante. L’ambiance y est suffocante malgré l’air agréable du pays. Les gens tendus et l’impolitesse s’y installe là où la courtoisie est à inculquer. La fainéantise y a fait des ravages en nombre et l’incivisme y est un fléau déclaré.

« Ne venez pas chez nous. Ne croyez pas en la fausse promesse qu’on vous fait», a écrit cette semaine l’universitaire Olfa Youssef. L’appel lancé au peu de personnes pouvant être tentées par une visite à notre pays choque, de prime abord. En vrai, il choque ceux dont le patriotisme est un slogan qu’on agite comme un réflexe agit d’une manière irréfléchi. Quant à ceux plus à même de constater la décadence générale, l’inconscience politicienne et l’impuissance des décideurs, ils savent que les mots de Olfa Youssef sont cette réalité lancinante que nous vivons régulièrement.

En cette période où des petits écoliers se préparent en ayant la crainte que leur rentrée soit aussi ratée que leur fin d’année. En cette période où le corps enseignants menace et où les filiales de l’UGTT commencent à rugir. En cette période où l’économie donne ses derniers signes de vie, où le tourisme est déjà achevé et le terrorisme de plus en plus proche. Dans cette ambiance « de folie », la rentrée sera un véritable bras de fer, tout manichéisme à part, entre syndicats et autorité en place, entre partis d’opposition et force au pouvoir, entre passé et futur à construire, entre menace et sécurité à préserver. Un bras de fer qui suscite de moins en moins d’attention générale. Qu’on se batte ou qu’on se réconcilie, beaucoup d’yeux regardent loin. Ceux qui étaient hier prêts à se damner pour leur pays, donneraient tout pour le quitter. La migration demeurera le rêve des temps modernes.

Tuons-nous les-uns les autres

Nouvelle devise des arabes depuis les ravages causés par ceux obnubilés par l’amour de Dieu et la haine des hommes . D’une manière moins sanglante mais aussi virale, des morts on fera des icônes. C est plus utile, un mort instrumentalisé. Ca signifie magnifiquement l’impuissance. Meurs en beauté et tu auras la gloire dans ce monde mordu d’image. Tant pis pour les autres petits syriens, l’esthétique 2.0 a ses raisons que le coeur humain ignore.

La terre tremble, réveillez-nous !

« La planète, aujourd’hui, fait la révolution tous les jours, sur tous les sujets et tous les fronts. Bientôt, notre pays fera de même, ou il disparaîtra. », écrivait Jacques Attali cette semaine. L’éminent économiste français tire la sonnette d’alarme et tire, par la même, à boulets rouges sur une classe politique dont les discours sont en décalage avec les enjeux réels. En Tunisie, la révolution est bien derrière, la politique plutôt stable, la transition en cours de finalisation et pourtant la menace est encore persistante. Le pays attire moins les investisseurs. Il les ferait même fuir. Pas étrange ! La régression se constate à l’œil nu. Les efforts citoyens n’y peuvent plus rien. Il faut une réelle volonté pour pouvoir tirer le pays de sa torpeur.

Lundi 24 août, le monde financier a vacillé, partout dans le monde, au rythme des bourses asiatiques et celle chinoise en particulier. La débâcle de la Bourse de Shanghaï s’est, vertigineusement, reflétée sur plusieurs places internationales entrainant, à son rythme, une économie mondiale bien fragile. Une perte de 8,5 % en clôture du côté de l’Asie et c’est l’Europe entière qui tremble. Les travers de la mondialisation sont effrayants. Ils seront déterminants dans l’esquisse d’un monde nouveau. La force de chaque pays se déterminera selon sa force de résistance aux secousses internationales et aux répliques pouvant en résulter.
L’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, l’Espagne, tous ces pays que l’on perçoit du haut de l’Afrique comme les potentiels sauveurs ne sont que des mastodontes de paille. Aussi fragiles que nous ! Oui, vraisemblablement. Nos bouées de sauvetage seraient les futurs naufragés. Probablement ! On pointe, de l’autre côté de la Méditerranée, une incohérence politique ne pouvant répondre, d’une manière efficiente, à une crise se mesurant à l’échelle mondiale. On crie gare face à des solutions d’apparat à des problèmes bien plus profonds.

