Une Intelligence artificielle éthique : Les actions de l’UNESCO

L’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture a mis en place un cadre normatif universel pour l’utilisation de l’Intelligence artificielle d’une manière éthique.  Un partenariat avec la Commission Européenne a été conclu dans ce cadre et un budget de 4 millions d’euros est alloué à l’application de ces dites recommandations. Le respect de la condition éthique est au centre de nombreuses initiatives menées par l’UNESCO.

Compte tenu de l’utilité qu’elle présente dans différents secteurs y compris la culture et l’éducation, l’intérêt pour l’intelligence artificielle ne cesse de croître.  Après une première édition ayant eu lieu en décembre 2022 en République Tchèque, se tient le Deuxième Forum mondial sur l’éthique de l’Intelligence artificielle en Slovénie en février 2024. Ceci s’intègre dans le cadre des efforts menés, depuis plusieurs années, par l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture (UNESCO) en faveur du développement de cette technologie dans tous les pays membres.

L’éthique comme socle commun

La condition éthique est un élément autour duquel plusieurs efforts sont menés dans l’objectif d’organiser l’usage de cette technologie polyvalente. L’essor que connait celle-ci et l’aspect diversifié et souvent expérimental peuvent instaurer une utilisation anarchique dépassant les normes éthiques. D’où l’intérêt de la mise en place d’un cadre réglementaire délimitant l’exploitation de l’AI et la faisant répondre à un cadre éthique.

Selon ces recommandations, profiter des avantages majeurs et appliquer cette utilisation à plusieurs secteurs d’activité se fera ainsi au moyen de garde-fous moraux se basant sur des valeurs comme la protection des droits de l’Homme et de la dignité, la transparence et l’équité.

L’initiative de l’UNESCO permet de mettre en place un instrument normatif mondial à la disposition de ses 193 Etats membres. A travers les recommandations qui le composent, les décideurs politiques disposent d’un support pratique pour transformer en actions, les principes fondamentaux en matière de gouvernance des données, environnement et écosystèmes, éducation et recherche, santé et bien-être social.

Ce cadre normatif repose sur quatre valeurs : respecter les droits de l’Hommes et la dignité humaine, vivre dans des sociétés pacifiques justes et indépendantes, assurer la diversité et l’inclusion et veiller à l’existence d’un environnement et des écosystèmes qui prospèrent.

Cette conception se veut dynamique afin de présenter des politiques évolutives au rythme des avancées technologiques, des mutations qu’elles imposent et des conséquences qui en résultent.

Les dix recommandations

Cette approche s’articule autour de dix principes fondamentaux :

  • Les principes de proportionnalité et innocuité : utilisation pour des buts légitimes en tenant compte des risques liés à l’utilisation.
  • La sûreté et la sécurité : Les acteurs de l’IA doivent garantir une utilisation sans préjudices liés à la sûreté ni vulnérabilité liée aux attaques et aux failles dans la sécurité.
  • Le droit au respect de la vie privée et protection des données : Des cadres de protection des données et des mécanismes de gouvernance appropriés doivent être mis en place dans les systèmes d’IA.
  • La gouvernance et la collaboration multipartites et adaptatives : L’utilisation des données doit se faire dans le respect du droit international et de la souveraineté nationale. Il est, dans ce cadre, recommandé, de faire en sorte que la gouvernance de l’IA s’opère d’une manière inclusive au moyen de la participation des différentes parties prenantes.
  • La responsabilité et la redevabilité : Il est préconisé que les systèmes d’IA soient vérifiables et traçables par le biais de mécanismes de surveillance et d’évaluation d’impact.
  • La transparence et l’explicabilité : Ces deux éléments doivent être adaptés au contexte pour trouver un équilibre approprié dans le cadre de l’utilisation.
  • La surveillance et les décisions humaines : Des personnes physiques ou des entités juridiques doivent porter les responsabilités physiques et juridiques lors de tous les stades du cycle de vie des systèmes d’IA.
  • La durabilité : Les technologies de l’IA devront être évaluées continuellement pour répondre aux objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies.
  • La sensibilisation et l’éducation : Il est important de garantir au public la compréhension du fonctionnement de cette technologie au moyen d’un engagement civique favorisant l’acquisition des compétences numériques, la formation à l’éthique de l’IA et l’éducation aux médias.
  • L’équité et la non-discrimination : Promouvoir la justice sociale, garantir l’équité, lutter contre les discriminations et veiller à l’inclusivité tels doivent être les engagements des acteurs de l’IA afin que les bénéfices liés à cette technologie soient accessibles à tous.

Un process au profit de tous

L’UNESCO définit en faveur des Etats membres onze domaines d’actions stratégiques dans le cadre desquels la prise en compte des valeurs précitées est essentielle : Economie et emploi, santé et bien-être social, évaluation de l’impact étique, gouvernance, politique des données, développement et coopération internationale, environnement et écosystème, genre, culture, éducation et recherche, communication et information.

Afin de faire en sorte que les potentialités que présente l’AI en matière d’éducation soient à la portée du plus grand nombre d’utilisateurs, l’UNESCO s’est engagée à aider les Etats membres dans ce sens. Ce support s’opère dans le cadre de l’agenda Education 2030 qui repose sur 17 objectifs de développement durable.

Deux méthodes pratiques ont été mises en place pour garantir la mise en œuvre effective de la recommandation :

  • Méthode d’évaluation de l’état de préparation : C’est un process dont les résultats aideront à placer les états membres sur une échelle de préparation à une mise en œuvre éthique et responsable de l’IA. Les résultats auxquels aboutira ce process permettront à l’UNESCO d’adapter les mesures de renforcement mises à la disposition des différents pays.

 

  • L’évaluation de l’impact éthique : Ce processus s’adresse aux équipes de projet d’IA pour qu’en collaboration avec les pays concernés, ils puissent évaluer les impacts des systèmes IA et envisager les préventions utiles.

 

Parmi les recommandations de l’UNESCO figure l’impératif d’assurer « l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et de promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie ». Cela permet d’asseoir une utilisation équitable de l’IA en faisant de ce progrès technologique un moyen pour annihiler les inégalités en matière d’accès à la connaissance. Inclusion et équité sont les priorités de cette vision se définissant comme humaniste et visant une pratique innovante en matière d’enseignement et d’apprentissage.

Les lignes directrices de cette approche ont été détaillées en marge du Consensus de Beijing (document final de la Conférence internationale sur l’intelligence artificielle), dans le cadre d’une publication intitulée « AI et éducation ; Guide pour les décideurs politiques ».

Une série d’initiatives 

Par ailleurs, l’UNESCO a mis en place une plateforme collaborative (Women4Ethical AI) qui se définit comme un réseau de femmes pour une IA éthique. Le but de cette démarche est d’aider les gouvernements et les entreprises à atteindre l’égalité des genres dans la conception et dans le déploiement de cette technologie. Dix-sept expertes en IA mettront en place un référentiel de bonnes pratiques. Cette plateforme se basera sur le développement d’algorithmes non discriminatoires et œuvrera à l’accessibilité de la technologie à des filles, des femmes et des groupes dits sous-représentés. Les dix-sept femmes en charge de cette plateforme viennent de domaines professionnels différents : enseignement supérieur, société civile, secteur privé, organismes de régulation.

En outre, l’UNESCO a lancé une initiative de collaboration entre ses services spécialisés et des entreprises opérant dans le domaine de l’IA en Amérique latine. Il s’agit du Conseil ibéro-américain des entreprises pour l’éthique de l’IA, un cercle constitué comme un lieu d’échange d’expériences et d’exploration de pistes de collaboration. Au centre de ces objectifs : les pratiques éthiques au sein de cette industrie. Ce rassemblement actuellement présidé par Microsoft et Telefonica mettra en œuvre des moyens techniques afin de concevoir et diffuser un outil d’évaluation de l’impact éthique de l’IA. Il entend aussi participer à la mise en place de réglementations régionales dites intelligentes et ce pour favoriser l’implémentation d’un environnement compétitif en matière de technologie mais aussi en matière de responsabilité et d’éthique.

L’UNESCO et la Commission européenne ont signé un accord pour accélérer la mise en œuvre des recommandations en faveur de l’utilisation éthique de l’IA. Ce cadre normatif sera ainsi appliqué dans les pays membres. Trente ont déjà commencé à légiférer sur la base de ces recommandations pour que l’intelligence artificielle respecte les libertés et bénéficie à tous.

Afin d’accompagner les pays à faibles revenus dans le cadre de leurs législations nationales en faveur d’une utilisation éthique de l’IA, un budget de 4 millions d’euros a été alloué. De nombreuses initiatives bénéficieront de financements dans ce cadre. Parmi elles, le projet « Experts en éthique de l’IA sans frontières ». La vocation de ce regroupement est de fournir un appui et des conseils à la demande et de façon adaptée aux politiques publiques pour que les institutions des Etats membres puissent appliquer l’ensemble des recommandations.

Pour que cette pratique puisse être généralisée et pour qu’elle puisse être évolutive, l’UNESCO projette d’organiser un forum mondial pour réunir de manière annuelle les acteurs du domaine de l’IA.

