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Vote utile, fut-il pour les autres !

Quelques jours nous séparent du scrutin à venir et, faute de sondages publics, on tâtonne et on avance à vue. On erre entre les éventualités, en espérant que les siens gagnent. C’est de la sorte que cela se passe dans l’un et l’autre camp, si deux camps il y a. Mais des camps, il y en a, incontestablement, davantage. Pour influencer le vote, quelques partis ont investi le terrain, mais partiellement, favorisant des quartiers à d’autres, ciblant les défavorisés pour certains, les fiefs conquis par l’adversaire pour d’autres.

Mais la bataille entre partis candidats aux législatives est surtout ailleurs, ces derniers jours : elle est sur les réseaux sociaux et aussi sur nos écrans, à la fois virtuelle et télévisée. Chamailleries entre Nidaa et ses acolytes de la veille, guerre déclarée entre les barons de la télévision et le baron de la politique, un animateur français qui nargue tout un peuple via un statut Facebook… Est-ce que ce monde est sérieux ?

Le choc et l’onde de choc provoquée après coup se traduiront, en termes de spectacle politique, en buzz et en invitations annexes. Slim Riahi se fera inviter ainsi que sa représentante sur une chaîne où il n’est pas qu’invité. Moncef Marzouki se fera offrir deux heures d’antenne, une semaine après la diffusion de l’émission consacrée à la Tunisie sur M6. Un bain de foule télévisé pour le président sortant-entrant qui s’est vu gratifier, par les siens, d’acclamations sur les réseaux, sous formes de commentaires fanatiques sur Facebook et même en bas de nos articles le concernant.

Quand l’animateur rappellera à M.Marzouki son passage controversé dans l’Enquête exclusive de M6 et l’impact que cela pourrait avoir sur une partie de ses adversaires politiques, celui-ci rétorquera, tout bonnement « C’est bien fait pour eux ! ». Et lorsque Youssef Seddik, présent sur le même plateau, commence à aborder des points peu glorieux du parcours présidentiel, au lieu de répondre, M.Marzouki lui rappellera qu’il est son ami et qu’il n’a pas été invité pour l’enfoncer. Une synthétisation quasi théâtrale propose donc du champ politique une vision dichotomique simple. Elle répartit les composantes de la scène et de ses acteurs en adjuvants, d’un côté, et ennemis, de l’autre. Elle oppose les révolutionnaires aux RCDistes. Elle confronte les forces du mal aux forces du bien, les vertueux aux voleurs, les francophones aux nationalistes arabisants…. Et ça vous prône l’unité !

Quand il s’était agi de s’unir, même nos démocrates ont choisi la dispersion. Avec quelle confiance n’auraient-ils pas été aux urnes, nos progressistes, s’ils avaient opté pour un camp rassemblé ! Au lieu de cela ils auront choisi de prétendre sauver la Tunisie individuellement, chacun selon sa réflexion, chacun selon sa structuration. Si ça s’était arrêté à cela, ça aurait été, hormis le risque certain, de bonne guerre. Mais nous assistons, depuis quelques jours, à une division entre ce clan qui se proclame d’être du même bord. Et ça crie au vote utile, pour soi évidemment, d’une part et au scandale de l’autre.

Qu’est-ce que le vote utile ? Le vote l’est par définition, car s’abstenir d’aller aux urnes serait inapproprié si nous prenions en considération l’importance de la période par laquelle passe le pays et l’impact de ces choix sur la trajectoire qui se profilera pour lui. Le slogan « voter utile » amènerait ainsi à dire qu’il est des votes qui ne le sont pas. Nous revoilà revenus à la dichotomie adjuvants/ ennemis, camp du bien contre celui du mal, les sauveurs de la nation contre ceux qui amèneront sa perte, le vote utile contre le vote inutile. Mais nous savons tous qu’il n’y a pas que deux bords en Tunisie et que le vote sera représentatif de cela.

Le paysage politique tunisien n’est plus celui de 2011. Il est plus compliqué qu’une schématisation mettant les islamistes and co d’une part et les démocrates de l’autre. Ainsi, ces élections auront certes un impact important sur notre avenir, mais l’impact le plus important proviendra des alliances qui s’annonceront ensuite. Pour cela, les guerres d’avant-vote n’augurent rien de bon.

Parce qu’ils ne veulent pas de cette binarité dans la géométrie politique, beaucoup voteront « ailleurs », un vote loin d’être futile, mais un vote sanctionnant cette bipolarité inquiétante car rappelant, à bien des égards, le schéma de la veille, celui qui mettait, face à un parti aux proportions monstrueuses, une opposition vidée de sa quintessence car éparpillée et hétéroclite. Alors, comme a été interdit l’usage du drapeau dans la campagne électorale, on aurait dû interdire l’usage du nationalisme, de la peur pour la Tunisie et de l’image du sauveur unique. Et cette interdiction ne profitera qu’à ceux qui en seront privés car ce sont eux qui pourraient être sanctionnés par les urnes. Paradoxalement, le discours voulu rassurant de certaines parties fait quelque peu peur.

Alors pour toi, électeur au carrefour de choix bien difficiles à faire, il ne reste plus que quelques jours pour supporter les spots télévisés des apprentis-potentiels députés, plus que quelques jours avant le silence électoral, plus que quelques jours pour voter, et plus qu’une semaine pour connaître les résultats. En prenant la route lundi prochain, ton réflexe sera d’allumer la radio, car, pour toi qui n’as pas pu attendre les résultats la veille, le vote fatidique, il n’en paraîtra rien sur ton chemin : les mêmes bouchons, les mêmes conducteurs malpolis, le même agent de police dépassé qui stoppe la file d’où tu viens juste au moment où c’est à ton tour de passer, les mêmes klaxons stressants, les mêmes feux en panne depuis des lustres et les mêmes tas d’ordures que rien ne fera bouger ! « Tiens, tiens, mon vote n’a pas été utile ? » Tu te poses la question et pour te rassurer tu attends Hana Soltani qui annoncera, dans son bulletin d’information, les fameux résultats de la veille.

Tu fermeras les yeux un moment, tu penseras au vote inutile, celui qui amènerait, comme on t’a appris, l’autre camp au pouvoir. Ennahdha/CPR à l’attaque, Slim Riahi aux arrières-postes. Une configuration étrange, mais aussi loufoque que celle devenue réelle et associant des révolutionnistes revanchards, des gauchistes « tendance » et des islamistes modérés. Tu y penseras et tu rouvriras les yeux. La file de voitures devant toi n’aura pas bougé d’un index. Tu regarderas ton index encore d’encre barbouillé, tu mettras le volume à fond et tu bloqueras ta respiration : Hana Soltani est là !

Tu crieras de joie, intérieurement, de peur que tes enfants ne te posent des questions auxquelles tu ne veux pas répondre. Tu es content mais tu as peur de devoir dire que leur avenir sera à coup sûr meilleur, que tu as voté pour que leur futur soit plus beau et leurs libertés garanties. Tu as peur qu’on t’ait menti et tu as peur de faire des promesses que d’autres ne tiendront pas. Alors tu crieras de joie, mais intérieurement, car une bataille de gagnée n’est pas une victoire absolue et que la vigilance est nécessaire, surtout quand le gagnant est de ton propre camp !

Le marché aux candidats a commencé sur nos écrans

Vous avez sûrement déjà vu le bal des candidats à la présidentielle se faisant filmer aux portes de l’ISIE en flagrant délit d’opportunisme. Voici venu le temps des têtes de liste! Ils défilent, depuis quelques jours, sur nos deux chaînes nationales, dans le cadre des séances d’expression directe pour les législatives. Au programme : langue de bois à outrance, bafouillage par endroits, hésitations et amateurisme à volonté.

Un exercice de style a été imposé aux candidats ambitieux : parler devant une caméra ! Durée du calvaire : 3 minutes. Cela a donné des perles qui pourraient faire l’objet d’un bêtisier hilarant et cela fait le tour sur facebook, buzze et fait rire, pathétiquement.

