L’universel comme thème théâtral

Issam Ayari est actif sur la scène théâtrale tunisienne depuis plusieurs années. Les pièces Sa-piens et Homo deus (écrites et interprétées par lui-même) l’ont confirmé aux yeux du public, qui l’avait découvert en tant que comédien dans des projets collectifs. Banquier de profession, il choisit d’étudier le théâtre jusqu’à s’imposer dans le milieu. Avec un style décalé, un hu-mour qui fait réflé chir et une subtilité dans l’art de porter ses propres textes, Ayari réinvente la scène tunisienne et y appose l’empreinte de sa singularité.

Qu’est-ce qui vous a attiré vers le milieu théâtral ?

Que voudriez-vous y apporter ? Je suis diplômé en langue et civilisation anglaises et, par le biais de ma formation académique, le théâtre a constitué le socle de mes connaissances. Des années après avoir quitté la vie d’étudiant, je suis redevenu élève et j’ai pu découvrir autrement le quatrième art, grâce à une formation d’acteur, suivie au Teatro Studio. Dans cette école lancée en 2003 par Taoufik Jebali, une figure majeure du théâtre tunisien, j’ai fait mes premières expériences sur les planches et mesuré ainsi ce que la pratique du théâtre avait de différent par rapport à ce que j’en savais sur le plan théorique. Ma passion a pris alors une autre forme. Quinze années ont passé depuis mes premiers essais sur scène, et je suis habité par le même enthousiasme pour ce que j’ai appris, avec un objectif de plus : celui de pouvoir apporter, par ma modeste contribution, quelque chose de différent au théâtre tunisien.

Vos deux pièces majeures portent les titres d’œuvres de Yuval Noah Harari. Est-il votre source d’inspiration ?

Honnêtement, Yuval Harari n’est qu’un prétexte. J’ai connu ses livres quand son ouvrage Sapiens est devenu un best seller mondial en 2015. Je l’ai lu, et j’admire son incroyable maîtrise de l’art du storytelling. Plusieurs auteurs français, mille fois plus érudits que lui, ont écrit sur l’épopée de notre espèce Homo sapiens, mais ils n’ont jamais réussi à jouir de la gloire que Harari a connue. La raison en est que Harari a simplement été un meilleur storyteller… En dehors de cet aspect-là et sur le plan des idées, ce sont d’autres auteurs, cités précédemment ou encore le Tunisien Fethi Meskini, avec son dernier livre, La Liberté de croire au-delà de la secte, qui sont mes « vraies » sources d’inspiration.

Vous écrivez donc, en plus d’interpréter. Comment entretenez vous ce double don ?

Les deux volets sont complémentaires. Je n’ai ressenti aucun frein quand j’ai commencé à écrire des textes de théâtre. J’ai juste ajouté aux ateliers de théâtre des ateliers d’écriture pour avoir une certaine maîtrise de cette nouvelle compétence. J’ai participé à plusieurs ateliers d’écriture aux côtés de professionnels tunisiens et internationaux. J’ai aussi pris part à des master class proposées par El Teatro Studio durant toute ma période de formation. Mais, comme je l’ai déjà expliqué, j’estime que ce sont les livres que vous lisez qui font de vous un bon auteur ou un bon interprète… ou les deux.

Vous avez choisi, dans vos créations théâtrales, des thèmes d’ordre humain et universel. Avez-vous le projet de partager votre travail avec un public plus large en présentant vos pièces dans d’autres langues ?

En 2018, j’ai fait l’expérience de présenter ma pièce Sapiens (écrite et jouée initialement en dialecte tunisien) en langue anglaise, et cela a été apprécié par le public anglophone. J’ai entrepris ce projet, motivé par l’envie de partager mon travail plus largement.

Les recherches, notamment sur les spécificités culturelles, m’ont permis de transformer la pièce et de remplacer un contexte tuniso-tunisien par un référentiel américain. Cela a constitué un travail fastidieux et m’a demandé plus de temps que celui qu’a nécessité l’écriture du texte original en arabe. En matière de théâtre, traduire ne suffit pas. Il y a un travail colossal à faire quand il s’agit, spécifiquement, de comédies, car il n’est pas facile de faire rire des spectateurs d’une culture autre que la nôtre. Je projette de traduire Homo deus pour faire découvrir la pièce à une échelle internationale. Cela prendra beaucoup de temps, mais le public vaut l’effort.

Télécharger PDF

Monique Proulx, lauréate du Prix des Cinq continents : J’essaie d’écrire des livres réussis

Enlève la nuit de la romancière canadienne Monique Proulx publié aux Editions du Boréal a remporté le Prix des Cinq continents 2022 créé et porté par l’Organisation Internationale de la Francophonie. Il fait partie des dix livres en lice pour cette 21ème édition et qui ont été sélectionnés parmi 188 candidatures.

Ce roman a été plébiscité par un jury présidé par l’écrivaine franco-égyptienne Paula Jacques et composé de quinze auteurs issus de différents pays francophones.

Enlève la nuit qui a été salué pour la singularité de sa langue et l’originalité de son sujet est le sixième roman de Monique Proulx. A travers son personnage juif hassidique qui se rebelle contre les règles de sa communauté, elle y relate la liberté conquise au fil des affrontements et acquise au prix de la solitude. Interview

  1. Votre livre Enlève la nuit s’est distingué par rapport aux neuf autres romans sélectionnés. Comment cette victoire a-t-elle été accueillie (par vous, par votre entourage, au Canada) ?

Surprise et joie.

Bien sûr, lorsqu’on peaufine ses romans pendant cinq ans et qu’on tente d’y mettre le meilleur de soi-même, il y a cette certitude du travail accompli. Mais atteindre d’autres francophones, à l’extérieur de la bulle québécoise, faire vibrer des sensibilités qui ne connaissent pas notre paysage social et nos particularités langagières procure une grande émotion. Il y a donc une universalité dans l’écriture et dans la création, il n’y a donc pas de frontières géographiques quand on touche à l’essence, c’est ce qu’il faut se rappeler sans cesse quand on écrit dans un petit pays comme le Québec.

Je suis convaincue que les neuf autres auteurs sélectionnés avaient, tous, le potentiel pour remporter ce prix, je les remercie d’apporter à la grande architecture francophone leur voix et leur talent singuliers.

J’ai senti, dans les médias québécois et autour de moi, cette même fierté, ce même ravissement, que l’une d’entre nous se retrouve couronnée du Prix des Cinq continents de la Francophonie. Nous travaillons si fort, au Québec, pour que notre langue survive et fleurisse au sein de la mer anglophone de l’Amérique du Nord.

  1. Enlève la nuit retrace le parcours d’un juif hassidique qui rompt avec sa communauté, ne s’épanouissant pas dans son rigorisme et son autarcie. Pourquoi avoir choisi ce thème ?

Ce sont sans doute les personnages qui choisissent les écrivains, et non l’inverse. Markus avait déjà fait une courte apparition dans mon roman précédent (Ce qu’il reste de moi) et c’est comme s’il ne m’avait pas laissé le choix, comme s’il m’avait dit: Ne m’abandonne pas comme ça sur le trottoir d’une ville hostile, raconte mon histoire!

Je crois vraiment qu’il n’y a pas plus grande quête humaine que celle de découvrir qui on est, sous le fatras des conditionnements accumulés. J’avais la chance, avec Markus, de m’abandonner à cette quête, de suivre un personnage complètement neuf, enfui d’une communauté très fermée, qui débarque dans le Frais Monde (comme il l’appelle) comme un nouveau-né de 20 ans, plus étranger et perdu qu’un immigrant qui, lui, connaît au moins les clés de la modernité.

Il faut dire que j’habite depuis trente ans dans le quartier hassidique orthodoxe de Montréal, que je suis depuis toujours fascinée par leur retrait du monde et leur refus du modernisme, et par la résilience de ceux d’entre eux qui ont osé s’enfuir de ce milieu très étanche.

Markus est donc en mode survie et apprentissage total. Quand on n’a rien, qu’on ne sait rien, il ne nous reste qu’à puiser dans nos forces vives, qu’à retourner sans cesse à ce noyau dur en nous, le meilleur guide qu’on puisse trouver. Et puis, quand on ne sait rien, comme Markus, qu’on n’a aucune idée préconçue, on devient un observateur impeccable de la société dite libre, on perçoit le côté toxique ou intègre des êtres malgré les apparences. Il y a une grande puissance, dans cette virginité-là, et bien sûr, une immense solitude. Et une forme de résistance héroïque: s’adapter, oui, rompre sa solitude, oui, mais pas à n’importe quel prix. Pas au prix de perdre ce qu’il y a de meilleur en nous.

  1. Vous en êtes à votre neuvième prix littéraire. Qu’est-ce qui fait le succès de vos livres ?

Le succès. Les prix.

Tout est relatif, en ce domaine, et tout est aléatoire. Il y a d’excellents livres qui ne sont pas couronnés. D’autres qui ne rencontrent jamais l’assentiment public. J’accepte tout ce qui m’arrive de bon, et je ne déplore pas ce qui me manque. Je dis souvent, en manière de blague: Sommes-nous des chiens, pour avoir besoin de récompenses?…

Les lecteurs qui m’aiment et me suivent sont sensibles, je crois, au fait que si mes livres racontent des histoires et fouillent la moelle des personnages, ils sont surtout affaire de beauté et de musique.