Télécharger PDF

LE PODCAST : Trois exemples au féminin

Le podcast, format journalistique en vogue, connait un grand essor et s’adapte aux différents domaines qui attirent l’intérêt des auditeurs. Du nord au sud, il connait une large expansion en matière de sujets abordés et un intérêt croissant de la part du public.

Topologie d’un média numérique

Proche du contenu radiophonique mais avec une adaptation au monde digital et à ses poncifs, le podcast était adopté en 2019 par 274 millions de personnes, 464 millions en 2023 et enregistre une prévision pour 2024 à plus de 504 millions d’auditeurs (Source : Statista).

Il existe, selon des études récentes du marché, 2,4 millions de podcasts produits et 66 millions d’épisodes. Un chiff re qui était bien en-deçà de cela en 2021 avec 600 mille productions. Parmi les pays où ce genre prospère, on retrouve l’Amérique du Nord, l’Amérique latine et l’Europe de l’Ouest. En France, ils sont 17,6 millions d’utilisateurs à adopter ce média avec une hausse de 17% par année. Les sujets les plus suivis sont la culture, la société, les sciences et les actualités.

Présents sur le marché en Afrique depuis plusieurs années, ce média numérique a enregistré une augmentation rapide entre 2017 et 2023, selon une étude menée par Africa Podfest. Cet essor est dû à l’évolution de l’utilisation de smartphones et à la connectivité expansive à internet. Les plus grands marchés du continent sont l’Afrique du Sud, le Nigéria et le Kenya.

Ces productions qui font partie intégrante du paysage médiatique ajoutent de la valeur aux contenus créés. Elles sont soutenues financièrement mais également par les créateurs eux-mêmes à travers des rassemblements réguliers et un eff ort de la communauté active dans ce secteur. Cette alternative aux médias classiques revêt un aspect informatif, éducatif et divertissant et s’impose désormais comme un média infl uent.

Essor du média alternatif

En Afrique du Nord, le format n’est pas encore très présent et son modèle économique n’est pas encore bien établi. En Tunisie, il existe une soixantaine de podcasteurs.

Parmi la communauté des podcasteurs, on retrouve Raouia Khedher. Dans ses podcasts intitulés « Khedma ndhifa », cette animatrice radio met en avant des métiers et des savoir-faire à travers des profils professionnels qui les représentent.

Elle a fondé un festival dédié aux podcasts pour que soient mieux connues du public ces nouvelles productions audio. Cet événement a permis d’en rassembler quelques-uns autour d’une initiative fédératrice qui a permis de lancer le débat autour des difficultés entravant l’évolution de ce créneau mais aussi de mettre en lumières les eff orts menés pour susciter l’intérêt du public. Au programme de cet événement, ateliers, conférences, séances de networking et une volonté de faire émerger, aux yeux du grand public, un média alternatif et méritant.

Pami les podcasteuses tunisiennes, on retrouve, également, Nawel Bizid, animatrice télé et chroniqueuse radio qui a lancé un podcast dans lequel elle aborde des sujets souvent jugés tabous dans son pays. Dans une ambiance intimiste et face à des invités à la parole libérée, elle mène des interviews dans lesquels elle place la santé mentale au centre des échanges.

Ce choix a été fait sur la base d’une expérience personnelle pour celle qui est passée par une dépression aigüe et qui a connu le mal-être de certains jeunes de son âge dans une Tunisie postrévolutionnaire et après l’épreuve Covid. Au fur et à mesure des épisodes, Nawel parle et fait parler ses invités de deuil, de sexualité, de dépressions…

Un des derniers nés des podcasts tunisiens est Nawart, une série de podcasts et vidéos dans lesquels Zeineb Melki échange avec des personnalités actives dans différents secteurs dans le cadre d’une immersion au cœur d’expériences humaines inspirantes. Les rencontres sont jalonnées par les interventions de l’intervieweuse à travers des questions à connotation psychologique et existentielle. L’intitulé choisi (formule d’accueil signifi ant la présence lumineuse et radieuse) et la ligne éditoriale dénotent la bienveillance. Cette production est imprégnée de la touche de Zeineb Melki, personnalité médiatique tunisienne qui, au fur et à mesure de ses expériences professionnelles, s’est imposée avec un style propre à elle. Animatrice radio et télévision, elle s’est fait connaître à travers son approche bienveillante et orientée vers des productions qualitatives et innovantes.

Pour elle « le podcast Nawart est bien plus qu’un simple projet audio : c’est une invitation à plonger au cœur des récits qui méritent d’être entendus, car, en chacun de nous, réside une multitude d’expériences et d’histoires extraordinaires ».

Télécharger PDF

A lire: Quand le livre insuffle des valeurs

Conversations féminines : Un livre pour arracher sa place

Conversations féminines est un livre de Zoubida Fall édité chez Saaraba et réalisé à partir des podcasts dans lesquels elle avait pour invitées des Sénégalaises de tous bords.

L’auteure présente 17 profils féminins à travers les entretiens qu’elle a menés avec elles. On retrouve dans cette sélection : l’économiste Thiaba Camara Sy, la chercheuse Coumba Touré, la cinéaste Fatou Kandé Sengor, la styliste Oumou Sy, la journaliste Diatou cissé, l’animatrice radio et productrice Maïmouna Dembellé, la militante féministe Marie-Angélique Savané, l’auteure Fatima Faye, l’étudiante et jeune Ndeye Dieumb Tall, l’ancienne secrétaire générale de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest Fatimatou Zahra Diop, l’historienne et militante Penda Mbow, la sociologue Marema Touré Thiam, l’universitaire Marame Gueye, l’actrice Marie-Madeleine Diallo et la sociologue Fatou Sow.

Chaque profil a ses spécificités mais pourrait, à travers les valeurs qu’il reflète, être impactant pour d’autres femmes.

Tel est l’objectif de l’auteure qui a choisi comme sous-titre à son ouvrage : « Des places assignées à celles arrachées ».

A travers les récits des parcours souvent laborieux de ces femmes, la productrice de podcasts a fait un livre inspirant pour de nombreuses femmes que la société conditionne dans des rôles qu’elles souhaitent dépasser.

« Je suis nostalgique d’un temps que je ne connaîtrai jamais… Et c’est la genèse même de Conversations Féminines, podcast où j’ai voulu transmettre ce que d’autres femmes comme moi ont à dire au delà de ce qu’elles montrent, et présenter de « nouveaux » modèles féminins aux générations de femmes actuelles et futures », écrit Zoubida Fall .

Mettant en avant la persévérance, la résilience et le pouvoir de l’ambition, ce livre dresse un portrait commun aux femmes que l’on y retrouve faisant de la volonté une clé de réussite pouvant faire bouger les visions sociales les plus immuables.

Veiller sur Elle : Un Goncourt pour couronner le talent de Jean-Baptiste Andrea

Veiller sur elle de Jean-Baptiste Andrea publié aux Editions L’Iconoclaste a obtenu le Prix Goncourt 2023.

Dans ce roman, l’auteur dresse une trame romanesque ayant pour jalons les grands événements du XXème siècle dont le fascisme. Dans une Italie qui connaît son épisode historique le plus marquant, deux âmes se rencontrent d’une manière inattendue mais sublime.

Mimo, personnage pauvre ayant de l’or entre les mains : la sculpture et Viola Orsini, héritière d’une famille aisée. L’un est un nain qui apprend son métier et aiguise son talent aux côtés d’un oncle qui le maltraite et l’autre est une aristocrate dotée d’une ambition dépassant le confort de son statut.

Des passions antagonistes prennent naissance tout au long du roman et consacrent le côté fantastique des rencontres attractives.

Jean-Baptiste Andréa n’en est pas à sa première consécration. Ses livres ont obtenu plusieurs prix dont : le Prix Fémina des lycéens et le Prix des lycéens Folio pour « Ma reine », le Prix des lecteurs Privat pour « Cent millions d’années et un jour », le Grand Prix RTL-Lire et le Prix Etonnants voyageurs pour « Des diables et des saints » …

L’auteur primé est aussi scénariste et réalisateur récompensé plusieurs fois pour Dead End, film dont il est le scénariste et le coréalisateur.

Makasi : Les aventures d’un héros prometteur

Les aventures de Makasi : Un petit enfant peureux est un livre pour enfants écrit par Trycia Nyota Van Den Berg. L’auteure est économiste de formation. Elle est experte en intelligence stratégique et travaille dans le secteur diplomatique. Un univers bien loin de celui du livre vers lequel elle s’est orientée par passion pour l’écrit et par intérêt pour l’éducation.

Dans ce livre, elle a choisi de mettre en lumière la peur chez l’enfant, les blocages qu’elle génère et le bien que l’on récolte une fois celle-ci dépassée. Elle a choisi pour son héros un prénom signifiant fort et courageux, par antagonisme avec son état d’esprit initial.

En effet, le petit garçon semble, selon les situations décrites, ne pas avoir confiance en lui-même et avoir des peurs, en apparence, insurmontables. C’est en décidant d’aller à la découverte de la savane, qu’il affronte les objets de ses peurs et découvre la manière de les gérer au contact des personnages qu’il y rencontre. Un parcours initiatique s’opère dans ce livre. Il est le résultat de partages d’expériences et de travail sur soi.

Trycia Nyota Van Den Berg expose, à travers ce récit, une notion qu’elle a développée dans le cadre de son programme de coaching en neurosciences motivationnelles : le Yohali, cet art d’être soi et de savoir percevoir le monde.

