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Iamque non umbratis fallaciis res agebatur, sed qua palatium est extra muros, armatis omne circumdedit. ingressusque obscuro iam die, ablatis regiis indumentis Caesarem tunica texit

Ba3 ! Chronique d’un pays qui bêle

Après une révolution qui nous a mis face à un nouveau vocabulaire, celui de la bravoure, du sacrifice, de l’honneur, du patriotisme et tant d’autres nobles valeurs, nous nous sommes trouvés confrontés, peu après l’euphorie, à un champ sémantique tout autre. Un vocabulaire qui en dit long sur la médiocrité qui gouverne et règne sur les états d’esprit. Que pouvions-nous, en effet, attendre d’une scène politique ayant pour champ lexical « chaussettes », « chaussures » et autres « chléka » éponyme ?

Nous nous accrochons pourtant tant bien que mal. A coup de blagues et sobriquets, de « râlerie » virtuelle et de tweets, nous nous indignons! A coup de statuts Facebook, nos gouvernants répliquent. Et l’échange se poursuit, sur la Toile, pendant qu’une autre toile se tisse autour de nous, celle d’une misère à la fois sociale, idéologique et surtout économique.

Le paradigme régnant depuis quelques mois est un paradigme bestiaire. Entre poulets, singes, et bêlements, nous sommes trainés comme des moutons de Panurge derrière nos dirigeants-bergers, trainés eux-mêmes par l’illusion d’une bonne étoile qui tarde à se faire voir.

Le malaise des citoyens est certain, mais leur grogne est à peine perceptible. Tirés à la chevrotine tels des lapins, menés à coup de bâtons ou appâtés au moyen de dons, avantages ou promesses, les Tunisiens, pourtant perspicaces et brailleurs, continueront à être les dindons de la farce.

Et en matière de perspicacité, nos gouvernants ne sont pas mieux lotis que nous ! Ainsi, la vice-présidente de l’ANC avait poussé des cris d’indignation quant à une caricature évoquant « la république bananière » que nous serions devenus et la mettant côte à côte avec le Cameroun, pays face auquel une partie de football devait se tenir.

Indigné par l’interprétation abusive que cette responsable de haut niveau a faite d’une œuvre à lectures multiples, le célèbre caricaturiste Lotfi Ben Sassi qui en est l’auteur, a su manier avec talent la plume et répliquer à celle qui l’a accusé à tort de racisme.

Le buzz qu’a engendré cette réplique en dit long sur une bataille de coqs qui se tient entre intellectuels et politiciens de la deuxième vague, chacun menant derrière lui son troupeau de suiveurs et souteneurs plus ou moins éclairés (mais tous persuadés de l’être).
Scandalisée par le lien entre négritude et république bananière, selon un raccourci honteux, Laâbidi est pourtant celle qui a désigné les forces de l’ordre de poulets, dans un parallèle incertain entre un « degré zéro » de la langue française et le prosaïsme de l’image.

Après une révolution qui nous a mis face à un nouveau vocabulaire, celui de la bravoure, du sacrifice, de l’honneur, du patriotisme et tant d’autres nobles valeurs, nous nous sommes trouvés confrontés, peu après l’euphorie, à un champ sémantique tout autre. Un vocabulaire qui en dit long sur la médiocrité qui gouverne et règne sur les états d’esprit. Que pouvions-nous, en effet, attendre d’une scène politique ayant pour champ lexical « chaussettes », « chaussures » et autres « chléka » éponyme ?

Nous nous accrochons pourtant tant bien que mal. A coup de blagues et sobriquets, de « râlerie » virtuelle et de tweets, nous nous indignons! A coup de statuts Facebook, nos gouvernants répliquent. Et l’échange se poursuit, sur la Toile, pendant qu’une autre toile se tisse autour de nous, celle d’une misère à la fois sociale, idéologique et surtout économique.

Le paradigme régnant depuis quelques mois est un paradigme bestiaire. Entre poulets, singes, et bêlements, nous sommes trainés comme des moutons de Panurge derrière nos dirigeants-bergers, trainés eux-mêmes par l’illusion d’une bonne étoile qui tarde à se faire voir.

Le malaise des citoyens est certain, mais leur grogne est à peine perceptible. Tirés à la chevrotine tels des lapins, menés à coup de bâtons ou appâtés au moyen de dons, avantages ou promesses, les Tunisiens, pourtant perspicaces et brailleurs, continueront à être les dindons de la farce.

Et en matière de perspicacité, nos gouvernants ne sont pas mieux lotis que nous ! Ainsi, la vice-présidente de l’ANC avait poussé des cris d’indignation quant à une caricature évoquant « la république bananière » que nous serions devenus et la mettant côte à côte avec le Cameroun, pays face auquel une partie de football devait se tenir.

Indigné par l’interprétation abusive que cette responsable de haut niveau a faite d’une œuvre à lectures multiples, le célèbre caricaturiste Lotfi Ben Sassi qui en est l’auteur, a su manier avec talent la plume et répliquer à celle qui l’a accusé à tort de racisme.

Le buzz qu’a engendré cette réplique en dit long sur une bataille de coqs qui se tient entre intellectuels et politiciens de la deuxième vague, chacun menant derrière lui son troupeau de suiveurs et souteneurs plus ou moins éclairés (mais tous persuadés de l’être).
Scandalisée par le lien entre négritude et république bananière, selon un raccourci honteux, Laâbidi est pourtant celle qui a désigné les forces de l’ordre de poulets, dans un parallèle incertain entre un « degré zéro » de la langue française et le prosaïsme de l’image.

Malgré ses excuses, la vice-présidente de l’ANC verra le dossier relatif à cette maladresse verbale porté devant la justice.Traiter la police de poulets pourrait-il être condamnable ? Pourtant les traiter de singes ne l’a pas été !

Reléguée, en ce jour-même, par l’agence de notation Moody’s, au rang des républiques bananières, non pas celles de notre éminent caricaturiste, mais les vraies, la Tunisie a vu sa note relative à la dette baisser d’un cran et sa réputation, sur la place financière, sérieusement corrompue.

Mais à qui pourrions-nous nous plaindre de ceux qui nous rabaissent à un Ba3 dégradant? « Ba3 », nouvelle notation de la Tunisie désigne aussi le bêlement; une notation épousant parfaitement, par la sonorité, le sentiment et l’état d’esprit des pauvres ruminants que nous sommes devenus.

Le côté animal des forces politiques aux commandes et en marge des commandes, féroce de l’un, docile de l’autre, aura mené le pays à sa perte, faisant pousser à son économie des cris de bête désœuvrée devant celui qui s’acharne à la tondre.