Je crois que la beauté peut sauver le monde et réenchanter le lecteur, que tout concorde à désespérer.

Je crois que les écrivains doivent donner de la nourriture à l’âme et au cœur, mots tabous dans notre contemporanéité cynique.

  1. Quel rapport entretenez-vous avec la langue française ? 

Ah, la langue française.

La langue tout court, comme dit Markus, qui est un néophyte en français, mais qui, à force de jouer avec les mots et de les triturer, deviendra un écrivain –un écrivant – sous nos yeux.

Je dois dire que la langue est le personnage principal de mes romans. La langue est la glaise avec laquelle je tente de sculpter de la beauté, de transmettre de la beauté. Les romans tels que je les conçois s’arc-boutent d’abord sur l’écriture, même s’ils racontent une histoire. Je ne peux véritablement avancer dans un roman tant que je n’en ai pas trouvé la forme, la musique qui en sous-tendra l’univers particulier.

Chaque roman commande sa propre musique, même si un écrivain ne dispose pas de milliers de couleurs dans sa palette. Quelques variations suffisent, un rouge plus assumé ici, un noir léger là, de l’humour, de la poésie, de la réalité magique… Tout est possible.

J’ai un rapport à la fois jouissif et douloureux avec cette langue qui est mienne, parce que j’aime en exalter les virtuosités, et qu’elle ne se laisse pas toujours faire. J’aime brasser les mots, leur faire rendre leur jus et leur sonorité, m’éloigner de la facilité avec laquelle on a tendance à les disposer sagement et utilitairement. Le français est un instrument de musique fabuleux, et toute une vie de pratique ne parviendra pas à en épuiser les nuances, alors pourquoi être si paresseux?…

En ce sens, le personnage de Markus, nouveau-né en français aussi bien qu’en toutes choses, était pour moi un véritable cadeau. Puisqu’il est le narrateur du roman, j’ai pu m’épivarder* (ndlr : le verbe épivarder est principalement utilisé au Québec. Il signifie s’amuser) avec lui, inventer des mots, les travestir, écrire avec une inventivité jubilatoire. On s’est bien amusés, tous les deux.

  1. Quel regard portez-vous sur le paysage littéraire francophone ?

En toute honnêteté, je peux parler surtout du paysage littéraire québécois, que je connais bien plus que les autres. Comme les sociétés se répondent et se complètent, j’imagine qu’il se passe peut-être le même phénomène dans les autres francophonies:

il y a, en ce moment, une explosion incroyable de talents et de voix nouvelles.

Pas une saison ne se passe sans que deux ou trois livres choc n’atterrissent dans le paysage littéraire -et encore ce sont seulement ceux que les médias ou les réseaux ont retenus.

On assiste à une sorte de renaissance du roman, peut-être à ce qu’on appellera plus tard un âge d’or. Bien sûr, plusieurs de ces œuvres sont de l’autofiction, une forme de plus en plus goûtée, et de plus en plus pratiquée, avec entre autres les expériences migrantes ou LGBTQuiennes qui nous emmènent en terre inconnue. Mais beaucoup d’auteurs nouveaux explorent la fiction et l’imaginaire, marqués comme ils le sont par les problématiques complexes dans lesquelles notre monde se débat.

Dans ces voix nouvelles, il y a beaucoup de désespoir transcendé -c’est ce que l’art et l’écriture savent mieux faire, au fond.

Même si les prophètes du virtuel ont déclaré obsolètes le livre et le roman, les livres se multiplient. Même si l’avenir de l’univers est terriblement inquiétant, et parce qu’il est terriblement inquiétant justement, des voix nombreuses se lèvent pour proclamer la force de la vie.

Je trouve ça beau et réjouissant.

  1. A travers vos créations, que voudriez-vous ajouter à ce paysage littéraire francophone ?

Je ne veux surtout pas ajouter à l’anecdotisme et au divertissement. Il me semble que nos sociétés ne font que ça, se divertir, comme si c’était la forme la plus efficace de traverser l’existence. À force de se divertir, c’est-à-dire de fuir, on forge des êtres immatures qui ne cherchent de réponse qu’à l’extérieur d’eux-mêmes et qui ont perdu toute confiance dans leurs ressources intérieures.

Je crois que les écrivains qui y consentent ont la mission de renverser la vapeur, de ramener l’attention du lecteur dans ce vaste espace de liberté qui gît en lui, comme un trésor inconnu.

Je crois vraiment que les livres peuvent rendre meilleurs.

Un livre réussi chamboule, transporte, galvanise celui qui le lit, lui transmet une flamme qui le fera créer à son tour.

« Un livre réussi est celui qui assassine le lecteur avant de le ressusciter », a dit Christian Bobin, dont la voix lumineuse me manque déjà.

J’essaie d’écrire des livres réussis.

Télécharger PDF

Une exposition hommage à la pensée senghorienne

2 540 signes

Quai Branly
Une exposition hommage à la pensée senghorienne

L’exposition « Senghor et les arts. Réinventer l’universel » met à l’honneur le chantre de la « négritude » et de la valorisation des cultures d’Afrique.

Cet événement se déroule au musée du Quai-Branly – Jacques-Chirac et rassemble différents documents liés à la vie et aux réalisations de l’ancien président du Sénégal. Textes, interviews, essais, photographies et reproductions d’œuvres d’art retracent le parcours de l’homme d’État et mettent en lumière sa pensée fédératrice.

Hommage à l’allure de « manuel de la pensée senghorienne », l’exposition illustre la volonté d’échange et de métissage culturel que prônait l’intellectuel sénégalais.

Né en 1909 et décédé en 2001, Léopold Sédar Senghor a été présidé aux destinées du Sénégal de 1960 à 1980. Il a occupé différentes fonctions importantes dans son pays et à l’étranger dans le cadre de sa carrière politique et diplomatique. Écrivain et poète, il a été l’un des chefs de file de la « négriture », courant d’idées politiques et littéraires qu’il définissait comme « l’ensemble des valeurs culturelles de l’Afrique noire ». Grâce à ses actions en faveur de la diplomatie culturelle, Senghor a œuvré à la mise en place, à l’échelle internationale, d’un intellect africain capable d’écrire son histoire. Par ses écrits, il a esquissé les idées fondatrices d’une poésie de la négritude et inspiré la littérature francophone, que son style et ses valeurs continuent d’habiter.

Par souci de réalisme, l’exposition aborde également les critiques que la vie et l’œuvre du grand homme ont pu susciter, même si de nombreux intellectuels d’Afrique le prennent encore pour exemple.

[Encadré]

Entre les mains de bonnes fées

L’exposition « Senghor et les arts. Réinventer l’universel » a bénéficié du soutien du mécène et homme d’affaires français Marc Ladreit de Lacharrière. Trois noms de la scène culturelle en ont été les commissaires : Mamadou Diouf, historien, directeur de l’Institut d’études africaines à l’université Columbia, aux États-Unis ; Sarah Lignier, responsable des collections mondialisation historique et contemporaine au musée du Quai-Branly – Jacques Chirac ; et Sarah Frioux-Salgas, responsable des archives et de la documentation des collections à la médiathèque du musée du Quai-Branly – Jacques Chirac.

S’y rendre…

Musée du Quai-Branly – Jacques-Chirac, galerie Marc-Ladreit-de-Lacharrière.
Du mardi 7 février 2023 au dimanche 19 novembre 2023.
De 10 h 30 à 19 heures, nocturne le jeudi jusqu’à 22 heures.

Télécharger PDF

Obatanga, une série télévisée qui enchaîne les succès

Télévision- Obatanga : Le savoir-faire panafricain enchaîne les succès

La série ivoirienne Obatanga a remporté le Prix de la meilleure fiction francophone étrangère au Festival de Luchon qui s’est tenu du 31 janvier au 5 février.

Cette coproduction de Canal Plus International et de la société de production, Plan A, était la seule création africaine primée lors de cette 25ème édition de l’événement récompensant les meilleurs films, séries documentaires et formats courts francophones.

Il s’agit d’un thriller réalisé par l’ivoirien Alex Ogou qui s’est illustré par des séries à succès comme Invisibles ou Cacao et qui enchaîne les projets, depuis la création de sa société de production Plan A en 2020. Obatanga a été réalisée d’après un scénario du Camerounais Henri Melingui, un passionné de cinéma qui en est à ses premières expériences dans le secteur audiovisuel.

Ce projet est, également, le résultat du travail d’une équipe technique de soixante personnes et d’une cinquantaine d’acteurs venant d’une dizaine de pays.

Les six épisodes de cette première partie sont, en effet, portés par un casting majoritairement africain parmi lequel on retrouve deux monuments des cinémas : l’Ivoirien Sidiki Bakaba et le Béninois Tola Koukoui qui interprètent les rôles d’hommes de pouvoir. A l’affiche aussi un talent montant du cinéma ivoirien, Arthur Longville, et l’acteur togolais et ghanéen, Roger Sallah, sacré meilleur acteur Ouest africain et médaillé d’Or aux Sotigui Awards (festival organisé au Burkina Faso et récompensant les talents du cinéma africain).