Il en est de même dans ce petit pays qui essaie de renaître de ses cendres. La Tunisie d’après-l’ immolation se reconstruit difficilement. Séquelles d’une Troïka ayant mal géré le pays à la suite du départ de Ben Ali. Réponse uniquement politicienne à des problèmes qui ne font qu’enfler. Inconscience de la majorité quant à l’effort de chacun dans une survie positive du pays. Tout est en cause, à voir comment le fleuron des révolutions se porte, depuis ces dernières années.
Les pays amis, les voisins de l’autre rive, leurs promesses, leurs discours d’éloges ne pourront rien pour les pays qui, à eux, s’accrochent. Du côté de l’Europe, le souci premier est de combattre la migration. Sur les sept premiers mois de l’année, ils sont 340.000 personnes à avoir traversé les frontières de l’Union Européenne, selon l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures (Frontex). Ce flux humain que les différents plans mis en place peinent à maîtriser devient la bête noire en Allemagne, en France, en Italie. Ces pays, craignant à leur tour de sombrer, ne peuvent incontestablement plus accueillir les naufragés d’un système mondial qui ne se réorganisera, visiblement, qu’après un chaos général.

Dans ce combat quotidien, chaque pays aura à faire en sorte que sa survie soit positive. Qu’il ne vive pas son réveil sur un mode négatif dépend de sa capacité à trouver un équilibre minimum, en son propre sein. Une politique optimiste sans l’être faussement, pragmatique sans être alarmiste, efficace par l’action, puissante par les réalisations. L’heure n’est plus aux promesses ne pouvant être tenues, aux paroles ne pouvant être réalisées, aux propositions ne servant qu’à casser l’adversaire politique. L’heure n’est plus aux combats virtuels de héros 2.0.
Les politiciens doivent se muer en leaders pour devenir la locomotive du pays. Leur conscience des problématiques internationales et celles locales, leur gestion du pays et leur manière d’appréhender le peuple seront déterminantes, dans l’avenir proche. Tant que la politique ne cherchera qu’à amadouer le citoyen au lieu de le secouer et que le citoyen ne cherchera qu’à contester la politique et à contrecarrer son autorité, le pays ne fera que survivre en allant vers la déchéance au lieu d’émerger.

Dans les pays ayant pensé avoir dégagé les dictateurs, des usurpateurs ont pris place. Le dernier massacre de Palmyre en atteste. Afin de combattre une déchéance pouvant, à la place de la reconstruction, succéder à la déconstruction, toutes les forces doivent être rassemblées. Union nationale, le terme devrait cesser d’être un simple slogan qui plait ou offusque, selon la partie. Il ne devrait, de ce fait, y avoir plusieurs parties mais une. Les islamistes l’avaient compris au lendemain des élections de 2011 : pour réussir, il faut avoir un allié d’un camp autre que le sien. Les démocrates l’ont compris au lendemain des élections de 2015 : pour réussir il faut travailler avec son ennemi de la veille. Les deux camps désormais ralliés semblent l’avoir compris : pour s’en sortir il faut que le pays cesse d’être fragmenté. Dans ce sens, la Tunisie est en train d’aller vers une réconciliation se voulant une réponse pragmatique à des litiges auxquels la justice n’a pas su répondre. Ceux ayant collaboré avec le régime de Ben Ali et ayant été blanchis seront réintégrés dans la société et leur argent réintégrera le circuit économique.

Une rentrée pleine de remous en vue. Mais dans la relativité de ce qui se passe autour de nous et même bien plus loin, il est aisé de constater que notre survie tient à notre union et à note conscience collective – politiciens comme citoyens – que l’heure n’est plus à la division et que l’instinct de survie doit nous motiver avant tout. Le monde se reconstruit, selon d’autres critères de force que ceux d’après les guerres mondiales. Les pays émergents de la veille pourraient immerger demain. Les sauveurs d’hier pourraient être les naufragés de l’avenir. Nous ne pourrons nous accrocher qu’à nous-mêmes pour nous reconstruire.