Nos politiciens, opposants confirmés, mais gouvernants en herbe monteront à coup sûr sur leurs grands chevaux, crieront à l’injustice et tenteront de décrédibiliser agences de notation et forces colonialistes, capitalistes, avides de pouvoirs et haineuses des libertés postrévolutionnaires. Ils brailleront comme des paons déplumés au milieu d’une jungle sans roi où rôdent loups et renards, faucons et panda, poulets, singes et putois. Un paysage politique aux allures d’une fable de La Fontaine, mais une fable sans morale, de bêtes sans scrupules, à bord d’un Arche de Noé incertain.

Tunisie- L’islam fait peur?

La nature musulmane du Tunisien ne présentait aucun doute quant à sa sincérité, à son authenticité et à son aspect inébranlable. C’était sans compter l’arrivée de la révolution, une révolution sans leader qui a mis à mal les valeurs d’une société pour les remplacer par celles d’autres. L’islam de nos ancêtres n’est plus, celui de nos descendants pourrait faire peur.

La révolution tunisienne, a certes offert un air de liberté dont on avait perdu le goût, 23 ans durant, mais elle a aussi engendré une dégradation désolante au niveau des valeurs morales.
Tolérance quant à la différence, modération au niveau de la pratique religieuse, attachement aux cultes et ouverture d’esprit, des valeurs qui faisaient la richesse culturelle et cultuelle du Tunisien. La « renaissance » postrévolutionnaire a concrétisé, cependant, l’apogée d’une certaine décadence morale poussant des Tunisiens à tuer leurs compatriotes au nom de la religion, à s’attacher aux valeurs partisanes aux dépens d’une patrie qui flétrit de jour en jour et à se détacher de sa propre culture au profit d’un état d’esprit et d’une manière d’être loin d’être les nôtres.

L’arrivée au pouvoir des islamistes a entrainé inévitablement un islamisme politique qui a entrainé à son tour un islamisme culturel des plus rebutants.
L’islam fait peur. La formulation hésite entre interrogation et affirmation. Venant d’un regard extérieur et perçue en tant qu’affirmation, cette idée serait considérée comme un préjugé à tendance discriminatoire. Provenant d’une vision autocritique, même de nature interrogative, l’idée et celui qui l’aurait formulée seront qualifiés du triptyque stéréotypé : « francophone, maçonnique, mécréant ».

L’islam fait peur non pas pour ce qu’il représente, mais par ceux qui le représentent. Un extrémisme cultuel qui, perçu par le prisme de la tolérance pourrait être un signe bénéfique de diversité, mais qui se transforme en une forme de terrorisme culturel, dès lors qu’il manifeste une obligation de soumission d’autrui à des préceptes non partagés de tous. Obliger une fillette à se voiler en fait partie, incarcérer une personne qui s’oppose à la notion de religion en fait partie, pousser vers la haine des shiites, des sunnites modérés, des athées, des agnostiques en provoquant les amalgames en fait partie, inévitablement.

Pour beaucoup et pas uniquement pour les occidentaux, l’islam s’est rattaché à une forme de terrorisme, voire à une expression extrémiste pouvant engendrer meurtres, guerres civiles, attaques sanglantes… au nom de la religion.

Pour beaucoup l’islam se rattache à ses nouveaux gourous et autres cheiks prônant une pratique rigoureuse et diffusant des idées saugrenues.

Pour beaucoup l’islam s’est rattaché aux nouveaux représentants de Dieu sur la scène politique, ceux-là mêmes qui ont manipulé leurs électeurs, qui ont instrumentalisé l’islam et ses valeurs et qui se sont servis dans les caisses de l’Etat non pas pour faire du bien autour d’eux, comme le préconise l’islam, mais pour se faire du bien.

Le contrat politique a été rompu par bon nombre de Tunisiens que l’islamisme politique a manipulés. Le contrat social est en voie de rupture, car la rigueur dans la pratique et les mœurs (refus de la mixité dans le cadre familial élargi, refus de célébrer des fêtes religieuses selon les rites tunisiens ancestraux…) se transforme en rigidité, refroidit la ferveur des uns et accentue la frilosité des autres.

Pas étonnant que la montée du Front National en France et de courants d’extrême droite généralement, dans des pays européens s’opère alors que le débat entre identité nationale et identité culturelle refait surface et que face au refus de se mélanger aux autres, les autres manifestent du refus à notre égard.

Une dualité qui a poussé bon nombre de Tunisiens à fuir la religion, ses pratiques, ses dogmes et ses diktats. Beaucoup n’ont pas fait le ramadan passé, beaucoup se disent déterminés à ne pas fêter l’Aïd El Kébir à venir. Beaucoup ont perdu la foi et ne s’en cachent plus. Des pages Facebook de « Tunisiens irréligieux » ou de Tunisiens nouvellement convertis au christianisme l’attestent. Un épiphénomène certes non représentatif, mais fort révélateur du malaise que connaissent nos crédos, du besoin spirituel que la période de crise a fait naître et que le désenchantement a anéanti et d’une dialectique problématique entre assimilation et distanciation rendant difficile la notion d’appartenance à la religion, quand il devient impossible de se reconnaître dans ses porte-voix et dans les dogmes qu’ils diffusent.

« Le terme islamophobie a été créé précisément pour permettre à ceux qui ne veulent pas voir de rester aveugles« , écrivait Michèle Tribalat, démographe et spécialiste de l’islam, dans son livre Assimilation : la fin du modèle français.
Le nouveau modèle social tunisien est en cours d’élaboration, mais une élaboration laborieuse qui a gommé beaucoup de qualités inhérentes à notre société tant sur le plan culturel que religieux, poussant la société vers une polarisation, volontairement schématisée par certains, par une forme de manichéisme effrayante. Une dichotomie qui n’attire plus « les bons » vers « les mauvais », les moins pratiquants vers ceux qui le sont davantage, mais qui pousse chacune des tendances vers l’autre extrême et vers la perte des valeurs communes. Une tendance qui pourrait être corrigée par la présence d’un modèle consensuel fédérateur de cohésion pour que ne s’altère pas le modèle que nous lèguerons à nos enfants et pour que cesse la victimisation au profit d’une remise en question susceptible d’agir sur le long terme.

Jihad ennikah : Sexe, mensonge et religion

Jihad ennikah est un terme qui nous était inconnu, qu’on a découvert avec les premiers signes de liberté et qui a fini par se répandre d’une manière inquiétante. Cependant, la situation a dépassé, depuis peu, l’inquiétude face à un phénomène qu’il était difficile de cerner pour devenir un véritable fléau que l’on ne cache plus, même à l’échelle officielle.

Dans le Coran, nombreuses sont les allusions à la sexualité. Il s’agit de versets ayant certainement pour finalité première de réglementer la vie humaine, de jalonner les pratiques quotidiennes et de mettre en place un système de récompense et de sanctions afin d’instaurer un code pour distinguer le bien du mal. Un manichéisme très particulier qui profite désormais à de nouveaux commerçants du sexe, prônant l’islam radical et pratiquant, quasiment la débauche.