Ce grand oral auquel se sont soumis nos politiciens- souvent en herbe- s’avère être très efficace. Car on a beau bien porter la cravate, avoir les épaules larges, se mettre en affiche sous son profil le plus valorisant, arborer le plus aguicheur des sourires, il suffit d’entrouvrir la bouche pour que les pires failles émergent.
Sans être ségrégatifs, pourquoi voterions-nous pour un candidat au lieu d’un autre ? L’expérience a montré qu’il ne faut pas élire un candidat sur la base de son appartenance partisane. Le candidat en question peut, en effet, changer de bord, quitter son parti et en intégrer un autre. Comme on changerait de chemise, il serait capable, à l’instar de nombre d’élus de l’ANC, de changer de parti.

On nous appelle à voter abeille, aigle, poisson, œillet, lunettes, palmier, ampoule, enveloppe…. On nous fait de drôle de shows télévisés tous les soirs, on nous fait beaucoup de promesses. Les yeux rivés sur leurs notes, beaucoup de têtes de liste, candidats à l’assemblée nationale, semblent être incapables de nous présenter, les yeux dans les yeux, même par écrans interposés, ce qu’ils ont préparé pour nous. Et ils nous font des promesses ; des promesses souvent en inadéquation avec notre réalité, coupées de nos attentes et se contentant de flirter avec nos rêves les plus fantasques sans aucun souci de leurs faisabilités.

Il faut savoir que beaucoup de têtes de liste sont des politiciens en herbe. Des hommes d’affaires au portefeuille bien garni, des individus aux égos en quête d’une gratification nationale, des opportunistes aspirant à un gain facile, des scélérats cherchant à avoir l’immunité s’évertuent à nous faire pencher vers eux. Ces candidats à qui l’on devrait dire « sois candidat et tais-toi ! » se font plus remarquer que les politiciens confirmés, ceux dont on ne voit plus les performances dans le flux débordant de médiocrité.

Trois minutes pour se présenter, trois minutes pour nous charmer, trois minutes pour un siège d’élu, un salaire tentant, une immunité et un certain pouvoir. Un speed dating préélectoral nous mettant face à un jeu de mauvais acteurs voulant nous faire croire (pour beaucoup, pour ne pas généraliser et en offusquer la sincérité de certains) que seule l’ambition de nous servir les guide. Et ça s’entoure de slogans, d’affiches, d’offrandes, de tables rondes et d’équipes com, et ça s’enfonce dans une démesure qui n’a d’égal que l’ambition outrageuse de ceux qui rêvent de pouvoir, une démesure nous rappelant que derrière elle se cache, dans bien des cas, les pires des banalités. Une démesure nous prouvant que, comme le dit l’adage, l’habit ne fait pas le moine. Ben Ali avait tout compris en optant pour le choix d’être un président en mode muet. Parlant très peu à l’écran et en public, il s’était fait respecter, entre autres, par un silence qui lui prêtait un semblant de charisme ; charisme qui fait défaut à nos apprentis politiciens que les règles de l’offre et de la demande ont mis à nu.

Nous en sommes encore au stade où l’on peut décider, où l’on a le pouvoir de choisir ceux à qui sera donné le pouvoir. Pour arriver à nous représenter ou même à nous diriger, la caste politique défile devant nos regards de téléspectateurs-citoyens-électeurs hébétés par tant de médiocrités, de mensonges débités, de jeux de bras, de main et de langues fourchues, de démagogie, de trivialité et de silence. Parce qu’il y en a qui étonnent aussi par leur silence…

Encore deux mois, au moins, que durera le jeu des chaises musicales, les dès sont pipés, entend-on, et, pourtant, il faudra les supporter, ces têtes de candidats nous disant tout sauf la vérité. Est-ce si dur de dire : oui je me présente, parce que j’ai une ambition à satisfaire ? Le jour où on aura trouvé le candidat capable d’assumer pleinement ses choix et susceptible de ne pas nous prendre pour des cons, on aura trouvé notre homme providentiel. En attendant, tentons de trouver du bon dans le mauvais, de chercher, même par dépit, celui qui sera le moins pire et de ne surtout pas se dire que le meilleur est de ne pas voter.

Nous sommes les dindons de la farce !

Il y a quelques jours, Mezri Haddad, écrivain et ancien ambassadeur de Tunisie auprès de l’Unesco, est passé sur une de nos chaînes à forte audience, après des années d’interdiction indirecte ou d’abstention volontaire d’antenne. Celui-ci avait désigné les Tunisiens sortis crier leur colère contre Ben Ali de hordes déchaînées. Trois ans après, Haddad refuse de s’excuser aux Tunisiens, leur demande, lui, des excuses et finit par lâcher une deuxième insulte, une troisième après celle spécifiant qu’il n’y a plus d’hommes dans le pays. Après avoir mis en doute la virilité de notre gent masculine, celle politicienne spécialement, Mezri Haddad a assimilé le peuple à du bétail, des ânes plus particulièrement, des ânes qui braient pour être plus précis.

Brayons-nous ? Oui, quotidiennement à cause de ces politiques qui nous font des coups en vache régulièrement. Sommes-nous des ânes ? Les prochaines élections nous le diront. Du bétail, le sommes-nous un peu ou un peu trop? Beaucoup le sont au vu de la précampagne qui se prépare et qui mobilise un peu de convaincus et beaucoup d’autres qui le sont nettement moins. A ceux-là on stimulera le réflexe pavlovien et ils donneront, en réponse à la promesse de récompense du premier venu, une série d’applaudissements, un yoyo strident, voire une croix cochée dans une liste.

Ce peuple en phase de domptage difficile se débat contre la mise en cage qu’on lui propose et cette manière de lui faire miroiter le danger qui le guette par derrière pour le faire avancer là où on voudrait qu’il aille. Quant aux médias, il en est qui se positionnent en ce moment en proies qu’on chercherait à abattre ou en renards ayant trouvé la brèche, en suiveurs, en têtes de troupeau ou encore en bêtes de foire. Lorsque Bernard Kouchner, la même semaine écoulée était dérangé par les questions du journaliste qu’il avait en face de lui, il lâcha, sur le même ton dédaigneux et arrogant de notre Mezri Haddad national, un qualificatif d’une autre époque. Ces « hyènes dactylographes », lancé par le politicien français à l’égard des journalistes, avait servi aux soviétiques pour qualifier Jean-Paul Sartre dont les idées dérangeaient.

Quoique très éloignés de la théorie ayant fait de Sartre « un chacal à stylo », nous ne sommes pas si loin de ce type de dénigrement cherchant à exclure, de quelque manière que ce soit, les moins dociles. Au sein du secteur de l’expression relativement libre, ont été écartés les chroniqueurs les plus virulents, croulent sous les procès ceux qu’on aura perçus comme les plus insolents, intimidés sont ceux qui peuvent l’être et mis dans la ligne de mire, ceux que l’on voudrait voir se taire, d’eux-mêmes de préférence ! Nous vivons en cette période surréaliste, d’élite sangsue, puisant dans le sang de ceux qu’on a dû abattre sa possibilité de mutation. Nous vivons en cette période surréaliste, d’une nouvelle race de bêtes de la politique, les « politichiens » !

Ces meutes n’ont souvent en tête que l’attaque, celle visant à mettre à bas leurs proies. Chiens enragés du système qui change au gré d’on ne sait quoi, ça aboie sur les plateaux, ça saute sur tout ce bouge, ça mord, ça griffe, mais ça remue la queue dès que le maître approche et ça se trémousse sur les pieds de celui qui tend la gamelle.

Et entretemps ça bêle de partout. Ca se suit vers une date fatidique, comme un troupeau ; la tête en bas, suivant son berger à la tête souvent dans les étoiles. Parmi ce peuple devenu chèvre par tant de cravaches acharnées, il y a ces moutons de Panurge qui se jetteraient à la mer, si leur guide le leur disait. Il y a ceux qui suivent leur joueur de flûte se targuant d’être l’exterminateur des rats. Et il y a les rats. Nous reste juste le choix, comme dirait un sage qui se reconnaîtra, entre la peste et le choléra. Et ça rôde guettant le moindre de nos faux-pas, à bord de cet arche de Noé qui risque de prendre l’eau. N’est-il pas temps de cesser d’être les cobayes d’un laboratoire démocratique expérimental, d’arrêter les singeries et de prendre enfin gare au gorille ?