L’aventure de Makasi existe également en version audio avec des incrustations musicales. C’est un ouvrage qui a été réalisé comme un projet familial : illustré par l’auteure, coécrit avec le fils, composé musicalement par le conjoint.

Compte tenu de l’engouement que connaît ce livre, l’idée d’autres aventures de Makasi fait partie des projets de Trycia Nyota Van Den Berg.

Eva, capitaine, un récit pour inspirer la détermination

Capitaine Eva championne d’Afrique est un récit de courage et de persévérance au féminin. Son auteure Marie-Alix de Putter y relate les aventures d’une fille passionnée de football et dont le talent la fait accéder au poste de capitaine de son équipe.

Confrontée à l’échec et aux doutes, celle-ci vit une remise en question. La tournure psychologique de ce récit met l’accent sur l’importance de qualités comme la persévérance et de valeurs comme la confiance en soi à développer pour réussir et pour dépasser les obstacles y compris ceux qui naissent en soi.

Cette aventure est le deuxième opus d’un focus porté sur un personnage atypique par ses choix. Eva va, en effet, à l’encontre du conventionnel et quand sa détermination à le faire est mise à mal, ses réactions deviennent une leçon pour d’autres filles qui, comme elle, sont confrontées au poids de la convention et des blocages psychologiques qu’elle génère.

L’auteure est une écrivaine et conférencière franco-camerounaise. Elle a publié d’autres ouvrages pour jeune public mettant en avant des profils africains et féminins. Elle est également investie dans des projets de nature sociale et psychologique (société civile et santé mentale).

La narration est accompagnée d’illustrations réalisées par Samuel Koffi, designer, illustrateur et directeur artistique diplômé de l’Ecole des beaux-arts d’Abidjan.

Capitaine Eva est conçu comme un récit d’aventures « qui rappelle que chaque cœur, quel que soit son genre et son âge, peut battre au rythme des rêves réalisables malgré les « malgré », d’après son auteure ».

Télécharger PDF

Aimé Césaire : « À ma mère » L’hommage originel

Biographie

Le poète Aimé Césaire est né le 26 juin 1913 en Martinique d’un père fonctionnaire et d’une mère couturière.

Durant ses études à Paris au lycée Louis-Le-Grand, il a fait la rencontre de Léopold Senghor, le grand poète et homme politique sénégalais. Il a découvert, également, à travers ses rencontres estudiantines, ce que plusieurs de ses compatriotes de culture vivent comme de l’oppression culturelle visant à l’assimilation.

C’est dans ce contexte que se sont développées les idées fondatrices de la négritude, dont il est devenu l’un des chefs de file.

Également engagé en politique, Césaire a été député puis maire de Fort-de-France. Il a aussi été président du Conseil régional de la Martinique.

Aimé Césaire est à la fois poète, dramaturge et essayiste. Il a à son actif des dizaines d’œuvres, dont : 10 recueils de poèmes, 4 pièces de théâtre, 5 essais.

À ma mère

Ma mère ne s’opposait à rien
Elle était accueil
Elle était comme la lune
Qui accueille la lumière du soleil…

Ma mère souriait à la vie
Je l’ai vue sourire…
Elle apprenait avec patience à se faire à tout :
Elle tâchait de se tirer des misères
Que lui réservait l’existence…

Elle communiait aux joies.
Elle avait appris de sa mère, ma grand-mère,
Que la vie est un don,
Un don que l’on reçoit
Un don qu’il faut entretenir,
Un don qu’il faut communiquer…

Elle ne travaillait pas pour s’enrichir
Elle travaillait pour vivre…
Vivre pour elle, c’était marcher avec mon père.
Elle faisait tout pour se montrer digne de son mari…

Elle entreprenait tout
Pour se montrer digne de ses enfants…
Quand il s’agissait de rendre heureux
Elle ne calculait pas

Aimé Césaire, poète antillais 1913-2008

Dans ce poème, Césaire fait l’éloge de sa mère. Il la décrit et relate le parcours de sa vie, il l’évoque à travers ses croyances, son héritage culturel et le souvenir qu’il a gardé d’elle. Le titre choisi fait de ce poème une lettre conçue comme un hommage à la figure maternelle.

La mère, l’incarnation de la perfection

Le poème s’ouvre sur une phrase négative : « Ma mère ne s’opposait à rien ». Le poète choisit de présenter sa mère en ne se contentant pas de ses qualités et de ses actions mais en faisant part de ce qu’elle n’est pas et de ce qu’elle ne fait pas.

Deux autres phrases négatives sont utilisées : « Elle ne travaillait pas pour s’enrichir », « Elle ne calculait pas ». Tout au long des vers suivants, le poète opte pour un style argumentatif et procède à la description de sa mère et de la conception qu’elle a de la vie.

Pour cela, plusieurs figures de style sont employées. La métaphore : « Elle était accueil ». La comparaison : « Elle était comme la lune / Qui accueille la lumière du soleil… » Et l’emphase, présente à travers le recours à « tout » : « Elle apprenait avec patience à se faire à tout », « Elle faisait tout pour se montrer digne de son mari », « Elle entreprenait tout ».

Le poète recourt à des images donnant à sa mère un aspect surnaturel. Il l’assimile à un astre et la dote de caractère presque divin : « Elle était accueil ». Il alterne entre l’éloge de l’exceptionnel qu’elle porte en elle et sa manière de la percevoir au quotidien. L’affirmation « Je l’ai vue sourire » intervient à la deuxième strophe comme une preuve de l’image métaphorique qui la précède : « Ma mère souriait à la vie ».

Selon le poète, sa mère entreprenait un rapport spirituel avec la vie et ce qu’elle présente de plaisant : « Elle communiait aux joies ». Il explique l’origine de ce savoir-faire exceptionnel : l’héritage maternel. Cette capacité à entrer en communion avec le bonheur a été inculquée à la mère par sa mère à elle, comme un don exceptionnel qui se transmet d’une génération à une autre et dont l’essence est : concevoir la vie comme un don, « Un don que l’on reçoit / Un don qu’il faut entretenir, / Un don qu’il faut communiquer… ». L’existence en devient, selon cette conception familiale, un privilège qui ne se vit pas dans la passivité, mais qui s’apprécie à travers le soin qu’on y accorde et le plaisir qu’on a à le partager.

La mère, image du sacrifice et de la résilience

Outre son caractère exceptionnel, la mère du poète est décrite à travers sa capacité à dépasser les problèmes et sa manière d’appréhender son quotidien et ses relations avec sa famille.

En effet, cette mère ferait preuve de résilience face aux difficultés :

« Elle apprenait avec patience à se faire à tout : / Elle tâchait de se tirer des misères / Que lui réservait l’existence… »

Elle est également proche de sa famille et consacre son quotidien à l’entretien de sa relation avec les membres qui la composent : « Vivre pour elle, c’était marcher avec mon père. »

Toutefois, le poète relève que sa mère était fascinée par son mari et que, malgré toutes ses qualités, elle manifestait à l’égard de celui-ci une forte admiration la poussant à faire « tout pour se montrer digne » de lui et de ses enfants.

Cette manière d’appréhender sa propre existence illustre certes le dévouement de cette mère pour sa famille, mais dénote, comme le marque le poète à deux reprises, d’un sens presque excessif du sacrifice de soi.

Télécharger PDF

YASMINA KHADRA « LES VERTUEUX »

A propos de l’auteur :

Yasmina Khadra est un écrivain algérien ayant à son actif près de 20 ouvrages.  Cet ancien militaire (commandant de l’armée algérienne à la retraite) a préféré utiliser plusieurs pseudonymes afin d’échapper à la censure militaire. Il a utilisé celui de Yasmina Khadra pour son premier roman édité en France, Morituri, en 1997 et a fait le choix d’adopter ce pseudonyme composé des deux prénoms de son épouse et d’en faire son nom de plume officiel. L’auteur explique ce choix comme suit : « Mon épouse m’a soutenu et m’a permis de surmonter toutes les épreuves qui ont jalonné ma vie. En portant ses prénoms comme des lauriers, c’est ma façon de lui rester redevable. Sans elle, j’aurais abandonné. C’est elle qui m’a donné le courage de transgresser les interdits. Lorsque je lui ai parlé de la censure militaire, elle s’est portée volontaire pour signer à ma place mes contrats d’édition et m’a dit cette phrase qui restera biblique pour moi : “Tu m’as donné ton nom pour la vie. Je te donne le mien pour la postérité” »

Par ailleurs, il est à noter, que choisir un pseudonyme féminin constitue, dans le milieu d’origine de l’auteur, un acte surprenant et subversif, perçu comme une manière de déclarer, à la femme, son respect et son engagement envers ses causes.

C’est en 2001, l’année lors de laquelle il s’installe en France avec sa famille, que l’auteur choisit de dévoiler sa vraie identité à travers son roman autobiographique L’Ecrivain (signé donc Mohammed Moulessehoul).

Son oeuvre

Khadra a publié une série de romans ( qui se compose de quatre titres : Morituri, Double blanc, L’automne et La Part du mort ) qui mettait en scène la société algérienne et la sphère du pouvoir et qui lui a valu une renommée internationale. On y retrouve un commissaire qui enquête sur des affaires délicates et qui dévoile les affres du fanatisme qui rongeait l’Algérie.