Le terme Jihad ennikah a fait une rentrée progressive en Tunisie. Le jihad en lui-même était un phénomène nouveau et dont l’ampleur n’a cessé de grandir depuis les soubresauts que connaît la scène politique syrienne. Jihad ennikah est une variante de ce jihad, une sorte de don de soi pour une cause rattachée au divin, mais un don au propre et non au figuré. Il s’agit en effet d’offrir son corps aux combattants pour des ébats sexuels capables de les aider à être plus efficaces sur le terrain. Alors que les pratiques sexuelles hors mariage sont bannies par « la réglementation religieuse », le jihad par le sexe s’est rattaché bizarrement à l’islam radical, censé être le plus proche du texte saint et des pratiques prophétiques.

Où puisent certaines femmes et jeunes filles cette forme pervertie du don de soi pour Dieu ? Il est à préciser que des femmes ont, en réponse à certains préceptes, rigoureusement stigmatisants, opté pour une dissimulation totale de leurs corps et une occultation du paraître, à travers un voile intégral. Perçu par certains comme une manière de se gommer de la société, le voile intégral, dissimulant jusqu’aux yeux de la femme derrière une étoffe noire, est une façon de dire et d’accepter que la femme se résume à un corps, à un tour de taille, à un bout de bras, de doigt, à un regard et que, de ce fait, la femme est un objet sexuel qu’il est préférable de cacher pour ne pas inciter l’Autre.

Au nom d’une certaine lecture du Coran, ces femmes ont commencé à se percevoir comme objet, objet de séduction, d’incitation et d’invitation au péché. Une manière d’accepter aussi , pour certaines, que l’on puisse réduire, encore une fois, l’entité féminine à un objet de désir, de plaisir et à un corps à offrir en pâture à des inconnus pour qui le manque d’activité sexuelle risque d’impacter le rendement au combat.

Alors que le don de soi chez les hommes et les femmes cherchant une bénédiction divine était d’ordre moral et spirituel, il est en train de connaître une phase inquiétante, passant par le sexe et par le sang. Dans les sociétés musulmanes les plus conservatrices, des cheikhs établissent un ordre social fondé sur des fatwas, sorte de règlement intérieur prenant pour base une certaine lecture du Coran. Cependant, ces mêmes cheikhs qui interdisent aux femmes de conduire et qui proscrivent la mixité ne cessent de sortir des fatwas de toutes sortes, des idées saugrenues pour certains, par le biais de pages facebook, de tweets et de vidéos.

Parmi les sujets abordés figurent très souvent des « problématiques » d’ordre sexuel. Beaucoup se souviennent d’une fatwa suggérant de donner le sein à son collègue de bureau pour que la proximité physique ne soit pas considérée comme un péché et qu’un rapport de « filiation » s’instaure entre les deux. Plus récemment, une fatwa a suscité la polémique, puisqu’on y voit un cheikh, devant un parterre masculin concentré, présenter l’au-delà où chaque homme aurait 70 femmes, où chacune des femmes en aurait 70 autres et où les ébats sexuels dureraient 70 ans chacun.

Une drôle de vision du paradis présenté comme une orgie sexuelle et où la femme est réduite à un objet de plaisir. Ces mêmes émetteurs de fatwas auraient, selon certains, encouragé au jihad sous toutes ses formes dans le but de glorifier l’islam. Et beaucoup de jeunes ont répondu à cet appel, amadoués par une cause ou appâtés par une récompense divine dans l’au-delà.
En Tunisie, le ministre de l’Intérieur a confirmé, jeudi 19 septembre, au siège de l’Assemblée nationale constituante, que des Tunisiennes partent en Syrie pour pratiquer cette nouvelle forme de jihad, qu’elles passeraient entre les mains d’hommes par dizaines et qu’elles revenaient engrossées par centaines.

L’information a fait le tour de la presse internationale et a confirmé un phénomène qu’on abordait comme une rumeur. Le ministère de la Femme a même publié un communiqué, vendredi 20 septembre, pour condamner cette pratique. Trop tard penseront certains.
Cependant, du côté des salafistes, du moins ceux qui s’affichent sur la toile, les choses sont perçues d’un prisme tout autre. Une contre-information relayée par les dirigeants des combats en Syrie dément l’existence de cette forme de jihad et plus particulièrement la présence de Tunisiennes en Syrie dans cette optique. Jihad Ennikah serait, selon eux, une manière de salir les sunnites et une manœuvre provenant des chiîtes et des pro-Bachar El Asad. Un conflit qui dépasse la Tunisie, mais dont les répliques touchent en profondeur sa société.

Quelle que soit la vérité relative à ce fait ou à ce mensonge, il est clair que les Tunisiens sont encore l’objet d’une manipulation. Cela s’opère du côté officiel ou du côté de ceux que celui-ci a, volontairement, marginalisé au nom de la liberté. Au moyen de cette manipulation, nos jeunes sont partis par milliers, non pas pour donner leur corps en offrande, mais leurs âmes également. Au moyen de l’autre, c’est tout un pays qui est donné en offrande.

En Tunisie, une centaine d’immolation depuis la Révolution, des rêves qui prennent feu

Comme se condamnant au bûcher, des jeunes Tunisiens s’immolent par le feu dans un ultime signe de désespoir.Le 13 mars aux alentours de 8 heures, alors que Tunis se réveillait et s’apprêtait à accueillir, sans grand enthousiasme, le nouveau gouvernement formé après un tumulte général que l’on croyait incessant, Adel Khazri, originaire du Nord ouest s’est immolé par le feu.

 Enième acte suicidaire qui s’est déroulé devant le théâtre municipal de Tunis, illustration de la tragédie que vivent les tunisiens depuis que la première flamme est née, cet acte a secoué tout un peuple. Mais la secousse n ‘aura duré que quelques minutes. Sur les réseaux sociaux, plusieurs personnes ont partagé cyniquement la photo illustrant cet acte de désespoir. Mais la vie a vite repris le dessus et les intérêts se sont focalisés sur d’autres sujets.

 Le 15 mars, alors qu’on a enterrait Adel Khazri dans une ambiance contestataire pour le moins tendue, 4 autres Tunisiens ont mis le feu à leurs corps. Plus d ‘une centaine de cas similaires se sont produits depuis février 2011.

