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Lettre d’un naufragé en Méditerranée

Je suis parti sans dire au revoir. J’ai pris le large et j’en ai exploré la profondeur. Mon embarcation a fait naufrage… Je ne suis plus des vôtres. Mais l’ai-je jamais été? Oui, c’est moi cet individu que vous ne regardez même pas , ce jeune qui rase les murs, cet étudiant qui a fini par rejoindre sa tribu de chômeurs. Je suis ce fils qui vous disait que son rêve le plus cher est d’envoyer sa mère à la Mecque et son projet le plus ambitieux est d’améliorer la maison de son père.

Je suis ce citoyen qui a rêvé d’une Tunisie meilleure puis qui a regretté Ben Ali. Qui a pleuré pour la démocratie mais qui a pleuré ensuite, peut-être à cause d’elle… Que m’a-t-elle fait la démocratie? Je pose souvent cette question à qui veut m’entendre. Moi que personne n’entend, je passe inaperçu, transparent dans la ville. Celui qui me défend est taxé de populisme. Celui qui me fustige se targue de son réalisme. Je suis l’entre-deux-mondes, le vôtre et le nôtre, le monde des vivants et celui des morts vivants.

Hier, j’ai fugué! J’ai fui cette mère patrie trop dure, sans sentiments, apathique face à ma désolation, insensible à mon ressentiment. Je savais que je pouvais périr. C’était mon seul acte de courage possible dans cette vie qui n’en est pas une. Vivais-je avant de mourir? Posez-vous la question.

Cette mer où vous piquerez une tête cet été, j’ai bu son eau salée jusqu’à en mourir. J’ai vu un instant défiler devant ma mémoire qui s’éteignait les sourires de ma mère qui ne savait pas qu’elle ne me verra plus, de mon père qui a cessé de me regarder tant le poids de mon avenir honteux l’obsède, de mon petit frère qui a continué à me considérer comme son exemple, moi le contre-exemple en tout.

Ma Tunisie, je rêvais de te quitter mais je ne t’ai jamais trahie. Je n’ai pas choisi la voie de ceux qui ont tenté de faire de mon oisiveté un vice extrémiste. Je serais arrivé vivant en Syrie. Mais je ne voulais pas donner la mort. Je voulais vivre. Quitte à en mourir. Je t’ai portée au fond du coeur comme on porte une mauvaise mère: on ne sait pas de quel amour l’aimer ni comment faire pour enfin la haïr. Je savais que tu m’aurais manquée, si j’étais arrivé à l’autre côté de ta rive.

Peut-être qu’aujourd’hui, je ne te manque pas , moi ton enfant le moins glorieux. J’en ai vu d’autres avant moi partir, périr et être oubliés sans que rien ne change. Oui, je voulais que tu saches que les profondeurs de ta mer sont remplies des corps de tes enfants qui, comme moi ont touché, le fond.  Tu peux te vanter face au monde de tes 3000 ans d’histoire et de ta démocratie; tu peux parler de tes jeunes comme parle un politicien de l’intérêt national. Faire de nous un slogan et nous oublier. Tu peux nous pleurer ou continuer à te voiler la face.

Hier, on a repêché mon corps sans vie mais ai-je jamais été autre chose? Oui, j’ai perdu la vie mais en avais-je eu vraiment une?

Vous pouvez toujours m’accabler. Me juger coupable de nuire à l’image de mon pays, moi l’enfant raté qui a tout raté même son départ le plus convoité. Oui, je suis coupable, coupable d’être mal-né, coupable d’être né. Ce monde et ses frontières, ce  n’est pas pour moi! Je ne suis ni à plaindre ni à blâmer. A moi les abîmes de la Méditerranée…

Plus de 50 corps ont été repêchés au large de Kerkennah, archipel tunisien devenu plateforme vers une Europe rêvée. Derrière chaque naufragé, une mère, une famille, une multitude de souvenirs et une histoire tragique… du début à la fin. 

Ces prodiges maghrébins d’une littérature fantaisie

La littérature du Maghreb a ses piliers, mais elle repose aussi sur une nouvelle génération au talent qui, ouvrage après ouvrage, s’impose. Cette nouvelle garde d’une production francophone ancrée dans un contexte géographique et culturel particuliers, innove en styles et en thématiques. Certains ont choisi un champ d’action peu exploré par leurs prédécesseurs : le fantastique, un style innovant pour un lectorat autant en mouvance que l’imaginaire de ses auteurs. Voici une sélection de jeunes écrivains d’Algérie, du Maroc et de Tunisie qui sont une partie intégrante de l’avenir de cette littérature d’Afrique du nord qui se renouvelle.

El Mehdi El Kourti : Ce jeune marocain né en 85 s’est spécialisé dans le polar ésotérique. Un style nouveau qui a valu à l’auteur passionné d’histoire et de cryptographie son titre de « Dan Brow n» marocain.

Anis Mezzaour : Auteur né en 96 en Algérie, Mezzaour est le premier écrivain à se spécialiser dans le style fantastique en Algérie. Sa trilogie romanesque publiée entre 11 ans et 20 ans lui a valu une renommée locale. Son style fluide et ses thématiques fantasques pourraient lui ouvrir les portes d’un succès à l’international.

Mohamed Harmel : Ce Tunisien né en 1982 a cette capacité de transporter ses lecteurs entre l’onirique et le réel, entre le tourbillon de l’imagination et les tourments du tréfonds. Avec une plume maniant, avec habileté, philosophie et fantasy, Harmel a su s’imposer dans le paysage culturel maghrébin comme l’un des jeunes les plus prometteurs de sa génération.

Les incontournables auteurs contemporains tunisiens

Publié dans Les Dépêches de Brazzaville

Parmi les littératures du Maghreb, il en est une qui se distingue par ses piliers contemporains : la littérature francophone de Tunisie. Inscrits dans l’histoire et dans le présent, ces écrivains font la littérature tunisienne. A travers eux, un pan de l’Afrique expose ses spécificités et ses problématiques, son savoir-faire qui se renouvelle et ses malaises qui se perpétuent.

Ali Bécheur

Il est essayiste, romancier et nouvelliste. Virtuose du mot et de l’idée il a publié d’une dizaine d’ouvrages. Becheur plonge ses lecteurs dans sa Tunisie aussi chère que volatile. Se côtoient dans ses ouvrages le mal-être culturel et le bien-être que nourrit le souvenir, parfois obsédant parfois catalyseur d’énergie. Ali Becheur magnifie la présence féminine – même quand celle-ci se fait absence. Sous sa plume le passé et ses figures, dont celle très emblématique du père, se réincarnent, défiant la mort et ressurgissant d’un passé qui, visiblement, ne meurt jamais et qui, entre les lignes de Ali Becheur, renaît.

Hélé Beji

Elle est romancière et penseuse. Ses ouvrages et sa réflexion sont marqués par les thèmes de la femme, de l’appartenance culturelle et de la colonisation. Et de colonisation, Hélé dresse un portrait pour le moins ordinaire. Le plus handicapant étant, selon sa réflexion, l’après décolonisation et l’emprise exercée par la politique ayant suivi l’indépendance sur les êtres et sur l’esprit : le parti unique, la dictature, l’absence de liberté d’expression… Autant de maux que les mots de Hélé Béji traitent, tantôt sur un mode fictionnel, tantôt avec le pragmatisme de la penseuse. La société arabe moderne avec ses problématiques sociales, politiques et culturelles se voit, par cette auteure, savamment étudiée, disséquée, sous la loupe de cette intellectuelle esthète, détentrice, depuis 2016, d’un Grand Prix de l’Académie française.

Fawzia Zouari

Le romanesque, cette écrivaine tunisienne le connait de près. C’est sa propre vie qui en est empreinte. Celle qui a grandi dans la Tunisie profonde, au milieu d’une fratrie de sept enfants, a défié le modeste destin qui lui était naturellement voué. A son actif, près d’une dizaine d’ouvrages et, depuis décembre 2016, le Prix des cinq continents de la Francophonie. Le monde de Zouari qui a fait carrière en France est fémininement peuplé de Maghrébines héroïnes qui ont, notamment, réussi en Occident. Une jolie mise en abyme aux allures autobiographiques.

