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L’égalité Femmes-Hommes- Les détails d’une stratégie francophone

 L’OIF a rendu public, en février 2025, un rapport détaillant les actions et les perspectives de la Stratégie de la Francophonie pour la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes, des droits et de l’autonomisation des femmes et des filles. En voici les détails.

L’OIF a mis en place, en 2018, lors du Sommet d’Erevan en Arménie, une stratégie (Stratégie EFH) visant la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes. Les actions sont menées sur des territoires aux divers schémas sociaux et géographiques et permettent de lancer des initiatives, de créer des synergies et de fédérer en faveur du changement.

Le rapport publié par l’OIF est un bilan d’étape revenant sur l’impact de différentes actions et présentant cette thématique comme une urgence en faveur du soutien aux femmes et aux filles en vue de la préservation de leurs droits et de l’amélioration de leurs situations sociale, économique et psychologique.

Dans ce rapport relatif aux actions menées dans ce sens, l’OIF parcourt les jalons posés en faveur des droits des femmes et des filles, de leur éducation et de leur la formation, de leur autonomisation économique, de leur leadership et de leur participation dans la vie politique, économique, sociale et culturelle.

 

Le rapport revient sur des actions devenues emblématiques, outre celles tenues en marge de la Commission de la condition des femmes des Nations unies à New York, et sous l’égide de l’Union africaine, comme :

  • La 3ème conférence sur la masculinité positive
  • Le Fonds « La Francophonie avec Elles », lancé en 2020, ayant déjà soutenu plus de 286 projets dans 30 pays, touchant près de 80 000 femmes.
  • Le Réseau francophone pour l’égalité femmes-hommes (RF-EFH), qui procède à des actions qui renforcent les organisations de la société civile (OSC), par le biais du coaching de leurs leaders et membres et « la création d’espaces consacrés au renforcement des liens ou à la mise en œuvre de réalisations conjointes ».
  • Le consortium international d’établissements a été initié avec ONU Femmes en vue de la création de ressources éducatives de qualité en langue française sur l’égalité femmes-hommes (mises à disposition en mars 2023).
  • Un programme de certification a été mis en place en collaboration avec l’Université Senghor. Son objectif est d’accompagner les décideurs politiques pour que l’égalité femmes-hommes soient intégrées dans les stratégies des politiques publiques nationales.
  • Un programme de renforcement des capacités a permis d’aider à la conception et au pilotage de politiques publiques intégrant l’égalité femmes-hommes. En ont bénéficié, en 2023 et 2024, près de 80 cadres et responsables des ministères, des instances décentralisées et parlementaires de 21 pays.

Le rapport revient dans un premier temps sur « l’engagement accru de la Francophonie, qui se manifeste par l’adoption d’un corpus normatif progressiste et inclusif, particulièrement attentif aux droits des femmes ». Les bases de ce corpus sont : le Cadre stratégique de la Francophonie 2023-2030, la programmation de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) pour 2024-2027 et l’approche par projet de l’OIF.

Dans un deuxième temps, le rapport aborde la mise en œuvre des actions de la Francophonie, autour des cinq axes d’intervention inhérentes à la Stratégie EFH, les résultats (quantitatifs et qualitatifs) obtenus. Y sont mises en avant les initiatives collaboratives avec des entités telles qu’ONU Femmes et le Réseau francophone pour l’égalité femmes-hommes, ainsi que d’autres réseaux institutionnels.

 

LES ENJEUX DE L’INEGALITE ET L’ENGAGEMENT DE LA FRANCOPHONIE :

L’espace francophone recèle une diversité culturelle porteuse de richesses mais également d’héritages sociaux affectant la notion d’égalité de genre. Le rapport détaille, dans ce contexte, des situations qui persistent malgré les avancées législatives et discriminent les femmes comme :

  • La participation des femmes au marché du travail avec des écarts de 20 % en moyenne par rapport aux hommes
  • L’autonomisation économique des femmes mise en difficulté car seulement 55 % des femmes en âge de travailler participent à la force de travail (76 % des hommes, selon les données de la Banque mondiale).
  • Les violences basées sur le genre persistent, avec des taux alarmants de violences domestiques et sexuelles. Environ 35 % des femmes dans l’espace francophone ont subi des violences physiques et/ou sexuelles au cours de leur vie, selon un rapport d’ONU Femmes.
  • L’accès à l’éducation fait partie des situations handicapant les perspectives économiques et sociales des femmes. Dans les pays francophones d’Afrique subsaharienne, près de 24 % des filles ne sont pas scolarisées.
  • L’impact des traditions culturelles (comme les mariages précoces et les rôles domestiques) affecte le quotidien des filles (déscolarisation) et limite leur avenir.
  • Les inégalités au niveau scolaire accentuent l’inégalité : le manque d’infrastructures éducatives, les violences sexistes et sexuelles en milieu scolaire, les obstacles financiers et le manque de sensibilisation sur l’importance de l’éducation des filles.
  • L’accès à la scolarisation connait des différences visibles au niveau de l’espace francophone. En Afrique subsaharienne, ce défi concerne les filles et les jeunes femmes lors de l’achèvement de leurs études secondaires et supérieures.

CINQ AXES D’ACTION :

Cinq axes ont été abordés, dans le rapport, pour définir la démarche en faveur de la promotion de l’égalité femmes hommes :

Axe 1 : PROMOUVOIR LES DROITS DES FEMMES ET DES FILLES VULNÉRABLES, ET LUTTER CONTRE TOUTE FORME DE DISCRIMINATION ET DE VIOLENCE 

  • PROMOUVOIR L’ACCÈS AUX DROITS PAR LA DÉLIVRANCE D’UN ACTE D’ÉTAT CIVIL :

Le rapport place l’inscription des jeunes filles à l’état civil comme un impératif que les autorités locales et les leaders d’opinion doivent soutenir pour garantir l’accès à des droits fondamentaux (le droit à l’éducation, le droit à un travail régulier, les droits politiques, la liberté de circulation ou encore la liberté d’accès à la propriété). « L’objectif est crucial : permettre aux filles de jouir des mêmes droits que les garçons à travers le bénéfice du droit à l’identité », justifie le rapport.

  • PRÉVENIR ET LUTTER CONTRE TOUTES LES FORMES DE VIOLENCES :

La Francophonie œuvre à la création d’un environnement sécurisant et respectueux pour les filles et les femmes. Comme exemples d’actions dans ce cadre :

  • Une présence aux côtés de l’Union africaine, à la campagne mondiale de l’ONU contre les violences faites aux femmes et aux filles, dans le cadre des 16 jours d’activisme du 25 au 10 décembre 2023
  • L’OIF soutenait la participation du secteur académique à la 3ème Conférence sur la masculinité positive organisée par l’Union africaine, les 27 au 28 novembre 2023, autour du thème : « Accélérer l’engagement autour de la convention de l’Union africaine sur la fin des violences contre les femmes et les filles ». 
  • LUTTER CONTRE LES STÉRÉOTYPES :

L’OIF mène des actions visant à lutter les discriminations envers les femmes et se basant sur la déconstruction des stéréotypes. « La Francophonie compte aujourd’hui 140 millions de femmes. À l’horizon 2050, elles seront 350 millions ». Les défendre passe, comme l’indique le rapport par la lutte contre les stéréotypes de genre « qui constituent les causes profondes de l’exclusion des femmes des domaines économiques, politiques et sociaux ».

Encadré : Une des actions emblématiques de la Francophonie a été la coproduction d’un cours en ligne ouvert et massif (CLOM) sur l’EFH avec l’appui technique de l’Université Senghor à Alexandrie, le premier de ce type à l’échelle de la Francophonie (sensibilisation de 5 124 personnes provenant de 94 pays aux enjeux de l’égalité femmes-hommes).

Le sport est également un moyen de déconstruction des stéréotypes de genre. Une intégration transversale des enjeux de genre a été intégrée par le Comité international des Jeux de la Francophonie (CIJF) dans le cadre de l’organisation des Jeux de la Francophonie de 2023 à Kinshasa.

Axe 2 : ASSURER UNE ÉDUCATION ET UNE FORMATION ET VALORISER LA PARTICIPATION DES FEMMES À L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET À LA RECHERCHE

  • ASSURER UN ACCÈS ÉQUITABLE À L’ÉDUCATION ET À LA FORMATION POUR TOUTES LES FEMMES ET LES FILLES :
  • Le programme IFADEM (L’Initiative francophone pour la formation à distance des maîtres) fait partie des projets majeurs dans ce cadre. Il a généré « un livret pour sensibiliser et former les enseignants et les directeurs d’école aux pratiques favorables à l’égalité entre filles et garçons, visant à créer un environnement scolaire plus inclusif et à encourager les jeunes filles à poursuivre leurs études et à s’orienter vers des filières traditionnellement masculines ».
  • La CONFEMEN a mené des actions en faveur de la participation des femmes à la recherche, et notamment aux filières scientifiques. La 60ème Session ministérielle de CONFEMEN, tenue du 22 au 26 avril 2024 à Abidjan, a permis d’approfondir la question de l’orientation des jeunes, notamment les filles, vers les filières scientifiques et technologiques, mais également de leur formation et leur employabilité.
  • L’OIF a déployé des activités en partenariat avec l’Institut africain des sciences mathématiques (AIMS) « portant sur l’amélioration de l’accès et la participation des femmes aux domaines d’études techniques émergents tels que ceux liés aux sciences, aux technologies, à l’ingénierie et aux mathématiques (STIM) ».
  • RENFORCER LA QUALITÉ DE L’ÉDUCATION ET DE LA FORMATION POUR LES FEMMES ET LES FILLES :

L’éducation inclusive et équitable passe par les actions menées au profit des enseignants et par la mise en place de ressources adaptées.