Ces 69 candidats qui ne pensent qu’à ça!

Je le veux beau, portant élégamment la cravate, pouvant charmer sans l’être, à son tour, à tout-va. Je veux qu’il me dise que tout va mal, quand ça va mal et qu’il fasse en sorte que ça aille mieux, quand cela s’impose. Je veux qu’il soit imposant, pas dur au point d’être cassant, mais pas trop mou afin de se faire respecter. Je veux qu’il soit respectable et pour cela il faut qu’il soit honnête, non pas d’une honnêteté démagogique mais d’une honnêteté futée. Ayant assez de lucidité pour comprendre que les chaussures et les chaussettes vont de pair et pour savoir que quand on n’a rien à dire, le mieux est de se taire.

Je veux qu’il soit intelligent, d’une intelligence « canalisée » visant à cibler le meilleur et non d’une intelligence perfide cherchant le meilleur pour soi et oubliant que servir les autres est le mieux qu’il puisse faire. Je veux qu’il pense aux autres comme on penserait à soi. Qu’il se projette en eux, en s’oubliant, mais en n’oubliant pas non plus de prendre soin de lui. Je le veux en pleine forme, pas malade, pour ne pas être fatigué dès la première semaine, pas fatigué pour tenir vivant pendant cinq ans au moins. Son âge ? Qu’importe ! Il faut qu’il ait l’âge de comprendre que tout se mérite, y compris la réussite. Il faut qu’il soit déterminé et pouvant gérer les situations les plus déterminantes, capable de tenir tête aux plus têtus et de se racheter aux yeux des plus déçus. Je le veux avec le regard qui brille et la verve qui éblouit, capable de convaincre les réticents et de gagner davantage la sympathie de ceux qui l’avaient trouvé juste satisfaisant.

Je le veux gentil au regard tranchant, touchant, oui mais, à la fois, puissant. Puissant, mais pas froid. Chaleureux, mais sans être trop accommodant. Qu’il ne soit pas trop « normal », comme ça se fait ailleurs, mais qu’il ne soit pas non plus anormal, comme ça se fait chez nous. Je le veux de chez nous, pas les «chez nous » venant d’ailleurs, qui sont d’ailleurs tout aussi chez eux ici que nous. Mais d’ici ! Connaissant la fin de mes blagues, saisissant le sens de mon second degré, maîtrisant au plus haut degré mon langage, comprenant même mes mimiques. Je veux qu’il sache s’arrêter quand il voit disparaître la flamme dans les yeux. Qu’il disparaisse avant qu’on ne l’oblige à dire Adieu. Ah oui ! Je veux qu’il pense à Dieu, en pensant à nous ! Pas le dieu de ces fanatiques impuissants devant la modernité, mais ce Dieu tout puissant, différent pour chacun mais disant qu’en chacune de nos actions, il y a une part de divin. Je le veux sobre avec la tête sur les épaules… les épaules larges, aussi larges que son esprit, aussi solides que ses nerfs.

Je ne le veux ni nerveux, ni colérique, ni hystérique, ni schizophrène, ni versatile, ni dépressif, ni excessif… En rien ! Surtout pas en dépenses ! Je le veux économe, mais pas avare, faisant preuve de largesses, mais dans la limite des budgets serrés ; qu’il sache serrer la ceinture ! Ceinture rouge ou noire de préférence, maniant les armes, sans être un vagabond, sécurisant sans être étouffant. Je ne le veux pas borné, jaloux comme un amant sans confiance, pieux d’une piété voulant dompter l’Autre. Je veux qu’il sache accepter l’altérité, en ayant assez de personnalité pour savoir, apprécier et faire apprécier qui il est et d’où il vient. Je veux savoir d’où il vient, connaître son CV, son passé, ses secrets. Je veux un historique blanc comme neige, mais je ne veux pas d’un bleu. Qu’il ait de l’expérience ! Oui c’est mieux pour l’avenir qu’il ait un passé glorieux.
Près de 70 prétendants et juste un siège à pourvoir ! Alors, oui, je suis exigeante ! Exigeante, parce que je sais la valeur de ce bulletin que tu mettras dans l’urne. Oui je suis exigeante à l’image de ce que je suis : La Tunisie!

Article repris par Courrier international http://www.courrierinternational.com/article/2014/10/02/je-veux-un-president-qui-pense-aux-autres

The legalization of lighter harmful drugs is a demanding issue for the government authorities contained in the various areas of the planet.

This is due to the improved using of drug treatments inspite of as criminal. A substance like weed is usually smoked by lots of people around everything. Weed have been legalized in a few areas like Uruguay and many regions in the united states (Hawken, et al, 2013). Alternatively, lots of the activists contrary to the legalization continuously burden the government to take care of the exclude on your lighting prescription medications. The papers consequently covers the pros and cons of legalization of light-weight medications like weed.

The legalization of illumination drugs like marijuana may play a crucial role in making sure its eating and purchase is controlled. The regulation of purchase and ingestion will likely be valuable in keeping its misuse. The federal government might also be within a location have the best info with regards to your consumers and as such devoting plenty helpful information for rehab people who can be stricken or are actually suffering from the drug. The legalization of lighting prescription drugs like weed will be certain that background work to the medicine is improved upon.essay websites This can be valuable in identifying its healing price. On the other hand, the legalization of an tablet will ensure that the against the law prescription drug traders are removed (Zuardi, et al, 2013). This will be since the against the law deal of lumination pills like cannabis contributed to the formation of gangs and cartel which are accountable for violence inside environment. On an inexpensive observe, the legalization of mild prescription drugs like weed will manage to benefit the farm owners that will develop the crop then sell it legally in the marketplace. The us government might also be capable of acquire taxes away from the profit within the tablets and therefore fixing in the economic crisis. Moolah compiled out from the taxation of the tablet can also be used for setting up treatment units.

The legalization of mild illegal drugs like cannabis can potentially transmit an inappropriate communication at the kids and people who never utilize pharmaceutical. The legalization can showcase the utilization of the pill one of the no-registered users thus and ever-increasing just how many addicts. It will also be immoral towards government to engage in making money from drug treatments which happens to be thought of as immoral by a lot of people in the culture. The legalization of medication may produce an increase in the health-related service fees as more customers may perhaps tend to be hooked. Some health care experts are likewise apprehensive that use of light drugs could lead to utilizing rough medication. That is the point that is also maintained by the gateway hypothesis (Hurwitz, 2011). The application of perspective drug treatments like cannabis also can affect negatively for the social networking everyday lives of those as it can certainly boost idleness and it can possibly increment residential physical violence and offense. This can be due to the fact criminal offense is meticulously involved using illegal drugs like cannabis.

In conclusion, it truly is obvious the fact that the legalization of your lighting drugs like weed has equally advantages and disadvantages. The legalization to the sunshine harmful drugs like weed can showcase control over good discounts and drinking. Having said that, it can be noticeable that legalization can improve its use and so increasing the amount of addicts. The medical charges are often expanded because a boost the sheer number of addicts.

 

Rentrée oblige !

Ils sont nombreux à faire leur retour, en ce moment, sur la scène publique. Des revenants d’outre-mer et d’autres presque d’outre-tombe envoyant leurs messages de détresse à un peuple qui ne se retrouve toujours pas, trois ans après. Rentrée oblige, voire élection oblige les vétérans du système Ben Ali font leur coming back, loin des slogans qui les avaient diabolisés, au lendemain de la révolution, loin de la hargne populaire, loin de l’acharnement politique devenu fonds de commerce pour des partis politiques ayant placé ailleurs, désormais, leurs centres d’intérêt.

Kamel Morjane, Mondher Zenaïdi, Abderrahim Zouari, … autant de noms qui s’étaient faits discrets un certain temps et qui réinvestissent, en ce moment, les devants de la scène. Refoulés par le peuple, il y a de cela peu, dénigrés, lors des manifestations, diabolisés par des partis et autres groupuscules « révolutionnistes », nous parvenaient d’eux très peu d’information. C’est que leur nouvelle vie, en deçà du piédestal ne nous intéressait pas beaucoup, nous qui étions dans les tréfonds de la morosité politique et économique.