A noter que la série fait partie de la sélection officielle de la 28ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagad

DÉCHÉANCES, UN EXEMPLE DES SUCCÈS AUDIOVISUELS EN AFRIQUE

Déchéances est une série télévisée sénégalaise que le public a découvert sur Sunu yeuf, une chaîne diffusant ses programmes (composés de séries et de pièces de théâtre sénégalaises) sur Canal Plus.

Exposant des sujets sensibles en lien notamment avec des problématiques sociétales contemporaines, cette production sénégalaise fait suite à de nombreux succès produits par la même maison : Marodi TV.

Tout au long de ses cinquante épisodes de 26 minutes chacun, Déchéances suit le parcours de personnages féminins en proie aux tentations. Les intrigues sont construites autour de la vie estudiantine à Dakar et dépeignent des phénomènes sociaux et des tragédies humaines entre espoirs et désillusions.

Cette série a été écrite par cinq scénaristes et réalisée par Baye Moussa Seck. A son affiche, des talents féminins confirmés et émergents qui incarnent le nouveau visage de la scène audiovisuelle de leur pays.

Attirant un grand nombre de téléspectateurs, les séries réalisées en langues locales permettent de mettre en avant les talents d’acteurs et les capacités techniques au sein du continent. Elles sont l’occasion de dynamiser le secteur audiovisuel dans différents pays africains. Traduites ensuite en langue française, ces productions voyagent et exportent le succès africain par le petit écran.

Télécharger PDF

Contes africains, le patrimoine oral

NIVEAU : B2/C1

OBJECTIFS :

  • DÉCOUVRIR UN GENRE LITTÉRAIRE : LE CONTE
  • REPÉRER LES CARACTÉRISTIQUES DU CONTE
  • IDENTIFIER LES VISÉES DU CONTE.

PRÉSENTATION DE L’OUVRAGE

Contes africains est un ouvrage réalisé à partir du travail de recherche et de collecte réalisé par les bibliothécaires de l’association « Des livres pour tous ». Ce collectif initié par l’auteure Marguerite Abouet a également procédé à la création d’un fonds sonore de contes, en collaboration avec l’association « Making waves ». On retrouve, dans ce livre, vingt contes provenant de différents pays de l’ouest africain. Les thématiques évoquées sont en lien avec des valeurs importantes et les récits se concluent par des morales.

POURQUOI LE CONTE ?

Le conte est un genre littéraire qui repose beaucoup sur l’oralité. Dans certaines cultures, notamment celles africaines, il a une place importante dans la littérature et occupe un rôle central dans les traditions.

Chaque communauté a son propre fonds culturel d’histoires et de références. Dans certaines cultures, la connaissance de contes permet de briller, de gagner en sagesse, d’être respecté dans le groupe. L’ensemble de ces récits constitue le patrimoine historique souvent transmis d’une génération à l’autre par le biais de l’oralité.

Ces contes sont un moyen d’aborder des thématiques en lien avec la nature humaine et d’évoquer des sujets comme : le courage, la justice, la jalousie, la solidarité…

Souvent imagés, les contes font appel à l’humain, à l’animal et même au végétal pour illustrer les propos. Ils s’appuient sur l’allégorie et l’humour pour représenter les idées et aboutir à des leçons.

LES CARACTÉRISTIQUES DU CONTE

Le conte est un court récit de faits anecdotiques. Il puise dans l’imaginaire, le merveilleux et le surnaturel, des actions susceptibles de s’agencer dans le cadre d’une intrigue à dimension émotionnelle et aboutissant à une leçon édifiante et instructrice.

Le conte, en tant que genre littéraire, se base sur quatre éléments majeurs :

  • L’univers imaginaire : Il s’agit d’allusions relevant du merveilleux et en inadéquation avec la réalité (exemple : un tambour qui permet de défier la famine, quand on tape dessus). Le conte recourt ainsi à un référentiel propice au rêve et à l’évasion. Cette caractéristique permet de concrétiser la fonction divertissante du conte.
  • Les personnages : On retrouve dans le conte des personnages disposant de capacités surhumaines et qui accompagnent le parcours de personnages plus ordinaires (exemple : Un chien et une tortue qui échangent avec une femme âgée). Ce choix permet d’ancrer le récit dans sa dimension imaginaire.
  • Un flou au niveau des indicateurs spatiotemporels : Dans la trame narrative du conte, il y a très peu de place au réalisme, d’où le choix de relater les faits sans indications précises aux lieux et aux temps dans lesquels se déroule le conte (Exemple : Un village). Cela permet de faciliter l’identification du lecteur et de donner aux propos une dimension universelle.
  • Un conte, une leçon : Les contes évoquent souvent des caractères ou des valeurs. Ils ont une visée didactique, atteinte par le biais de l’allégorie. Chaque conte recèle un but moral lui donnant une valeur humaine intemporelle.

EXTRAIT DE CONTES AFRICAINS :

La Jalousie de la tortue (Un conte du Nigeria), Pages 71 et 72

Dans un village, vivaient Ijapa la tortue et Adjà le chien. Ces deux amis étaient les seuls animaux qui cohabitaient avec les hommes, les femmes et les enfants.

Un jour, alors qu’ils se baladaient, ils croisèrent Yawa, la femme la plus âgée du village. Elle portait sur son dos un fagot de bois très lourd et avait du mal à marcher. Adjà le chien la salua :

— Bonjour, grand-mère !

— Bonjour, mon enfant !

Pris de pitié, Adjà le chien proposa à son amie Ijapa la tortue d’aider la vieille dame à porter son fagot jusqu’à chez elle. Ijapa lui répondit :

— Tu m’as bien regardée. Tu m’imagines, moi Ijapa, jolie comme je suis, en train de porter sur mon dos un gros fagot pour raccompagner une vieille femme aussi lente. Non, je ne peux pas perdre mon temps ! Je suis désolée.

Puis, elle donna dos au chien.

Choqué par la réaction de son amie, le chien répliqua :

— Ijapa, tu t’entends parler ? Tu sais très bien que la tradition nous demande d’être respectueux envers les personnes âgées.

[…]

C’est ainsi qu’Adjà le chien aida seul la vieille femme à porter son fagot.

La vieille dame fut touchée du comportement du chien :

— Merci beaucoup, mon enfant. […]

Elle fit entrer Adjà le chien chez elle

— Voici trois tambours. Choisis celui qui te plaît le plus et apporte-le-moi.

Adjà le chien s’exécuta. Il opta pour le petit tambour qu’il remit à Yawa.

Elle aima le fait qu’il ait choisi le plus petit tambour, puis l’encouragea à rester humble toute sa vie. Elle ajouta :

— À chaque fois, je dis bien à chaque fois que tu auras faim, bats simplement le tambour. Ce sera comme un signe que tu m’enverras automatiquement, la nourriture apparaîtra.

Adjà le chien s’inclina, la remercia plusieurs fois, et rentra paisiblement chez lui.

Un jour arriva, où la nourriture vint à manquer. Alors que les provisions des villageois s’étaient épuisées, Adjà le chien, lui, ne manquait de rien. Il suivait scrupuleusement les indications de la vielle Yawa et mangeait chaque jour à sa faim…

Télécharger PDF

TROIS ÉVÉNEMENTS – TROIS AFFICHES

Les événements culturels sont une occasion de découvrir des talents, mais aussi une occasion de révéler d’autres prouesses artistiques. C’est le cas de ces trois affiches de festivités se déroulant en Égypte, au Liban et en Tunisie et qui mettent en exergue les capacités créatives de jeunes artistes peintres, dessinateurs ou graphistes.

LES BOBINES D’ALEXANDRIE

L’affiche des Bobines alexandrines a été réalisée par Mohamed Gohar, architecte, artiste et chercheur. Ce jeune Égyptien porte un intérêt particulier aux origines historiques de l’urbanisme et de l’architecture. Dans cette réalisation, on retrouve un camaïeu de couleurs interprétant une scène nocturne dans un décor d’Alexandrie. Les éléments d’architecture représentés et les détails dessinés (le tramway, la charrette, l’éclairage…) participent à créer une ambiance particulière rappelant la convivialité des rues de cette ville balnéaire (on y voit les voiles et l’ondulation des vagues, au loin).

Se dégagent de cette affiche, des interférences littéraires qui renvoient à l’univers romanesque de Naguib Mahfouz, père du roman arabe. L’allusion aux arts est également présente via l’inscription « Darouich » au-dessus de l’entrée d’un établissement (en référence à l’œuvre du musicien du même nom). Ombres et lumières s’associent dans cette affiche oeuvre d’art, pour scénographier la belle époque, celle qui a vu naître, en Égypte, les mouvements artistiques les plus fertiles et qui continue, vraisemblablement, d’inspirer.

Les Bobines alexandrines est un festival de cinéma francophone pour la jeunesse.