Dans un autre corpus romanesque, Khadra aborde les rapports Orient/ Occident. Dans Les hirondelles de Kaboul, L’Attentat et Les Sirènes de Baghdad, les faits transportent le lecteur en Afghanistan, en Israël et en Irak et dresse. On trouve, dans ces romans, en trame de fond, le rapport à l’altérité culturelle, idéologique et politique.

Khadra a écrit en 2015, La Dernière nuit du Raïs, dont le narrateur est l’ancien président Libyen Kadhafi. Il y fait cohabiter le réalisme et la fiction et choisit un prisme particulier pour le retour sur les faits politiques ayant marqué l’histoire contemporaine.

En 2016, il a publié Dieu n’habite pas la Havane, sujet à des controverses de la part des critiques littéraires.

Les livres de Yasmina Khadra ont permis de faire rayonner la littérature francophone dans de nombreux pays et ont atteint un lectorat international, grâce aux traductions en plus de cinquante langues. Ils ont été adaptés, au cinéma, au théâtre, en bandes dessinées et même en chorégraphies.

Outre ses productions littéraires, Khadra a été co-scénariste pour le cinéma avec le film La Route d’Istanbul du cinéaste Rachid Bouchareb. Il a été directeur d’une collection au sein d’une maison d’édition spécialisée dans le Polar « Après la lune ».

Il a dirigé pendant six ans le Centre culturel algérien à Paris.

En 2011, l’Institut de France lui a accordé, sur proposition de l’Académie française, le Prix de littérature Henri-Gal pour l’ensemble de son œuvre. Lui ont également été décernés des Prix dans plusieurs pays comme : Prix Baobab de littérature en Côte d’Ivoire (2021), Le Grand Prix des Belles-lettres au Cameroun (2018), le Prix Dérochères au Canada (2010), le Prix de la Société des gens de lettres aux Etats-Unis….

Yasmina Khadra a été nommé au Grade de Chevalier de la Légion d’honneur en 2008, officier de l’Ordre des Arts et des Lettres par le ministère de la culture en France.

A propos de l’œuvre : Les Vertueux

Yasmina Khadra revient, dans ce roman publié en 2022, sur un pan marquant de l’Histoire algérienne de l’entre-deux-guerres, à travers le récit de son personnage, Yacine, ayant été aux combats lors de la première Guerre mondiale et pour qui le retour au pays s’annonce bouleversant. Sur fond de faits historiques revisités à travers la psyché de son personnage, l’auteur réexplore des valeurs humaines comme l’amour de son prochain, l’amour de son pays, le pardon et des notions comme le destin ou la fatalité. Il retrace un parcours historique jalonné d’événements marquants et déclare, à ce propos : « Je mets la fiction au service d’une possible réalité ».

Le contexte romanesque :

Yacine, est berger au sud de l’Algérie. Sa vie change quand il est appelé par le Caïd à passer un pacte avec lui : aller faire la guerre au nom du fils du dignitaire et recevoir en échange une ferme et une protection pour sa famille. Après le récit des combats de 1914, s’opère un retour inattendu au pays. Le soldat découvre qu’il a été dupé et se retrouve confronté à des épreuves majeures. Une épopée intérieure qui donne lieu à des réflexions et un cheminement vers la sagesse.

Extrait 1 :

« Le soir se coucha sur la plaine, furtif comme un voleur. Autour de moi, taupes effarouchées, mes camarades se terraient. Ils pensaient avoir connu le pire avec la tempête de la traversée et s’apercevaient que la furie des hommes était nettement plus terrifiante que celle des éléments.

Je guettai un crissement dans le ciel, ou bien une explosion. Rien. L’ennemi se retranchait derrière ses lignes et faisait celui qui n’était pas là. De notre côté, les officiers attendaient qu’une estafette leur apportât les instructions de la hiérarchie. En vain. Qu’attendaient-ils vraiment ? De ramener de nouveau l’enfer du ciel sur terre ?

Devant moi, agonisait une plaine qui aurait inspiré mille poètes et mille amours précoces. Les oiseaux se taisaient au creux des peupliers. Bientôt notre sang tracerait des ruisseaux dans l’empreinte de nos pas et nous disparaîtrions en même temps que nos cris. C’était absurde. Plus je découvrais en accéléré les réalités complexes du monde moderne, moins j’étais sûr de vouloir écarter mes œillères. Je n’arrêtais pas de traverser le miroir, dans les deux sens. Tout allait trop vite pour moi ; la moindre découverte me prenait au dépourvu. Là-bas, dans mon douar, le monde était si petit que j’aurais pu le contenir dans le creux de ma main. Je ne risquais pas de me perdre. Toutes les questions étaient réglées. On ne se les posait pas puisqu’on avait la réponse : on ne rattrape pas la comète. Chacun assumait son malheur et attendait du ciel autre chose qu’un obus. Mais ici, au milieu de l’immense gâchis défigurant la plaine, j’étais complètement perdu.

Nous n’avons pas fermé l’œil de la nuit. Aux aguets. Les nerfs tendus. Le souffle coupé. Les oreilles susceptibles. Le moindre bruit nous raidissait. De temps à autre, des fusées éclairantes illuminaient la plaine. Elles descendaient doucement en dispersant sur le sol une multitude d’hallucinations. Certains d’entre nous croyaient déceler des silhouettes et ouvraient le feu. Pas un cri. Pas une riposte ; un vent vétilleux errait au milieu des cratères, exacerbant notre nervosité. »

Les vertueux, Mialet-Barrault Editeurs, 2022, pages 86 et 87.

Dans cet extrait, le narrateur des Vertueux opère une réflexion sur l’expérience du combat. On y retrouve sa vision et celle que semblent avoir ses « camarades » des champs de bataille. La subjectivité de ce prisme se traduit, d’emblée, par des figures de style comme la comparaison expliquant le rapport à la temporalité : « le soir (…) furtif comme un voleur », la métaphore évoquant la peur des camarades assimilés à « des taupes effarouchées » ou encore la métaphore filée accentuant cette idée de terreur : « mes camarades se terraient. ».

Les soldats dépassés

Le narrateur recourt à la comparaison pour commenter la capacité humaine à produire le mal. Celle-ci dépasserait la force de la nature ( « la furie des hommes était nettement plus terrifiante que celle des éléments »). Face à ce déchaînement de violence, les soldats se retrouvent désemparés. Ce sentiment est décrit à travers l’opposition entre l’aspect prosaïque du mot « estafette » et l’aspect révérencieux et formel des « instructions de la hiérarchie » que les amis du narrateur semblent guetter (« les officiers attendaient qu’une estafette leur apportât les instructions de la hiérarchie »).

Afin de mimer, par les mots, le désespoir auquel les troupes sont confrontées, le narrateur utilise des phrases courtes (« En vain. », « Rien. », « C’était absurde. », « Pas un cri. ») sonnant comme un acte de désespoir face aux combats. Le choix des formules interrogatives (questions oratoires) dans cette phrase et dans celle qui la précède (« Qu’attendaient-ils vraiment ?») démontre l’absurdité des attentes des soldats et, par ricochet, l’absurdité de leur combat.

La puissance fatale

Le narrateur opte, dans certains passages de cet extrait, pour une tonalité poétique dénotant le décalage entre ses pensées et la réalité qu’il a à affronter, avec ses camarades. On retrouve, ainsi, le lexique de la nature et du romantisme dans la personnification du champ de bataille décrit comme une plaine qui « agonisait » et qui est assimilée à une muse inspiratrice de poésie et de sentiments amoureux (« Devant moi, agonisait une plaine qui aurait inspiré mille poètes et mille amours précoces. »). Le champ lexical de la nature est, également, présent à travers l’emploi de mots comme : « les oiseaux », « des peupliers ».

Cet usage se poursuit mais d’une manière plus tragique avec l’évocation du « sang » qui coulerait comme « un ruisseau » et des soldats qui disparaitraient « en même temps que leurs cris », une expression de simultanéité dotant, la mort dans la souffrance, d’une extrême théâtralité.

Succède à l’affirmation du sentiment de perdition du narrateur, une série de dualités (composées d’un groupe nominal et d’un adjectif) et de parallélismes : « Les nerfs tendus. Le souffle coupé. Les oreilles susceptibles. ». Décrivant ainsi l’état d’esprit des soldats dont il fait partie, le narrateur donne aux fusées que les troupes aperçoivent, un pouvoir surnaturel (elles sont « éclairantes », illuminatrices et capables de « disperser sur le sol une multitude d’hallucinations »). Il détaille ensuite cette notion de délire lié à l’expérience du combat ; un combat faisant perdre aux soldats tout discernement.

La candeur assumée

Revenant sur le décalage entre sa vision du monde et la réalité qu’il affronte dans cette nouvelle vie qui s’impose à lui, le narrateur affirme sa détermination de garder « ses œillères ». Il admet sa volonté de maintenir le prisme à travers lequel il perçoit la vie, même si cela est candide et biaisé. Ce décalage est accentué par l’opposition, au sein de la même phrase, entre deux extrêmes : « plus » et « moins » (« Plus je découvrais en accéléré les réalités complexes du monde moderne, moins j’étais sûr de vouloir écarter mes œillères »). Des allusions à la temporalité permettent de marquer la manière dont le narrateur perçoit son expérience du combat (« en accéléré », « tout allait trop vite »). Par ailleurs, l’expression « traverser le miroir, dans les deux sens » est comme utilisée au sens propre et au sens figuré, marquant ainsi le fait de passer d’un côté à l’autre, mais aussi de franchir le temps et les époques.