Kamel Morjane, resté en Tunisie après la révolution et ayant retrouvé une activité politique, promptement, loin de tout encombre judiciaire avait pourtant fait profil bas lorsque les circonstances l’exigeaient. Il est pourtant un de ceux qu’on entend le plus, en ce moment. L’ancien ministre de la Défense de Ben Ali, a attaqué, pas plus tard qu’hier, Kamel Jendoubi, ancien dirigeant de l’ISIE, a accusé l’ancienne instance ayant eu en charge les élections de fraude et, par déviation, a taxé Maya Jeribi d’usurpation. Le ministère public a décidé, d’ailleurs, l’ouverture d’une enquête concernant les déclarations de l’ancien ministre de la Défense.

Kamel Jendoubi, lui, n’est pas un cacique de Ben Ali, mais un de ses opposants. Il est un militant de longue date qui a gagné ses galons, après la tenue des élections de 2011. Il s’est imposé en tant que figure importante de la période transitoire, tant son effort a été salué de tous. Ce Kamel s’est manifesté, pas plus loin qu’hier, pour dire qu’il en soutient un autre à la présidentielle, à savoir Mustapha Kamel Nabli. Cela lui a valu un tacle du candidat Morjane qui a mis en doute son intégrité et la fiabilité de son œuvre un certain 23 octobre 2011. L’ancien président de l’ISIE a qualifié, aujourd’hui, de graves et d’irresponsables de telles accusations qui, quoiqu’arrivant avec trois ans de retard, révèlent l’étendue de la nébuleuse guettant la transition démocratique en pipant les dés. La guerre des poulains semble bien entamée !

Kamel Letaïef, figure politique ou simple épouvantail qu’on évoque pour faire peur, au commun des Tunisiens, du régime déchu qui risque, à travers lui, de ressusciter ? L’homme d’affaires le plus sollicité de Tunis, celui maîtrisant le moindre rouage du système de ce pays, dit-on, n’a rien eu à se reprocher avec la justice ou alors trop peu. Aucune charge n’a pu l’éloigner de la vie publique. C’est que dans cette vie politique où il est acteur par biais, il exercerait son plus grand hobby, à savoir le lobbying. Le mentor de Ben Ali serait devenu celui de Mustapha Kamel Nabli et se serait attiré, de ce fait, la foudre des détracteurs de cet ancien gouverneur de la Banque centrale de Tunis et du système qu’il incarne.
En attendant qu’on finisse de s’entretuer à coup de déclarations à la presse, ailleurs, d’autres font leur rentrée autrement. Comme un Mondher Zenaïdi retrouvant la Tunisie qu’il a quittée, il y a de cela trois ans. Celui qui a été accueilli par des centaines de citoyens, a dû bien déchanter, en trois jours, en voyant ce que devient la Tunisie, trois ans après : un véritable champ d’après-guerre que les cabales pour le poste ont dévasté.

Et parce qu’entre anciens, on se soutient, Abderrahim Zouari, ministre de Ben Ali, dans une autre vie, et actuellement candidat du Mouvement Destourien à l’élection présidentielle soutiendra, sur Facebook, son vieux voisin de table de conseils ministériels, Mondher Zenaïdi. « Il s’agit d’une opportunité que le peuple tunisien nous accorde et nous devons être au rendez-vous, comme l’ont toujours fait les Destouriens, faisant placer l’intérêt de la patrie au-dessus de toute autre considération, car votre place naturelle est parmi nous », lui a-t-il écrit en guise de message d’accueil le jour de son grand retour en Tunisie.

Après la discrétion, voici venu le temps des clashs entre clans. Pro Nabli, anti Nabli, clan Letaïef, missionnaires de Ben Ali… les appartenances affichées et cachées divergent et le but est le même : le pouvoir ! Pendant qu’eux font débat, dans un camp moins dispersé, on travaille en silence et on finit l’ouvrage judicieusement commencé. La première pierre de leur édifice ayant été la loi anti-exclusion. « De la vie que je t’offre, je ferai ta perte et celle de ton camp », les entendrait-on presque dire. Progressistes, dîtes-vous ?! Oui, progressistes jusqu’à la dégénérescence.

Botox, pédophilie et goujaterie en course à la présidence

La course à la présidentielle est ouverte, depuis hier. Les premiers à s’y être inscrits sont Hechmi Hamdi et Larbi Nasra. Les autres candidats en lice, même les opposants de longue date, n’en ont pas fini de parachever les détails de leur projet d’avenir. Collecter les signatures auprès des élus ou des citoyens, faire les dernières retouches à leurs programmes médiatiques et politiques, prendre les devants, en se choisissant, sur l’échiquier politique, des alliés, assurer ses arrières pour se protéger de ses ennemis ; consensus, guerres internes, désaveux, de quoi s’emmêler les dossards… A vos marques, prêts, partez !

Alors que d’autres figures politiques novices et confirmées en ont à peine fini de s’entretuer pour figurer en haut des listes électorales pour les législatives, d’autres entament, tout juste, le dernier sprint vers Carthage. C’est que le trophée, à l’arrivée, est assez tentant quoique le passage d’Ennahdha par le pouvoir ait réussi, quelques années après, à vider le poste présidentiel de ses prérogatives et à le dénuer de son aura. Certains espèrent redonner à la présidence sa grandeur en l’investissant, d’autres espèrent y puiser le pouvoir nécessaire pour accomplir leurs desseins ou ceux de ceux qui les y propulsent.

Parmi les candidats, il y a des anciens ministres. Ceux-là sont les plus expérimentés dans l’art de gouverner, de s’entourer et de diriger une structure élargie de collaborateurs et, accessoirement, de concitoyens. Cependant, ceux-là ont un discrédit de taille : Le président de 2015 n’est pas celui de l’avant 2011 et le peuple, à son tour, a bien changé. Pourra-t-on donc faire du neuf avec du vieux, toute allusion à l’âge étant mise à part ?
Il y a aussi ces politiciens de la nouvelle vague, ceux qui ont pratiqué la politique, mais en théorie et qui, après la révolution, se sont inscrits dans la mouvance de ceux qui veulent sauver la Tunisie, un projet facile à dire et dur à mettre en place. Moins facile aussi est d’en convaincre des électeurs blasés par la politique du « ça ira mieux demain ».

Entretemps et en attendant ce lendemain meilleur qui tarde à venir, c’est une classe politique qui se démarque par sa goujaterie qui investit la scène. L’invasion des « bleus » en politique a atteint des proportions telles que l’on compte comme candidats, les Hechmi Hamdi , Bahri Jelassi, Leïla Hammami, Larbi Nasra… Autant de « politiciens du dimanche » qui ont envie d’apprendre la politique en dirigeant tout un peuple et d’affûter leur connaissance de la Tunisie, pour ceux qui en vivaient loin, en en étant aux commandes. Parmi ceux-là, l’on retrouve des figures aux atouts souvent artificiellement grossis et aux égos, outrageusement surdimensionnés.
Beaucoup de bruit, en somme, autour de candidats au profil incongru et peu de candidats avec une certaine « normalité ». Car la normalité, en ces temps où vie privée et vie publique se chevauchent, n’est pas d’être conforme au groupe, d’avoir ses mêmes craintes et de se soumettre aux mêmes contraintes que lui, de se distinguer en bravant les codes et d’afficher ses goûts en matière de choix de voiture ou encore de théoriser sur l’âge de mariage des fillettes, ce n’est pas de chanter à la télé, ni d’exhiber son excentricité. Le charisme politique et l’aura présidentielle, et les contre-exemples en Tunisie et bien ailleurs l’ont prouvé, ne sont pas le fruit de la normalité ostentatoire, ni de l’extravagance frappante.