Gilbert Naccache

Naccache n’est pas uniquement écrivain, il est aussi militant. C’est dans la difficulté de son parcours que l’écrivain puise la grandeur de son œuvre; dans sa vie qu’il relate, dans sa propre souffrance, dans ses espérances patriotiques. L’œuvre de Naccache, c’est sa vie qu’il revisite à travers les mots. Une vie tumultueuse d’opposant politique qui n’a pas encore baissé les armes.

Azza Filali

Cette romancière, essayiste et nouvelliste brode, sur le quotidien, fictions et personnages. Par l’alchimie de sa plume, le prosaïque s’en trouve transformé et la «Tunisianité» littérairement ré-explorée. Les problématiques auxquelles sont confrontés les personnages de Filali sont ceux de la Tunisie moderne. Philosophe et médecin, Azza Filali décompose sa société pour la recomposer à son rythme, à sa manière pour en dresser la plus fidèle des images et peut-être enfin la dompter.

 

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Publié sur Le Monde Afrique: Les sociétés arabes ont-elles aboli l’esclavage?

L’affaire défraye la chronique depuis plusieurs jours: des candidats à la migration clandestine vendus comme une vulgaire marchandise en Libye. Oui, en 2017, pour quelques centaines de dollars, il est possible de vendre une vie humaine, tarifée selon la puissance physique du concerné. L’on vend en effet, des vies, un passé, un avenir, un état d’âme ramené au plus bas historique, l’on vend au plus offrant une Histoire de l’humanité qu’on pensait avoir vu évoluer, l’on vend la part d’humanité que l’on croyait évidemment ancrée en chacun de nous.

Des citoyens issus de Nations qu’unissent des traités et des protocoles criminalisant la traite des humains (voir Protocole de Palerme ), sont les nouveaux vassaux. Et face aux tares historiques, aux écarts culturels, aux pratiques plus ou moins tolérées selon l’emplacement géographique, nous cessons de faire unité. Le Nous se disloque face à la misère humaine, l’empathie face à l’Autre et à sa détresse cédant la place au profit, au cynisme, à l’animal.

Otages d’un système archaïque:

Ils sont nombreux à être encore traités comme des sous-hommes et des sous -femmes dans des sociétés vues d’un point de vue macro comme modernistes. D’un point de vue micro, les pratiques les plus abjectes y continuent d’exister.

Malgré une loi contre la traite des hommes adoptée en 2016, dans la Tunisie profonde, de  nouveaux rentiers continuent de sévir.

En Tunisie, le premier pays arabe à avoir aboli l’esclavage il y a de cela plus de 170 ans, le commerce des aides ménagères n’a jamais cessé d’exister. Des fillettes continuent d’être « vendues » via des intermédiaires par des parents peu scrupuleux que seul intéresse la rente mensuelle gagnée de pareilles transactions. La pauvreté est-elle une raison pour laisser partir son enfant, des fois mineur, vers l’inconnu? Malheureusement, pour beaucoup, la réponse est oui.

Cela se fait au vu et au su de tous. Les dimanches, à quelques centaines de kilomètres de la capitale, des familles partent à la recherche de misérables fées des logis. A leur accueil, des énergumènes qui s’improvisent intermédiaires entre des individus pratiquant la loi de la jungle. Le plus souvent elles sont livrées contre leur gré moyennant une commission et un salaire de misère qu’elles ne perçoivent même pas, car expédié directement au père de famille.

Dans d’autres cas, celles-ci sont heureuses de quitter leur misère matérielle ignorant la misère morale qui les attend. Qu’importe pour elles qui voient comme est sordide le devenir des femmes les plus affranchies de leur entourage! En effet, dans ce monde loin du monde, pour beaucoup, il ne s’agit pas d’avenir mais de devenir, pas de choix mais de fatalités. Des femmes libres à l’échelle nationale et d’un point de vue législatif se retrouvent otages d’un système social aussi archaïque qu’anachronique. Une configuration selon laquelle elles sont instrumentalisées par des époux véreux les faisant travailler pendant qu’eux jouissent du statut de chômeurs assistés. N’est-ce pas là l’un des visages de l’esclavagisme ?

Frissons de circonstance:

Et ce n’est pas mieux ailleurs. En Mauritanie, une codification sociale essentiellement raciale sert de prétexte à l’esclavage. L’indignation très épisodique de la communauté internationale n’a pas aidé à mettre fin au fléau. Peut-être a-t-on besoin d’une vidéo qui buzze pour en finir avec pareils crimes contre l’humanité.

Des vidéos choc, ce n’est pas ce qui a manqué au Liban où la maltraitance des personnels de maisons de nationalités étrangères sévit et a fait des victimes. De nombreuses dénonciations y avaient ainsi fait écho au suicide d’une aide ménagère éthiopienne après de nombreuses agressions infligées par son employeur. C’est aussi dans ce pays des plus en modernes des pays arabes qu’une autre forme d’esclavage a été publiquement dénoncée après le démantèlement d’un réseau de trafics d’êtres humains ayant fait de nombreuses réfugiées syriennes des esclaves sexuelles.

En réalité, l’esclavage n’a jamais cessé d’exister. Ce sont juste les manières de le pratiquer qui ont muté et cela n’est pas le propre des sociétés matériellement fragiles.

La preuve dans les riches pays du Golfe. Des travailleurs étrangers y sont traités comme des sous-hommes. Leurs passeports confisqués, ils sont la proie de familles sans scrupules les exploitant sans le moindre respect de leur dignité humaine.

Cela fait l’objet de tollés à la suite de quelques reportages dénonciateurs ou après de tragiques faits divers. L’un des plus récents a eu lieu il y a quelques mois, lorsque sur la toile a été diffusée la vidéo d’une travailleuse éthiopienne chutant d’un bâtiment. La scène filmée par l’employeuse fait froid dans le dos. Des frissons de circonstance ne débouchant sur aucun changement pour des milliers d’étrangers partis chercher du travail au pays de l’or noir et n’ayant retrouvé qu’une misère humaine aliénante.

Une misère instrumentalisée:

Dans nos sociétés arabes modernes , plusieurs années après l’abolition de l’esclavage, la servilité se poursuit faisant abstraction des lois internationales et d’éthiques censées être universelles. Le nouvel esclavage est ce moyen banalisé qu’ont trouvé de mieux nantis pour instrumentaliser la misère des plus faibles. Il se pratique en marge d’un monde que l’on pensait avoir changé et de mentalités se révélant immuables comme la misère humaine.

La scène filmée par une journalisme américaine en Libye a certes choqué. Le monde effaré a découvert que, quelque part sur terre, l’esclavage existe encore, au vu et au su de la foule complaisante. Alors que c’est désormais su par la communauté internationale, cela sera-t-il amené à changer? Pas tant que des sociétés entières s’écarteront des normes sociales et éthiques internationalement reconnues. Pas tant que les mentalités rétrogrades et les mauvaises pratiques à l’ancrage social profond l’emporteront sur les législations. Les sociétés développées sont celles dont les moeurs ne sont pas en guerre avec les lois.

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Publié sur Le Monde Afrique: Immigration: Les candidats à la mort et le chant des sirènes

Ils sont nombreux à vouloir répondre à l’appel du nord quitte à prendre le large à bord de dangereuses petites embarcations.  Seul les motive l’espoir d’un avenir différent de celui auquel ils se sentent voués, un avenir vécu comme une fatalité, celle du chômage et de la misère économique et sociale qui en découlent.

Ils sont plus de 12 mille à avoir péri en Méditerranée entre 2014 et juin 2017, une fin qu’ils ont bel et bien envisagée dans l’élaboration de leur projet. Conditions de voyage difficiles, clandestinité, bandes organisées, rien de rassurant pour celui qui paie dans les 2 mille euros en espérant échouer sur  l’autre rive vivant.