À son programme, des projections, des débats et des master classes. Organisé par l’association B’Sarya, avec le soutien de l’Université Senghor et du Lycée français d’Alexandrie, le festival s’est tenu dans sa deuxième édition à l’Institut français d’Alexandrie du 15 au 17 octobre.

BEYROUTH LIVRES

L’affiche de Beyrouth Livres a été réalisée par Charles Berberian, dessinateur et scénariste de bande dessinée d’origine arménienne. Celui-ci est né à Bagdad et a grandi au Liban, avant d’entamer des études d’art en France.

Connu pour ses lignes élégantes et son ton ironique, Berberian a réalisé, pour cet événement livresque, une affiche où l’on retrouve le paysage urbain de la capitale libanaise, ses routes embouteillées, ses bâtisses en hauteur, ses falaises et sa côte jalonnées d’arbres… Dans ce dessin au fond sombre, la clarté émane de lecteurs aux diverses allures prenant des postures différentes, s’adonnant à la lecture, seuls, en duo ou en groupe. À l’ombre de cet arbre de lumière peuplé de lecteurs en tous genres se trouvent différentes personnes attablées savourant des moments de lecture ou d’écoute.

Cette affiche met à l’honneur la foisonnante ville de Beyrouth et l’état d’esprit qui y règne.
On y lit une forme de bien-être, de joie de vivre et une sorte de dolce vita à l’orientale.
Tel un Fellini racontant l’Italie de son enfance, Berberian dresse du Liban une vision à la fois réaliste et fantaisiste. Beyrouth Livres est un festival littéraire francophone et international organisé par l’Institut français du Liban et qui a eu lieu du 19 au 30 octobre 2022. Y sont organisés des expositions, des lectures, des débats, des spectacles et des concerts. Son programme se déploie aussi sur quarante lieux et institutions culturelles où la littérature est à la rencontre d’autres formes d’art.

JOURNÉES CINÉMATOGRAPHIQUES DE CARTHAGE

Les Journées cinématographiques de Carthage ont dévoilé l’affiche de la 33e édition de cet événement attendu par les passionnés et les professionnels du septième art. On y trouve une figure féminine à l’allure glorieuse et gracieuse.

Les auteurs de l’affiche présentent leur travail comme un clin d’oeil au film de Ousmane Sembène La Noire de…, qui avait obtenu le Tanit d’or lors de la première édition des JCC en 1966. La femme représentée est donc l’actrice sénégalaise, héroïne dudit film, Mbissine Thérèse Diop.

L’affiche a été réalisée grâce à la technique innovante du painting digital. On y lit la volonté du festival de rappeler l’ancrage multiculturel de ses valeurs, son enracinement africain et son déploiement méditerranéen. La calligraphie arabe utilisée au niveau de la robe de la femme représ entée et de sa coiffe marque également l’orientation de cet événement ouvert aux cinémas de tous bords. Un arrièrefond lumineux et un envol d’d’oiseaux viennent doter cette fresque d’une notre hautement symbolique. Cette illustration est l’oeuvre du jeune Tunisien Bader Klidi, en collaboration avec l’agence de communication Box. Elle incarne les thématiques universelles d’optimisme et de liberté.

Les Journées cinématographiques de Carthage se tiennent tous les ans dans la capitale tunisienne. Leur objectif est la mise en valeur des cinémas d’Afrique subsaharienne et des pays arabes. Les manifestations lors et autour de ce festival sont une occasion de créer des ponts entre les professionnels du cinéma du Nord et du Sud et entre leurs productions et le public tunisien et international.

Télécharger PDF

Festival de Namur : le Fonds Image de la francophonie au service du cinéma

Le Festival du Film francophone de Namur s’est tenu du 30 septembre au 7 octobre 2022. Y ont été primés deux films soutenus par le Fonds Image de la Francophonie : Sous les figuies d’Erige Sehiri qui a obtenu le « Bayard d’or » et Ashkal de Youssef Chebbi qui a obtenu une mention spéciale du jury.

Le film d’Erige Sehiri « Sous les figues » a obtenu le « Bayard d’or » au Festival du Film francophone de Namur dans le cadre de sa 37ème édition. Cette production récipiendaire de la plus haute distinction du festival a été soutenue par le Fonds Image de la Francophonie.

Les actions de ce film se déroulent lors de la récolte des figues. Un cadre spatio-temporel (en été/ dans les champs) propice aux rencontres et à la convivialité mais non dénué d’allusions à l’effort et à l’épuisement.

Dans ce film, Erige Sehiri livre un regard sur une jeunesse en manque de moyens et d’opportunités, à travers un exemple tunisien aisément transposable dans des sociétés autres. Malgré la présence de ses personnages dans un cadre spatial unique (mais à ciel ouvert), l’on retrouve dans ce film l’universalisme des sentiments et un regard critique et averti porté sur le monde, sa géopolitique, sa complexité, ses vicissitudes…

Le récit est peuplé d’antagonismes : grandeur d’âme et « petites vies », horizons vastes et perspectives limitées, cadre figé et pensées en mouvement… Ce film est, de ce fait, le récit de la non-aliénation, de la non-résignation, de la recherche de la splendeur dans le quotidien. Un réalisme social en transparaît et donne une note romanesque au traitement du prosaïque.

La cinéaste a fait le choix de mettre sur le devant de la scène le combat de femmes et d’hommes évoluant dans des espaces reclus. Elle a aussi fait le choix de faire incarner cette vision par des acteurs non professionnels. Cela ne fait qu’accentuer le prisme réaliste prôné par Erige Sehiri.

Ashkal est un film du réalisateur tunisien Youssef Chebbi. Les actions de ce film se déroulent dans le Tunis moderne, parmi les grandes bâtisses et les chantiers. Puisant dans les codes du polar, le rythme effréné et le suspense soutenu, le cinéaste instaure, dans son film, une atmosphère particulière. Il y fait évoluer deux détectives à la recherche de la vérité, au milieu d’un brasier humain où se consument les efforts de la classe ouvrière.

Le cinéaste dresse le portrait d’une Tunisie postrévolutionnaire dénotant avec l’image folklorique qu’en dépeignent plusieurs productions cinématographiques. Le climat y est maussade, loin des archétypes méditerranéens. Le décor est fait de béton et les personnages sont comme happés par la grandeur des bâtiments entre lesquels ils évoluent.

Cherchant la vérité au milieu du chaos urbain, les protagonistes évoluent dans un climat menaçant. La trame narrative s’ouvrant ainsi à des sujets moins anecdotiques comme l’instabilité politique et les soubresauts sociaux qui lui sont corollaires. Le fait divers n’est, dans ce film, qu’un prétexte pour aller plus loin dans l’analyse sociale et l’étude psychologique.

Passionné d’arts plastiques et notamment de photographie argentique, Youssef Chebbi a offert, à travers ce film, une technicité particulière faisant de chaque plan une nouvelle capture de la ville et de la vie qu’y mènent ses personnages. Les tons monochromes appuient les choix dramaturgiques et invitent à une lecture particulière des faits. Le réalisateur a, par ailleurs, fait le choix de donner un des premiers rôles à une danseuse, Fatma Oussaifi, dont c’était la première expérience au cinéma. Ses choix cinématographiques ont été épaulés par l’effort d’une équipe technique défiant les conditions réelles et les moyens limités pour aboutir à la vision artistique recherchée.

Le Festival du Film francophone de Namur est un rendez-vous annuel des cinéastes qui incarne la diversité francophone et se présente comme un rassemblement annuel au service de la Francophonie. Y étaient en compétition 22 longs métrages et 25 courts métrages qui ont été évalués par deux jurys : le jury Longs métrages ayant décerné les prix pour la Compétition Officielle et le jury Émile Cantillon, ayant décerné les prix de la Compétition 1ère Œuvre.

Télécharger PDF

Le prix des cinq continents

Dix livres sont en lice pour le Prix des Cinq continents dans le cadre de sa 21ème édition. Un jury international présidé par l’écrivaine Paula Jacques les a sélectionnés parmi 188 candidatures. Le lauréat sera désigné en janvier 2023.

L’OIF a rendu publique, jeudi 22 septembre 2022, la liste des dix finalistes du Prix des Cinq continents qui récompense, chaque année, un texte narratif (roman, récit ou recueil de nouvelles).

Les ouvrages sélectionnés, dans le cadre de cette 21ème édition, représentent 8 pays francophones et ont été choisis parmi une liste de 188 auteurs ayant candidaté pour ce prix.

Un jury international aura pour charge de choisir un livre gagnant. Ce jury est présidé par l’écrivaine franco-égyptienne Paula Jacques et est composé de quinze auteurs issus de pays francophones. Le lauréat sera désigné au mois de janvier 2023 et c’est en mars que lui sera remis le prix, en marge de la Journée internationale de la Francophonie.

Et les nominés sont :

Noces de coton d’Edem Awumey (Togo- Canada- Québec), éditions du Boréal (Canada, Québec) :

A travers une intrigue qui se déroule sur quelques heures, l’auteur parcourt le temps d’une prise d’otage, l’Histoire, ses injustices et l’art d’y résister. Solidarité, quête de liberté, militantisme, sont ici mis en avant comme un moyen de se frayer un chemin malgré la difficulté. Des mises en abymes picturales donnent à ce récit, une note sublime, au moyen d’allusions aux tableaux de Bruegel, Van Gogh ou Benton.