Comme se présentant à un concours de miss, tous espèrent arriver premiers à cette course à la présidence. Une course à en perdre haleine pour conquérir la belle et s’improviser président d’une Tunisie en mal-être que les promesses d’avant-élections ne sauront plus convaincre. Combattre la pauvreté, instaurer la sécurité, accomplir ce que voulaient les martyrs… même le pire cabotin aurait compris que la démagogie est, ici, passée de mode.
Le désir de certains de voir renaître une dictature susceptible de canaliser le flux de démocratie qui nous submerge, la politique des « sans politique », cette soif de liberté enfin assouvie et déjà suffocante, sans l’emploi promis, sans l’argent qu’on en gagne, sans le brin de dignité qui va avec … Tout cela amènera des votes par dépit et des désistements par milliers. Tout cela amène déjà ces politiciens du troisième type et fait que la Tunisie sortira haletante d’une course pour le poste aux allures de course poursuite.

N’avaient pas menti Moncef Marzouki et autre Sihem Badi quand ils parlaient de gâteau à partager en évoquant, dans une parabole aussi triviale que révélatrice, la Tunisie. A voir la gloutonnerie de ceux qui s’attaquent à un morceau bien plus grand que leur bouche, l’impudence de ceux qui tiennent des discours flirtant avec l’indécence, l’indécence de ceux qui ne savent pas tenir un discours, la suffisance de certains candidats et d’un peuple qui, au nom de la démocratie ne les discrédite toujours pas, l’on ne peut que serrer les coudes en espérant que, sur la ligne d’arrivée, ce soit le meilleur qui gagne.

Diplomate, un métier à risque

La diplomatie dans les pays à risque n’est pas aisée à définir. C’est que l’information n’est pas clairement établie pour que puisse y accéder celui qui la cherche. Contrairement à d’autres pays où des consignes évidentes sont disponibles sur les sites internet des ministères des Affaires étrangères pour que soit préservée la sécurité de leurs ressortissants, le ministère des Affaires étrangères tunisien, ne publie pas une liste de ces pays où un Tunisien risquerait sa vie et où une représentation diplomatique serait menacée pour la sécurité de ses membres.

« Nous traitons au cas par cas et publions des communiqués diffusés sur la page Facebook du ministère dès que le besoin s’en ressent », nous expliquera Mokhtar Chaouachi, porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Pourtant, dans certains pays où la stabilité est mise en péril, des missions diplomatiques tunisiennes continuent à travailler, à assurer le relais auprès des Tunisiens y résidant et à représenter la Tunisie auprès du pays d’accueil. En Irak, en Libye ou en Syrie, dans une occurrence quelques peu différente, nos diplomates et autres agents d’ambassades travaillent dans des conditions difficiles sous une menace constante rendue plus perceptible depuis l’enlèvement d’un employé local et du premier secrétaire de l’ambassade de Tunisie en Libye.

L’enlèvement de Laâroussi Gantassi et de Mohamed ben Cheikh a rendu plus concret le danger qu’encourent nos diplomates dans certains pays en proie à l’instabilité politique. Cette expérience vécue sous un mode traumatisant par les concernés, l’est visiblement tout autant pour l’ambassadeur lui-même. Ridha Boukadi a, en effet, déclaré quelques temps après la libération des otages tunisiens, qu’il ne voulait plus revenir à son poste parce qu’il craignait pour sa vie. Celui qui avait directement négocié avec les islamistes ayant enlevé ses subordonnés a, désormais, peur d’en être la cible. L’ambassade tunisienne en Libye, là où vivent des milliers de Tunisiens, restera sans ambassadeur. La mission diplomatique a été rapatriée et l’ambassade fermée. Le personnel consulaire à Benghazi et à Tripoli assurera, jusqu’à nouvel ordre, le strict minimum en matière de services proposés aux Tunisiens de Libye. « La Libye est un pays important pour la Tunisie où résident plusieurs Tunisiens avec qui l’échange économique est très important. Nous sommes très attentifs à la situation sécuritaire dans ce pays et nous veillerons à ce que notre ambassade rouvre ses portes dès que le calme y sera retrouvé », nous précise M. Chaouachi.

Quant à l’Iraq, autre pays où la vie n’est pas aussi tranquille qu’on pourrait l’espérer, la Tunisie y avait bon espoir. Notre office de l’Aviation civile et des Aéroports ainsi que la compagnie aérienne nationale avaient contribué à l’ouverture d’un bureau à Erbil afin d’assurer un regain d’intérêt des voyageurs vers l’une et l’autre destination. Les derniers événements politiques et sécuritaires ont achevé cet espoir de collaboration jugé précaire, pour certains observateurs. La liaison aérienne entre les deux pays après un vol inaugural qui ne présageait pour beaucoup rien d’intéressant a été suspendue jusqu’à nouvel ordre. Quant à nos diplomates, ils ont quitté ce pays depuis un moment déjà. N’est resté sur place qu’un agent consulaire pour répondre aux demandes des 250 Tunisiens installés en Iraq.

Pour ce qui est de la Syrie, Moncef Marzouki a résolu le problème, au cas où problème il y aurait eu. Le président de la République a, en effet, ordonné la fermeture de notre ambassade à la suite de ce qu’il percevait alors comme une dictature exercée sur le peuple syrien par son président. En décidant d’une manière aussi catégorique qu’impromptue de rompre officiellement avec le système Al Assad, M. Marzouki a laissé dans l’embarras des citoyens tunisiens habitant la Syrie et ayant forcément besoin, en temps normal, de services consulaires « ordinaires » et en temps de guerre, du soutien censé être indéfectible de leur pays à travers ceux qui le représentent. Un bureau a, toutefois, été ouvert récemment en Syrie. Il est géré par une équipe partie, depuis quelques semaines, gérer les besoins restés en suspens de Tunisiens habitant le pays.

« Quand en Ukraine, il y a eu les récents bouleversements politiques, nous avons travaillé d’arrache-pied, à travers notre bureau basé en Russie, pour que la colonie tunisienne, en majorité étudiante, puisse être en sécurité », indique M. Chaouachi. Le ministère des Affaires étrangères agit de même dès qu’un risque se présente dans un pays où des Tunisiens résideraient. « Que le risque soit d’ordre sécuritaire et quelque peu envisageable ou qu’il s’agisse de catastrophes naturelles que l’on ne peut anticiper, nous faisons de notre mieux pour agir à temps et autant que possible se peut pour garantir la sécurité des Tunisiens à travers le monde, c’est notre rôle ! », explique notre interlocuteur.

Dans les quatre coins du monde, des Tunisiens assurent pour leurs concitoyens qui ont fait le choix de l’immigration des services en apparence futiles. Ils assurent pour la Tunisie un service utile, consistant à représenter la Tunisie quelle que soit les conditions de vie et de travail. Diplomate s’avère ainsi être, dans certaines conditions, un métier à risque loin de l’idée que l’on peut avoir de ce métier d’un genre différent. C’est une des raisons pour lesquelles le ministère entend proposer pour les composantes de ce corps de métier et surtout celles nouvellement affectées, des formations en matière de sécurité et de défense. Un séminaire a eu lieu, à cet effet, la semaine dernière afin de sensibiliser les diplomates aux dangers qu’ils encourent et aux manières de s’y opposer. Quant à la sécurité au quotidien, elle est, dans certains cas, assurée par des agents détachés du ministère de l’Intérieur, en nombre peu important, relèveront certains observateurs avisés alertés notamment par le manque d’efficacité de pareille procédure quand il y a eu des kidnappings en Libye.

Outre cette période difficile marquée par la montée du terrorisme, la Tunisie connaît une crise au sein même de sa diplomatie. Notre pays qui définit sa politique étrangère comme basée sur la volonté de « renforcer les conditions d’entente, de tolérance et de solidarité entre les Etats et les peuples » n’a pas de litiges particuliers, en matière de relations internationales. Il a, cependant, des litiges internes qui paralysent, depuis des mois, le mouvement prévu dans le cadre du corps diplomatique.

Diplomate, ne doit pas être perçu non plus comme un métier facile par les diplomates étrangers vivant et travaillant en Tunisie. Suite aux nombreux actes terroristes secouant la Tunisie depuis trois ans, certaines missions diplomatiques étrangères ont revu à la baisse leurs effectifs, d’autres ont mis en place des systèmes de communication avec leurs ressortissants afin de les avertir des potentiels dangers, toutes ou presque n’hésitent pas à alerter les leurs dès qu’un malheur se présente, leur déconseillant, ainsi, de se rendre là où l’horreur a frappé ou risquerait de le faire. Pour des diplomates qui enchaînent les cocktails avec notre élite et les rencontres avec nos politiciens, un pays à risque, notre pays en devient aussi un.