  • Le portail RELIEFH : une plateforme de partage de ressources éducatives mise à la disposition des enseignant(e)s et du personnel d’encadrement. « 216 ressources ont été publiées en 2023 et 2024, une nette augmentation comparée aux 48 ressources publiées entre 2019 et 2022 ».
  • Un consortium international d’établissements souhaitant s’engager dans une démarche de promotion de l’EFH (initié par l’AUF aux côtés d’ONU Femmes). Les travaux de ce consortium achevés en mars 2023 ont abouti à la production d’outils pratiques comprenant plus de 200 ressources documentaires multimédias francophones et gratuites sur la thématique de la promotion de l’EFH.
  • Le Réseau des centres régionaux francophones (CREF) et la Mobilité des enseignantes et enseignants de français ont élaboré un kit pédagogique « Vivre ensemble en bande… dessinée »
  • La mise en place d’une norme « Éducation-Égalité » pour des manuels scolaires sensibles à l’égalité femmes-hommes (développée par l’OIF en partenariat avec le Réseau Normalisation et Francophonie).

Axe 3 : FAVORISER L’AUTONOMISATION ÉCONOMIQUE DES FEMMES ET DES FILLES DANS LA PERSPECTIVE D’UN DÉVELOPPEMENT DURABLE ET D’UNE CROISSANCE INCLUSIVE

  • UN SOUTIEN RENFORCÉ ENVERS LES FEMMES ACTRICES DE LEUR AUTONOMIE :

« C’est dans cet esprit, et en réponse à la crise de la covid 19, que le Conseil permanent de la Francophonie, sur proposition de la Secrétaire générale de la Francophonie, a institué le 9 juillet 2020 le Fonds « La Francophonie avec Elles » (FAE). Conçu initialement pour une période de quatre années, ce Fonds a été pérennisé en 2023 pour renforcer l’autonomie financière et sociale des femmes ».

  • ŒUVRER POUR L’ÉGALITÉ DANS LES DOMAINES OÙ LES FEMMES DEMEURENT SOUS-REPRÉSENTÉES :

L’OIF a placé le numérique comme une priorité transversale dans ses projets au profit de l’égalité femmes hommes. Comme exemples ces deux projets :

  • Un atelier de réseautage pour femmes entrepreneuses francophones en Tunisie, en novembre 2023 a été initié par l’OIF, avec pour objectif : « renforcer leurs compétences entrepreneuriales et d’encourager la collaboration entre elles ».
  • Le projet D-CLIC valorise l’accès des filles et des femmes à la formation au numérique. « En 2023-2024, huit pays ont bénéficié du projet D-CLIC (Burkina Faso, République démocratique du Congo, Djibouti, Madagascar, Mali, Mauritanie, Sénégal et Tchad) ».
  • SOUTENIR L’ENGAGEMENT DES FEMMES POUR L’ENVIRONNEMENT :
  • L’Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD) a mené des formations au profit des jeunes femmes francophones afin de soutenir leurs projets dans des secteurs comme les TIC, l’eau, l’énergie, la construction, la foresterie, l’agriculture, l’industrie, la gestion des déchets, la mobilité urbaine, la finance durable et les biotechnologies.
  • Trois appels à projets ont été lancés en 2024, en Afrique centrale, afin de soutenir les initiatives environnementales dans les pays du bassin du Congo. L’objectif de ces appels est de soutenir les femmes porteuses de « solutions éco-innovantes mais aussi de promouvoir des projets climato-économiques intégrés ».
  • Une première formation dans le cadre de la phase 3 du FEDACAM a permis à une vingtaine de femmes maires, au Cameroun, de bénéficier d’une première formation « Genre et énergie », le 7 novembre 2023.
  • L’OIF apporte, également, « un soutien financier et technique aux associations et ONG œuvrant pour les droits des femmes à travers le Réseau francophone pour l’égalité femmes hommes ».

Axe 4 : PROMOUVOIR LE « LEADERSHIP », RENFORCER L’ÉGAL ACCÈS ET LA PARTICIPATION DES FEMMES DANS LA PRISE DE DÉCISION

  • UN PLAIDOYER ACTIF :
  • Le 4ème Forum africain sur les femmes, la paix et la sécurité, s’est tenu à Addis-Abeba, en 2023, pour mettre en avant les actions menées pour l’inclusion des femmes dans les processus de paix.
  • Les débats ont été inclus dans l’agenda « Femmes, paix et sécurité », dans le cadre d’une session d’information organisée à New York, en 2023, pour les conseillers militaires et les experts en opération de paix des Missions permanentes francophones. « Cette initiative a mis en lumière les dispositifs d’accompagnement pour les femmes francophones souhaitant participer aux missions de paix, renforçant ainsi leur rôle stratégique et opérationnel dans la paix et la sécurité ».
  • RENFORCEMENT DES CAPACITÉS DES FEMMES :
  • L’OIF a mené, en 2023, des négociations internationales sur le climat, la biodiversité et la désertification dans le but de « renforcer les capacités de 250 négociatrices des pays francophones en matière de prise de décisions environnementales ».
  • Une formation en leadership féminin et gouvernance politique a été menée au profit de 105 femmes candidates aux élections municipales de septembre 2023 en Côte d’Ivoire. En 2024, ce sont 135 femmes à Madagascar qui ont été formées à la participation politique et sensibilisées à l’engagement dans les processus électoraux. D’autres formations ont été organisées au Tchad et au Gabon.
  • 200 diplomates et fonctionnaires cambodgiens ont été formés (en français), pour renforcer la participation des femmes dans la haute fonction publique et dans les processus décisionnels.

Axe 5 : L’ÉGALITÉ ENTRE LES FEMMES ET LES HOMMES SUR LE PLAN ORGANISATIONNEL

  • SUIVI-ÉVALUATION DE LA PROGRAMMATION

Un outil de suivi et de désagrégation des indicateurs par sexe et par âge, a été mis en place. Il permet de « documenter les changements qualitatifs induits par chaque projet auprès des bénéficiaires cibles, notamment les femmes et les jeunes ».

  • ADAPTATION BUDGÉTAIRE

L’OIF place la femme comme prioritaire, dans sa programmation 2024-2027. « Cela se traduit sur le plan budgétaire par l’allocation des ressources aux projets. Des efforts ont été produits pour une plus grande efficacité des moyens mis en œuvre », précise le rapport qui rappelle que « l’ambition et l’urgence d’accélérer le rythme pour l’atteinte de l’égalité femmes-hommes requièrent des ressources financières importantes afin de produire des effets tangibles ».

  • LA PARITÉ DANS LES SPHÈRES DÉCISIONNELLES DE LA FRANCOPHONIE

L’OIF met en pratique son credo au profit de l’égalité à travers une parité femmes-hommes dans les postes décisionnels. « En matière de gestion des ressources humaines, l’Organisation promeut l’égalité des droits, des responsabilités et des opportunités pour tous, indépendamment de l’âge. En 2023 et 2024, le service des ressources humaines a activement travaillé pour assurer cette égalité dans les trois volets fondamentaux : droits, responsabilités et opportunités. (…) À ce jour, sur les 34 recrutements réalisés par l’OIF en 2023, 18 femmes ont été recrutées, représentant 53 % du total, un ratio qui a progressé en 2024 avec 67 % de femmes embauchées ».

  • UNE POLITIQUE DE PRÉVENTION ET DE LUTTE CONTRE LE HARCÈLEMENT

Afin de concrétiser sa lutte contre le harcèlement, « l’OIF s’est inspiré des recommandations et des bonnes pratiques internationales et a adopté, en septembre 2023, une politique de prévention et de lutte contre toute forme de harcèlement, afin de promouvoir et de favoriser un environnement de travail harmonieux et sûr, exempt de toute forme de harcèlement ».

  • UNE STRATÉGIE DE COMMUNICATION SENSIBLE À L’ÉGALITÉ FEMMES-HOMMES

L’OIF recourt à une communication mettant en exergue l’égalité entre les femmes et les hommes. Comme exemples : « Les portraits et les entretiens publiés valorisent autant les femmes que les hommes. De même, l’OIF veille au respect de la parité dans la représentation graphique, écrite, vidéo ou dans les réseaux sociaux et s’applique à lutter contre les stéréotypes de genre. Le respect de la parité est étendu autant que possible aux prix et concours ».

Le rapport élabore également, une vision stratégique pour la consolidation des résultats atteints et la mise en place de perspectives évolutives.

En effet, le Cadre stratégique 2023- 2030 privilégie une « approche intégrée de l’égalité » et repose, à la fois, sur un plaidoyer spécifique et sur la multiplication des actions (sur le terrain et au moyen d’un process inclusif). Quant à la programmation de l’OIF 2024-2027, elle détaille les actions à venir à partir des besoins et des objectifs à atteindre. « Il s’agit d’assurer que les effets et les impacts des projets déployés sur le terrain permettent de réduire les inégalités entre les femmes et les hommes, et d’accélérer les transformations sociétales », précise le rapport.

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L’égalité femme-Homme dans l’espace francophone- Dix ans d’actions et des perspectives dressées

Le Réseau francophone pour l’égalité Femme-Homme (RF-EFH) a tenu sa 3ème Assemblée générale au siège de l’OIF à Paris, les 11 et 12 décembre 2024. Retour sur les points marquants de cette consécration couronnant dix ans d’action au profit des femmes dans l’espace francophone.

Lors de l’ouverture, Mme Caroline St-Hilaire, Administratrice de l’OIF, a appelé à appuyer les synergies et à « mobiliser toutes les énergies pour accélérer les progrès vers l’égalité, les efforts indispensables à la paix et à la prospérité dans l’espace francophone ». Ce rassemblement a aussi été l’occasion de saluer l’engagement des membres du Réseau et leurs efforts collectifs au profit du statut de la femme.

Un bilan des initiatives réalisées en dix ans a été rappelé et les présents ont adopté les principaux aspects des actions à venir (dans la période 2024-2026). Des formations par thèmes et des campagnes de plaidoyer permettront de vulgariser certaines notions, de sensibiliser les sociétés ciblées et d’élaborer des partenariats utiles et impactants.