L’auteur a fait le choix d’une narration qui s’articule autour de 50 chapitres numérotés à l’envers, une manière originale d’envisager le temps et d’aborder les faits qui l’habitent.

Edem Awumey est né au Togo et est établi au Canada. Il est l’auteur de sept romans ayant fait l’objet de traductions dans plusieurs langues.

Le Silence des dieux de Yahia Belaskri (Algérie- France), éditions Zulma (France)

Ce roman est inspiré de faits réels. Il relate l’enfermement dans lequel se retrouvent les habitants d’un village dont l’unique accès est bloqué par des soldats. On retrouve, au fil du récit, un climat d’ébullition, de réflexions, de quête de solutions et on découvre des protagonistes qui cherchent un espoir pour s’en sortir. Un roman qui place la femme au rang d’héroïne, capable de faire bouger ce qui semblait immuable.

Dans cette fiction historique, L’auteur se livre à une lecture de l’âme humaine, ses espoirs, ses désespoirs, son isolement et toute la haine susceptible d’en jaillir.

Yahia Belaskri est un ancien journaliste, poète et écrivain. On retrouve, dans ses écrits, une retranscription, en sentiments et en émotions, de l’Algérie qu’il a quittée.

L’agneau des neiges de Dimitri Bortnikov (France- Russie), éditions Rivages (France)

Ce roman retrace le court et houleux parcours de vie d’une femme russe qui a connu la Révolution de 1917, les famines et la guerre. Née infirme, celle-ci grandit au fur et à mesure des misères rencontrées et s’élève contre le fatalisme qui sévit autour d’elle. Face aux forces nazies, Maria poursuit son élan de courage et de quasi-sainteté, et entreprend tout ce qui est en possible –et plus encore- pour sauver douze orphelins de la famine. Une épopée humaine sur fond de drame historique dont les héros sont souvent ceux que l’on connait le moins.

D’origine russe Dimitri Bortnikov réinterprète, dans ce livre et dans les précédents, la langue française, sa stylistique et même sa typographie. A la manière du subversif Céline, il l’explore et en revisite les codes.

La voleuse de Daria Colonna (Canada- Québec), éditions Poètes de brousse (Canada, Québec)

Dans ce roman, il s’agit d’une introspection qui s’opère au rythme des anecdotes et des souvenirs et qui se veut une tentative salvatrice pour se libérer des démons d’un passé impénétrable par sa complexité.

Passant en revue les épisodes de l’enfance, raisonnant autour de la relation aux parents, méditant à propos des complexes liens de filiation, ce livre explore les dualités des rapports familiaux qui oscillent souvent entre amour et violences, entre pardon et rancunes, entre l’évidence des liens et la difficulté des interactions.

A travers ses personnages et des faits en lien avec son propre parcours, la poète québécoise, Daria Colonna entreprend une exploration des racines et une quête identitaire par le biais des mots.

Les Ombres filantes de Christian Guay-Poliquin (Canada- Québec), éditions La peuplade (Canada-Québec)

Un roman relatant les péripéties d’un homme perdu dans la forêt qui cherche le chemin vers un camp de chasse dans lequel sa famille a trouvé refuge. Fuyant une panne électrique généralisée et affrontant une nature dangereuse et des rencontres hostiles, le héros se découvre et se trouve un adjudant inattendu.

Mimant la pérégrination de son personnage dans une nature impressionnante et au milieu de ses démonstrations de force, le romancier offre une réflexion autour des rapports humains imprévisibles, surprenants, rassurants…

L’écrivain québécois, Christian Guay-Poliquin, offre un roman-épopée moderne ayant pour cadre une nature fluctuante et pour objectif une quête de la sagesse.

Moïse de Casa de Driss Jaydane (Maroc), éditions Les Avrils (France)

Ce roman est une odyssée urbaine dans les rues de Casablanca, dans les années 70. Entre personnages fictifs et d’autres au pouvoir surnaturel, évolue un héros âgé d’une dizaine d’année qui tente d’affronter le monde et de s’élever au rang de surhomme. Son parcours est une série d’aventures et de tentatives qui prend naissance à l’écoute d’un appel lancé par le roi Hassan II à l’adresse des hommes capables d’entreprendre une marche jusqu’au bout du Sahara.

Evoluant dans un contexte exclusivement féminin, déjouant les codes sociaux liés à la perception de la situation de sa mère divorcée, cet enfant devient un super-héros dans un paysage insolite et sur fond de mysticisme fantasmagorique.

L’auteur dresse ici un portrait héroïque à un anti-héros bercé entre un monde onirique et un univers hallucinatoire et qui évolue dans une réalité qu’il pervertit à travers le regard neuf porté sur elle.

Gens du nord de Perrine Leblanc (Canada- Québec), éditions Gallimard (France)

Tel un récit de guerre, ce roman se déroule dans le froid d’Irlande, à un moment historique important : Les années 90, entre conflits et accord de paix. L’Histoire est ainsi revue, par le biais de protagonistes en vivant les affres au quotidien. A travers un prisme journalistique, ce roman revêt une précision chirurgicale dans le traitement des faits, partant de l’anecdote et allant vers les détails et l’analyse. La passion de l’auteur pour ce cadre spatial nourrit les descriptions et les charge, subtilement, en émotions.

Pourtant, dans ce livre, le ton lyrique est à peine perceptible. La romancière lui préfère la précision historique et géographique et une tonalité savamment nuancée, avec suffisamment de sobriété pour contenir l’évocation des lourds conflits.

Les Aquatiques d’Osyalde Lewat (France- Cameroun), éditions Les escales (France)

Ce roman raconte les dessous des ambitions politiques dévorantes et déconstruit, à travers son intrigue et le choix que font ses personnages, l’avide jeu de pouvoir. Abordant le thème de l’émancipation de la femme à l’aune de problématiques modernes et dans un contexte ancré dans les traditions, ce livre dépeint la société contemporaine et n’en manque pas les travers.

Certains faits sont le lieu d’une véritable critique sociale, notamment ceux liés à un personnage artiste, âme libre et ayant fait de ce qui est interdit parmi les siens, un choix de vie (l’homosexualité).

Ici sont critiqués les dogmes sociaux allant à l’encontre des libertés personnelles et l’avidité politique sans fin. Ici on prône l’émancipation de la femme et une révolte contre les traditions et la mainmise de l’homme.

Saharienne Indigo de Tierno Monenembo (Guinée Conakry), éditions du Seuil (France)

Tout commence par une rencontre insolite en terrain neutre : La rue Mouffetard, et pourtant naît, de ce hasard, une rétrospection profonde. Une Guinéenne qui a fui, un jour, un tragique destin se retrouve face à une diseuse de bonne aventure et entame, au fil de la discussion, un retour vers son passé habité de fantômes et de culpabilité.

Roman engagé, cette œuvre est l’occasion de relire l’Histoire teintée de rouge-sang, de douleurs et d’injustices à travers l’hommage rendu aux victimes du « Camp B » et des exactions du régime guinéen.

Enlève la nuit de Monique Proulx (Canada-Québec), éditions du Boréal (Canada- Québec)

C’est le récit d’une libération, d’une rébellion réussie contre des règles communautaires perçues comme aliénantes. A travers son personnage juif hassidique, ce livre relate la liberté conquise au fil des affrontements et acquise au prix de la solitude.

Une réintégration dans une société que l’on connait mais dont on redécouvre les codes s’engage pour ce héros dans la mouvementée vie montréalaise.

Un roman qui décrit la renaissance que peut connaître celui qui choisit sa vie loin du lourd fardeau de l’héritage.

 

Télécharger PDF

El Hadj Kassé : une poésie oraculaire

Ailleurs et ici est un recueil de poèmes d’El Hadj Kassé, journaliste, communicant et écrivain sénégalais. Le poète y aborde un militantisme par les mots et contre la résignation. Révélant les injustices pour mieux les affronter, les constatant pour mieux les annihiler, le poète dresse le portrait d’un monde personnel et intérieur où cohabitent d’antagonistes dualités : le passé et l’avenir, l’ailleurs et l’ici.

Lecture du monde et des tréfonds de soi, chacun des vingt-et-un poèmes de ce recueil est une ode à l’attachement aux valeurs communes, à l’enracinement dans une culture collective et à une quête d’un laborieux équilibre avec l’Autre.

Très présente dans ces textes poétiques, une figure maternelle particulière et très inspirante par sa puissance et sa diversité : Mère Nature. Représentée à travers sa lumière, ses phénomènes physiques, son caractère de muse et de grande enchanteresse, la nature est ici omniprésente. Comme elle, le temps est une figure bien représentée : à la fois, allié et ennemi de l’Homme.

Le recueil s’articule autour de quatre parties : Présent indicatif, Eternité, Ballade et Courage. Le poète y aborde des thématiques en lien avec la réalité, d’autres relevant de l’imaginaire, de l’onirique et du quasi-oraculaire.