Certains y arrivent. La vie qui les attend est souvent loin de la vie espérée. De l’autre côté de la Méditerranée, ils sont loin d’être les bienvenus. Des campagnes se mettent en place du côté italien pour les traquer en pleine mer, pour ralentir le travail des flottes humanitaires tentant de les repêcher, le tout en se faisant aider par des partenaires outre Méditerranée. Le but: faire baisser le flux d’arrivées.

Partenaires très particuliers

Des  parties libyennes ont pu bénéficier de formations et de matériel afin de jouer aux « barrages maritimes ». Ce choix de collaboration fait de la part de l’Italie répond à « une stratégie d’ensemble de l’UE consistant à sous-traiter aux autorités libyennes la tâche d’endiguer la migration vers l’Europe par voie maritime, en dépit des profondes inquiétudes suscitées par le fait que l’on confiait ainsi cette responsabilité à une des parties dans un pays déchiré par les conflits et où les migrants courent le risque de subir d’horribles abus », selon Human Rights Watch. Un reportage réalisé par l’émission L’Effet papillon diffusée sur Canal montrait jusqu’où les autorités italiennes pouvaient aller pour ralentir le rythme migratoire clandestin à défaut de pouvoir le faire stopper.

Ces partenaires très particuliers ont pour objectifs d’intercepter les flottes clandestines, de ramener vers la Libye les personnes repêchées et d’empêcher les navires humanitaires d’agir. Une fois leurs plans mis en échec, les migrants sont entassés dans des prisons improvisées. Des conditions de détention douteuses et un avenir encore plus incertain les attendent. Pratiques inhumaines, violation des traités internationaux par des partenaires mercenaires, l’instabilité politique en Libye est l’argument avancé pour justifier de tels choix.

Bientôt, des éléments de ces brigades libyennes iront se faire former en Tunisie, pour apprendre à mieux appréhender  le flux de départ qu’ils se sont engagés à contrôler.

Et en Tunisie, la situation est loin d’être meilleure. En effet, un récent accident en pleine fait polémique. Le 8 octobre 2017, un bateau militaire a percuté une embarcation d’immigrés au large de Kerkennah. Bilan: 46 morts. Malheureux hasard  ou prise de risque exagérée? La question qui se pose est gênante pour beaucoup de Tunisiens car mettant en mauvaise posture l’armée tunisienne et à mal la relation entre le peuple et ce corps de métier jusque-là préservé et respecté.

Une version des faits donnée par un rescapé fait état d’un acte prémédité à l’encontre des migrants. Version démentie par le porte-parole de l’armée nationale évoquant un accident.

Le sujet n’en finit tout de même pas de défrayer la chronique. Des protestations violentes ont eu lieu dans des villes dont les personnes mortes sont originaires. Le chef du gouvernement a annoncé que l’affaire ne sera pas classée sans suites et que l’enquête déterminera la marge de responsabilité de chacun. Ici, le pathétique fait presque sourire.

Pas de travail, pas de dignité

Démarche honteuse, acte de désespoir pratiqué en secret, l’immigration clandestine est vécue comme un phénomène global, une mouvance dont les composantes sont anonymes, presque innommables. La perception qui en est faite est celle d’un groupe et nom d’individus. Le rejet qui leur est opposé aussi.

Derrière chaque groupe partant, dont le voyage s’achève au contact du sol européen ou au fond des mers les séparant du monde d’en face, il y a des histoires, des familles et des personnes par milliers. A chacun son expérience, son vécu et son devenir. A chacun son lot de désespoir précurseur d’une prise de décision difficile, d’une poignée d’espérances très souvent fausses, de détresse familiale, de doute et de regrets.

Ces personnes et leurs familles se sont exprimées après l’accident tunisien. Sur les ondes des radios, à la télévision, ils ont été nombreux à dire ce qui les pousse à vouloir quitter leur pays et à faire fi du danger de mort qui les guette.

Une mère a avoué avoir payé la traversée pour son enfant de 16 ans et pour cause, celui-ci lui a expliqué qu’il n’a aucun avenir en Tunisie et que si, mourir tel ou tel jour était sa destinée, cela pourrait advenir en mer ou ailleurs. Elle a accepté son choix.

Une jeune fille a appelé au secours afin de convaincre de renoncer à son projet son fiancé qui lui a annoncé sa décision de départ imminent.

Un jeune homme a avoué avoir entrepris les démarches nécessaires à l’organisation du voyage. Pas de travail, pas de dignité. C’est l’argument principal qu’il a avancé, tout comme la plupart des candidats à la mort par noyade.

Des promesses qui sonnent creux

En Tunisie, l’Etat a beau enchaîner les annonces de décisions pour les jeunes défavorisés, un décalage persiste entre la réalité et les promesses et très souvent cela sonne creux. Les organismes internationaux tentant de remédier aux « vagues d’envahissement » ont beau dépenser des fonds pour des projets visant à éviter les mouvements de départ, rien n’y fait!

Le chant des sirènes se joue désormais sur de nouvelles gammes et il n’en a pas fini de faire des émules suicidaires. Outre l’argument financier dissipé par la réalité des difficultés économiques quasi mondiales, c’est un autre argument qui pousse désormais certains vers l’esquive: la recherche du respect, de la dignité, de la préservation des droits…

Des valeurs morales que l’on dit ne pas trouver chez soi et que l’on pense naïvement trouver chez l’Autre; cet Autre prêt à tout, pourtant, pour ne pas voir arriver ceux qui ne rêvent que de départ.

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La Tunisie et le cercle vicieux de la petite histoire

Imed Trabelsi au centre de l’actu. Le clan Ben Ali refait surface et ce que l’on constate après le passage télévisé du gendre de Ben Ali, c’est que le malaise vis à vis de ceux qui ont pillé le pays est encore vif.

Son intervention dans le cadre des auditions de l’IVD a remué dans la plaie le tranchant couteau de la corruption et celui de l’impunité. Des noms lancés à demi-mots, un rappel des injustices orchestrées, un aveu des erreurs, une volonté de dénoncer les souteneurs d’un système qui n’a pas cessé d’exister… Imed Trabelsi est le signe des défaillances de la Tunisie par rapport à ce que l’on constate comme abominations mais que l’on ne daigne pas changer.

Les mafieux d’hier ont été réintégrés par la force vile d’une présence médiatique suscitant l’amnésie des téléspectateurs citoyens. Ils ont pu recouvrer ainsi une image publique neuve, astiquée au fil des présences sur plateau et réintégrer la sphère des décideurs politiques et économiques.

Le peuple qui assiste à cette seconde ascension, est, lui, tiraillé entre pardon et rancoeur. Pardonner pour que l’économie reprenne des forces, l’argument qu’on lui avance est faussé par la réalité qu’il constate: les mafieux d’hier sont toujours aussi proche de la sphère du pouvoir qui les attire; pardonner pour des raisons économiques risque de les faire revenir une fois réhabilités vers la politique. Cercle vicieux dans lequel la Tunisie tourne infernalement et qui nous ramène tous vers la case départ.

Même case départ que rappellent les incidents d’El Kamour. Le sud tunisien s’embrase et les champs pétroliers sont la source de la flamme que l’on peine à éteindre. Sont-ce les plus démunis ou les plus aigris qui s’insurgent? C’est du pareil au même. Même s’il s’agit de manifestants payés pour agiter la Tunisie comme veut le présenter la thèse plutôt « complotiste », cela n’en est pas moins révélateur de la défaillance politique. La fragilité du système ne peut être anodine et rien ne pourrait justifier ces faiblesses.

Impliquer l’armée pour calmer les revendications ne fera qu’épuiser un des corps vitaux du pays dans une guerre qui n’est pas censée être la sienne. L’armée a-t-elle à guérir à coup de lacrymogènes les erreurs des politiciens, leur guerre de communication, leurs alliances stratégiques et leurs calculs égocentrés? Les symptômes précurseurs de la crise d’El Kamour étaient bien visibles et la prédisposition là, augurant de soulèvements probables et de population inflammable, de rancune pour le passé et de déception par rapport à une réalité toujours aussi laide, à tous les niveaux. Qu’attend-on d’un peuple dont la patience a été abusée?