Encadré :

A l’issue de cette Assemblée générale :

  • Mme Marie Lydia Toto Raharimalala, représentante de FAWE Madagascar, a été élue Coordinatrice du réseau. Elle partagera sa responsabilité avec quatre nouveaux membres de la coordination.
  • RF-EFH a intégré sept nouvelles organisations appuyant ainsi la base collaborative du réseau.
  • Un manifeste intitulé « Pour une Égalité Femmes-Hommes ambitieuse et en action » a été adopté par les membres « réaffirmant leur engagement à intensifier les démarches concrètes pour promouvoir l’égalité ».

Le Réseau francophone pour l’égalité Femme-Homme est composé de soixante organisations présentes dans la société civile et servant de lieux d’échanges, d’actions et de plaidoyers dans l’espace francophone. Il se consacré à plusieurs problématiques féminines comme : « l’éducation des filles, la lutte contre les violences basées sur le genre, l’autonomisation économique, le leadership féminin en politique et le développement durable ».

Gras Parmi les objectifs du Réseau francophone pour l’égalité Femme-Homme, la participation à l’installation d’un « espace francophone plus juste et équitable, où l’égalité femmes-hommes demeure une priorité pleinement reconnue, garantie et effective ».

Ce rassemblement ambitionne, également, de mettre en place des outils de suivi et d’évaluation pour mesurer l’évolution en matière d’égalité dans l’espace francophone.

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Francophonie et diplomatie : Des perspectives multidisciplinaires

 Parmi les activités de l’OIF, figure une série de rencontres en lien avec le domaine de la diplomatie. Ces événements, générant des réflexions et des perspectives dessinées au profit de cette représentation, s’articulent autour d’un champ d’action commun : la francophonie, élément actif dans la sphère diplomatique et internationale.

L’expertise francophone, une place centrale dans le contexte international

Pour photo https://www.francophonie.org/bruxelles-les-ambassadeurs-francophones-evoquent-le-renforcement-du-multilateralisme-et-des-3577

Une première réunion plénière a été tenue par le Groupe des ambassadeurs francophones de Bruxelles (GAF-B), le 24 janvier 2025, sous la présidence de l’ambassadrice de Roumanie, Andreea Păstârnac, et en présence du ministre des Affaires étrangères de Belgique, Bernard Quintin. Plusieurs sujets en lien avec la place internationale de la francophonie ont été abordés. Cet événement a dressé, en partie, la feuille de route du GAF-B.

Lors de cet événement, le rôle stratégique de la Francophonie face aux défis géopolitiques actuels a été mis en avant. Rappelant que les relations diplomatiques entre la Belgique et la Roumanie fêteront, en 2025, leur 145ème anniversaire, le ministre belge a insisté sur l’importance de renforcer le multilatéralisme pour garantir un ordre mondial stable, dans un contexte international de plus en plus incertain. Il a salué les résultats du XIXᵉ Sommet de la Francophonie, tenu à Villers-Cotterêts et Paris en octobre 2024, qui placent l’OIF comme un élément actif et pertinent dans les processus de sortie de crise. Parmi les réalisations saluées, figure la création de l’Observatoire Boutros Boutros-Ghali, qui agira dans les domaines de la paix et de la sécurité, en se basant sur l’expertise francophone.

Le ministre belge a, en outre, insisté sur la nécessité d’une coopération efficiente et développée entre l’Union européenne et l’OIF, s’appuyant sur les valeurs communes de ces deux structures. Dans ce contexte, ont été rappelées des initiatives importantes de l’UE, comme la Facilité européenne pour la paix (FEP) qui se définit pour objectif l’action au profit de la sécurité internationale et la prévention des conflits ainsi que la stratégie « Global Gateway » qui agit, en accord avec les objectifs de développement durable des Nations unies, au profit du développement d’infrastructures durables multisectorielles (numérique, de l’énergie et des transports).

Le caractère éthique de l’IA a, également, été placé parmi les impératifs en lien avec le contexte international dans lequel l’action francophone est importante et utile car pouvant faire, de cette technologie, un outil inclusif et plus accessible (en français). Dans son allocution, le ministre belge a insisté sur la place que la francophonie doit acquérir dans ce domaine en développement, dans le monde entier.

Parmi les sujets abordés, lors de cette plénière, figure le renforcement du partenariat avec le continent africain. En marge de cet aspect, le ministre belge a été interrogé par les ambassadeurs présents quant à la réévaluation des relations entre l’Union européenne et les États-Unis à la suite de l’investiture de Donald Trump. L’importance d’une autonomie stratégique pour l’Europe a fait partie des éléments de réponses.

OIF-ONU : « Le Français de la diplomatie » 

 

La Représentation de l’OIF auprès des Nations Unies à New York, a lancé, le 28 janvier 2025, en collaboration avec le Département de l’appui opérationnel des Nations Unies, un cours intitulé « Le français de la diplomatie ». Il s’agit d’un programme destiné aux diplomates et aux membres des missions diplomatiques des pays membres de l’OIF pour qui le Français n’est pas la langue officielle. Cette initiative fait partie du projet « Langue française, langue internationale ».

Il s’agit d’un projet qui répond à la demande de nombreux diplomates et qui envisage d’appuyer l’action de l’OIF au sein des Nations Unies. Il rejoint la volonté du Secrétariat des Nations Unies de promouvoir le multilinguisme, à tous les niveaux des institutions internationales, et renforce ainsi les liens entre les deux entités.

L’objectif principal de ce programme est de permettre à ses disciples de renforcer leurs capacités linguistiques en français, afin que cette langue s’intègre dans leurs échanges professionnels. Les cours se tiennent à la fois au siège des Nations Unies et à la Représentation de l’OIF à New York. Les participants pourront bénéficier d’un contenu adapté à leurs compétences et fourni par des enseignants des Nations Unies.

https://www.francophonie.org/le-francais-de-la-diplomatie-une-nouvelle-formation-proposee-new-york-3583

GAF: Une présence francophone dans la gouvernance numérique

Ancrer les valeurs francophones dans les grands enjeux de l’agenda onusien, est un des objectifs du Groupe des Ambassadeurs francophones (GAF) qui s’est réuni, également, le 15 janvier 2025.

Parmi les autres priorités de ce rassemblement, figure la négociation de la « résolution biennale de l’Assemblée générale sur la coopération ONU-OIF », dont l’adoption est prévue lors de la 79ᵉ session de l’Assemblée générale. Cet axe majeur de la mobilisation du Groupe sera appuyé par la France, hôte du 19e Sommet de la Francophonie.

Le GAF qui a renouvelé, lors de cette réunion, la présidence de M. l’Ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, Représentant permanent de la RDC auprès des Nations Unies agit au profit du multilinguisme et vise une représentation francophone dans l’architecture de gouvernance propre à certains domaines stratégiques. Le Groupe prévoit, en effet, de se placer comme acteur important dans les discussions sur la gouvernance du numérique et de l’intelligence artificielle.

Dans l’agenda du GAF, figure la 4ème conférence sur le financement du développement (FfD4), prévue du 30 juin au 3 juillet 2025. Le groupe joue un rôle essentiel dans le processus préparatoire de cet événement qui représente une occasion de repenser l’architecture financière internationale. Cette réflexion vise de mettre en place un cadre de financement plus équitable et mieux adapté aux besoins des pays en développement confrontés aux vulnérabilités.

Doté d’une plateforme des Conseillers militaires, de police et d’experts en opérations de paix, le GAF fait, par ailleurs, de la stabilité, une priorité et prévoit de se mobiliser au niveau des enjeux linguistiques et interculturels dans les opérations de maintien de la paix de l’ONU.

Par ailleurs, le GAF se concentrera sur la révision du Conseil des droits de l’Homme, confiée à l’Assemblée générale des Nations Unies, afin de défendre une vision francophone et renforcer les liens entre New York et Genève. Le Groupe francophone a appelé à la mise en place d’un multilinguisme au niveau des différents processus de l’ONU.

https://www.francophonie.org/le-groupe-des-ambassadeurs-francophones-de-new-york-discute-de-ses-priorites-pour-2025-3574

Rappelons que le contexte international a été marqué, dans ce cadre, par les échanges autour des priorités du Président de l’Assemblée générale des Nations Unies (pour la reprise de la 79ᵉ session), ainsi que par la définition des priorités du Secrétaire général de l’ONU pour 2025.

Des procédures en faveur du multilinguisme

https://www.francophonie.org/GAF-new-york-entretien-avec-president-assemblee-generale-ONU-3518

Sous la présidence de l’Ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, Représentant permanent de la RDC auprès des Nations Unies, le Groupe des Ambassadeurs francophones (GAF) a aussi tenu une réunion en présence de plus d’une trentaine de délégations, avec, pour invité, Philémon Yang, Président de la 79e session de l’Assemblée générale des Nations Unies dont le mandat est placé sous le thème « L’unité dans la diversité ».

Cette vision stratégique a fait l’objet d’un débat centré sur les défis liés à la réalisation complète du multilinguisme à l’ONU. Le travail significatif de l’OIF pour promouvoir la langue française a été salué et, a été rappelé, l’engagement commun des deux organisations (OIF et ONU) en faveur du multilinguisme. Parmi les appels à l’action lancés par les membres du Groupe francophone, la mise en place de solutions pour lutter contre l’unilinguisme (y compris lors des réunions informelles de l’Assemblée générale).

Monsieur Philémon Yang a annoncé la création d’un groupe de travail dédié au multilinguisme, au sein du Bureau de la présidence de l’Assemblée générale, comptant, dans ce cadre, sur l’expertise du Groupe francophone.

Le « Pacte pour l’Avenir », adopté en septembre 2024 par les États membres de l’ONU pour revitaliser la coopération internationale a été réévalué par les personnes présentes. Les délégations francophones ont mis l’accent sur le rôle complémentaire des États membres et de l’ONU dans ce processus avec un focus sur les actions concrètes et l’engagement de tous les acteurs.