Philosophe de formation et spécialiste en psychologie et en sociologie, El Hadj Kassé retranscrit le cheminement d’une pensée intérieure et suit, en vers, les pérégrinations d’un esprit libre et foisonnant, réécrivant l’anecdotique présent et imaginant un futur chargé d’une « réinvention festive » et prometteur de belles « idylles à venir ».

El Hadj Kassé, Ailleurs et ici, Editions Panafrika, Silex/ Nouvelles du Sud

Touhfatt Mouhtare : l’originalité récompensée

Le feu du milieu de la Comorienne Touhafat Mouhatre obtient le Prix Alain Spiess 2022. Un deuxième roman salué pour son originalité et un succès augurant d’autres distinctions, selon de nombreux critiques.

Le feu du milieu de Touhfat Mouhtare édité par Le Bruit du monde a décroché le prix Alain Spiess 2022. Il s’agit d’un roman dont les actions se déroulent sur l’île d’Itsandra aux Comores. Gaillard est le personnage principal de cette oeuvre et le point focal d’une narration qui se veut le miroir de ses états d’âme et qui suit le rythme de ses rencontres et de l’aspect fantastique qui s’en dégage. S’enchevêtrent alors, dans ce récit, le prosaïque et le légendaire, le réalisme et le conte imaginaire.

En décrivant le quotidien de cette servante et en épousant la démarche foisonnante de sa pensée, l’auteure abolit les frontières entre le monde imaginaire et le monde réel.

Au fil des 334 pages qui constituent ce roman, on assiste à un parcours initiatique lors duquel l’héroïne découvre le monde et se découvre à travers ses interactions avec ceux qui l’habitent.

En effet, lors de ce voyage intérieur jalonné d’allusions au surnaturel, Gaillard est accompagnée de figures parentales comme sa mère adoptive qui lui raconte des légendes héritées de ses ancêtres et son maître qui lui fait apprendre le Coran. Grâce à eux, la jeune femme s’adonne, avec soif et curiosité, à la quête du savoir et entreprend ainsi une quête de la liberté.

En outre, une rencontre avec Halima, une fille fuyant un mariage de force, vient donner aux pérégrinations de Gaillard, une notre intrigante. A deux, elles croisent des personnages fantasmagoriques comme les « djinns ». Les deux femmes s’emparent ainsi de l’imaginaire monopolisé par les hommes, le visitent en le déconstruisant.

Mouhtare explore, dans son roman, la mémoire commune, à la recherche de vérités. Elle déclare avoir recouru à l’imaginaire collectif en se faisant aider par des sages de sa communauté. C’est de cette façon que l’auteure a pu créer ses propres mythes et inventer ses propres légendes.

Touhfat Mouhtare est née en 1986, à Moroni aux Iles Comores. Arrivée en France dans le cadre de ses études, elle y poursuit un parcours d’auteure débuté aux Comores. Son premier roman « Vert cru » a été édité en 2018 et a obtenu la mention spéciale du Prix du Livre insulaire au salon d’Ouessant.

Le prix Alain Spiess a été initié en 2017 en l’honneur de l’écrivain Alain Spiess décédé en 2008. Ce prix distingue les ouvrages jugés singuliers. Ont été récompensés depuis sa création :

  • En 2017 : Une chance folle, Anne Godard, éditions de Minuit
  • En 2018 : Leurs enfants après eux, Nicolas Mathieu, Actes Sud
  • En 2019 : Trois concerts, Lola Gruber, Phébus.
  • En 2020 : Là d’où je viens a disparu, Guillaume Poix, éditions Verticales

Contes africains, l’hommage au patrimoine oral

Contes africains est un recueil qui regroupe vingt contes ivoiriens paru chez Gründ Jeunesse et Nimba. Cet ouvrage est le fruit de recherches effectuées par l’association « Des livres pour tous », créée par l’autrice ivoirienne Marguerite Aboüet.

Les histoires compilées n’ont pas d’auteurs connus mais font partie d’un patrimoine oral que ladite association entend préserver en les collectant et en les offrant au public.

Souvent allégoriques et à tendance instructives, ces contes ont été revus par des auteurs et accompagnés d’illustrations de dessinateurs africains. Ce travail a été l’occasion de véhiculer des valeurs parfois absentes des versions originales, comme la valorisation de l’apport de la femme dans la société et l’allusion aux problématiques écologiques.

Regroupant des contes emplis de sagesse et dotés indirectement de morales, cet ouvrage se destine à un public large, à travers l’évocation de thématiques universelles. La transmission de cet héritage culturel sonore s’adapte également aux spécificités du jeune public adepte de culture numérique. Ainsi, un QR Code permettra à ceux qui le souhaitent d’écouter les créations sonores sublimant le contenu des vingt contes.

Rappelons qu’avant ce projet de livres l’association de Marguerite Aboüet avait travaillé sur une série de podcasts à partir de contes africains. L’autrice de bandes dessinées s’était associée avec le collectif français de créateurs sonores, Making Waves, donnant ainsi naissance à un contenu radiophonique diffusé sur Radio France internationale (RFI).

Contes africains est un hommage rendu au patrimoine sonore en le retranscrivant et un effort d’immortalisation de sa richesse à travers sa numérisation.

« Balad », un album de sentiments

Balad, de Lina Gargouri, est publié chez Awtar Édition. Cette jeune

Tunisienne a fait le choix d’associer ses deux passions, la photographie et l’écriture, au profit d’un ouvrage conçu comme un hommage à Sfax, grande ville du Centre tunisien.

L’autrice offre à son lecteur une balade dans ces terres qu’elle affectionne. Au rythme de ses pérégrinations, se construit le cheminement de sa pensée.

Quatre chapitres en constituent les axes majeurs : terre, mer, lumières, senteurs. Maniant la photo et la prose, la jeune femme offre une image animée de sa ville, dotée de lumières et d’odeurs. On découvre ainsi, à travers les illustrations et le texte, des scènes de vie pourvues d’un grand réalisme et on accompagne la fulgurance comme la profondeur de la réflexion qui nous est offerte.

Les images de la mer, du mouvement des vagues, de l’agitation des barques des pêcheurs allant y chercher de quoi faire vivre leur famille et nourrir les leurs rappellent à l’autrice le destin tragiquement choisi par les migrants qui s’aventurent en mer.

L’activité quotidienne des ouvriers autour de la récolte des olives plonge, quant à elle, Lina Gargouri et son lecteur dans une introspection en lien avec les ancêtres et leur attachement à leurs terres.

« Ce livre est une capture d’image, loin des clichés », construite comme une ode aux racines. Balad, qui signifie « ville » est le premier livre d’une collection que Awtar Édition entend lancer afin de promouvoir différentes villes à travers le regard et la plume de leurs jeunes talents.

Encadré

Tunisie : la francophonie à l’académie des lettres

S’est tenue, à l’Académie tunisienne des Sciences, des Lettres et des Arts Beit el-Hikma, le 14 octobre 2022, une journée d’études intitulée « Littérature, imagination et histoire dans la littérature tunisienne de langue française ».

Cet événement a été l’occasion pour d’éminents universitaires de débattre autour de la présence tunisienne dans le champ francophone et de la représentation du réel et de l’imaginaire tunisiens à travers les productions littéraires en langue française.

Ce rassemblement a été marqué par l’inauguration d’une nouvelle chaire au sein de cette institution académique. Une initiative de professeurs des universités tunisiennes a, en effet, permis de créer un groupe de recherches en littératures francophones.

Le groupe de chercheurs prévoit la mise en place d’un programme d’activités qui débutera à la rentrée 2022-2023. Composé d’auteurs et d’universitaires, cette initiative permettra de consolider les efforts des acteurs de la francophonie littéraire en Tunisie et de cibler des objectifs communs tels que la valorisation et l’étude du livre tunisien en langue française.

Télécharger PDF

À la découverte de jean malonga

PRÉSENTATION DE L’AUTEUR

QUI EST JEAN MALONGA ?

Jean Malonga est né en 1907 à Brazzaville. Il a été parlementaire au Conseil de la république,

La chambre haute du Parlement français sous la IVe République. C’est un romancier et conteur qui a su dessiner dans les détails la vie congolaise de son époque et retranscrire les subtilités de son africanité en langue française.  Décédé en 1985, Jean Malonga a publié plusieurs ouvrages dont les deux romans Le Coeur d’Aryenne, en 1953, et La Légende de M’Pfoumou Ma Mazono, en 1954.

PRÉSENTATION DE « LA LÉGENDE DE M’PFOUMO MA MAZONO »

L’OEUVRE EN RÉSUMÉ

Dans La Légende de M’Pfoumou Ma Mazono, Malongo dresse le portrait d’un chef, d’un homme libre, à travers le récit de son parcours. Roman initiatique, cette oeuvre évoque les sentiments humains et l’évolution qui, à travers elles, s’opère. Entre réalisme et légendes, mœurs enracinées et rêves de changements, les personnages évoluent et avancent au fil de l’intrigue. Le cadre spatial est esquissé à la manière d’une œuvre picturale emplie de réalisme et chargée de sens. Le cadre temporel ancre, quant à lui, les faits dans une logique de vraisemblance sans failles, à la manière d’un document historique.