La Tunisie – Bienvenue aux pays des manipulés

Les Tunisiens ont longtemps pâti de la manipulation. Sur le plan politique, ceci s’est traduit par des régimes politiques plus décevants les uns que les autres, les engagements pré-électifs s’étant, en effet, révélé être des attrape-nigauds. Sur un plan tout autre, récemment, la manipulation a continué, menant dans ses sillages, des Tunisiens à la ruine.

Les événements que vivent les Tunisiens sont plus explicites que les saynètes de Joules et Beauvois dans Petit Traité de manipulation des honnêtes gens(1), un best seller qui a institué pour une meilleure prise de conscience quant à la manipulation et ses différentes techniques.

Ben Ali ou la manipulation par la parole :

Utilisée comme moyen d’amadouer les plus sceptiques, la parole a souvent été pernicieusement utilisée dans les discours politiques d’avant la révolution (mais aussi après). Recourant à un discours volontairement emphatique, le régime politique de Ben Ali a réussi à faire taire toute entreprise de rébellion chez la masse populaire. Car contredire la parole suprême en laquelle consistait la voix de l’Etat revenait à s’y opposer.

Le régime post bourguibien avait présenté des promesses de changements. Cependant son discours pompeux, le narcissisme dont il s’est empreint ont mené les Tunisiens à se rendre à l’évidence : ils ont été manipulés.

Ayant pu asseoir son emprise sur tout un peuple et sur une opinion internationale de plus en plus regardante sur les affaires tunisiennes, le régime de Ben Ali a continué sa manipulation au moyen d’une parole répressive, voire dissuasive. Le pays a basculé ainsi de la crédulité à la soumission ; en passant d’un discours politique persuasif à un discours répressif et menaçant.

S’est ainsi opérée «une soumission librement consentie »(2) dont nous payons encore les frais malgré le sursaut de conscience, salutaire, mais tardif qui a engendré la révolution.

Les islamistes ou la manipulation par l’apparence :

La crédulité des Tunisiens étant mise à bas, après une dure épreuve qui a duré 23 années, les nouveaux protagonistes de la scène politique ont opté pour un discours moralisateur et donc rassurant.

Amadoués par une morale qui s’affiche au moyen de barbes, de voiles et autre marque frontale de prières assidues, beaucoup ont choisi nos dirigeants d’aujourd’hui non pas pour ce qu’ils sont ou ce qu’ils se sont avéré être, mais pour ce qu’ils semblaient être.

Certains ont été fascinés par cette nouvelle forme dé régénérescence de l’islamisme, la croyant salutaire, d’autres ont voué un culte aux nouvelles figures d’une politique qu’ils croyaient plus « propre », plus honnête et quasi sacrée. Manipulés et continuant à l’être, nombreux sont les Tunisiens qui ont développé une attitude de soumission s’apparentant à la sujétion au profit d’un régime politique qui les a utilisés pour réaliser des fins qui ne sont probablement pas les leurs.

Les paradoxes constatés un an après ont mené certains à réaliser qu’ils ont été manipulés. L’injustice continue à plusieurs niveaux y compris au niveau social, la pauvreté sévit de plus belle, l’avidité du pouvoir a l’air d’avoir fait de nouveaux émules et la culture du profit connaît des jours florissants.

Trompés par les promesses électorales et la morale ostentatoire des élus islamistes, nombreux sont les électeurs qui n’ont de cesse de défendre le parti au pouvoir et d’imputer à l’opposition tous les maux dont souffre la Tunisie depuis l’avènement d’une « ère nouvelle », une attitude semblable à plus d’un égard à celle qu’avaient les défenseurs de Ben Ali qui ont été manipulés au point d’en devenir eux-mêmes les proclamateurs zélés de celui-même qui les opprime.

Ceux-ci se sont désaliénés de la soumission mentale. D’autres auront-ils un jour cette intelligence-là ?

« Nous sommes plus manipulés et déterminés par les faits, les événements et les pouvoirs que nous ne sommes capables de prendre en main notre destin et celui de la société » Jacques Le Goff.

1-Le Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens est un essai de psychologie sociale de Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois paru en 1987 et réédité en 2002 aux Presses universitaires de Grenoble.

Vendu à deux cent cinquante mille exemplaires au 15 janvier 2008, et à trois cent mille exemplaires au 15 août 2012, cet ouvrage est un best-seller dans sa discipline

2-La soumission consentie est un concept de psychologie sociale (Compliance without pressure) introduit par Freedman et Fraser en 1966 pour décrire la conséquence d’un procédé de persuasion qui conduit à donner l’impression aux individus concernés qu’ils sont les auteurs de certaines décisions.

Mon intervention à la conférence de l’IHS à l’Assemblée nationale

J’ai pu, ce lundi 23 juin 2014, prendre part à un colloque organisé par l’Institut d’Histoire sociale et qui s’est tenu à l’Assemblée nationale en France. J’y ai représenté Business News avec une intervention dans le cadre du thème de l’événement consacré aux crises en Méditerranée. Ci-joint le texte de mon intervention.

L’Histoire de la Tunisie a été marquée par des phases de dictature étendues. Sous l’occupation, sous Bourguiba, puis sous Ben Ali, nous avons rêvé de liberté et de démocratie. Sous le poids de la pression de dirigeants liberticides, tout un peuple s’est plié, étouffé des décennies durant, privé de sa liberté de parole, freiné dans sa liberté de pensée, ralenti dans son élan désaliénant jusqu’à perdre l’envie d’en sortir.
Un élément déclencheur a pourtant ravivé la flamme et du feu d’un certain marchand ambulant est né ce qui foisonne encore en Tunisie : la démocratie, encore en cours, la démocratie encore en transition.

Le mérite de la révolution tunisienne, quoique beaucoup parmi nous soient désormais sceptiques à ce scénario et à sa spontanéité, c’est d’avoir fait émerger du fond de l’abîme ceux que la dictature a marginalisés. Ceci est une question de principe quand on songe à l’oppression subie, au musellement musclé qu’ont connu les rares personnes ayant eu le courage d’affronter la machinerie en face. Les opprimés d’hier sont les dirigeants d’aujourd’hui. Le tableau est bien beau, conforme aux idéaux du militantisme. Cependant, un hic persiste. Un bon opposant peut-il être bon aussi au pouvoir ? Un opprimé peut-il dépasser le mal qu’il a vécu, aller vers la modération et œuvrer pour le bien de ses compatriotes qui l’avaient vu sombrer ?

L’après révolution a été marqué en Tunisie par des élections, des vraies, sans résultats faussés, sans adversaires exclus, sans fraudes ou presque. Des élections marquées par un engouement général les jours d’avant et par une abstention importante le jour même. Paradoxe décevant qui nous en a amené un autre : La Tunisie, réputée pour sa modération a érigé les islamistes au pouvoir. Un résultat en faveur du parti Ennahdha qui s’est vu renforcer dans sa position de gagnant par deux alliances qui auront été décisives pour l’avenir politique du pays. Deux alliances qui ont donné naissance à la Troïka avec le parti de Moncef Marzouki, depuis président de la République, et celui de Mustapha Ben Jaâfar, depuis président de l’Assemblée nationale constituante.

La Troïka ! La présidence ! L’ANC ! Pour beaucoup de Tunisiens, c’est de là qu’a découlé la faillite de tout un système à l’après-révolution. D’ordre économique, social, politique, les pertes se chiffrent en dinars, mais aussi en vies humaines.
C’est qu’une gestion de néophyte à une transition, par définition délicate, a ramené à la Tunisie le spectre du terrorisme, celui que la répression de Ben Ali n’avait fait qu’étouffer.
Au nom de la liberté, nos dirigeants ont laissé l’islamisme radical s’installer. Au nom de la démocratie, ils l’ont laissé sévir. À cause de leur laxisme, ils lui ont donné la latitude de gangréner le pays. Lorsque des rumeurs ont circulé quant à l’existence de camps d’entrainement au Mont Chaâmbi, le ministère de l’Intérieur avait déclaré qu’il n’y avait, à la plus haute montagne de Tunisie, que des sportifs qui s’entrainaient. Lorsque le leader islamiste Rached Ghannouchi avait été interrogé quant à la radicalisation ayant corrompu nombre de jeunes jusqu’à en faire des terroristes, il avait avancé que ce sont nos enfants et qu’il fallait, de ce fait, les accepter.