Nous sommes encore en transition et les transitions se font sur la durée. Elles sont susceptibles de durer des années, des dizaines d’années. Soit! Mais les rêves que l’on a distribués en guise de promesses électorales, une fois tournant au cauchemar, ne peuvent que susciter l’impatience. Les querelles politiques soldées à force de promesse de changements radicaux ne peuvent qu’engendrer le désenchantement. Et l’on a assez du désenchantement. Cela peut nous faire tourner vers l’ennemi, à défaut d’avoir trouvé un allié en celui qui tient les commandes.

Un Tunisien en est mort aujourd’hui, écrasé, semble-t-il, pendant une manifestation réclamant le travail et la dignité, selon une thèse et cherchant à créer le chaos dans le sud de la Tunisie pour des raisons politiques, selon une autre. Peu importent les raison, un Tunisien est mort aujourd’hui et le chaos est là, guettant le pays pour des raisons occultes peut-être mais aussi pour une autre apparente: L’injustice sociale nourrit tant de vices. Peut-être devons -nous garder cela comme credo en attendant que l’orage passe et que l’on passe à un autre chapitre d’une Histoire qui, pour l’instant, ne fait, à plus d’un égard, que se répéter.

Nous sommes en proie aux querelles politiques, au non-respect des limites, à la goujaterie générale, aux ambitions dévorantes, à l’autisme politique. Ceux au pouvoir en deviennent le maillon le plus faible; la conjoncture les met à rude épreuve jusqu’à les faire éjecter et changer les-uns par les autres n’y changera rien.

Nous sommes condamnés, pour l’instant, au cercle vicieux de la petite histoire. Nous y tournons d’une manière indéfinie en espérant un secours qui peine à venir de nous-mêmes, cette entité aussi multiple qu’à elle-même étrangère.

 

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Les 5 raisons qui font de Macron un vecteur d’espoir (et pas qu’en France!)

Il est en poste depuis peu, mais dès l’annonce de sa victoire, nombreux sont ceux qui ont perçu son accession au pouvoir en France comme un message positif. Mis à part les avis de ceux hostiles au personnage et sceptiques quant à ses ambitions, qu’est-ce qui fait de Macron, un vecteur d’espoir?

1- Jeunesse peut!

Qui a dit que jeunesse rimait avec inexpérience? Adieu les clichés réservant les postes de décision en politique à des adultes vieillissants! A 39 ans, il a pu devenir président de la République. De quoi faire de sa jeunesse un atout et capitaliser sur une expérience vous correspondant et au cours de laquelle vous pouvez donner le meilleur de vous-mêmes pour un résultat à la hauteur de vos ambitions.

2- L’ambition n’a pas de limites!

Il a eu comme objectif de devenir président et a tracé vers son objectif. Qu’il ait eu des personnes derrière lui ou qu’il y soit arrivé par la force de sa volonté, il y est et le fait d’y être le confirme: Vous avez les moyens de vos ambitions! Et pour ce faire, il ne s’agit pas de rêver grand mais de miser grand sur soi et de travailler dur pour atteindre vos objectifs.

3- Nous sommes tous une potentielle classe politique!

Vous êtes déçus par les décideurs? Vous pensez qu’un hiatus sépare gouvernants et pauvres gouvernés? Vous avez eu la preuve que la classe politique n’est pas un monde si lointain dans lequel il vous est impossible de vous projeter et auquel il vous est difficile de vous identifier. Vous avez vu l’équipe Macron à l’oeuvre? Ils ont votre âge, ils sont un melting pot, ils sont hommes et femmes et ils ont des cursus universitaires et professionnels vous ressemblant. Alors quand vous les avez vus fouler le tapis rouge à l’Elysée, vous vous êtes imaginés à leur place? Vous n’êtes pas fous! Dans un monde plus réaliste que celui des bisounours, vous pourriez être les décideurs d’aujourd’hui!

4- Le changement est à portée des urnes!

On disait la France sclérosée par des système figés et une rigueur dans la gouvernance. C’était sans l’air de changement qui a soufflé récemment. Qu’il soit positif ou au constat mitigé, le changement est là! Il dresse le portrait d’une France nouvelle respirant l’optimisme et les réformes. L’engagement politique a permis de créer du changement par les votes et d’éviter surtout le pire à la France et au monde. La voix du citoyen en revêt toute sa grandeur.

5- Le système n’est pas figé!

Gauche, droite, centre. Les répartitions idéologiques sont en marche vers un changement de perception et d’efficience. Il arrivait sans parti et a réussi à se frayer un chemin parmi les plus anciens. Macron a prouvé que la politique change et que les citoyens attendaient plus d’efficacité que d’idéologie. Pourvu que le système suive pour des résultats rapides.

A vous d’exploser vos potentiels et de plonger définitivement dans l’espoir du demain à portée de main!

À la rencontre de Amira Hammami: L’art pour pousser les murs

Lorsque Amira Hammami parle de son parcours, les mots deviennent imagés et le parcours celui d’un rêve, rêve enfin réalisé.
Amira se décrit comme une artiste humaniste et propose un projet de vision pédagogique qu’elle qualifie de « particulière »: « un atelier de lecture, écriture et d’arts plastiques qui connecte l’enfant avec la nature et le sensible ». Quoique n’ayant pas étudié l’art-thérapie, Amira en pratique l’essentiel au quotidien.

Doctorante des Beaux-arts, cette jeune tunisienne a mis fin à une carrière dans l’enseignement supérieur pour faire vivre sa passion: transmettre l’art autrement.

L’art au profit des personnes fragiles:

Des maisons de retraite….

Cette diplômée de Science et techniques des arts plastiques de l’Institut supérieur des Beaux Arts de Tunis a été attirée, au gré de sa thèse en cours, vers un monde peu exploré: les maisons de retraite. Son sujet porte, en effet, sur l’image de la fragilité humaine.
Parmi les étapes marquantes de son exercice artistique, quelques années passées aux ôtés des personnes âgées dans des maisons de retraite. « Je les faisais sortir de leur cadre virtuellement par l’art et les voyais, au fur et à mesure, évoluer ,grâce à cette ouverture à un monde différent de leur quotidien », explique Amira.

« Pendant cette phase de recherche, mon approche photographique avec les pensionnaires a été appuyée par l’approche plastique, ce qui m’a fait glisser vers une recherche sur l’art- thérapie », explique Amira au HuffPost Tunisie.

Une phase qui a duré 10 ans et qui a permis à l’artiste d’intégrer deux éléments qu’elle juge importants: la nature et la création.
« Ces pensionnaires que je commençais à considérer comme une famille vivent dans l’attente d’une fin. Je l’ai écrit dans ma thèse « Ici, le temps se dévalise pour la dernière fois », raconte l’artiste.

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Ils ont été « intégrés au processus de création », leurs capacités inhibées ont été libérées et ceux qui écrivaient d’abord timidement un poème, l’ont lu puis ont commencé à envisager une musique l’accompagnant », poursuit Amira.

Amira a travaillé sur l’environnement propre aux pensionnaires en intégrant le végétal dans leur quotidien, et en faisant ressurgir leurs âmes d’enfants, dans toutes formes de création.

Les résultats cliniques étaient impressionnants et gériatres et auxiliaires de vie l’ont largement remarqué, selon elle.

… aux enfants malades

Appelée à participer ensuite à une expérience en France aux côtés de chercheurs en soins palliatifs, l’artiste tunisienne a pu faire éclore son approche, au contact d’art-thérapeutes étrangers.

« Ce que j’ai vécu avec la vieillesse m’a amenée vers l’essence de la vie. Qu’est-ce qu’on en attend, nous, êtres fragiles (la vieillesses et la maladie sont des formes de cette fragilité)? J’ai commencé à partir de là, à adopter ma démarche aux enfants aux besoins spécifiques », relate Amira.