LES PERSONNAGES

Dans cet extrait (extrait 1, lire page 32), nous noterons la présence du « je » et du « tu ». Au fil de la discussion, locutrice et interlocuteur se dévoilent : une mère et son fils. Au milieu d’eux, se dresse un mur de conflits opposant leurs genres et que l’on tente, à force d’arguments, d’abolir.

La femme versus l’homme, une opposition argumentée

Tout au long de l’extrait, une mère essaie de prouver à son fils que la femme est l’égale de l’homme, voire lui est supérieure.

Elle réfute, auprès de celui qui incarne à ses yeux la pensée masculine, les arguments selon lesquels la femme serait une « Force inférieure ».

LA FEMME, CETTE DIVINITE !

Telle qu’elle est évoquée par la mère, la femme a les traits d’une divinité. Elle a un pouvoir qui dépasse le champ des possibles. Tout en évoquant ses pouvoirs auprès de l’homme, pour le « consoler » ou le « calmer », la mère fait référence à des capacités d’un autre ordre, grâce auxquelles, la femme « peut bouleverser ou consolider la société la mieux organisée, provoquer ou arrêter des assassinats et des guerres, susciter les héroïsmes les plus sublimes ». Dépassant les capacités humaines, la femme est décrite comme celle dont le pouvoir frôle celui des dieux, tant son action sur le monde qui l’entoure et sur ceux qu’elle côtoie est puissante et surprenante. Elle serait même capable de défier le surnaturel, de le vaincre et d’en détourner les effets. « Elle peut annihiler la puissance de toute la Magie millénaire », dit la mère. « Elle fait disparaître les effets nocifs du venin et du totem les plus redoutables », surenchérit-elle.

La grandeur des capacités féminines est encore plus soulignée car mise côte à côte avec des mots décrivant l’aspect simple de l’action que, d’elle, elles impliquent : « Par son esthétique, sa faiblesse apparente », « par un seul de ses regards, par son sourire ou son mécontentement, d’un seul geste », « Rien qu’avec une imposition de sa petite main », elle génère des actions d’une grandeur inattendue.

Aussi la femme est-elle pourvue d’« attributs créateurs », ajoutant du sublime à sa toute-puissance. « Qu’est-ce qu’il y a de plus divin, de plus grand et de plus beau que de créer ? », demande la mère sans attendre de réponse. « Avoue, mon fils, que la femme a un rôle de premier plan, presque égal à la Force-Suprême », conclut-elle avant de réfuter totalement la thèse évoquée au début de l’extrait : « Non, la femme est autre chose qu’une force inférieure ».

L’HOMME SERAIT-IL LA FORCE INFERIEURE ?

Tout au long du texte, la mère avance des contre-arguments prouvant que la femme n’est pas « une force inférieure », comme le dit une « opinion établie depuis l’origine de la vie ». Afin de mieux asseoir la femme sur son piédestal, la mère ne manque pas de présenter l’homme comme un être inférieur. Il est désigné comme « une épave passive ». Cette passivité est détaillée au moyen de plusieurs situations dont la reproduction humaine où la femme « détient la plus grande responsabilité ». Dans ce contexte, l’homme est évoqué selon son « incapacité génitrice ». Ce n’est pas lui qui est le « foyer de l’oeuf géniteur », ce n’est pas lui qui donne la vie. Il est, en revanche, celui qu’elle fait naître : « engendré et nourri par elle », il « lui doit tout ». Cette « redevabilité » de l’homme vis-vis de la femme place celui-ci au rang de celui qui n’a qu’un « rôle secondaire de soutien dans la famille, le clan ». L’homme, dont la seule action rapportée est qu’il « obéit », est ainsi relégué aux capacités les plus prosaïques. La femme, quant à elle, à la manière des dieux, « conçoit » et « crée ».

UNE CONFRONTATION RHÉTORIQUE

Se côtoient, dans ce texte, de nombreuses oppositions accentuant l’ambivalence entre la vision que l’homme a de la femme et les capacités dont celle-ci est pourvue.

L’antithèse « une force inférieure » met l’accent sur ce paradoxe rapporté au moyen d’un argumentaire précédé d’une prétérition qui accentue l’effet des propos et le but qui en est escompté :

« Je n’essayerai pas de te faire changer d’avis. »

L’accumulation permet, également, d’insister sur les caractéristiques féminines : « Qui dit femme, dit Charme, Caresse, Ornement, Fleur, Consolation, Douceur et Paix. » En juxtaposant, à profusion, des termes de la même catégorie grammaticale pour désigner le pouvoir des femmes, la mère crée une forme d’insistance qu’elle appuie par une série d’actions :

« La femme irrite, énerve, excite et calme l’homme. » Enfin, la gradation utilisée dans le cadre de l’emploi des trois premiers verbes est suivie d’une figure d’opposition perceptible à travers les deux verbes coordonnés « excite et calme ».

PRÉSENTATION DE « COEUR D’ARYENNE »

L’OEUVRE EN RÉSUMÉ

Coeur d’Aryenne est le premier texte littéraire de langue française en République du Congo. En précurseur, Jean Malonga y aborde des thèmes que d’autres auteurs ont développés après lui.

L’africanité culturelle, la cohabitation raciale, l’appartenance nationale, le statut de l’opprimé, la tolérance intercommunautaire font la base de la trame romanesque de Coeur d’Aryenne.

Cet ouvrage a été publié en 1953 et il a été réédité, soixante ans après, car considéré comme un livre de référence, témoignage sur une époque, document historique pouvant mieux éclairer l’avenir de la littérature des Afriques.

TROIS PRISES DE PAROLE, TROIS PRISES DE POSITION

Dans le cadre de cet extrait (extrait 2, lire page 32), se côtoient trois prises de parole qui résonnent comme des prises de position autour d’un thème central majeur : la cohabitation interraciale telle que décrite dans le roman de Malonga.

UN NARRATEUR IRONIQUE

Le premier paragraphe correspond à la position du narrateur.

Celui-ci rapporte les propos de deux protagonistes, mais ne manque pas de les commenter, cyniquement. Le narrateur insiste en effet sur le décalage entre les faits et la perception qu’en a le personnage qui refuse que sa fille côtoie un garçon d’une race autre que la sienne.

Ainsi, le fait banal de « laisser deux gamins ensemble » se transforme en acte « invraisemblable », un « grand crime, une atrocité sans nom », un « lèse-humanité aryenne ».

Le narrateur ne manque pas d’insister sur ce décalage en épousant la logique du père pour mieux la décrier. Ainsi, les deux enfants sont évoqués selon leurs couleurs de peau « la Blanche » et « le petit Nègre » ; l’une est décrite comme « une maîtresse » et l’autre comme un « vil objet ».

Quant au père, initiateur de cette vision raciste, le narrateur fait référence à sa bonté en la mettant entre guillemets, pour mieux la contester. Il est désigné, ironiquement, comme « l’apôtre de la fraternité humaine ».

LE RACISME ANCRE

La prise de parole du personnage du père, dans cet extrait, incarne la pensée raciste croyant en la suprématie blanche et appuyant la non-cohabitation entre les races. Monsieur Hux reproche à sa fille d’avoir été en pirogue avec « un petit Nègre tout sale ». L’ami de sa fille est décrit comme un être dangereux, sauvage, « une vermine » pouvant la « contaminer ». Quant à Solange, le père la voit comme « une maîtresse de tous les Nègres ». Le fait de ne pas « garder ses distances » avec son ami est rapporté par le père comme un acte invraisemblable et incompréhensible.

L’ESPOIR DE TOLERANCE

La réponse de la fille aux propos interloqués du père est rapportée comme l’expression « innocente » de la tolérance que celle-ci incarne. Solange défend son ami, met en avant ses qualités, sa fiabilité et son dévouement pour elle. « Il se couperait plutôt la main que de me voir souffrir », ne manque-t-elle pas de déclarer.

L’auteur choisit de faire incarner la cohabitation sereine entre les races et l’annihilation des considérations raciales par le personnage de la fille. Ce choix en dit long sur l’espoir que porte celui-ci quant au changement de mentalités et au renouvellement de l’état d’esprit rétrograde au profit d’une vision plus humaniste des différences.

EXTRAIT 1 LA LÉGENDE DE M’PFOUMOU MA MAZONO

Je constate que toi aussi, comme tous ceux de ton sexe, tu te fais une mauvaise opinion de la femme. Pour les hommes, la femme est une « force » inférieure. Oh ! je n’essayerai pas de te faire changer cette opinion établie depuis l’origine de la vie.

Je voudrais néanmoins te dire ce qu’en réalité nous sommes, nous les femmes dans la société, dans le temps et dans l’espace. Comme tu ne le sais certainement pas encore, je dois t’apprendre que, qui dit femme, dit Charme, Caresse, Ornement, Fleur, Consolation, Douceur et Paix.

La femme irrite, énerve, excite et calme l’homme et le console toujours dans ses moments les plus difficiles. Par son esthétique, sa faiblesse apparente, elle dirige le monde. Par un seul de ses regards, par son sourire ou son mécontentement, d’un seul geste, elle peut bouleverser ou consolider la société la mieux organisée, provoquer ou arrêter des assassinats et des guerres, susciter les héroïsmes les plus sublimes.