A l’aube des élections de 2011

A l’aube des élections de 2011, on avait brandi des demandes ayant abouti à une définition fausse et outrancière du laïcisme.

Moderniste en était devenu une insulte extrême tant les idées avancées étaient en décalage avec une société qui s’est avérée être moderne uniquement dans ses grands traits.

A la veille d’échéances importantes (pas pour demain mais qui se préparent de manière stratégique) on reparle d’égalité d’héritage et on demande au législateur de braver les lois coraniques en vigueur. Les islamistes ont réussi en quelques années à donner l’impression de changer et de gagner en « souplesse ».

Les modernistes, par leur jusqu’au-boutisme, sont en passe de discréditer leur propre camp et semblent ne pas avoir retenu la leçon. Les extrêmes de l’un ne servent qu’à plus avancer l’autre et pour ratisser large, les islamistes ont déjà quitté l’extrême…

Qu’ont-ils de Bourguiba sinon l’âge et une paire de lunettes?

Un leitmotiv adverbial et un paradigme piqué dans le champ patriotique commun? Tout n’a trait qu’à la surface, rien de ce qui touche aux idées, au charisme, au leadership intrinsèque et à la passion politicienne faisant l’essentiel d’une icône. L’icône ne se reproduit pas. En faire un fonds de commerce n’est pas que le produit d’une inventivité communicative, il est aussi le fruit de la crédulité de celui qui a perçu sa reproduction comme on avait voulu qu’elle le soit. Nous n’honorons désormais pas Bourguiba pour ce qu’il a été (le contesté, l’oublié en plus d’être le leader) mais pour ce qu’il représente politiquement aujourd’hui: une simple couleur partisane créatrice d’un enracinement et génératrice de sympathie. Le premier étant factice et le deuxième étant tarissable, il faudra penser à nourrir l’icône autrement que par des images d’archives.

Les deux potentiels et la réplique de trop

La visite avait été annoncée il y a une semaine. Nicolas Sarkozy en déplacement professionnel en Tunisie. Pas plus de détails, à ce moment-là. Hormis une rencontre annoncée, pour des raisons d’ordre logistique, parmi le cercle des Français de Tunisie. L’ancien président de France est donc arrivé, hier. Il a effectué les rites d’usage, en l’occurrence la rencontre avec BCE au Palais présidentiel, le pèlerinage au musée du Bardo, la visite des souks et l’incontournable passage par la case, The Residence.

De nombreuses critiques ont ciblé la visite de Sarkozy en Tunisie. On reproche, notamment, à celui qui préside depuis peu Les Républicains, son action dans le dossier libyen. On ne lui pardonne pas, de ce fait, d’avoir contribué au chaos qui a atteint ce pays voisin, ce qui a influé, négativement, sur la stabilité tunisienne. Des activistes avaient tenté, hier, d’opposer un Dégage à l’égard de l’ancien président français. Tout de suite arrêtés, ils ont été empêchés de nuire à l’image d’hospitalité qu’on voulait offrir à l’invité de Nidaa Tounes.

C’est en effet le parti tunisien au pouvoir qui parrainait cette visite d’un collectif de représentants du parti français de droite composé notamment par Rachida Dati, Eric Ciotti, Christian Jacob et Pierre Lellouche. Un accord serait même prévu entre les deux structures qui voient, en leurs idées directrices, une proximité pouvant les rassembler dans le cadre d’un projet commun. Pas étonnant donc que des leaders de Nidaa aient été présents hier au Bardo, à la conférence donnée dans l’après-midi ou au dîner qui l’a suivie. Ce qui a étonné, toutefois, c’est la présence d’autres personnes dans le cadre de cette visite, à l’instar de Najem Gharsalli.

Le ministre de l’Intérieur a, en effet, été vu à l’arrière de la troupe à la Kasbah. Entamant une virée au souk derrière Messieurs Sarkozy et Marzouk, il n’est pas passé inaperçu. On aurait, en revanche, préféré ne pas le voir à ce moment-là, derrière ces gens-là. Autre écart relevé, l’accueil officiel réservé à l’invité de Mohsen Marzouk. Celui-ci a été reçu au Palais de Carthage, par le président de la République. Que d’honneurs ! Une accolade immortalisée par une photo souvenir et quelques mots puisés dans une langue de bois visiblement intarissable.