Autre étape autre orientation mais toujours par l’art, Amira adapte son approche à un public différent, plus jeune et avec une particularité: la maladie. C’est dans leur chambre d’hôpital que l’artiste retrouve les enfants atteints de cancer. Elle les emmène vers une démarche créatrice visant à dépasser la réalité vers un monde onirique meilleur, moins dur et moins fatal.

Grâce à l’imagination créatrice, Amira prouve aux enfants malades leur capacité d’action et leur fait explorer un monde dont ils sont les acteurs et les créateurs. « Les murs rendent malades, je faisais de mon mieux lors de mes passages pour montrer aux enfants que l’imaginaire est capable de dépasser le périmètre où ils se trouvent et je vivais à leurs côtés une évasion ludique et artistique ».

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Arrivée dans une chambre d’hôpital, elle transformait le cadre froid et sans vie en conte imaginaire, à travers la lecture, aux chevets des enfants. « La puissance de l’imagination a un rôle méditatif, elle aspire l’esprit de son cadre et le transporte ailleurs ». Et c’est vers la terre que Amira transporte aussi : « arroser, semer, entretenir, sourire au bourgeon qui voit le jour est , en soi, thérapeutique et c’est dans ce cadre que j’implique la création artistique », note Amira.

L’art pour dépasser les murs:

Aujourd’hui, Amira exerce sa passion dans un contexte différent. C’est dans la nature qu’elle retrouve ses apprentis artistes pour une approche encore plus poussée de sa démarche d’apprentissage de l’art. « Je n’ai pas voulu créer un club mais un process différent de ce qui existe. « , explique l’artiste.

Et de poursuivre « J’ai pensé à l’urgence de mettre en place cette approche dans une démarche pédagogique qui pourrait être partagée dans les écoles et les maternelles car nos enfants, avec l’ère du virtuel, s’éloignent de l’essentiel ».

Dans un processus d’apprentissage qui l’a interpellée depuis ses années de Beaux Arts, Amira explore ce qui a trait à la santé mentale des enfants et à leur bonheur, d’une manière plus spécifique. Elle fait baigner les enfants dans un endroit de vie naturel à entretenir et en fait un espace de création que chacun d’entre eux appréhende à sa façon.

« C’est dans ce sens que j’ai appelé ma démarche « Coin Tipi« , une démarche qui appelle au voyage, à la découverte et surtout à la légèreté créatrice. Mon espace est un concept que je prends sous mon tipi », détaille l’artiste.

Un process artistique particulier:

Rendez-vous est donc donné dans les jardins de Zmorda, un espace culturel de la Soukra. S’enchaînent dans la verdure, des étapes différentes pendant lesquelles l’enfant évolue vers son imaginaire créatif. Une première prise de contact a lieu autour d’animaux du poulailler. Les petits citadins les touchent, leur donnent à manger, les caressent.

Amira les invite même à bien les regarder, à les toucher pour privilégier le contact direct avec les animaux, passage pendant lequel l’enfant explore, selon elle, sa sensibilité et « se connecte » à la nature. Deuxième étape du parcours proposé: la méditation autour d’un tipi installé dans le jardin. Une lecture puis une connexion au monde imaginaire, via un moment de repos et de méditation.

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Place donc à l’imaginaire qui se concrétise ensuite autour d’oeuvres créées par les enfants, un moment pendant lequel ceux-ci donnent vie au conte lu lors de l’étape précédente et dont l’univers a été revisité par eux, chacun à sa manière. « Mes enfants interprètent artistiquement un monde qu’ils ont eux-mêmes créé. Ils explorent leurs capacités artistiques et voient que, dans ce monde, leur regard a de la valeur », déclare l’artiste.

Le livre contre des graines

« J’ai voulu agir avec des enfants, car c’est là que les changements sont plus assimilables », justifie Amira Hammami. Dans le processus artistique, les enfants rencontrent des personnages autres, ceux d’autres artistes, comme les personnages de Lea – Vera. « Les enfants interagiront avec le fruit de l’imagination de cette artiste tunisienne décédée, comme un hommage à elle et à son oeuvre », explique Amira Hammami, en parlant d’un atelier qu’elle proposera samedi 6 mai.

Avec les enfants qui suivent sa démarche artistique, celle-ci a créé un conte collectif qui sortira fin mai.

« Pour avoir ce livre, il faudra payer un prix peu ordinaire: des graines à la place de l’argent », note-t-elle. Retour vers la nature certes, mais une idée recherchée surtout: que ce qui compte, c’est ce qui germe et pousse en nous et autour de nous. L’art est à portée de main et d’imagination.

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Dans les coulisses des villages SOS: Les détails d’une structure peu connue

Le concept des centres SOS accueillant des enfants en difficulté ou abandonnés est né en Autriche en 1949. C’est le médecin Hermann Gmeiner qui a créé le premier village à la 2ème guerre mondiale pour venir en aide aux enfants devenus orphelins. Son idée consistait en un accueil dans des maisons reproduisant le schéma familial où les enfants étaient dans un foyer les réunissant comme des frères et soeurs autour d’une mère SOS.

SOS Tunisie, la structure:

SOS existe en Tunisie depuis 1981, date du lancement du village de Gammarth. Depuis, trois autres villages ont vu le jour avec l’idée d’une implantation régionale couvrant les différentes régions de la Tunisie. A Akkouda, au Mahres et à Siliana, des équipes accueillent des enfants en difficulté sous l’égide d’une structure composée d’un comité directeur, d’une présidente nationale élue, d’une directrice nationale et de directeurs de villages.

Responsables des collectes de fonds, de la gestion du parc technologique, psychologues, éducateurs, chargés du renforcement familial, chargés de l’insertion des jeunes, secrétaires de village, directeurs et mamans: Une équipe composée d’une centaine de personnes travaille au quotidien au sein des 4 villages tunisiens pour assurer le quotidien d’enfants mis à mal par un système parental qui a dysfonctionné pour des raisons diverses.

Au sein des villages SOS, la protection est une priorité, expliquent les responsables.

« Toute personne qui entre en contact avec les enfants doit être un exemple en termes de comportement et de discipline », explique la responsable.

Manuels, guides, codes de conduite, standards de qualité sont mis en place et sont le gage de notre vigilance relative à la culture de « bientraitance », expliquent les responsables au HuffPost Tunisie.

Accueil enfants:

Ils sont 65 enfants à Gammarth, 105 à Akkouda, 40 à Siliana et 74 à Mahres à vivre dans ces maisons SOS. Un des standards de SOS c’est que « ne sont admis que des enfants sans soutien ou en situation de menace ou de négligence », explique au HuffPost Tunisie Olfa Rakrouki, responsable des programmes et conseillère nationale « Accueil familial ». Cette psychologue clinicienne de formation qui a commencé sa carrière comme psychologue du village de Gammarth explique que 70 % de la population SOS sont nés hors mariage.

Les enfants arrivent ici avec des critères et les dossiers sont envoyés par l’INPE (généralement parce que l’idée de l’adoption est exclue), par les délégués de protection de l’enfance, par les 13 associations privées pour les bébés sans soutien dites pouponnières ( et qui transfèrent les enfants non adoptés au delà de 2 ans vers SOS), par les services sociaux des régions, suite à une décision du juge de la famille.

« La particularité de nos villages c’est que ce sont les seuls organismes qui accueillent les enfants de la naissance à l’âge avancé », explique Olfa Rakrouki qui précise toutefois que seuls les enfants en bonne santé sont admis. Une exclusion qui se justifie selon elle par la « difficulté que peut avoir la mère de gérer les autres enfants qu’elle a en charge quand l’un d’eux présente une maladie nécessitant plus de présence ou plus d’attention ».

Quant à l’admission, elle est précédée par une préparation permettant de rapprocher l’enfant de la structure (préparation de l’enfant mais aussi de la famille du village, la mère et la fratrie) et de visites sociale et médicale permettant de juger si l’enfant est mieux au sein de SOS ou dans une autre structure. « C’est toujours mieux de vérifier pour laisser la place pour les plus démunis, explique Olfa.
Est ensuite mise en place une organisation quotidienne permettant de surveiller le développement de l’enfant et du jeune. Des fiches à remplir par la mère du village pour chaque enfant, des réunions une fois par an avec l’équipe permettent de cerner les problèmes de chaque enfant et de tracer des objectifs, explique Amira Zouaoui, responsable communication.