Elle peut annihiler la puissance de toute la Magie millénaire. Rien qu’avec une imposition de sa petite main – je ne peux t’en dire davantage – elle fait disparaître les effets nocifs du venin et du totem les plus redoutables. L’homme, épave passive, obéit à toutes ses fantaisies, à toutes ses excentricités.

Tout cela n’est encore rien en comparaison de ses attributs créateurs. Dans la procréation, la femme détient la plus grande responsabilité. L’incapacité génitrice de l’homme disparaît devant sa suprématie, parce que c’est encore elle qui est, généralement, félicitée ou critiquée dans la fécondité ou la stérilité du ménage. N’est-elle pas, en effet, le gîte, le foyer de l’oeuf géniteur ? Mère, elle est incontestablement l’agent intermédiaire entre « la Force Suprême » et la création. L’homme, lui, encore une fois, n’est ici que d’un apport secondaire pour la multiplication du genre humain. Qu’est-ce qu’il y a de plus divin, de plus grand et de plus beau que de créer ? La femme conçoit, ou si tu préfères elle crée en quelque sorte.

Pendant neuf mois, elle porte dans son sein, nourrit de son sang et de sa chaleur le foetus qui, une fois né, aura encore besoin de sa tendresse, de son lait, de ses soins les plus sublimes.

Avoue, mon fils, que la femme a un rôle de premier plan, presque égal à la « Force Suprême ». Pourquoi dans ces conditions, l’homme engendré et nourri par elle, qui lui doit tout, qui n’a qu’un rôle secondaire de soutien dans la famille, le clan, la traite-t-il en être insignifiant et inférieur ? Non la femme est autre chose qu’une force inférieure.

EXTRAIT 2 COEUR D’ARYENNE

Il paraît que cette insouciance invraisemblable de laisser deux enfants, deux gamins ensemble, surtout de race différente – une Blanche, c’est-à-dire une maîtresse, et un petit Nègre qui n’est autre chose qu’un vil objet – était un grand crime, une atrocité sans nom aux yeux du « bon » Père Hux. Comme cela se devait, il avait d’abord fait un sermon sentencieux à Solange, puni sévèrement Mambeké et averti les parents inconscients et coupables de ce lèse-humanité aryenne.

— Ma petite Solange, avait susurré l’apôtre de la fraternité humaine. Ma petite Solange, mais tu es extraordinaire. Comment oses-tu te faire conduire en pirogue par un petit Nègre tout sale ? N’as-tu pas peur de te voir jeter à l’eau par ce sauvage qui se régalera ensuite de ta chair si tendre ? N’as-tu pas peur de te contaminer de sa vermine ? Je ne te comprends pas, mon enfant.

Non, réellement, je ne peux pas arriver à te comprendre. Oublies-tu donc que tu es une Blanche, une maîtresse pour tous les Nègres, quels qu’ils soient ? Il faut savoir garder ses distances, que diable !

— Mais mon Père, avait essayé de protester l’innocente Solange. Mais, mon Père, Mambeké est un garçon très habile. Il manie la pagaie mieux que tous ceux de la factorerie. En outre, il est poli, correct, discipliné et ne m’a jamais rien dit de méchant. Il se couperait plutôt la main que de me voir souffrir. Je m’amuse énormément à son bord.

Télécharger PDF

Zinelabidine benaïssa, l’art de l’érudition accessible

 

Il était linguiste, spécialiste de grammaire historique et a tenté d’insuffler sa passion pour la langue française à des milliers d’étudiants tout au long de sa carrière à la Faculté des Lettres de la Manouba, à l’Université de Tunis I, en Tunisie. Cet éminent universitaire est décédé le 15 janvier. Retour sur le parcours d’un érudit pédagogue et passionné. Zinelabidine Benaïssa était, également, auteur de plusieurs ouvrages destinés au jeune public.

Dans ses contes et nouvelles, il a mis à l’honneur la nature, à travers la faune et la flore tunisiennes. Cet alchimiste des mots a en effet choisi comme cadre, pour l’ensemble de ses œuvres, la Tunisie, à travers plusieurs villes et paysages représentatifs de ce qu’il connaît de son pays, de ce qu’il y aime et de ce qu’il souhaite en faire aimer. Ce fervent défenseur de l’environnement a fondé l’association « Les amis du Belvédère » par le biais de laquelle sont menées de nombreuses actions en faveur de la protection de ce grand parc du centre de Tunis. C’était un passionné des espèces végétales et animales en voie d’extinction et un amoureux d’ornithologie.

Dans ses contes et nouvelles tels que : L’Île, le fils du vent, Zina et la loutre, Sloughi et la panthère, Ulysse et les délices de Djerba, Les mystères du Belvédère ou encore Les pigeons de l’Impasse Catherine, il est question de péripéties se déroulant dans une nature savamment décrite, relatées dans un style foisonnant et maîtrisé.

Personnalité connue pour ses qualités communicatives et son art de l’érudition accessible, il a réalisé, produit un contenu audio et vidéo ludique et didactique à travers lequel des notions complexes en lien avec la linguistique ont été abordées. Zinelabidine Benaïssa a œuvré, des années durant, au profit de la langue française, étudiant la pérégrination des sociolectes, analysant les interférences linguistiques, expliquant la « filiation » entre les vocables. Une vie consacrée aux mots et une passion vécue dans la générosité du partage et dans la bienveillante pédagogie.

Télécharger PDF

La caravane des dix mots – Prendre la route de la francophonie citoyenne

 

La Caravane des dix mots est une structure culturelle internationale qui agit en faveur d’une francophonie citoyenne. Elle s’est fixé pour mission de valoriser l’importance de la langue et d’appuyer son rôle dans la revendication de l’identité culturelle. En 2022, l’organisme a intégré différentes antennes et est, désormais, formé de 46 filiales d’utilité artistique et culturelle réparties sur 23 pays. Présentation en dix points.

Un objectif

La Caravane des dix mots vise à rendre l’accès à la langue française « égal » dans tout l’espace francophone.

À travers différentes actions culturelles, l’association prône « une francophonie des peuples » qui se réalise par le moyen de « l’appropriation de la langue par tous les citoyens ».

Les fondateurs et les ambassadeurs

Fondée en 2003 à Lyon par Thierry Auzer, musicien et comédien, la Caravane des dix mots s’est internationalisée à partir de 2005, rassemblant des artistes et citoyens francophones de tous bords. Des bénévoles apportent également leur contribution dans le cadre logistique afin de faire aboutir les différentes missions organisées. Forte, également, de ses nombreux ambassadeurs, la structure arrive à fédérer autour de la diversité culturelle francophone.

Les ateliers

Des ateliers ludiques qui s’adressent à des publics d’âges divers (enfants, ados, étudiants, grand public…). Ces animations participatives visent à nourrir échanges et réflexions, en tenant compte des spécificités culturelles des cadres dans lesquels elles se déroulent.

Les formations

Elles sont assurées par le biais d’actions qui ciblent le plurilinguisme et les rapports interculturels. Faites à la demande, elles s’adaptent aux besoins des publics cibles : professeurs des écoles, animateurs, bibliothécaires, éducateurs, enseignants de FLE…

Les projets

Chaque année, des dizaines d’équipes artistiques organisent sur des territoires francophones des cinq continents des projets qui mettent en avant la richesse culturelle et la diversité linguistique francophone.

Ces évènements sont l’occasion de rendre possible l’accès aux pratiques artistiques, en désenclavant les régions reculées.

Les forums internationaux

Espaces de rencontres entre artistes, porteurs de projets, linguistes, chercheurs et de personnalités reconnues pour leur engagement en faveur de la francophonie, ces forums génèrent échanges et réf lexions en vue d’aboutir à des propositions en lien avec la francophonie et ses enjeux, le plurilinguisme et la coopération.

Biennale des langues

Telle une exposition universelle, cet évènement s’articule autour de pavillons thématiques qui appréhendent les langues selon des prismes différents (culturel, philosophique, politique, sociologique, artistique, ludique…). Ces thèmes sont interprétés par des écrivains, des artistes, des dirigeants, et des professionnels et des citoyens de différents bords.

Des antennes labellisées

Des structures culturelles sont régulièrement intégrées dans la communauté caravanière. Point commun entre ces antennes présentes désormais dans 23 pays : la francophonie culturelle et citoyenne. En 2022, elles sont 46 caravanes à promouvoir la francophonie d’une manière inclusive et originale.

Des documents et des documentaires

La Caravane des dix mots édite des ouvrages, des courts-métrages et des documentaires mettant à l’honneur les mots et les approches mises en oeuvre en leur faveur par les différentes structures du réseau. Autant de plaidoyers en faveur d’une francophonie citoyenne.

La plateforme

Mise à disposition des professionnels de l’éducation, cette plateforme permet les échanges de pratiques pédagogiques, d’activités éducatives et de ressources en lien avec l’apprentissage. S’y trouvent également des témoignages d’enseignants et des récits d’expériences : www.caravane-onesime.com

Télécharger PDF