Dirigé par Ali Laârayedh, islamiste ayant passé 10 années de sa vie en prison, à l’isolement, le ministère de l’Intérieur que l’on dit infiltré par les islamistes a peiné à accomplir son rôle de garant de la sûreté du pays. La mouvance l’avait dépassé. Le 14 septembre 2012, l’ambassade des Etats-Unis en Tunisie est attaquée par des individus venus jusqu’au Lac, quartier huppé de la capitale, à pied pour certains et à bord de voitures et camionnettes pour d’autres. Transportant échelles, barres de fer et autres outils nécessaires à l’invasion, ils ont pu arriver jusqu’à la forteresse américaine. Le bilan de l’attaque a été le suivant : quatre morts, plusieurs blessés, et aucun responsable. Le ministre de l’Intérieur de l’époque avait alors déclaré, explicitement, et en guise d’excuse : « Nous les attendions par devant, ils sont venus par derrière ».

Deux ans après, on saura que le même Ali Laârayedh, dirigeant du parti islamiste en charge à l’époque de la sécurité du pays, avait cautionné la fuite du chef du réseau d’Al Qaïda en Tunisie. Abou Iyadh, l’homme le plus recherché de Tunisie, prêchait alors en toute illégalité dans une des plus importantes mosquées de Tunis. Malgré la présence policière qui a été débarqué dans tout le périmètre du lieu de culte, Abou Iyadh avait pu s’échapper. Il s’était dissimulé sous un voile féminin intégral, avait-on dit à l’époque. « Nous avons donné l’ordre de ne pas l’arrêter », dira le ministre de l’Intérieur de l’époque récemment. Les raisons avancées pour justifier une telle décision importent peu. Le message qui en découle à l’égard des groupuscules islamistes est quant à lui fort.

Une gestion de l’état de crise dominée par un laisser aller ne pouvait aboutir qu’à ce qu’a connu la Tunisie lors des derniers mois. Les dépôts d’armes découverts dans plusieurs villes tunisiennes ne sont que la face apparente d’un mal qui s’est installé de part et d’autre du pays. Les quelques groupes terroristes démantelés ne sont qu’une partie d’un réseau qui s’est étendu jusqu’en Syrie et qui, au nom de pseudo-djihad, s’est mis à combattre ses propres compatriotes, au nom de Dieu.
18 mai 2011, les événements d’Errouhia font 2 morts dans les rangs de l’armée.

10 décembre 2012, l’attaque d’une patrouille à Feriana fait un mort parmi les forces de l’ordre et plusieurs blessés.
2 mai 2013, Mohamed Sbouîi, commissaire de police, est retrouvé égorgé, les assassins appartiendraient au mouvement Ansar Chariâa.
6 juin 2013, l’explosion d’une mine à Mont Châambi fait 2 morts parmi les militaires surveillant la zone.
29 juillet 2013, huit militaires trouvent la mort dans une embuscade terroriste. Ils ont entre 21 et 31 ans. Ils ont été égorgés, peu avant la rupture du Jeûne au mois de Ramadan.
17 octobre 2013, deux morts parmi la garde nationale, lors de l’attaque de Goubellat.
23 octobre 2013, deux membres de la Garde nationale trouvent la mort dans l’attentat de Menzel Bourguiba. Un groupe d’individus avait ouvert le feu sur une patrouille de sécurité.
23 octobre 2013, une opération de sécurité à Sidi Ali ben Aoun (à Sidi Bouzid) fait 6 morts parmi la Garde nationale.
4 février 2014, mort d’un membre de la Garde nationale lors de l’opération de Raoued.
16 février 2014, une embuscade terroriste à Ouled Manaâ (Jendouba) cause la mort de 3 agents des forces de l’ordre et d’un citoyen.
18 avril 2014, l’explosion d’une mine au Mont Châambi cause la mort d’un soldat.
23 mai 2014, un soldat est tué au Mont Châambi lors de l’explosion d’une mine.
28 mai 2014, quatre policiers sont morts lors de l’attaque du domicile du ministre de l’Intérieur.

Outre ces événements tragiques ayant causé la perte d’éléments sécuritaires en majorité jeunes, il en est d’autres ayant coûté la vie à des leaders politiques. Ils sont au nombre de quatre. Leur importance sur la scène politique est variable, mais leur présence du côté de l’opposition est, entre eux, un point commun.
Chokri Belaïd, virulent opposant à l’islamisme en Tunisie a été assassiné en plein Tunis le 6 février 2013.
Mohamed Brahmi, député et ancien secrétaire général du mouvement populaire, est assassiné devant chez lui, en plein Tunis un 25 juillet 2013.
Lotfi Nagdh, coordinateur régional du parti Nidaa Tounès,  a été lynché à mort le 18 octobre 2012.
Mohamed Bel Mufti, un militant du Front populaire est mort lors d’affrontements dans le cadre d’une manifestation à Gafsa, le 26 juillet 2013.

De deuil en deuil a été marquée la récente période que connaît la Tunisie. Une transition qui a été laborieuse car le chemin vers la démocratie n’est pas seulement le fruit d’un feu subversif. Une transition qui a été sanglante car la démocratie ne s’acquiert pas mais s’arrache au prix fort.
Ce prix fort, nous l’avons payé. La transition nous en avons payé le lourd tribut. Nous reste donc à en connaître les avantages. Ceux-là même que l’on savoure déjà en partie. Liberté d’expression, un des plus grands acquis dont on se délecte depuis l’avènement du changement politique en Tunisie. Liberté d’expression, celle qui nous permet de relever les lacunes, de critiquer le système, de pointer les défaillances. Liberté d’expression, grâce à laquelle j’ai pu être aujourd’hui devant vous, à vous parler de mon pays, de son mal-être et de l’espoir que je porte sur son avenir.
Car l’avenir de la Tunisie n’est pas encore décidé, je veux bien rêver, avec toute la part d’irrationnel que cela connote, d’une Tunisie sortant enfin indemne d’un passage difficile. Cela prendra peut-être des mois, après les prochaines élections qui se préparent. Cela prendra peut-être des années, après d’autres changements politiques de taille. Cela prendra peut-être des décennies, après d’autres déboires et d’autres pertes. Cela prendra le temps qu’il faudra, le temps qu’il faudra pour que mon pays renaisse!

De la mort, faire une campagne politique

Quoique épinglé à plus d’un niveau sur des sujets de fond, le parti Ennahdha a, jusque-là, été souvent plus performant que les autres partis, en matière de communication et de rigueur dans la gestion de son image. Un hic de taille a, cependant, eu lieu, ce weekend : la mort de la sœur de Rached Ghannouchi! Evénement tragique certes, mais personnel sorti de la sphère de l’intime et projeté dans le cadre public par Ennahdha et par ceux qui ont fait, de la mort, une information.

Lorsque la nouvelle est tombée, les différentes pages du mouvement islamiste, mise en place pour relayer les informations relatives au parti et à l’activité de ses membres, ont publié un faire-part de décès annonçant la mort de la sœur du leader Rached Ghannouchi. L’excès de zèle a commencé, ensuite, à opérer et M. Ghannouchi, lui-même, s’est prêté au jeu des caméras.

Le parti a, en effet, rendu publiques des photos de ce qui a été présenté comme une cérémonie consacrée à la présentation des condoléances au leader d’Ennahdha. Une série de prises de vue a été partagée. On y voit défiler des personnes connues et moins connues du parti islamiste, serrant la main du « cheikh », l’embrassant, l’enlaçant, dans l’ambiance feutrée d’un hôtel de Gammarth, là où s’était tenu aussi le Majlis choura du parti.

Ennahdha, à travers ses pages, dont celle de Rached Ghannouchi, a aussi diffusé une photo du Cheikh enterrant sa sœur. En habits allégés pour l’occasion, on le voit en pleine action, portant la dépouille de la défunte, elle aussi du coup filmée.