 Le choix du feu :

 Des personnes à la fleur de l’âge choisissent ce sort macabre et le choix du feu n’est pas anodin. Ces jeunes suicidaires n’ont pas opté pour une mort sereine, pour un suicide « discret ». Ils ont choisi de mourir en public, au milieu de la foule comme pour se donner en spectacle ; une tragédie épique où le héros se bat contre la misère, où il se bat jusqu’à en mourir. S’immoler par le feu est un acte masochiste qui en dit long sur la perception qu’a le suicidaire de lui-même. Il s’agit d’une perception ou d’une appréciation qui va crescendo : on déteste sa vie, on déteste la vie et on finit par se détester jusqu’à vouloir se faire du mal et en finir.

 Le désespoir inhérent à cet acte de pyromanie, recèle une forme de contestation. En effet, volontairement ostentatoire, cette mort dans les flammes se veut un message aux gouvernants, un signe fort qui en dit long sur la situation sociale de la classe défavorisée et d’une jeunesse à l’abandon. La révolution tunisienne s’est essentiellement nourrie du feu qui a dévoré le corps de feu Bouazizi, devenu symbole d’une classe ouvrière meurtrie. C’est cet acte tristement précurseur qui fait que des jeunes tunisiens en proie au désespoir optent pour cette mort plutôt que pour une autre. Il est possible qu’au-delà du désespoir, ces suicidaires croient en l’espoir de faire changer les décideurs, de provoquer un sursaut auprès de leurs compatriotes et d’enclencher un changement. Comme se donnant en offrande à des dieux qui semblent s‘être rangés d’autres côtés que le leurs, ces jeunes au cœur meurtri et aux corps en flamme en finissent avec une vie trop dure pour eux, mais nous lèguent en retour un lourd testament, un testament lourd de culpabilité.

 La culpabilisation

 Acte final d’une tragédie dont le héros, voire l’anti-héros se bat contre un sort qui l’accable, le suicide tel que nombre de Tunisiens le pratiquent désormais, c’est à dire en s’immolant se passe généralement en public. Ce choix de ne pas mourir dans la discrétion vise à provoquer le pathos au moyen d’un spectacle à la fois choquant et touchant. Assister à ce type de suicide revient à se retrouver témoin de l’injustice générale et du désespoir qui en résulte. C’est se retrouver témoin de l’impuissance du suicidaire et de sa propre impuissance, se sentant coupable d’avoir réussi là où beaucoup d’autres échouent jusqu’à en mourir.

Cependant, la dimension cathartique telle que le suicidaire la conçoit n’est plus au rendez-vous comme elle l’a été lors du sursaut général qu’a connu le Tunisien un certain janvier 2011. En effet, le phénomène s’étant proliféré a connu depuis une banalisation qui l’a vidé de son sens, de ses visées et de sa dimension symbolique.

Alors quand circule une information annonçant que 100 policiers, en contestation à leur licenciement, auraient décidé de tenter un suicide collectif mardi 19 mars devant le ministère de l’Intérieur, les Tunisiens n’en pleurent pas, mais rient.

Toutefois, en Tunisie, on rit jaune depuis un moment, car le désenchantement est croissant, que la situation est exaspérante et que, quelque soit la classe sociale, la déprime est ambiante et généralisée

 Il fût un temps où en Tunisie, d’un corps en flamme naissait une révolution. Aujourd’hui, c’est de la révolution que naît le feu. Les cœurs en flamme, on assiste impuissants à des rêves qui prennent feu.

Journée des droits des femmes : en Tunisie, le combat est quotidien, pas occasionnel

La journée internationale des droits des femmes a été instaurée en 1977 par les Nations unies. Elle constitue depuis une journée marquée par un hommage aux femmes, à leurs mérites et à leur existence tout court.
Nombreuses sont les personnes qui se disent opposées à une telle célébration. Dans l’institution d’une fête pour la femme, beaucoup voient une forme de ségrégation exercée à l’encontre de celles-mêmes qu’on semble glorifier. Raison est de se poser la question quant à la mise en place d’une célébration basée sur le sexe et non sur une qualité, un accomplissement ou un événement historique. Raison est de se demander pourquoi il n’existe point de fête en l’honneur des hommes.

Il est des Tunisiennes dont c’est la fête tous les jours

Toutes les femmes se valent-elles ? sont-elles toutes dignes d’une telle distinction à la fois élogieuse et ségrégative. En Tunisie, un des rares pays arabes où la femme jouit d’un statut de privilégiée relativement aux pays voisins, la journée de la femme se fête doublement puisque s’y fêtent la journée internationale des droits des femmes le 8 mars et la fête de la femme le 13 août.

Cependant, il est des Tunisiennes dont c’est la fête tous les jours. En Tunisie, une grande importance est accordée à l’apparat. Et dans ce même contexte la femme tunisienne dispose d’un ministère à elle seule, le ministère des Affaires de la femme. Ceci est loin de nous rappeler l’aspect ségrégatif déjà abordé et la question du pourquoi un ministère pour la femme et pas pour l’homme, parce que le ministère de la femme est un ministère d’apparat. Ayant distribué les portefeuilles ministériels comme on distribuerait des valises remplies de billets, c’est-à-dire par complaisance et non selon les critères de compétences, le gouvernement tunisien post-révolutionnaire a nommé une personne dont les agissements à la tête du ministère de la Femme ont été dénigrés de tous.

L’instrumentalisation de la femme et la politisation de ces problématiques étaient pratiquées bien avant la révolution. Cependant, en cette période charnière que connaît le pays, les Tunisiens auraient été rassurés de voir ce ministère se donner comme cheval de bataille la défense des acquis de la femme. Comme rien n’a été accompli, ils auraient été soulagés, hommes et femmes, de voir ce ministère disparaître afin de soulager la bourse de l’État et par conséquent celle du citoyen en minimisant les charges qu’un tel ministère induit.

Batailles intellectuelles dont la femme est l’enjeu et la cible

En Tunisie, comme dans d’autres pays où les islamistes ont fait leur « coming-back », l’enjeu révolutionnaire n’est pas que politique. Il est aussi et surtout d’ordre social car la passation de pouvoir ne s’est pas faite entre gauche et droite, mais entre libéraux et ultra-conservateurs (non dans le sens économique, mais dans le sens social et au niveau des mœurs, de l’état d’esprit et de la manière d’être). La société tunisienne connaît donc en ces temps troubles une sorte de gestation qui a pour finalité de faire naître un nouveau modèle social différent de celui que la Tunisie connaît depuis des siècles.

Ces changements ont pour cible la famille dans ses différentes composantes : femme, homme et enfants. Un bras de fer s’est mis en place entre la société civile à tendance moderniste et le conservatisme du pouvoir en place. Cependant, la société civile tunisienne repose essentiellement sur un fond humain et sur une conscience quasi collective, alors que les arborescences des tendances religieuses semblent disposer de fonds financiers importants.