Dans ce passage, le narrateur explore son mal-être et en cherche l’origine. Il la trouve dans ce gap qui sépare l’immense champ de bataille et son petit monde, désigné par l’adverbe « là-bas », et par la formule marquant la tendre possession « mon douar ». De sa terre originelle, le narrateur fait une description exagérée, celle d’un objet qui tiendrait au « creux d’une main », d’un microcosme où nul ne se perd, où il n’y a pas de place aux questions et où il n’y a que des évidences (« Toutes les questions étaient réglées. On ne se les posait pas puisqu’on avait la réponse »).

A la manière de Voltaire, l’auteur brosse un portrait mental de son personnage rappelant celui de Candide. Cette intertextualité est d’autant plus marquée que l’auteur donne écho à une de ses propres citations que l’on retrouve dans son roman Ce que le jour doit à la nuit : « Un jour, sans doute, on pourrait rattraper une comète, mais qui vient à laisser filer la vraie chance de sa vie, toutes les gloires de la terre ne sauraient l’en consoler »). A cette affirmation sentencieuse, le narrateur des Vertueux répond « on ne rattrape pas la comète ».

Malgré ces affirmations, le narrateur avoue son égarement face à cette tragédie dont l’ampleur dépasse la résignation et le fatalisme qui lui est inhérent (« Chacun assumait son malheur et attendait du ciel autre chose qu’un obus. Mais ici, au milieu de l’immense gâchis défigurant la plaine, j’étais complètement perdu »).

En bonus lecture :

Extrait 2 :

« – Je n’arrive pas à croire que c’est terminé, me confia-t-il. Chaque matin, au réveil, je me pince. Dans mes sommeils, je suis en guerre toutes les nuits, puis j’ouvre les yeux et je me dis, comment t’as fait pour t’en être sorti, Sid ? C’est bien toi, Sid, tu ne serais pas en train de rêver ?

– Tu crois qu’il y aura d’autres guerres de notre vivant ?

– C’est dans la nature humaine. Chaque génération réclame sa part de la tragédie, disait un vieux savant de chez nous. Rien ne s’achève, en vrai. On pense que c’est derrière soi, puis on réalise qu’on est revenus à la case départ pour repartir de plus belle pour de nouvelles déconfitures.

Il leva les yeux sur la côte que l’on devinait à peine au loin.

– Adieu, la France. On te dit belle, mais on n’a eu droit qu’au mal qui te défigurait. Quand tu auras retrouvé tes couleurs, je reviendrai, je te le promets. J’irai voir la Tour Eiffel et manger dans tes brasseries. Je lèverai mon verre aux morts et aux vivants et je me soûlerai jusqu’à prendre un cochon pour un éléphant rose. Puis j’irai trouver Appoline pour lui prouver que je suis un homme de parole, que son Turco ne lui a pas menti.

– Les Turcos, dis-je, la gorge serrée. Tu penses que l’on se souviendra de nous ?

– Certains, sans doute, d’autres pas, et ceux-là seront nombreux.

– Nous nous sommes battus avec la même bravoure, tirailleurs, zouaves, Sénégalais, Français, Indiens, tous comme des frères, pour l’honneur et la liberté.

– Tout le monde le sait, Hamza.

– Alors pourquoi ne se souviendrait-on pas de nous autres ?

– Parce que c’est comme ça. Si nous avons été égaux dans le martyre, l’Histoire ne retiendra que les héros qui l’arrangent. »

Les vertueux, Mialet-Barrault Editeurs, 2022, pages 144 et 145.

Télécharger PDF

Emna Ben Jemaa, lauréate du prix du meilleur pilote au projet Intajat Jadida

Emna Ben Jemaa a obtenu le prix du meilleur pilote pour son émission digitale « on échange ». Son pilote a été jugée par le jury comme étant « une proposition éditoriale très complète, déclinée et adaptée aux usages des plateformes avec une bonne stratégie 360. »

Qualifié de « très impressionnant », ce contenu vidéo a été réalisé sous l’égide de l’agence française de développement médias, CFI, dans le cadre du projet Intajat jadida (Nouvelles productions) auquel ont pris part 12 candidats créateurs de contenus de la région Mena. Il consiste en plusieurs formats de vidéos pensés et réalisés par la gagnante. Ceux -ci sont réfléchis d’une manière spécifique et selon les normes exigées pour l’efficience de la visibilité sur : YouTube (format long), Instagram, Tiktok et Facebook (trois formats courts). Un choix salué par le jury, lors de l’annonce des résultats : « Les différents formats proposés permettent d’exploiter chaque contenu pour chaque plateforme. Visuellement de très grande qualité avec une image propre, une charte graphique pertinente et une bonne utilisation du format vertical ».

La lauréate du prix du meilleur pilote a bénéficié, dans le cadre de ce projet, de près de 10 mois d’accompagnement sous forme d’encadrement continu par Philippe Couve et Julien Le Bot, deux mentors et experts en médias, et d’une semaine d’incubation par mois.

Dans l’émission « On échange » diffusée sur les réseaux sociaux de son média féminin Binetna, Emna Ben Jemaa aborde la question de la charge mentale et le partage des tâches dans le couple. Elle lance le débat sur la parité dans le quotidien familial, à travers son choix des prismes masculin et féminin. Sans prise de position et de manière légère à travers des questions/ réponses, elle pousse à la réflexion à propos de l’égalité de genres et invite à l’équité dans le cadre des structures familiales.

Grâce à l’expérience acquise au moyen de ce programme d’incubation et de mentorat, Emna Ben Jemaa ambitionne de développer le volet éditorial de son média féminin par un contenu vidéo captivant.

Télécharger PDF

Santé mentale : Le désert médical et la mobilisation associative

En matière de soins psychologiques, la recommandation de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), est de 1 thérapeute par 5000 habitants. Dans les pays du continent africain, il y aurait, en revanche, en moyenne, 1 thérapeute pour 500 000 habitants. Face à ce manque, de nombreuses solutions ont été mises en place pour agir en faveur de la santé mentale dans le continent. Parmi les associations s’étant fixé comme objectif la déstigmatisation des troubles psychologiques, figure Bluemind Foundation. Cette structure est implantée dans plusieurs pays francophones du continent. Pour pallier au manque de spécialistes médicaux, l’association a créé un réseau de substitution : des coiffeuses formées à la santé mentale.

Un tabou

Des études réalisées dans différents pays du continent africain ont révélé que la santé mentale demeure un sujet tabou. Dans plusieurs milieux sociaux, les personnes atteintes de troubles psychologiques sont marginalisées, trainant le poids de leurs pathologies comme une honte ou un motif de réclusion. Elles sont stigmatisées, livrées à une solitude honteuse ne faisant qu’accentuer leurs troubles.

Il ressort de ces études, également, que les maladies mentales sont souvent considérées comme un mal surnaturel dont on ne peut se défaire qu’au moyen d’interventions d’ordre spirituel ou par le biais de la médecine traditionnelle.

En souffrance, de nombreuses personnes en proie au mal-être ne trouvent aucune écoute et optent, en l’absence de la compréhension de leur entourage, pour l’isolement et la solitude. Les femmes sont les plus concernées par ce genre de phénomènes. Les moins de 25 ans d’entre elles représentent 60% des sujets souffrants de troubles mentaux.

Médecins versus associations

Dans les pays africains, il y aurait un thérapeute pour 500 000 habitants. La recommandation de l’OMS en la matière, est de 1 thérapeute par 5000 habitants. Dans certains pays, 75% de personnes soufrant de troubles mentaux n’ont donc pas accès aux soins.

Ces chiffres changent d’un pays à l’autre, mais la constante est la même : la santé mentale est loin de bénéficier de la place qu’elle devrait avoir dans les budgets publics. Elle ne bénéficierait, en moyenne, que de 1% du portefeuille santé (lui-même plutôt bas dans de nombreux pays).

L’accès aux soins psychologiques n’en est que plus difficile en matière de logistique et de coût. Dans de nombreuses familles, au lieu d’être soignée, la femme est répudiée, chassée de chez elle, violée ou battue.

C’est pour remédier à ces différentes dérives que de nombreuses associations agissent dans plusieurs pays d’Afrique, pour assurer la sécurité de ces femmes et sensibiliser leur environnement au danger des pratiques auxquelles, à tort, on les expose.

D’autres structures associatives concentrent leurs efforts sur des profils de victimes tels que les rescapés de catastrophes naturelles, les personnes ayant été exposées à la guerre, les victimes d’abus sexuels ou celles atteintes de maladies comme le SIDA ou le cancer. Proies à des traumatismes non traitées, elles deviennent l’objet d’exclusions, de maltraitances et de stigmatisations minant leurs vies et leurs avenirs.

Au-delà du traitement de fond des pathologies psychiatriques, il s’agit, pour ces associations, d’apporter un premier secours psychologique. En l’absence du réseau médical approprié, certaines actions sont menées pour créer des réseaux de substitution comme des employés du secteur paramédical ou plus insolite : les salons de coiffure.