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Santé mentale : Le désert médical et la mobilisation associative

En matière de soins psychologiques, la recommandation de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), est de 1 thérapeute par 5000 habitants. Dans les pays du continent africain, il y aurait, en revanche, en moyenne, 1 thérapeute pour 500 000 habitants. Face à ce manque, de nombreuses solutions ont été mises en place pour agir en faveur de la santé mentale dans le continent. Parmi les associations s’étant fixé comme objectif la déstigmatisation des troubles psychologiques, figure Bluemind Foundation. Cette structure est implantée dans plusieurs pays francophones du continent. Pour pallier au manque de spécialistes médicaux, l’association a créé un réseau de substitution : des coiffeuses formées à la santé mentale.

Un tabou

Des études réalisées dans différents pays du continent africain ont révélé que la santé mentale demeure un sujet tabou. Dans plusieurs milieux sociaux, les personnes atteintes de troubles psychologiques sont marginalisées, trainant le poids de leurs pathologies comme une honte ou un motif de réclusion. Elles sont stigmatisées, livrées à une solitude honteuse ne faisant qu’accentuer leurs troubles.

Il ressort de ces études, également, que les maladies mentales sont souvent considérées comme un mal surnaturel dont on ne peut se défaire qu’au moyen d’interventions d’ordre spirituel ou par le biais de la médecine traditionnelle.

En souffrance, de nombreuses personnes en proie au mal-être ne trouvent aucune écoute et optent, en l’absence de la compréhension de leur entourage, pour l’isolement et la solitude. Les femmes sont les plus concernées par ce genre de phénomènes. Les moins de 25 ans d’entre elles représentent 60% des sujets souffrants de troubles mentaux.

Médecins versus associations

Dans les pays africains, il y aurait un thérapeute pour 500 000 habitants. La recommandation de l’OMS en la matière, est de 1 thérapeute par 5000 habitants. Dans certains pays, 75% de personnes soufrant de troubles mentaux n’ont donc pas accès aux soins.

Ces chiffres changent d’un pays à l’autre, mais la constante est la même : la santé mentale est loin de bénéficier de la place qu’elle devrait avoir dans les budgets publics. Elle ne bénéficierait, en moyenne, que de 1% du portefeuille santé (lui-même plutôt bas dans de nombreux pays).

L’accès aux soins psychologiques n’en est que plus difficile en matière de logistique et de coût. Dans de nombreuses familles, au lieu d’être soignée, la femme est répudiée, chassée de chez elle, violée ou battue.

C’est pour remédier à ces différentes dérives que de nombreuses associations agissent dans plusieurs pays d’Afrique, pour assurer la sécurité de ces femmes et sensibiliser leur environnement au danger des pratiques auxquelles, à tort, on les expose.

D’autres structures associatives concentrent leurs efforts sur des profils de victimes tels que les rescapés de catastrophes naturelles, les personnes ayant été exposées à la guerre, les victimes d’abus sexuels ou celles atteintes de maladies comme le SIDA ou le cancer. Proies à des traumatismes non traitées, elles deviennent l’objet d’exclusions, de maltraitances et de stigmatisations minant leurs vies et leurs avenirs.

Au-delà du traitement de fond des pathologies psychiatriques, il s’agit, pour ces associations, d’apporter un premier secours psychologique. En l’absence du réseau médical approprié, certaines actions sont menées pour créer des réseaux de substitution comme des employés du secteur paramédical ou plus insolite : les salons de coiffure.

Les coiffeuses au service de la santé mentale

Bluemind Foundation est un projet qui est né d’une histoire personnelle où le tragique s’est transformé en moteur de changement.

Cette organisation non lucrative a été créée par Marie-Alix de Putter qui, suite à l’assassinat de son mari, a connu les affres de la dépression et de l’anxiété. Ayant pu mesurer, par le biais de cette épreuve, l’importance de la santé mentale et ayant su s’en sortir, elle a eu la volonté d’aider d’autres femmes à dépasser ce cap douloureux. Son idée a pris forme en 2021, avec le lancement des activités de l’association. Celles-ci s’articulent autour du bien-être mental dans un contexte marginalisant ce genre de débats.

L’objectif de Bluemind et de ses bénévoles est de déstigmatiser les troubles de la santé mentale et de rendre les soins accessibles. Par le biais de différentes études menées sur le terrain, il a pu être constaté que le réseau médical et paramédical est réparti inéquitablement, sur le continent, d’un pays à l’autre et d’une ville à l’autre. Il a été remarqué aussi qu’un autre réseau pouvait combler ce vide et qu’il jouait d’ores et déjà un rôle d’écoute sans y être dédiée et sans être formé pour ses prérequis.

C’est dans ce contexte qu’est né le projet Heal by hear, le premier réseau de « coiffeuses ambassadrices de la santé mentale ». Il s’agit d’un programme innovant qui forme les professionnelles de la beauté à l’écoute active et à certaines pratiques liées à la santé mentale à travers 6 modules et 2 ateliers pratiques. Au bout de leurs formations, des professionnelles de la beauté sont outillées pour reconnaître les manifestations des troubles mentaux et sont habilitées à orienter les clientes vers les praticiens adéquats.

Il ressort des études de terrain effectuées par l’association dans 7 pays (notamment, le Togo, le Cameroun, la Côte d’Ivoire…) que, sur l’échantillon de 714 femmes et 148 coiffeuses, 67.3% des femmes interrogées affirment se confier à leurs coiffeuses et que 91% des coiffeuses sont prêtes à se former aux premiers secours en santé mentale. Selon les études de Bluemind, 10 coiffeuses seraient, par ailleurs, capables d’assurer la sensibilisation de 3600 femmes par an.

Se confiant facilement à leurs coiffeuses à propos de leurs événements traumatiques ou de leurs expériences personnelles, les clientes trouvent, à travers cette action, plus qu’une écoute passive ou du réconfort.

L’association a également développé d’autres projets comme un programme de bourses d’études d’une durée de quatre ans au profit des étudiants en psychiatrie et un think tank visant à assurer l’information sur la santé mentale par et pour les jeunes.

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Zinelabidine benaïssa, l’art de l’érudition accessible

 

Il était linguiste, spécialiste de grammaire historique et a tenté d’insuffler sa passion pour la langue française à des milliers d’étudiants tout au long de sa carrière à la Faculté des Lettres de la Manouba, à l’Université de Tunis I, en Tunisie. Cet éminent universitaire est décédé le 15 janvier. Retour sur le parcours d’un érudit pédagogue et passionné. Zinelabidine Benaïssa était, également, auteur de plusieurs ouvrages destinés au jeune public.

Dans ses contes et nouvelles, il a mis à l’honneur la nature, à travers la faune et la flore tunisiennes. Cet alchimiste des mots a en effet choisi comme cadre, pour l’ensemble de ses œuvres, la Tunisie, à travers plusieurs villes et paysages représentatifs de ce qu’il connaît de son pays, de ce qu’il y aime et de ce qu’il souhaite en faire aimer. Ce fervent défenseur de l’environnement a fondé l’association « Les amis du Belvédère » par le biais de laquelle sont menées de nombreuses actions en faveur de la protection de ce grand parc du centre de Tunis. C’était un passionné des espèces végétales et animales en voie d’extinction et un amoureux d’ornithologie.

Dans ses contes et nouvelles tels que : L’Île, le fils du vent, Zina et la loutre, Sloughi et la panthère, Ulysse et les délices de Djerba, Les mystères du Belvédère ou encore Les pigeons de l’Impasse Catherine, il est question de péripéties se déroulant dans une nature savamment décrite, relatées dans un style foisonnant et maîtrisé.

Personnalité connue pour ses qualités communicatives et son art de l’érudition accessible, il a réalisé, produit un contenu audio et vidéo ludique et didactique à travers lequel des notions complexes en lien avec la linguistique ont été abordées. Zinelabidine Benaïssa a œuvré, des années durant, au profit de la langue française, étudiant la pérégrination des sociolectes, analysant les interférences linguistiques, expliquant la « filiation » entre les vocables. Une vie consacrée aux mots et une passion vécue dans la générosité du partage et dans la bienveillante pédagogie.

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Le made in Africa de la balle de coton à la haute couture

En Afrique, l’exploitation du coton et le déploiement du secteur textile ne favorisent pas, comme il le faudrait, l’émergence du « fabriqué en Afrique ». Pourtant, de la récolte au tissage et à la confection, maîtriser la filière constitue un rêve à la portée du continent. 

Considéré comme l’or blanc de l’Afrique, le coton est une des richesses de plusieurs pays du continent. C’est au Bénin et au Mali que la production cotonnière atteint les chiffres les plus importants. Au Mali, la culture du coton occupe plus de 650 000 hectares et fait travailler plus de 162 000 personnes. La saison a lieu entre mai et octobre pour la production et octobre à fin mars pour la récolte. Le coton rapporte au Mali plus de 20 % de ses recettes d’exportation et représente plus de 15 % du PIB national. Le secteur du coton fait vivre environ 5 millions de Maliens.

Mais ce secteur est en crise à l’échelle internationale, et ses performances ont été impactées négativement par un fléchissement mondial de la demande. Le Mali a ainsi connu une baisse de la production, et les surfaces consacrées au coton ont diminué de plus de moitié. La crise du coton est directement liée à celle due à la pandémie ainsi qu’à la baisse des chiffres du secteur textile au niveau international. Autre baisse impactantee, celle du cours du pétrole, qui a favorisé l’intérêt pour les fibres synthétiques. Au Mali, le stock d’invendus s’est ainsi élevé à 400 000 balles de coton. Sans évoquer le fait que l’annonce de la diminution du prix d’achat garanti par l’État a poussé de nombreux producteurs maliens à opter pour d’autres cultures.

Avec une production de plus de 700 000 tonnes par an, plus élevée que celle du Mali depuis 2018, un autre pays s’impose dans la car­tographie africaine du coton : le Bénin. Cette ascension a pu se faire grâce à un nombre de décisions visant à encourager et protéger les producteurs mais aussi grâce à l’industrialisation du secteur. Cela est passé aussi par l’amélioration des routes et la réhabilitation des chemins ruraux afin de désenclaver les bassins de production et de faciliter le transport des marchandises. Par ailleurs, au Bénin, le mon­tant du prix d’achat est fixé à un taux plus élevé qu’ailleurs en Afrique. Avec pour résultat d’encourager les producteurs et de maintenir le pays à sa place de leader africain malgré le contexte de crise.