On investit donc dans des écoles coraniques pour femmes, dans des associations prônant le Hijab et même dans des structures visant à éduquer sexuellement les jeunes mariées selon les normes religieuses. Dans cette bataille intellectuelle teintée de nuances spirituelles dont la femme est à la fois l’enjeu et la cible, on rivalise d’efforts pour charmer la femme par des attitudes tantôt rassurantes tantôt alarmistes quant à la préservation de ses acquis dans cette société en transition.

Au-delà de la liberté acquise, la femme s’est retrouvée aliénée

En cette journée des droits des femmes, journée où on glorifiera les modèles féminins de réussite, d’une certaine réussite, il serait plus légitime de glorifier les femmes combattantes malmenées par les politiques économiques en place, par une société qui les a asservies au profit de l’homme, qu’il soit père, frère ou mari.

Dans cette société ayant démocratisé le travail des femmes, l’émancipation de celles-ci a eu un visage autre que celui escompté. Nombreux sont les cas surtout parmi les classes sociales les plus défavorisées de femmes qui s’en vont travailler dans les champs, en tant qu’ouvrières d’usine ou aides ménagères, alors que leurs maris, frères ou fils passent la journée dans le café du village, attendant la paye de madame pour vivre et faire vivre leurs enfants.

Au-delà de la liberté acquise, la femme s’est donc retrouvée aliénée, asservie à cause de son propre modèle salvateur au profit de l’homme. L’important est que la femme ne soit pas qu’une image emblème de telle tendance politique ou tel modèle culturel. Le combat est quotidien et non occasionnel. Il est collectif et individuel. Cette journée du 8 mars devrait donc nous rappeler à tous que les acquis se méritent, que la liberté ne s’octroie pas par un accord présidentiel, que les droits ne sont pas qu’une affaire de législation. Tout cela se mérite, se réclame et s’arrache même, mais ne se fête pas, car rien n’est gagné, du moins au-delà de la Méditerranée.

Publié dans Le Plus Nouvel Obs le 8 mars 2013 (http://leplus.nouvelobs.com/contribution/796374-journee-des-droits-des-femmes-en-tunisie-le-combat-est-quotidien-pas-occasionnel.html)

Tunisie – Harlem Shake, et que ça saute !

Depuis samedi 23 février, un débat s’est installé suite à la mise en ligne d’une vidéo dans laquelle les élèves du lycée Imam Moslem situé à El Menzah I se mettaient en scène dansant la danse du moment le « Harlem Shake » dans des tenues que certains jugeront immorales.
Notons que ce type de vidéos qui fait actuellement le buzz sur internet se définit par une danse loufoque dans un accoutrement excentrique aux rythmes d’un morceau de musique électronique portant le même nom.

Depuis, tout Tunis est secoué au rythme de cette danse folle. Dès le lundi 25 février, plusieurs sites commerciaux ont suivi la vague diffusant la musique caractéristique de la danse en question. Des hackers ont même été jusqu’à reproduire des pages substituts des sites officiels du ministère de l’Education, notamment, faisant bouger écran et image au son de la « Harlem Shake ».
Le ministre de l’Education, Abdellatif Abid, a été le premier à se positionner quant à une action juvénile devenue depuis phénomène.

En effet, M. Abid, s’exprimant, dans un premier temps sur les ondes de Mosaïque Fm, s’est indigné de tels agissements et s’était dit déterminé à ouvrir une enquête sur les faits qu’il a qualifiés d’immoraux. La directrice du lycée n’aurait, selon lui, pas demandé d’autorisation ni à l’inspection régionale dont dépend l’établissement, ni au ministère de tutelle.
Peu de temps après, nombreux ont été ceux qui ont répliqué via les réseaux sociaux pour contester l’attitude répressive du ministre.
S’insurgeant contre ses propos menaçants, beaucoup ont diffusé d’autres vidéos de la même danse tournées dans d’autres lycées tunisiens ou alors dans des établissements universitaires.
L’effet boule de neige est bel et bien enclenché et les choses prennent très vite de l’ampleur suscitant les réactions de personnages publics et politiques.

Dans leur majorité, les avis vont dans le même sens, condamnant l’attitude du ministre, contestant les menaces de répression et menaçant de danser de plus belle (un événement Harlem Shake est même lancé pour le 5 mars devant le ministère de l’Education).
Nombreux ont été ceux qui se sont indignés quant à la réaction jugée excessive du ministre de l’Education, contre sa manière d’exercer son autorité et contre les démarches qu’il s’est dit déterminé à prendre à l’encontre de la directrice du lycée Imam Moslem.
En réaction, même les élèves de ce lycée ont décidé de ne pas aller en cours aujourd’hui afin de soutenir à leur manière la directrice jugée responsable d’un tel débordement.

La réaction du ministre a été considérée comme excessive et disproportionnée. Ses propos diffusés sur Facebook et tournés dans un café ont été perçus comme étant une expression de la médiocrité ambiante. Alors, au nom de la liberté et du refus du conservatisme qui s’installe, nombreuses figures de la place publique ont manifesté leur soutien à l’égard de ces expressions dites « artistiques » et festives.

Cependant, les avis oscillent parce que dans cette affaire, il ne s’agit aucunement de politique, d’opposition ni d’islamisme…
Lassaâd Yaâcoubi, secrétaire général du Syndicat de l’Enseignement secondaire, a, en effet, livré sa position quant à cette vidéo dans une interview accordée lundi 25 février, à Assabah news. Il s’est en effet dit indigné par les agissements de ces jeunes et a jugé cette vidéo dépravante et recelant des allusions implicites à l’homosexualité.

Que des lycéens dansent en petite tenue dans la cour d’un lycée est réprimable quelles que soient le contexte politique et les litiges partisans.
Le ministre, mis à part son appartenance politique et celle du gouvernement dont il fait partie, avait amplement le droit d’exercer son autorité, puisque l’établissement dépend de lui et puisque cette vidéo est loin d’être la seule enregistrée dans un établissement scolaire ; d’autres ont été tournées mais d’une manière moins extravagante.

Les différends politiques ne doivent aucunement diviser la Tunisie et creuser le fossé jusque dans ses pratiques artistiques et ses valeurs sociales de base.
Toutes les formes d’excès sont à réprimer. Le ministre aurait dû se manifester, en l’occurrence, lorsque des salafistes ont investi un lycée pour remplacer le drapeau tunisien par la bannière noire qui leur est caractéristique. Il aurait dû le faire, mais il ne l’avait pas fait. Alors est-ce une raison pour qu’il ne réprime pas d’autres formes d’excès ?
De tels incidents peuvent sembler, de prime abord, sans grande importance. Néanmoins, ils prennent des proportions outrancières quand on en fait un cheval de bataille pour défendre l’Art, pour défendre la liberté d’expression et pour s’opposer à l’islamisme montant. Car ce cheval de bataille est loin d’être le bon.
Notre société quoique moderniste à bien des égards ne tolère pas certaines formes d’excès et quand bien même elle les tolérerait, le cadre dans lequel elle se déroule est un facteur majeur. Le respect des institutions éducatives est une notion importante, mais elle n’est pas qu’une notion.