Le système de parrainage permet de prendre en charge un enfant en particulier. Toutefois, SOS évite le contact direct entre l’enfant et son parrain ou sa marraine. « Nous autorisons quatre visites par an. Il fut un temps où les parrains étaient autorisés à faire sortir leurs filleuls en promenade. Nous avons arrêté cela car nous avons eu des cas de parrains qui disparaissaient du jour au lendemain suscitant la désolation et l’incompréhension d’enfants vivant cela comme un deuxième rejet », explique l’ancienne psychologue du village.

La famille SOS au quotidien

Chaque mère a en charge 7 enfants environ. Chacune reçoit un budget par semaine qui s’élève à 2 dinars par enfant par jour. Celle-ci tient un carnet d’achats vérifié périodiquement par l’association qui, elle, gère un budget global débloqué par tranches. A cela, viennent s’ajouter des budgets de sorties familiales organisées par la mère par le biais de l’argent de poche des enfants et parfois des vacances d’été (2 ou 3 familles peuvent louer une maison pour la saison, départs en colonies de vacances…).

Par ailleurs, les structure SOS permettant de maintenir le lien avec les familles biologiques, certains enfants partent pendant les vacances scolaires retrouver les leurs. « Nous avons remarqué que les enfants qui passent de longues périodes dans leurs familles revenaient avec une difficulté de réinsertion et d’apprentissage ensuite. Pour l’été, nous avons choisi que ceux-ci passent un mois au maximum dans leurs familles. Nous sommes conscients de l’importance de nouer le contact avec leurs proches, mais nous voulons éviter qu’ils aient des séquelles à leurs retours », explique la responsable des programmes.

Le règlement intérieur stipule aussi que les parents viennent à des horaires administratifs. En revanche, la responsable nuance: « Ce n’est pas régulier et nous nous adaptons car il y a des mères SDF ou avec un travail particulier pour qui ces restrictions ne sont pas applicables. Toutefois, et dans une démarche appliquée au sein du réseau mondial de SOS, l’association laisse de plus en plus la place pour des liens avec la famille biologique afin de favoriser la réintégration.

« Nous essayons de maintenir certains enfants dans leur environnement familial en amenant des aides aux familles dans le besoin », indique la responsable pour présenter le programme dit de renforcement familial.

Dès l’âge de 15 ans, les jeunes sortent de la cellule familiale SOS pour partir vers un foyer de jeunes puis vers des maisons encadrées (de 18 à 23 ans). Des passages qui ne sont pas sans difficultés. « Certains vivent mal le fait d’être hors programmes. Ils se sentent rejetés. Mais au delà de l’obligation professionnelle nous avons un engagement humain. Nous ne pouvons pas rester insensibles face à ceux qui nous rappellent qu’ils sont nos fils et nos filles », indique la responsable.

Au delà de cet âge, la plupart des jeunes partent en dehors de la structure. Même s’il est déconseillé de travailler pour l’association une fois un diplôme en poche et ce afin de favoriser l’autonomie et l’ouverture au monde, le lien reste souvent permanent entre les anciens pensionnaires et l’institution.

 » Ils viennent, aident, deviennent parrains, nous permettent de recueillir du feedback pour améliorer des relations que l’on découvre après coup émaillées d’une certaine rancoeur », explique-t-on.

« Nous essayons de faire en sorte que l’histoire de chaque enfant soit bien construite dans la continuité. Comme les pièces d’un puzzle nous les préservons, chacun disposant d’un album photo retraçant son passage au sein du village », explique la responsable mentionnant que par attachement à leurs enfants du village, elle a vu des mères partir à la retraite en emmenant les albums des enfants dont elle a eu la charge. Une anecdote qui en dit long sur une filiation très particulière.

Profession: Mère SOS

L’association en est à sa 9ème session de recrutement de mamans. La dernière ayant eu lieu en 2016. Depuis 1999, une centaine de mères et tantes ont été choisies et formées.

C’est un métier comme un autre; on y accède après des stages successifs: un stage probatoire de 3 mois après entretien de présélection et une série d’ évaluations. « Il y en a qui n’aiment pas après coup ou semblent avoir des problèmes après la sélection », précise la conseillère nationale.

A celle qu’on propose un contrat en CDD et un Smic, on propose également une formation académique, un stage technique dans les pouponnières, des formations en informatique, en cuisine, en secourisme… 11 modules en tout pour que le contact mère-enfant soit fluide.

« SOS a donné de nouvelles directives dès les années 2000: nous nous orientons vers le recrutement de femmes ayant entre 30 et 45 ans, nous faisons plus attention à leur niveau scolaire (niveau plus élevé bac ou 5ème du secondaire et 2 ans de formation) », explique la directrice. Celle-ci précise par ailleurs qu’il est possible d’accepter des mères SOS mariées. « C’est une manière de remédier au manque de motivation que de laisser la mère vivre sa vie. Nous essayons également de créer une ambiance récréative au sein des villages, d’éviter aux mamans le sentiment de routine », précise-t-elle.

« Nous avons des mères qui arrivent avec des enfants après un divorce, nous les maintenons avec leurs propres enfants », poursuit-elle.

Et d’ajouter: « Des générations de mamans sont passées par là. Il y en a qui ont fait 30 ans de carrière. Elles ont éduqué des jeunes devenus hauts cadres des fois. Même si la population SOS est en effet à l’image des familles tunisiennes avec des échecs et des réussites. Ces mères ont consacré leur jeunesse à nos enfants ».

Une reconnaissance morale que les membres de l’équipe souhaitent acter autrement: « Il est nécessaire de mettre en place une reconnaissance de la profession de mère SOS. Nous avons comme date butoir décembre 2018 pour le faire en Tunisie. Le Maroc a obtenu l’appellation « Aide familiale » et ce depuis 2007, en Palestine « Mère alternative », en Egypte « Assistante ». En Tunisie, un dossier a été monté depuis 2009 et pourtant on ne nous a proposé qu’une appellation que nous avons refusée qui est « animatrice de jardin d’enfants, une appellation qui ne colle pas au métier », indique Olfa Rakrouki.

Une négociation serait en cours dans ce sens. Son objectif étant de valoriser un métier noble et difficile afin de garantir le droit des mères et de réussir à en attirer pour combler un certain turn over généré notamment par le mariage de certaines mamans SOS.
« A 3 reprises des mères SOS ont été décorées par le ministère de la Femme, c’est une forme de reconnaissance », conclut la responsable.

Un challenge attend SOS:

L’antenne tunisienne de SOS reçoit près de 65% de son budget du réseau international auquel elle appartient. Ce sont les villages « les plus riches » qui aident les moins favorisés. Toutefois, un dernier audit a inscrit les villages tunisiens sur la liste de ceux pouvant avoir une autonomie financière.

« SOS se retrouve orphelin lui-même, par rapport au réseau international « , lance une des responsables tunisiennes.
D’ici 2020, l’aide se fera dégressive avant de s’arrêter définitivement. Cette décision est vécue comme un véritable défi par les membres de l’équipe SOS Tunisie. Entre démarches pour chercher les donateurs particuliers, le système de parrainage, la recherche des fonds, l’association s’organise pour assurer sa survie et la pérennité de la structure. « Les bailleurs de fonds préfèrent financer des projets à résultats immédiats. Offrir de quoi nourrir les enfants n’intéresse pas toujours, mais nous devons trouver de quoi assurer le quotidien basique des enfants », explique la directrice nationale.

Parrainages grand public et entreprises, dons en nature ou en espèces permettent d’assurer la phase d’autonomisation des villages SOS tunisiens aidés par l’association mère dans cette phase de stabilisation vers la suffisance financière. Digitalisation: dons en ligne, emailing, partenariats entreprises, sont menés pour qu’à terme, les équipes tunisiennes puissent compter sur leurs propres moyens.