Le rôle économique de ce secteur est important surtout en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale où le coton fait vivre une population rurale et améliore le revenu de nombreux pays, notamment le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, qui se positionnent eux aussi comme des acteurs majeurs de la filière du coton en Afrique et dans le monde.

Le textile africain à l’ombre du géant chinois

Le coton participe à la hausse des recettes d’exportation de plusieurs pays. Mais la filière représente aussi un manque à gagner important, compte tenu du faible pourcentage de coton transformé sur place par rapport à celui exporté brut. En effet, seule l’industrie textile est susceptible de dynamiser la relation entre la production de coton et les potentialités des grands marchés de la confection. À défaut, le coton africain devient principalement une marchandise d’export alors qu’il pourrait habiller la population du continent.

Le paradoxe suit son cours : les marchés africains sont ainsi inondés de tissus provenant de Chine, souvent des copies d’origine africaine. Favorisés par des prix attractifs, ces marchandises suppléent les produits du continent et ralentissent la fabrication locale jusqu’à l’étouffer.

Le géant chinois, qui a longtemps accompagné le secteur textile en Afrique subsaharienne, multiplie depuis quelques années les investissements dans le secteur de la transformation du coton et de la confection sur le continent, ce qui a donné naissance à de nombreuses usines, notamment dans des pays comme la Tanzanie et surtout l’Éthiopie, devenue un nouvel eldorado pour certaines marques en quête de main-d’oeuvre qualifiée à bas coûts.

Des dizaines de projets de parcs textiles ont ainsi été lancés en partenariat avec la Chine. Cela a certes permis de stimuler le marché économique africain, mais de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer la situation et les conditions de travail des ouvriers locaux que cachent ces nouvelles infrastructures.

Malgré toutes les critiques, ce nouveau hub textile de l’Afrique a pu grâce à ce type de partenariats instaurer et imposer le made in Ethiopia. Une revanche sûrement pour une population africaine en quête de reconnaissance dans un domaine qu’elle a longtemps maîtrisé et affectionné : l’étoffe et la mode. 

Privilégier les produits locaux

La production textile est ancrée dans de nombreuses cultures d’Afrique, le savoir-faire existant depuis des décennies, la matière première présente en quantité. Mais le made in Africa peine à décoller à l’international et a du mal à trouver sa place localement.

En dehors de la problématique chinoise, le textile africain est en effet concurrencé par le marché des vêtements de seconde main provenant d’Europe et des États-Unis, moins coûteux que lorsqu’il s’agit de s’habiller en coton africain. Au fil des années, ce secteur informel étrangle de plus en plus celui du textile en Afrique.

Afin de permettre à l’Afrique de rayonner par ses propres créations et sa propre production, plusieurs experts appellent à préserver et à encourager le secteur. Les consommateurs sont incités à privilégier les produits locaux malgré la rude concurrence des prix avec les produits d’importation, pour que l’Afrique qui habille le monde par son coton, cesse de s’habiller exclusivement en made in China ou en friperie !

Les designers sont également invités à préserver les techniques ancestrales et à mettre en avant l’authenticité du patrimoine africain. De nombreux créateurs ont commencé, dans ce contexte, à lutter contre la forme stéréotypée de la mode ethnique et à valoriser un passé créatif régional souvent méconnu.

Des expériences comme celle d’Aïssa Dione permettent de mesurer la hauteur du potentiel africain en termes de création textile. Cela fait plus de vingt-cinq ans que cette Sénégalaise devenue pionnière en la matière a décidé de faire connaître les tissages mandjaques, ori­ginaires de Casamance, de Guinée-Bissau et du Cap-Vert. Faisant tra­vailler des tisserands locaux, elle a pu associer le savoir-faire ancestral et le patrimoine local au luxe et à la mode internationale. Ses collabo­rations avec des maisons de renom comme Hermès, Lacroix, Féraud, sont la preuve de la plausibilité de ce combat mené par elle comme par beaucoup d’autres Africains en faveur du 100 % made in Africa.

PORTRAIT

SALAH BARKA, ENTRE ANTICONFORMISME ET AVANT-GARDISME 

Créateur tunisien passionné par le style ethnique, Salah Barka a lancé grâce à des associations inhabituelles le style arabo-africain, donnant lieu à des collections imprégnées d’originalité mais aussi d’authenticité.

Mais tout n’a pas été simple pour cet autodidacte qui a d’abord fait ses gammes dans le mannequinat. C’est là qu’il côtoie les créateurs et découvre de près un univers pour lequel il se passionne. Mais apprendre les bases du métier a un coût, que peut difficilement se permettre ce cadet d’une famille de neuf frères et soeurs… Il a alors intégré le métier par une autre voie, tout aussi formatrice : le cinéma. Encouragé par de grands stylistes à se lancer, il crée ses propres vêtements et finit par se faire remarquer au point d’être recruté comme assistant-costumier. Une nouvelle étape pour Salah Barka, qui a pu lancer sa propre griffe en s’inspirant de grands créateurs comme Karl Lagerfeld, Jean Paul Gaulthier ou Vivienne Weswood. Mais son originalité, il la puise en empruntant aux traditions vestimentaires tunisiennes, en allant chercher des détails dans de multiples cultures, qu’elles soient phéniciennes, berbères ou africaines. Il s’intéresse aux modes de vie de différentes ethnies et civilisations, navigue dans les coutumes et traditions et en crée une mode qu’il définit comme « ethnique chic ».

Son métissage des genres fait de lui un alchimiste des couleurs et des matières, plein d’audace et de subtilité. Il aime la mode joyeuse, libérée du carcan social et de « l’effet de séries » imposé par la tendance. Il crée un style non genré pour des hommes qui travaillent leur apparence, tout en ne cachant pas sa préférence pour le « gay style », bien plus ouvert selon lui que ce qu’il nomme le « look vitrine ».

Adepte du « zéro déchet »

À mi-chemin entre l’anticonformisme et l’avant-gardisme, Salah Barka a une touche visible et reconnaissable. Il lance les pantalons unisexes, les vestes pour hommes avec des détails féminins, marie le traditionnel saroual tunisien avec son univers plus éclectique. C’est aussi un adepte du « zéro déchet », qui opte pour la récup’ et déclare préférer les vêtements usés aux neufs. Il aime transformer, patiner, teindre, faire vieillir les matières travaillées et chiner dans les friperies tissus et accessoires auxquels offrir une nouvelle vie.

Fluide, aérien et respectueux de l’environnement, le style de Salah Barka plaît par son aspect épuré au niveau des coupes et des matières mais aussi, bien sûr, par sa forte empreinte africaine. Ses créations ont d’ailleurs été présentées en Afrique lors de divers évènements spécialisés.

Que dire encore de Salah Barka ? Que c’est un homme de principes et de valeurs. On l’a vu dans un documentaire pointant le racisme, ce mal sournois qui ronge la société. C’est aussi un fervent défenseur de la cause homosexuelle, qui milite contre la stigmatisation de la communauté LGBT et les privations de droits que celle-ci subit souvent. Enfin, il prend fait et cause pour les luttes féministes. Pour lui la femme africaine combattante, avec son élégance, son allure ronde ou filiforme, est la muse qui inspire l’homme ethno-chic.

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Mobilité et inclusion, Faire bouger la francophonie

En ces temps de crise sanitaire, la situation des femmes est mise à mal dans de nombreux pays, notamment en Afrique. Travaillant souvent dans le secteur informel, elles n’ont aucune garantie de stabilité financière. Inévitablement, ces difficultés se répercutent à la fois dans le contexte familial, où leur position de pilier du foyer est menacée, et dans le tissu social, où elles se retrouvent fragilisées. C’est dans ce cadre qu’a été créé le fonds de l’Organisation internationale de la Francophonie intitulé La Francophonie avec Elles, qui vient au soutien des femmes durement impactées par la pandémie, et auquel chaque citoyen peut apporter son écot.

Autre création en faveur des femmes et plus précisément de l’égalité : la plateforme collaborative RELIEFH, mise en place par l’OIF pour donner accès à des ressources éducatives libres et un ensemble de bonnes pratiques en la matière.

Car en cette période troublée, l’éducation est une autre valeur refuge qu’il est crucial de ne pas négliger. Il faut prendre la mesure des enjeux de l’enseignement pour désenclaver des régions isolées et illuminer les esprits, pour transmettre le savoir à ceux qui y ont le moins accès, faute de moyens. C’est le but du programme de mobilité des enseignants qui a débuté au Rwanda et devrait s’étendre à tout l’espace francophone.

Autant de ressources humaines, matérielles et éducatives en faveur de la jeunesse, et notamment des femmes et des filles. Autant de projets qui, par leur vision humaniste, par les valeurs inclusives et collaboratives qu’ils portent, font plus que jamais bouger la francophonie.

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Interview- Aziz Mebark (AfricInvest): L’optimisme au profit de l’Afrique

Le Tunisien Aziz Mebarek est un des acteurs du private equity, depuis plus de 25 ans. Il est à  la tête d’AfricInvest, un fonds transcontinental qui génère de la croissance pour le continent africain et pour ceux qui s’y intéressent. Interview 

Pouvez-vous nous présenter l’activité d AfricInvest et son mode de fonctionnement?

Nous sommes un investisseur en capital opérant sur le continent africain en private equity,  c’est-à-dire en intervention dans le capital d’entreprises privées non cotées. Nous renforçons les fonds propres des entreprises privées sur le continent pour essayer d’accélérer leur croissance. Nous intervenons, essentiellement, dans des entreprises qui sont bien placées dans leurs pays, pour en faire des acteurs régionaux panafricains ou même des acteurs qui vont au delà des frontières de l’Afrique. C’est le coeur de notre stratégie: investissement en capital pour faire, des entreprises partenaires, des leaders régionaux. En accompagnant, nous n’achetons pas d’entreprises mais nous reprenons une part minoritaire du capital. Quant à nos critères, nous regardons surtout la viabilité des plans de développement, l’état du marché, les ressources humaines qui vont devoir mettre cela en oeuvre…

Opérer dans des places économiques différentes nécessite une connaissance de la réalité des marchés et une forte capacité d’anticipation. Comment avez-vous développé cette expertise ?