La peur de voir s’installer le conservatisme religieux, la crainte de voir les islamistes s’installer et installer avec eux des valeurs religieuses radicales qui changeraient le schéma social tunisien ne doivent, en aucun cas, nous amener vers des excès d’un tout autre genre. Nous nous devons d’éviter d’aller vers les extrêmes dans l’un et l’autre sens car plus nous irons vers ce type de polarisation, plus le fossé se creusera entre les deux tendances. Et pendant qu’on se divisera, d’autres règneront.

Traduction en anglais dans Al Monitor http://www.al-monitor.com/pulse/culture/2013/02/tunisia-harlem-shake.html

Un grand homme est mort et j’ai honte

matin du mercredi 6 février 2013, la Tunisie s’est réveillée sur l’annonce de l’assassinat de Chokri Belaïd, leader du Front populaire. Quatre balles tirées sur le grand militant ont endeuillé mon peuple. Les coupables sont encore inconnus, mais tout le monde accuse le parti islamiste au pouvoir.

 Un grand homme est mort pour sa patrie. En Tunisie, ce pays où l’on s’est soumis plus de 20 ans à la dictature, on découvre désormais ce qu’est le sacrifice de soi pour des valeurs, ce qu’est le don de soi pour une patrie, ce qu’est le fait de mourir en martyr…

On découvre tout cela, mais on se découvre, par ailleurs. On découvre qu’un Tunisien est capable de tuer son compatriote, on découvre que l’endoctrinement tue, que le pouvoir tue. Triste découverte !

Un homme est mort et son seul tort aura été sa parole libre. Un grand homme est mort et j’ai honte. J’ai honte parce que cet homme est mort pour des valeurs qui me représentent. J’ai honte parce qu’il est mort pour un pays qui est aussi le mien. J’ai honte parce qu’il est mort pour un avenir qui sera le mien et celui de mes enfants.

Ce 6 février, le jasmin s’est mêlé de sang

Il ne suffit plus de condamner l’acte ou d’attraper les criminels qui ont abattu à travers Chokri Belaid un symbole, mais il faut abattre un système. La conjoncture implique une prise de décision, mais la décision est venue tard, trop tard. Seule annonce du gouvernement : un remaniement ministériel.

Au lendemain de ce 6 février, la Tunisie est triste. Les charognards ont achevé son rêve et celui de ses enfants.

Au lendemain de ce 6 février, le jasmin s’est mêlé de sang.

Chokri Baïd vous manquerez à votre pays.

Camarade de valeurs, proie des vautours,

Camarade de combat, frère de sang,

Parti pour ta patrie et par son amour,

Tu illumineras sa terre, toi qui en es l’enfant.

Tunisie – SOS, notre patrimoine en danger !

Il y a près de huit mois, le feu a embrasé le mausolée de Saïda Manoubia, haut lieu du patrimoine culturel tunisien. Semant la terreur auprès des résidents des lieux et suscitant une colère froide auprès d’une société civile déjà en ébullition, cet acte criminel, quoique condamné par tous ou presque, a été renouvelé, au grand dam de tous les Tunisiens.

Pourquoi les mausolées ?

Une véritable folie incendiaire a frappé plusieurs sites du patrimoine tunisien, depuis quelque temps. Elle a emporté, sur son passage, de nombreux symboles de la pensée commune et de véritables joyaux architecturaux tel que le mausolée de Sidi Bou Saïd, classé patrimoine mondial par l’Unesco et incendié le 12 janvier 2013.
A chaque acte de ce genre que ce soit une tentative d’incendie, un incendie ou un saccage, les responsables semblent être les mêmes, ils seraient salafistes de crédos et surtout d’apparence.

Ces salafistes, vrais ou pseudos, s’érigent en défenseurs zélés des valeurs de la religion musulmane. Cependant, leurs attaques des mausolées sont des actes lâches et en opposition totale avec les valeurs de l’Islam voire avec toute valeur humaine.

D’abord, les mausolées sont des sanctuaires réservés à de hautes figures des études islamiques, à savoir des personnes, ayant consacré leurs vies à servir l’Islam en l’analysant, en transmettant ses valeurs et en en appliquant la noblesse autour d’eux.

Ensuite, il est à préciser que l’attachement des Tunisiens pour les mausolées de ces saints dont l’œuvre a été transmise d’une génération à une autre ne relève pas du polythéisme (shirk), contrairement à ce que certains islamistes fanatiques veulent faire croire.
Sortes de « Resto du cœur » nationaux, les mausolées sont les vecteurs d’une entraide sociale dans une société qui, au détriment d’une certaine modernité, engouffre certains dans le besoin et fait oublier à d’autres la notion du don (de soi, de son temps, de ses biens). Ce rôle est donc joué par et dans certains mausolées au moyen d’actes de bienfaisance de tout genre.

Ainsi et dans un attachement réel aux valeurs de notre religion, nos jeunes zélés auraient mieux fait d’user du dialogue et de la parole pour expliquer leur théorie aux quelques personnes qui manifestent une vénération excessive pour les saints de leurs régions.

Quelle est la position de la société civile et du réseau associatif et spécialisé ?

Cette violence excessive a été condamnée par certains partis politiques, par la société civile mais aussi par de nombreuses associations œuvrant dans le champ du patrimoine et des courants soufis.
L’Unesco a, en effet, condamné l’incendie de Saïda Manoubia et de Sidi Bou Saïd. « Porter atteinte aux lieux de la mémoire populaire et de l’histoire de la Tunisie, c’est commettre un crime contre le peuple tunisien qui s’est toujours distingué, au cours de son histoire, par sa tolérance et son respect de la diversité des croyances et des pratiques spirituelles », avait déclaré Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO, dans un communiqué datant du 21 octobre.
L’Institut national du patrimoine, condamnant à son tour ces actes, semble être déterminé à défendre ces lieux. Dans un communiqué, le Syndicat des chercheurs de l’Institut national du patrimoine (INP) avance que la profanation des mausolées « constitue un tournant dangereux portant atteinte au patrimoine civilisationnel et culturel de la Tunisie ».

L’Union des confréries soufies de Tunisie a, pour sa part, manifesté son mécontentement quant aux attaques perpétrées contre les mausolées en Tunisie. Selon son vice-président, Mohamed Omrane, 38 mausolées auraient été profanés pendant les derniers huit mois.
Accusant au passage les adeptes du courant wahhabite d’être derrière ces profanations, l’Union avait déjà, depuis quelques mois, insisté sur la nécessité de protéger les mausolées de telles agressions.

Quelles sont les mesures prises par l’Etat ?