Outre les photos, le parti islamiste est allé jusqu’à publier une vidéo dans laquelle Rached Ghannouchi prononce une oraison funéraire lors de l’enterrement de sa soeur. Y est visible l’émotion du Cheikh récitant des versets de Coran et des prières pour la défunte.

Rached Ghannouchi a donc choisi, volontairement de s’exposer et de présenter en spectacle, sur les réseaux, ce que d’autres auraient empêché de diffuser. Nombre de personnalités luttent, en effet, contre la publication d’images relevant de leur vie privée et luttent au quotidien pour que celle-ci soit préservée. Se disant pourtant proche des valeurs de l’Islam, Ennahdha n’a même pas manifesté d’égard à la défunte et a instrumentalisé le supposé triste événement de sa mort pour des visées politiques. A travers cela, se rend plus perceptible le culte voué aux personnes au sein de certaines structures politiques où c’est l’attachement aux valeurs qui devrait primer.

Partant certainement du principe que le mouvement islamiste est une sorte de communauté, le parti, à travers ses cellules de communication, a choisi de couvrir cet événement en le « dé-couvrant » de son aspect intime. Une occasion pour donner à l’image du Cheikh une dimension humaine, loin des guerres politiciennes et de le montrer sous l’image d’un père de famille autour de qui tout un parti gravite, y compris dans le malheur.

Un spectacle inhabituel qui s’oppose aux standards de discrétion en la matière et qui contribue à la starification du Cheikh, non pas à travers une image de force, mais par le biais d’une attitude exploitée dans une dimension cathartique. Le but était sûrement, tout excès de zèle mis à part, de travailler l’aura du leader islamiste.

C’est que Rached Ghannouchi dispose déjà d’une aura conséquente auprès des siens et même des autres. Ceux qui le critiquent sur les réseaux, ceux qui le dénigrent sur les plateaux télévisés, ceux qui scandent des slogans à son encontre lors des manifestations, ceux qui abhorrent Ennhadha et, à travers elle, ses valeurs et son leader. Et pourtant, en sa présence, l’animosité disparaît, cédant la place non pas au respect et à la cordialité, mais à une vénération déconcertante, donnant des attitudes des plus dociles aux opposants les plus farouches. Lors de la cérémonie organisée par la Chambre de commerce tuniso-américaine la semaine dernière, nombreux ont été ceux qui se sont ingéniés pour prendre la pose aux côtés de Rached Ghannouchi, pour lui serrer la main et lui dire une flatterie.

Une des photos a même été partagée par une des pages d’Ennahdha. Elle était accompagnée de ce qui suit : « Ils le détestent en privé et en public, ils l’accusent d’être un criminel, un terroriste et un traître et pourtant quand ils sont devant lui, ils deviennent muets, ils rivalisent entre eux pour lui serrer la main et avoir de lui un sourire, pour parler avec lui, pour avoir, de lui, un sourire… ».

Rached Ghannouchi a été, dans l’image tunisienne commune, comme d’autres leaders islamistes aujourd’hui personnages politiques, la concrétisation de la phase d’émergence du terrorisme religieux en Tunisie dans les années 80. Diabolisé par le régime répressif de Ben Ali, il a été blanchi par la révolution qui a ramené au pouvoir son parti comme une alternative « pieuse » à un système jugé corrompu. Quelque peu déshumanisé par le jeu politique et le travail pour l’accession au pouvoir, Rached Ghannouchi retrouve, par le biais d’une démarche dont les travers ne sont pas à démontrer, une image chargée d’émotivité où l’alchimie détonante entre le public et l’intime est mise en application au service de la communication politique.

Mohammed VI et l’envers du décor

Un roi dans les rues de Tunis. Quel honneur ! Dans les rues de Tunis ? Quelle horreur ! Et s’il avait vu l’envers du décor ? A-t-on pensé à nettoyer les rues avant que le roi n’entame sa marche au centre ville de Tunis ? C’est que nous sommes en pleins chantiers démocratiques et que, pour nos gouvernants, le reste semble être accessoire. Ceux qui nous gouvernent étaient, il n’y a pas si longtemps de cela, des citoyens ordinaires. Mais ils ont été, depuis et jusqu’à très peu, barricadés dans leurs ministères et palais. Des barbelés nous empêchaient, nous autres citoyens, d’en longer même les murs, par mesure de sécurité. Un état de dégradation règne dans nos rues, tant le manque d’entretien est flagrant, tant la nonchalance s’accumule, au-delà de ce que remarquent des gouvernants préservés de la vue de ce qui nous désole.

Le roi du Maroc a fait dimanche et suite à sa visite officielle en Tunisie, une promenade au centre ville de Tunis. De nombreuses photos et vidéos de lui ont été prises à l’avenue Bourguiba et ailleurs, en compagnie de membres de sa famille et de simple citoyens tunisiens, étonnés de voir parmi eux, un roi.

Car, dans nos rues, très peu de gouvernants tunisiens s’exposent. C’est qu’on évite le peuple, peut-être. C’est qu’on s’en préserve, éventuellement. C’est qu’on préfère rencontrer ces gouvernés, par biais, et, pour cela, un écran suffit. Un écran suffit pour les connaître, mais il est sûr qu’un écran ne peut pas suffire pour la réciproque et pour que, d’eux, nous soyons plus connus.

Ce que nos dirigeants n’ont, en majorité, pas compris, le roi Mohammed VI l’a mis en application, dans un acte décalé par rapport à la norme et qui a été très apprécié par les Tunisiens, dans l’ensemble. Au-delà des aspects rattachés à la communication et au travail sur l’image, en allant au contact des Tunisiens, en ne se suffisant pas de celui de la caste politique, le roi du Maroc a fait preuve d’un acte de sympathie dont le rendu a été immédiat. Beaucoup sont tombés en admiration devant cette simplicité, paradoxalement, distinguée.

Cependant, en se promenant dans nos rues, le roi a-t-il vu l’horreur que seuls nous voyons en se baladant au centre ville de Tunis ? A-t-il vu les ordures tout au long des trottoirs ? A-t-il vu les tas de sables et autres gravats aux abords des chantiers anarchiques ? A-t-il vu l’incorrection qu’on y croise, les grossièretés qu’on y entend, a-t-il senti l’ambiance nauséabonde qui règne au détour de certaines rues?
Une déconnexion totale du faste présidentiel de Carthage. Une preuve que la simplicité ne passe pas par un nœud de cravate en moins, mais par un geste en plus. Par une attention au peuple et non par une attention que l’on porterait à sa propre image. Bien des choses changeront si nos gouvernants faisaient le pas de venir vers nous, de faire quelques pas dans ces rues que nous arpentons tous les jours et qu’ils ont cessé de parcourir, eux les cloîtrés dans leurs palais. S’ils voyaient, de près, ce que deviennent nos villes, par manque d’hygiène, s’ils voyaient la détérioration d’un capital architectural au fil des mois, des décisions seront prises ; et ces décisions seront plus en adéquation avec le quotidien.

Car les gouvernants dans leur déconnexion par rapport au peuple ne perçoivent plus que l’occasionnel. Ils sont trompés régulièrement : seules les rues faisant partie de leur parcours prévus sont concernées par des mesures visant à les maintenir en état, seuls les endroits qu’ils visitent bénéficient d’attention particulière. Pour le reste, les fontaines où l’eau ne coule plus sont remplies de déchets, les murs couverts de tags, les bacs à fleurs asséchés remplis d’ordures… Un état de décrépitude désolant contre lequel des actions citoyennes se mobilisent. Dans des initiatives donquichottesques, des jeunes luttent, balais à la main, contre la dégradation que connaissent nos villes.

Le roi a donc vu cela un certain dimanche après-midi dans les rues de Tunis. Il a donc vu que loin des cartes postales, des chansons aux senteurs de jasmin et de l’ambiance enivrante des cafés des délices, un Tunis différent existe. Celui dont les gouvernants se mettent à l’écart, obnubilés par l’art de nous séduire, une fois l’urne disposée, et de nous gouverner, sans vraiment nous connaître.