Nous nous inscrivons dans le cadre d’une connaissance fine des secteurs dans lesquels nous intervenons afin d’y apporter une valeur ajoutée. Nous n’allons donc pas vers des secteurs dans lesquels nous n’avons pas de connaissances.

Nous n’avons, par exemple, pas investi dans les mines ou les industries extractives, non pas parce qu’elles sont inintéressantes mais parce que nous n’avons pas l’expertise nécessaire. Les choses se font donc par itérations successives . Notre croissance a toujours été une croissance organique. Nous avons toujours pris notre temps pour aller vers des segments nouveaux et vers des pays nouveaux, pour avoir du personnel local susceptible de s’ arrimer à un attelage qui grandit.

Qu’est ce qui vous a ramené vers l’Afrique?

Nous avons commencé notre activité dans des environnements que nous connaissions, c’est-à-dire l’Afrique du nord à travers la Tunisie, l’Algérie, le Maroc. Notre développement s’est fait de manière concentrique par rapport à ce que nous connaissions le plus. Ensuite, nous avons agrandi le cercle car être local, lie fatalement, nos capacités de grandir à nos frontières. En anticipant les besoins des entreprises de notre portefeuille implantées dans nos géographies historiques, nous sommes allés vers d’autres pays. En nous y installant, de nouveaux besoins se sont révélés et  nous sommes devenus locaux dans ces géographies nouvelles. Ce développement s’est opéré sur les 25 dernières années, au moyen d’une certaine anticipation, de l’analyse des évolutions et en se donnant les moyens de mettre en place une stratégie gagnante.

A votre actif 25 ans d’expérience dans le domaine du capital-investissement, quels ont été les marqueurs importants de l’évolution du marché des affaires en Afrique?

Le point le plus important, c’est la gouvernance qui s’est nettement améliorée. Il y a aussi l’émergence d’un secteur privé, l’écosystème qui entoure le monde des entreprises, notamment la logistique: les dessertes maritimes et aériennes… L’infrastructure primaire s’est améliorée et il y a plus de zones industrielles, plus d’infrastructures au niveau électrique… Nous disposons aussi de plus de ressources humaines de qualité.

Je pense qu’aujourd’hui, l’Afrique est encore un continent en devenir mais, au cours des vingt dernières années, il y a eu une remontée de talents exceptionnels dans les différents pays. En Tunisie par exemple, on continue à se plaindre de l’éducation mais, réellement, on continue à trouver des personnes d’un talent exceptionnel dans tous les domaines.

C’est ce qui permet à des activités comme les nôtres d’émerger et, à plus d’entreprises, de naître et d’exister. Ce qui ne s’est, en revanche pas fait dans les vingt dernières années (mais il y a un mouvement qui va désormais dans ce sens) c’est la progression de l’entrepreneuriat. Nous commençons, en effet, à entrevoir l’émergence d’un certain nombre de hubs entrepreneuriaux en Afrique notamment anglophone (le Cap a été précurseur, Nairobi, Lagos, le Caire… d’autres pays comme la Tunisie, le Maroc, le Sénégal sont en train d’émerger). Ce mouvement est à encourager et ce sont les politiques publiques qui doivent continuer à pousser dans ce sens. Nous essayons, quant à nous, d’apporter notre contribution à  cet écosystème entrepreneurial par des actions à but non lucratif, et en mettant en place des instruments qui peuvent accompagner les startups émergentes.

Vous êtes un acteur de l’économie internationale mais la Tunisie reste au centre de vos activités. Pourquoi ce choix?

C’est d’abord un choix de coeur. Mais, c’est aussi là que tout a démarré. La Tunisie  fait partie de la géographie que nous avons jugée pertinente pour nous. C’est un pays à gros potentiel qui est passé par une courbe en J prononcée et qui peut avoir un avenir brillant. Donc oui, la Tunisie fait partie de notre zone d’intervention et le continuera.

Vous représentez l’économie africaine auprès des acteurs majeurs de l’économie européenne. Quelles spécificités mettez-vous en avant? Lesquelles auriez-vous préféré ne pas occulter… ou ne pas avoir à avouer?

J’interagis avec plusieurs acteurs économiques africains et européens qui commencent à s’intéresser, de manière sérieuse, au continent africain. Ce que j’essaie de faire pour être honnête avec moi-même et avec les autres, c’est d’être factuel. Je n’ai jamais survendu les environnements dans lesquels j’opère. En revanche, j’ai toujours considéré, selon ce que j’espère être une analyse objective, que le continent africain est très prometteur et qu’il a un très fort potentiel. Quand je fais une analyse, je ne mens jamais par omission.  Toutefois, je suis de nature optimiste et je pense que nos actions à tous ont un grand apport, quand elles se conjuguent. On peut ainsi capitaliser sur ce qui est positif. Mais il y a toujours des points négatifs à ne pas occulter.

Qu’est-ce qui est donc perfectible, à votre sens?         

Le continent doit rattraper son retard, en matière d’infrastructure. Les choses s’améliorent mais cela reste insuffisant, en ce qui concerne la  santé et l’éducation. C’est également le cas pour la gouvernance. On peut voir ça comme un élément négatif ou comme un potentiel à saisir. Par contre, si on veut appréhender les défis, il faut les prendre de manière organisée, pays par pays, car ce ne sont pas des questions  à considérer d’un point de vue global.

Toutefois, s’il fallait trouver un point commun entre nos différentes problématiques, je pense que ce sera le brain drain des nos concitoyens qui quittent leurs pays, parce qu’ils n’ont plus beaucoup d’espoir. C’est un des sujets par rapport auxquels on ne peut pas démissionner. Même si on considère qu’on est en situation d’échec aujourd’hui, on ne doit pas abandonner nos enfants et les générations qui arrivent et les laisser en rade. En ce qui me concerne, c’est ma principale préoccupation aujourd’hui: faire en sorte que nos jeunes se projettent dans leurs pays, y vivent tout en étant ouverts au monde et regardent l’avenir avec optimisme.

En Tunisie, nous connaissons la problématique des diplômés qui n’arrivent pas à trouver un emploi, ce qui crée l’exode des cerveaux. A côté de cela, nous voyons que la Tunisie peut être une plateforme extraordinaire pour un ensemble de métiers et faire en sorte que ces différentes personnes qui sont chassées par les cabinets internationaux  puissent  être intégrées dans des aventures entrepreneuriales dans leurs pays et peuvent, à partir de leurs pays, conquérir le monde. J’en suis absolument convaincu. Comment y parvenir, c’est autre chose. Ce n’est pas facile mais je pense qu’il y a tous les ingrédients pour que ce que nous considérons comme des difficultés devienne des opportunités.

AfricInvest dispose de 10 bureaux dont 7 en Afrique. Quelle est la stratégie derrière ce développement international?

Nous sommes à Paris, Nairobi,  Tunis, Casablanca,  Alger, le  Caire, le  Lagos et Abidjan pour couvrir les différentes régions qui entourent ces pays. Bientôt, nous démarrons nos activités en Afrique du Sud.

Nous cherchons à avoir une couverture panafricaine, à partir de hubs qui nous permettent de rayonner sur les sous-région qui entourent les pays en question. A Abidjan, nous sommes bien positionnés pour intervenir dans la zone UEMOA et en Afrique centrale . A partir du Nigeria, nous travaillons au Ghana, au Liberia… Nous avons, aujourd’hui, un maillage relativement fin qui nous permet d’avoir une couverture pertinente du continent. Nous avons déployé nos fonds dans plus de 25 pays d’Afrique. En ayant mis en en place cette stratégie de proximité et d’acteur local dans ces différentes géographies, nous avons créé un maillage qui nous permet de baser nos investissements sur une connaissance fine des environnements dans lesquels nous intervenons. AfricInvest grandit donc de manière cohérente en apportant une connaissance fine des nouvelles géographies ou des nouveaux secteurs d’activité dans lesquels nous opérons. Pour ce faire, il faut progresser, développer, évaluer pour corriger et continuer ainsi à se développer. Ce n’est pas une stratégie mais c’est la mise en oeuvre d’une stratégie: être panafricain.

Comment envisagez-vous l’avenir d’AfricInvest?

Je pense que nous avons aujourd’hui une présence panafricaine pertinente et solide, mais nous ne sommes pas positionnés sur l’ensemble de la chaîne des valeurs des investissements. Nous envisageons de démarrer, en 2019, une initiative de venture, c’est à dire de nous rapprocher des porteurs de projets à contenu technologique. Nous pourrons ainsi investir dans un segment dans lequel nous n’étions pas présents, parce qu’il était très difficile de lever des fonds s’intéressant à ce secteur. Nous avons fait beaucoup de travail pédagogique pour amener de grands bailleurs de fonds à nous accompagner sur cette initiative. Nous avons, depuis deux ans, lancé une équipe qui a travaillé d’arrache-pied pour monter une structure qui j’espère verra le jour en 2019. Ca c’est un objectif immédiat, mais je suis, par rapport à l’avenir proche, relativement serein.

Par ailleurs, nous avons démarré une initiative de présence en France et quand je vois ce que nous avons fait durant les deux dernières années, depuis cette implantation, je pense que ça a été pertinent et que nous allons continuer sur cette voie. Nous avons été les premiers à prendre ce positionnement en faisant le lien entre différents continents et l’Afrique et ce segment sera suivi, je l’espère, par d’autres collègues, parce que c’est un segment qui mériterait d’être renforcé.

Dans les ventures, d’ailleurs, il y a des liens très étroits entre plusieurs géographies en Afrique et la Silicon Valley et j’espère qu’on arrivera aussi à intéresser la Silicon Valley au segment venture en Afrique du nord (qui reste un peu francophone). A l’avenir, nous continuerons à être un acteur panafricain, mais en élargissant les horizons et en faisant en sorte d’intéresser d’autres géographies à ce qui se passe sur le continent. On s’inscrit dans cette dynamique et on est un acteur parmi tant d’autres dans cette démarche. 