Précisant que les attaques sur les mausolées répondent à une démarche planifiée, le ministre de la Culture a annoncé, samedi 26 janvier sur les ondes de Mosaïques Fm, qu’une « stratégie d’urgence » sera mise en place afin de coordonner les efforts de son ministère de tutelle et ceux du ministère des Affaires religieuses dans le but de faire face aux actes de violence contre les mausolées.

Sur le plateau de l’émission « 9 heures du soir » du jeudi 24 janvier, sur la chaîne Ettounissia, le représentant du ministère des Affaires religieuses avait, quant à lui, précisé que la garantie de la sécurité des mausolées ne relève pas du ressort du département qu’il représente mais fait partie des prérogatives du ministère de l’Intérieur.

Par ailleurs, l’incendie qui a touché le mausolée de Sidi Bou Saïd a suscité de nombreuses réactions auprès de la classe politique. La présidence de la République, avait, en l’occurrence, en date du samedi 12 janvier, condamné cet acte, le qualifiant de « criminel » et le décrivant comme une tentative de déstabilisation. La présidence avait exhorté les forces de l’ordre et le ministère de l’Intérieur à œuvrer pour combattre ce genre de violence et à tenter de mettre la main sur les commanditaires de ces actes.

Le ministère de l’Intérieur avait condamné, dimanche 13 janvier 2013, en la personne d’Ali Laârayedh, ministre de l’Intérieur, la destruction du mausolée de Sidi Bou Saïd. Il a appelé les citoyens à tenter de protéger les mausolées.

Près de 38 actes de profanations et seulement 5 détenus (suspectés d’avoir exécuté l’incendie qui a touché Saïda Manoubia). Ce sont, du moins, les seules arrestations autour desquelles le ministère de l’Intérieur a communiqué. Et c’est trop peu…

On tente de nous ôter un pan de notre patrimoine culturel, de gommer à coups de feu et de flammes une partie de notre mémoire collective. On détruit des emblèmes et non des moindres, de notre architecture et de notre histoire nationale. Pendant ce temps, nos figures politiques les plus influentes et les plus illustres du moment s’ingénient à condamner, dans un vocabulaire figé daté d’un autre temps, des actes perpétrés par une frange de la population qui s’est marginalisée d’elle-même, marginalisant aux passages des us et coutumes vieux de siècles.

L’Etat serait-il incapable de se protéger de violences qui sont de nature, à terme, à le déstabiliser lui-même et remettre en cause son rendement ? Outre la force de condamner verbalement et via des communiqués, nos politiciens au pouvoir ont-ils la force d’être les garants de notre sécurité et de celle de nos biens communs ?

A noter que 38 mausolées ont été profanés en huit mois. Le bilan est lourd en chiffres, en symboliques et en interrogations.
De Sidi Bouzid à Sidi Bou Saïd, le pays s’embrase, les responsables condamnent et les commanditaires courent toujours.

Voici une liste non exhaustive des actes de profanation dont les mausolées ont fait l’objet :

– le mausolée de Sidi El Kacem, à El Kef, incendié en avril 2012
– le mausolée de Sidi Assila, au Bardo, a été détruit en avril 2012
– le mausolée de Sidi El Mouhareb, à Monastir, a été incendié en mai 2012
– le mausolée de Sidi Yacoub, dans la commune de Zlitna, à Tataouine, a été détruit en mai 2012
– un mausolée soufi, à Kairouan, a été détruit en août 2012
– le mausolée de Sidi Abdallah El-Ghribi, à Sidi Bou Zid, a été détruit en août 2012
– le mausolée de Sidi Abdelkader El-Jilani, à Menzel Bouzelfa, détruit en septembre 2012
– le mausolée de Saïda Aïcha Manoubia, à La Manouba, incendié mardi 16 octobre 2012
– le mausolée Sidi Ali Ben Salem à El Hamma incendié le 23 décembre
-Le mausolée Sidi Mohamed El Ghouth à Douz incendié le 24 décembre
– le mausolée de Sidi Ali Hachani, situé à Menzel Abderrahmane, incendié le 1er janvier 2013
– le mausolée de Sidi Abdelaziz El Mahdi, situé à La Marsa (banlieue nord de Tunis), incendié le jeudi 10 janvier
– le mausolée de Sidi Bou Saïd El Béji, à Sidi Bou Saïd, incendié le 12 janvier 2012
– le mausolée Sidi Ouerfelli à Akouda a été incendié le 23 janvier
Et d’autres encore, à Skhira, Monastir, Djerba, Mahdia, Maharès…

Traduction en anglais dans Al Monitor  http://www.al-monitor.com/pulse/culture/2013/01/attacks-target-tunisian-heritage-sites.html

Mariages gais ou célibat pour tous!

Alors que certains militent pour le droit au mariage, cette institution sociale et familiale établie depuis bien des siècles, certains devraient militer pour le célibat pour tous.S’insurger contre ce schéma de normalité qui prédéfinit l’acheminement conventionnel de la vie, serait, dans bien des cas, le meilleur moyen de vivre heureux.

Réputé pour être le pire tue l’amour, le mariage a pour vocation première de sceller une relation, il finit par mettre sous scellés les sentiments, bien au frais, car le froid conserve bien.

Y a-t-il une vie après le mariage ?

Selon les quelques rescapés qui recouvrent la parole après s’être libérés, le mariage est un territoire où il ne subsiste nulle trace de vie sociale. Transformant l’être en automate asservi au gré d’un conjoint souvent insatisfait quelque soit le degré d’effort, la victime du mariage tente, dans bien des cas, de se libérer, mais y parvient rarement. Elle finit dans des accès de résignation par se faire à une vie répétitive et lassante, à cesser de s’en plaindre, mais à envier ceux qui y auraient échappé.

Mutant ses proies en parents, le mariage les change à vie. Plus moyen de recouvrer son entité première, quand vous donnez la vie vous être mutés à vie.

Le mariage gai, réalité ou utopie ?

Il est légitime de se demander s’il y a une place, dans la société moderne, pour un mariage gai. Cette forme encore rare d’union est souvent recherchée, convoitée mais pas suffisamment explorée. Nombreux sont ceux qui essaient, dans un premier temps, de combattre l’ennui, de battre l’ennemi, la monotonie, la routine, la froideur, l’habitude, la lassitude… pourtant téméraires et motivés, ils s’essoufflent, au bout d’un certain temps, et finissent, en rondeur, affalés devant un écran de télé, poussant un chariot le weekend et tirant le bras d’un gosse capricieux en semaine. Alors nul besoin de réfléchir longtemps le mariage gai est, certainement, une utopie.

Pourquoi réclamer le droit au mariage ?