Les coiffeuses au service de la santé mentale

Bluemind Foundation est un projet qui est né d’une histoire personnelle où le tragique s’est transformé en moteur de changement.

Cette organisation non lucrative a été créée par Marie-Alix de Putter qui, suite à l’assassinat de son mari, a connu les affres de la dépression et de l’anxiété. Ayant pu mesurer, par le biais de cette épreuve, l’importance de la santé mentale et ayant su s’en sortir, elle a eu la volonté d’aider d’autres femmes à dépasser ce cap douloureux. Son idée a pris forme en 2021, avec le lancement des activités de l’association. Celles-ci s’articulent autour du bien-être mental dans un contexte marginalisant ce genre de débats.

L’objectif de Bluemind et de ses bénévoles est de déstigmatiser les troubles de la santé mentale et de rendre les soins accessibles. Par le biais de différentes études menées sur le terrain, il a pu être constaté que le réseau médical et paramédical est réparti inéquitablement, sur le continent, d’un pays à l’autre et d’une ville à l’autre. Il a été remarqué aussi qu’un autre réseau pouvait combler ce vide et qu’il jouait d’ores et déjà un rôle d’écoute sans y être dédiée et sans être formé pour ses prérequis.

C’est dans ce contexte qu’est né le projet Heal by hear, le premier réseau de « coiffeuses ambassadrices de la santé mentale ». Il s’agit d’un programme innovant qui forme les professionnelles de la beauté à l’écoute active et à certaines pratiques liées à la santé mentale à travers 6 modules et 2 ateliers pratiques. Au bout de leurs formations, des professionnelles de la beauté sont outillées pour reconnaître les manifestations des troubles mentaux et sont habilitées à orienter les clientes vers les praticiens adéquats.

Il ressort des études de terrain effectuées par l’association dans 7 pays (notamment, le Togo, le Cameroun, la Côte d’Ivoire…) que, sur l’échantillon de 714 femmes et 148 coiffeuses, 67.3% des femmes interrogées affirment se confier à leurs coiffeuses et que 91% des coiffeuses sont prêtes à se former aux premiers secours en santé mentale. Selon les études de Bluemind, 10 coiffeuses seraient, par ailleurs, capables d’assurer la sensibilisation de 3600 femmes par an.

Se confiant facilement à leurs coiffeuses à propos de leurs événements traumatiques ou de leurs expériences personnelles, les clientes trouvent, à travers cette action, plus qu’une écoute passive ou du réconfort.

L’association a également développé d’autres projets comme un programme de bourses d’études d’une durée de quatre ans au profit des étudiants en psychiatrie et un think tank visant à assurer l’information sur la santé mentale par et pour les jeunes.

Télécharger PDF

Zakia Bouassida, Entrepreneuse francophone : Ecoutez vos livres !

Elle fait partie des 10 entrepreneurs francophones sélectionnés par l’Organisation Internationale de la Francophonie pour représenter l’entreprenariat culturel à l’édition 2023 de la Viva Tech (zone Africatech). Zakia Bouassida a lancé, en 2021, son projet Livox, spécialisé dans la production et la distribution de Livres audio. Elle lui a donné comme slogan : « Ecoutez vos livres ! »

Zakia Bouassida est diplômée de l’Ecole normale supérieure de Tunis en Etudes littéraires et de l’université Sorbonne nouvelle en Etudes cinématographiques et audiovisuelles. Elle s’est spécialisée dans la gestion des projets culturels et a collaboré avec de nombreuses organisations internationales.

En 2021, Elle a co-fondé le projet Livox et s’est fixé comme objectifs la production et la distribution des livres audio. Elle a lancé, également, la maison d’édition La Voix du livre et a commencé à développer des partenariats en vue de collaborations autour de l’exploitation d’ouvrages tunisiens, dans un premier temps.

Genèse d’un projet innovant

C’est en étant confrontée à la difficulté qu’avaient certains de ses apprenants, lors d’une activité associative, qu’est né le projet de la formatrice Zakia Bouassida : proposer une alternative face à la non-attractivité du livre pour certains jeunes.

Son idée était, dès lors, de faire découvrir la littérature via l’écoute et de donner voix aux livres pour les rendre accessibles à un public nouveau. Elle a donc tenté d’enregistrer, en audio, le livre produit dans le cadre d’un atelier d’écriture. Toutefois, le rejet de son initiative n’a pas freiné ses ambitions mais les a nourries davantage.

Elle a commencé à réaliser des recherches sur le livre audio et a vite pu constater que le secteur connaissait un essor dans le monde et que le lancer en Tunisie pouvait être un tremplin vers une expansion régionale et multilingue.

Cette réflexion l’a encouragée à aller de l’avant et à lancer son projet. Les débuts n’ont pas été faciles, compte tenu de la réticence de nombreuses maisons d’édition par rapport à la collaboration avec une startup agissant dans un secteur peu connu.

La voie des alternatives réussies

Confrontée à la difficulté d’édifier des partenariats structurants et indispensables, le plus simple a été de commencer par des livres libres de droits comme les nouvelles de l’auteur tunisien Ali Douagi. L’équipe s’est lancée ensuite dans un projet innovant : enregistrer une version traduite en dialecte tunisien du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry.

Le challenge a été, par le suite, d’enregistrer les ouvrages sélectionnés, dans de bonnes conditions et dans le respect d’une chaîne de production et de compétences pour avoir le résultat souhaité. Les fondateurs de Livox ont connu la difficulté de disposer de conditions optimales pour créer un contenu de qualité et ont décidé, de ce fait, de créer leur propre studio d’enregistrement.

Une fois l’étape production bien installée, d’autres défis se sont imposés : travailler à rendre les contenus audibles sur des plateformes internationales réputées et gagner ainsi, outre, la visibilité, la crédibilité propice aux lancements de partenariats.

Perspectives larges en vue

Avec l’apogée du numérique, l’arrivée du livre comme contenu audio est dans la logique de l’évolution des contenus digitaux (comme la musique ou les podcasts). Compte tenu de l’augmentation du prix du papier et des difficultés de distribution, les versions audios peuvent être l’avenir du secteur du livre dans certains pays. Elles peuvent aussi être le moyen de remédier à la rupture de lien entre certains jeunes et la lecture.

Zakia Bouassida et son équipe ont su saisir cette opportunité et implanter le projet de livres audio dans un territoire en attente d’innovations technologiques et dans un marché géographiquement et linguistiquement expansif. Ils ont remporté une partie du défi grâce à des partenariats de qualité et à l’appui, notamment, de l’Alliance française et de l’Organisation internationale de Francophonie. L’entreprise a ainsi pu être mise en avant lors de nombreux événements ayant permis à l’entrepreneuse de faire élargir les perspectives de cette entreprise innovatrice.

Télécharger PDF

Marianne Catzaras

Marianne Catzaras est une artiste polyvalente laissant s’exprimer à travers son expression poétique et picturale son appartenance et son enracinement.  Dans ses œuvres transparaissent en clair-obscur deux rivages : la Tunisie où elle est née et la Grèce où est née sa mère.

Ces terres différentes, voisines de culture, jumelles insulaires sont pour cette native de Djerba les deux ports d’attaches affectives. Elles fonctionnent comme des muses questionnant les origines jusqu’à en faire jaillir des rimes, remuant les souvenirs jusqu’à en produire de l’art visuel.

Les vers

Marianne Catzaras a obtenu le titre de chevalier des Arts et des Lettres en 2011. En plus d’enseigner la langue française à l’institut français de Tunisie, elle a fait de la langue française sa langue de création. Ses textes poétiques ont été traduits dans plusieurs langues ((grec, italien, arabe) et elle a, à son tour, assuré la traduction de plusieurs poèmes grecs contemporains.

Son dernier recueil s’intitule « J’ai fermé mes maisons » et est édité aux Editions Bruno Doucey. Y cohabitent ses deux pays, non pas nommément, mais à travers deux paradigmes référentiels guidant l’imagination du lecteur vers la Tunisie et vers la Grèce. A travers 30 poèmes miroirs de ses états d’âme, apparait la dualité qui l’habite et l’affect la liant aux personnes, à la nature, aux inconnus qui peuplent ses deux univers originels.

Dans ce recueil présenté comme étant « le livre de celles et ceux qui ont pris la route pour boussole », cohabitent les deux univers créatifs de Catzaras :  les mots et les images qui les illustrent.  Huit photos de la poète et artiste, au total, rythment, en noir et blanc, l’agencement du recueil et ancrent les idées abordées dans leur espace photographié certes, mais presqu’onirique.

Les photos

Marianne Catzaras puise son art dans son « empathie pour les déracinés de la terre ». Elle creuse la question des origines, transcendant les regards et traduisant les souffrances que l’on peut y lire. Dans ses clichés l’on peut voir le poids de l’ancrage à la terre, à la mer, aux racines… Ses modèles sont des moments de vie capturés dans la spontanéité des sentiments qui se dévoilent.

Dans le flou maîtrisé ou en clair-obscur, l’objectif de Marianne Catzaras immortalise l’éphémère et donne une dimension humaine large aux rencontres anecdotiques. Ses choix, comme elle l’explique, sont dictés par sa recherche d’images en corrélation avec les émotions que suscite l’écriture. Son intérêt se porte sur les minorités, sur l’intégration et l’exclusion de l’altérité.