Vous faites partie des acteurs économiques importants du continent mais on sait peu de choses sur vous. Pourquoi ce choix de la discrétion?

Ce qui est utile, c’est ce que nous sommes en train de faire. C’est ma philosophie: être utile et apporter une réelle contribution. Ce qui importe, c’est l’action.

Tunisie : Le commerce illicite grève la croissance

Publié dans New African

Le secteur informel représente 35 % du PIB de la Tunisie. Il s’agit d’un manque à gagner important qui met à mal l’économie et impacte négativement son attractivité. Les réponses politiques se font attendre.

La Tunisie se situe à la 53place du classement réalisé par l’Alliance transnationale pour la lutte contre le commerce illicite (TRACIT), classement répertoriant les pays selon l’indice évaluant la capacité de 84 pays à se prémunir du commerce illicite.

Elle fait partie, à ce titre, des pays où l’informel occupe une proportion importante. Il ressort aussi de la même étude que 1,1 million de personnes en Tunisie auraient une activité professionnelle qui échapperait au contrôle de l’État et qu’en Tunisie, 30 % des produits de consommation proviennent de l’informel.

Essor du trafic frontalier

Par exemple, la contrebande du tabac représente 38 % des dépenses annuelles en cigarettes en Tunisie. La perte, d’un point de vue fiscal, avoisinerait 177 millions de dollars par an.

Aux origines de l’informel, figurent des raisons macroéconomiques spécifiques. Ainsi, la morosité économique a empêché de générer une activité attractive, susceptible d’englober les réseaux commerciaux, lesquels demeurent à la marge du formel. Les réformes, dans ce cadre, sont jugées insuffisantes.

Pour Robert Blotevogel, représentant du FMI en Tunisie, « la priorité est d’assurer que la situation macroéconomique reste stable. Ceci permettra d’attaquer les problèmes plus structurels afin de rendre le modèle tunisien plus inclusif pour ceux qui, pour le moment, n’ont pas réussi à s’insérer dans le système ». Et de préciser son rôle : « Notre expertise n’est pas de mettre en place des outils coercitifs contre l’informel, nous travaillons pour que le formel marche mieux. »

À cet effort partagé par les autres partenaires de la Tunisie, s’ajoute la lutte contre la corruption. Celle-ci est un moyen utilisé pour contourner les transactions commerciales classiques, les procédures administratives, les taxations, le contrôle douanier… Selon un sondage, 65 % des Tunisiens estiment que ce fléau est en augmentation.

En mai 2017, Youssef Chahed, a déclaré la guerre à la corruption et en a fait le moyen de lutte choisi pour contrer l’informel. Une volonté politique qui aurait permis d’identifier les barons de ce secteur et de procéder à des arrestations clés.

Or, « dans les pays où la perception de la corruption est importante, il est difficile de générer une croissance qui touche toute la population. Dans cette approche, le FMI s’est donné l’objectif d’aider la Tunisie à mettre en place les institutions qui aident le gouvernement à combattre la corruption. C’est notre plaidoyer depuis des années », commente le représentant du FMI en Tunisie.

La Tunisie, pays en transition politique depuis la révolution, et la Libye, pays instable depuis la chute de Kadhafi, entretiennent une relation commerciale des plus ambiguës ; les postes frontaliers de Ras Djedir et de Dhehiba Wazen sont les points de passage de la plupart des transactions illégales. Un phénomène d’échanges illicites renforcé par les grandes différences de prix entre pays limitrophes. Le plus souvent, les subventions de l’État créent un écart entre les prix qui favorisent ces trafics transfrontaliers.

L’État réagit

C’est le cas du carburant libyen qui bénéficie de subventions, lesquels en font un produit demandé en Tunisie, compte tenu de son bas prix. En effet, selon la Banque mondiale, le carburant importé de Libye représente 17 % de la consommation des Tunisiens. Du côté libyen, on affirme que le carburant libyen couvre 40 % des besoins tunisiens et que la perte que les achats hors marché occasionnent pour la Libye avoisine le milliard de dollars.

Dans l’échange informel de produits subventionnés, les États concernés perdent doublement : en payant pour des subventions qui ne profitent pas à ceux auxquels elles se destinent et en perdant ce qui devait leur revenir en taxes.

L’informel prolifère en Tunisie, en l’absence d’accords de voisinage relatifs aux tarifs de certains produits. Une collaboration plus accrue sur le plan commercial avec la Libye et l’Algérie serait susceptible, d’après les experts, de dynamiser les échanges formels et de réduire le marché parallèle.

Depuis mai 2017, le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, a déclaré la guerre à la corruption et en a fait le moyen de lutte choisi pour contrer l’informel.

Une volonté politique qui aurait permis d’identifier les barons de ce secteur et de procéder à des arrestations clés. D’après des sources douanières, cette politique aurait permis de générer un bénéfice de plus de 1 milliard de dinars pour les caisses de l’État. Une somme provenant des amendes et des saisies gérées par la douane tunisienne.

Toutefois, la société civile continue de critiquer la timidité de la volonté politique et la fragilité de la capacité de contrôle. L’effort étant concentré, d’un côté, sur les enjeux politiques et de l’autre, sur l’aspect sécuritaire, la situation ne peut que profiter à la prolifération du commerce illicite, en l’absence de démarches multisectorielles et interministérielles bien étudiées.

Tunisie : Le commerce illicite grève la croissance

Portraits de décideurs: Badreddine Ouali, un modèle de réussite à la tunisienne

Article publié dans African Business (Octobre 2018)

Manager hors pair, personnalité marquante et inspirante, Badreddine Ouali est un entrepreneur tunisien dont la réussite est, désormais, internationale. Il est aujourd’hui à la tête de plusieurs projets, notamment à portée sociale.

Jeune homme ordinaire des faubourgs de Tunis, Badreddine Ouali a intégré l’école des Mines de Saint-Étienne. Un parcours universitaire qui lui a permis d’être embauché, peu après, par une société française spécialisée en ingénierie informatique et d’en être, à 27 ans, l’un des plus jeunes dirigeants. Son parcours n’aurait, probablement, pas été le même, s’il n’avait pas connu, en 1993, un licenciement. Mais Ouali avait décidé de sortir de l’ordinaire et de tenter l’aventure de l’entrepreneuriat. C’est en 1994, qu’il s’installe en Tunisie et choisit d’y fonder la société BFI, ancêtre de Vermeg. Après des débuts difficiles, beaucoup de travail, une période de création pendant laquelle il développait la nuit des solutions qu’il s’attelait à vendre en journée, le succès se profile, avec les premiers clients tunisiens. Son succès est indissociable de celui de son entreprise qui, en près de vingt ans, est passé de l’échelle régionale à une envergure mondiale.

L’éditeur tunisien de solutions logicielles spécialisées pour la banque et l’assurance est, aujourd’hui, une holding internationale qui réalise un chiffre d’affaires avoisinant les 100 millions d’euros, embauche plus de 1 100 personnes dans le monde et compte, dans son portefeuille clients, les plus grandes compagnies, banques et assurances internationales.

Valoriser les ressources humaines

Vermeg, forte de deux acquisitions stratégiques, celle du leader belge de l’édition de logiciels BSB et de Lombard Risk, premier fournisseur mondial de solutions intégrées de reporting réglementaire et de gestion du collatéral, opère désormais dans de nombreux pays. Elle enregistre 60% de son chiffre d’affaires en Europe, 20% en Amérique et 20% en Asie. Pourtant, Badreddine Ouali vit le succès de son entreprise sans démesure et envisage l’avenir en tenant compte de l’importance des étapes. Pas d’entrée en Bourse avant deux ans, pour lui, car sa société est en phase de transformation. Pour l’instant, il savoure, prudemment, le succès : « Nous avons la chance d’avoir comme clients Bank of England, Santander, Bank of New York, Wells Fargo, des banques majeures japonaises », relève l’entrepreneur qui poursuit sans fausse modestie : « Nous avons les meilleurs collaborateurs et nous avons les meilleurs produits. Si nous gagnons des parts de marché, ce n’est pas un hasard. » Conscient de l’importance de son personnel dans la croissance de ses projets, le fondateur de Vermeg mise sur l’humain. Personnage doté d’une forte intelligence sociale, il a instauré un management basé sur l’écoute et le bien-être des collaborateurs. Ses locaux « transformés à la Silicon Valley » et une attractivité intrinsèque à son domaine d’activité forment le bouclier de Vermeg face au problème de ressources humaines que connaissent de nombreuses sociétés.

Conscient de l’attractivité internationale, à laquelle répondent plusieurs compétences tunisiennes, Badreddine Ouali voit ce phénomène d’un bon œil : « Ceux qui partent constituent une chance pour nous aussi. Ils deviennent nos ambassadeurs ailleurs. C’est une fierté pour Vermeg de dire nos collaborateurs valent tous ceux qui sont dans le monde. C’est une fierté pour la Tunisie. » Il vit sa carrière comme un engagement envers la Tunisie, en gardant comme credo la nécessité de donner après avoir reçu. Y installer son entreprise aujourd’hui internationale est, pour lui, un choix du cœur avant tout. De son pays natal, l’homme d’affaires a fait l’épicentre de son activité, « parce qu’il y a plus de mers qu’en Suisse, plus de soleil qu’en Islande et que la Tunisie est proche de tout, comme un centre de gravité du monde ».

C’est pourtant aux Pays-Bas que le PDG a fait immatriculer Vermeg. Son idée était, à l’époque Ben Ali, de se préserver du « contrôle inamical », mais aussi du contrôle des changes, un obstacle que connaissent encore les entrepreneurs tunisiens et qu’il espère voir disparaître, dans les jours ou les mois qui suivent. Du changement pour la Tunisie, Badreddine Ouali a décidé d’en faire lui-même, en s’activant dans plusieurs projets à utilité publique.