Un président, un ministre, des applaudisseurs, des éloges distribués à tout-va, des piques pour l’adversaire outre-Méditerranée, et le tour est joué. Sarkozy aurait donc décidé de démarrer sa campagne pour la présidentielle de l’étranger. Maroc, Israël, Gabon, Tunisie. A la recherche de moments forts pour galvaniser l’image du concurrent de François Hollande. Dans cette bataille franco-française de pouvoir et d’emplacement, la Tunisie a répondu présente et s’est prêtée au jeu de la figuration, avec tout le zèle que cela pouvait tolérer.

On accueillera celui qui se voit, déjà et de nouveau, à l’Elysée comme s’il ne l’avait jamais quitté. Celui qu’on présente comme le futur président de la Tunisie s’en est chargé. Deux potentiels présidents côte à côte. Le passé est oublié. Peu importe l’action de Nicolas Sarkozy par le passé. Peu importe sa position par rapport au soulèvement des Tunisiens contre Ben Ali. Peu importe la réplique de Michèle Alliot-Marie et sa proposition d’aider, par les armes, à calmer les Tunisiens hostiles à l’ami Ben Ali. Peu importe le « je lève mon verre pour votre propre bonheur et celui de votre famille » lancé par Sarkozy président à un Ben Ali déjà despote. Tout s’oublie, en politique, et il n’y a pas d’Histoire hormis celle des alliances à construire, au gré des prédispositions de réussite.

Puisque l’ami qui accueille le tolère, on se permettra les pires déclarations pour le flatter et pour mieux marquer son territoire. « La Tunisie est frontalière avec l’Algérie (et) avec la Libye. Ce n’est pas nouveau… Vous n’avez pas choisi votre emplacement (…) L’Algérie, qu’en sera-t-il dans l’avenir, de son développement, de sa situation? C’est un sujet. Qui me semble-t-il doit être traité dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée », a déclaré Nicolas Sarkozy. Le sort de l’Algérie serait donc entre les mains de Sarkozy et de ses compères. La Tunisie est quant à elle à plaindre d’avoir pareil voisinage. La réplique de l’ancien président français a heurté, tant du côté tunisien qu’algérien. Mis à part le fait de le mettre en une position de force et de leadership qu’il n’a réellement pas, cette déclaration ne fait que nuire à l’Algérie, à la Tunisie et à la relation entre les deux pays. C’est pourtant au côté du voisin algérien que la Tunisie pourra avancer dans cette nouvelle géopolitique en cours de façonnage épaulée, soutenue et non pas isolée comme on voudrait qu’elle soit.

Des compliments ont été distribués pour notre « révolution », pour notre « réussite », pour notre parcours et pour notre potentielle possibilité de nous en sortir si une infime partie des aides accordées à la Grèce nous étaient attribuées (une critique acerbe à l’égard de François Hollande). Nos « amis » pourraient même organiser un congrès pour nous sauver, comme ça a été le cas pour la Syrie et pour la Libye. Sacré présage ! Aveuglés par les flatteries, par l’ambition qu’ont rassasiée les promesses, par l’avidité de pouvoir et par l’espoir commun d’y arriver, certains ont toléré hier ce qui devait être repris de suite. La réaction n’étant pas venue de la part des hôtes de Sarkozy, n’étant pas venue, non plus, de la part de parties officielles tunisiennes, elle viendra des internautes, essentiellement, qui se sont mobilisés contre les déclarations d’hostilité à l’Algérie lancées à partir de notre territoire. Notre diplomatie, malmenée à son tour, fait que nous soyons désormais 10 millions environ à faire de la politique étrangère et à réparer des dégâts quand des amitiés de longues dates sont mises à mal par des hommes de main. Les excuses deviennent ainsi quasi hebdomadaires et après celles adressées au pays de Senghor, nos excuses iront cette semaine vers le peuple du million de martyrs, pour la parole de trop de l’invité de trop.