« Nous ne pourrons pas progresser tant que nous n’avons pas stabilisé nos finances: nous devons nous limiter jusqu’en 2020 et réduire l’accueil de nouveaux enfants. Ici, nous ressentons l’impact de l’inflation et malgré des prix en hausse, nous essayons de contrecarrer les moyens restreints pour que cela n’impacte pas le quotidien des enfants », explique la directrice de SOS.

Et d’ajouter que comme dans de nombreuses familles tunisiennes l’employabilité des jeunes est un des plus grands problèmes . « Cela pénalise la prise en charge d’autres enfants », indique-t-elle.

SOS accueille des enfants dès un jeune âge et jusqu’à la stabilité financière. « La stratégie 2030 vise le développent et l’employabilité des jeunes. « La vie au village n’est qu’une 1ère étape », conclut la directrice nationale.

 

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Femmes, bonne fête quand même!

Tu te lèves le matin, tu regardes la date sur ton téléphone: 8 mars, jour de fête dans le monde entier. Sur les réseaux sociaux les fleurs envahissent l’écran. Les voeux te submergent. Tu n’as pourtant rien fait, à part être ce que la nature a décidé pour toi. Fête des femmes du monde. Pourtant dans ce monde, tous les jours c’est ta fête!

Au diable l’euphorie du jour, quand tu te rappelles que tu es en retard pour la démarrer ta vie de femme. Tu t’habilles; tu ne te coiffes pas, car le temps manque. Le temps manque toujours à ta journée de femme active. Hyperactive, tu dois l’être à défaut d’être dépassée par les événements. Ces événements qui vont toujours trop vite qui t’ont faite épouse, puis mère, qui t’avait faite fille de, qui t’ont donné, par le hasard des rencontres, des passions et qui t’ont inculqué, comme une fatalité indispensable à ton épanouissement, l’ambition.

Retour sur terre! Réveiller les enfants. Fait! Les aider à s’habiller. Fait! Les faire petit déjeuner. Pas fait, il faut bien qu’ils te fassent la fête un peu. Courir vers la voiture. Réduire ses rêves de femme à un seul: arriver à l’heure pour l’école. Passer pour une mauvaise mère serait mal vu, en ce jour « bien spécial ». Pourtant, un homme à ta place ne serait pas traité de mauvais père. Soit! On a appris à faire avec…

Faire avec, telle est la démarche qui te réconcilie avec ce monde trop dur avec toi et avec cette société où tu dois faire la dure. C’est ainsi que tu dois être pour ne pas te faire aborder dans les rues de la ville. Avoir une tenue pour le centre ville justement. Pas trop découverte, pas serrée, assez « respectueuse ». Tu la mets systématiquement pour tes virées « dépaysantes » dans des rues qui te ressemblent de moins en moins, des rues des fois hostiles à la femme, car emplies d’une admiration un peu trop débordante. Respectueuse en vers qui en fait? Tu ne le sais même plus mais tu t’y plies par facilité. Ca t’évite, les regards « dénudants », les répliques vulgaires, les réflexions tordues et les compliments insultants car insistants.

Ta ville tu l’aimes, mais tu la détestes. Parce qu’il y a encore des cafés pour les hommes qui jonchent ses trottoirs. Parce qu’elle est matriarcale mais machiste. Parce qu’elle est le reflet de ta société. Et dans ta société, il y a encore des filles qui épousent leur violeur. Il y a des femmes battues qui se taisent de peur de se retrouver sans foyer. Il y a des épouses trahies qui gardent cela pour elle pour garder une stabilité, elles dont les finances sont en mode précarité.

Pourtant la femme dans ton pays est fêtée doublement. Deux dates qui sont, chaque année, l’occasion de rappeler le Code du Statut personnel, les avancées bourguibiennes en la matière, les prouesses de femmes particulières et la particularité bien tunisienne de la gent féminine.
Deux fêtes, un CSP- jadis avant-gardiste – et un énorme décalage entre le texte et la pratique. Entre la rue et la télé, entre les articles vantant tes mérites et des pratiques sociales les rabaissant.

Peut-on être femme en étant individualité? Le propre de la femme est la générosité, c’est ce que disent, du moins, certains stéréotypes. Il n’y a pas lieu d’être euphorique donc, tant que le topo est en clair obscur. Tant que la société n’a pas suivi le mouvement de ses textes et que des femmes pâtissent ça et là de questions de genre devant avoir cessé d’exister depuis longtemps.

Tu cesses tes pérégrinations lorsque ton fils te demande de baisser le son de la radio annonçant à coup de chansons spéciales et autres voeux lancés à tout va. « Maman, est-ce qu’il y a une fête de l’Homme? », « Non, mon fils et c’est quand il y en aura une, qu’il y aura quelque chose à fêter! ».

 

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Médecins contre journalistes: Ces métiers nobles que l’on malmène

Je me suis endormie hier au rythme des notifications de mes amis médecins dénigrant, sur leurs pages, des radios de la place. La guerre est annoncée et elle prend des proportions corporatistes. Sommes-nous, nous journalistes, en guerre contre les médecins? Il semblerait que oui.

C’est ce que laissent, du moins, augurer les messages d’indignation, les menaces de réaction et l’annonce d’une grève décrétée par nos blouses blanches pour la date du 8 février.

Soutenir ma corporation ou celle des autres? Est-ce une manière adéquate de se positionner par rapport au conflit du moment? Ma réponse je l’ai eue ce matin en sortant de chez moi. J’entamais ma journée de journaliste et, elle, finissait sa nuit de permanence.

Elle avait sa blouse blanche et son stetho. Elle portait les cernes d’une fatigue nocturne et avait l’air hagard des internes au lendemain d’une nuit de garde. Elle a dû sauver des vies, soigner des malades. Elle a dû être patiente envers des patients souvent impatients.

Elle a dû pâtir encore une fois du manque de moyens et de la violence qui sévit dans nos hôpitaux. Elle a dû constater encore une fois la pénibilité de ce métier qu’elle a choisi, un métier noble et dur à exercer, doublement pour ceux qui y débutent.

Les périples d’une interne mise en garde à vue après des articles évoquant la mise dans la morgue d’un bébé encore vivant (et sorti vivant également), ont rappelé le grand impact de nos deux métiers. Eux impactant sur la vie humaine de ceux plaçant, entre leurs mains, leur santé et nous, impactant sur l’opinion publique au moyen d’articles de presse en lesquels des lecteurs ont foi.

Qui a failli dans l’affaire? Probablement ceux qui défendent bec et ongles sans se dire que l’erreur est possible de l’un et de l’autre côté. Ceux qui ont fait de deux faits divers (cette affaire et celle d’un médecin en garde à vue à Gabès) une guerre de corporatisme. Ceux qui diabolisent et ceux qui dénigrent. L’erreur est partagée, elle est humaine et ne peut faire l’objet de généralisations arbitraires.

En erreur donc les médias qui n’ont pas vérifié le fond de l’affaire, qui se sont suffi de la déclaration du père endeuillé et qui ont occulté le fait qu’il s’agisse de prématurité sévère et que des heures après sa sortie de la morgue un nourrisson (même à la santé normale) ne pouvait être encore en vie.

En erreur également, ceux qui essayent de défendre la confrérie aux moyens de campagnes organisées sur les réseaux sociaux au lieu d’éclairer l’opinion publique.
En erreur, aussi l’opinion publique qui fait la loi alors qu’elle fait dans l’injustice et l’impartialité.
En erreur le système qui se base dessus pour réprimer.

En erreur la répression au nom de la loi tant que le coupable n’est pas désigné comme tel.
Car au delà des métiers de chacune des parties afférentes à cette affaire, réside un constat affolant: celui que tout citoyen peut se retrouver en prison, en étant juste suspect.

Résultat de l’affaire, deux médecins ont passé leur weekend en prison comme de vulgaires criminels, comme s’ils allaient se défiler de la justice, comme s’ils allaient esquiver à la loi ou quitter le pays.
C’est cela les gardes à vue, et elles sont encore plus injustes en temps d’état d’urgence.