À 55 ans, il s’estime dans la phase de la vie où on doit donner, après avoir reçu. Il a, ainsi, pu réaliser un ensemble d’actions à portée sociale, dans des champs divers comme l’humanitaire, la culture et l’employabilité des jeunes (construction d’écoles pour des réfugiés syriens dans le sud de la Syrie, financement d’une unité médicale dans un hôpital de Tunis, aide à des projets culturels…). Il est, aujourd’hui, à la tête du réseau Entreprendre, association de chefs d’entreprise œuvrant à l’aide à l’entrepreneuriat et du projet Smart Tunisia, un programme destiné aux entreprises du secteur de l’offshoring et qui s’engage à créer 50 000 emplois en cinq ans. Encourager les jeunes à la démarche entrepreneuriale et servir la compétence Tunisie à l’international font l’essentiel de sa démarche.

Une activité sociale essentielle

Ouali est considéré par un grand nombre de ses salariés et anciens salariés comme un mentor. Il a inspiré bon nombre de jeunes entrepreneurs tunisiens, représentant, pour plusieurs d’entre eux, un modèle de réussite tunisienne. Il étend, désormais, son aura à des jeunes de la Tunisie profonde.

Le projet phare de Fondation Tunisie pour le développement, récent fleuron de la société civile tunisienne, s’appelle Elife et se veut une version locale de l’École 42 de Xavier Niel, avec qui une collaboration est en place. Sa cible, les villes de l’intérieur du pays et son idée est de répondre au besoin des jeunes, selon trois axes : la formation pour trouver du travail, l’entrepreneuriat pour ouvrir des perspectives et l’organisation d’événements « pour que ces jeunes voient autre chose que le café et la mosquée de leur village ».

Mécène, philanthrope ou manager visionnaire et créateur de compétences ? Ouali se place plutôt dans une démarche aux références culturelles multiples: « Dans notre culture arabe, il y a ce que l’on appelle « les pieux prédécesseurs » (Assalaf Assalah ). Dans la technologie, qui sont ces pieux prédécesseurs ? Ce sont des gens comme Bill Gates ou le patron de Facebook, des gens qui ont donné, de leur vivant, leurs fortunes, à des actions caritatives. Je me suis mis dans cette chaîne ».

Plutôt en retrait au début de son parcours, Badreddine Ouali est désormais plus visible sur la scène tunisienne. Un choix qu’il aurait préféré ne pas avoir à faire, mais auquel il dit se soumettre, par obligation, les actions discrètes ne pouvant pas, réellement, impacter les jeunes auxquels ses projets se destinent.

De par le succès de son entreprise et la nature de ses récents projets, Ouali est, certes, dans la sphère des décideurs, mais il n’envisage pas, pour le moment, de carrière politique. Au moyen de son travail au sein de sa fondation, il est persuadé de servir davantage l’intérêt public. Président un jour? « Que Dieu m’en préserve », s’empresse-il de lancer, avant de conclure, sarcastique : « Quand j’aurai dans les 80 ans, j’y songerai peut-être. »

Article publié dans African Business (Octobre 2018)

Ils ont juré de mourir pour elle et, éternellement, à travers eux, elle vivra

Ils avaient juré de mourir pour elle. Il avait juré qu’elle mourra, quitte à y laisser la vie.

Ils avaient juré de la voir vaincre, remporter sa bataille contre le choléra. En finir avec les mites et les rats, les vipères, les renards, les loups, les vautours et les colombes, les chacals et les faces de rats.

Ils avaient rêvé sa jeunesse, eux sa jeunesse glorieuse. Ils avaient rêvé de gloire, de réussite impétueuse. Ils avaient rêvé une carrière au service de la Nation, fierté de pères et de mères, de familles et de régions.

Ils avaient rêvé famille, épouses et enfants. D’une vie de plénitude, de pleins d’accomplissements.

Ils avaient tout pour vivre. Il était prêt à tout pour les voir mourir.  Eux le symbole du courage, lui qui a massacré son propre avenir.

Ils ont choisi la grandeur, il avait choisi la petitesse. Eux au service d’une patrie, lui au service d’une idée traitresse. Ils ont juré loyauté, il a juré traitrise. Ils ont juré bravoure, il a juré bêtise.

Ils avaient tous le même âge et, dans le même pays, ils ont grandi. Ils ont célébré les mêmes fêtes et des mêmes blagues, ils ont, un jour, surement, ri.

Elle les a vus tous grandir, prenant des chemins opposés. Les uns à son service voués, l’autre à sa mort dévoué. Les uns se sacrifiant pour elle, le sourire aux lèvres, même après la mort. L’autre cherchant à l’abattre, vivant en cadavre et se trainant comme un mauvais sort.

Elle l’a répudié. Elle les avaient bénis. Lui son mal, eux son motif de survie.

Quand le chemin des meilleurs et du pire se croisent, que les uns et l’autre se toisent, que le sang coule et que la vie se finit. Qu’un pays pleure et qu’une bande de lâches rit. Sonne, au plus profond de tous, le sens de leur serment, comme un hymne qui s’entend des splendeurs du firmament.

Ils sont morts pour elle, mais, pour eux, elle vivra. Offrande pour une terre que le rat jamais ne vaincra.

Il avait juré, mais jamais elle ne mourra.

Ils avaient juré de mourir pour elle et, éternellement, à travers eux, elle vivra.

 

Paix aux âmes des six jeunes membres de la Garde nationale morts en guerre contre le terrorisme, ce 8 juillet 2018. 

L’immigration clandestine en Tunisie, ultime cri de désespoir

Plus de 50 corps ont été repêchés au large de Sfax, après le naufrage d’un chalutier à bord duquel auraient embarqué près de 200 personnes cherchant à rejoindre les côtes italiennes (On compte 68 rescapés). L’événement marquant de la semaine en Tunisie est des plus tragiques et pourtant c’est avec une amertume sourde qu’il a été accueilli. Un Etat qui peine à contenter les plus défavorisés et une société incapable de contenir ses maillons les plus faibles ne peuvent que vivre dans un  mélange de défaitisme et d’impuissance pareils drames humains.

L’immigration clandestine des Tunisiens a connu une hausse après la révolution, une courbe basse ensuite et connait, actuellement, un taux des plus hauts. Son mouvement suit le rythme d’une vie politique ayant oscillé entre désordre postrévolutionnaire et stabilité certes transitoire mais lanceuse d’espoir. L’état actuel d’insatisfaction ne laisse transparaître, quant à lui, que flou et incertitude. Les difficultés économiques du pays et leurs répercussions sur le quotidien des Tunisiens ont, en effet,  fini par achever le rêve du lendemain meilleur engendré par le grand changement politique qu’a connu le pays après le départ de Ben Ali.

La Tunisie, exemple démocratique pour la région, se place, désormais en deuxième position après l’Erythrée, en matière de flux de clandestins arrivant en Italie. C’est dire l’état de désolation sociale, la misère économique et la détresse psychologique que  peuvent atteindre certains jeunes pour traverser la mer au risque de leur vie.

Ces mêmes jeunes ont réclamé la dignité dans des slogans lancés, depuis sept ans. Ils ont réclamé du travail, une amélioration de leurs conditions de vie, l’espoir d’un avenir national avec eux et d’une société les incluant au lieu de les mettre en marge. Ils ont réclamé le désenclavement de leurs villes pas très reculées pourtant dans cette Tunisie qui ne fait que 280 Km de large. Ils ont réclamé l’inclusion pourtant possible à plus d’un niveau: politique, culturel, entrepreneurial. Ils ont réclamé une oreille pour les écouter et une volonté pour faire du changement une réalité et non une promesse électorale.

Nombreux sont aujourd’hui les Tunisiens qui pensent que le choix de l’immigration est le choix de facilité pour celui qui n’a pas exploré toutes les pistes dans son pays, que celui qui veut travailler le peut, qu’il faut se contenter de peu au lieu de courir derrière l’espoir du gain facile, que quand on aime son pays, on y reste pour le construire. Mais vraisemblablement, le sentiment d’appartenance ne s’improvise pas, il se nourrit, de jour en jour, de faits anodins pour certains, très significatifs pour d’autres: d’un système social prenant en charge les plus faibles, d’une inclusion réfléchie pour mettre en place la citoyenneté active, d’une présence de l’Etat sous toutes ses formes de représentativité, dans toutes les villes, sans exception ni distinction.

A kerkennah, à 20 kilomètre de Sfax, la République a choisi de se défiler. Le vide a été comblé par l’extrémisme et la marginalisation y a eu comme réponse la défiance. Les conflits sociaux qui y ont eu lieu ont été de véritables bras de fer pour l’Etat. Les conflits avec les forces de l’ordre y ont été si éprouvants que ceux-ci ont fini par se dérober. L’archipel en est devenu une passerelle pour les clandestins, au vu et au su de tous.

Quoi de plus encourageant, quand chez soi tout décourage? L’on sait pourtant, désormais, que les conditions de vie, une fois arrivé en Italie, ne sont pas des meilleures et que le paradis européen rêvé n’est souvent que le début du calvaire. L’on sait la douleur de ceux qui restent et le risque encouru. L’on sait qu’il va falloir souffrir pour survivre, faire des concessions, faire preuve de renoncement, galérer pour y arriver et s’accrocher pour nourrir enfin les rêves de toute une famille par des centaines d’euros envoyées mensuellement pour signifier aux siens que l’on a réussi.

Le risque de mourir dans ces traversées périlleuses est un risque connu de tous car les exemples tragiques ne manquent pas. Pour ces désespérés, jouer le tout pour le tout est la devise. Le rêve italien est vécu, par eux, comme les jeux de chance: la réussite de l’Autre, même si on la sait fruit du hasard, stimulant l’envie de tenter soi-même. Et ils sont nombreux à préférer le mirage d’une vie décente dans un pays d’accueil repoussant à la vie indécente dans une patrie perçue comme une mauvaise mère.

« La Méditerranée engloutit ses enfants », de ce constat on a fait une image poétiquement dramatique. Elle ne l’est pourtant que trivialement. Prêts à mourir pour vivre! N’est-ce pas l’aberration des temps modernes?