Mes amis homosexuels, vous qui êtes, par contrainte physiologique ou par choix, en dehors d’un système social des plus lassants, vous risquez de vous faire piéger au nom d’un droit que vous regretterez ultérieurement d’avoir acquis. Pour les besoins d’une société qui veut quitter son carcan, vous allez vous retrouver dans un carcan plus tenace. Pour les besoins d’une politique qui tente de s’acheter une seconde jeunesse, vous risquez de perdre la vôtre.

Alors parole d’hétéro : vivez célibataires vivez heureux !

 

Tunisie: Un rêve qui prend feu

Depuis la naissance de la Révolution, celle du jasmin, paradoxalement, la Tunisie sent le brûlé. Après l’exaltation des têtes brûlées, s’est exhalée la politique de la terre brûlée. Les prix ont commencé à flamber et une société, en ignition, a tenté, tant bien que mal, de renaître de ses cendres.

Il y a deux ans déjà, un jeune s’est immolé. Il a mis fin à sa vie, en prenant feu, et tout un pays a pris feu avec lui. Le feu “révèle la pureté totale, mais il peut aussi la recréer”, écrit Marc Girard. Dans certaines civilisations le feu est, donc, purificateur, salvateur ; le feu est force et renaissance. Celui qu’a déclenché un jeune à Sidi Bouzid ne l’a nullement été.

Le feu de la révolution s’est éteint

Deux ans après, le feu de la révolution, tel que nous l’avons connu, s’est éteint et un sentiment de brûlure froide a pris place en nous.

Deux ans après, nos jeunes n’en finissent pas de périr en mer, dans des actes de fuite que l’on ne nomme pas si innocemment qu’il n’y paraît “harqa” (littéralement, « incendie » désigne en dialecte le voyage clandestin). À petit feu, des mères se meurent, dans l’attente d’une nouvelle qui ne viendra jamais, accrochées aux portes d’un ministère étranger, essentiellement, à leur désarroi.

Deux ans après, comme blessés à vie, des jeunes n’en finissent pas de mourir, consumés par des plaies béantes aux corps et aux cœurs. Des plaies que nulle promesse n’a pu guérir. Et, car l’Histoire ne s’écrit que par les actes, elle ne retiendra que la bravoure de ces anonymes au courage prométhéen.

Deux ans après, après le feu suicidaire, le feu criminel. Le fils de Sidi Bouzid, Feu Bouazizi a mis le feu à ses rêves. Le feu de Sidi Bousaïd, patriarche trônant sur Tunis, a mis fin aux nôtres.

En incendiant un monument d’une telle valeur morale et historique, on a voulu mettre le feu à une partie de nous, de notre histoire, de notre manière d’être, de nos souvenirs, de nos espérances… En attaquant un de nos monuments classés et non des moindres, sans cierges, ni bougies, les flammes ont rapidement dévasté les lieux exauçant le pire des vœux : brûler vive notre mémoire collective.

Le rouge au cœur et le bleu à l’âme

Depuis deux ans, mon pays se consume de Bouzid à Bousaïd. Depuis deux ans, le feu n’en finit pas de nous dévorer, défigurant au passage nos photos de grande famille unie et embrasant l’image que nous avions embrassée pour l’avenir de nos enfants.

Deux ans déjà, que l’on continue à aspirer à un idéal, que l’on croyait commun, deux ans que l’on fait le même rêve, mais qu’on se réveille avec un cauchemar chaque fois différent.

Deux ans ma belle que l’on te promet le feu d’artifice et qu’on ne t’offre qu’artifice. De mille feux je brûlais quand je pensais à toi étant loin, de mille feux je brûle alors que mes pieds foulent ta terre au milieu d’une foule désormais étrangère à toi, à moi, à notre Histoire et à notre avenir.

Deux bougies s’éteignent, mais nul n’a envie de souffler, car nous sommes tous à bout de souffle. Elles s’éteignent, timidement, et, en nous attisent une colère rouge feu.

Le rouge au cœur et le bleu à l’âme, mon pays, mon phénix, je te porte en moi, telle une flamme parcourant l’Olympe : tu passeras de main en main mais tu brilleras toujours.

(Article publié le 14 janvier 2013 dans Le Plus Nouvel Obs)

 

Quand expire dans l’injustice celui qui aspirait à la liberté

En Tunisie, nombreux étaient ceux qui, sous Ben Ali, criaient à l’injustice. Des cris souvent étouffés par la censure et l’auto- censure, par la peur des représailles ou celle des persécutions. En Tunisie, deux ans après une révolution censée garantir au tunisien sa dignité et le préserver de l’injustice, les faits sont accablants et l’injustice est plus que jamais là.

Dans la Tunisie de l’ère nouvelle, il y a comme un air d’injustice pratiquée, de surcroît par un ministère dont l’appellation est on ne peut plus en inadéquation avec les agissements : ministère de la Justice.

Nombreux sont les cas d’injustice, nombreuses sont les victimes. Deux salafistes sont morts suite à une grève de la faim, pourtant leur demande était simple : accélérer la procédure de leur jugement. Sami Fehri est encore en détention. Pourtant les faits sont clairs :un juge avait émis son ordre de libération.

La mise côte à côte des deux occurrences semble hasardeuse pourtant elle ne l’est point. Toute personne ayant un sens certain de neutralité le comprendrait.

M. Fehri est, incontestablement, victime d’injustice. Qu’importent ses projets, sa manière d’être ou son passé. Les salafistes morts suite à une grève de la faim sont victimes d’une injustice. Qu’importent leurs crédos, leur manière d’être ou leurs agissements.

Le décès des deux islamistes a touché nombre de personnes. La mort morale de Sami Fehri telle qu’elle est exprimée dans sa lettre d’hier a touché nombre de personnes.

Qu’il est amer le goût de l’injustice même quand celle-ci est pratiquée sur l’Autre, un autre pas du tout semblable à soi mais auquel on s’identifierait aisément. Un Autre si loin, mais tellement proche.

Sami Fehri je ne vous connais point. Mohamed Bakhti et Béchir Golli je vous connais point. Cependant, au nom d’un idéal que j’ai cru, un jour, possible, la dure épreuve que vous vivez ou avez vécue m’atteint profondément. Au nom d’une justice que l’on croyait possible, vous me touchez particulièrement. Au nom d’une Tunisie que j’espérais meilleure, votre douleur m’affecte.

Qu’importe si l’on m’accuse (injustement, cela va sans dire) de subjectivité, qu’importe si l’on taxe mes propos de lyrisme, aujourd’hui un compatriote se meurt, aujourd’hui toute une famille est meurtrie, aujourd’hui mon pays mute et se mure dans son mutisme.

Article publié dans Nawaat le 20 décembre 2012 (http://nawaat.org/portail/2012/12/20/quand-expire-dans-linjustice-celui-qui-aspirait-a-la-liberte/)