Les œuvres de Marinne Catzaras ont été exposées en Tunisie, en France, en Italie, au Maroc, en Arabie Saoudite, en Allemagne, en Egypte, en Grèce, aux Etats-Unis… Son art imite l’universel au-delà des langues et offre au regard du public international des scènes chargées d’humanisme.

Télécharger PDF

Mariem Azizi, chercheure en langues aux talents multiples

Mariem Azizi est une universitaire tunisienne aux talents pluriels. Chroniqueuse radio, elle a exploré la richesse des langues au quotidien. Interprète, compositrice, instrumentiste et auteure, elle a fait partie des artistes sélectionnés par le Festival de la chanson tunisienne pour représenter la musique alternative. Portrait.

Elle est un talent polyvalent dont l’art gravite autour des mots. Docteure en Sciences du langage, Mariem Azizi est enseignante-chercheuse en langue, littérature et civilisation françaises. Maîtrisant à la fois le Français, l’Arabe, l’Anglais, l’Italien, l’Hébreu, le Latin et le Grec, Mariem a également assuré des missions de traduction avant de partager, autrement, son savoir-faire avec le public. En effet, la passionnée des langues présente quotidiennement des chroniques radiophoniques dans lesquelles elle étudie les étymologies des mots et en décortique les usages, d’une manière légère mais savamment étayée. Faisant réfléchir ses auditeurs sur la richesse des langues, Mariem révèle, à chaque épisode, les trésors que recèlent les dialectes, et met en évidence des synergies culturelles et linguistiques insoupçonnées.

Ses capacités d’analyse et son esprit critique, cette passionnée les met aussi au service d’un autre art : le cinéma. Journaliste culturelle, critique cinématographique, assistante de production, elle a pu, des années durant et tout au long de ses nombreuses missions en lien avec la production de films et de documentaires, gagner en expertise et s’imposer en toute légitimité.

Son approche des arts ne se limitant pas à la théorie de la critique et de l’analyse, Mariem Azizi est une musicienne accomplie. Luthiste reconnue, elle a occupé le haut de l’affiche et a été l’instrumentiste vedette de nombreux événements d’envergure internationale. Sa présence sur la scène musicale est le fruit d’un travail de recherche dans le fonds historique du rythme, entre origines andalouses et poésies aux consonances soufistes.

Epousant par la voix les rythmes qu’elle revisite, Mariem appose les mots sur des bases musicales qu’elle réinvente sur son luth, repense l’interculturalité et parcourt les patrimoines culturels communs. Elle a créé de nombreux spectacles musicaux : performances personnelles pensées comme des hommages aux métissages artistiques et aux richesses communes que sublime la créativité contemporaine. Elle a, notamment, redonné vie au Ladino, une langue judéo-espagnole en voie d’extinction qui a voyagé avec les Séfarades et a réexploré le genre musical commun que ces mouvements ont institué.

Son actualité récente s’annonce comme une récompense pour son univers créatif multiple. Sa chanson « Le cœur pur » a été sélectionnée par le Festival de la Chanson tunisienne, confirmant ainsi ses talents d’interprète, de compositrice et d’auteure. Même si elle n’a pas gagné de prix, sa présence sur une scène peu habituée à la musique alternative sonne comme une belle reconnaissance pour son art.

Télécharger PDF

Karim Kattan, Le Palais des deux collines : Quand le temps suspend son vol

PRÉSENTATION DE L’AUTEUR

QUI EST KARIM KATTAN ?

Karim Kattan est un écrivain palestinien né à Jérusalem. Docteur en Littérature comparée, il écrit en anglais et en français. Son premier recueil de nouvelles qui s’intitule Préliminaire pour un verger futur a été finaliste du Prix Boccace de la nouvelle en 2018. Son premier roman Le Palais des deux collines paru aux Editions Elyzad a remporté le Prix des Cinq continents en 2021. Les écrits de Kattan ont, par ailleurs, été présentés dans de nombreux événements artistiques dont la Biennale de Venise, et le Forum de la Berlinade (Berlin).

L’ŒUVRE EN RÉSUMÉ

Le héros de ce roman est Faysal, un Palestinien trentenaire vivant en Europe. Il revient dans sa terre natale Jabalayn (les deux collines) suite à un faire-part de décès qu’il reçoit. Un retour aux sources qui fait ressurgir les secrets du passé. Les faits se déroulent dans un palais de la haute bourgeoisie chrétienne de Palestine habité par les âmes des ancêtres de Faysal. Les réminiscences du passé sont également représentées par le discours qui se tient, souvent en décalage, entre le héros et sa grand-mère. Sont confrontées, dans le cadre de cette rencontre-découverte deux manières de penser et deux conceptions de l’histoire. Se retrouvent au centre de ce récit, trois générations de Palestiniens et plusieurs prismes oscillant entre précision réaliste et originalité fantastique.

L’EXTRAIT 1

« Ne te méprends pas sur ma situation. Ça va. Ça va bien. La solitude m’est douce. Le temps a épaissi, est devenu tactile et sonore, a pris la forme d’une grosse couette dans laquelle je m’enroule. Parfois, je peux même le goûter. Ça a un goût de fontaines, le temps. C’est vrai que je perds la notion des semaines et des mois. En contrepartie, les journées s’incarnent chacune dans leur singularité, deviennent des compagnonnes de route. En bas de la colline, le village est arrêté. Nous ne sommes pas bien reliés au reste du pays par les routes : c’est un long et cahoteux trajet en voiture, à travers les montagnes, pour parvenir à Jabalayn. Tous les jours, Nawal vient m’annoncer que les colons encerclent la ville au loin avec leurs jeeps. Des vautours prêts à descendre sur nous. Je m’assieds sur la terrasse, chaque jour, et je regarde ce pays en déflagration ; l’horizon est vaporeux, comme un songe dont je peine à m’extraire. J’ai du mal à garder les yeux ouverts. Il est bon de vivre dans cette demi-lumière. » Le Palais des deux collines, Karim Kattan, Les Editions Elyzad, Page 33

LE CADRE TEMPOREL :

Cet extrait du roman instaure un cadre temporel particulier, à la fois évasif et quasi tangible. Pour représenter la temporalité dans laquelle s’inscrivent les faits qu’il rapporte, le narrateur utilise des métaphores. À travers ces images, il donne au temps une dimension étrange mais réconfortante. Il le décrit à travers des adjectifs comme « tactile », « sonore » et des verbes comme « a épaissi ». Le bien-être qu’il constitue est assimilé à une « grosse couette » et son goût est comparé à celui de l’eau d’une fontaine. Le temps est décrit, ensuite, comme un compagnon de route, aux allures aussi multiples que les journées qui le composent. On sait que chacune d’elles est différente mais on apprend également qu’elles recèlent une forme de répétitivité telle une habitude réconfortante : « tous les jours », « chaque jour ».

LE CADRE SPATIAL :

De nombreux détails font référence au lieu décrit dans cette séquence. Il s’agit d’un village qui se trouve en bas d’une colline. En parlant de ce lieu, le narrateur utilise le pronom personne nous, en référence à la communauté qui l’habite et dont il se sent partie intégrante. Ces lieux sont isolés du reste du pays, faute d’infrastructure routière. Ce qui en fait un lieu suspendu, où tout s’est « arrêté » selon les propos du narrateur. Ce lieu se nomme Jabalayn, ce qui veut dire « les deux collines » en arabe littéraire. On y parvient via un chemin « à travers les montagnes », décrit comme « long et cahoteux ». La vue que le narrateur a sur ce lieu, à partir de  sa terrasse, ressemble à une vision onirique tant « l’horizon » qu’il en aperçoit est « vaporeux ». Cette indication sur le cadre spatial ne fait qu’accentuer la nature singulière de la perception du temps.

L’EXTRAIT 2

« J’ai atterri dans un pays d’Europe et je ne suis plus jamais rentré. Il n’y avait pas grand-chose à faire ici. Ils étaient morts. J’étais l’heureux et unique héritier de tous les biens de mes oncles et tantes. Des terrains partout en Palestine, que j’ai rapidement fait vendre. Pour le palais, j’ai embauché l’avocat d’un village du coin, qui s’occupait chaque année de m’appeler pour me dire que, c’est bon, Monsieur Faysal, personne ne squatte le palais, je vous souhaite une belle année. […] Mais qui serait assez fou pour venir squatter à Jabalayn, je te le demande.