Ces abus tolérés au nom de la loi ont affecté cette fois-ci un corps de métier qui se veut solidaire pour le meilleur et pour le pire. Ils affectent régulièrement des citoyens sans soutien.
Et si bataille, il y a, ce n’est incontestablement pas les-uns contre les autres mais ensemble contre un système que nous tous subissons.

Il ne s’agit donc pas de la médecine contre le journalisme, ni des médecins contre l’opinion publique, mais de deux médecins et de certains journaux, de deux citoyens en somme et d’un abus réglementé.

Autrement, de part et d’autre, il serait intéressant que l’on cesse de travailler dans des environnements hostiles, au nom de la noblesse des missions incombant à chacun de nos métiers et de l’utilité publique qui, sauf Exception, s’en dégage.

 

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Habib Cheikhrouhou, le père d’Assabah, raconté par sa fille

Il a fondé Dar Assabah, grand média tunisien, aujourd’hui au centre d’un débat visant la finalisation de sa cession. Ce projet de vie (passé partiellement entre les mains du gendre de Ben Ali et confisqué à la suite de la révolution par l’Etat tunisien) porte, en effet, dans son ADN, le nom d’un des pionniers de ce pays: Habib Cheikhrouhou, venu de Sfax à Tunis, dans les années de lutte anti-colonialiste, militer par les mots et par les actes. Plus qu’un projet éditorial, plus qu’une vocation informative, Habib Cheikhrouhou a été un porteur de projet à une époque où l’on ne pouvait avancer réellement sans courage et patriotisme.

De ses 7 enfants et .. petits enfants, le HuffPost Tunisie a choisi sa fille Azza, pour revenir avec elle sur la vie de celui qui a été pour ce pays, l’un des fondateurs. Des Cheikhrouhou, Azza est la plus jeune. Elle a collaboré au journal de sa famille et dit avoir contribué « à sa bonne marche pendant de longues années ». Azza a vendu ses parts de l’édifice patriarcal avec quelques membres de la fratrie. Une vente imposée par une conjoncture personnelle et familiale, explique-t-elle. « C’est avec beaucoup d’amertume et à contrecoeur que j’ai dû me défaire de ma part dans la société familiale: je n’aurais jamais pensé qu’un jour je pouvais arriver à ce cas extrême », tient-elle à expliquer.

« Assabah », Azza en parle comme d’une femme qui a conquis le coeur de son père et qui s’est accaparé son attention et son affection. « Lors d’un dîner avec le couple Bourguiba, ma mère a dit ‘je me plains à vous de mon mari, il en a une autre! Bourguiba s’est emporté et lui a dit ‘Une autre! comment a-t-il osé? N’ai-je pas aboli la polygamie! oui, une autre a rétorqué ma mère et elle s’appelle Assabah! Celle-là c’est moi-même qui la lui autorise a répliqué Bourguiba ».

Et quand elle parle de son père, Azza n’omet jamais de citer Hallouma bent El Béhi. Fille des quartiers de la Médina qui a accepté d’épouser sans le voir cet inconnu venu de Sfax, qui a accompagné son succès, bien géré sa fortune naissante et qui a contribué à le propulser dans les hautes sphères de la société tunisienne et de ses politiques.

« C’était la fête tous les soirs, chez nous. Autour du couple, des hommes politiques, des penseurs, des chanteurs animaient une vie mondaine exemplaire. Ma mère n’était pas très instruite, mais avait une intelligence sociale qui a aidé mon père. Peut-on être dans le journalisme sans cela. Je pense que non! ».

Ce microcosme riche et puissant dans lequel évoluaient les Cheikhrouhou se retrouvait aussi dans les colonnes de leur quotidien. Les plus grands noms y écrivent, y contribuent, y participent faisant ainsi le succès et la fortune du média et de son fondateur. « Certains collaborateurs ont contribué à l’essor de Assabah, je peux en citer si Hedi Laabidi, Mohamed Guelbi avec sa fameuse rubrique Lamha… » , précise Azza.

Implanter son journal dans les milieux culturel et politique tunisiens, Habib Cheikhrouhou a su le faire en ajoutant, à son succès, une longueur d’avance qui a réussi à en réaliser l’expansion. « Mon père était un précurseur. A Bourguiba il a lancé une fois : »Je ne veux pas d’argent de votre part, Monsieur le Président, donnez-moi de la publicité! » Il avait été le premier à instaurer le principe de la publicité de la part de l’Etat pour les médias nationaux, lui qui a été l’un des premiers investisseurs à avoir lancé un média privé ».

Habib Cheikhrouhou a aussi créé une autonomie pour son projet en mettant en place son propre réseau de distribution. « Il en avait assez de la distribution classique qui était pénalisée par une mainmise de la part d’une famille dont elle devenait tributaire. Il a alors demandé 4 autorisations pour des louages (véhicules de transport en commun) et a distribué lui-même au nord, au sud, à l’est et à l’ouest de la Tunisie. Il a ainsi réalisé ce à quoi il aspirait: présence dans les régions et journalisme de proximité », relate Azza.

Dans les années 80/ 90, Assabah était à son apogée. Son lectorat était en France, aux Etats-Unis… et son expansion constituait une fierté pour toute une famille. Car le média est certes l’oeuvre du père mais il était aussi la propriété de ses sept enfants. « Il a voulu de son vivant que la société nous appartienne à tous. Il a voulu que nous ayons nos parts (une part pour chaque fille et deux pour chaque garçon) dans cette réalisation qui est sienne. Il voulait tellement nous unir autour, nous avons fini par nous désunir ».

Une réplique lancée avec amertume par cette descendante qui préfère garder pour elle les détails d’un conflit entre fratrie persistant toujours et ayant pour nom Assabah. Ce projet de vie qui s’est disloqué et qui a fini par échapper à ses faiseurs.

« Après sa mort j’ai appris qu’il gérait tout un village, subvenait aux besoins de ses habitants au quotidien. Il était très discret et avait de la retenue. Il était, par ailleurs, avare en mots et prenait le temps de réfléchir, mais quand il parlait, il était percutant, avec de l’humour et avec une façon très anecdotique. J’ai su qu’il appelait tous les jours le standard du journal juste pour écouter dire par l’opératrice, anonymement, le matin ‘Bonjour ici Assabah’ et en fin de journée ‘Bonsoir, ici Assabah’ « .

 

 Habib Cheikhrouhou est décrit comme une personne qui maîtrisait comme nulle autre la proximité distante et la distance affectueuse. « Sa porte était toujours ouverte et sa devise était donner sans compter. Pris par son projet, il m’a vu grandir par intermittence et m’a laissé décidé pour ma vie quitte à ne pas toujours faire les meilleurs choix, mais je garde de lui la rigueur et les principes. C’est ce que j’ai passé aussi à mes propres enfants: sa modestie, sa disponibilité pour les autres et son sens du projet mené à terme. Il était fier de nous comme on l’est d’une réalisation réussie: assis autour de lui pendant ses dernières années de vie: il nous regardait et disait « Tout ce beau monde est à moi? », on lui répondait fièrement que oui, à lui le fils unique, orphelin de mère dès sa naissance ».

Habib Cheikhrouhou est arrivé à Tunis modestement, seul, avec seulement une idée et des principes, il a quitté la vie, le 27 janvier 1994 laissant derrière lui un journal aujourd’hui âgé de 66 ans.

*Habib Cheikhrouhou a fondé en 1951 le journal tunisien Dar Assabah. Militant d’origine sfaxienne, il a oeuvré, malgré les pressions en temps de colonisation, en faveur d’un salut culturel pour la Tunisie. A la fois proche de la sphère politique et de l’élite culturelle, proche de Bourguiba et de ses ministres et membre du groupe d’artistes dit Tahte essour, il a ouvert son journal aux plumes engagées et aux esprits aspirant à l’indépendance. Malgré les pressions du colonisateur, l’exil, l’emprisonnement, les menaces d’assassinat par la main rouge, Habib Cheikhrouhou a résisté ainsi que son projet: faire des mots un acte de courage .

 

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