Avec l’argent des terrains (mais qui sont ces gens assez cons pour acheter en Cisjordanie ? Les pauvres, j’ai presque l’impression de les avoir arnaqués : les forces armées ont tout pris depuis), j’ai vécu bien confortablement dans ton pays. […] Mais je suis allé trop loin, attends, je dois revenir. Où en étais-je ? Oui, mon arrivée ici. Quand je suis entré au village, il n’avait pas changé d’un iota, comme si le temps s’était suspendu. Le flux s’était arrêté, les fleuves immobilisés, les fleurs stupéfiée, l’air lui même figé en un instant éternel. Les pierres massives des maisons chatoyaient de blanc au soleil d’hiver. Les murs mêmes lézardés, étaient transis, piégés dans un printemps que je n’avais jamais connu, dans des saisons énigmatiques. Alors que nous longions le domaine de Joséphine, désormais un désert, j’ai demandé au taxi de s’arrêter. « Tu vas à la maison hantée là-haut ? » s’est enquis le chauffeur qui ressemblait vaguement à un Jihad édenté. Je lui ai répondu, oui, c’est la maison de ma famille. Surpris, il a murmuré « Dieu nous préserve » en se signant. J’ai tiré de ma sacoche le faire-part : m’étais-je trompé de date, de lieu ? Avais-je rêvé Rita ? Mais c’était bien écrit là, sous mes yeux, la veillée pour tante Rita ce dimanche. »

Le Palais des deux collines, Karim Kattan, Les Editions Elyzad, Pages 80 à 84.

LE CADRE SPATIAL :

De nombreux détails font référence au lieu décrit dans cette séquence. Il s’agit d’un village qui se trouve en bas d’une colline. En parlant de ce lieu, le narrateur utilise le pronom personne nous, en référence à la communauté qui l’habite et dont il se sent partie intégrante. Ces lieux sont isolés du reste du pays, faute d’infrastructure routière. Ce qui en fait un lieu suspendu, où tout s’est « arrêté » selon les propos du narrateur. Ce lieu se nomme Jabalayn, ce qui veut dire « les deux collines » en arabe littéraire. On y parvient via un chemin « à travers les montagnes », décrit comme « long et cahoteux ». La vue que le narrateur a sur ce lieu, à partir de sa terrasse, ressemble à une vision onirique tant « l’horizon » qu’il en aperçoit est « vaporeux ». Cette indication sur le cadre spatial ne fait qu’accentuer la nature singulière de la perception du temps.

LE NARRATEUR :

Dans cet extrait, nous sommes en présence d’un narrateur qui relate des faits passés. On y retrouve le pronom personnel « je » et l’on apprend à travers les échanges qui sont rapportés qu’il s’appelle Faysal. Celui-ci raconte un pan de sa vie à une personne dont l’identité n’est pas explicite, mais dont on connait l’origine européenne. À travers ce qui est raconté, l’on apprend que Faysal est Palestinien et qu’il est parti vivre en Europe. Il a laissé derrière lui un patrimoine familial et une histoire personnelle remplie de souvenirs. Sa vie loin de ses terres est une vie aisée, facilitée financièrement par l’argent qu’a rapporté son héritage. On constate toutefois, que malgré la mort de ses « oncles et tantes », la vente de ses terres et le voyage entrepris, la rupture avec son origine n’est pas définitive.

LE RÉCIT :

Le narrateur raconte son retour sur sa terre natale et aborde, dans ce cadre son départ par le passé. Des précisions sur les raisons de ce retour sont données à la fin de l’extrait. L’on apprend que celui-ci fait suite à un décès : celui de Rita, la tante du héros. En fait preuve un faire part que le narrateur a entre les mains et où est marquée la date de la veillée funéraire. C’est la raison pour laquelle Faysal revient sur des lieux décrits comme « hantés » qu’il aperçoit de loin et qui s’avèrent être sa propriété familiale. Ce lieu se situe dans un village que le narrateur retrouve avec émotion et étonnement. Dans ce cadre spatial, le temps semble s’être arrêté. Afin d’accentuer cet effet, le narrateur recourt à des vocables connotant l’immobilisme comme « suspendu », « arrêté », « immobilisés », « figé », « éternel ».

Télécharger PDF

CÉCILE OUMHANI : L’interculturalité au cœur du parcours littéraire

Cécile Oumhani est une auteure et poète française dont la créativité prend racine dans les affinités développées, lors d’étapes de sa vie, avec le Canada, la Belgique, l’Inde, l’Allemagne, l’Ecosse ou la Tunisie. Son univers créatif est chargé de multiculturalité et sa passion pour l’humain transcende ses trames romanesques et les habille d’universalité. Avec une production profuse et diversifiée (une trentaine de livres où sont inclus romans, recueils de poèmes, livres d’artiste en tirages limités), Cécile Oumhani surprend, à chaque ouvrage, son lecteur en créant des univers tellement différents les-uns des autres, mais ayant, en commun, la même grâce des mots et des images.

D’où est née votre passion pour l’écriture ?

J’ai grandi dans une famille multiculturelle, qui vivait sur plusieurs continents, à une époque où la correspondance était le seul moyen de communiquer avec les êtres chers, quand ils étaient au loin.

Lettres sous enveloppe et aérogrammes, leurs mots étaient toujours chargés d’émotion. Ils nous permettaient de combler l’absence, de partager des vies qui se déroulaient à des milliers de kilomètres les unes des autres. Ils faisaient écho avec les livres que je lisais dans les deux langues de mon enfance, l’anglais de ma mère et le français de mon père. J’eus bientôt l’envie d’écrire moi aussi sur ces feuillets qui avaient une si grande importance dans ma vie familiale. Je me suis aperçue en écrivant à mon tour que la page est un espace à part entière, où tenter d’explorer et de dire le monde.

Où trouvez-vous l’inspiration ?

L’écriture est indissociable de l’attention que je porte aux êtres et aux choses autour de moi, à ces mille choses ténues et fugaces d’où naîtront des univers, pour peu que je me mette à leur écoute.

La conviction que chaque instant peut être porteur de l’une de ces rencontres me rend la vie toujours passionnante. Ce monde en perpétuel mouvement où nous vivons est empreint de traces, de bruissements que nous frôlons sans nous en rendre compte.

Ils ouvrent des chemins d’écriture insoupçonnés où entrer en résonnance avec d’autres histoires que la nôtre. Un visage croisé dans un aéroport, comme dans Le café d’Yllka, les archives d’Ellis Island pour Tunisian Yankee, par exemple… En écrivant, je donne chair à ces bribes et je suis leur histoire jusqu’au bout de ce qui m’a interpellée, touchée ou intriguée.

Comment définiriez-vous votre identité créative ?

Avoir grandi entre plusieurs continents dans une famille éparpillée a entraîné des éloignements, des séparations. Mais j’ai ainsi développé la faculté de me déplacer d’un lieu à un autre, d’une langue à une autre, comme si c’était une évidence. J’ai toujours eu l’occasion de rencontrer, de côtoyer des gens qui vivaient dans différents pays. Et ils étaient souvent mes proches. Naturellement mon écriture s’inscrit en un carrefour où ils se croisent, avec leurs cultures, leurs histoires.

J’ai toujours éprouvé le besoin de comprendre les questionnements des uns et des autres, avec ce désir de dépasser ce qui sépare pour rejoindre l’humanité que nous avons tous en partage. C’est sans doute la raison pour laquelle mes romans se situent dans plusieurs pays avec des personnages quelquefois exilés, confrontés à des guerres, à des conflits.

Quel pan de l’histoire souhaiteriez-vous aborder dans vos romans ?

Il est vrai que je suis hantée par le passé, par les fragments dont mon propre récit familial s’est toujours préoccupé, parce que nous vivions dispersés à travers le monde. J’ai donc une relation de prédilection avec des périodes révolues, presque autant que cet ailleurs qui m’obsède. Cela ne signifie pas que j’ignore le présent ou que je ne m’intéresse pas à l’avenir. Je suis convaincue qu’écrivaines et écrivains, nous avons tous une responsabilité face au monde et que nous devons nous exprimer sur ce qui le déchire et ce qui le menace.

Parlez-nous de votre dernier projet.

La Ronde des nuages est un recueil de poèmes paru fin 2022 aux éditions La tête à l’envers. Il est né d’une résidence d’écriture à laquelle j’ai été invitée dans le massif de La Chartreuse. J’ai eu la grande émotion d’y apprendre que le peintre J.M.W Turner avait voyagé et travaillé dans cette région. Les paysages autour de moi me menaient vers un passé à ciel ouvert. Je ne cessais d’aller et venir entre les oeuvres numérisées par la Tate et ces chemins où il me semblait rejoindre le regard de Turner à plus de deux siècles de distance. Les poèmes sont nés de cette recherche de ce qu’avait vu le peintre, de ce tremblement à poser mes pas dans les siens si longtemps après, à sentir la temporalité propre à une nature qui nous dépasse, surtout dans des régions où les paysages ont peu changé. Dominique Sierra, mon éditrice, a immédiatement souhaité accompagner le livre de quelques-unes des œuvres qui m’ont tant impressionnée. Grâce à elle et au musée de la Tate, cinq œuvres de J.M.W Turner sont reproduites dans ce livre qui me tient particulièrement à cœur.

Et le prochain ?

Il s’agit d’un roman qui va être publié aux éditions elyzad début 2024. Deux femmes, l’une de France, l’autre d’Inde et d’Afghanistan, se rencontrent par hasard dans la cafétéria d’un hôtel au Moyen-Orient, où le voyage de chacune s’est momentanément interrompu.

Il y est question de perte, d’exil et aussi de ce besoin poignant de retrouver des traces pour comprendre. Le passé continue d’irriguer notre présent, à notre insu, d’où que nous venions et quel que soit l’univers auquel nous appartenons. Il nous tenaille à chaque pas que nous posons, sans doute parce que c’est en l’élucidant que l’on peut avancer.

Télécharger PDF